A la demande d’un homme d’affaires israëlien résidant à Essaouira, la justice marocaine sommée d’assimiler l’antisionisme à l’antisémitisme

L’absurde a un royaume, et c’est le Maroc. Dans sa lutte acharnée contre l’AMDH – voir ici pour les chapitres précédents – le makhzen est prêt à faire feu de tout bois. Les faits exacts sont difficiles à déterminer précisément, mais voici ce que j’ai pu recueillir.

Cela étonnera peut-être le Marocain moyen, mais il y a à Essaouira un citoyen israëlien, Noam Nir Bojou, qui y a des affaires, dont un restaurant. La militante de l’AMDH, membre de son bureau central, Samira Kinani (elle a un blog), avait publié une photo reproduisant un diplôme affiché dans ce restaurant représentant un drapeau israëlien entrelacé avec un drapeau marocain.

Une manifestation de l’AMDH (section locale d’Essaouira) a apparemment eu lieu devant ce restaurant, la vingtaine de manifestants scandant des slogans en faveur de la Palestine pendant moins d’une minute (voir la vidéo filmée par Noam Nir et postée sur le site israëlien Arutz Sheva), dans une scène qui clace le sang – enfin, pas vraiment. Aucun slogan ne vise les juifs en tant que tels. Dans une manifestation précédente datant du 29 mars 2010 (journée de la terre en Palestine), qu’il relate sur son blog (en hébreu, merci Google Translation), il semble avoir été déçu que les manifestants ne demandent pas la libération de Gilad Shavit et qu’ils déclarent leur opposition au sionisme et à la normalisation entre le Maroc et Israël…

Sa déception a été si forte qu’il a adressé un courrier à l’AMDH à ce sujet:

Entre l’AMDH et Noam Nir, il n’y a pas que cette plainte pour antisémitisme, déposée contre les membres de cette association. Au lendemain de la célébration de la Journée de la terre du 29 mars dernier, Noam Nir avait adressé une lettre au bureau central de l’AMDH dénonçant les slogans scandés. L’AMDH avait jugé bon de ne pas lui répondre. (Le Soir)

Bon, maintenant, vous savez, si vous recevez un courrier de Noam Nir, mieux vaut y répondre sauf à repondre de votre antisémitisme devant les tribunaux…

Noam Nir l’a également signalé par un tweet, apparemment outré de ce que des Marocains protestent contre le sionisme:

#1 infront of one of my businesses, the local branch of the Moroccan Association of Human Rights protests against ZIONISM…4:27 AM Jul 27th via web

Photo de Noam Nir publiée sur Facebook

Noam Nir, qui se présente sur son blog également comme correspondant free-lance du quotidien israëlien Maariv (drôle d’occupation annexe pour un restaurateur et propriétaire d’une agence de voyage, soit dit en passant), a ensuite transmis une vidéo tournée lors de cette manifestation à un site d’informations israëlien, Arutz Sheva, présentant cette manifestation comme étant « anti-sémite« : « Anti-Semitic Protests in Morocco a Warning Sign« .

Noam Nir, an Israeli businessman who lives and owns a property in Morocco, was shocked when he found out that the building he owns in the city of Mogador became the focus of an anti-Semitic demonstration. Speaking to Arutz Sheva, Nir expressed a serious concern that such demonstrations, that were not commonplace in Morocco until recently and have suddenly begun to appear on its streets, would lead to imminent harm and endanger the lives of the Jewish community in Morocco.

Nir also described another demonstration which occurred around the eve of Pesach in Morocco to which he was a personal witness. During the demonstration, which was aimed specifically the Moroccan King’s Jewish advisor (who is described by the locals as Zionist despite his pro-Arab positions), the protestors yelled anti-Israel and anti-US slurs, such as calling Israeli Prime Minister Binyamin Netanyahu and US President Barack Obama murderers.

(…) He noted that so far anti-Semitism in Morocco has been well-hidden, mostly because there is a strong police presence in the country. However, he added that the recent demonstrations, both the one that was held against the King’s advisor and the one near the building which he owns, went unanswered on the part of local police. Nir expressed his belief that the lack of police intervention is evidence that there has been a deterioration in relations between the country’s Muslim and Jewish populations.

Nir explained that anti-Semitism in Morocco is deeply rooted in history and continues to the present day. He identified Islam and the process of Arabization in Morocco as two factors which contribute heavily to acts of anti-Semitism in the country.

Noam Nir a un CV intéressant. Il est né à Tel Aviv, dans les territoires occupés en 1948. Ses parents sont natifs d’Essaouira, ce qui fait donc de Noam Nir un ressortissant marocain en vertu de l’article 6 du Code de la nationalité (« Est Marocain, l’enfant né d’un père marocain ou d’une mère marocaine« ). Il ne s’est présenté qu’une seule fois comme Marocain dans les articles et sur les sites que j’ai pu consulter sur son compte, mais son identité Israëlienne est clairement prédominante, tant dans ses propos que dans ceux de ses interviewers – je le considérerai donc comme tel. Selon le Jerusalem Post, il a également une agence de voyage travaillant avec des sociétés israëliennes et serait représentant de la World Federation of Moroccan Jewry. Il serait par ailleurs, mais j’en doute fortement, membre du Conseil régional du tourisme dont dépend Essaouira (j’imagine qu’il s’agit du CRT de Marrakech, mais je n’ai pas trouvé de liste des membres de ce CRT). Il a un compte sur twitter et un blog (en hébreu), sur lequel il affiche un message en faveur d’un groupe, « Facts Answers Questions&Truth (FAQT) » qu’il a apparemment lui-même créé. Voici ce message:

Facts Answers Questions & Truth

Introduction:

Today Israel faces a new global threat, one that is fought in the media and in the court of public opinion. Addressing this threat requires well informed and articulate activists empowered to stand up for Israel.
FAQT founded in response to the public’s need and desire for mainstream information about the Arab-Israeli conflict with offices, and chapters across the globe.

FAQT is an on-line group, an apolitical, non-aligned, non-profit organization. FAQT operates on-line activists internationally. FAQT offers website resources and creates materials about Israel that will distributed globally.

Mission Statement:

The Facts Answers Questions&Truth is an independent, nonpartisan on-line group dedicated to being a resource for its members, journalists, educators and students, civic and religious leaders, and other interested citizens in order to help them better understand the world and the foreign policy choices facing Israel.

Founded on June 2010, the group takes no positions on matters of policy. The FAQT group carries out its mission by:
o Maintaining a diverse membership, including special programs to promote interest and develop expertise in the next generation of international community
o Convening on-line meetings at its website at http://www.XXX.XXX discuss and debate major issues regarding the group’s cause
o Supporting a Studies enabling FAQT group’s members to produce and re-produce articles, reports, and books and hold roundtables that analyze foreign policy issues and make concrete policy recommendations;
o Collaborating with Independent Task Forces that produce reports with both findings and policy prescriptions on the most important foreign policy topics; and
Providing up-to-date information and analysis about events and Israeli foreign policy on its website (under construction)

Leadership and Staff

The group’s staff includes the executive leadership*, FAQT fellows, and activists.

* Leadership includes various high profile experts (The group’s official roster of members listed will be publish soon)

WE NEED YOU!!!‎
Why waiting? Join today

http://www.facebook.com/topic.php?topic=14524&uid=28798913141 (Blog de Noam Nir)

La page Facebook de Noam Nir indique (mais il fait régulièrement le ménage, donc les liens ne sont peut-être plus en état de marche) que son intérêt pour la défense de l’Etat d’Israël n’est pas passager. On peut ainsi lire ceci dans la rubrique « Causes » de sa page Facebook:

Noam Nir’s Causes Profile

StevenJanice thanked Noam.
Thank you Noam for your support to Call Facebook to delete all Hate groups against Israel! We have to take our stand!
Genesis 12:1-3 says: « I Will Bless them who bless you and Curse them who curse you and all the families of the world will be blessed through you! »
Cause: Call Facebook to delete all Hate groups against Israel

Une autre de ses causes affichées sur Facebook est MEMRI, le fameux observatoire des médias arabes et iraniens fondé par un ancien du Mossad, Yigal Carmon, et une néo-conne israëlo-étatsunienne, Meyrav Wurmser (voir aussi l’article de Brian Whitaker du Guardian). Encore une autre cause concerne le duo de caricaturistes néo-cons étatsuniens Cox et Forkum, qui prônent le changement de régime en Iran et une défense résolue d’Israël.

Il laisse des messages sur d’autres pages Facebook appelant à rejoindre le groupe pour la défense d’Israël qu’il a créé:

Noam Nir vous aime et défendre les droits d’Israël? FAQT a besoin de vous tous … s’il vous plaît joindre à nous à:http://www.facebook.com/group.php?gid=127808690574159&ref=ts

7 juillet, à 21:34 · Signaler

Avatar de Noam Nir sur Facebook

On voit donc que l’activisme de cet homme d’affaires israëlien d’origine marocaine installé au Maroc n’a rien de subtil ou de flou: il souhaite défendre la cause d’Israël et lutter fermement contre les critiques tant de cet Etat que de son idéologie officielle, le sionisme – cet engagement va jusqu’à agir pour interdire la parole aux critiques d’Israël, du moins sur Facebook (et peut-être ailleurs, si Noam Nir en avait la possibilité). On pourrait donc, sans craindre une plainte en diffamation, qualifier Noam Nir de sioniste.

Plusieurs articles de médias israéliens le citent, lors d’articles sur le judaïsme marocain ou sur le passé juif d’Essaouira. Ses propos varient assez fortement, comme vous allez le constater. Voici par exemple ce qu’il a déclaré en 2009 au sujet d’un festival de musique judéo-andalouse à Essaouira:

In the audience was Noam Nir Boujo, owner of a restaurant in Essaouira. While the number of original Jews living in the city could be counted on one hand, he said, thousands of Moroccan Jews visit every year. « Culture and especially the music festivals have replaced the import-export of former times. » (AFP)

Dans un autre article (« The Last Jews of Essaouira« ), publié dans le très likudnik Jerusalem Post, il a longuement été interviewé:

THERE IS only one native Israeli living full-time in Essaouira. Noam Nir-Boujo has done well for the past nine years serving lunches and dinners at his restaurant, the Riad al Baraka, outside the casbah on the pedestrian Rue Med Al Qorry. The long, narrow, hectic commercial street leads to the most authentic luxury hotel in town, L’Heure Bleue, before ending at the Bab Marrakech gate of the original walled town. Filled with local schoolkids and shoppers, resident foreigners, tourists and all kinds of characters, the street is lined with shops and tiny leather and metal workshops. The Riad al Baraka occupies a lovely building and garden courtyard. Totally hidden from the busy street behind a large wooden door, it was a private Jewish girls’ school until the 1940s. Nir-Boujo was born in Tel Aviv. His father and grandfather were born in Essaouira. His up-front talking to people and sometimes making strong statements about tourism and coexistence in Essaouira, and simply having a big picture of the world, make him a stand-alone type of guy in this town. In fact, he is a new kind of bridge, definitely a Westerner, but a « Souiri » by origin who speaks fluent Maghrebi Arabic. « People make money here, » Nir-Boujo says, « but they remain suspicious about outsiders. Everyone here knows I’m Jewish, but only some know I’m Israeli. There is ignorance, but never trouble. » He notes that almost all women wear hijabs in public but says this is due more to conservative social codes than religious pressure. Several thousand Westerners have bought homes and businesses in Essaouira over the past two decades. Nir-Boujo says that today the expat community includes perhaps 60 to 80 Jews from France, Britain and Canada. Few foreigners live here full time. Modern Essaouira has been mostly off the map, although in the late ’60s and early ’70s, it was a stop on the international hippy circuit. Jimi Hendrix hung out here, and had a house in a nearby village. Israel has been a part of the attempt to commercialize. There is an ongoing attempt to link French-speaking Jews back to their countries of origin in North Africa. In some cases, it has been successful, as French and Canadian Sephardim, and in some cases Israelis, have bought homes there. « Remember, a Parisian or a Tel Avivian of Moroccan-born parents never loses his Moroccan nationality, » Nir-Boujo notes with a wry smile. « But think about it, where in the Arab world would Jews from any country buy a home and feel fully safe? Perhaps in Tunisia, but nowhere else. »

THE RIAD al Baraka is full of soft colors, ochre and blues and greens under soft lighting, with round corners and doorways, all surrounding a garden. Nir-Boujo’s food is a modern take on classics. The couscous, for example, is compact and orderly, and packed with fresh flavor. The chicken and lamb are soft. Jewish-Arab-Andalusian music wafts in over courtyard speakers. The restaurateur has a photo of the young Moroccan king, Mohamed VI, above the reception desk. He is proud to be an Israeli with origins in Souira, and is happy living here. He speaks Hebrew, Maghrebi-Arabic, English and French, in that order. « It is clear that Morocco is the most Jewish-friendly country in the entire Arab world, but the ignorance is still here, » he says. « Remember, the parents of young adults here lived and worked side by side with Moroccan Jews, and almost all will tell you they would love to see the Jews return. But the young people know nothing about Jews. They know only the clichés they see on Arab cable television, mostly nasty Israeli soldiers hitting Palestinians. They’ve also heard that Jews are all rich. » (…)

« Essaouira is a small town with a fabulous heritage in a developing country, » says Nir-Boujo. « There is work to be done here, and I know that certain people in Rabat and Casablanca know that. » He won’t say more. It is not his role to do that, and he knows it. His role is the Essaouira representative of the World Federation of Moroccan Jewry, and he also sits on a local tourism board. He was just back from a three-day hiloula, the annual traditional Jewish religious pilgrimages held at different times all over Morocco and Tunisia. This year there was one in Safi, an hour or so up the coast, a center of ceramic arts. He says that three Jewish families still live there, but the 300 participants were mostly elderly men from France, Canada and Israel. « It was fascinating and moving, » he says. Nir-Boujo knows little about traditional Sephardi religious practices. He noted that the ouli of Safi, the king’s official representative, has said that there is an unbreakable connection between Morocco and Jews. « His hospitality was wonderful, » he says. The hiloula was the subject of reports on Moroccan national television in both French and Arabic, presented as a piece of the country’s religious and cultural heritage. « That is a very positive statement about Jews here, » he adds. (…)

A trying moment came in December, during the incursion into Gaza. Nir-Boujo was a bit nervous, though not for any particular reason, and had gone to see local police officials. A local demonstration one day in support of Gazans had attracted about 500 people, and had remained quiet and peaceful. The police, who know exactly who Nir-Boujo is and where he comes from, and appreciate his activity with local tourism officials, told him, « Keep your eyes open, but you have nothing to fear. We’re watching out for you. » Local police officials told him that there was no radical Islamic activity in town. « If any Arab foreigners come looking for trouble, Algerians for example, we know about it, » they said. « Nobody has come. » (…)

Nir-Boujo has formed a travel company. One of his first clients is a big Israeli travel firm. « I want to mix business with social, » he says, « so 2.5 percent of profits will go to Jewish restoration projects in Morocco, and 2.5% will go to not-for-profit education projects throughout the country. « This is my personal mission here. In Israel and Western countries, this business-social mix happens regularly, but here it does not. It comes from the tzedaka tradition and the chora for Muslims, but perhaps needs some encouraging here. » He will be going to Casablanca to talk to Jewish businessmen there about doing the same mix, but would like to work with Moroccan Muslim businesspeople as well. IS IT strange that no other Israelis have followed Nir-Boujo to live in Essaouira? « No, I’m not a typical Israeli, I am Moroccan, » he says. « The mix of the heartfelt and the official identity is tough to describe. I would say I am still Israeli, but I am also a Moroccan patriot. It would take a strange person to move here full-time. »

En juin 2009, dans les colonnes du Jerusalem Post, il dépeignait donc le Maroc comme un pays exemplaire en termes de relations judéo-arabes. En juillet 2010, il se demande que fait la police marocaine à rester à regarder placidement ces odieux manifestants dont l’antisémitisme constitue principalement à traiter Obama et Netanyahu d’assassins (factuellement, c’est loin d’être faux) et à condamner le sionisme. Il déclare au site Arutz Sheva que « anti-Semitism in Morocco is deeply rooted in history and continues to the present day. He identified Islam and the process of Arabization in Morocco as two factors which contribute heavily to acts of anti-Semitism in the country« .  Si Noam Nir est en plein combat idéologique, où il n’hésite pas à recourir aux arguments essentialistes qu’il reproche à ses adversaires, je suis assez surpris par l’absence de pièce à conviction plus convaincante: aucune insulte religieuse ou raciale n’a pu être relevée lors de ces deux manifestations – on aurait pu être sûr qu’il en aurait fait état dans ce cas.

Voilà donc que ce militant sioniste, à qui on doit reconnaître le courage de s’afficher à visage découvert, porte plainte au pénal contre trois membres de l’AMDH – Samira Kinani du bureau national, Fouad Jarid de la commission administrative et du bureau de la section locale, et enfin Houssin Boubkir, membre de la section locale d’Essaouira – accusés… d’antisémitisme! Le sionisme serait donc une sacralité de plus à respecter au Maroc…

On ne dispose pas de détails sur la base légale spécifique de cette poursuite pénale, car, comme le souligne le député PJD et avocat Mustapha Ramid, «il n’y a aucun texte légal consacré à l’antisémitisme».

Si c’est vrai au sens strict, c’est tout simplement parce que le législateur ne distingue pas entre les formes de racisme. Le Code pénal et le Code de la presse et de l’édition contiennent tous deux des dispositions en matière de racisme. Commençons par le Code pénal:

Article 431 – 1 :

Constitue une discrimination toute distinction opérée entre les personnes physiques à raison de l’origine nationale ou sociale, de la couleur, du sexe, de la situation de famille, de l’état de santé, du handicap, de l’opinion politique, de l’appartenance syndicale, de l’appartenance ou de la non appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée.

Constitue également une discrimination toute distinction opérée entre les personnes morales à raison de l’origine, du sexe, de la situation de famille, de l’état de santé, du handicap, des opinions politiques, des activités syndicales, de l’appartenance ou de la non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée des membres ou de certains membres de ces personnes morales.

Article 431 – 2 :

La discrimination définie à l’article 431-1 ci-dessus est punie de l’emprisonnement d’un mois à deux ans et d’une amende de mille deux cent à cinquante mille dirhams, lorsqu’elle consiste :
– à refuser la fourniture d’un bien ou d’un service ;
– à entraver l’exercice normal d’une activité économique quelconque ;
– à refuser d’embaucher, à sanctionner ou à licencier une personne ;
– à subordonner la fourniture d’un bien ou d’un service ou l’offre d’un emploi à une condition fondée
sur l’un des éléments visés à l’article 431-1.

Difficile de considérer que la courte manifestation de l’AMDH filmée par Nir puisse raisonnablement être considérée comme une discrimination consistant « à entraver l’exercice normal d’un activité économique quelconque« . Un restaurateur ayant pignon sur rue en plein centre-ville ne peut décemment estimer que les manifestations publiques susceptibles d’avoir lieu de manière momentanée – une minute dans ce cas-ci – entravent son commerce – cela pourrait être considéré comme les aléas normaux auquel est confronté tout opérateur économique.

On notera cependant de manière inquiétante que l’article 431-1 vise également « l’opinion politique« , ce qui, couplé à l’article 431-2, pourrait toucher les actions de boycott, y compris de celles visant Israël. Ceci se heurterait avec la liberté d’expression, lié à la liberté du commerce, deux droits qui incluent celui de ne pas acheter des biens ou services pour des raisons politiques – on se demande le sort que réserveraient les articles 431-1 et 431-2 du Codé pénal à Rosa Parks

Voyons voir du côté du Code de la presse et de l’édition. Son article 39 bis dispose ce qui suit:

ARTICLE 39 bis :
Quiconque aura , par l’un des moyens énoncés à l’article 38, incité à la discrimination raciale, à la haine ou à la violence contre une ou plusieurs personnes en raison de leur race, leur origine, leur couleur ou leur appartenance ethnique ou religieuse, ou soutenu les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité sera puni d’un emprisonnement d’un mois à un an et d’une amende de 3.000 à 30 000 dirhams ou de l’une de ces deux peines seulement.

L’article 38 auquel l’article 39 bis se réfère contient ceci:

ARTICLE 38 :
Sont punis comme complices d’une action qualifiée crime ou délit ceux qui, soit par discours, cris ou menaces proférés dans les lieux ou réunions publics, soit par des écrits, des imprimés vendus, distribués, mis en vente ou exposés dans les lieux ou réunions publics, soit par des placards ou affiches exposés aux regards du public, soit par les différents moyens d’information audiovisuelle et électronique, auront directement provoqué le ou les auteurs à commettre ladite action si la provocation a été suivie d’effet.

Cette disposition sera également applicable lorsque la provocation n’aura été suivie que d’une tentative de crime.

Cette disposition, bien que figurant dans le Code de la presse et de l’édition, peut donc être invoquée à l’encontre de quiconque par discours, cris et menaces proférés dans des lieux ou réunions publics, incite à la discrimination, à la haine ou à la violence à l’encontre d’une personne en raison de son origine ou de son appartenance religieuse ou ethnique. Le problème c’est qu’aucune des paroles audibles sur le film vidéo de Noam Nir ne contient de telles paroles. Au demeurant, dans l’article d’Arutz Sheva reprenant le film et ses propos, les seuls propos concrets reprochés à la section locale d’Essaouira de l’AMDH sont ceux qualifiant Obama et Netanyahu d’assassins. A la rigueur, de tels propos pourraient tomber sous le coup de l’article 52 du Code de la presse et de l’édition:

ARTICLE 52 :

L’offense commise publiquement envers la personne des chefs d’Etat et leur dignité, les chefs de gouvernement, les ministres des affaires étrangères des pays étrangers sera punie d’un emprisonnement d’un mois à un an et d’une amende de 10.000 à 100.000 dirhams ou de l’une de ces deux peines seulement.

Obama étant chef d’Etat et Netanyahu chef de gouvernement, cette disposition pourrait être invocable – sauf que selon l’article 71 alinéa 6°) du Code de la presse, « dans le cas d’offense ou d’outrage prévu par les articles 52 et 53 du présent Dahir, la poursuite aura lieu soit à la requête de l’offensé ou de l’outragé, soit d’office sur sa demande adressée au Premier ministre ou au ministre des affaires étrangères« . Il faudrait donc, pour que les manifestants de l’AMDH soient poursuivis pour offense à chef d’Etat ou de gouvernement étranger, qu’Obama et Netanyahu adressent une demande en ce sens à la primature ou au MAEC. On peut présumer que cela n’a pas été le cas. ceci étant, le délai de prescription de 6 mois pour les actions publiques visant à réprimer les infractions au Code de la presse (article 78) n’est pas encore écoulé.

Mais ce n’est bien sûr pas cette disposition qui est invoquée par le militant sioniste israëlien Noam Nir. A ce stade, aucune information n’a filtré sur la base légale exacte pour l’inculpation des trois militants de l’AMDH – Samira Kinani m’a confirmé ne pas connaître la base légale exacte sur laquelle elle est poursuivie. L’objectif politique, lui est clair. Du point de vue de Noam Nir, faire ce qui a été fait à des degrés divers en Europe, à savoir criminaliser ou délégitimer l’antisionisme – on se rappelle qu’en France, un rapport commandé par Dominique de Villepin au sinistre histrion et ambassadeur Jean-Christophe Rufin avait proposé de criminaliser l’antisionisme – fort critiqué, ce rapport avait été enterré en douce, même si certains militants sionistes tentent d’oeuvrer pour la criminalisation de cette opinion politique qu’est l’antisionisme. Son raisonnement est très clair là-dessus:

Nir explained that the “common man” as he put it in Morocco does not distinguish between Judaism and Zionism, and as such equates criticism of Zionism with an attack on Judaism. This, according to Nir, « puts the Jewish community in danger. » (Arutz Sheva)

Puisque le Zakaria Boualem moyen confond judaïsme et sionisme (ce que semble également faire Noam Nir, en faisant l’équivalence parfaite entre antisémitisme et antisionisme), toute critique du sionisme revient à une critique du judaïsme, laquelle serait par essence antisémite. Raisonnement lumineux qui aboutit à taire toute critique du sionisme.

Mais il faut également se pencher sur l’objectif politique du point de vue du makhzen. En effet, voilà un ressortissant israëlien, affichant ouvertement son militantisme pro-israëlien, qui porte plainte pour antisémitisme contre une association honnie par le makhzen, l’AMDH. Il n’invoque aucune insulte antisémite mais estime que l’antisionisme équivaut à de l’antisémitisme, auquel cas 99% des Marocains seraient passibles de poursuites pénales. Et que se passe-til? En moins de dix jours, deux des trois personnes contre qui il a déposé plainte sont entendues par la police judiciaire d’Essaouira, agissant sur instruction du procureur du Roi. Chaque Marocain sait que la première question que pose la police lorsque quelqu’un a la folle idée d’aller dénoncer une infraction chez elle est « y a-t-il eu du sang coulé?« . Et là, pour un délit d’opinion ne touchant ni au Roi, ni au Sahara, on a droit à une convocation à la police judiciaire dans les dix jours…

Il faut reconnaître que Noam Nir a de bonnes fréquentations: entre le wali de la région (« He noted that the ouli (sic!) of Safi, the king’s official representative, has said that there is an unbreakable connection between Morocco and Jews. « His hospitality was wonderful, » he says. » Jerusalem Post) et les policiers de quartier (« Nir-Boujo was a bit nervous, though not for any particular reason, and had gone to see local police officials (…). The police, who know exactly who Nir-Boujo is and where he comes from, and appreciate his activity with local tourism officials, told him, « Keep your eyes open, but you have nothing to fear. We’re watching out for you. » » Jerusalem Post), il est bien reçu, ce qui n’est pas donné au premier restaurateur venu, même étranger.

Ces deux personnes sont interrogées sur leur vision du conflit israëlo-palestinien, ce qui dépasse le cadre des poursuites: qu’ils aient fait des déclarations antisémites, et ils devraient alors être interrogés sur celles-ci – mais en tout état de cause, sauf si le délit d’opinion existe en droit marocain, leur vision du conflit israëlo-palestinien n’est pas réellement pertinente, surtout en l’absence de déclarations antisémites.

L’AMDH est à la une de l’actualité. L’association de défense des droits de l’Homme est accusée, par un certain Noam Nir, d’antisémitisme. Propriétaire d’un restaurant à Essaouira, l’homme a déposé le 27 juillet une plainte contre trois membres de l’AMDH : Houcine Boukbir, Fouad Jarid et Samira Kinani. Le 5 août, la police a interrogé Boukbir pour des écrits sur Facebook. Le lendemain, c’est au tour de Jarid de subir pendant 45 minutes les questions de la police. «Des questions qui ont porté notamment sur ma position concernant le conflit au Moyen-Orient. J’ai répondu que je ne suis pas un antisémite mais plutôt anti-sioniste. Ils m’ont également présenté une vidéo à l’occasion de la Journée de la terre (29 mars en solidarité avec la Palestine) d’un meeting organisé par la section AMDH à Dessaoula, durant lequel j’ai scandé des slogans en faveur du peuple palestinien», déclare Fouad Jarid. «Les policiers m’ont également demandé si j’ai des problèmes personnels avec Noam Nir. Ma réponse a été un «niet» catégorique», a-t-il ajouté. Cette affaire connaîtra-t-elle une suite auprès des tribunaux du royaume ? «C’est fort probable», nous confie Fouad Jarid. (Le Soir)

Pour le makhzen, la tentation est effectivement irrésistible d’infliger à l’AMDH, déjà en butte aux critiques acerbes du pouvoir, la flétrissure infâmante de l’antisémitisme – car cette association est probablement la plus entendue au niveau international (avec l’OMDH). Une condamnation pour antisémitisme serait instrumentalisée de manière éhontée par le makhzen pour décrédibiliser et discréditer l’AMDH auprès des ONG et gouvernements occidentaux, seule audience dont l’avis compte réellement aux yeux des décideurs marocains. Bien évidemment, criminaliser l’antisionisme serait non seulement absurde – il ne l’est pas (encore) en Israël – mais aussi politiquement très mal perçu par l’opinion publique marocaine. Mais la tentation d’endommager gravement la réputation internationale de l’AMDH sera sans doute irrésistible, sans compter les bénéfices à escompter auprès d’Israël et de ses parrains occidentaux, ravis qu’un pays arabe ose faire ce que leur ordre constitutionnel interne leur interdit de faire. Tout comme Fouad Jarid, je crains que les tribunaux marocains exécutent cette basse manoeuvre.

Si les trois militants de l’AMDH sont poursuivis pour antisionisme, c’est le peuple marocain dans son écrasante majorité qui devrait l’être également. Il nous faut tous réagir contre cette manigance indigne.

PS: Un petit oubli de la part de Noam Nir: l’article 39 bis, qui semble être la base légale la plus probable de l’action pénale intentée contre les trois militants de l’AMDH, incrimine également le soutien à des crimes de guerre. Une traduction des différents posts de son blog, en hébreu, permettrait peut-être de mieux cerner sa vision des crimes de guerre commis par Israël en Palestine.

Liens:

– « Suite à l’affaire Noam Nir – AMDH: campagne de solidarité contre le sionisme à Essaouira » (Libération);

– « A l’AMDH nous sommes 12.000 antisionistes et 12000 militants contre l’antisémitisme« ;

– « Droits de l’Homme: L’AMDH accusée d’antisémitisme« ;

Le Vlaams Belang invité en Israël: « Still, Israel is in a crucial struggle and can’t be choosy with allies now »

Suite à l’amicale pression de commentateurs qui trouvent que je ne parle pas assez de Palestine, je comptais vous rendre rapidement compte de l’invitation d’un député d’extrême-droite Ariyeh Eldad (il représente le parti révisionniste – au sens sioniste du termeMoledet à la Knesset), à l’idéologie proche d’un David Duke ou du bien-nommé Eugène Terre-Blanche, adressée au parti séparatiste et raciste belge (ou plutôt flamand) Vlaams Belang.

Background: le Vlaams Belang est le nouveau nom dont s’est affublé l’ancien Vlaams Blok après qu’un tribunal belge l’ait considéré comme étant anti-démocratique, et donc non-susceptible de recevoir le financement public dû à tous les partis belges représentés au parlement. Afin de pouvoir continuer à toucher le pactole – au passage, ce pactole leur est versé par un Etat dont ils souhaitent la disparition… – le Vlaams Blok se saborda et se reconstitua en Vlaams Belang. Les personnes sont les mêmes et le programme est en substance identique à l’ancien, fondé sur le triptyque indépéndance de la Flandre, xénophobie et islamophobie. Il faut savoir, pour être complet que l’un des fondateurs du Vlaams Blok était l’ancien SS Karel Dillen, resté fidèle à ses « idéaux » de jeunesse jusqu’à sa mort. De fait, l’ancienne génération du séparatisme flamand est marquée par la présence d’un nombre considérable d’anciens collaborateurs pro-nazis durant l’occupation allemande, favorable au nationalisme flamand même si le collaborateur belge le plus célèbre de la période fût le francophone Léon Degrelle. Et ce n’est pas peu dire que la politique du parti s’en ressent encore aujourd’hui

En l’occurence, le flirt entre les séparatistes racistes du Vlaams Belang n’est pas de fraîche date, et son leader actuel, Frank Vanhecke, se décritj’en ai déjà parlé – comme un des plus fermes défenseurs d’Israël. L’invitation en question, pour un sommet « anti-jihad » devant se tenir à Al Qods (Jérusalem), semble être entourée d’incertitude, puisque si le chef spirituel du Vlaams Belang, Filip Dewinter, confirme publiquement son existence, le secrétariat d’Ariyeh Eldad semble embarassé et ne confirme pas l’existence d’une telle invitation – mais l’intention y est:

Eldad said last month he would consider inviting Vlaams Belang to Jerusalem. « Theoretically, I would, » he said when queried. « On paper, Vlaams Belang is so pro-Jewish it should chair the conference, but we’re aware of its problematic aspects, » he added. « Still, Israel is in a crucial struggle and can’t be choosy with allies now. » Eldad said he organized the event due to take place on Sunday because of this urgency.

Effectivement, il ne faut pas faire la fine bouche pour s’allier avec un Filip Dewinter, qui a cependant fait une danse du ventre obstinée et sans ambiguïté:

Indeed, during recent years, Dewinter has made himself into Israel’s « No. 1 Belgian friend » and he is now interested in making an official visit. (…)

« I’m interested in visiting Israel, » Dewinter says in the interview. « First of all, from a geopolitical point of view. We in Western Europe should realize that our allies are not in the Arab or Muslim world, but rather in Israel. This is not just because we have a common civilization and values, but also to balance out the Islamic forces in the Middle East that are getting stronger. The State of Israel is a sort of outpost for our Western society, an outpost of democracy, of freedom of speech, of protecting common values within a hostile environment. You are surrounded by Islamic states, some of them fundamentalist, which are interested in only one thing: to throw the Jews into the sea.

« I also think that Islam is now the No. 1 enemy not only of Europe, but of the entire free world. After communism, the greatest threat to the West is radical fundamentalist Islam. There are already 25-30 million Muslims on Europe’s soil and this becomes a threat. It’s a real Trojan horse. Thus, I think that an alliance is needed between Western Europe and the State of Israel. I think we in Western Europe are too critical of Israel and we should support Israel in its struggle to survive. I think we should support Israel more than we do because its struggle is also very important for us. »

But Dewinter admits that he wants to visit Israel for other reasons. « It’s very important to me as leader of a right-wing national party [he rejects defining the party as « far right » – A.S.] to say that we respect the State of Israel and the Jews. To all of those who regard us as neo-Nazis, we say: `No, we want good relations with the Jews.’ We should distance ourselves from all of those individuals and groups with anti-Semitic tendencies and from Holocaust deniers. I have no connection with these things. Because I am a leader of a right-wing party, some of the Jewish leaders in Antwerp do not believe that I am sincere. They think that this is a pose, that I am doing this to avoid being regarded as a neo-Nazi and that I am afraid they will call me a fascist. I’m interested in visiting Israel to express my affinity, but also to prove that I’m sincere. »

On peut comprendre la perplexité d’observateurs peu au fait de la distinction entre antisionisme et antisémitisme: un parti fondé initialement par un Waffen SS, invité par un membre, juif qui plus est, de la Knesset, voilà de quoi surprendre. C’est oublier qu’aux yeux des gouvernements israëliens, être anti-sémite est un pêché mineur comparé au pêché majeur que constitue la critique de l’Etat d’Israël et de ses politiques, qualifiée d’anti-sionisme. Je ne mentionnerai même pas le cas de l’Arabie séoudite, allié objectif d’Israël au Moyen-Orient aujourd’hui, et dont l’approche du dialogue inter-religieux n’est sans doute pas près d’atteindre les standards posés par le Centre Wiesenthal ou l’Anti-Defamation League. 

En Italie, le post-fasciste Gianfranco Fini, leader d’Alleanza Nazionale, qui avait autrefois qualifié Benito Mussolini de plus grand personnage politique du XXe siècle avant de tourner casaque, a résolument pris un virage susceptible de faciliter sa « normalisation » politique en Italie et à l’étranger, aujourd’hui très largement acquise. Il faut dire qu’il avait fait des efforts louables pour montrer patte blanche, en déclarant récemment que le fait de brûler des drapeaux israëliens était plus grave que le meurtre d’une victime d’un gang néo-nazi, et pouvait se targuer d’avoir été reçu par Sharon. 

L’ancienne députée de son parti, et petite fille du Duce, Alessandra Mussolini, désormais membre du parti berlusconien Il Popolo della Libertà, qui avait dit au sujet de Fini qu’il ferait circoncire les membres de son parti afin de partir en pélérinage en Israël, avait également fini par voir la lumière:

« Not only Gianfranco Fini, but the entire world, including the Vatican and the pope, should beg forgiveness of Israel »

De même, le maire post-fasciste de Rome, Gianni Alemanno, qui décrit le fascisme et la République de Salo en des termes nostalgiques, a réussi a attiré une partie du vote juif romain en raison de son appui sans faille à Israël, et s’est acheté un certificat de virginité en visitant Auschwitz et surtout en déclarant que « défendre Israël c’est défendre l’Occident« .

En Grande-Bretagne, le British National Party, aux racines explicitement fascistes et antisémites, a tenté aussi récemment de redorer son blason en faisant profession de foi pro-israëlienne, notamment lors de la guerre du Liban d’août 2006. Et même l’antisémite chevronné qu’est Le Pen avait tenté de tromper son monde, en affirmant son soutien à Israël, pas plus tard qu’en 2002 (« Israel? An extraordinary challenge in the world history of a people that is trying to reconquer its homeland« ), et en se faisant publiquement adouber par Roger Cukierman, alors président du CRIF: « Le Pen’s triumph: a message to Muslims to keep quiet« .

En Roumanie, le leader du parti d’extrême-droite Romania Mare, Vadim Tudor, a lui aussi entamé un revirement exprès, après s’être fait une spécialité dans des déclarations anti-sémites (« I love Jesus Christ too much not to think every day about those who humiliated Him, those who stoned Him, those who crucified Him and those who hammered nails into Him. The Jews did this. The Jews of 2,000 years ago, the Jews of all times« ). Il a pris un conseiller politique israëlien proche de Likoud et a opéré une volte-face qui réconfortera les incurables optimistes, tout en gardant un arrière-goût très particulier:

What is there in the 2004 model Tudor? First of all, his almost mythic belief in the power of the Jews, the United States and Israel and their influence on the entire world and Romania in particular: « It is clear that no one can do anything in a state like Romania without American or Israeli advice, » he says. « I will relate to what these advisers say. I will appoint a prime minister who will be acceptable to the West, » he promises. « If needed, if I get a hint, if someone’s name is given to me – I will agree to him. Because then I will know that some of the problems that have to do with the international community will be solved immediately upon his appointment. »

The recognition of Israel’s power led him to retract his previous opposition to American involvement in the Persian Gulf. « Israel’s security played a role in the American strategy. You have to recognize this and be proud of this. Those who should fear are those who do not take into account this people, which was really chosen by God, » he affirms. « Look what happened to Hitler. His regime could have lasted for 100 years through an awesome military and propaganda machine. It lasted for only 12 years. God smote him very quickly because he bullied the wrong people. »

Cette tendance, selon laquelle des antisémites réels ou passés recoivent l’absolution en raison de leur soutien au gouvernement israëlien, a déjà été relevée par Arthur Neslen – « When an anti-semite is not an anti-semite« , qui souligne qu’Albert Einstein, Gandhi et Ehoud Olmert pouvaient être considérés comme anti-sémites en appliquant l’aberrante définition retenue par des experts du l’Agence européenne pour les droits fondamentaux (ex-EUMC), mais rejetés par la suite après la levée de boucliers – il était notamment apparu que la définition avait été basée sur une suggestion d’un lobbyiste pro-israëlien, Kenneth S. Stern. Et la presse israëlienne elle-même relève – « It’s no longer the Jews » – que l’extrême-droite européenne, en Autriche, en Italie et ailleurs, ne se nourrit plus tellement d’antisémitisme, mais plutôt de xénophobie – il faudrait y rajouter l’islamophobie – ce constat, qui est une évidence, s’impose également au think-tank pro-israëlien et néo-con Middle East Forum, fondé par l’islamophobe Daniel Pipes.

Mais comme le dit Ariyeh Eldad: you can’t be choosy with allies.

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