Richard Falk, sur Al Jazeera: »C’est une guerre de légitimité, que les Palestiniens sont lentement en train de remporter »

Richard Falk, sur Al Jazeera, se prononce sur les crimes de guerre israëliens:

« La principale violations c’est le comportement d’Israël en tant que puissance occupante – le blocus sur l’alimentation et le carburant sont une violation grave de l’article 33 de la quatrième Convention de Genève, qui interdit les punitions collectives, ainsi que l’article 55. Dire qu’Israël n’est pas puissance occupante va à l’encontre du consensus international: Israël exerce un contrôle total sur terre, sur air et sur mer, et a exercé ce contrôle de manière très intense avec le blocus ».

Sur la session extraordinaire d’urgence de l’Assemblée générale afin d’examiner les mesures illégales prises par les autorités israéliennes à Jérusalem-Est occupée ainsi que dans le reste du Territoire palestinien occupé:

L’Assemblée générale peut saisir la CIJ d’une demande d’avis (1) sur les devoirs et obligations d’une puissance occupante dans une situation comme à Gaza. C’est une guerre de légitiimité, que les Palestiniens sont lentement en train de remporter, et qui est plus importante que la bataille militaire.

Sur le Conseil de sécurité:

« Le système de l’ONU a plusieurs composantes, dont certaines sont susceptibles de manipulations géopolitiques, comme le Conseil de sécurité en raison du droit de veto des 5 membres permanents. C’est une tragédie pour le peuple de Gaza que l’ONU ne peut pas faire appliquer le droit quand le droit s’applique au fort, mais seulement quand il s’applique au plus faible ».

(1) Cette démarche fût empruntée par l’Assemblée générale lorsqu’elle saisit la Cour internationale de justice d’une demande d’avis sur la légalité du mur dit de protection érigé par Israël sur les territoires occupés en 1967, avis rendu par la CIJ en 2004 et qui conclut à l’illégalité dudit mur.

Une résolution pour rien, alors qu’Israël bombarde Gaza au phosphore blanc en pleine trève

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Pendant que je vois les images en direct d’Al Jazeera des bombardements israëliens de Gaza, avec des bombes au phosphore apparemment – selon les commentateurs – en pleine trève unilatérale apparemment, je trouve enfin le texte de la résolution qui vient d’être votée par le Conseil de sécurité. Par quatorze voix contre zéro et une abstention (Etats-Unis), le Conseil de sécurité des Nations-Unies a adopté la résolution n° 1860. En voici un extrait en anglais (pas de version française pour l’instant) reprenant les paragraphes opérationnels:

Resolution 1860 (2009) Adopted by 14 in Favour, Abstention by United States;
Also Calls for Unimpeded Humanitarian Assistance, Welcomes Egyptian Initiative

(…) 1. Stresses the urgency of and calls for an immediate, durable and fully respected ceasefire, leading to the full withdrawal of Israeli forces from Gaza;

2. Calls for the unimpeded provision and distribution throughout Gaza of humanitarian assistance, including of food, fuel and medical treatment;

3. Welcomes the initiatives aimed at creating and opening humanitarian corridors and other mechanisms for the sustained delivery of humanitarian aid;

4. Calls on Member States to support international efforts to alleviate the humanitarian and economic situation in Gaza, including through urgently needed additional contributions to UNRWA and through the Ad Hoc Liaison Committee;

5. Condemns all violence and hostilities directed against civilians and all acts of terrorism;

6. Calls upon Member States to intensify efforts to provide arrangements and guarantees in Gaza in order to sustain a durable ceasefire and calm, including to prevent illicit trafficking in arms and ammunition and to ensure the sustained re‑opening of the crossing points on the basis of the 2005 Agreement on Movement and Access between the Palestinian Authority and Israel; and in this regard, welcomes the Egyptian initiative, and other regional and international efforts that are under way;

7. Encourages tangible steps towards intra-Palestinian reconciliation including in support of mediation efforts of Egypt and the League of Arab States as expressed in the 26 November 2008 resolution, and consistent with Security Council resolution 1850 (2008) and other relevant resolutions;

8. Calls for renewed and urgent efforts by the parties and the international community to achieve a comprehensive peace based on the vision of a region where two democratic States, Israel and Palestine, live side by side in peace with secure and recognised borders, as envisaged in Security Council resolution 1850 (2008), and recalls also the importance of the Arab Peace Initiative;

9. Welcomes the Quartet’s consideration, in consultation with the parties, of an international meeting in Moscow in 2009

Réaction de Michel Abdel Massih, juriste, interviewé par Al Jazeera: « le mot-clé est l’adjectif immédiat – cessez-le-feu immédiat, qui figure dans le premier paragraphe 1 de la résolution. Israël a déjà violé la résolution 1860 en poursuivant sa guerre. Le paragraphe 5 condamne toute violence de la part de toutes les parties, et ne va pas assez loin car ignore les violations substantielles du droit international humanitaire. Ces violations audraient d’être mentionnées dans la résolution. La résolution peut être appliquée si la volonté politique existe, avec des sanctions à la clé. Cette résolution est contraignante. Mais il faut négocier avec le Hamas pour ne pas que la résolution ne soit percue comme étant partiale. Les roquettes du Hamas, criminelles? Le problème c’est la proportionnalité, leurs actes sont disproportionnés. Le Conseil de sécurité aurait pu saisir la Cour pénale internationale. Le bombardement des écoles de l’UNRWA sont un exemple de crimes internationaux, car une opération militaire résultant dans des morts de nombreux civils est criminelle même si la mort des civiles n’est pas l’objectif visé« .

Mouin Rabbani, de l’Institut d’études palestiniennes à Amman, toujours sur Al Jazeera: « les vues du Hamas n’ont pas été prises en compte. Pas d’appel au retrait immédiat et inconditionnel de Gaza, comme en 1978 et la résolution 425 relative au retrait immédiat des troupes israëliennes du Liban. Il n’y a pas de calendrier, contrairement à la résolution 1701 sur le Liban, pas de sanctions. L’abstention étatsunienne est un signal pour les Israëliens de ne pas y prêter attention et de continuer avec leur offensive. La situation est terrible mais peut empirer – l’attaque peut se poursuivre et viser le centre de Gaza. Cette résolution est difficilement acceptable pour le Hamas, qui n’a pas été consulté. Il aménera une escalade.« . Pendant qu’il dit ça sur Al Jazeera, des images en direct montrent des nuages blancs et noirs après des bombardements israëliens à Gaza, qui ont lieu alors même que la résolution a été adoptée. « L’Autorité palestinienne a été très affaiblié, je ne vois pas comment Abou Mazen pourra tirer profit de la crise. L’initiative égyptienne, en liaison avec l’initiative turque, se fait au moins en contact avec le Hamas« .

Riyad Maliki, ministre des affaires étrangères d’Abou Mazen, est étonné de l’abstention étatsunienne, soulignant que la résolution a été rédigée selon ses orientations.

Du côté israëlien, pas de surprise. L’ambassadeur israëlienne à Bruxelles, Tamar Catarivas-Samash, avait annoncé la couleur:

« Une trêve humanitaire permettrait au Hamas de se ressaisir. De plus, elle n’est pas nécessaire. (…)
– Des ONG jugent pourtant la situation humanitaire catastrophique…
– Cela fait partie de la guerre de propagande menée contre Israël. (…) nous ne laisserons personne, pas même l’ONU, nous arrêter avant d’avoir atteint notre objectif : mettre fin aux attaques terroristes sur le sud d’Israël. Et, dans la foulée, ramener le calme à Gaza, dont les habitants sont, eux aussi, les otages du Hamas ».

On peut pas dire qu’elle va à l’encontre des instructions de sa supérieure, qui a réagi de manière prévisible à l’adoption de la résolution 1860:

« Israel has acted, is acting, and will continue to act only according to its calculations, in the interest of the security of its citizens and its right to self defense »

Le meilleur commentaire est celui du président de l’assemblée générale de l’ONU (qui se réunit en session spéciale consacrée à la situation humanitaire en Palestine occupée sur demande de la Malaisie), Miguel d’Escoto Brockmann, prêtre et ancien ministre des affaires étrangères du Nicaragua, menacé de mort et déclaré persona non grata en Israël après avoir appelé au boycott d’Israël et déclaré l’absence d’existence d’un Etat palestinien le plus grand échec dans l’histoire de l’ONU (pas d’accord: je placerai le génocide rwandais en premier):

« Je ne supporte pas cette impuissance, nous trahissons le monde de la sorte. (…) Israël ne respecte pas les résolutions du Conseil de sécurité, on le sait, mais il pourrait tout de même respecter celles de l’Assemblée générale de l’ONU – après tout, il lui doit son existence, et pas beaucoup d’entre nous peuvent en dire autant« .

Et pendant ce temps, les bombardements continuent.

ADDENDUM: Voici le texte français de la résolution 1860.

Entendu d’un médecin norvégien travaillant dans un hôpital de Gaza

Le médecin norvégien Eric Fosse raconte sur Al Jazeera les conditions de travail dans l’hôpital de Gaza dans lequel il exerce: deux patients opérés dans les couloirs, l’absence de médicaments, deux autres patients morts dans l’attente d’une opération qui n’est jamais venue. Il ne sait plus comment s’en sortir. Ils n’ont plus de pièce de réserve pour l’appareillage médical. Il raconte les victimes du bombardement d’un marché aux fruits, ce dimanche matin. Il raconte le cas de deux petits garçons, que les parents avaient interdit de jouer dans la rue. A la place, ils sont montés jouer sur le toit, où ils ont été atteints par des éclats d’obus. Un est mort, l’autre a perdu une jambe. A l’hôpital Al Shifah, un père, une mère et leurs trois enfants de la famille Habache sont morts vers 16 heures. Une des filles, dont on voit le cadavre, a l’âge de ma fille aînée. Il n’y a plus d’électricité, sauf les générateurs. Les gens commencent à ne plus pouvoir utiliser leur GSM, ne pouvant plus les charger. Ils se rendent en masse aux hôpitaux pour prendre des nouvelles dès qu’ils entendent qu’une bombe a atteint un quartier où ils ont de la famille. Les bombardements sont continuels, de l’air, de la mer, et de terre. Il fait nuit maintenant: le caméraman d’Al Jazeera, du côté israëlien de la frontière, montre la ville d’Ashkelon, toute illuminée, et quelques kilométres plus loin, Gaza, où les Palestiniens se font bombarder dans l’obscurité la plus totale.

Et il faut bien évidemment reconnaître le droit d’Israël à exister – « la sécurité d’Israël est non-négociable« , comme le dit l’ambassadeur adjoint des Etats-Unis auprès de l’ONU.

Dan Judelson, Jews for Justice for Palestinians, s’exprime devant la résidence de l’ambassadeur d’Israël à Londres, contre la guerre à Gaza. Avis aux antisémites, qui se trompent de haine: on peut éventuellement haïr les gens pour ce qu’ils font, pas pour ce qu’ils sont.

Shimon Peres, prix Nobel de la paix, idole des lecteurs du Nouvel Observateur et des éditorialistes de la presse officieuse marocaine, vient de refuser un cessez-le-feu. Le Conseil de Sécurité refuse même d’adopter un simple communiqué, qui, contrairement à une décision prise sur le fondement du chapitre VII de la Charte des Nations Unies, est dénué de force obligatoire. Tiens, à propos du chapitre VII, hier Nabil Shaath parlait de l’article 7 de la Charte des Nations-Unies, réclamant une décision prise sur ce fondement comme l’avait été la résolution 1701 prise à la suite de la guerre du Liban de 2006. Les étudiants en deuxième année de droit savent faire la différence, Nabil Shaath non. On ne change pas une équipe qui gagne.

Marwan Bishara dit que la posture des dirigeants arabes, qui demandent simplement un cessez-le feu, est une insulte – « it adds insult to injury » – une gestuelle vide de sens. Il pose les bases: Israël peut protéger ses citoyens, mais pas son occupation. Israël et Hamas se battent autour des conditions d’occupation de Gaza: le cessez-le-feu concerne simplement l’assouplissement éventuel des conditions de vie à Gaza avec surtout l’assouplissement de l’embargo auquel est soumise Gaza, et pas la question principale, l’occupation de Gaza et des autres territoires occupés. Il rappelle les termes des communiqués étatsuniens, israëliens et arabes de 2006, similaires à ceux d’aujourd’hui: pas de cessez-le-feu immédiat pour Israël et ses alliés, appels dérisoires à un simple cessez-le-feu du côté des alliés arabes d’Israël.

Etonnant: 700.000 manifestants à Istanbul contre la guerre à Gaza, un pays dont l’armée est comme cul et chemise avec l’armée israëlienne mais où le parti post-islamiste au pouvoir, l’AKP, essaie de ré-équilibrer ses relations avec Israël.

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