Encore un classement favorable au Maroc (7eme place) – cartographie des bloggeurs persécutés

Je suis trop négatif, et j’ai décidé d’y remédier en publiant les classements dans lesquels le Maroc occupe une place dans le top ten. Voici donc un lien vers la mappemonde des bloggeurs poursuivis – Threatened Voices – dressée par Global Voices. Cette mappemonde indique le nombre de bloggeurs menacés, emprisonnés voire tués par pays, et comptabilise non seulement les cas toujours en cours mais aussi les anciens cas. Avec ses trois bloggeurs concernés, le Maroc occupe ma foi une fort honorable septième, ex-aequo avec l’Azerbaïdjan, Bahraïn et la Malaisie mais après la Chine (1ere, avec 33 bloggeurs emprisonnés ou tués), l’Egypte (2eme avec 29 bloggeurs), l’Iran (3eme avec 23 bloggeurs), la Tunisie (4eme avec 18 bloggeurs – on ne sait pas à ce stade s’il y a des Brésiliens naturalisés parmi eux), la Syrie (5eme avec 14 bloggeurs) et le Vietnam (6eme avec 9 bloggeurs).

Les bloggeurs marocains sont au nombre de trois, même si l’un d’entre eux n’a à ma connaissance jamais eu de blog mais plutôt une page Facebook au nom de SAR Moulay Rachid:

Fouad Mourtada;

Mohammed Erraji;

Hassan Barhon

Les initiateurs de cette mappemonde sont les premiers à en souligner les limites, et sont demandeurs d’informations complémentaires sur d’autres cas de bloggeurs menacés pour leurs écrits et opinions, indépendamment du pays – les Etats-Unis sont ainsi également épinglés

Ibn Kafka in English

J’ai publié mon premier post sur le blog collectif anglophone consacré au Maghreb, « Maghreb in English« . Ce blog est l’excellente initiative de Kal de The Moor Next Door.

Ma première contribution est intitulée « Morocco out of touch with the emerging left-wing Latin America« .

Pourquoi tant de pudeur, Pierre Assouline?

CORRIGENDUM: Une brochure légendaire de la LCR mettait en garde contre une vision policière de l’histoire. Effectivement, j’aurais dû voir que les commentaires sous le post d’Assouline étaient scindés en deux, et que le mien y figure toujours. Sans commentaire…

Le critique littéraire beidaoui Pierre Assouline n’aime pas le philosophe rbati Alain Badiou, et réciproquement. Le premier, sur son blog, s’était offusqué de ce que le second avait comparé Son Excellence le Président de la République française, M. Nicolas Sarkozy, à « l’homme aux rats« . Assouline en avait profité pour faire la remarque suivante:

La dernière fois dans ce pays qu’on a ainsi comparé des hommes à des rats, c’était, voyons, en 1942 dans un documentaire de propagande sur le péril juif.

Badiou a eu beau jeu de souligner, dans une tribune du Monde, que « l’homme aux rats« , du nom d’un patient de Freud, était une notion psychologique bien connue, et qu’Assouline avait sans doute voulu utiliser la figure de rhétorique connue sous le nom de reductio ad hitlerum une fois de trop:

Les ennemis de toute politique autre que celle qu’ils nomment très à tort « démocratie », vu qu’elle est, de notoriété publique, le pouvoir d’une maigre oligarchie de dirigeants d’entreprise, de détenteurs de capitaux, de politiciens consensuels et de stars médiatiques, ont inventé depuis quelques années un truc dont ils usent maintenant contre quiconque leur déplaît: insinuer qu’il est antisémite. J’ai l’honneur d’être flanqué de vrais professionnels de cette insinuation.

Badiou poursuit:

Quelqu’un de très modérément cultivé sait aussitôt que j’entrelace ici, non sans une subtilité rhétorique qui mériterait des éloges, la métaphore des rats qui quittent le navire, la légende du joueur de flûte qui entraîne les rats hors de la ville, et le cas, décrit par Freud, de « l’homme aux rats » comme exemple type de l’obsession. M. Assouline est-il cultivé ? Il sait en tout cas où il veut en venir. Depuis la dernière guerre et les nazis (suivez mon regard), proclame-t-il, personne n’a plus traité qui que ce soit de rat.

Assouline a répliqué hier soir sur son blog:

Un certain Alain Badiou me cherche querelle. Le fait qu’il soit natif de Rabat et moi de Casablanca n’en est pas la cause, nous ne sommes pas si sectaires (quoique, à la réflexion, les rbatis ne sont pas des gens comme nous). Rassurez-vous, je ne suis qu’un prétexte, son but à peine dissimulé étant de relancer par une vaine polémique qui n’abusera personne…

Puis il affirme de manière assez difficilement soutenable la chose suivante:

M. Badiou croit que je veux absolument faire de lui un antisémite. Même pas ! On connaissait déjà le juif imaginaire, catégorie brillamment conceptualisé naguère par Alain Finkielkraut. On découvre désormais avec M. Badiou l’antisémite imaginaire. Celui qui aimerait bien en être afin de tenir son rang au club des proscrits, la dernière posture intellectuelle appelée à devenir très tendance ; on peut être assuré qu’elle ne fera qu’ajouter à la confusion des idées s’agissant de ce que M. Badiou désigne comme ”le truc de l’antisémitisme”, expression destinée certainement à connaître une belle fortune.

Or, dans son premier post, Pierre Assouline avait bien écrit « la dernière fois dans ce pays qu’on a ainsi comparé des hommes à des rats, c’était, voyons, en 1942 dans un documentaire de propagande sur le péril juif« . Le rbato-beidaoui que je suis doit être définitivement perdu à l’entendement de la langue française, mais il me semble bien que cette phrase sous-entendait une assimilation des propos de Badiou à ceux des pétainistes antisémites sous l’occupation…

Passant par hasard sur le blog de Pierre Assouline, j’ai laissé un commentaire – numéro 9 je crois alors, juste après celui, sarcastique, d’un autre Marocain. Je n’ai malheureusement pas archivé ce que j’avais écrit, et ne le retrouve pas, parce que ce commentaire a été supprimé du blog d’Assouline. De mémoire, et je vous jure sur le fanion du Raja que je n’ai retranché aucune injure ou insulte hypothétique, voici ce que j’écrivais. Je vous laisse juge de savoir si cela méritait la poubelle:

Je suis beidaoui de coeur, mais suis plutôt convaincu par Alain Badiou que par vous, et sans doute parce que vous avez tort. Vous affirmez ainsi: « M. Badiou croit que je veux absolument faire de lui un antisémite. Même pas ! ».

Dans votre post précédent sur Badiou, vous écriviez ceci: « la dernière fois dans ce pays qu’on a ainsi comparé des hommes à des rats, c’était, voyons, en 1942 dans un documentaire de propagande sur le péril juif ». Ces deux assertions étant incompatibles, laquelle des deux récusez-vous?

Ceci donne une certaine saveur à cette polémique…

Loubnan ya Loubnan – le retour

On avait cru le bloggeur Nidal de Loubnan ya Loubnan disparu dans le trou noir de la blogosphère, mais le voici de retour parmi nous avec ses informations et analyses pertinentes sur le Liban – son blog pourrait aussi bien s’intituler « everything you wanted to know about the Lebanese mess but weren’t told by the MSM« . Vous trouverez un post intéressant sur Jumblatt, un autre sur la situation à Tripoli, un troisième sur le déclenchement de la crise et enfin un dernier, antérieur à la crise mais toujours pertinent, sur les très nombreuses violations de l’intégrité territoriale libanaise par l’armée israëlienne. Si vous êtes allergique à tout ce qui se distingue du ronron du Monde, d’Asharq al awsat, France 2, Médi 1 ou du New York Times, ne le lisez pas. Allez, un avant-goût:

Dans la logique de l’opposition, il faut aussi indiquer quelques points importants pour le timing:

  • les survols du Liban par l’aviation israélienne ont récemment augmenté de manière spectaculaire pour atteindre, début avril, les 32 intrusions par jour;
  • en mars 2008, les États-Unis envoient le navire de guerre USS Cole au large du Liban;
  • le rapport Winograd n’est pas lu comme une condamnation de la guerre de juillet 2006, mais comme un mode d’emploi pour corriger les erreurs techniques et stratégiques commises alors; ces «erreurs» corrigées, les Israéliens pourront espérer gagner une prochaine guerre au Liban; le rapport Winograd, pour le Hezbollah, est en fait un «how to» pour permettre au Israéliens de lancer une nouvelle guerre;
  • l’installation de groupuscules jihadistes au Liban est considérée comme le déploiement de mercenaires sunnites ultra-violentes au service du clan Hariri, prêts à attaquer le Hezbollah «par l’arrière» (dans l’optique d’une nouvelle agression israélienne).

Bref, pour l’opposition, une autre guerre israélienne contre le Hezbollah n’est plus une possibilité, c’est une certitude à court terme.

Le fait que le ministre des Télécommunications qui lance l’attaque contre le réseau de communications du Hezbollah soit Marwan Hamadé, homme de main de Walid Joumblatt et bête noire de ceux qui dénoncent la résolution 1559, est à tout le moins un symbole fort.

Que le Hezbollah ait tort ou raison, il était en tout cas évident que ses militants considèrent fondamentalement que cela relève de l’attaque contre les armes de la Résistance. Je me demande même s’il se trouve des gens, au Liban, qui croient réellement, comme l’a affirmé le gouvernement, que ce réseau de communication visait à contourner le monopole d’État sur la téléphonie mobile dans le but de détruire l’économie du pays.

En appelant à une grève générale, l’opposition savait parfaitement qu’il y aurait, comme en janvier 2007, des affrontements armés. En «attaquant» l’intégrité du système opérationnel du Hezbollah alors que les Israéliens et les Américains déploient leurs forces au Liban, le gouvernement savait tout aussi bien qu’il provoquait à coup sûr de tels affrontements. L’absence d’affrontements armés, au contraire, aurait été une incroyable surprise.

Je vous recommande également le blog de l’expert agronome libanais Rami Zurayk, Land and People, généralement consacré aux questions de développement et d’alimentation, mais exceptionnellement orienté sur l’actualité libanaise. Je vous conseille ses posts Perspective et surtout Time zones:

This is what I have to say about the latest series of political speeches in Lebanon: Nasrallah speaks as if there is no future, but Jumblat, Hariri and Sanioura speak as if there is no past.

For Nasrallah, the past performance and actions of the Loyalists is the only reference point. The past (?) collusion of some of them with Israel, their current alliance with the US and the intersection of some of their positions with the Israeli agenda, as well as the incapability of the Lebanese state to liberate the South and to protect the resistance appear to be the only unit of measure.

On the other hand, the trio JHS has been delivering speeches and addresses as if the past did not exist, as if the resistance was not under threat of physical elimination by the Loyalists very allies, as if members of the Loyalists had not destroyed Beirut many times and invited and supported the Israelis when they invaded it, as if there had not been a number of youth killed by the thugs of the Future movement in Tarik al Jadideh and Ard Jalloul, as if there was no Future movement militia in Beirut brought from the North (seen by many on TV and in the streets before the fighting) or PSP (Jumblat) militia (which has murdered Druze political opponents in the mountains), and as if the State was all powerful, belonged to all its citizen, and capable of extending its authority onto the 4 corners of the country and to fend off Israeli agendas.

When you start so far away from each others, the next stop is Xanadu, as my friend Anna would say. The first thing these guys should do is get into the same time zone. This is if they want to find a way out.

Je voudrais aussi mentionner le blog Lebanese Chess d’Antoun Issa, journaliste australo-libanais, qui fait des observations très justes sur le Hezbollah et la communauté sunnite libanaise:

Hizballah’s major battle for hearts and minds will be the Sunnis of Lebanon. Before Rafik al-Hariri’s death, the Sunnis were great admirers of Hizballah, and equal beneficiaries of the combined Syrian-Saudi hegemonic partnership that prevailed in the 1990s. The Sunnis were fervent supporters of the resistance against Israel, and equally sympathetic to the Palestinian cause. The Sunnis and Shi’ites shared similar ideals on Lebanon’s political landscape, with both communities engaged in the left-wing and Arabist movements throughout the 1950s and 60s.

However, the warm relationship was quickly turned upside down following Hariri’s assassination and the sharp rise in tension between the Sunni chief state Saudi Arabia and its Shi’ite equivalent Iran. The Shia-Sunni conflict in Iraq didn’t help the cause either. Suddenly, what was a ‘Muslim camp’ quickly disintegrated into a Sunni vs Shi’ite political feud. Hizballah bemoaned the growing distance between itself and Lebanon’s Sunnis, despite Nasrallah remaining the most popular figure among the Sunni Arab public outside of the country.

But it is worth noting that Sunni support for Saad Hariri became apparent only after his father’s death. At the time of the assassination, the Sunnis felt threatened and that they were being targeted in the country. The Sunni community has long been fractured by competing clans and large families, much like the Christians, but for the first time they found themselves attracted to a single sect leader, and to a commonality.

Rafik al-Hariri originated from the Sunni city of Sidon in the south, and built his prestige and power in the highly secular Sunni West Beirut. That largely alienated the Sunni communities in Tripoli and the north of the country, which held more traditional customs, were more strict in their adherence to Islam, and held close ties to Syria. Sunni residents on the northern fringes of Lebanon would rely on the Syrian towns across the border for their livelihoods, and were much detached from the Hariri world of West Beirut.

Hariri supporters in Beirut have long stated that Rafik al-Hariri had attempted to reconstruct Tripoli as he did Beirut, but his overtures were constantly rejected by then Tripolite Sunni strongman, Omar Karami.

The death of Hariri was met with great investment into the Sunni regions in the north, and money was being poured from Saad Hariri into the pockets of poor families. Hariri needed the respect of the impoverished northern Sunni regions to become the spokesman of Sunnis in Lebanon. Hizballah is hoping that the support of northern Sunnis for Hariri is simply a matter of finances and not conviction. If Hizballah and its allies do reach power, which is becoming increasingly likely, it will need to provide services to these impoverished regions if it is to defeat Hariri’s money machine, and break his claim to the title of leader of all Sunnis in Lebanon.

The short, but violent civil war of the past three days will be followed by a grander civil war that may take years … a civil war for hearts and minds. For it is only with the trust of the Lebanese people can Hizballah truly rule this country.

Bien évidemment, il y a l’incontournable Angry Arab, a.k.a. As’ad Abu Khalil (qui passe chez Democracy Now), à déconseiller aux hariristes hypertendus. D’autres blogs généralistes sont également très utiles – Friday Lunch Club, et des analyses intéressantes chez Abu Muqawama et Syria Comment.

Je viens de découvrir la bloggeuse Ms Levantine, sans parler de Sophia de Les Politiques et l’excellent et abondamment mis à jour Chroniques beyrouthines. The Lebanese Inner Circle semble aussi éviter le sectarisme.

Et n’oublions surtout pas le blog de Manal, étudiante marocaine à Beyrouth coincée là-bas, au milieu des combats, sans soutien de l’ambassade marocaine.

Même si ce n’est pas ma tasse de thé, il y a quelques blogs du 14 mars (c’est-à-dire de la coalition pro-étatsunienne Hariri/Jumblatt/Ja’ja ou de leurs supporters étrangers) qui valent néanmoins le détour – From Beirut to the Beltway, Opening Lines et Blacksmiths of Lebanon.

Le site Lebanon News/Now Lebanon regroupe pas mal de dépêches de presse, de même qu’Iloubnaninfo et OpenLebanon.

Enfin, ça n’a rien à voir avec la crise, mais le blog Jews of Lebanon vaut le détour.

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