Le syndicat suédois des dockers décide d’un blocus à l’encontre de cargaisons et navires israëliens

Armes de destruction massive à destination de Gaza

Certains se demandent comment réagir au bain de sang du Mavi Marmara ce lundi. Svenska hamnarbetarförbundet, le syndicat suédois des dockers, apporte un début de réponse: ce syndicat a décidé d’un blocus à l’encontre des navires et produits israëliens du 15à 00.00 heure au 24 juin à 24.00 heure. Le motif:

Skälet till blockaden är det exempellösa kriminella överfallet på den fredliga fartygskonvojen Ship to Gaza. Ett flertal fredsaktivister mördades av israeliska kommandosoldater och övriga deltagare internerades utan någon som helst grund.

Svenska Hamnarbetarförbundet, som stödjer Ship to Gaza, vill med åtgärden protestera mot staten Israels folkrättsliga övergrepp mot en konvoj med fredsaktivister och materiella förnödenheter till den p.g.a. en likaså folkrättslig blockad lidande befolkningen i Gaza.

Svenska Hamnarbetarförbundet kräver att de för övergreppet ansvariga ställs inför rätta, att folkrätten respekteras av staten Israel och att blockaden av Gaza omedelbart hävs.

Svenska Hamnarbetarförbundet vill uppmana andra fackförbund och övriga organisationer att ta liknande initiativ och uppmanar till en allmän blockad av israeliska varor till dess det palestinska folkets rättigheter tillgodosetts i allmänhet och i synnerhet att blockaden av Gaza hävts.

traduction: La raison du blocus est l’agression criminelle inqualifiable sur le convoi pacifique de navires Ship to Gaza. De nombreux activistes pacifistes ont été assassinés par des soldats commandos israëliens et les autres participants à l’action ont été internés sans raison.

La Fédération suédoise des dockers, qui soutient Ships to Gaza, veut par cette mesure protester contre la violation du droit international par Israël du fait de l’attaque contre un convoi de pacifistes apportant des produits de première nécessité à la population de Gaza, qui subit un blocus tout aussi contraire au droit international.

La Fédération suédoise des dockers exige que les responsables de cette agression soient traduits en justice, qu’Israël respecte le droit international et que le blocus de Gaza soit levé.

La Fédération suédoise des dockers appelle d’autres syndicats et d’autres organisations à prendre des initiatives similaires et appelle à un blocus général des produits israëliens jusqu’à ce que les droits du peuple palestinien soient respectés, et en particulier la levée du blocus de Gaza.

Le communiqué indique les personnes de contact pouvant être contactées par la presse.

Si vous avez des informations sur d’autres initiatives de ce type, émanant de syndicats ou d’autres associations, impliquant un blocus, un boycott, un désinvestissement ou des sanction à l’encontre d’Israël, merci de donner des indications dans les commentaires.

Tänka fritt är stort men tänka rätt är större*

La critique du multiculturalisme est la mode dominante même dans des pays autrefois classés dans ce courant, de par leurs pratiques institutionnelles et politiques en matière de politique minoritaire. Mais il est parfois difficile de pratiquer cette critique à juste escient, comme le prouve cet article (en suédois, désolé) de l’universitaire Pernilla Ouis consacré à la critique du multiculturalisme, de Michel Foucault, de la lutte contre l’islamophobie et de pas mal d’autres choses.

Pernilla Ouis quand elle était musulmane

Un mot sur Pernilla Ouis: Suédoise convertie à l’islam, elle a porté le voile pendant près de vingt ans, avant de l’enlever suite à son divorce en 2008 (elle s’explique ici ). Elle a progressivement perdu la foi et se décrit désormais comme « désislamisée« .

 

Tout n’est pas à jeter dans cet article, qui marque quelques points, notamment sur la notion de diffamation des religions soulevée par certains gouvernements d’Etats musulmans, mais plusieurs erreurs factuelles affaiblissent nécessairement son raisonnement:

Elle affirme pour commencer que Michel Foucault serait le Dieu des sciences sociales suédoises:

« Foucault är Gud i den svenska universitetsvärlden, inte profet, utan Gud fader själv. Inom socialvetenskaperna är det han som banat vägen för det kritiska tänkandet kring hur språket formar våra sociala praktiker, hur makten förtrycker de avvikande med sina normalitetsnormer och uteslutningsmekanismer. Foucault är far till det postmoderna tänkandet och diskursanalysen. Varje student som aspirerar på högre studier måste begripa hans storhet och förhålla sig till hans tankar. Att kritisera dem är en omöjlighet i den akademiska världen« .

« Foucault est le Dieu du monde universitaire suédois, pas prophète, mais Dieu le Père lui-même. Dans les sciences sociales c’est lui qui a tracé la voie pour la pensée critique autour de la manière dont le langage donne forme à nos pratiques sociales, comment le pouvoir oppresse les déviants avec sa normativité et ses mécanismes d’exclusion. Foucault est le père de la pensée post-moderne et de l’analyse du discours. Chaque étudiant qui aspire à de hautes études doit comprendre sa grandeur et se positionner par rapport à sa pensée. La critiquer est impossible dans le monde académique« 

Pas mal d’affirmations, mais aucune preuve de ce qu’elle affirme. Sans être spécialiste de la question, je me permets de douter des brigades de commissaires politiques qu’elle décrit, imposant leur orthodoxie dans un monde académique suédois acquis au postmoderne par l’effet d’une épuration idéologique. Si la pensée foucaldienne a du succès, c’est sans doute pour des raisons intrinsèques, liées à la persuasion intellectuelle de ses éléments fondamentaux. D’autre part, on pourrait objecter quant à la fixation de l’auteur sur Foucault – d’autres auteurs du même courant ont été influents, le courant marxiste ou marxisant (par exemple autour de Göran Therborn ou de Torbjörn Tännsjö) également, sans compter l’influence de Bourdieu (qui n’était ni post-moderne ni marxiste) ou l’école positiviste (Axel Hägerström surtout, toujours très influente parmi les juristes). Bref, du journalisme d’opinion classique, de l’éditorialisme comme on dit en France.

Deuxième point, plus factuel encore. Pernilla Ouis s’attaque à Andreas Malm, journaliste à l’hebdomadaire anarcho-syndicaliste Arbetaren (« Le travailleur« ), ayant couvert notamment l’Iran. Il a sorti en 2009 un ouvrage ayant fait couler beaucoup d’encre en Suède, consacré à l’islamophobie en Suède, « Hatet mot muslimer » (« La haine des musulmans« ). Pernilla Ouis s’irrite au plus haut point du socialisme affiché de Malm et de sa sympathie pour le Hezbollah (il avait publié une tribune le 1er août 2006 dans le quotidien linéral Expressen intitulé « Därför ska vi stödja Hezbollah » – « Voilà pourquoi nous devons soutenir le Hezbollah« ) et pour le FPLP de feu Georges Habache: comment ne peut-il ne pas savoir que les musulmans sont soit des chômeurs, soit des entrepreneurs, réactionnaires et conservateurs, s’insurge-t-elle. Puis elle s’avance en territoire miné – le Moyen-Orient, what else?

Malm har tidigare hävdat att han stödjer Hizbollah, eftersom en seger för dem ”producerar det mest önskvärda resultatet” (Malm i Expressen: ”Därför ska vi stödja Hizbollah”, 1 augusti 2006). Samtidigt hade Malm på sig en tröja till stöd för den marxistiskt-leninistiska gruppen Folkfronten för Palestinas Befrielse (PFLP) under denna debatt, en ståndpunkt samma Hizbollah-anhängare hade kunnat mörda honom för. (Expressen)

Malm a précédemment affirmé qu’il soutenait le Hezbollah, une victoire pour eux « produisant le résultat le plus souhaitable » (Malm dans Expressen; ”Därför ska vi stödja Hizbollah”, 1er août 2006). En même temps Malm portait un t-shirt soutenant le groupe marxiste-léniniste Front populaire de libération de la Palestine (FPLP) pendant ce débat, un point de vue pour lequel un supporter du Hezbollah aurait pu l’assassiner. (Expressen)

Ce serait intéressant si c’était vrai. Mais l’Orient compliqué le demeure même pour quelqu’un ayant porté le voile pendant vingt ans. Voici en effet la réalité des liens entre le FPLP et le Hezbollah – des liens de camaraderie entre mouvements de résistance:

  • le FPLP a adressé un message de félicitations au Hezbollah pour saluer le troisième anniversaire de la « victoire » de 2006;
  • la chaîne de télévision du Hezbollah, Al Manar TV, a diffusé des reportages soutenant clairement les opérations de résistance militaire des brigades Abou Ali Mustafa, bras armé du FPLP;
  • le Hezbollah a mené des actions de résistance militaire avec la branche armée du Parti communiste libanais, tandis que le FPLP en a mené avec les branches armées du Hamas et du Jihad islamique: « De même, on imagine-ra les laïcs comme forcément persécutés par les intégristes musulmans. Vrai dans cer-tains cas, cette assertion se révèle fausse dans d’autres. Il faut alors comprendre par exemple comment le Parti communiste libanais noue des alliances avec le Hezbollah, ou comment le Front populaire de libération de la Palestine (FPLP) marxiste travaille souvent avec le Hamas ou le Djihad islamique, et se laisser interroger politiquement et méthodologiquement par ces nouvelles réalités » (Mouvements);
  • dans le même sens: « Marie Nassif-Debs, membre du PCL, affirme sans hésitation que le parti considère « le Hezbollah comme un parti de résistance, faisant parti d’un mouvement de libération nationale sur le plan national et arabe »[12], tandis que le FPLP confirme qu’entre le Hamas et lui-même il y a des similitudes comme le soutien à la résistance, la coordination des forces de sécurité palestinienne avec l’armée israélienne, mais également leur opposition aux accords d’Oslo, à la Feuille de Route et au piège des négociations de paix » (Café Thawra);
  • enfin: « Des cadres progressifs de discussion vont dès lors se créer entre nationalistes, marxistes, et islamistes, par exemple la Fondation Al-Quds, à leadership islamiste, et tout particulièrement la Conférence nationaliste et islamique lancée en 1994 à l’initiative du Centre d’études pour l’unité arabe (CEUA) de Khair ad-Din Hassib, situé à Beyrouth, qui se réunit tous les quatre ans, destinée à trouver des points d’accords tactiques et/où stratégiques, et à redéfinir les liens, même et y compris d’un point de vue idéologique entre la gauche, le nationalisme et l’islamisme . Le CEUA a ainsi tenu, en mars 2006 et janvier 2009, à Beyrouth, des Conférences générales arabe de soutien à la résistance, où les principales directions des organisations nationalistes, marxisantes et islamistes (notamment le Hamas et le Hezbollah) étaient fortement représentées. Près de 400 délégués issus de la gauche mondiale et du mouvement altermondialiste étaient présent à ces conférences. Ce rapprochement entre les divers groupes est permis par la centralité de la lutte contre Israël, l’interventionnisme américain dans la région, notamment l’Iraq, et la question démocratique. La collaboration va dès lors de se développer sur le champ politique, et même sur le champ militaire en Palestine et au Liban » (Café Thawra).

Et je me suis arrêté à ces deux points-là, relativement factuels de l’argumentation de Pernilla Ouis. Et on comprend comment le reste du raisonnement ne peut qu’être fallacieux: si une vision nuancée et paradoxale des phénomènes islamique et islamiste est possible, ce n’est peut-être pas dû à la « Brigade du martyr Michel Foucault » qui opérerait des assassinats ciblés dans les couloirs des universités suédoises. De même, dans le contexte moyen-oriental, une proximité tactique – car les divergences de fond sont très réelles – entre mouvements progressistes et islamistes, surtout dans le cadre de la résistance, ne relève peut-être seulement pas de la fantasmagorie d’islamo-gauchiste halluciné. Et le fait de porter ou d’avoir porté le foulard n’offre aucune garantie de compétence pour discuter de ces questions.

*Le titre de ce post signifie « Penser librement est grand mais penser juste est plus grand encore » en suédois, une citation de l’écrivain suédois Thomas Thorild. C’est la devise de l’Université d’Uppsala, qui fait débat en Suède car censée exprimer une prime au conformisme – qui définit ce qui est juste? Paradoxalement, cette critique rejoint le discours post-moderniste… Mais cette devise peut également être prise littéralement: penser librement a plus de valeur si on pense librement et que l’on a raison – ce qui présuppose bien évidemment que le fond de la pensée que l’on exprime est susceptible de vérification objective. En l’occurence, approximations et erreurs factuelles affaiblissent la thèse à l’appui de laquelle elles sont invoquées. C’est dans ce sens que l’utilise cette maxime ici.

Infos supplémentaires sur l’affaire de la diplomate suédoise expulsée du Maroc

L’expulsion de la diplomate suédoise par le Maroc, que j’ai évoquée hier, n’a pas vraiment fait la une de la presse suédoise (un tout petit article dans Svenska Dagbladet et dans Dagens Nyheter), ce qui est relativement surprenant étant donné que ce n’est pas une chose courante pour un diplomate suédois. Mais les rares infos sur cette affaire sont néanmoins intéressantes.

Le ministère suédois des affaires étrangères (UD) a tout d’abord pour la première fois réfuté les allégations marocaines selon lesquelles la diplomate en question aurait fourni un document officiel marocain distribué lors d’une réunion avec les missions diplomatiques de l’Union européenne présentes à Rabat. Boris Vasic du service de presse d’UD avait ainsi déclaré qu' »un dialogue diplomatique était en cours« , sa collègue Cecilia Juhlin précisant que « nous allons bien évidemment tenir un dialogue [avec les Marocains] là-dessus, mais par voie diplomatique. Il n’y aura pas de communiqué de presse« . L’ambassadeur de Suède à Rabat, Michael Odevall, a décliné tout commentaire, renvoyant au service de presse d’UD.

Un peu plus tard, cependant, la Suède a convoqué l’ambassadeur du Maroc en Suède afin d’exiger des explications sur la décision du gouvernement marocain. Boris Vasic, porte-parole d’UD, a ainsi déclaré, de manière plus ferme par rapport à ses déclarations initiales, que « la Suède maintient que les agissements du Maroc sont déraisonnables et difficiles à comprendre« , tout en se refusant à commenter ce qui est reproché à la diplomate. Anders Jörle, également du service de presse d’UD, a précisé, interrogé sur le fait de savoir si la diplomate était toujours en fonction auprès du ministère: « bien sûr. Nous estimons que la décision du Maroc est tout à fait erronée et qu’elle constitue une réaction très excessive« . Ceci semble indiquer que la Suède ne conteste pas les faits – qui sont flous, puisque l’identité des « éléments liés au Polisario et à l’Algérie » auxquels des documents officiels marocains aurait été remis n’a été révélée ni par le Maroc ni par la Suède – mais plutôt la réaction marocaine, jugée disproportionnée.

Assez peu de réactions à ce stade des supporters du Polisario en Suède. Une dépêche cite celle de Johan Strömdahl, président de l’association pro-séparatiste Västsahara (« Sahara occidental »): « Ce n’est pas si surprenant que le régime marocain réagit si durement. Ils veulent d’une façon ou d’une autre punir la Suède qui a de différentes manières exprimé son soutien au droit des sahraouis à l’autodétermination« . Ledit Strömdahl cite l’octroi du prix Per Anger au militant séparatiste Brahim Dahane – par ailleurs un des sept militants séparatistes marocains arrêtés à Casablanca au retour d’une visite de propagande auprès du Polisario à Tindouf et déféré au tribunal permanent des forces armées royales pour atteinte à la sûreté extérieure de l’Etat – ainsi que la décision récente du congrès du parti social-démocrate suédois d’oeuvrer pour la reconnaissance de la « RASD ». Le prix Per Anger, décerné par le Forum pour l’histoire vivante, est remis par le ministre suédois de la culture, en l’occurence Lena Liljeroth Adelson, et consacre des personnes ayant oeuvré pour l’humanisme et les droits humains.

De son côté, Urban Ahlin, vice-président de la commission des affaires étrangères du Riksdag (parlement) et porte-parole du parti social-démocrate pour les affaires étrangères, a fait des déclarations en flèche: « nous allons faire avancer cette question de la reconnaissance de la RASD et si nous gagnons les prochaines élections nous la mettrons en oeuvre. Nous avons coopéré très longtemps et très étroitment avec le Polisario et nous soutenons leur combat pour un Sahara occidental libre et indépendant« .

Me voilà bien embarassé pour mon vote lors des élections législatives suédoises de 2010: impossible de voter pour un parti officiellement pro-Polisario, mais les partis qui ne le sont pas sont à droite – beurk!

PS: avec un jour de retard, bonne célébration du 34e anniversaire de la Marche verte à vous tous!

Le Maroc déclare persona non grata une diplomate suédoise à Rabat

Le durcissement de ton qui semble avoir cours au Maroc en matière de presse indépendante a son pendant en matière diplomatique. On a eu droit à la rupture des relations diplomatiques avec l’Iran, à la fermeture de l’ambassade marocaine au Vénezuela et à l’inénarrable feuilleton des festivités du 40e anniversaire de la révolution libyenne (ici, ici et ici), sans compter le fait divers autour de la fuite du Maroc des enfants maroco-norvégiens de Khalid Skah (avec convocation de l’ambassadeur norvégien au Ministère des affaires étrangères – MAEC). Maintenant, c’est au tour de la Suède, président en exercice de l’Union européenne (jusqu’à l’entrée en vigueur prochaine du traité de Lisbonne, chaque Etat membre de l’Union européenne assure à tour de rôle cette présidence), de subir les foudres marocaines.

On apprend ainsi via la MAP que l’ambassadeur de Suède au Maroc, Michael Odevall, a été convoqué par le ministre des affaires étrangères pour se voir signifier qu’une des membres de sa mission diplomatique, la ministre conseiller Anna Blok Mazoyer, avait été déclarée persona non grata avec effet immédiat:

L’ambassadeur de Suède à Rabat convoqué au ministère des Affaires étrangères
©MAP-Tous droits réservés Dernière modification 04/11/2009 17:43

Rabat- Le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération, M. Taïb Fassi Fihri a convoqué, mercredi, l’ambassadeur de Suède à Rabat, M. Michael Odevald.

Au cours de cet entretien, M. Fassi Fihri a fait part à l’ambassadeur suédois d' »un manquement grave aux pratiques diplomatiques et d’une erreur professionnelle inadmissible commis par le Conseiller de l’ambassade de Suède à Rabat, Mme Anna Block-Mazoyer« , indique un communiqué du ministère des Affaires étrangères et de la Coopération.Mme Block-Mazoyer, précise la même source, a transmis à des éléments séparatistes, liés à l’Algérie et au « polisario », un document officiel qui a été remis par le ministère des Affaires étrangères et de la Coopération à l’ambassade de Suède à Rabat, dans le cadre d’une démarche diplomatique. « Ce document s’est retrouvé, par la suite, entre les mains des ennemis de l’intégrité territoriale du Royaume« .Le ministère des Affaires étrangères et de la Coopération avait organisé le 9 octobre dernier, dans le cadre de ses briefings réguliers, une réunion consacrée aux derniers développements de la question du Sahara marocain, à l’attention des missions européennes accréditées à Rabat y compris celles de l’Union européenne, dont la Suède assure la présidence tournante.M. Fassi Fihri a souligné que « la remise de ce document officiel par Mme Block-Mazoyer contrevient aux règles d’éthique et de professionnalisme diplomatiques qui exigent que le contenu des documents échangés soit destiné exclusivement aux autorités gouvernementales des pays représentés. Ils ne peuvent nullement être utilisés contre les intérêts du pays d’accréditation« , souligne le communiqué. »Pour toutes ces considérations, le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération a informé l’ambassadeur de Suède à Rabat que les autorités marocaines exigent le départ immédiat de Mme Anna Block-Mazoyer« , ajoute la même source.

La radio publique suédoise (Sveriges Radio) rapporte la même information avec en plus les réactions du ministère suédois des affaires étrangères (Utrikesdepartementet – UD):  Cecilia Juhlin, du service de presse d’UD, déclare ainsi « nous ne voulons pas commenter les raisons invoquées. On peut dire de manière générale que les Marocains estiment qu’elle aurait outrepassé ses compétences de diplomate« . UD se refuse donc à confirmer ou infirmer les accusations marocaines: « Je ne veux pas commenter les raisons invoquées, dont la responsabilité incombe à  la partie marocaine« , déclare Cecilia Juhlin.

Qu’en penser? Le communiqué marocain ne précise pas à quels « éléments séparatistes, liés à l’Algérie et au « Polisario » » les documents officiels distribués aux chefs de missions diplomatiques européennes à Rabat auraient été distribués. La formulation semble indiquer qu’il ne s’agit pas d’une transmission directe à des éléments du Polisario – logique: ce mouvement n’a pas d’existence légale au Maroc avec lequel il est en état de belligérence – ou à des représentants du gouvernement algérien, mais plutôt d’une transmission indirecte – « des éléments liés à« . De l’autre côté, la Suède se refuse de commenter. On a cependant vu des réactions plus fermes et plus sûres de leur droit de la part de gouvernements ayant vu un de leurs diplomates expulsé – mon sentiment est qu’effectivement des documents officiels communiqués par le gouvernement marocain à l’ambassade de Suède ont atterri entre de mauvaises mains – mais difficile d’en avoir le coeur net à ce stade.

Quant à l’exigence du départ immédiat de la diplomate suédoise, c’est ce qu’on appelle en langage du droit international une déclaration persona non grata, par laquelle l’Etat hôte – l’Etat accréditaire – informe l’Etat accréditant de ce qu’un membre de la mission diplomatique n’est plus le bienvenu sur son territoire. Ceci est conforme à l’article 9 de la Convention de Vienne de 1961 sur les relations diplomatiques:

Article 9

1. L’Etat accréditaire peut, à tout moment et sans avoir à motiver sa décision, informer l’Etat accréditant que le chef ou tout autre membre du personnel diplomatique de la mission est persona non grata ou que tout autre membre du personnel de la mission n’est pas acceptable.

L’Etat accréditant rappellera alors la personne en cause ou mettra fin à ses fonctions auprès de la mission, selon le cas. Une personne peut être déclarée non grata ou non acceptable avant d’arriver sur le territoire de l’Etat accréditaire.

2. Si l’Etat accréditant refuse d’exécuter, ou n’exécute pas dans un délai raisonnable, les obligations qui lui incombent aux termes du paragraphe 1 du présent article, l’Etat accréditaire peut refuser de reconnaître à la personne en cause la qualité de membre de la mission.

Tout juste peut-on constater qu’à en croire la MAP, le Maroc a exigé un départ immédiat de la diplomate suédoise – en pratique, un délai de 24 ou 48 heures est souvent donné. Il faut savoir que les diplomates sont souvent accompagnés d’une famille et ont des affaires personnelles – voiture comprise – difficiles à emmener sur le champ. Le Maroc n’était pas tenu de justifier sa décision, mais l’a fait tout de même, et rien ne laisse penser que la Suède se refusera à exécuter la décision marocaine. La Convention de Vienne est donc parfaitement respectée à ce stade.

Il faut dire que la Suède a des antécédents susceptibles de déplaire au Maroc: si la ligne officielle du gouvernement suédois rejoint le consensus onusien en la matière – soutien à une solution politique négociée entre le Maroc, le Polisario/l’Algérie prenant en compte le droit international et le droit à l’autodétermination (« Sverige stödjer sahariernas rätt till självbestämmande och kan acceptera en politisk lösning som har parternas stöd och som tar hänsyn till folkrätten« , sur la page officielle du ministère suédois des affaires étrangères) – le soutien accordé au Polisario touche tous les partis politiques suédois à l’exception du parti modéré (conservateur, au pouvoir). L’actuelle ministre des affaires européennes, Cecilia Malmström, du parti du peuple (libéral) avait ainsi présenté en tant que parlementaire d’opposition, avec sa comparse Birgitta Ohlsson, une motion parlementaire demandant la reconnaissance de la « RASD » par la Suède. De manière assez amusante, ces deux parlementaires représentent un parti atlantiste et fermement pro-israëlien, dont les représentants les plus bellicistes sont qualifiés par de « bombhögern » (« la droite B-52 » en traduction libre), rejoignant ainsi une espèce déjà rencontrée aux Etats-Unis en la personne de Suzanne Scholte. A l’aile gauche, les congressistes du parti social-démocrate, en opposition depuis 2006 mais au pouvoir pendant 65 des 77 dernières années, ont récemment décidé, contre l’avis de leur direction, d’adopter pour la première fois une résolution décidant que le parti social-démocrate oeuvre pour la reconnaissance de la « RASD » par le gouvernement suédois et l’Union européenne, alors même que les mêmes congressistes ont refusé une motion demandant la fin de la présence militaire suédoise en Afghanistan – Johan Büser, le responsable aux questions internationales de SSU, la jeunesse social-démocrate, se félicite sur son blog tant de la reconnaissance de la « RASD » que du maintien des soldats suédois en Afghanistan. Un des artisans de cette décision est Mohamed Hama Ali, militant SSU d’ascendance sahraouie et supporter du Polisario.

Encore une fois, de manière assez amusante, le congrès social-démocrate n’a pas demandé à ce que le parti oeuvre pour la reconnaissance d’un Etat palestinien par la Suède et l’Union européenne mais simplement à ce que ce soit fait « quand les conditions exigées par le droit international seront remplies » (« Då de folkrättsliga förutsättningarna finns ska en palestinsk stat erkännas« , p. 5 du document). Bref, le Maroc et le conflit du Sahara sont pour certains un hobby permettant d’afficher à très peu de frais un progressisme de bon aloi en soutien d’une lutte présentée comme étant de libération nationale et de lutte contre la colonisation – par contre, quand les choses deviennent sérieuses (Palestine, Afghanistan), le langage est plus mesuré et l’engagement plus timoré. Les sahraouis sont alors comme les kurdes pour Christopher Hitchens – un alibi pour montrer qu’on est pas encore tout à fait néo-con.

Guernica, Oradour, Babij Jar, Katyn, Lidice, Sharpeville, Treblinka et Gaza

olof
En 1972, un premier ministre pouvait prononcer les paroles suivantes (ma traduction en français suit l’original suédois):

Man bör kalla saker och ting vid deras rätta namn. Det som pågår i Vietnam är en form av tortyr.

Det kan inte finnas militära motiv för bombningarna. Militära sagesmän i Saigon har förnekat att det skulle pågå en nordvietnamesisk uppladdning.

Det kan inte rimligen bero på vietnamesernas halsstarrighet vid förhandlingsbordet. Motståndet mot oktoberöverenskommelsen i Paris kommer – som New York Times påpekar – framför allt från President Thieu i Saigon.

Det man gör är att plåga människor, plåga en nation för att förödmjuka den, tvinga den till underkastelse inför maktspråk.

Därför är bombningarna ett illdåd.

Därav finns det många i modern historia.

De förbinds ofta med namn. Guernica, Oradour, Babij Jar, Katyn, Lidice, Sharpeville och Treblinka.

Våldet har triumferat. Men eftervärldens dom har fallit hård över dem som burit ansvaret.

Nu finns ytterligare ett namn att foga till raden.
Hanoi – julen 1972.

Cela donne ceci:

Il faut appeler les choses par leur nom. Ce qui se passe au Vietnam est une forme de torture.

Il ne peut pas y avoir de motifs militaires aux bombardements. Des porte-paroles militaires à Saïgon ont nié qu’il y ait une escalade militaire nord-vietnamienne.

Ils ne peuvent pas être dûs à la versatilité des Vietnamiens à la table de négociation. La résistance à l’accord d’octobre de Paris vient principalement – comme le souligne le New York Times – du président Thieu à Saïgon.

Ce qu’on fait c’est faire souffrir des êtres humains, faire souffrir une nation afin de l’humilier, l’obliger à la soumission devant le langage de la force.

C’est pour cela que les bombardements sont une atrocité.

D’atrocités il y en a beaucoup dans l’histoire moderne.

Elles sont souvent liés à un nom. Guernica, Oradour, Babij Jar, Katyn, Lidice, Sharpeville et Treblinka.

La violence a triomphé. Mais le jugement de la postérité est tombé durement sur ceux qui en portent la responsabilité.

Il y a désormais encore un nom à rajouter à cette liste.

Hanoï, Noël 1972.

S’il était resté en vie aujourd’hui, nul doute qu’Olof Palme aurait rajouté Gaza, janvier 2009, à cette liste trop longue. Comme Enn Kokk, éminent social-démocrate suédois, l’a écrit sur son blog, « je souhaiterais pouvoir être aussi fier que la Suède, encore aujourd’hui, parle avec la même clarté et ferveur des inégalités et atrocités qui encoure aujourd’hui caractérisent le monde« . C’est la Norvège, sous souveraineté suédoise jusqu’en 1905, qui semble avoir pris le flambeau aujourd’hui – j’y reviendrai. Palme était un ami de la cause palestinienne – je me rappelle encore des affiches de propagande de la droite et des pro-israëliens lorsqu’il accueillit officiellement Arafat à Stockholm au début des années 80. Les temps changent, et Palme me manque.

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