Encore un classement favorable au Maroc (7eme place) – cartographie des bloggeurs persécutés

Je suis trop négatif, et j’ai décidé d’y remédier en publiant les classements dans lesquels le Maroc occupe une place dans le top ten. Voici donc un lien vers la mappemonde des bloggeurs poursuivis – Threatened Voices – dressée par Global Voices. Cette mappemonde indique le nombre de bloggeurs menacés, emprisonnés voire tués par pays, et comptabilise non seulement les cas toujours en cours mais aussi les anciens cas. Avec ses trois bloggeurs concernés, le Maroc occupe ma foi une fort honorable septième, ex-aequo avec l’Azerbaïdjan, Bahraïn et la Malaisie mais après la Chine (1ere, avec 33 bloggeurs emprisonnés ou tués), l’Egypte (2eme avec 29 bloggeurs), l’Iran (3eme avec 23 bloggeurs), la Tunisie (4eme avec 18 bloggeurs – on ne sait pas à ce stade s’il y a des Brésiliens naturalisés parmi eux), la Syrie (5eme avec 14 bloggeurs) et le Vietnam (6eme avec 9 bloggeurs).

Les bloggeurs marocains sont au nombre de trois, même si l’un d’entre eux n’a à ma connaissance jamais eu de blog mais plutôt une page Facebook au nom de SAR Moulay Rachid:

Fouad Mourtada;

Mohammed Erraji;

Hassan Barhon

Les initiateurs de cette mappemonde sont les premiers à en souligner les limites, et sont demandeurs d’informations complémentaires sur d’autres cas de bloggeurs menacés pour leurs écrits et opinions, indépendamment du pays – les Etats-Unis sont ainsi également épinglés

La blogoma et Gaza – vue des Etats-Unis

Je n’ai jamais cru que les blogs étaient représentatifs de l’opinion publique: s’il fallait se fier aux blogs, François Bayrou aurait remporté les présidentielles françaises de 2007 dès le premier tour et le oui l’aurait l’aurait remporté à tous les référendums européens des dernières années. Les blogs peuvent avoir une influence dans la dissémination de l’information, notamment dans une situation où les médias classiques sont tétanisés par la peur de déplaire aux puissants, voire dans la mobilisation (je pourrais citer un ou deux cas en Suède et aux Etats-Unis), mais ils ne reflètent guère l’opinion publique.

Ce n’est cependant pas une raison pour travestir l’opinion des bloggeurs lorsqu’elle est palpable, particulièrement maintenant, au Maroc et dans d’autres pays arabes, au sujet de la guerre d’agression israëlienne contre Gaza. Deux exemples récents.

Tout d’abord, Magharebia.com, site consacré au Maghreb de l’armée US – I kid you not:

About This Site
15/03/2008

The Magharebia web site is sponsored by the United States Africa Command, the military command responsible for supporting and enhancing US efforts to promote stability, co-operation and prosperity in the region.

The Magharebia web site is a central source of news and information about the Maghreb in three languages: Arabic, French and English. The goal of Magharebia is to offer accurate, balanced and forward-looking coverage of developments in the Maghreb.

Six days per week, the site captures the top news from across the region as reported in local and international media. It also features analysis, interviews and commentary by paid Magharebia correspondents in the region.

Magharebia coverage is distinguished by an in-depth knowledge of local issues – the key players, events and sensitivities that can trigger significant developments – tempered by a cross-regional perspective. It identifies trends, solutions and successes that can serve as models for progress throughout the region.

Il ne faut s’étonner de rien, et je ne serais pas étonné que l’armée israëlienne lance un site maghrébin multilingue pour promouvoir la contribution israëlienne à la prospérité de la région en général et des territoires arabes occupés en particulier.

Toujours est-il que sur ce site, on a pu lire un article de propagande qui ne dépareillerait pas dans Le Matin du Sahara, El Watan, le New York Times ou la Pravda, intitulé « Les bloggeurs parlent de Gaza et de liberté« . Une bloggeuse marocaine est citée, et deux Tunisiens. Ils sont soit critiques du Hamas, soit d’Al Jazeera (l’un des deux bloggeurs tunisiens semble n’avoir aucun avis concret sur Gaza). On le voit, la représentativité de la réaction des bloggeurs maghrébins en général et marocains en particulier est pleinement assurée. J’ai quant à moi été plus frappé par l’évolution inverse de certains bloggeurs marocains, qui en temps normal seraient les premiers à tomber à bras raccourcis sur le Hamas ou le Hezbollah ou à afficher de l’indifférence et qui là ont été d’une virulence dans la dénonciation d’Israël qui m’a étonné.

Le deuxième cas est à peine moins caricatural, et n’est sans doute pas de mauvaise foi: il s’agit de Global Voices qui a publié un post intitulé, de manière très excessive, « Morocco: a country divided over Gaza« , traduit en français sous le titre « Maroc: Un pays divisé sur Gaza« . Le titre laisserait entendre que le Maroc serait partagé entre partisans de l’agression israëlienne et partisans de la résistance palestinienne…

Il m’est arrivé d’être journaliste dans une vie antérieure et la première chose qu’on m’a appris c’est que toute affirmation dans une rubrique devait trouver son fondement dans le corps de l’article – « voix discordantes parmi les bloggeurs marocains » eût été une meilleure rubrique, encore que l’article n’en fait état que d’une seule sur la question de Gaza, mais enfin chacun son boulot. L’article de Global Voices entame en fait sur le communiqué royal annoncant la non-participation royale au sommet de Doha, cite un commentaire sur ce blog m’accusant de lèse-majesté (et accessoirement d’antisémitisme) mais fait l’impasse sur le fait que la critique même non injurieuse d’une déclaration royale est une ligne rouge au Maroc du point de vue pénal…

Il est bien évidemment toujours plus intéressant d’avoir une histoire « homme-mord-chien » – ce qui correspondrait dans le contexte de Gaza à « bloggeurs marocains divisés dans leur condamnation d’Israël » – mais enfin, il ne faut pas non plus tordre les bras à la réalité: les bloggeurs marocains, au-delà de leurs différences d’appréciation parfois substantielles, et même s’ils ne représentent qu’eux-mêmes, ne sont guère divisés, pour ceux qui se sont exprimés là-dessus, sur la condamnation radicale de la guerre israëlienne et des crimes, voire même le rejet d’Israël, et la solidarité avec le peuple palestinien…

Maroc Blog Awards 2009: merci, mais non merci

Je remercie ceux qui m’apprécient et m’ont nominé pour le Maroc Blog Awards 2009 dans la catégorie meilleur blog politique marocain. Je félicite les organisateurs de cette compétition pour leur engagement, leur générosité et leur dynamisme, qui font honneur à la blogosphère marocaine. Leur initiative stimule la blogosphère marocaine et attire sur elle une attention méritée. J’espère qu’elle stimulera l’émulation et la participation accrue des bloggeurs marocains ou s’intéressant au Maroc.

Pour ma part, je refuse humblement et respectueusement toute nomination et toute élection. Je ne cherche aucune reconnaissance. Je ne souhaite en aucune façon participer à ce concours, pour lequel j’ai le plus grand respect et la plus grande estime. Ce n’est pas seulement parce que les circonstances actuelles ne s’y prêtent pas. Je ne participerai pas à la soirée du 31 janvier, à laquelle je souhaite le plus grand succès et la plus grande participation – les échos de la précédente soirée permettent d’augurer d’un succès renouvelé et fort mérité.

Je m’excuse auprès des organisateurs pour les désagréments que cette décision pourrait leur causer. Peut-être aurais-je dû laisser les choses suivre leur cours, sachant que rien ne dit que j’aurais remporté la compétition dans cette catégorie-là. Mais le risque purement théorique m’oblige à annoncer cette décision de cette façon.

Je m’en excuse encore auprès des organisateurs. Je souhaite bon vent aux autres candidats nominés et tout particulièrement, dans la catégorie politique, à Mounir de Moi dans tous mes états, un militant qui démontre que tout n’est pas pourri dans l’USFP chère au souvenir des Marocains. Je demande à ceux qui m’ont nominé ou qui souhaiteraient voter pour moi de bien vouloir respecter mon choix.

Enquête sur la blogoma

Rassurez-vous, ce n’est pas une enquête de police, et elle n’est pas sponsorisée par l’US Central Command. Elle est l’oeuvre de la jeune universitaire étatsunienne Rebecca. L’enquête est ici. Merci de donner un coup de main à Rebbecca en y participant!

Mohamed Erraji livre sa première interview


Mohamed Erraji, en liberté provisoire, et dont l’appel contre la condamnation est mis en délibéré pour jeudi par la Cour d’appel d’Agadir, alors que le ministère public a requis l’irrecevabilité de l’action publique (ce qui devrait en toute logique aboutir à un acquittement en appel de Mohamed Erraji, même si le tribunal n’est pas obligé de suivre les réquisitions du ministère public), a donné une interview au site maghrébin de l’armée des Etats-Unis:

Interview avec le bloggeur marocain Mohammed Erraji
Magharebia.com 2008-09-16

Le bloggeur marocain Mohammed Erraji répond aux accusations portées contre lui et parle de la liberté d’expression au Maroc.
Interview par Naoufel Cherkaoui pour Magharebia à Rabat – 16/09/08

[Naoufel Cherkaoui] Le bloggeur marocain Mohammed Erraji a parlé à Magharebia de sa récente arrestation, des conditions de détention et de l’état de la liberté d’expression au Maroc.

Un jour après avoir publié un article critique envers les faveurs spéciales que le Roi accorde parfois à certains citoyens, le bloggeur marocain Mohammed Erraji a été arrêté vendredi 5 septembre et condamné très rapidement à deux ans de prison. Premier Marocain à être emprisonné pour ses écrits, Erraji a été libéré sous caution moins d’une semaine plus tard, après que la cour d’appel eut démontré que l’audience en première instance avait été entachée d’erreurs. Magharebia a demandé à Erraji de parler de ces récents événements et, plus généralement, de la situation de la liberté de la presse au Maroc.

Magharebia: Comment avez-vous obtenu votre libération conditionnelle ?

Mohammed Erraji: J’ai déposé une requête de mise en liberté provisoire auprès du gardien de la prison vendredi matin, et à midi ce même jour, j’ai été déféré devant le juge du tribunal de première instance, qui m’a dit que ma requête avait été acceptée et que la prochaine audience était prévue le 16 septembre. J’ai ensuite été libéré dans l’attente de cette audience.

Magharebia: Comment l’enquête a-t-elle été conduite ?

Erraji: Un groupe d’officiers des renseignements se sont présentés chez moi mercredi, mais je n’étais pas là à ce moment-là. Ils ont dit aux membres de ma famille que je devais aller les voir. Je me suis rendu jeudi à dix heures du matin au siège de l’unité de recherche scientifique, et n’en suis ressorti qu’à 17 heures. L’enquête a été conduite par les responsables de cette unité dans de bonnes conditions et avec respect. Ils m’ont demandé de me présenter à nouveau le lendemain.

Lorsque je suis revenu vendredi matin, l’enquête a été menée à son terme par la même unité, après près de trois heures. Après quoi, j’ai été emmené auprès de la police judiciaire, où les policiers ont à leur tour repris l’enquête pendant près de cinq heures sur mes affiliations politiques et intellectuelles. J’ai été maintenu en détention, et c’est là où j’ai commencé à souffrir, parce que la cellule dans laquelle j’étais détenu était dans un état pitoyable. L’enquête s’est poursuivie samedi et dimanche.

J’ai ensuite été escorté dimanche matin par des policiers à mon domicile, qu’ils ont fouillé, en s’attachant particulièrement à mon ordinateur et à mes livres. Ils m’ont ensuite ramené au poste de police, où j’ai signé les déclarations qu’ils avaient préparées. J’ai ensuite été menotté et déféré devant le procureur adjoint du Roi au tribunal de première instance, qui m’a interrogé sur les raisons de certaines phrases dans l’article en question. L’audience n’a pas duré plus de quatre minutes. Après avoir attendu pendant plus d’une heure, un policier est venu et m’a dit que j’avais été condamné à deux ans de prison. J’ai alors été conduit en prison.

Ils m’ont ramené lundi matin au tribunal de première instance pour entendre le verdict de la cour, ce qui n’a pas duré plus de quatre minutes. Le juge m’a seulement demandé ma position face aux charges retenues contre moi, c’est-à-dire le manquement au respect dû au Roi. J’ai réfuté avoir jamais eu l’intention d’offenser le Roi. Interrogé sur mon intention de désigner un avocat pour me défendre, je lui ait dit que je ne disposais pas des moyens financiers nécessaires.

Magharebia: Vos articles se caractérisent par une critique sévère des conditions sociales et économiques au Maroc. Quelle en est la raison ?

Erraji: La raison tient à mon enthousiasme pour ce pays, parce que je veux que mon pays avance et atteigne un certain niveau de démocratie et de respect des droits de l’Homme, pour faire en sorte que cela ne reste pas que de l’encre sur du papier. Si j’ai parfois recours au sarcasme et à la sévérité dans l’écriture de mes articles, je n’ai jamais eu l’intention de blesser quiconque, ni le Roi ni personne d’autre.

Magharebia: Votre situation actuelle va-t-elle avoir un effet sur vos prochains articles ?

Erraji: Je n’ai pas encore décidé si j’allais continuer ou non à écrire. Les jours que j’ai passés en prison me font craindre de seulement porter la plume, ce qui équivaut actuellement pour moi à signer une nouvelle condamnation à la prison. Je vais donc étudier la question avec soin avant de décider de continuer ou non à écrire.

Magharebia: Vous n’avez à ce jour publié aucune excuse. Cela veut-il dire que vous vous considérez comme non coupable ?

Erraji: Encore maintenant, j’ai du mal à croire ce qui m’arrive en termes de poursuites judiciaires et d’emprisonnement. Je ne pense pas offenser quiconque, y compris le Roi, par mes articles. J’ai été très surpris d’être convoqué pour une enquête. Si je suis convaincu à l’avenir d’avoir offensé le Roi ou quiconque, je serai prêt à présenter des excuses. Mais pour l’heure, je ne pense pas avoir porté préjudice à quiconque.

Magharebia: Envisagez-vous un pardon royal, comme dans l’affaire de Mourtada ?

Erraji: J’attendais un pardon royal durant les jours que j’ai passés en prison à l’occasion du Ramadan ou de l’Aïid El Fitr, parce que l’état psychologique dans lequel je me suis trouvé durant ces journées a été terrible et insupportable.

Magharebia: Selon vous, quelle est la réalité de la liberté d’expression au Maroc ?

Erraji: Je pense que certaines personnes ne souhaitent pas voir la liberté d’expression évoluer. Je suis triste de voir mon propre pays, que je souhaiterais voir avancer plus rapidement, vivre en retrait en termes de démocratie. Je veux que mon pays embrasse la doctrine de la démocratie une fois pour toutes. De plus, nous ne devrions pas continuer de penser que la liberté d’expression constitue un danger pour le pays ou pour l’institution monarchique.

Je rejette le principe consistant à quitter le Maroc pour le critiquer depuis l’étranger. Je préfère vivre dans mon pays. Je rejette également totalement le fait de recevoir une assistance financière extérieure pour ce faire. La liberté d’expression dans un pays donné montre que ce pays respecte les règles de la démocratie. Si au Maroc la répression de la liberté d’expression se poursuit, cela voudra dire que l’Etat cherche à cacher certains problèmes ; c’est une chose qui conduira les citoyens à remettre en cause l’existence même de la démocratie. Je pense que la seule solution pour faire avancer le Maroc est d’étendre le respect de la liberté d’expression.

Magharebia: A quoi avez-vous pensé pendant ces journées en détention ?

Erraji: La seule chose à laquelle je pensais, c’était la liberté. J’ai été distrait durant ces jours en détention, et ne parlais même pas aux autres prisonniers qui étaient avec moi. Mon esprit était tout occupé à penser à la liberté. Je peux dire aujourd’hui que si cette détention s’était prolongée, je serais certainement devenu fou du fait des conditions insupportables de la détention. Une chose qui m’a fortement pesé a été les charges retenues contre moi. Je respecte le Roi, et je considère que la monarchie est garante de la stabilité du Maroc. Je ne pensais qu’à une seule question : comment pourrais-je passer deux années de ma vie en prison ? Encore maintenant, je ne me suis pas remis du choc qu’a été le fait d’entendre prononcer la sentence envers moi. J’espère que le tribunal prononcera un arrêté d’acquittement.

Ce contenu a été réalisé sous requête de Magharebia.com.

Remarques:
– aucune violence physique n’a été exercée par la police contre Mohamed Erraji, un fait suffisamment rare dans ce type d’affaires pour ne pas être relevé;
– ce sont des officiers des renseignements qui ont les premiers ont cherché à interroger Mohamed Erraji, à son domicile. Quel service? La DST probablement, mais aucune précision n’est indiquée. Ceci signifie soit qu’ils ont été informés des écrits d’Erraji par un informateur, soit qu’ils assurent un veille des différents sites et blogs.
– l’audience a duré moitié moins longtemps qu’indiqué intialement dans les articles de presse – quatre minutes au lieu de dix.
– un policier lui annoncé son verdict à la fin de l’audience, soit la veille du prononcé du verdict…

Blog en grève – pour l’acquittement de Mohamed Erraji

Un certains nombre de citoyens et de blogueurs ont été indignés par le déroulement de l’affaire de Mohamed Erraji et de son procès expéditif. De bonnes volontés se sont constituées en comité de soutien pour venir en aide à Mohamed et à sa famille et pour faire connaitre sa cause.
Plusieurs formes de solidarité seront entamées pour demander la libération du blogueur Marocain.

Ainsi, suite à la condamnation – après un procès arbitraire – à deux ans de prison du bloggeur Mohamed Erraji par le Tribunal de première instance d’Agadir, en raison des opinions politiques exprimées sur son blog (traduction française ici et anglaise ici), nous appelons tous les bloggeurs, marocains et étrangers, qui souhaitent protester contre cette atteinte à la liberté d’expression à faire grève le lundi 15 septembre sur leurs blogs. Ils/elles pourront indiquer le motif de leur grève, notamment en rappelant les faits, et indiquer un lien vers le site ainsi que le blog du comité de soutien de Mohamed Erraji.

Veuillez exprimer votre soutien et signaler votre adhésion au mouvement de grêve de blog par l’envoi du lien de votre post à l’adresse : helperraji@gmail.com .

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