If the CIA says you’re safe, begin to worry


Mes expériences cinématographiques passées m’ont incité à commencer la biographie du Che par Jorge Castañeda (qui fût par la suite ministre des affaires étrangères du président mexicain Vicente Fox – « Compañero: the life and death of Che Guevara« : autant le dire tout de suite, c’est un chef d’oeuvre du genre biographique. Cette spécialité anglo-saxonne – j’ai des souvenirs de la biographie sur Huey Long de T. Harry Williams, où le moindre fait de l’enfance jusqu’à la mort de ce légendaire gouverneur populiste et progressiste de Lousiane était consigné, reposant sur des entretiens avec des témoins ou des archives d’époque.

Je ne recommande pas la lecture de l’ouvrage de Jorge Castañeda à quiconque souhaite se lancer dans la biographie – il ou elle y renoncerait, faute de ne pouvoir être à la hauteur. Parmi les sources, on trouve le courrier du Che à sa famille, à ses amis, des témoignages de personnes ayant travaillé avec lui, des sources officielles, des sources confidentielles, ainsi que la marée d’articles et d’ouvrages consacrés au Che et à Cuba, en espagnol, en anglais et en français. Certes, l’ouvrage peut être critiqué sur tel ou tel point – sur la mort du Che, Jorge Castañeda semble avoir été dupé par les ignobles mensonges de Régis Debray (1) – mais il est impressionnant de nuance, d’empathie et de sens critique – les passages sur la catastrophique politique économique suivie par le Che lors de son passage au ministère cubain de l’industrie (qui contraste par ailleurs avec sa politique sensée en tant que gouverneur de la banque centrale cubaine) sont sans aucune concession.

Parmi les très nombreux documents confidentiels – dont certains ont depuis été déclassifiés – cités par Jorge Castañeda, on trouve cette fascinante dépêche de la CIA, rédigée et communiquée à Langley un mois avant l’entrée triomphale de Fidel Castro, le Che et Camilo Cienfuegos et leurs partisans à La Havane, le 3 janvier 1959:

Castro has failed to prevent the majority of the Cuban people that his personality and program, in preference to Batista‘s, are worth fighting for. Cuba continues to enjoy relative economic prosperity, and a large part of the population, probably concerned that revolution would jeopardise their well-being, appears to hope that there can be a peaceful transition from authoritarian to constitutional government. (Director of Central Intelligence, Special National Intelligence Estimate, nos 85-58, « The situation in Cuba », November 24, 1958)

On se rappelle également des prévisions de la CIA sur l’avenir politique du Shah d’Iran, et on pourrait également évoquer, dans l’autre sens, leurs prévisions erronées sur le sort de feu Hassan II, donné condamné après les deux coups d’Etat avortés de 1971 et 1972…

(1) Ciro Bustos, compagnon du Che lors de la désastreuse aventure bolivienne, fût fait prisonnier. La postérité du Che, notamment par le biais du mondialement célèbre Régis Debray, prisonnier en même temps, en fît le bouc-émissaire, le traître censé avoir dénoncé la cachette du Che. Cet Argentin, qui obtint l’asile politique en Suède dans les années 70, et qui vit à Malmö, fît l’objet d’une réhabilitation suite au documentaire « Sacrificio » des deux journalistes suédois Tarik Saleh et Erik Gandini.

9 octobre 1967

Avec un peu de retard, 41 années après son assassinat, un hommage au Che, hommage que je ne m’explique pas réellement n’ayant jamais été communiste:

La version originale est du martyr chilien Victor Jara:

Pour expliquer cet hommage, je trouve que le journaliste et bloggeur sud-africain Tony Karon, a.k.a. The Rootless Cosmopolitan, a trouvé les meilleurs mots dans « The guilty pleasure of Fidel Castro« :

What fascinates me, however, is the guilty pleasure with which so many millions of people around the world revere Fidel Castro — revere him, but wouldn’t dream of emulating his approach to economics or governance. People, in other words, who would not be comfortable actually living in Castro’s Cuba, much as they like the idea of him sticking it the arrogant yanqui, his physical and political survival a sure sign that Washington’s awesome power has limits — and can therefore be challenged.

Nelson Mandela is a perfect example of the guilty pleasure phenomenon: A dyed-in-the-wool democrat with an exaggerated fondness for British institutions, Mandela is nonetheless a warm friend and admirer of the Cuban leader. The same would be true for almost all of the current generation of ANC leaders in South Africa, not only those who jump and prance while singing about machine guns, but also those with impeccable credentials in Washington and on Wall Street. When the guests were being welcomed at Nelson Mandela’s presidential inauguration in 1994, the announcement of Hillary Clinton’s presence, representing her husband’s administration, elicited polite applause. When Fidel Castro was announced, the assembled political class of the new order went into raptures of ecstasy. (…)

But equally important was what Fidel represented to the global south — not a model of governance and economic management (after all, the very ANC leaders who cheered him to the heavens were embarked upon a diametrically different political and economic path to Castro’s — whose revolution, by the way, looked as if it was on its last legs in 1994, having lost the massive Soviet subsidy that had enabled a quality of life for poor people unrivaled in the developing world). No, what Fidel represented to South Africa’s new leaders was a symbol of independence, of casting off colonial and neo-colonial overlords and defending your sovereignty, against Quixotic odds, from an arrogant power.

Take a survey among today’s Latin American leaders on Fidel Castro, and he’ll get a huge popularity rating. For the likes of Venezuela’s Hugo Chavez and Nicaragua’s Daniel Ortega, he has, rather unfortunately, been a role model in every sense; for the more sober and pragmatic social democrats of the Lula-Bachelet-Kirschner variety, Fidel nonetheless represents an inspiration that opened the way for their generation to cut their own path and stand up to the U.S.-backed dictators that imprisoned and tortured their ilk. In Latin America, Castro personifies nothing as much as defiance of the Monroe Doctrine, by which the U.S. had defined the continent as its backyard, reserving the right to veto, by force, anything it didn’t like. Get a Mexican conservative politician drunk in a discreet setting, and you’ll probably discover a closet Castro fan.

Castro appeals not only to socialists, but to nationalists everywhere. And, of course, the Cuban leader himself was a radical nationalist, rather than a communist, when he seized power in 1959, and the U.S. response to his moves to nationalize the sugar industry were part of what drove him to make common cause with the Soviets.

Addendum: le texte de Tony Karon traite de Fidel Castro mais s’applique dans son principe aussi au Ché, même s’il y a des éléments particuliers – sa fin dramatique particulièrement – qui contribuent tout spécialement à la popularité du Che.

Endoctrinement


Il n’y a pas d’âge pour l’endoctrinement. Même si cet endoctrinement est fortuit. Je regardais «Carnets de voyage» du réalisateur brésilien Walter Salles, tiré du fameux «Voyage à motocyclette» d’Ernesto «Che» Guevara ainsi que du livre de souvenirs «Con El Che por America latina» de son comparse Alberto Granado, sur mon laptop. Tout d’un coup, au milieu du film, qui dure deux heures, mes filles, trois et six ans, m’ont rejoint et se sont assises sur mes genoux. Si la benjamine a trouvé mieux à faire après un quart d’heure, l’aînée a suivi le film, passionnée, posant des questions sur le malade (El Che était asthmatique) et sur chaque scène du film, et j’ai pu distiller la vulgate stalino-maoïste selon laquelle il faut aider plus pauvre et plus malchanceux que soi.

L’endoctrinement prend. L’aînée m’a demandé aujourd’hui quand est-ce qu’elle pourrait revoir le film dès le début…

Quand mon gouverneur de banque centrale préféré faisait du golf

Le front uni de lutte classe contre classe golfeurs, diplômés-chômeurs et juristes a quelque peu tangué sous les coups de la désinformation distillée par la presse bourgeoise, mais je suis en mesure de vous annoncer un ralliement de masse, qui devrait faire flancher l’alliance de la bourgeoisie compradore et du féodalisme despotique. Il apparaîtrait en effet que les gouverneurs de banque centrale, M. Jouahri en ce qui concerne le Maroc, soient prêts à rejoindre les rangs du peuple combattant.

Voyez ici le regretté Ernesto Guevara, gouverneur de la banque centrale de Cuba, pris en pleine partie avec Fidel Castro…

Fidel lui-même montre ses talents:

Le gouverneur de la banque centrale admire en connaisseur:

Et contrairement à ce qui est le cas entre Trichet et Sarkozy, les relations entre banque centrale et pouvoir politique semblent empreints de complicité:

Allez, reprenez en coeur avec moi: le makhzen t’es foutu, Jouahri est dans la rue!

Hat-tip: Hal.

%d blogueurs aiment cette page :