Maroc: une révolution urgente et légitime

Voici une tribune collective que j’ai signée et qui a été publié dans Libération de Paris. J’attire l’attention des mal-comprenants et des malveillants sur le fait que la révolution urgente dont il s’agit est l’instauration d’une monarchie parlementaire au Maroc…

Maroc : une révolution urgente et légitime

Tribune

Par un groupe de militants engagés pour les droits humains

Les soulèvements tunisien et égyptien, puis de nombreux autres en cours dans l’espace géographique arabe et méditerranéen, ont ébranlé des régimes qui se sont caractérisés par la corruption et la tyrannie, ainsi que par des politiques économiques, sociales et sécuritaires qui ont fait de leurs populations des sujets privés des droits élémentaires à la citoyenneté, la liberté et la démocratie. Le bilan politique et social de ces pays sur ces cinquante dernières années est cruel : pauvreté, chômage, analphabétisme, corruption, arbitraire, discrimination sexiste, répression, émigration, régression culturelle, intégrisme, dépendance économique et politique, musellement de la presse, détention arbitraire, torture, liquidation des opposants…

Bien que des nuances soient à apporter selon les spécificités de chaque pays, le constat est le même : c’est l’échec cuisant des régimes post-indépendances. Des générations entières en ont fait les frais et leurs jeunesses clament aujourd’hui avec détermination : ça suffit ! Elles revendiquent leur droit inaliénable à la citoyenneté pleine et entière, à la dignité, la liberté, l’égalité, la justice et la démocratie.

Au Maroc, le règne de Mohammed VI avait apporté à ses débuts quelques lueurs d’espoir : limogeage de Driss Basri ; libération de détenus politiques et retour dans sa patrie d’Abraham Serfaty ; politique volontariste en termes d’infrastructures ; réforme du code du statut personnel améliorant la condition des femmes… Mais, en l’absence de changement profond d’un système où le makhzen (1) a continué de régir en maître, ces réformes ne se sont pas attaquées aux fondamentaux absolutistes du régime, et leur rythme s’est vite essoufflé. C’est ainsi qu’emprisonnement et torture ont repris ; des organes de presse ont été contraints à la disparition ; des journalistes condamnés à la prison ou à des indemnités colossales ; l’affairisme et l’enrichissement des proches du Palais se sont accélérés… Le message est clair : la récréation est terminée !

C’est pourquoi, dans la lancée de ce printemps arabe, au Maroc, le mouvement du 20 février est né, initié par une jeunesse volontaire et pacifique, déterminée à conquérir ses droits. Ce mouvement a vite rassemblé autour de lui les forces de progrès : jeunesse, société civile, partis de gauche, mouvements de femmes, mais aussi islamistes, tous ralliés au mouvement et à ses revendications. Une force alerte, vigoureuse, compacte et déterminée est en marche. Vigilante à ne se laisser récupérer ni par les partis, ni par les islamistes, ni par les associations qui ont adopté son combat. Cette force n’est pas près de se tarir. Au contraire, elle se densifie de jour en jour. Ainsi, les manifestations du 20 février, renouvelées chaque dimanche depuis, n’auront été qu’un hors-d’œuvre à l’affluence de celles du 20 mars et préfigurent de l’ampleur de la mobilisation des 24 avril et 1er mai prochains.

Les promesses de réforme annoncées par le roi dans son discours du 9 mars ont entrouvert des fenêtres qui ne sauront enrayer le mouvement. En effet, les promesses de révision globale de la constitution ont été vidées de leur sens dès le lendemain par M. Menouni, président de la Commission de révision, nommé par le roi, qui a assuré que seules des modifications de forme et limitées seraient apportées à la Constitution. Les membres de cette Commission sont nommés par le roi et sont, pour l’essentiel, acquis au pouvoir. Surtout, le discours n’a pas répondu à la revendication essentielle exigeant une monarchie parlementaire où le roi règne mais ne gouverne pas. Et donc à l’exigence de séparation des pouvoirs, notamment religieux et politique, qui implique la fin de la «Commanderie des croyants», clé de voûte de la monarchie absolue et de droit divin. Il a au contraire affirmé «la sacralité de nos constantes» et des référentiels «immuables». Enfin, il n’a pas annoncé la fin du quasi-monopole du pouvoir politique sur les affaires économiques, cause d’un enrichissement insolent et du pillage du patrimoine national. La révolution en marche aujourd’hui, dont la revendication centrale est l’instauration d’une monarchie parlementaire, vise un système, dans son maillage absolutiste, qui a démontré son pouvoir de nuisance. La violente répression du 13 mars puis celles qui l’ont suivie ont prouvé que la coercition ne fera qu’exacerber colère et protestation et aboutir à une violence non maîtrisée pouvant déboucher sur une confrontation ouverte. Le bain de sang libyen est là pour nous rappeler les voies à ne pas suivre.

Nous venons en ces circonstances dénoncer toutes les forces conservatrices qui cherchent à semer la peur et le chaos. Nous voulons rassurer celles et ceux qui s’inquiètent de cette vague libératrice en leur disant qu’elle ouvre des perspectives uniques de renouveau et de progrès. Le Maroc a besoin d’une rupture avec le régime qui lui est imposé, non d’une réformette constitutionnelle octroyée. Cette révolution veut aboutir. Sans violence mais aussi sans tarder. La contrarier, c’est exposer le pays à toutes les dérives. En ces circonstances historiques, les directions de l’Union socialiste des forces populaires et du Parti du progrès et du socialisme, usées par des années de servilité, devraient prendre la mesure de cette mobilisation et choisir leur camp en entamant d’urgence leur propre révolution interne, faute de quoi, elles risquent de se couper définitivement à la fois de la jeunesse marocaine et de leurs propres bases. La révolution en cours peut encore être collective. Le temps de la servilité est terminé. Est arrivé celui de la démocratie et de la dignité.

(1) Ensemble des structures de pouvoir dépendant du roi et du palais

Signataires : Fouad Abdelmoumni, économiste ; Bachir Ben Barka, enseignant universitaire ; Younes Benkirane, journaliste ; Abderrahim Berrada, avocat ; Hayat Bousta, ancienne exilée, forum Vérité et Justice ; Aboubakr Chraibi, enseignant ; Hassan Hadj Nassar, ancien exilé, fondateur de l’Asdhom ; Hakima Himmich, acteur associatif ; Ibn Kafka, bloggeur et juriste ; Abderrahim Jamaï, avocat, ancien bâtonnier et président des barreaux du Maroc ; Kamal Lahbib, personnalité du monde associatif ; Larbi Maaninou, ex-exilé et enseignant ; Aziz Enhaili, politologue, chroniqueur, et analyste ; Karim Tazi, chef d’entreprise.

Gad el Maleh peut aller se rhabiller, la confrérie des compagnons de Gutenberg ouvre une section au Maroc

La stand-up comedy, ou l’humour politique, n’ont strictement aucune chance au Maroc, où l’Etat et ses affidés ont conservé le monopole du service public de la satire. J’ai ainsi pu lire dans mon quotidien préféré que la Confrérie des compagnons de Gutenberg avait créé une section au Maroc, événement historique lors de laquelle le ministre de la communication, l’haj Khalid Naciri, a été nommé docteur honoris causa de la confrérie.

J’ai vérifié, la date indique bien le 5 avril.

Bon, citons un peu Le Matin du Sahara et la MAP:

Promouvoir l’écriture, l’édition et la culture en général, hisser les liens de confraternité au plus haut niveau de l’amitié entre les membres et cultiver les liens de partage et de soutien, figurent parmi les objectifs assignés à cette association présidée par Mohamed Berrada, directeur général de Sapress.

Lors d’une cérémonie organisée à cette occasion en présence de Khalid Naciri, ministre de la Communication, porte parole du gouvernement, M. Berrada a exprimé sa satisfaction de la création au Maroc d’une section de la confrérie des compagnons de Gutenberg en jumelage avec celle existant en France.

Perso, je trouve particulièrement bien choisie la liste des personnalités marocaines distinguées par la Confrérie des compagnons de Gutenberg:

D’autres acteurs de la presse et de l’édition ont été également honorés à cette occasion. Il s’agit notamment de Mohamed Berrada, Abdelmouniim Dilami, P.-D.G. du groupe Eco-medias, Khalil Hachimi, directeur d’Aujourd’hui le Maroc et président de la Fédération marocaine des éditeurs de journaux, Abdellah Stouky, journaliste et écrivain, Abdou Moukite, imprimeur et expert en matériel d’imprimerie, Abdelkader Retnani, éditeur et président de l’Association marocaine des professionnels du livre, et Omar Jabri, imprimeur et éditeur.

On peut au moins se réjouir de la présence d’un rajaoui, Abdelkader Retnani, et souligner la contribution au folklore humoristique et à la défense de la langue française – un des objectifs de la confrérie – apportée par Khalil Hachimi Idrissi d’Aujourd’hui Le Maroc – quotidien qui se saisit à pleines mains des questions de société – et d’Abdelmounaïm Dilami – même si en lisant L’Economiste mes zygomatiques sont plus souvent stimulés à la lecture de Nadia Salah, mais c’est une question de goût et le goût ne se discute pas.

Pour donner aux béotiens que vous êtes une idée de l’importance de cette cérémonie, il suffit de préciser que l’information a été répercutée sur le site du ministère de la culture.

Ca n’a rien à voir mais il faut parfois meubler – voici ainsi ce qu’écrit sur la liberté de la presse au Maroc un torchon islamo-gauchiste inféodé à la junte d’Alger et aux caciques chiites de Téhéran, Le Monde:

De fait, depuis des mois, les désaccords n’ont cessé de grandir entre le pouvoir et les journalistes. Procès, amendes records, journaux saisis ou poussés à la fermeture, ont nourri la chronique de la crise. Le quotidien arabophone Akhbar Al-Yaoum reparaît sous un autre titre depuis trois mois, mais n’a jamais pu récupérer ses locaux toujours placés sous scellés ; le Journal hebdomadaire francophone, étranglé par ses dettes et confronté à la réduction drastique de ses recettes publicitaires, a dû mettre la clé sous la porte en février. Et le directeur d’Al-Michââl, Driss Chahtane, purge toujours, depuis cinq mois, une peine de prison pour avoir fait paraître des articles désobligeants sur le chef d’Etat algérien Abdelazziz Bouteflika, et la santé de Mohammed VI, malgré les appels répétés de son épouse, enceinte, au pardon royal.

« Est-ce que la presse insulte, diffame ? Oui, mais c’est à la justice de régler ça, or aucun procès ne respecte les conditions d’un procès équitable », souligne Khalid Jamaï, ancien journaliste, père d’Aboubakr Jamaï, l’un des fondateurs du Journal hebdomadaire. « Ces procès sont bidons », lâche Abderrahim Jamaï, avocat homonyme qui a souvent défendu la presse – sans jamais gagner un procès. « C’est difficile à croire, mais ça marche sans règles, soupire Ahmed Benchemsi, directeur de la publication de Tel Quel. Il faut savoir humer l’atmosphère. » Le magazine francophone, et sa version arabe Nichane, qui a déjà connu cinq procès, deux saisies, une interdiction, doit souvent composer avec les « lignes rouges ».

Ces propos haineux ne sont pas isolés – 55 medersas de formation de kamikazes islamo-fascistes de Peshawar à Sidi Moumen ont ainsi vomi leur haine contre le Marock:

Des associations arabes pour la liberté de la presse au Maroc: l’antidote au choc des civilisations

Trente et un membres de l’IFEX et 24 autres organisations condamnent l’offensive contre la liberté de la presse

(ANHRI/IFEX) – Le 23 octobre 2009 – Les organisations dénoncent les arrestations et le harcèlement incessants contre les journalistes et la presse indépendente:

Nous, soussignées, organisations de défense de la liberté de la presse et de la liberté d’expression, appelons le gouvernement marocain à cesser sa campagne contre la liberté de la presse, la plus violente qu’ait connu le Royaume depuis l’accession du souverain Mohamed VI au pouvoir en 1999.

Les trois derniers mois (août-octobre 2009) ont été marqués par une recrudescence de la campagne contre la liberté de la presse au Maroc. L’hebdomadaire indépendant francophone “Tel Quel” et sa version arabophone “Nichane” ont été interdits de publication, début août 2009, pour avoir publié un sondage sur la gouvernance de Mohamed VI, jugé outrageant pour le souverain et contraire aux bonnes mœurs.

Le 28 septembre 2008, le ministère marocain de l’Intérieur a fermé les locaux du quotidien indépendant arabophone “Akhbar Al Yaoum” sans décision de justice. Taoufik Bouachrine, directeur de la publication, et le caricaturiste Khaled Keddar ont été poursuivis en justice à la suite de la publication d’une caricature qui constitue, selon le ministère de l’Intérieur, “une atteinte au respect dû à un membre de la famille royale”.

Le 15 octobre 2009, le tribunal de première instance de Rabat a condamné Driss Chahtane, directeur de l’hebdomadaire arabophone “Al Michaal”, à un an de prison ferme pour avoir publié des articles évoquant la santé du Roi Mohamed VI. Driss Chahtane a été arrêté immédiatement après l’énoncé du verdit, sans attendre la procédure d’appel. Rachid Mahamid et Mustapha Hayrane, deux journalistes travaillant dans le même journal, se sont vus infliger des peines de trois mois de prison ferme et une amende de 5.000 dirhams (environs 655 $US) sans être arrêtés.

Dans une affaire séparée, mais pour les mêmes motifs, Ali Anouzla, directeur du quotidien arabophone “Al Jarida Al Oula”, et Bouchra Edaou, journaliste dans le même journal, seront traduits en justice, à Rabat, le 26 octobre 2009, pour publication de fausses informations concernant la santé du Souverain.

Ces procès qui ciblent, essentiellement, la presse indépendante, constituent une régression grave de la liberté de la presse au Maroc et risquent d’anéantir la petite marge de liberté qui existe encore dans ce Royaume. Ils constituent aussi une menace sérieuse pour la liberté de la presse dans le monde arabe, sachant que le Maroc représente un modèle pour les journalistes de la région.

L’emprisonnement des journalistes et l’interdiction des publications au Maroc constituent, faut-il le rappeler, une violation flagrante de l’article 19 (2) du pacte international relatif aux droits civils et politiques, ratifié par le gouvernement marocain.

Cet article énonce: “Toute personne a droit à la liberté d’expression; ce droit comprend la liberté de rechercher, de recevoir et de répandre des informations et des idées de toute espèce, sans considération de frontières, sous une forme orale, écrite, imprimée ou artistique, ou par tout autre moyen de son choix”.

Nous dénonçons ces procès à caractère politique. Nous dénonçons le harcèlement incessant contre les journalistes qui accomplissent leur devoir professionnel en diffusant des informations que le gouvernement marocain juge comme étant un franchissement des lignes rouges, telles que la santé du Roi ou les affaires de corruption qui intéressent l’opinion publique.

Les organisations arabes et internationales de défense de la liberté de la presse et de la liberté d’expression, soussignées, expriment leur entière solidarité avec les journaux et les journalistes marocains victimes de ces poursuites judiciaires. Elles appellent le gouvernement marocain à mettre fin à cette campagne contre la liberté de la presse et à abolir les peines privatives de liberté dans les procès de presse. Elles appellent, également, le gouvernement marocain à lever l’embargo imposé au quotidien “Akhbar Al Yaoum” et à l’autoriser à reparaître.

Les organisations signataires:

Arabic Network for Human Rights Information

ARTICLE 19: Global Campaign for Free Expression

Adil Soz – International Foundation for Protection of Freedom of Speech

Arab Archives Institute

Association Mondiale des Journaux et des Éditeurs de Médias d’Information

Bahrain Center for Human Rights

Cairo Institute for Human Rights Studies

Canadian Journalists for Free Expression

Center for Media Studies & Peace Building

Centro de Reportes Informativos sobre Guatemala

Comité por la Libre Expresión

Ethiopian Freepress Journalists’ Association

Exiled Journalists Network

Freedom House

Greek Helsinki Monitor

Index on Censorship

Institute of Mass Information

International Press Institute

Le Comité pour la protection des journalistes

Maharat Foundation (Skills Foundation)

Media Institute of Southern Africa

Media Rights Agenda

Media Watch

Pacific Freedom Forum

Pacific Islands News Association

Pakistan Press Foundation

Palestinian Center for Development and Media Freedoms

Public Association “Journalists”

Reporters sans frontières

The Egyptian Organization For Human Rights

World Press Freedom Committee

Al-Karamah “Dignity” Foundation for Human Rights, Egypt

Andalus Institute for Tolerance and Anti-Violence Studies, Egypt

Arab Commission for Human Rights

Arab-European Forum for Human Rights

Arab Organization for Supporting the Civil Society and Human Rights

Arabic Program for Human Rights Activists, Egypt

Association for Freedom of Thought and Expression, Egypt

Awlad Alard Organization for Human Rights

Bahraini Association for Human Rights

Bahrain Youth Society for Human Rights

Damascus Center for Theoretical and Civil Rights Studies, Syria

Egyptian Association against Torture

Egyptian Center for Economic and Social Rights

Egyptian Initiative for Personal Rights

Euro-Arab Forum for Freedom of Expression

General Assembly for Human Rights Defenders in the Arab World, France

Hisham Mubarak Law Center, Egypt

Human Rights First Society, Saudi Arabia

Nadeem Center for Psychological Therapy and Rehabilitation of the Victims of Violence, Egypt

One World for Development and Sustainability of Civil Society

Palestinian Human Rights Foundation (Monitor)

Reporters without Rights

Voix Libre pour les Droits de l’homme, Switzerland

Yemeni Organization for the Defense of Democratic Rights and Freedom

Pour vous donner une idée définitive de la haine anti-marocaine qui suinte un peu partout, ces quelques communiqués et rapports d’un ramassis de plumitifs oisifs qui nous haïssent pour nos libertés, le Committee to Protect Journalists:

– « CPJ urges Morocco to halt politicized prosecutions » (15 mars 2010)

– « CPJ trip to Morocco reveals gap between rhetoric and reality » (3 mars 2010);

– « Attacks on the Press 2009: Morocco » (16 février 2010);

– « Morocco’s most critical publication faces closure » (29 janvier 2010)

Heureusement, il nous reste la Confrérie des compagnons de Gutenberg.

Tzipi Livni reçue les bras ouverts au Maroc et poursuivie au Royaume-Uni

Il faut décidément boire le calice jusqu’à la lie s’agissant de la politique étrangère du plubopaysdumonde: alors que la criminelle de guerre israëlienne Tzipi Livni – elle se dit « fière » de toutes ses décisions durant la guerre contre Gaza (1) –  se pavanait à Tanger sous les hourras de la presse officieuse marocaine (« la protestation semble relever de l’excès de zèle, vu que la présence de Livni n’a jamais été confirmée » écrivait par exemple L’Economiste) voire de certains bloggeurs (« Heureusement que dans les hautes sphères marocaines on compte encore des gens qui ont le sens de l’honneur. Mme Livni a été officiellement invitée à la 2e édition (…)Et quand on invite quelqu’un même s’il agit d’un ennemi on assure, on l’accueillant comme il se doit. A ce niveau, ça a été presque parfait. L’hôte exceptionnelle des MEDays (…), arrivée tard jeudi à Tanger, a non seulement participé aux journées de travail jusqu’au bout mais elle a pu effectuer une virée à Casablanca le vendredi soir et aussi à Marrakech le lendemain« ), elle a décidé d’annuler un déplacement au Royaume-Uni, suite à une plainte déposée pour crimes de guerre, ayant abouti sur un mandat d’arrêt émis par un tribunal britannique (cependant annulé par le même tribunal en apprenant que Tzipi Livni avait renoncé à pénétrer le territoire britannique). C’est sur le fondement du principe de compétence universelle, applicable aux violations graves des Conventions de Genève de 1949 (par le biais des articles 49, 50, 129 et146 communs aux quatre conventions), que Tzipi Livni a pu faire l’objet d’un mandat d’arrêt au Royaume-Uni pour des crimes commis en Palestine occupée. Le gouvernement israëlien ne fait pas preuve d’un grand sens de l’humour:

Israel rejects attempts to exploit British courts against MK Tzipi Livni

15 Dec 2009

Britain should fulfill its promises to stop anti-Israel exploitation of the British courts.

(Communicated by the MFA Spokesperson)

Israel rejects the cynical legal move made in the British court against the Head of the Opposition, MK Tzipi Livni, at the behest of radical elements, and wishes to point out that Israel and Britain are both engaged in a common struggle against the forces of international terror. In many parts of the world, British soldiers are fighting to eradicate terrorism.

Israel calls on the British government to fulfill its promises, once and for all, to act in preventing the exploitation of the British legal system by anti-Israel elements against the State of Israel and its citizens.

The absence of immediate, determined action to correct this abuse harms relations between Britain and Israel.

If Israeli leaders cannot visit Britain in proper, dignified fashion, this will, quite naturally, seriously compromise Britain’s ability to play the active role in the Middle East peace process that it desires.

L’intéressée n’a pas, à proprement parler, fait acte de pénitence:

Livni’s office described her as « proud of all her decisions regarding Operation Cast Lead« . It added: « The operation achieved its objectives to protect the citizens of Israel and restore Israel’s deterrence capability. » (The Guardian)

Et pour être tout à fait franc, la violence ne semble pas trop la rebuter: il y a vingt-sept ans, déjà…

The frontrunner to become Israel’s next prime minister, Tzipi Livni, was a Paris agent for Mossad, Israel’s overseas intelligence agency, in the early 1980s when it ran a series of missions to kill Palestinian terrorists in European capitals, according to former colleagues.

They say Livni, now foreign minister, was on active service when Mamoun Meraish, a senior official in the Palestine Liberation Organisation, was shot dead by a Mossad hit squad in Athens on August 21, 1983. She was not directly involved in the killing, in which two young men on a motorcycle drew alongside Meraish’s car and opened fire, but her role in Mossad remains secret. (…)

Livni joined Mossad after leaving the army with the rank of lieutenant and completing a year at law school. From her base in Paris she travelled throughout Europe in pursuit of Arab terrorists.

Tzipi was not an office girl,” said an acquaintance. “She was a clever woman with an IQ of 150. She blended in well in European capitals, working with male agents, most of them ex-commandos, taking out Arab terrorists.”

Livni has never talked about her years with Mossad, but a glimpse of the nature of the work was given by her closest female partner on European assignments. “The risks were tangible,” said Mira Gal, who became head of her ministerial office. “If I made a mistake the result would be arrest and catastrophic political implications for Israel.” (The Times)

Quant à Tzipi Livni et le Maroc, ça donne plutôt ceci (via Entre Nous Marocains):

Rappelez-vous: le think-tank marocain Institut Amadeus, fondé par Brahim Fassi Fihri, 25 ans, fils du ministre des affaires étrangères marocain, Taïeb Fassi Fihri, avait jugé judicieux d’inviter à l’édition 2009 des MEdays Tzipi Livni, ministre des affaires étrangères du gouvernement d’Ehud Olmert qui avait massacré plus de deux mille Palestiniens à Gaza il y a un an, en décembre-janvier 2008/2009, et entretemps passé dans l’opposition. Tzipi Livni, juriste de formation, est une ancienne agente du Mossad mêlée à l’opération Mivtza Za’am Ha’el consistant en l’assassinat de militants palestiniens en Europe. Ayant fait carrière politique au Likud depuis 1996, elle rejoint le parti Kadima créé par Ariel Sharon.

Initialement,les responsables de l’Institut Amadeusprès avaient piteusement tenté de nier la venue de Tzipi Livni,

A la veille de la visite de la présidente du parti crée par Ariel Sharon, coup de théâtre de la part des organisateurs qui affirment que Tzipi Livni n’a jamais figuré sur les listes des invités du Forum Nord Sud MEdays. Contacté par le journal arabophone Almassae, Ibrahim Fassi Fihri a confirmé que le nom de l’ex ministre sioniste n’a jamais figuré parmi les invités à ce forum. Cela n’a pas empêché la continuation de la mobilisation dans le camp des militants pro-palestiniens. Au jour J Tzipi Livni était bel et bien présente à Tanger… (Le Journal de Tanger)

Voilà quelques faits bruts qui suffisent à mesurer un peu la sagacité de Mekki Lahlou, vice-président de l’Institut Amadeus:

« Nous invitons des gens de tous bords pour des échanges constructifs« , a déclaré à l’AFP Mekki Lahlou, vice-président de l’institut Amadeus, un ‘think tank’ marocain organisateur de MEDays 2009, qui ambitionne de devenir « le rendez-vous incontournable des décideurs politiques et économiques de la région EMEA (Europe, Moyen-Orient, Afrique)« . (…) MEDays, dont la première édition a eu lieu en 2008, est « une plateforme pour un dialogue et des échanges informels« , a pour sa part affirmé à l’AFP M. Lahlou, soulignant que des intervenants palestiniens, américains et européens ont également été invités pour, notamment, débattre du Proche-Orient. Mme Livni, a poursuivi M. Lahlou, est le chef de l’opposition israélienne et « s’est clairement prononcée contre la politique menée par (le Premier ministre israélien Benjamin) Netanyahu« .

Le bloggeur Big Brother Maroc avait d’ailleurs relevé l’inanité de la version amadeusienne des positions de Tzipi Livni en matière de colonisation (et encore n’a-t-il pas relevé que Tzipi Livni souhaite interdire l’usage du terme « nakba« ):

« I will advance only an agreement that represents our interests. Maintaining maximum settlers and places that we hold dear such as Jerusalem – not a single refugee will enter, » Livni said. (Haaretz)

Trois avocats marocains, Mes Khalid Soufiani, Abderrahman Benameur et Abderrahim Jamaï, avaient déposé plainte pour crimes de guerre contre Tzipi Livni lors de sa visite au Maroc à l’invitation de l’Institut Amadeus (2). Cette plainte n’a bien évidemment pas abouti, pas plus que celle initiée en son temps contre Amir Peres, le boucher de Qana II, pour des raisons liées bien évidemment à l’absence totale d’indépendance de la justice marocaine vis-à-vis du pouvoir exécutif. Voici ce qu’en dit Me Khalid Soufiani:

Khalid Sefiani, qui préside le Collectif, a qualifié de « jour noir et de honte » la visite au Maroc de l’ex-ministre israélienne.

« Alors qu’elle est recherchée et poursuivie en Europe, cette ‘criminelle de guerre’ foulera le sol marocain« , a-t-il dit. « Les Israéliens veulent imposer un projet sioniste et tentent de se redonner une nouvelle image après avoir commis d’horribles crimes à Gaza« , a-t-il ajouté

Il se trouve que le massacre de la population civile palestinienne à Gaza présente un lien direct avec le Maroc, puisqu’une ressortissante marocaine – Rqia Abou Naja – y a trouvé la mort:

L’ancien bâtonnier Abderrahim Jamaï a appelé les autorités marocaines à « l’arrêter dès son arrivée au Maroc et enquêter avec elle sur les horribles crimes de guerre commis par Israël dans la bande de Gaza« .

« Le droit marocain est compétent pour juger et condamner cette ancienne ministre israélienne car parmi les victimes de Gaza figurent une ressortissante marocaine, Rakia Abou Naja, sa belle-mère ainsi que son époux, un journaliste palestinien lors d’un bombardement israélien« , a-t-il déclaré.

Plusieurs partis marocains, dont le PJD, le PSU et le PADS, avaient manifesté et protesté contre la venue de cette criminelle de guerre au Maroc:

Au cours d’une conférence de presse, l’ancien bâtonnier Abderrahmane Benameur a qualifié cette visite « d’événement dangereux« , « qui cache mal l’intention de normaliser (les relations) avec l’entité sioniste« .

Le député tangérois Mohamed Najib Boulif (PJD) déclarait ne pas s’opposer à la venue de Tzipi Livni en tant qu’Israëlienne, mais en raison de sa politique belliqueuse lors de la guerre contre Gaza de décembre 2008/janvier 2009:

« Nous condamnons fermement la présence de cette ministre sioniste, qui avait adopté des positions très belliqueuses lors de l’opération “Plomb Durci”. Nous n’avons rien contre les Israéliens qui font avancer le processus de paix, mais cette personne n’est pas la bienvenue » (Jeune Afrique)

Un conférencier marocain, Mehdi Lahlou, pressenti pour une intervention sur l’immigration, avait refusé d’honorer sa promesse de participation en raison de la participation de Tzipi Livni:

Par la même occasion, je condamne cette invitation – qui n’avait été évoquée nulle part dans les documents que j’ai reçus des organisateurs depuis le mois de septembre dernier, comme je joins ma voix, naturellement, à tous les militants associatifs et politiques – au Maroc, comme ailleurs dans le monde – qui demandent que cette ministre comme les autres responsables israéliens des crimes perpétrés à Gaza soient traduits devant la Justice pénale internationale

La presse n’est en reste – ici Le Journal de Tanger:

Mais ce que cet événement vient de mettre en évidence de façon qui ne laisse aucun doute c’est que l’Etat d’Israél dispose d’un lobby puissant dans une certaine élite dirigeante marocaine qui défend la normalisation des relations avec l’état qui vient d’être accusé par le rapport de Goldston de crimes de guerre. Comment peut-on permettre à une criminelle de guerre de fouler le sol marocain quand on sait qu’elle est recherchée et poursuivie en Europe ?

Pour les paroles de « paix » ostensiblement espérées par la puissance invitante, on a eu droit à ceci, paroles qui marqueront sans aucun doute l’histoire de ce conflit:

« Il faut comprendre les sentiments de ceux avec qui vous négociez. Dans notre région, chaque pierre raconte une histoire différente, selon que l’on soit israélien ou palestinien », a témoigné la travailliste (Nd’IK: faux, elle est du parti Kadima et fût du Likud auparavant). Favorable à la solution des deux Etats, elle a appelé l’Autorité palestinienne à reprendre la main face au Hamas qui « ne se bat pas pour les Palestiniens, mais contre l’existence d’Israël. » (Jeune Afrique)

Ou encore ceci:

Invitée en tant que chef du parti Kadima et leader de l’opposition en Israël (et non comme ancienne ministre des affaires étrangères d’Israël, ce n’est pas la même chose, selon les organisateurs des MEDays), Tzipi Livni a rejoint les autres intervenants en soulignant que la solution réside dans l’existence de deux Etats souverains. «Nous avons trop souffert des deux côtés et nous avons aujourd’hui besoin que ce conflit cesse. Mais pour y arriver, il faut qu’on ait entre les mains un accord concret et détaillé», a-t-elle indiqué. Pour l’ex-ministre des affaires étrangères israélienne, la menace vient essentiellement des radicaux des deux côtés. « Il est nécessaire de définir d’abord la nature de ce conflit», qui n’est  pas « un problème de religion mais de gestion politique d’un territoire où vivent deux peuples qui s’y identifient », a dit Mme Tzipi Livni qui affirme que l’initiative d’instaurer la paix entre la Palestine et Israël doit être compris comme étant plus un intérêt pour Israël qu’une faveur qu’on lui accorderait. (Le Reporter)

Et enfin ceci:

Au jour J Tzipi Livni était bel et bien présente à Tanger, elle a participé activement aux débats sur le conflit israélo-palestinien en défendant les thèses du gouvernement extrémiste israélien à savoir la nécessité de la poursuite du processus de paix avec l’Autorité palestinienne sans conditions préalables, c’est-à-dire tout en poursuivant la colonisation sauvage en Cisjordanie et à Jerusalem Est. En plus, elle a eu droit à des interview aux chaines de TV marocaines et de la fameuse chaîne Qatari Aljazeera.

Plus encore Tzipi Livni, qui avait éclipsé la présence des autres invités dont Rachida Dati,  ne s’est pas contenté de son voyage à Tanger, mais elle s’est permise selon le même journal Almassae  d’un détour par la ville ocre Marrakech avant d’être l’hôte à Casablanca cette fois-ci d’une réception organisée à son honneur par le Président de la communauté juive du Maroc.  (Mediapart)

Soit dit entre parenthèse: le président – en fait secrétaire général – du Conseil des communautés israélites du Maroc est Serge Berdugo, ancien ministre du tourisme (il n’a pas laissé un souvenir impérissable), leadership contesté au demeurant (notamment sur le plan de la gestion), et a été nommé en 2006 ambassadeur itinérant (du Maroc, faut-il le préciser). Le fils du ministre des affaires étrangères invite la criminelle de guerre Tzipi Livni au Maroc, et un ambassadeur marocain la reçoit chez lui, à la bonne franquette – ne manquant pas au passage de cultiver l’amalgame détestable entre communauté juive et sionisme – le tout dans le silence le plus parfait des médias officiels. Bravo les artistes!

Difficile de parler de ce forum dédié à la normalisation des relations israëlo-marocaines sans évoquer notre presse officieuse – voici donc comment Le Matin du Sahara rend compte de l’intervention de Fassi Fihri Sr, père de son fils, qui évoquait la question palestinienne avec l’inflexibilité qui le caractérise, se permettant des déclarations d’une violence symbolique frisant – j’aime autant vous livrer le fond de ma pensée – l’anti-sionisme:

Ouvrant le bal des interventions, Taieb Fassi Fihri, ministre des Affaires étrangères n’y est pas allé de main morte pour dire la réalité des choses sans fioritures. «J’appelle le gouvernement israélien à cesser de penser qu’il est le seul à mener la région», a-t-il lancé sur un ton ferme. (…) Fassi Fihri n’a pas mâché ses mots à ce propos en disant que «la nouvelle administration israélienne n’est pas désireuse de paix» (…)

Des réponses, il en existe. Invité en tant que chef du parti Kadima et leader de l’opposition en Israël, Tzipi Livni a rejoint les autres intervenants en soulignant que la solution réside dans l’existence de deux Etats souverains. «Nous avons trop souffert des deux côtés et nous avons aujourd’hui besoin que ce conflit cesse. Mais pour y arriver, il faut qu’on ait entre les mains un accord concret et détaillé», a-t-elle indiqué. Pour l’ex-ministre des Affaires étrangères, la menace vient essentiellement des radicaux des deux côtés. Les intervenants à cette séance du vendredi ont, tous, salué le rôle que le Maroc a joué et continue de jouer pour soutenir le processus de paix. Ces Medays, organisés par l’Institut Amadeus, représentent une occasion pour relancer le débat autour des nouvelles pistes de sortie de crise.

La réalité est bien évidemment que la normalisation entre le Maroc et Israël est simplement à la recherche d’un prétexte pour s’officialiser, sur demande des Israëliens et des Etats-Unis d’Obama – et cette venue de Tzipi Livni doit être considérée comme un de ces signes supplémentaires de bonne volonté du régime marocain, signe dont l’accumulation sert également sur le plan interne à sonder les réactions populaires et préparer l’opinion à une normalisation toute naturelle si on relève les innombrables signes de bonne volonté du Maroc officiel vis-à-vis d’Israël: le ministre de la défense israëlien d’origine marocaine Amir Perez reçu par le Roi en 2006, rencontres officielles entre ministres marocain et israëlien des affaires étrangères (tiens, déjà Tzipi Livni), rupture avec l’Iran et fermeture de l’ambassade marocaine au Venézuela peu après la rupture des relations diplomatiques entre ce pays et Israël, soutien de la MAP à la hasbara israëlienne, coopération au niveau local entre municipalités israëliennes et marocaines, contrats militaires avec Israël (dont apparemment un lié à la récente acquisition d’avions de combat étatsuniens F16), participation au projet Aladin, décorations royales octroyées à des militants sionistes étatsuniens, présence de l’attaché militaire marocain lors des adieux de l’attaché militaire israëlien à Washington, répression de manifestations populaires de soutien à la Palestine (celle de Gaza, ici, ou celle venue en soutien à l’ingénieur Mohamed Benzian, licencié par SOFREMCO Maroc pour avoir refusé une formation assurée par une société israëlienne), et j’en passe – on voit mal ce que le Maroc pourrait faire de plus, à moins de criminaliser l’anti-sionisme (et je regrette déjà de donner une idée à nos dirigeants)…

Tel Quel, guère suspect de fanatisme pro-palestinien, l’a relevé:

Les responsables de l’Institut Amadeus, organisateur de ce forum méditerranéen, ne pouvaient rêver meilleure publicité. Brahim Fassi Fihri, fils du ministre des Affaires étrangères, et ses deux acolytes, Mekki Lahlou et Younès Slaoui, semblent, de fait, à l’aise entre les agents du Mossad et les personnalités de haut rang qui ont envahi, du 19 au 21 novembre, l’hôtel Mövenpick sur le cap de Malabata, réquisitionné pour cette grand-messe. Ce qui n’est qu’une énième poignée de main, entre des dirigeants israélien et palestinien, représente tout de même une réussite pour ce think tank, créé il y a moins de 18 mois. Et tant pis pour ceux qui crient à la trahison. En élargissant le champ, on prend la mesure d’un événement qui échappe aux trois mousquetaires fraîchement diplômés dans leurs costumes bien taillés. La main de Rabat ne saurait être étrangère au déroulé de ces rencontres qui augurent d’une évolution des relations diplomatiques avec Israël. (…)

Ce rapprochement de l’initiative, officiellement privée, de l’Institut Amadeus et de la diplomatie du royaume, les organisateurs eux-mêmes ne la réfutent pas. “Le Maroc a développé une politique de la main tendue pour débloquer le conflit israélo-palestinien et MEDays va dans ce sens”, arguent-ils, en substance, face aux critiques. Amadeus, think tank “indépendant” donc, comme tient à le préciser la MAP, s’est rallié à la position officielle. “Cette invitation s’est faite en accord avec la délégation palestinienne présente. Les deux parties étaient demandeuses d’une rencontre dans un pays arabe”, affirme Younès Slaoui, vice-président de l’Institut. “Cette posture d’écoute des Palestiniens est une constante dans la gestion par Rabat de son rôle de négociateur dans le conflit au Moyen-Orient”, commente un fin connaisseur de ce dossier.

Certains parlent de diplomatie parallèle, d’autres de diplomatie héréditaire. Ce sera d’autant plus flagrant que la Déclaration de Tanger, document final lu en clôture par Brahim Fassi Fihri, prônant la coexistence de “deux Etats souverains” avec “un État palestinien ayant pour capitale Jérusalem-Est”, ainsi qu’“un retour aux frontières de 1967 et l’arrêt immédiat des colonisations”, fera écho au discours prononcé, lors de l’ouverture du forum, par son père, chef de la diplomatie de son état, reprenant la solution défendue par la nouvelle feuille de route américaine. Au cours de cette cérémonie, les organisateurs avaient attribué le Grand prix MEDays à George Mitchell, envoyé spécial du président Obama au Proche-Orient, et le Prix de l’environnement au roi Mohammed VI. Le ton était donné…

Inutile d’en rajouter – même le très docile Jeune Afrique relève que ce séminaire est un instrument au service du ministère marocain des affaires étrangères:

Cette manifestation devrait continuer à monter en puissance dans les années à venir, avec comme ambition de devenir un « Davos du Sud ». Elle est, en tout cas, soutenue par les autorités, par les grandes entreprises du royaume et des partenaires internationaux comme l’Espagne. Sa deuxième édition peut déjà être considérée comme un succès, et a permis au Maroc de continuer à donner une image positive de sa diplomatie. (Jeune Afrique

Les réactions de sites sionistes furent enthousiastes:

Scoop JSS: Une ovation marocaine pour Tzipi Livni
Rédigé par JSS le Nov 20th, 2009 and filed under Scoop JSS.

Tzipi Livni au Maroc. Elle n'a pas vraiment l'air effrayé comme l'annonce pourtant Al Manar!

Tzipi Livni au Maroc. Elle n’a pas vraiment l’air effrayée comme l’annonce pourtant Al Manar! 

L’heure semble plus que jamais être au rapprochement israélo-marocain. Depuis plusieurs mois, le régime de Mohamed VI semble l’avoir compris et fait, petit à petit, passer le message aux Marocains. Officieusement, tout est très clair: Israël et le Maroc qui ont des relations diplomatiques très engagées depuis longtemps se rapprochent petit à petit d’un accord de paix final. C’est en tout cas ce que laisse penser la visite de l’ancienne ministre israélienne des affaires étrangères à Tanger. 

Invitée par un “think tank” local, elle a été ovationnée par la salle. Tous ont salué ses méthodes et son courage. Du côté des médias islamistes, de la mauvaise propagande en sort. Elle aurait été, selon la chaine du Hezbollah (Al Manar), insultée et traitée de “sale sioniste”. Complètement faux selon les dires de plusieurs journalistes marocains avec qui le site JSSNews est en contact permanent. 

Il y avait bien une poignée d’islamiste qui criait “Livni, assassin, on ne peut pas du mossad au Maroc” mais que sont 50 islamistes par rapport à 700 personnes venus l’acclamer? 

Le rassemblement organisé par l’Institut Amadeus à bien entendu été autorisé par le pouvoir en place ce qui signifie clairement le soutien du Roi à la visite de Livni. Un important dispositif de sécurité à été mis en place par les Marocains et… Il est certains que les hommes du Shabak étaient aussi présent pour sécuriser et superviser l’endroit. Le tout, avec la bénédiction de Mohamed VI. Plus le temps passe, plus le souverain devient serein et ses décisions s’avèrent de plus en plus judicieuses. (…) Aujourd’hui, une question se pose: puisque le Maroc veut jouer un rôle plus important à Jérusalem (le Maroc souhaite pouvoir s’occuper de nouveau de la rénovation des lieux saints musulmans à Jérusalem), il est temps pour Sa Majesté d’officialisé son amitié envers Israël…

Pour en revenir au mandat d’arrêt émis contre Tzipi Livni au Royaume-Uni: voilà la différence entre les deux cas de figure, le britannique et le marocain – une justice indépendante et compétente, adossée à un état démocratique où le gouvernement en place ne dicte pas leur conduite aux magistrats – car en l’occurence, le gouvernement britannique, totalement aligné sur Israël bien évidemment, goûte fort peu la plaisanterie:

However, the issue of the warrant – almost certainly for alleged war crimes in connection with Ms Livni’s role as Israeli foreign minister – has caused intense irritation in the Foreign and Commonwealth Office, amid concerns Israeli politicians are finding it increasingly hard to visit the UK.

The FCO last night issued a statement saying: “The UK is determined to do all it can to promote peace in the Middle East and to be a strategic partner of Israel. To do this, Israel’s leaders need to be able to come to the UK for talks with the British Government. We are looking urgently at the implications of this case.” (Financial Times)

Et effectivement, le Royaume-Uni – qui songe sans doute, comme l’a relevé l’excellent Ayman Mohiedin d’Al Jazeera Inernational, au sort de ses propres dirigeants et militaires en raison des guerres menées par son gouvernement en Irak et en Afghanistan – va probablement, selon la BBC, emboîter le pas à la Belgique et l’Espagne et modifier sa procédure pénale en matière de crimes internationaux afin de réserver l’exercice de la compétence universelle à l’encontre des seuls criminels de guerre nègres, slaves et autres bougnoules.

Le mot de la fin appartient sans aucun doute à l’ex-ministre des affaires étrangères et actuel vice-premier ministre israëlo-tunisien Silvan Shalom, qui s’est écrié « nous sommes tous des Tzipi Livni« . Tout à fait d’accord avec toi, Silvan, vous êtes tous des Tzipi Livni (3).

(1) Selon Haaretz:

Livni’s office also said that the opposition leader was proud of all the decisions she made as foreign minister during the Gaza war, an operation which she said achieved its goal of bring security to Israel.

(2) Cette visite semble avoir été ardemment souhaitée à Rabat, et ce, depuis 2008:

Il faut dire que l’actuelle ministre des Affaires étrangères israélienne ad-interim* qui a été élue le 17 septembre 2008 à la tête du parti centriste Kadima avec 43,1 % des suffrages exprimés contre 42 % pour Shaul Mofaz (qui suite à ce cuisant échec a déclaré prendre sa retraite politique) fascine autant qu’elle inquiète dans certains milieux marocains. Elle fascine par ce qu’actuellement le Maroc vit un véritable âge d’or de la gent féminine et une femme leader d’un parti politique qui se surcroit pourrait être la deuxième femme à diriger un gouvernement israélien après Golda Meir, à la fin des années 1960, ne peut que fasciner certains Marocains, du moins les modernistes et féministes d’entre eux.

(3) La dernière fois que Silvan Shalom, juif tunisien devenu homme politique israëlien, s’était rendu au Maroc en tant que ministre des affaires étrangères du gouvernement d’Ariel Sharon – Silvan apprécie les criminels de guerre, il faut croire – un Marocain en avait payé le prix une semaine après: Albert Rebibo, paisible commercant de Derb Koréa à Casablanca, assassiné le 11 septembre 2003 par deux terroristes islamistes.

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