En France, pas en Israël

Eric Hazan, courageux éditeur de La Fabrique, qui à part les livres de Jacques Rancière, Alain Badiou ou le Comité invisible sort pas mal de livres sur la Palestine, et ce n’est pas vraiment à son avantage du point de vue médiatique (dans le sens des mainstream medias):

De façon générale, nos positions sur la Palestine nous ont valu des haines, le mot n’est pas trop fort. Et cela retentit sur le traitement médiatique qui est fait à La Fabrique. (Eric Hazan, Article XI)

Parmi les livres sur la Palestine publiés par La Fabrique, on retrouve de Norman Finkelstein, des titres des journalistes de Haaretz Amira Hass et Gidéon Lévy, l’universitaire étatsuno-palestinien Rashid Khalidi et l’historien israëlien post-sioniste Ilan Pappé.

Pourquoi tant de pudeur, Pierre Assouline?

CORRIGENDUM: Une brochure légendaire de la LCR mettait en garde contre une vision policière de l’histoire. Effectivement, j’aurais dû voir que les commentaires sous le post d’Assouline étaient scindés en deux, et que le mien y figure toujours. Sans commentaire…

Le critique littéraire beidaoui Pierre Assouline n’aime pas le philosophe rbati Alain Badiou, et réciproquement. Le premier, sur son blog, s’était offusqué de ce que le second avait comparé Son Excellence le Président de la République française, M. Nicolas Sarkozy, à « l’homme aux rats« . Assouline en avait profité pour faire la remarque suivante:

La dernière fois dans ce pays qu’on a ainsi comparé des hommes à des rats, c’était, voyons, en 1942 dans un documentaire de propagande sur le péril juif.

Badiou a eu beau jeu de souligner, dans une tribune du Monde, que « l’homme aux rats« , du nom d’un patient de Freud, était une notion psychologique bien connue, et qu’Assouline avait sans doute voulu utiliser la figure de rhétorique connue sous le nom de reductio ad hitlerum une fois de trop:

Les ennemis de toute politique autre que celle qu’ils nomment très à tort « démocratie », vu qu’elle est, de notoriété publique, le pouvoir d’une maigre oligarchie de dirigeants d’entreprise, de détenteurs de capitaux, de politiciens consensuels et de stars médiatiques, ont inventé depuis quelques années un truc dont ils usent maintenant contre quiconque leur déplaît: insinuer qu’il est antisémite. J’ai l’honneur d’être flanqué de vrais professionnels de cette insinuation.

Badiou poursuit:

Quelqu’un de très modérément cultivé sait aussitôt que j’entrelace ici, non sans une subtilité rhétorique qui mériterait des éloges, la métaphore des rats qui quittent le navire, la légende du joueur de flûte qui entraîne les rats hors de la ville, et le cas, décrit par Freud, de « l’homme aux rats » comme exemple type de l’obsession. M. Assouline est-il cultivé ? Il sait en tout cas où il veut en venir. Depuis la dernière guerre et les nazis (suivez mon regard), proclame-t-il, personne n’a plus traité qui que ce soit de rat.

Assouline a répliqué hier soir sur son blog:

Un certain Alain Badiou me cherche querelle. Le fait qu’il soit natif de Rabat et moi de Casablanca n’en est pas la cause, nous ne sommes pas si sectaires (quoique, à la réflexion, les rbatis ne sont pas des gens comme nous). Rassurez-vous, je ne suis qu’un prétexte, son but à peine dissimulé étant de relancer par une vaine polémique qui n’abusera personne…

Puis il affirme de manière assez difficilement soutenable la chose suivante:

M. Badiou croit que je veux absolument faire de lui un antisémite. Même pas ! On connaissait déjà le juif imaginaire, catégorie brillamment conceptualisé naguère par Alain Finkielkraut. On découvre désormais avec M. Badiou l’antisémite imaginaire. Celui qui aimerait bien en être afin de tenir son rang au club des proscrits, la dernière posture intellectuelle appelée à devenir très tendance ; on peut être assuré qu’elle ne fera qu’ajouter à la confusion des idées s’agissant de ce que M. Badiou désigne comme ”le truc de l’antisémitisme”, expression destinée certainement à connaître une belle fortune.

Or, dans son premier post, Pierre Assouline avait bien écrit « la dernière fois dans ce pays qu’on a ainsi comparé des hommes à des rats, c’était, voyons, en 1942 dans un documentaire de propagande sur le péril juif« . Le rbato-beidaoui que je suis doit être définitivement perdu à l’entendement de la langue française, mais il me semble bien que cette phrase sous-entendait une assimilation des propos de Badiou à ceux des pétainistes antisémites sous l’occupation…

Passant par hasard sur le blog de Pierre Assouline, j’ai laissé un commentaire – numéro 9 je crois alors, juste après celui, sarcastique, d’un autre Marocain. Je n’ai malheureusement pas archivé ce que j’avais écrit, et ne le retrouve pas, parce que ce commentaire a été supprimé du blog d’Assouline. De mémoire, et je vous jure sur le fanion du Raja que je n’ai retranché aucune injure ou insulte hypothétique, voici ce que j’écrivais. Je vous laisse juge de savoir si cela méritait la poubelle:

Je suis beidaoui de coeur, mais suis plutôt convaincu par Alain Badiou que par vous, et sans doute parce que vous avez tort. Vous affirmez ainsi: « M. Badiou croit que je veux absolument faire de lui un antisémite. Même pas ! ».

Dans votre post précédent sur Badiou, vous écriviez ceci: « la dernière fois dans ce pays qu’on a ainsi comparé des hommes à des rats, c’était, voyons, en 1942 dans un documentaire de propagande sur le péril juif ». Ces deux assertions étant incompatibles, laquelle des deux récusez-vous?

Ceci donne une certaine saveur à cette polémique…

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