Shoe-fetishism, ou trop is te veel

J’en parlais avec Judith Butler ce matin: les prises de vues des photographes d’agences de presse couvrant la campagne présidentielle étatsunienne sont étonnantes lorsqu’est photographiée Sarah Palin – mais est-ce vraiment le personnage politique Sarah Palin qui est photographié?

Un exemple: voyez cette photo.

plasing the crowds or the photographer?

pleasing the crowds or the photographer?

On y voit au premier plan, certes un peu flou, les jambes de Sarah Palin, sur une tribune surélevée, avec au centre de la photo un membre extatique de l’audience, la main sur le coeur, regardant vers Sarah Palin – ou ses jambes, si on en croit la légende particulièrement équivoque de l’AFP (telle que lue sur yahoo.com):

Pleasing the crowd : A supporter holds his chest as he stares up at vice-presidential candidate Sarah Palin (L) during a rally in Virginia Beach,Virginia.
(AFP/Jim Watson)

Pleasing the crowd all right…

Rajoutez à cela une série impressionnante de prises de vue sur les chaussures à talon de Sarah Palin:

Cette photo est particulièrement intéressante par la légende qui l’accompagne:

Supporters listen to Republican vice presidential running mate, Alaska Gov. Sarah Palin, legs visible, during a rally with Republican presidential candidate, Sen. John McCain, R-Ariz., not visible, in Bethlehem, Pa., Wednesday, Oct. 8, 2008.
(AP Photo/Gerald Herbert)

Et quand ce ne sont pas ses jambes, il y a toujours celles de Cindy Mc Cain:

Pas étonnant que l’on voit se vendre des t-shirts du style de celui-ci, qui est parmi les plus décents:

Je sais que nombre parmi vous sont impatients à l’idée de voir les clichés des chaussures de Joe Biden, le pendant démocrate de la candidate républicaine à la vide-présidence Sarah Palin. Les voici:

Ah, mince, j’oubliais: en cherchant sur le site « photo on Yahoo news« , je n’ai rien trouvé. Etonnant, non?

Ca n’a pas échappé au blog Sarah Palin Sexism Watch, qui n’approuve pas ses positions anti-féministes notamment sur l’avortement et qui appelle à voter pour Obama, mais qui épingle le traitement sexiste de Sarah Palin, ou plutôt de ses jambes. Un autre blog féministe, Shakesville, détaille également les attaques sexistes subies par Palin, tout en rejetant fermement ses opinions. De manière assez ironique, Fox News, guère connu pour ses prises de position féministes, a dénoncé le sexisme dans les prises de vue des photographes fétichistes de Reuters…

L’exploitation commerciale de ce filon a en tout cas déjà commencé. Parmi les produits les moins grossiers, j’aime assez le boxer-short « How dare Obama run for office with two small children at home » :

Endoctrinement


Il n’y a pas d’âge pour l’endoctrinement. Même si cet endoctrinement est fortuit. Je regardais «Carnets de voyage» du réalisateur brésilien Walter Salles, tiré du fameux «Voyage à motocyclette» d’Ernesto «Che» Guevara ainsi que du livre de souvenirs «Con El Che por America latina» de son comparse Alberto Granado, sur mon laptop. Tout d’un coup, au milieu du film, qui dure deux heures, mes filles, trois et six ans, m’ont rejoint et se sont assises sur mes genoux. Si la benjamine a trouvé mieux à faire après un quart d’heure, l’aînée a suivi le film, passionnée, posant des questions sur le malade (El Che était asthmatique) et sur chaque scène du film, et j’ai pu distiller la vulgate stalino-maoïste selon laquelle il faut aider plus pauvre et plus malchanceux que soi.

L’endoctrinement prend. L’aînée m’a demandé aujourd’hui quand est-ce qu’elle pourrait revoir le film dès le début…

Page 123, cinquième ligne

Suite aux convocations de moul, Larbi et Mounir, voici la cinquième ligne de la page 123 de « Droit international privé comparé: traité de législation comparée avec référence spéciale au droit égyptien et musulman« , d’Etienne de Szaszy, Librairie Judiciaire, Alexandrie, 1940:

Il repose sur une conception juridique partout reconnue en droit international: l’application absolue d’une loi étrangère peut être refusée par le droit national d’un Etat quand cette loi est incompatible avec les principes de ce droit national.

Pour les pervers curieux, « il » fait référence au principe de l’ordre public tel que conçu en droit international privé (conflit des lois).

Je passe la main – il s’agit de recopier la cinquième ligne de la page 123 d’un livre qu’on est en train de lire – à Lionne d’Atlas, Faridoléon, Bint Foucault, l’équipe de Hijab & the city, Ayoub et 7didane.

Inscris! Je suis poète

Lu de la plume de Mona Chollet:

« L’autre jour, je donnais une conférence sur l’engagement et la poésie à Nazareth, en Galilée, ma région natale. J’ai attaqué, une fois de plus, cette idée d’une  » poésie nationale « , patriotique, à laquelle nous, Palestiniens, serions condamnés. Non, les roses ne symbolisent pas forcément les blessures des martyrs. J’ai dit tout cela un soir, et le lendemain matin Ariel Sharon, en visitant ostensiblement l’esplanade des Mosquées, à Jérusalem, donnait le point de départ de l’embrasement que l’on connaît. La réalité a fait sa propre conférence… »

Inscris! Je suis arabe*

It is a joke that Naguib Mahfouz won that silly Nobel Prize. He is our greatest living writer of Arabic, but he is not Egyptian and did not like the Egyptian-Israeli peace treaty.

Angry Arab au sujet de Mahmoud Darwish.

Vous noterez comme le souligne l’Arabe en colère que les médias ne soulignent pas sa détention et son assignation à résidence par les Israëliens en raison de ses poèmes. Vous noterez aussi, comme le souligne Mondoweiss, que si Israël était un Etat de tous ses citoyens au lieu d’un Etat juif, il serait considéré comme un poète israëlien. On notera ensuite, avec Yves Gonzalez-Quijano, les points suivants:

1- Mahmoud Darwish ne sera pas enterré dans sa terre natale, à Haïfa, en raison du refus des autorités d’occupation israëliennes;

2- Contrairement à ce qu’écrit Pierre Assouline, Mahmoud Darwish ne s’est pas exilé en 1970 mais a été exilé par les autorités israëliennes, après avoir été incarcéré et placé en résidence surveillée;

3- S’il était dans « son » pays à Ramallah en 2002, comme l’écrit encore Pierre Assouline, faut-il considérer qu’il ne l’était pas à Al Birweh (1) en 1941? A Al Birweh en 1948? Ou à Al Birweh en 2008? Même mort?

4- Il fût déchu de sa « nationalité » israëlienne;

5- Les éloges sur l’humanisme et le lyrisme de Darwish masquent très maladroitement l’enracinement palestinien, et donc anti-sioniste et anti-colonialiste, de son oeuvre, tout comme les louanges posthumes sur Youssef Chahine passaient sous silence les propos très durs de ce dernier sur Israël ou la politique occidentale au Moyen-Orient:

Mahmoud Darwich n’a cessé de réclamer son besoin d’être entendu comme poète et non pas seulement comme « représentant du peuple-palestinien-opprimé ». L’écho soulevé par sa disparition montre que le versant poétique de l’oeuvre du poète aura donc fini par exister. Reste la part « politique » de cette vie qui s’achève bien avant tout espoir de dénouement pour les Palestiniens, une réalité que trop d’éloges sur « l’universalité », « l’humanisme » et « le lyrisme » de cette création ne ne doivent pas faire oublier (2).

On soulignera qu’Israël ne voulait pas de sa poésie vivant, ni de son corps mort.

On peut également penser comme Mounir que Mahmoud Darwish n’est pas mort.

Le mot de la fin est de Juliette Prétière:

Lui rendre hommage, c’est le lire, ou le relire. Simplement. En tentant de le comprendre par ses textes et leur contexte.

Les vrais poètes ne meurent jamais.

* Une traduction française de ce poème figure ici.

(1) En Galilée, territoire occupé en 1948:

Je suis fier d’être de Galilée, de cette région où foisonnent les signes de la mythologie, de l’histoire et de la civilisation; je suis profondément fier que la Galilée soit en Palestine.

(2) Voici ce qu’écrit Pierre Assouline:

Il s’était retrouvé un peu malgré lui à se faire le porte-voix de la cause palestinienne, notoriété et prestige obligent. Militant quand il lui eût paru indigne de ne pas l’être, il n’avait de cesse de reconquérir sa liberté d’artiste.

« Le public ne s’intéresse plus à la recherche de la vérité, au mieux il s’en divertit, au pire elle l’ennuie »


In Marc Dugain, « La malédiction d’Edgar« , Gallimard, Paris, 2005, page 18:

Le public ne s’intéresse plus à la recherche de la vérité, au mieux il s’en divertit, au pire elle l’ennuie, car il se persuade qu’elle ne lui est pas accessible. Sauf si des imposteurs lancent des thèses extravagantes qui flattent sa tendance au manichéisme, sa paresse, et le conforte dans l’idée qu’il est la victime d’une minorité machiavélique qui mène le monde. Comme si cette engeance-là n’était pas l’émanation de ses propres contradictions… A vouloir se contenter d’une seule vérité, ce qui demande effort et abnégation, on n’accède à aucune.

Bienvenue à la blogoma, George Orwell…

Un nouveau bloggeur vient de rejoindre la blogoma: George Orwell, un britannique venu en convalescence au Maroc depuis peu (il viendrait d’Espagne). Je vous demande de lui accorder le meilleur accueil chez nous, même s’il trouve notre beau pays « beastly dull« .

Hat-tip: ma mère.

%d blogueurs aiment cette page :