X-files/Affaire Belliraj: quelques conseils à Chakib Benmoussa

Vous vous rappelez sans doute de la grande conspiration chiito-salafo-gauchistel’affaire Belliraj, où vendeurs ambulants, leaders de partis politiques et MRE marginaux et délinquants auraient amassé des millions d’euros à des fins terroristes sans jamais commettre d’attentats – les meurtres mis au compte d’Abdelkader Belliraj, le MRE marocain – et informateur de la Sûreté de l’Etat belge – qui serait le cerveau de ce réseau remontent à près de vingt ans. Le réseau a une composition qui ressemble au rêve mouillé d’un éditorialiste du Matin du Sahara: du PSU au PJD en passant par deux mouvement islamistes mineurs, Al Manar et le Hezbollah. Ne manquent à l’appel que Bob Ménard, Ali Lmrabet, Moulay Hicham, le Polisario, l’AMDH et Boubker Jamaï pour que la dream-team soit au complet.

Mais je suis resté sur ma faim: trop peu de sex and drugs pour que cette histoire soit vraiment rock’n’roll, en dépit d’efforts méritoires ces dernières semaines, ayant abouti dans l’implication de Bernard-Henri Lévy comme victime putative du réseau Belliraj. Et c’est en lisant l’excellent Abu Muqawama – comme son nom l’indique, il se consacre à la stratégie et à la tactique contre-insurrectionnelles, COIN selon l’acronyme anglais – que j’ai eu la confirmation: trop forts, ces Etatsuniens. Abu Muqawama n’est sans doute pas loin du compte lorsqu’il écrit que l’article de l’inénarrable tabloïd anglais The Sun a la « Greatest. Headline. Ever. » (« Meilleure. Rubrique. De tous les temps ») – jugez-en:

Al-Qaeda in gay rape horror

Je passe sur les détails de cette belle co-production étatsuno-anglo-algérienne (la source citée à l’appui de cette rubrique géniale serait un terroriste algérien repenti – du terrorisme ou des viols homosexuels, ce n’est pas clair), sinon pour relever qu’un autre excellent blog, Jihadica, a fait la même remarque, soulignant que The Sun avait diffusé, fin janvier, des « informations » selons lesquelles Al Qaïda au Maghreb islamique (AQIM) serait victime de ou tenterait de manipuler le germe de la peste. Reconnaissons cependant que nos inspecteurs Clouseau ont du pain sur la planche en matière de relations publiques.

Et comme ce qui vient des services étatsuniens ne tarde jamais trop avant d’atteindre les rives marocaines…

Rétroactes:
– « What the f…?« , 22/2/2008
– « Vous avez aimé les années de plomb? Vous adorerez février 2008 (Bientôt près de chez vous)!« , 26 février 2008
– « Trop de fiction tue la réalité« , 26 février 2008
– « La police belge, complice du satanique réseau chiito-salafo-gauchiste?« , 27 février 2008
– « X-files – The Moroccan Connection: la filière usfpéiste se confirme« , 29 février 2008
– « X-files – The Moroccan Connection: persiflages« , 12 mars 2008
-« X-files – The Moroccan Connection: à transmettre à la DST« , 13 mars 2008

« It would be like letting a chimpanzee loose in the NORAD control room »

C’est une citation d’une critique – what else? – du dernier (God willing) livre de Thomas Friedman, rédigée par Matt Taibi. Vous, je ne sais pas, mais j’adore les critiques rosses, surtout quand elles s’attaquent à un grand-prêtre du journalisme, de l’idéologie ou des sciences humaines. Pour ceux qui seraient bienheureusement ignorants de Thomas Friedman et de ses déjections débiles, disons que c’est un mélange de BHL, Mustapha Alaoui, Fahd Yata et Alain Finkielkraut, avec un zeste de Pascal Bruckner, une pincée de Mohamed Hassanein Heykal et une tranche de Jean-François Revel – bref, c’est l’équivalent outre-Atlantique de l’équipe éditoriale de L’Economiste, dont j’ai eu l’occasion déjà de vanter les mérites.

Bon, ça date un peu, mais je viens de tomber dessus et trouve cela irrésistible:

Let’s speak Friedmanese for a moment and examine just a few of the notches on these antlers (Friedman, incidentally, measures the flattening of the world in notches, i.e. « The flattening process had to go another notch »; I’m not sure where the notches go in the flat plane, but there they are.) Flattener #1 is actually two flatteners, the collapse of the Berlin Wall and the spread of the Windows operating system. In a Friedman book, the reader naturally seizes up in dread the instant a suggestive word like « Windows » is introduced; you wince, knowing what’s coming, the same way you do when Leslie Nielsen orders a Black Russian. And Friedman doesn’t disappoint. His description of the early 90s:

The walls had fallen down and the Windows had opened, making the world much flatter than it had ever been—but the age of seamless global communication had not yet dawned.

How the fuck do you open a window in a fallen wall? More to the point, why would you open a window in a fallen wall? Or did the walls somehow fall in such a way that they left the windows floating in place to be opened?

Four hundred and 73 pages of this, folks. Is there no God?

Matt Taibi est un récidiviste, ayant déjà épinglé Friedman au sujet de Boris Eltsine:

On the one hand, Friedman said, Putin’s Russia can no longer be called democratic. On the other hand, Boris Yeltsin’s version of democracy was a failure. This is the sentence that came next — emphasis is mine:

And on the third hand, while today’s Russia may be a crazy quilt of capitalist czars, mobsters, nationalists and aspiring democrats, it is not the totalitarian Soviet Union.

Even in remission, genius is genius. How do you get around the natural mathematical limitations of the construction, « On the one hand…but on the other hand… »? After all, we humans only have two hands. You or I would never have thought of it, but Friedman knew instinctively — just add another hand!

PS: Le NORAD? C’est ça.

« Mieux vaut, disait Kant, l’homme politique qui a une morale que le moraliste qui n’est qu’un justificateur de la politique »

C’est de Guy Hocquenghem, dont j’ai lu il y a plusieurs années son magnifique et saignant « Lettre ouverte à ceux qui sont passés du col Mao au Rotary« , et dont Lenin’s Tomb m’a rappelé dans son dernier billet qu’il était le procureur des fast-thinkers de la Nouvelle Philosophie, assez peu nouvelle et très peu philosophe finalement. Homosexuel militant, gauchiste non renégat, sa plume ne faisait pas de quartier.

Extraits:

Cher et tortueux Glucks,
En gros, comme dirait July, BHL et toi balisez le terrain ; tous deux renégats affirmés du gauchisme, mais lui passé à gauche (après l’épisode giscardien) et toi à Marie-France Garaud (dont tu vins jouer les supporters, à la télé, avant les élections, flanqué de Kouchner). BHL retrouve l’antisémitisme et le fascisme sous l’anarchisme qu’il pourfend et les « philosophies du désir », toi tu déniches l’hitlérisme sous le masque pacifiste. La police des idées est bien faite ; cette surenchère de dénonciations « paradoxales » vole bien au-dessus des différences politiciennes. Complémentarité : BHL, niché dans la gauche, son gagne-pain, comme le ver dans le fruit, déguise, comme les Castro et July, l’apostasie en fidélité (du gauchisme à la gauche) ; toi et les tiens, au lieu du reniement par continuité de façade, proposez le reniement par rupture répétée, la continuité dans le reniement; et c’est au nom de l’autocritique, de l’imprévisibilitéde la pensée selon Mai 68, que tu t’engages à droite. Fidélité contre fidélité, toutes deux factices.

Mieux vaut, disait Kant, l’homme politique qui a une morale que le moraliste qui n’est qu’un justificateur de la politique ; on peut avoir du respect pour l’homme qui s’expose au feu, pas pour le conseilleur en massacre trop sûr de n’être pas payeur, encore moins pour le philosophe qui n’use de sa subtilité que pour légitimer la raison d’État la plus cruelle.

Tu précises, te moquant des utopies tiers-mondistes à propos de « l’exemple néo-calédonien » : « À Dreux [où la campagne de Le Pen bat alors son plein], le slogan “Les immigrés à la mer” est réactionnaire et inhumain, alors que peinturluré sur une ferme dans la brousse des antipodes il devient un mot d’ordre émancipateur. » Explicitons ton ironique sous-entendu : et si c’était le contraire, « les immigrés à la mer » qui était émancipateur à Dreux, puisque ça casse la stupide utopie, et « les Blancs à la mer » véritablement inhumain ?

Brice de Nietzsche

Bizarre, je me rappelais de cette excellente formule de Patrick Besson, le critique littéraire français le plus rosse (n’oublions quand même pas Didier Jacob du Nouvel Observateur) depuis Angelo Rinaldi (avant toutefois que ce dernier n’ait vendu sa plume pour des amabilités académiques), guère porté aux sujets consensuels, à la galanterie bien-pensante ni aux échanges de bons procédés, mais avec un indéniable sens de la formule (sur la responsable d’extrême-gauche Clémentine Autain: « L’ambition de Clémentine : devenir mandarine« , ou sur le pamphlétaire fanatiquement anti-communiste Jean-François Revel).

Dans une de ses chroniques hebdomadaires dans Marianne, souvent féroces, il avait assimilé Philippe Sollers à « Brice de Nietzsche » – et moi qui croyais mordicus que c’était Bernard-Henri Lévy, tête de turc habituelle et méritée de Besson (je vous avais dit que ce garçon était sympathique), qui avait mérité de ce surnom à sa mesure. Mais on ne prête qu’aux riches, et c’était donc l’affligeant pape du Paris littéraire Philippe Sollers, parrain de l’obsédé islamophobe Michel Houellebecq, qui avait été visé? C’était sans doute un téléscopage dans mon esprit, Angelo Rinaldi ayant sans doute formulé la remarque la plus célèbre contre Lévy – « le plus beau décolleté de Paris« …

Quant au vrai Brice

Pendant que j’y suis, voilà une autre video qui déchire sa race – via l’inégalable Arrêts de jeu:

%d blogueurs aiment cette page :