Nationale Sozialisten für Israel

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La réalité dépasse toujours la fiction, et dans la lignée de mes précédents post sur le soutien de l’extrême-droite belge et scandinave à Israël je me suis rappelé, à la lecture d’un commentaire, d’une info que j’avais lue l’année dernière, sur la création d’un site allemande de nazis pour Israël (« Nationale Sozialisten für Israel« ). Certains ont cru – comme on les comprend – à un canular, mais les textes et illustrations postés sur le site semblent authentiques. Pour être honnête, l’ambassade israëlienne à Berlin n’a pas vraiment apprécié:

Ilan Mor of the Israeli Embassy in Berlin was appalled to learn of the story.

« We can handle our enemies just fine, but God save us from friends like these, » he said, calling the group « absolutely preposterous. »

On peut se demander si c’est si étonnant que ça: il y a bien eu des homosexuels homophobes, des femmes misogynes, des noirs et des arabes lepénistes, et des Palestiniens sionistes. S’agissant de nazis et d’Israël, il faut préciser qu’avant la réalisation du génocide juif, les autorités nazies avaient conclu un accord, dit accord de transfert (« transfer agreement » – voir le site du livre que lui a consacré Edwin Black – les trois premiers chapitres sont en ligne) avec les autorités sionistes de Palestine – représentées par l’Agence juive – consistant dans le « transfert » de juifs allemands en Palestine contre la cessation de la campagne de boycott anti-allemande initiée par les organisations juives de par le monde peu après l’élection de Hitler- environ 50.000 juifs allemands émigrèrent en Palestine sous le couvert de cet accord, qui prit fin en 1938. L’émigration de juifs allemands vers la Palestine était alors considérée comme une solution au prétendu « problème juif« . Paradoxalement, c’est l’architecte de la solution finale, Reinhard Heydrich, qui fût l’artisan de cet accord de transfert du côté nazi, quelques années avant de planifier et mettre en oeuvre le génocide (1).

Plus loin encore dans l’absurde, il s’avère qu’Israël a de sérieux problèmes avec des néo-nazis israëliens, presque tous issus de l’immigration russe – nombre des immigrés russes, juifs au sens légal – israëlien – du terme, ne le sont pas au sens sociologique, assimilation soviétique/russe aidant. Citoyens israëliens cependant, il a été évoqué la possibilité de leur retirer leur citoyenneté israëlienne, obtenue sous le couvert de la loi du retour, et de les expulser.

Dans le même ordre d’idées, la guerre contre Gaza a intensifié les efforts du parti d’extrême-droite britannique British National Party de se débarasser de son lourd passé antisémite, en faisant bien sûr de la surenchère sur la défense d’Israël et des actions militaires menées à Gaza, comme le révèle Max Blumenthal, qui souligne par ailleurs que si la communauté juive britannique a pris ses distances, l’ambassade d’Israël garde le silence sur cet embarassant soutien.

Le cas du British National Party est en effet assez exemplaire. Son leader, Nick Griffin, défendait publiquement des thèses négationnistes au sujet du génocide juif. Au lendemain de la guerre contre Gaza, s’il semble se laver les mains de la guerre dans un bout de désert, comme il l’écrit, c’est pour conclure que la surive d’Israël (comme si cette survie était menacée) est dans l’intérêt national de la Grende-Bretagne: « Thus while we would oppose any move to entangle Britain in war on behalf of Israel, it is in our clear national interest that it should survive« .

Il a explicitement assumé sa conversion, et les raison qui l’y ont amené:

« It stands to reason that adopting an ‘Islamophobic’ position that appeals to large numbers of ordinary people – including un-nudged journalists – is going to produce on average much better media coverage than siding with Iran and banging on about ‘Jewish power’, which is guaranteed to raise hackles of virtually every single journalist in the western world. »

Pour être honnête, les pro-palestiniens ont également quelques poux antisémites dans leurs cheveux – on peut penser à Jean-Marie Le Pen, Alain Soral et Dieudonné. Les options du Front National sont assez pragmatiques: le 24 décembre, le Front National « condamne l’agression militaire d’Israël contre le gigantesque camp de concentration qu’est devenu Gaza« ; le 12 janvier, le ton est légèrement différent:

« la manifestation pro-Hamas de Perpignan, soutenue et encadrée par la gauche, les Verts, les communistes et l’extrême-gauche a dégénéré. Le saccage et le pillage de nombreux commerces et l’agression de nombreux clients de ceux-ci démontrent une nouvelle fois que l’exploitation par la gauche radicale et certaines associations communautaristes du conflit israélo-palestinien, conduit à des violences et des menaces dangereuses pour la paix civile »

Le même jour, ces belles paroles:

lundi 12 janvier 2009
Ne pas importer le conflit ?

Communiqué de presse de Jean-Marie LE PEN

« Il ne faut pas laisser importer en France les conflits du Proche-Orient », disent, en une touchante unanimité, de nombreux responsables politiques et gouvernementaux.

Mais il fallait commencer par ne pas importer des millions d’immigrés qui par leur culture et leur religion se sentent solidaires du Hamas, quoi que l’on pense par ailleurs de ce qui se passe à Gaza.

Ce qui est en cause n’est pas l’importation d’un conflit, mais l’importation de populations non assimilables, qui restent étrangères, voire hostiles à la France, comme les manifestations de samedi l’ont rudement montré.

Au lieu de se payer de mots, il faudrait d’abord arrêter cette importation et renverser le flux de l’immigration, qui continue de déferler sur notre sol.

Je disais avant, du temps où Le Pen et Mégret cohabitaient au sein du Front National, que le Front était traversé de deux puissants courants de pensée: ceux qui détestent les juifs plus que les arabes et ceux qui détestent les arabes plus que les juifs. On voit comment, entre le 24 décembre et le 12 janvier, le Front National réussit à faire la synthèse.

(1) Méfiez-vous de ce que vous trouverez via Google sur ce sujet – 90% des liens vont vers des sites négationnistes ou nazis…

Le Vlaams Belang invité en Israël: « Still, Israel is in a crucial struggle and can’t be choosy with allies now »

Suite à l’amicale pression de commentateurs qui trouvent que je ne parle pas assez de Palestine, je comptais vous rendre rapidement compte de l’invitation d’un député d’extrême-droite Ariyeh Eldad (il représente le parti révisionniste – au sens sioniste du termeMoledet à la Knesset), à l’idéologie proche d’un David Duke ou du bien-nommé Eugène Terre-Blanche, adressée au parti séparatiste et raciste belge (ou plutôt flamand) Vlaams Belang.

Background: le Vlaams Belang est le nouveau nom dont s’est affublé l’ancien Vlaams Blok après qu’un tribunal belge l’ait considéré comme étant anti-démocratique, et donc non-susceptible de recevoir le financement public dû à tous les partis belges représentés au parlement. Afin de pouvoir continuer à toucher le pactole – au passage, ce pactole leur est versé par un Etat dont ils souhaitent la disparition… – le Vlaams Blok se saborda et se reconstitua en Vlaams Belang. Les personnes sont les mêmes et le programme est en substance identique à l’ancien, fondé sur le triptyque indépéndance de la Flandre, xénophobie et islamophobie. Il faut savoir, pour être complet que l’un des fondateurs du Vlaams Blok était l’ancien SS Karel Dillen, resté fidèle à ses « idéaux » de jeunesse jusqu’à sa mort. De fait, l’ancienne génération du séparatisme flamand est marquée par la présence d’un nombre considérable d’anciens collaborateurs pro-nazis durant l’occupation allemande, favorable au nationalisme flamand même si le collaborateur belge le plus célèbre de la période fût le francophone Léon Degrelle. Et ce n’est pas peu dire que la politique du parti s’en ressent encore aujourd’hui

En l’occurence, le flirt entre les séparatistes racistes du Vlaams Belang n’est pas de fraîche date, et son leader actuel, Frank Vanhecke, se décritj’en ai déjà parlé – comme un des plus fermes défenseurs d’Israël. L’invitation en question, pour un sommet « anti-jihad » devant se tenir à Al Qods (Jérusalem), semble être entourée d’incertitude, puisque si le chef spirituel du Vlaams Belang, Filip Dewinter, confirme publiquement son existence, le secrétariat d’Ariyeh Eldad semble embarassé et ne confirme pas l’existence d’une telle invitation – mais l’intention y est:

Eldad said last month he would consider inviting Vlaams Belang to Jerusalem. « Theoretically, I would, » he said when queried. « On paper, Vlaams Belang is so pro-Jewish it should chair the conference, but we’re aware of its problematic aspects, » he added. « Still, Israel is in a crucial struggle and can’t be choosy with allies now. » Eldad said he organized the event due to take place on Sunday because of this urgency.

Effectivement, il ne faut pas faire la fine bouche pour s’allier avec un Filip Dewinter, qui a cependant fait une danse du ventre obstinée et sans ambiguïté:

Indeed, during recent years, Dewinter has made himself into Israel’s « No. 1 Belgian friend » and he is now interested in making an official visit. (…)

« I’m interested in visiting Israel, » Dewinter says in the interview. « First of all, from a geopolitical point of view. We in Western Europe should realize that our allies are not in the Arab or Muslim world, but rather in Israel. This is not just because we have a common civilization and values, but also to balance out the Islamic forces in the Middle East that are getting stronger. The State of Israel is a sort of outpost for our Western society, an outpost of democracy, of freedom of speech, of protecting common values within a hostile environment. You are surrounded by Islamic states, some of them fundamentalist, which are interested in only one thing: to throw the Jews into the sea.

« I also think that Islam is now the No. 1 enemy not only of Europe, but of the entire free world. After communism, the greatest threat to the West is radical fundamentalist Islam. There are already 25-30 million Muslims on Europe’s soil and this becomes a threat. It’s a real Trojan horse. Thus, I think that an alliance is needed between Western Europe and the State of Israel. I think we in Western Europe are too critical of Israel and we should support Israel in its struggle to survive. I think we should support Israel more than we do because its struggle is also very important for us. »

But Dewinter admits that he wants to visit Israel for other reasons. « It’s very important to me as leader of a right-wing national party [he rejects defining the party as « far right » – A.S.] to say that we respect the State of Israel and the Jews. To all of those who regard us as neo-Nazis, we say: `No, we want good relations with the Jews.’ We should distance ourselves from all of those individuals and groups with anti-Semitic tendencies and from Holocaust deniers. I have no connection with these things. Because I am a leader of a right-wing party, some of the Jewish leaders in Antwerp do not believe that I am sincere. They think that this is a pose, that I am doing this to avoid being regarded as a neo-Nazi and that I am afraid they will call me a fascist. I’m interested in visiting Israel to express my affinity, but also to prove that I’m sincere. »

On peut comprendre la perplexité d’observateurs peu au fait de la distinction entre antisionisme et antisémitisme: un parti fondé initialement par un Waffen SS, invité par un membre, juif qui plus est, de la Knesset, voilà de quoi surprendre. C’est oublier qu’aux yeux des gouvernements israëliens, être anti-sémite est un pêché mineur comparé au pêché majeur que constitue la critique de l’Etat d’Israël et de ses politiques, qualifiée d’anti-sionisme. Je ne mentionnerai même pas le cas de l’Arabie séoudite, allié objectif d’Israël au Moyen-Orient aujourd’hui, et dont l’approche du dialogue inter-religieux n’est sans doute pas près d’atteindre les standards posés par le Centre Wiesenthal ou l’Anti-Defamation League. 

En Italie, le post-fasciste Gianfranco Fini, leader d’Alleanza Nazionale, qui avait autrefois qualifié Benito Mussolini de plus grand personnage politique du XXe siècle avant de tourner casaque, a résolument pris un virage susceptible de faciliter sa « normalisation » politique en Italie et à l’étranger, aujourd’hui très largement acquise. Il faut dire qu’il avait fait des efforts louables pour montrer patte blanche, en déclarant récemment que le fait de brûler des drapeaux israëliens était plus grave que le meurtre d’une victime d’un gang néo-nazi, et pouvait se targuer d’avoir été reçu par Sharon. 

L’ancienne députée de son parti, et petite fille du Duce, Alessandra Mussolini, désormais membre du parti berlusconien Il Popolo della Libertà, qui avait dit au sujet de Fini qu’il ferait circoncire les membres de son parti afin de partir en pélérinage en Israël, avait également fini par voir la lumière:

« Not only Gianfranco Fini, but the entire world, including the Vatican and the pope, should beg forgiveness of Israel »

De même, le maire post-fasciste de Rome, Gianni Alemanno, qui décrit le fascisme et la République de Salo en des termes nostalgiques, a réussi a attiré une partie du vote juif romain en raison de son appui sans faille à Israël, et s’est acheté un certificat de virginité en visitant Auschwitz et surtout en déclarant que « défendre Israël c’est défendre l’Occident« .

En Grande-Bretagne, le British National Party, aux racines explicitement fascistes et antisémites, a tenté aussi récemment de redorer son blason en faisant profession de foi pro-israëlienne, notamment lors de la guerre du Liban d’août 2006. Et même l’antisémite chevronné qu’est Le Pen avait tenté de tromper son monde, en affirmant son soutien à Israël, pas plus tard qu’en 2002 (« Israel? An extraordinary challenge in the world history of a people that is trying to reconquer its homeland« ), et en se faisant publiquement adouber par Roger Cukierman, alors président du CRIF: « Le Pen’s triumph: a message to Muslims to keep quiet« .

En Roumanie, le leader du parti d’extrême-droite Romania Mare, Vadim Tudor, a lui aussi entamé un revirement exprès, après s’être fait une spécialité dans des déclarations anti-sémites (« I love Jesus Christ too much not to think every day about those who humiliated Him, those who stoned Him, those who crucified Him and those who hammered nails into Him. The Jews did this. The Jews of 2,000 years ago, the Jews of all times« ). Il a pris un conseiller politique israëlien proche de Likoud et a opéré une volte-face qui réconfortera les incurables optimistes, tout en gardant un arrière-goût très particulier:

What is there in the 2004 model Tudor? First of all, his almost mythic belief in the power of the Jews, the United States and Israel and their influence on the entire world and Romania in particular: « It is clear that no one can do anything in a state like Romania without American or Israeli advice, » he says. « I will relate to what these advisers say. I will appoint a prime minister who will be acceptable to the West, » he promises. « If needed, if I get a hint, if someone’s name is given to me – I will agree to him. Because then I will know that some of the problems that have to do with the international community will be solved immediately upon his appointment. »

The recognition of Israel’s power led him to retract his previous opposition to American involvement in the Persian Gulf. « Israel’s security played a role in the American strategy. You have to recognize this and be proud of this. Those who should fear are those who do not take into account this people, which was really chosen by God, » he affirms. « Look what happened to Hitler. His regime could have lasted for 100 years through an awesome military and propaganda machine. It lasted for only 12 years. God smote him very quickly because he bullied the wrong people. »

Cette tendance, selon laquelle des antisémites réels ou passés recoivent l’absolution en raison de leur soutien au gouvernement israëlien, a déjà été relevée par Arthur Neslen – « When an anti-semite is not an anti-semite« , qui souligne qu’Albert Einstein, Gandhi et Ehoud Olmert pouvaient être considérés comme anti-sémites en appliquant l’aberrante définition retenue par des experts du l’Agence européenne pour les droits fondamentaux (ex-EUMC), mais rejetés par la suite après la levée de boucliers – il était notamment apparu que la définition avait été basée sur une suggestion d’un lobbyiste pro-israëlien, Kenneth S. Stern. Et la presse israëlienne elle-même relève – « It’s no longer the Jews » – que l’extrême-droite européenne, en Autriche, en Italie et ailleurs, ne se nourrit plus tellement d’antisémitisme, mais plutôt de xénophobie – il faudrait y rajouter l’islamophobie – ce constat, qui est une évidence, s’impose également au think-tank pro-israëlien et néo-con Middle East Forum, fondé par l’islamophobe Daniel Pipes.

Mais comme le dit Ariyeh Eldad: you can’t be choosy with allies.

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