54,8% au Liban, c’est une défaite électorale

Avec 53,06% des suffrages exprimés contre 46,94% pour Ségolène Royal, Sarkozy s’est vu tresser les lauriers d’une victoire éclatante. Aves 52,92% des suffrages exprimés contre 45,66% pour John McCain, Barack Obama a remporté ce qui a été décrit comme un triomphe.

Au Liban, récemment, le bloc dit du 8 mars, qui regroupe principalement le Hezbollah, Amal de Nabih Berri et le Tayyar de Michel Aoun (mais également quelques autres groupements de moindre importance, comme ceux du maronite et pro-syrien Sleimane Frangié, le druze Talal Arslane et son Parti démocratique libanais et enfin le Tashnaq arménien) a recueilli 54,8% des suffrages exprimés. Et malgré ça, le bloc dit du 14 mars, autour de Saad Hariri (Moustaqbal), Samir Ja’ja (Forces libanaises), Amine Gemayel (Kataeb/Phalanges), Walid Jumblatt (PSP) et quelques autres, a pu remporter 71 des 128 sièges en jeu, le bloc du 8 mars en remportant seulement 57. Soit dit en passant, et vous ne risquez pas de le lire de sitôt dans la presse occidentale, c’est le bloc pro-occidental qui recule lors de ces élections, perdant un siège et le bloc du 8 mars en gagnant un (voir l’excellente présentation sur les résultats des élections libanaises faite par Richard Chambers de l’IFES), comme le souligne également Philippe Edmond.

Un tel résultat ferait passer les élections présidentielles étatsuniennes de 2000 pour un modèle d’exemplarité démocratique, mais il est parfaitement conforme à la logique du système électoral et institutionnel libanais, gangréné par le sectarisme, avec une démocratie de façade se résumant à des élections qui ne se jouent guère sur les programmes mais sur les identités confessionnelles, claniques et régionales (pour un pays aussi petit que le Liban ça peut étonner, mais les clivages régionaux sont très présents et viennent s’ajouter aux clivages sociaux et confessionnels – ces derniers étant gravés dans le marbre de la loi et de la coutume constitutionnelle).

Parmi les commentaires, on aura lu que le bloc du 8 mars, dont le Hezbollah, aurait perdu car Michel Aoun aurait été désavoué par l’électorat maronite/chrétien – le Hezbollah aurait été plombé par Aoun. Le désaveu est effectivement cinglant: le Tayyar de Michel Aoun a remporté dix sièges, ce qui en fait le premier parti chrétien (même s’il ne se décrit pas officiellement comme tel), devant les Forces libanaises du soudard Samir Ja’ja, en deuxième position avec cinq sièges. Si on se rapporte aux sièges par confession (pour une explication plus fouillée sur la répartition des sièges par confession, voir plus bas), on notera que le bloc du 8 mars autour d’Amal, du Hezbollah et du Tayyar a remporté 19 sièges maronites contre 16 au bloc du 14 mars autour de Hariri, Ja’ja, Gemayel et Jumblatt (même si ce dernier semble désormais avoir un pied en dehors du 14 mars), soit un gain de trois sièges pour le 8 mars comparé au résultat des élections de 2005. Parmi les sièges des autres confessions chrétiennes, la répartition est resté stable au sein des arméniens, alors que le bloc du 14 mars a gagné trois sièges parmi les autres confessions chrétiennes (grecs orthodoxes, grecs catholiques, évangéliques et divers) aux dépens de celui du 8 mars. L’étude des chiffres est claire: c’est au sein des électeurs dits musulmans que le bloc du 8 mars a perdu des sièges (un siège en moins par rapport à 2005), ce qui traduit la tension sectaire sunnite-chiite… Encore une chose que vous ne lirez pas dans la presse (même si Deen Sharp du blog Lebanese Elections 2009 a tenté de démystifier quelque peu le résultat ces élections)!

Résumons donc: la Constitution libanaise confessionnalise les postes de députés et induit une sur-représentation du nombre des parlementaires chrétiens par rapport aux parlementaires musulmans; la loi électorale de 2008 répond à la revendication chrétienne que les députés d’une confession soient le plus possible désignés par les seuls électeurs de leur propre confession; l’inscription sur les listes électorales ne reflète pas la réalité démographique du pays, notamment à Beyrouth, dans un sens défavorisant tout particulièrement les chiites – et malgré ça, l’alliance du 8 mars Hezbollah/Amal/Tayyar aouniste remporte une majorité de suffrages et une minorité de sièges. Vous comprendrez donc aisément qu’on en parle guère dans les médias ou blogs mainstream, et pourquoi il me faut vous en parler un peu plus après le saut de page. Lire la suite

Plus haredi que le rabbin Loubavitch…

Je m’amuse pas mal ces derniers temps, après la semaine noire de la politique moyen-orientale étatsunienne, qui a vu:

1-L’annonce officielle de négociations indirectes entre Israël et la Syrie au sujet d’une paix éventuelle incluant le retour du Golan occupé à la Syrie (1), quelques jours après le discours de Bush devant le parlement israëlien condamnant tout dialogue avec « des dictatures et des terroristes« , termes qui désignent dans le langage courant les Etats et les courants politiques qui se distinguent non pas par le seul usage de la violence et de la répression, mais par l’usage de la violence et de la répression dans un sens contraire à celui de la politique étrangère étatsunienne.  

2- L’annonce officielle de négociations entre Israël et le Hamas dans le même laps de temps – là encore, pas d’optimisme débridé.

3- La fessée déculottée du bloc du 14 mars (Hariri, Jumblatt, Ja’ja) au Liban, confirmée par les accords de Doha, laquelle fessée déculottée a placé en position difficile les alliés les plus inconditionnels des Etats-Unis au Liban, déçus que l’armée étatsunienne ne soit pas intervenue contre le Hezbollah – le rôle du gouvernement étatsunien semble effectivement difficile à cerner.

4- Un éditorialiste étatsunien, connu pour sa proximité avec Israël, ancien chroniqueur du Jerusalem Post (journal de tendance Likoud), reconnaît que ça va un peu loin:

The unsentimental analysis of men like Mr. Olmert and Mr. Barak came to mind this week as I spoke to Barack Obama about his views on Israel. He spoke with seemingly genuine feeling about the post-Holocaust necessity of Israel; about his cultural affinity with Jews (he may be the first presidential candidate to confess that his sensibility was shaped in part by the novels of Philip Roth); and about his adamant opposition to the terrorist group Hamas. He offered some mild criticism of the settlement movement (“not helpful”) and promised to be unyielding in his commitment to Israeli security.

There are some Jews who would be made anxious by Mr. Obama even if he changed his first name to Baruch and had his bar mitzvah on Masada. But after speaking with him it struck me that, by the standards of rhetorical correctness maintained by such groups as the Conference of Presidents and the American Israel Public Affairs Committee, or Aipac, Mr. Obama is actually more pro-Israel than either Ehud Olmert or Ehud Barak. (To say nothing of John McCain and President George W. Bush, who spoke to the Knesset last week about external threats to Israel’s safety but made no mention of the country’s missteps.)

This is an existentially unhealthy state of affairs. I am not wishing that the next president be hostile to Israel, God forbid. But what Israel needs is an American president who not only helps defend it against the existential threat posed by Iran and Islamic fundamentalism, but helps it to come to grips with the existential threat from within. A pro-Israel president today would be one who prods the Jewish state — publicly, continuously and vociferously — to create conditions on the West Bank that would allow for the birth of a moderate Palestinian state. Most American Jewish leaders are opposed, not without reason, to negotiations with Hamas, but if the moderates aren’t strengthened, Hamas will be the only party left.

Comment dit-on plus catholique que le pape en hébreu?

(1) Ne révez pas les yeux ouverts cependant: Comme d’habitude, Israël est très peu disposé à la moindre concession sérieuse.

Walid Jumblatt wakes up and smells the coffee


Qui l’eût cru? (1) Walid Jumblatt ne pense ni à des voitures piégées, ni à des missiles, mais à obtenir l’intercession de son rival druze Talal Arslane (oui, Arslane de chez Arslane, le descendant de Chakib Arslane et de l’émir druze Arslane), allié du Hezbollah et du Tayyar, ainsi que du président chiite du parlement – Nabih Berri, zaïm du parti Amal – auprès du Hezbollah, selon Time:

There are no longer any Hizballah fighters surrounding the grand red sandstone Beirut town house belonging to Walid Jumblatt, a member of Parliament and one of the leaders of Lebanon’s governing coalition. Still, Jumblatt, a top American ally, is under virtual house arrest. After the lightning speed with which opposition Hizballah fighters defeated government supporters in a six-hour battle on Thursday — only to vanish a few hours later — it became clear that it is pointless to resist the Iranian and Syrian-backed militia, which could return at any time. « I am a hostage now in my home in Beirut, » he said over the telephone to his rival Nabih Berri, the speaker of parliament and a top opposition leader, while TIME waited nearby for an interview. « Tell [Hizballah leader] Sayeed Hassan Nasrallah I lost the battle and he wins. So let’s sit and talk to reach a compromise. All that I ask is your protection. »

Celui qui appelait au soutien militaire des Etats-Unis, à des actes de terrorisme à Damas et attendait de pied ferme la guerre civile au Liban en est tout ébahi – le Hezbollah, qui a vaincu l’armée israëlienne, n’a pas eu de problème à écarter d’un revers de main les milices de Hariri et de Jumblatt:

Yet, despite the fact that Hizballah is perhaps the world’s most fearsome guerrilla organization, somehow Jumblatt misjudged the ease with which Hizballah could pull Lebanon back into the Syrian and Iranian orbit.

Ses alliés étatsuniens n’ont pas été à la hauteur, semble-t-il:

Sitting in his garden terrace in Beirut, with just a few family members and loyal retainers, Jumblatt is quickly coming to grips with the new political landscape. « The U.S. has failed in Lebanon and they have to admit it, » he said. « We have to wait and see the new rules which Hizbollah, Syria and Iran will set. They can do what they want. »

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« Vous voulez le chaos? Il sera le bienvenu. Vous voulez la guerre? Elle sera la bienvenue. Nous serions prêts à tout brûler sur notre passage »


Ce n’est pas le dernier discours du Sayyed Hassan Nasrallah, ni de Michel Aoun, ni d’Ahmedinejad, ni un discours électoral de Hillary Clinton – non, c’est un discours du 10 février 2008 (soit trois mois avant l’actuelle crise) du « libéral » (1) et membre de l’Internationale socialiste Walid Jumblatt, reçu par ailleurs ce lundi par un diplomate de l’ambassade étatsunienne à Beyrouth.

La citation complète – en version anglaise, et merci à Nidal pour la version française, quant à la version arabe, elle est ici – est ici (2):

If you think that we will stand idly by, you are imagining things. We might be forced to leave scorched earth. Our existence, our honor, our survival, and Lebanon are more important than anything else. You want anarchy? We welcome anarchy. You want war? We welcome war.

We have no problem with weapons. We have no problem with weapons or missiles. We will take the missiles from you, ready to fire. We have no problem with martyrdom or suicide. We’ve had enough humiliation and accusations of treason. We’ve had enough assassinations and contempt. No [Nasrallah], it is not fitting for you to keep making these despicable statements all the time. Forget about the others. Forget about the wall [built around Al-Dhahiya]. If Darwin could see them today… They are the best proof of the theory of Darwin – [Nawwaf] Al-Musawi, and all the others.

We have had enough of the open war with Israel under false slogans, in the service of the Syrian regime and the Iranian empire.

Mais ces propos que n’auraient pas tenus un social-démocrate scandinave émanent d’un grand combattant pour la démocratie et la liberté – parole d’expert:

I’m pleased to be among the many participants in the conference, a group that includes your key noter, Walid Jumblatt, from Lebanon. I’ve met with Mr. Jumblatt on a number of occasions, and I admire the courageous stand he’s taking for freedom and democracy in his home country. (Applause.)

Il serait erroné de prétendre que le zaïm druze (et membre de l’Internationale socialiste, où il faut dire qu’il forme une belle paire avec François Hollande) aurait commis là un impair inhabituel. Ainsi, lors d’une conférence à Washington le 19 octobre 2007, organisée par le think-tank pro-israëlien Washinton Institute for Near East Policy, Jumblatt avait exprimé sa vision de la lutte anti-terroriste:

Jumblatt: (…) What do you want me to say? I’m speaking to a diplomat. No, I’m not going to be a diplomat. If you could send some car bombs to Damascus, why not? [Laughter, applause]
Satloff: I can honestly say we’ve never had that before at The Washington Institute. [Laughter, applause]

Coïncidence: quelques mois plus tard, Imad Mughniyeh, responsable sécuritaire du Hezbollah, allait mourir dans un attentat à la voiture piégée à Damas – honni soit qui mal y pense…

Toujours à Washington, le 26 février 2007, il avait demandé le soutien financier et militaire des Etats-Unis contre « l’occupation syrienne indirecte du Liban » que constitue, selon lui, la présence de la résistance armée du Hezbollah, lors d’une conférence donnée au think-tank néo-con American Enterprise Institute:

Yes, I’m seeking assistance. I got the assistance I wanted at one time. I need more assistance politically, military, against indirect Syrian occupation because the direct Syrian occupation is no more, but you have the indirect Syrian occupation through the Hezbollah and the allies. It is very complicated because of the Iranian ambitions, the Persian empire, but I have fixed my path and I will do anything to liberate my country from indirect Syrian occupation.

Il faut cependant dire à sa décharge, comme l’ont souligné d’autres avant moi, qu’il n’est pas sourcilleux dans le choix des actions violentes qu’il souhaite ou approuve:

A January 2003 WND article reported that Jumblatt « says the true axis of evil is one of ‘oil and Jews,’ calling President George W. Bush a ‘mad emperor’ and Prime Minister Tony Blair an ‘imperial servant’ with a ‘peacock appearance.’  »

But WND didn’t start out praising Jumblatt. In fact, an unbylined January 2004 article detailed how Jumblatt « praised a Palestinian mother’s suicide bomb attack, calling the ‘fall of one Jew’ a ‘great accomplishment’ and urging lawmakers to support similar efforts against the ‘Jewification’ of Palestine. »

Indeed, Jumblatt has something of a history of anti-Semitism; as Think Progress reported, the United States revoked Jumblatt’s diplomatic visa in 2003 for wishing out loud that Iraq war architect Paul Wolfowitz had been killed in a Baghdad rocket attack. He has also stated that « my joy was great » at the Columbia space shuttle disaster « because one of those killed was an Israeli astronaut … who had previously been part of the Jewish criminal army, particularly against Lebanon and Iraq. »

A part ça, c’est Nasrallah/le Hezbollah/l’Iran/la Syrie (rayer la mention inutile) qui est la cause unique des récents prodromes de guerre civile au Liban…

(1) Le terme libéral n’a pas le même sens dans le tiers-monde qu’en Europe: il y signifie « allié des Etats-Unis« , alors qu’une déformation locale du terme en Europe lui a donné la signification saugrenue d’ami des libertés et de la démocratie.

(2) Avec l’avertissement d’usage pour les documents diffusés par cette officine – MEMRI – dirigée par un ancien du Mossad.

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