L’église luthérienne danoise a ses jihadistes

Sørine Gotfredsen, pasteure de l’église luthérienne du Danemark

Le Danemark tient une place centrale dans le développement de l’islamophobie et de la nouvelle extrême-droite en Europe occidentale (l’extrême-droite dans les pays d’Europe orientale a généralement gardé les traits traditionnels – religiosité, anti-sémitisme, relents fascistes – dont leurs collègues occidentaux font désormais l’économie). Si le FPÖ autrichien avait déjà intégré la coalition gouvernementale autrichienne en 2000, déclenchant des sanctions politiques de la part des gouvernements des autres Etats membres de l’Union européenne (UE), le Dansk Folkeparti (DF – Parti populaire danois) de Pia Kjaersgaard allait en 2001 former une coalition parlementaire cette fois, votant la confiance au gouvernement de droite d’Anders Fogh Rasmussen, confiance renouvelée jusqu’à la défaite électorale en 2011 de cette coalition de droite dure face à la sociale-démocrate Helle Thorning Schmidt. Sauf qu’en 2001 pour le Danemark, aucune protestation ne se fit jour auprès des autres Etats membres de l’UE.

La raison en est simple: ce qui choquait dans le FPÖ et son leader charismatique Jörg Haider était le discours aux relents révisionnistes s’agissant du nazisme, notamment lorsque fût louée la politique de l’emploi du regretté chancelier allemand Adolf Hitler. Sans compter l’histoire du FPÖ, qui avait intégré à sa création, en dépit de son catéchisme libéral bon teint, bon nombre de nazis en mal  de chapelle. Avec le FPÖ on était donc confronté à une extrême-droite de facture plus ou moins classique (le FPÖ étant bien moins extrémiste que le Front National, le Vlaams Blok ou le British National Party, par exemple)- réactionnaire (en dépit de l’homosexualité de son leader, révélée à sa mort), xénophobe et antisémite.

Le DF, par contre, a une histoire moins encombrée, ou moins choquante du moins aux yeux de l’opinion mainstream: pas de passé nazi ou de flirt avec l’antisémitisme ici. Ce parti a ses racines dans un populisme anti-impôts: à son origine fut le Fremskridtspartiet (Parti du progrès) du flamboyant et excentrique avocat fiscaliste Mogens Glistrup, aux tonalités initiales plutôt anti-fisc et anti-bureaucratie, mais qui allait, comme c’est toujours le cas pour le populisme de droite, virer vers la xénophobie, sans cependant que ce soit là son principal cheval de bataille – il devait notamment déclarer, en 2001, « nous n’allons plus avoir de gens de « Mohammedanie » dans ce pays. Ils doivent être physiquement expulsés du Danemark« , « nous choisirons le premier ministre qui veut expulser le plus de musulmans. Nous allons simplement tenir une enchère » et « celui qui veut des petits-enfants musulmans n’a qu’à voter pour les neuf autres partis« . Glistrup ayant été condamné à trois ans de prison ferme pour évasion fiscale, Pia Kjaersgaard prit le relais et dirigea Fremskridtspartiet de 1985 à 1995, avant de former cette année-là DF. Si le DF est d’une islamophobie radicale, nulle trace d’antisémitisme ni de nostalgie pro-nazie. L’avortement et le divorce ne posent pas de problème à ses dirigeants, et la parité ainsi que l’acceptation de l’homosexualité sont même érigées en valeurs danoises menacée par les hordes d’immigrés islamo-fascistes (aux Pays-Bas, Pim Fortuyn, homosexuel flamboyant, libéral et islamophobe allait percer en même temps, mourant cependant assassiné peu avant le succès de sa Pim Fortuyn Lijst en 2002).

C’est donc un racisme acceptable qui est proposé par le DF, et ce racisme-là est désormais bien implanté un peu partout en Europe occidentale, tant à l’extrême-droite de type DF qu’au sein de courants moins extrémistes – citons le premier ministre socialiste islamophobe Manuel Valls en France ou le banquier social-démocrate islamophobe Thilo Sarrazin en Allemagne, ou le discours agressif sur l’identité nationale ou contre le multiculturalisme de David Cameron, Nicolas Sarkozy ou Angela Merkel (qui n’a pas peur, elle, de parler de « Leitkultur« , à savoir « culture dominante », terme connoté). Ce racisme a ses réseaux intellectuels et médiatiques, notamment sur le net, et repose sur des présupposés culturalistes et essentialistes – religion et ethnicité comme principaux facteurs explicatifs de divers phénomènes sociaux (du viol au chômage en passant par l’échec scolaire), acceptation de la logique de la guerre des civilisations, vision de l’islam et des musulmans comme intrinsèquement étrangers à l’Europe (ou l’Occident, pour utiliser un terme idéologique), hostilité de principe à toute manifestation publique de pratique ou d’appartenance religieuse musulmane, axiome musulman=islamiste=terroriste, axiome de Bernard Lewis sur l’immutabilité de l’islam, et j’en passe.

Mais son instrument le plus efficace, surtout depuis l’affaire des caricatures danoises représentant le prophète Mohammed de 2005, a sans doute été de brandir systématiquement la liberté d’expression à l’appui de ses déclarations les plus contestables, voire les plus racistes – toute critique, toute action judiciaire, toute campagne de sensibilisation visant des auteurs de propos islamophobes est présentée comme violant la liberté d’expression – oubliant ainsi ce qui un pilier de ladite liberté, à savoir la liberté de critiquer et le débat contradictoire. C’est bien évidemment au Danemark – crise des caricatures oblige – que cette instrumentalisation a été la plus massive, une des principales organisations islamophobes de ce pays s’appelant Trykkefrihedsselskabet (Société pour la liberté de la presse et de l’édition) et ne s’inquiétant de la liberté d’expression que s’agissant de critiques ou propos haineux à l’encontre de l’islam et des musulmans – son dirigeant, Lars Hedegaard, a récemment été condamné pour provocation à la haine raciale pour un entretien diffusé sur Internet dans lequel il déclarait « les musulmans violent leurs propres enfants. On entend ça tout le temps: des filles sont violées par leurs oncles (…) ou leurs pères« .

Le massacre d’Oslo commis ce 22 juillet par le fondamentaliste chrétien et islamophobe Anders Behring Breivik a quelque peu troublé cette routine. Faisant le panégyrique du Danemark et de sa politique vis-à-vis de l’immigration et des musulmans dans son indigeste manifeste, il a de manière très embarassante pour la camp islamophobe rendu cette rhétorique de haine nettement moins salonfähig comme disent les germanophones. Il a même permis au camp multiculturel ou du moins anti-raciste de reprendre temporairement l’initiative, et de faire passer les intégristes de la haine islamophobe comme les pendants de ceux de la haine jihadiste.

Un cas exemplaire de 2011: les déclarations de la pasteure de l’église luthérienne du Danemark (église d’Etat par ailleurs, et confession imposée aux membres de la famille royale qui souhaitent le demeurer) Sørine Gotfredsen sur le massacre d’Oslo commis par Anders Behring Breivik en 2011. Cette pasteure, qui a également un passé de journaliste dans un quotidien chrétien, avait déclaré comprendre, dans une chronique publiée le 29 juillet 2011 dans le respecté quotidien « Berlingske Tidende » intitulée « Lad os bruge Anders Breivik rigtigt (Faisons bon usage de Anders Breivik)« , les raisons ayant amené à ce massacre de 77 innocents. Dans cette chronique, la pasteure Gotfredsen soulignait comment la gauche bien pensante se refusait à reconnaître la difficulté de vivre une société multiculturelle, écrivant notamment que « les cultures chrétienne et islamique ont toujours eu énormément de mal à coexister de manière pacifique » (« islamisk og kristen kultur altid har haft uhyre vanskeligt ved at leve fredeligt sammen« ), et que « le témoignage de l’histoire montre les énormes problèmes créés par la coexistence des visions islamique et chrétienne de l’homme et de la société » (« historiens vidnesbyrd om, hvilke enorme problemer der opstår, når kristent og muslimsk menneskesyn og samfundstænkning skal sameksistere« ).

asset.dr.dk

Surtout, la pasteure a fait sienne les motivations avancées par Breivik:

« La haine a pour origine la société que nous avons créée ces années-ci. L’extrémisme naît du sentiment d’être menacé dans son existence par l’immigration – on peut écarter cela comme étant hystérique ou primitif, mais c’est la réalité, et elle doit être prise au sérieux. Quant Anders Breivik a perdu espoir dans le système politique, il a décidé de recourir à des moyens plus immédiats, et il sera sans doute suivi par d’autres animés du même sentiment d’être entouré par des législateurs qui répondent à chaque problème par encore plus d’acceptation des différences »

(« Hadet stammer fra de samfund, vi selv i disse år skaber. Ekstremismen skabes gennem følelsen af på grund af indvandring at være truet på eksistensen, og det kan man godt affeje som primitivt og hysterisk, men det er virkeligheden, og den skal tages alvorligt. Da Anders Breivik havde opgivet det politiske system, besluttede han at gribe til mere kontante midler, og han vil sandsynligvis blive efterfulgt af andre med samme følelse af at være omgivet af lovgivere, der møder ethvert problem med talen om endnu mere rummelighed« ).

Plus fort, un renvoi aux croisades et la responsabilité du massacre d’Oslo attribuée aux tenants du multiculturalisme:

« Ce qui s’est passé en Norvège n’est pas le seul fruit de pratiques de langage. C’est le résultat d’une cause émotionnelle bien plus profonde, qui pousse l’individu à vouloir éradiquer l’idéologie qui présente l’homme comme un être abstrait, qui ne serait pas relié de manière fondamentale à des racines culturelles et religieuses. (…) C’est sans aucun doute ce qui anime Anders Breivik, car il hait l’idée de l’homme sans culture et, par esprit de contrariété, est devenu excessivement concret. En pensée et en action. Il est devenu cet homme qui veut freiner cette relativisation infinie de ce dont nous venons, et qui pour cette raison commence à se battre. Il illustre de ce fait tout d’abord que c’est un danger mortel que de manipuler l’identité culturelle des gens, et ensuite que des schémas de l’histoire mondiale se répètent. A cette occasion, il a été démontré de manière éclatante que Breivik s’est comporté comme un chevalier des anciennes croisades. Les temps sont autres, mais l’instinct de base demeure, et c’est justement cet instinct immémorial que l’on néglige de manière catastrophique en rêvant d’une société multiculturelle »

(« (…) det, der har udfoldet sig i Norge, skabes næppe gennem sprogbrug. Det næres af en langt dybere følelsesmæssig kilde, der driver et individ til at ville udrydde ideologien om mennesket som et abstrakt væsen, der ikke er afgørende forbundet med kulturelle og religiøse rødder. (…) Det er utvivlsomt dem, Anders Breivik primært animeres af, fordi han afskyr tanken om det kulturløse menneske og i ren trods selv bliver helt overordentlig konkret. Både i tanke og handling. Han bliver til det menneske, der vil bremse den evige relativering af det, vi selv kommer af, og som derfor begynder at slås. Dermed illustrerer han, at det for det første er livsfarligt at manipulere med menneskenes kulturelle identitet, og for det andet at visse mønstre i verdenshistorien gentager sig. I dette tilfælde markant demonstreret ved, at Breivik ligefrem optræder som en kristen ridder fra de gamle korstog. Tiden er en anden, men grundinstinktet består, og det er præcis dette tidløse instinkt, man i drømmen om det multikulturelle samfund gang på gang på katastrofal vis negligerer. »)

Continuant sur la lancée de Nicolas Sarkozy, David Cameron et Angela Merkel, qui ont récemment fait part de la mort du multiculturalisme, la pasteure luthérienne Sørine Gotfredsen conclut:

« Et nous avons pendant des décennies été avertis par ceux qui, par respect pour les récits immémoriaux de l’histoire, nous ont rappelé que la violence allait émerger lorsque islam et chrétienté se heurteraient. L’invention de l’homme bon et multiculturel comme modèle pour une nation toute entière est une fantaisie dangereuse qui peut provoquer des mouvements effroyables, car elle néglige le besoin de l’individu de se sentir sûr dans sa propre culture. Anders Breivik a souligné tout cela, que nous connaissions par avance, et il sera utilisé par les deux camps de ce débat. Ceux qui continuent à adorer l’idéologie sans culture vont faire appel au seul remède qu’ils connaissent: de belles paroles et plus de tolérance. Comme contrepoids, Anders Breivik sera invoqué de manière différente: pour comprendre comment l’homme peut être dangereux quand il se sent sous pression, et pour montrer que dans cette ère multiculturelle nous mettons l’homme sous pression plus que de raison. »

« Og vi er i årtier blevet advaret om det af dem, der i respekt for historiens tidløse tale har mindet os om, at volden vil bryde ud, når islam og kristendom støder sammen. Opfindelsen af det gode multikulturelle menneske er som formel for en hel nation en farlig fantasi, der kan fremprovokere frygtelige kræfter, fordi den negligerer den enkeltes behov for at føle sig tryg i sin egen kultur. Anders Breivik har understreget alt det, vi vidste i forvejen, og han vil blive brugt af begge lejre i den hjemlige debat. De, der fortsat dyrker den kulturløse ideologi, vil blive ved med at efterspørge det eneste middel, de kender til – pæn tale og mere tolerance, og som modvægt skal Anders Breivik også bruges på anden vis. Til at forstå hvor farligt mennesket er, når det føler sig presset, og at vi i denne multikulturelle tidsalder presser menneskene mere end klogt er. »

Bref, comme disent les policiers étatsuniens, « case closed« , affaire classée, le massacre d’Utøya est à mettre au compte du multiculturalisme (c’est d’ailleurs également l’avis du commentateur sportif français Alain Finkielkraut). Même au Danemark, profondément gangréné par dix années de xénophobie gouvernementale sous l’égide du Dansk Folkeparti (cette xénophobie contamine la gauche, puisque le tout récent durcissement de la loi sur les étrangers a été approuvé par les sociaux-démocrates et la gauche socialiste), la réaction de l’opinion fut virulente: des milliers de lecteurs du Berlingske Tidende ont manifesté leur réprobation de vive voix à la rédaction du journal, et des paroissiens furieux ont également appelé l’évêché dont dépend la pasteure Gotfredsen pour condamner ses propos. Le Dansk Folkeparti lui-même a condamné les propos de la pasteure, par la bouche de Pia Kjærsgaard, qui a trouvé que elle était allée trop loin. Des collègues pasteurs de l’Eglise luthérienne du Danemark – église d’Etat –  ont condamné ses propos dans une lettre ouverte adressée à l’épiscopat.

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La pasteure Sørine Gotfredsen attendant son chevalier blanc Anders Behring Breivik.

Quatre ans après la polémique, Sørine Gotfredsen est cependant toujours pasteure, et elle tient une chronique régulière dans le quotidien conservateur Berlingske Tidende. Le parti social-démocrate, sous l’égide de la premier ministre sortante Helle Thorning Schmidt, a perdu les élections en 2015 malgré une campagne offensive contre l’immigration, prônant un durcissement des règles en matière de droit d’asile. Le réseau islamophobe « Islamkritisk Netværk i Folkekirken » a poursuivi ses activités – minoritaires – au sein de l’église luthérienne du Danemark. Et alors que l’Europe fait face à une crise – toute relative – en matière de demandeurs d’asile, le premier ministre danois s’est singularisé en facilitant le transit des demandeurs d’asile parvenus au Danemark vers le voisin suédois, nettement plus accueillant, en proposant à Angela Merkel d’accueillir 100 (cent) réfugiés syriens et surtout en publiant, en pleine crise politico-médiatique, des annonces en arabe dans la presse libanaise tentant de décourager les réfugiés de venir au Danemark…

On peut donc faire l’apologie du terrorisme en Europe occidentale à partir d’une chronique dans un journal de qualité, et n’en souffrir aucune conséquence judiciaire ni professionnelle – il suffit d’avoir la bonne origine ethnico-religieuse et de bien choisir la couleur politique du terroriste que l’on soutient. Celui écrira un jour l’histoire de la longue agonie du libéralisme politique en Europe occidentale consacrera peut-être une note de bas de page à Sørine Gotfredsen.

Il y a quelque chose de pourri au Royaume du Danemark…

Quand on est à Casa et qu’on doit renouveller sa carte nationale, il faut parfois faire un détour par l’ambassade du Maroc à Copenhague. En cherchant sur Internet un éventuel site de cette ambassade, je suis plutôt tombé sur le blog « Den dansk-marokkanske protest » (« La protestation dano-marocaine« ).

Contexte: en 2008, la communauté marocaine du Danemark est saisie d’un ras-le-bol. Le motif? Pas les caricatures du Prophète, la participation du Danemark à la guerre en Afghanistan ou le rejet de Dansk Folkeparti, le parti raciste qui fait partie de la majorité parlementaire du gouvernement danois depuis … Non: il s’agissait du comportement reproché au consul marocain exercant ses fonctions à l’ambassade du Maroc à Copenhague. Outre la corruption, il se serait rendu coupable de harcèlement sexuel sur au moins une ressortissante marocaine, venue établir des documents administratifs à l’ambassade (les commentaires sous le blog font état de 26 Marocaines se plaignant de harcèlement sexuel, chiffre sous-évalué selon certains autres commentateurs, chiffres à prendre avec des pincettes):

« Min mand og jeg kom op på ambassaden, fordi vi gerne ville have registreret vores børn som marokkanske statsborgere, selv om de er født i Danmark. I venteværelset stod der på en prisliste, at det kostede 50 kr. Men da vi kom ind til konsul Okbani forlangte han 1000 kr. ekstra, » fortalte dansk-marokkanske Fatima sidste søndag i Jyllands-Posten.

Men penge var ikke det eneste, konsulen var ude efter.

« Da min mand gik ned til bilen for at hente pengene, kom konsul Okbani hen til mig og sagde, at hvis jeg ville mødes med ham og tilbringe en nat med ham, skulle jeg ikke betale en øre, » fortalte Fatima.

Flere andre dansk-marokkanere fortæller lignende historier. (Jyllands-Posten)

Traduction française:

« Mon mari et moi sommes allés à l’ambassade, car nous voulions enregistrer nos enfants en tant que ressortissants marocains bien qu’ils soient nés au Danemark. Dans la salle d’attente, une liste des tarifs indiquait que la déclaration de naissances coûterait 50 couronnes. Mais lorsque nous sommes entrés chez le consul Okbani il réclama 1.000 couronnes en plus« , déclara la dano-marocaine Fatima dimanche dernier dans Jyllands-Posten.

Mais l’argent n’était pas la seule chose qui intéressait le consul.

« Pendant que mon mari descandait chercher l’argent dans la voiture, le consul Okbani s’approcha de moi et me dit que si j’acceptais de le voir et de passer une nuit avec lui, je ne paierais rien« , raconta Fatima.

Plusieurs autres dano-marocaines racontent des histoires similaires. »

Sur les forums consacrés à cette affaire (notamment ici), des commentateurs – souvent anonymes – font référence à une vidéo représentant le consul en train de boire en compagnie galante (ce qui n’est certes pas un crime, même au Maroc, sauf si on est journaliste indépendant ou activiste génant), alors qu’il se serait présenté sous un jour beaucoup plus orthodoxe, se faisant passer pour un haj et ayant le Coran posé sur son bureau. Une citoyenne marocaine mariée avec un ressortissant d’un autre pays arabe raconte comment elle s’est enquérie du changement législatif accordant la nationalité marocaine aux enfants d’une ressortissante marocaine: le consul lui aurait demandé 3.000 couronnes danoises par enfant pour traiter leur demande (il ne’ s’agissait bien évidemment pas de frais de timbre), et aurait même proposé d’arranger la naturalisation marocaine de son mari. Etant au chômage, elle n’avait pas les moyens de payer cette somme, et le consul se contenta de 1.000 couronnes danoises pour lui remplir sa demande de naturalisation marocaine pour ses enfants. Un autre commentateur marocain se serait vu réclamer 7.000 couronnes danoises pour faire inscrire ses enfants dans le livret de famille.

En réaction, de 200 à 400 Marocains du Danemark (ou dano-marocains comme ils se qualifient) avaient décidé de manifester le 15 novembre 2008 devant l’ambassade pour réclamer la fin tant de la corruption que de l’harcèlement sexuel (voir une vidéo de cette manifestation ici). Cette manifestation fût prise à l’initiative du controversé dano-marocain Hamid el Mousti, conseiller municipal socialiste (entretemps exclu du parti social-démocrate en 2009) de Copenhague et, comme si ça ne suffisait pas, juriste de formation et journaliste de profession (cela lui a même valu les honneurs du Matin du Sahara…). Il avait publiquement dénoncé la corruption qui régnait selon lui au sein de l’ambassade du Maroc à Copenhague. Ayant annoncé deux semaines à l’avance leur intention de manifester, les organisateurs apprirent début novembre que le consul accusé de tous les maux avait été rappelé au Maroc, et qu’une nouvelle ambassadeure avait été nommée par dahir le 7 novembre. Ils maintinrent leur manifestation, réclamant des poursuites pénales au Maroc contre le consul afin d’éviter qu’il ne poursuive ses activités dans un autre consulat du Maroc, ainsi qu’une liste de revendications liées principalement à l’administration des services consulaires:

1) Den marokkanske ambassade skal have en hjemmeside på dansk, arabisk og fransk med følgende indhold:

a) Ambassadens åbningstider, lukkedag og ambassadørens træffetid.

b) Prisen for de forskellige ydelser i danske kroner.

c) Liste over de nødvendige dokumenter der skal til for at få en sag behandlet korrekt.

d) De forskellige embedsmænds arbejdsområde.

2) Muligheden for at blive serviceret enten pr. telefon eller mail.

3) Alle herboende dansk-marokkanere skal behandles lige.

4) Danske og marokkanske love skal respekteres.

5) Information på hjemmesiden om hvilke vielsesattester ambassaden godkender og adressen på de steder, som giver de godkendte vielsesattester.

6) Det er enhver dansk-marokkaners ret til at klage til ambassadøren og få en kvittering på klagen.

7) Ingen medarbejder i ambassaden skal ustraffet true dansk-marokkanere med fængsel i Marokko.

8) Konsulen Redad El Okbani og ambassadøren Aicha El Kabbaj skal retsforfølges i Marokko for deres ugerninger i Danmark.

9) En årlig reception i residensen af unge dansk-marokkanere der bliver færdig med deres uddannelser og deres forældre.

10) Ambassaden skal ikke forskelsbehandle de mange marokkanske foreninger vi har i Danmark.

Traduction en français:

1) L’ambassade du Maroc doit avoir un site Internet en arabe, français et danois avec les informations suivantes:

a) les horaires d’ouverture, les jours de fermeture et les horaires disponibles pour rendez-vous avec l’ambassadeur;

b) le prix des différentes formalités administratives exprimé en couronnes danoises;

c) la liste des documents nécessaires pour le traitement correct des démarches administratives;

d) les domaines de compétence des différents fonctionnaires de l’ambassade;

2) La possibilité d’être servi par téléphone et par e-mail;

3) Le traitement égalitaire de tous les dano-marocains résidant au Danemark;

4) Le respect des lois marocaine et danoise;

5) Information publiée sur le site Internet sur les certificats de mariage reconnus par l’ambassade et sur les villes qui les délivrent;

6) Chaque dano-marocain a le droit de se plaindre directement à l’ambassadeur et de recevoir un récepissé de sa plainte;

7) Aucun personnel de l’ambassade ne doit impunément pouvoir menacer les dano-marocains de prison au Maroc;

8) Le consul Reddad el Okbani et l’ambassadeure Aïcha el Kabbaj doivent êtres poursuivis au Maroc pour leurs méfaits au Danemark;

9) Une réception annuelle pour les jeunes dano-marocains ayant achevé leurs études doit être tenue à la résidence, en présence de leurs parents;

10) L’ambassade ne doit pas discriminer entre les différentes associations marocaines présentes au Danemark.

Ces demandes paraissent éminemment raisonnables et ne nécessiteraient aucun surcoût majeur – et encore ce dernier pourrait être pris sur le budget des commandes Peter Justesen… Bien évidemment, sauf éventuellement le point 9, on peut être sûr que ces demandes iront dans la corbeille – faudrait quand même pas que les MRE s’imaginent avoir un pouvoir d’influence, quand même! Je ne serais personnellement pas étonné que les ambassades du Maroc au Pérou ou en Guinée auront un site Internet multilingue bien avant l’ambassade du Maroc à Copenhague, rien que pour marquer le coup.

Selon le dernier des trois posts publiés sur le blog des dano-marocains, le consul avait fait l’objet de plaintes pendant trois ans, adressées au ministère des affaires étrangères mais aussi à la Fondation Hassan II pour les Marocains résidant à l’étranger. L’ambassadeure Aïcha El Kabbaj aurait été alertée à maintes reprises par des Marocains de Copenhague sur les méfaits de son consul mais n’aurait pas réagi.

Attention cependant: Reddad el Okbani, le consul en question, n’a à ma connaissance pas été condamné pour les faits qui lui ont été reprochés, et doit donc être présumé innocent. Aucune information officielle n’a filtré sur les raisons de son départ (aucun résultat par exemple sur le site du MAEC et bien évidemment absolument rien sur le site du Conseil de la communauté marocaine à l’étranger ou sur celui du Ministère des Marocains résidant à l’étranger): si le rappel à Rabat peut effectivement être une sanction, il peut également s’agir d’un retour normal après avoir passé quatre ans à l’étranger, durée normale d’une affectation dans uen mission diplomatique ou consulaire à l’étranger pour un diplomate marocain (1) – mais dans son cas il n’aurait passé que trois ans à Copenhague. Il ne figure plus dans la liste du personnel diplomatique en poste à Copenhague – cependant, il figurait toujours en début 2009, donc bien après la manifestation publique des dano-marocains, sur la liste diplomatique du personnel diplomatique d’un autre pays auprès duquel il était accrédité à partir de Copenhague, la Lettonie (2), mais peut-être était-ce dû à la non-mise à jour des données fournies par l’ambassade du Maroc. Les recherches sur son nom n’ont rien donné, sinon que c’est un ancien de la mission laïque française au Maroc (bachelier en 1970), qu’il a soutenu une thèse de 3e cycle en sciences administratives (« L’interventionnisme économique et social de l’Etat marocain à travers les établissements publics, 1906-1982« ) à l’université de Paris II en 1987 et qu’il est marié.

L’ambassadeure en poste à l’époque (en 2008) , Aïcha el Kabbaj, a depuis quitté le Danemark (la nouvelle fût officialisée une semaine avant la tenue de la manifestation, comme par hasard…), mais elle y était en poste depuis 2004, et son départ n’a donc pas en soi un caractère punitif. On notera au passage que l’ambassade du Maroc au Danemark est bien fournie – sept diplomates dont l’ambassadeure, Raja Ghannam – alors que l’ambassade du Danemark au Maroc n’en compte que quatre (pour être tout à fait honnête, il faut bien reconnaître qu’il y a beaucoup plus de Marocains résidant au Danemark que de Danois résidant au Maroc, et que le poids des services consulaires peut donc valablement motiver un surplus de diplomates marocains à Copenhague).

Le Reporter avait suivi l’affaire à l’époque:

Danemark: Remue ménage sur fond de scandales à l’ambassade du Maroc
10.11.2008 | 19h05

Le Danemark vit à l’heure d’une tempête marocaine qui fait tomber de hauts responsables comme des feuilles d’automne.

La tempête provoquée à Copenhague par le maroco-danois Hamid El Mousti contre l’ambassadrice du Maroc au Danemark, a fini par emporter l’ambassadrice du royaume dans ce pays nordique. Aicha El Kabbaj a été évincée récemment. Elle a été remplacée par Raja Ghannam. Avant sa nomination, la nouvelle ambassadrice occupait le poste de directrice de la coopération multipartite au ministère des Affaires étrangères.

En guise d’adieu, l’ex-ambassadrice a reçu les insignes de «commandeur de 1er Grade de l’ordre du Dannebrog» des mains de la reine Margrethe II du Danemark. Une décoration protocolaire qui ne suffira pas pour consoler Aicha El Kabbaj. Elle qui se trouve déchue de sa fonction pour avoir fait l’objet, depuis quelque temps déjà, de vives critiques de la part de certains de ses concitoyens vivants au Danemark, avec à leur tête son ennemi juré, Hamid El Mousti. C’est ce conseiller municipal à Copenhague qui est également journaliste à la télévision locale de cette ville et président de l’association d’amitié Dano-marocaine, qui a mis l’ambassadrice dans de mauvais draps. Dans une lettre qu’il a envoyée dernièrement un peu partout, El Mousti a dénoncé «la corruption et le harcèlement sexuel qui sévissent à l’ambassade du Maroc à Copenhague». Il a jeté un véritable pavé dans la marre en révélant que le renouvellement du passeport marocain peut coûter, dans cette ambassade, jusqu’à 15.000 DH au lieu de 500 DH. Il a aussi précisé que l’inscription des enfants dans le livret de famille peut y coûter jusqu’a 5000 DH par enfant au lieu de 100 DH seulement.

Voyant que dénoncer ne suffit pas, Hamid El Mousti, avec d’autres ressortissants marocains vivant au Danemark, ont fait circuler par la suite une pétition où des témoignages de victimes directes de la corruption et de harcèlement sexuel s’étaient déclarées en précisant les torts subis. C’est ce qui a dû pousser les autorités marocaines de réagir avant qu’il ne soit trop tard. Parce que les victimes s’apprêtaient à se plaindre à la justice danoise. Aicha El Kabbaj a donc été écartée. L’ex-ambassadrice devra revenir au Maroc, selon Hamid El Mousti, accompagnée de son collègue le consul Redad El Okbani. Ce dernier a été suspendu de ses fonctions à l’ambassade du Maroc à Copenhague le 3 novembre, nous confie la même source. Le consul pourrait être traduit devant le conseil de discipline dès sa rentrée au pays. C’est lui qui serait accusé de harcèlement sexuel.

Ce remue-ménage fait actuellement beaucoup de bruit au Danemark. Un pays avec lequel le Maroc a eu dernièrement à s’expliquer. L’ambassade marocaine à Copenhague avait été pointée du doigt par les autorités danoises. Lesquelles l’avaient accusée d’enrôler un policier maroco-danois pour espionner des ressortissants d’origine marocaine.

La nouvelle ambassadrice aura fort à faire pour réparer les dégâts.

Mohamed Zainabi
Source: Le Reporter

L’ambassadeure et le consul ont-ils été poursuivis, sur le plan disciplinaire ou pénal, à leur retour au Maroc? Aucune information en ce sens n’a pu être recueillie. LeMAEC dispose d’une inspection générale ainsi que d’un conseil de discipline, conformément à l’article 65 du dahir n° 1-58-008 du 4 chaâbane 1377 (24 février 1958) portant statut général de la fonction publique. Leurs décisions ne sont pas publiques, impossible donc d’en savoir plus. On relevera que ledit dahir ne contient aucune disposition interdisant expressément la corruption, le trafic d’influence ou encore le manquement au respect dû aux administrés – certes, les deux premiers agissements sont couverts par le Code pénal, mais il aurait été symboliquement réconfortant dans un pays miné et ravagé par la corruption de voir son statut de la fonction publique en souffler un ou deux mots. L’article 16 du statut se contente en effet d’interdire au fonctionnaire d’avoir des intérêts de nature à compromettre son indépendance dans une entreprise soumise au contrôle de l’administration dont il fait partie – une prohibition qui n’englobe pas stricto sensu la corruption passive, par exemple. Le principal devoir du fonctionnaire marocain c’est de respecter et faire respecter l’autorité de l’Etat (article 13 du dahir), pas d’être au service des administrés, d’agir avec efficacité, sens du service et transparence, de manière neutre et en l’absence de discrimination, parti-pris ou vénalité. Que l’on ne s’étonne pas du résultat après.

L’ambassadeure Aïcha el Kabbaj aurait quant à elle pu être poursuivie sur le plan disciplinaire, si les faits étaient avérés, sur la base de l’article 17 du dahir:

Art : 17
Toute faute commise par un fonctionnaire dans l’exercice ou à l’occasion de l’exercice de ses fonctions, l’expose à une sanction disciplinaire sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par le code pénal.

Tout fonctionnaire quel que soit son rang dans la hiérarchie est responsable de l’exécution des tâches qui lui sont confiées. Le fonctionnaire chargé d’assurer la marche d’un service est responsable à l’égard de ses supérieurs de l’autorité qui lui a été conférée pour cet objet et de l’exécution des ordres qu’il a donnés. La responsabilité propre de ses subordonnés ne le dégage en rien des responsabilités qui lui incombent.

Dans le cas où un fonctionnaire a été poursuivi par un tiers pour faute de service, la collectivité publique doit couvrir le fonctionnaire des condamnations civiles prononcées contre lui.

Sur le plan pénal, les faits allégués seraient, s’ils étaient avérés, constitutifs de nombreuses infractions pénales, notamment l’acte arbitraire attentatoire à la liberté individuelle ou aux droits civiques (article 225 du Code pénal), la concussion (article 243 du Code pénal), le trafic d’influence (article 250 du Code pénal) et enfin harcèlement sexuel, réprimé par l’article 503-1 du Code pénal. Cependant, si des poursuites ont eu lieu (j’en doute), la presse n’en a rien rapporté.

Voilà donc quelques centaines de Marocains qui accusent publiquement deux agents du ministère des affaires étrangères, dont un est ambassadeur et nommée par dahir, de corruption et harcèlement sexuel. De deux choses l’une: soit ils disent la vérité, et les faits qu’ils dénoncent doivent donner lieu à des suites disciplinaires et judiciaires, soit ils mentent, et alors ces suppôts de l’Iran, de la DRS algérienne et de Bob Ménard doivent être poursuivis, au Danemark pour diffamation et au Maroc pour outrage à fonctionnaire public, réprimé par l’article 263 du Code pénal. Or, en l’espèce, rien de tout cela. Ceci est assez symptomatique de la façon dont les méfaits supposés d’agent de ‘l’administration marocaine sont – parfois – réprimés: s’il s’agissait de deux agents d’autorité à Boudnib et pour peu que leurs victimes aient eu des relations ou un poids social suffisant, force aurait éventuellement été donnée à la loi, et les deux fonctionnaires indélicats poursuivis. Ici, l’affaire est plus visible: pensez, une ambassadeure et un consul, la presse – et pas seulement marocaine – en parlerait en long et en large si jamais des poursuites disciplinaires ou pénales avaient lieu. Dès lors, les victimes ayant eu suffisamment de poids pour faire quitter leur poste aux deux impétrants, mais pas assez pour obtenir l’ouverture d’une poursuite, on reste dans le clair-obscur, nuance préférée du makhzen: l’apparence d’une sanction, la réalité de l’impunité.

Pour finir, un coup de chapeau à nos compatriotes du Danemark: ce que vous avez fait, tous les MRE devraient le faire devant leurs consulats et ambassades respectifs, et tous les Marocains devant leurs guichets administratifs.

Lectures complémentaires: s’agissant du traitement des Marocains dans les ambassades et consulats marocains à l’étranger, je vous conseille deux billets d’une marocaine, ici et ici. Voir aussi le clip vidéo sur les locaux du consulat général du Maroc à Düsseldorf, on ne se sent pas dépaysé (même sentiment pour les locaux du consulat général du Maroc à Bologne), sans compter des clips sur les consulats de Marseille (ici et ici), Barcelone et Lille

Personnellement, je n’ai pas trop à me plaindre, ayant même eu des relations amicales avec des diplomates marocain-e-s. Ma soeur, par contre, alors même qu’elle venait faire enregistrer son mariage étranger à l’ambassade du Maroc à Stockholm, s’est vue demander son numéro de téléphone « pour prendre un pot » par le préposé. Très réticente à posséder de quelconques documents administratifs marocains, inutile de dire que cet épisode l’a définitivement convaincue de la justesse de son choix (elle a quand même pu obtenir l’enregistrement du mariage, non sans interventions).

(1) Cette règle des quatre ans est moins contraignante pour les ambassadeurs, nommés par dahir et dont la durée de l’affectation peut souvent être prolongée (voire raccourcie), en fonction à la fois des relations établies entre l’ambassadeur et les autorités du pays hôte (c’est surtout valable, pour le Maroc, dans les autres pays arabes) ou de ‘l’appréciation du travail de l’ambassadeur par le MAEC et bien évidemment le Palais. Par ailleurs, il faut également souligner que de nombreux agents dans nos ambassades et consulats (et surtout ces derniers) sont des agents locaux, dépourvus de statut diplomatique ou consulaire, et qui ont un contrat de travail suivant lers règles du droit de travail local. Ceux-là peuvent donc demeurer en place bien plus que les quatre ans de leur collègues à statut diplomatique ou consulaire.

(2) Selon une pratique diplomatique très courante, une ambassade peut desservir plusieurs pays, outre celui du pays hôte. A titre d’exemple, de 2000 à 2008, le Danemark avait fermé son ambassade à Rabat. Les diplomates danois en poste à Alger étaient cependant également accrédités à Rabat, et donc habilités à représenter le Danemark au Maroc de manière ponctuelle.

Another extreme right-wing, racist party turns pro-Israel

Just read this on Bartholomew’s indispensable blog: the English Defence League, an islamophobic (they resent that assertion though) tinpot sect adding to the acronyms on the lunatic fringe of the British extreme right wing, is said to have taken part in a pro-Israel demonstration organised by the Zionist Federation of Great Britain and Ireland in front of the Israeli embassy in London on June 2, in support to the Israeli government’s handling of the Gaza flotilla affair:

There were about 2000 of us, including the EDL, JewishEDL set up by the wondrous Joe Bloggs who set up the LGBT EDL. (Juniper in the Desert)

The Jewish Chronicle denies this however:

Rumours that the English Defence League were planning to attend the demonstration appeared to be unfounded. One EDL member was spotted by protesters on the other side of the street but he did not join the throng (…) Israel Connect’s David Cohen expressed his relief that the EDL did not make an appearance, saying: “We wouldn’t have stood for it, and nor would the police or the CST.”(The Jewish Chronicle)

While the EDL’s participation in that particular demonstration is not averred, they otherwise bend over backwards to make public their devotion to Israel – mind you, even the neo-nazi BNP has made vociferous, pro-Israel noises. Their advances have been rejected by the mainstream Jewish organisations, however.

Nothing really new: they’re fond of Israeli flags (oddly enough – not many nationalist movements raise foreign flags) – for instance in Birmingham last September at on the rooftop of the Dudley mosque in April this year

The English Defence League displays its affection for Israel - Birmingham, September 6 2009

Two EDL militants on the Dudley mosque rooftop, April 30, 2010.

Well, if one is to judge by the haircut of their most enthusiastic supporters, some incredulity as to the EDL’s protestation against being labelled a racist and extreme right-wing party might be called for:

The English Defence League, which started in Luton last year, has become the most significant far-right street movement in the UK since the National Front in the 1970s. A Guardian investigation has identified a number of known rightwing extremists who are taking an interest in the movement – from convicted football hooligans to members of violent rightwing splinter groups.

Thousands of people have attended its protests – many of which have descended into violence and racist and Islamophobic chanting. Supporters are split into « divisions » spread across the UK and as many as 3,000 people are attracted to its protests.

The group also appears to be drawing support from the armed forces. Its online armed forces division has 842 members and the EDL says many serving soldiers have attended its demonstrations. A spokeswoman for the EDL, whose husband is a serving soldier, said: « The soldiers are fighting Islamic extremism in Afghanistan and Iraq and the EDL are fighting it here … Not all the armed forces support the English Defence League but a majority do. » (The Guardian)

 

The Guardian’s thorough investigation is damning – a must-read.

This recent phenomenon of extreme right-wing flirtation with Israel is a growing trend in Europe. The first populist and xenophobic right-wing politician to discard any hint of anti-semitism or fascist nostalgia and to openly embrace Israel was probably (1) Netherland’s Pim Fortuyn, who set the tone for the current trend: he was openly gay, secular, paid lip-service to gender equality and limited his xenophobia to Muslim immigrants. He’s been joined now – after his death – by his fellow countryman Geert Wilders and his PVV, Danish Pia Kjaersgaard and her Dansk Folkparti, while Filip Dewinter and his Vlaams Belang (formerly Vlaams Blok) and Jimmie Åkesson and his Sverigedemokraterna have had more trouble distancing themselves from a murkier past.

For these right-wing parties and politicians to embrace Israel – apart from the fact that it might reflect a personal choice – has of course the desirable effect of shielding them from electorally and mediatically lethal comparisons with their garrulous predecessors. Anti-semitism being the most universally rejected form of racism in Western Europe, being linked to the old ways of fascism is a considerable drawback for any party taking electoral competition seriously. France’s Jean-Marie Le Pen might be the odd  (2) here, but even he made a few moves towards Israel and the Jewish community – to the extent that the former chairman of the CRIF, the French Jewish community’s umbrella organisation, Roger Cukierman, hailed Le Pen’s stupendous score at the 2002 presidential elections as a « message » to France’s Muslim community « to keep quiet »

My previous posts on this subject:

Quand l’extrême-droite scandinave soutient Israël (« When the Scandinavian extreme right-wing supports Israel);

Nationale Sozialisten für Israel;

Le Vlaams Belang invité en Israël: “ « Still, Israel is in a crucial struggle and can’t be choosy with allies now” «  (« The Vlaams Beang invited to Israel: « Still, Israel is in a crucial struggle… »);

(1) Norway’s Carl I Hagen and his Fremskrittspartiet could possibly also make that claim, although more conservative than Fortuyn.

(2) Austria and Germany are other obvious exceptions.

Accommodements raisonnables

No_weapons_but_kirpans

Il m’arrive souvent de chambrer le Canada sur Twitter, en raison de ses nombreuses atteintes aux droits des personnes en matière notamment de terrorisme (songez à Maher Arar) et de son alignement aveugle sur l’interventionnisme étatsunien. C’est surtout parce que le Canada, tout comme les Pays-Bas (Pim Fortuyn, Geert Wilders, Ayaan Hirsi Ali) et le Danemark (Dansk Folkeparti), voire même le Royaume-Uni, symbolise parfaitement cette étonnante dérive d’un certain libéralisme vers un autoritarisme fondé sur l’atlantisme, la lutte anti-terroriste et la xénophobie (et plus particulièrement l’islamophobie). Ce qui caractérise ce libéralisme autoritaire c’est qu’il est éclectique: il pourra ainsi être en pointe en matière de parité hommes/femmes ou des droits des homosexuels, tout en votant avec enthousiasme des lois liberticides, des invasions ou bombardements de pays étrangers (de préférence musulmans) et comporter un discours et une pratique de plus en plus xénophobe ou islamophobe.

Mais dans certains cas, le libéralisme initial a encore de beaux restes: c’est malgré tout le cas du Canada, célèbre pour sa tolérance qui va jusqu’à défendre le droit pour un élève sikh de porter son poignard rituel, le kirpan, en classe (décision du 2 mars 2006 de la Cour suprême du Canada dans l’affaire Multani c. Commission scolaire), mais dont la principale contribution au multi-culturalisme est sans conteste la notion d’accomodement raisonnable.

Voici une définition officielle de ce concept:

Accommodement raisonnable
Arrangement qui relève de la sphère juridique, plus précisément de la jurisprudence; il vise à assouplir l’application d’une norme en faveur d’une personne menacée de discrimination en raison de particularités individuelles protégées par la loi.

Une commission canadienne, présidée par le célébrissime philosophe québecois Charles Taylor ainsi que par son collègue francophone Gérard Bouchard à l’instigation du premier ministre du Québec Jean Charest, s’est ainsi penchée sur la question après des réunions publiques généralement assez déprimantes pour les tenants du multi-culturalisme. Appelée officiellement la Commission de consultation sur les pratiques d’accommodement reliées aux différences culturelles (CCPARDC) et officieusement la commission Taylor-Bouchard, cette commission était chargée d’apporter une réponse à la conciliation des identités religieuses, ethniques et linguistiques différentes au Québec. Un volumineux rapport final ainsi qu’une série d’études spécifiques ont couronné ses travaux, y compris 37 recommandations concrètes. Pour leur mise en oeuvre, par contre, on repassera.

Cette notion est bien sûr d’actualité non seulement au Québec ou au Canada, mais aussi en Belgique – le militant des droits de l’homme Henri Goldman appelle sur son blog  la Belgique – où une vague de mesures inspirées par la laïcité à la française, très différente du principe de neutralité reconnu par la Constitution belge – à s’inspirer des accommodements (ou aménagements) raisonnables à la québecoise plutôt que de la loi scélérate d’interdiction du voile adoptée en France:

de toute façon, nous n’échapperons pas à un débat serein sur ce qu’on préfère appeler, dans la tradition juridique européenne, des « aménagements raisonnables » |2|. Ce concept appartient désormais pleinement au droit communautaire de la non-discrimination, tel qu’il a été transposé en droit belge par la loi « anti-discrimination » du 10 mai 2007. Ces nouvelles dispositions étendent dans une large mesure les dispositifs de lutte contre les discriminations raciales à d’autres motifs : l’âge, l’orientation sexuelle, l’état civil, la naissance, la fortune, les convictions religieuses, philosophiques ou politiques, la langue, l’état de santé actuel ou futur, un handicap, une caractéristique physique ou génétique, le sexe, la grossesse, l’accouchement, la maternité, le changement de sexe, en plus des critères « classiques » de la nationalité, de la prétendue race, de la couleur de peau, de l’ascendance et de l’origine nationale, ethnique ou sociale |3|.

Ce droit distingue classiquement deux formes de discriminations, selon qu’elles sont directes (c’est-à-dire qu’elles visent directement une ou plusieurs catégories de personnes) ou indirectes. Dans ce cas, la discrimination n’apparaît pas parmi les buts visés d’une disposition apparemment neutre poursuivant un but légitime, mais il en résulte pourtant un désavantage particulier pour certaines personnes relevant d’une catégorie reprise par la loi. Dans certains cas, il est possible de changer la disposition pour supprimer la discrimination sans nuire au but poursuivi. Dans d’autres, c’est impossible.

C’est ici qu’intervient la notion d’aménagement raisonnable : on examine s’il est possible de supprimer cette discrimination par des dispositions particulières s’appliquant aux personnes victimes des discriminations indirectes. Et c’est ici que les discussions commencent, car certains aménagements proposés peuvent relever de ce qu’on appelle une « contrainte excessive ». Par exemple, des personnes handicapées en chaise roulante ne peuvent accéder par leurs propres moyens au sommet du beffroi de Bruges, ce qui constitue incontestablement une discrimination indirecte à leur égard. Mais l’aménagement qui pourrait faire disparaître cette discrimination – la construction d’un ascenseur parallèle à la tour – est à l’évidence une contrainte excessive à cause de son coût exorbitant et parce qu’elle défigurerait un monument historique. Mais tous les aménagements n’ont pas cette évidence, d’où un large champ de débats.

Et les accomodements raisonnables au Maroc, ça donnerait quoi? Sans doute une abrogation de l’article 222 du Code pénal réprimant la rupture publique du jeûne par une personne notoirement connue pour son appartenance à la religion musulmane, une dépénalisation des relations sexuelles entre personnes du même sexe ou personnes non mariées (article 490 du Code pénal) et la suppression de l’interdiction pour les Marocaines musulmanes d’épouser un non-musulman (article 39 du Code de la famille), sans parler de la question des prénoms berbères. Mais de l’autre côté, l’interdiction de mesures discriminatoires contre les femmes voilées, les hommes barbus ou les chiites.

Je vous l’avais bien dit, cette notion d’accommodement raisonnable est intéressante…

Quand l’extrême-droite scandinave soutient Israël

Les personnes les plus fermées aux choses de l’esprit n’ignorent pas les racines historiques et idéologiques de l’extrême-droite européenne. Les dix dernières années offrent cependant le spectacle intéressant d’une profonde évolution: l’antisémitisme s’est mué en sionisme, ou du moins en soutien affirmé à Israël. Cette évolution n’est pas forcément inconnue dans les annales, même si elle s’est parfois faite en sens contraire (voir l’ouvrage de Lenni Brenner, « Zionism in the Age of Dictators« , accessible en version intégrale ici). J’en ai déjà parlé: en Belgique, le Vlaams Belang, successeur du Vlaams Blok créé par un ancien SS flamand, se proclame meilleur allié d’Israël en Belgique. En Italie, le post-fasciste Gianfranco Fini s’est rendu à Yad Vashem, le maire post-fasciste de Rome Gianni Alemanno – de même en Roumanie et au Royaume-Uni.

Nul besoin de PhD en political science pour en comprendre les raisons: l’antisémitisme est désormais très minoritaire dans la grande majorité des pays d’Europe – occidentale du moins. Passez pour antisémite et une mort politique est généralement inévitable (il y a des exceptions, comme Le Pen en France et Haider en Autriche, mais là aussi des tendances se manifestent pour se débarasser des remugles antisémites, et atteindre des nouvelles catégories d’électeurs, rétifs à l’idéologie réactionnaire de l’extrême-droite et son traditionalisme en matière de misogynie, d’homophobie et d’antisémitisme, mais sensibles à des mots d’ordre islamophobes et/ou xénophobes). La xénophobie en général, et l’islamophobie en particulier

La récente guerre israëlienne contre Gaza confirme cette tendance, déjà relevée par d’autres observateurs (voir par exemple l’intéressante étude « Learning to love the Jews: the impact of the War on Terror and the counter-jihad blogosphere on European far right parties » de Toby Archer sur le rapprochement entre bloggeurs islamophobes et pro-israëliens d’une part, et extrême-droite d’autre part): la nouvelle extrême-droite européenne est représentée par des quadras mangeant du suhi, buvant du Sancerre et ayant, comme le vice-président du parti xénophobe suédois Sverigedemokraterna (les Démocrates de Suède) Tony Wiklander, une fille adoptive d’origine indienne ou, comme feu Pim Fortuyn, des moeurs homosexuelles affichées.

Cette démarche, consciente chez ces dirigeants en recherche d’une respectabilité – l’antisémitisme la rend impossiblie, alors que la simple islamophobie n’est pas un obstacle – les amène à montrer patte blanche de la manière la plus efficace qui soit: se montrer pro-israëlien (même Le Pen s’y est essayé, mais chez lui, le naturel a repris le dessus). En Norvège, en Suède et au Danemark, cela s’est vérifié avec la récente guerre d’agression israëlienne contre Gaza.

En Norvège, le parti xénophobe Fremskrittspartiet (Parti du progrès, 22,1% des voix et 38 sièges sur 169 au Storting aux élections de 2005, ce qui en fait le deuxième parti de Norvège), a ainsi voulu manifester, par le biais de sa présidente Siv Jensen, aux côtés des partisans d’Israël à Oslo, mais a dû y renoncer par peur des violences supposées des contre-manifestants – mais on peut également penser que les organisateurs de la manifestation ne souhaitaient pas d’un appui si encombrant alors que l’opinion norvégienne s’est mobilisée comme aucune autre opinion publique européenne, galvanisée par les témoignages des deux chirurgiens norvégiens à Gaza, Mads Gilbert et Erik Fosse (un politologue estime d’ailleurs que Fremskrittspartiet perdra des voix en raison de ce soutien affirmé à Israël).

Au Danemark, le Dansk Folkeparti (Parti populaire danois qui fait 13,8% des voix aux législatives de 2007 et 25 sièges sur 179 au Folketing) parti xénophobe qui fait partie de la majorité parlementaire – mais sans sièger au gouvernement d’Anders Fogh Rasmussen – depuis 2001, a ainsi déclaré, par son député Søren Espersen, qu »Israël a le droit de résister, que Hamas est un groupe terroriste, et que l’armée israëlienne n’a pas réagi de manière disproportionnée« .

En Suède, les Sverigedemokraterna (les Démocrates de Suède, 2,9% aux législatives de 2006, aucun siège au Riksdag – une courte présentation en français est disponible sur leur site) sont également depuis quelques années officiellement et fermement pro-israëliens (du moins aux échelons supérieurs du parti – le secrétaire du parti, Björn Söder, s’affirme ouvertement ami d’Israël sur son blog), une évolution qui a contraint le leadership du parti à se débarasser de membres fondateurs qui ont eu du mal à suivre ce rythme évolutif, principalement mû par des considérations électorales. Leurs leaders semblent ne pas avoir digéré le buffet de Noël, même si leur prise de position ne fait aucun doute – les Sverigedemokraterna avaient soutenu sans état d’âme la guerre d’Israël au Liban de 2006 et célébré les 60 années d’Israël en 1948. Leur revue de presse note l’affirmation d’un professeur israëlien selon laquelle la Suède serait hostile à Israël – les commentaires partagent majoritairement ce constat pour le déplorer. Dans son dernier billet sur son blog, le président du parti, Jimmie Åkesson, s’inquiète des 30 suédo-palestiniens rapatriés de Gaza – qui paie leur retour, ont-ils vécu d’aides sociales suédoises à Gaza, comment ont-ils obtenu la nationalité suédoise, si ce sont des réfugiés comment ont-ils pu alors retourner à Gaza, etc…

Des Sverigedemokrater parmi les partisans d'Israël

Des Sverigedemokrater parmi les partisans d'Israël


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L’artisan de cet effort de rapprochement notable – historiquement, la très marginale extrême-droite suédoise a toujours été sous l’emprise du nazisme, contrairement à d’autres pays européens qui ont connu une extrême-droite moins marquée idéologiquement (comme la Norvège et le Danemark, par exemple) – n’est autre que le lauréat du prix Herzl 2006, Ted Ekeroth (son blog est ici), prix qui lui a été décerné par la World Zionist Organisation – elle a toutefois regretté son geste lorsque son affiliation politique a été rendue publique. Il a créé une association pro-israëlienne, FIDIM (För Israel och Demokrati i Mellanöstern – Pour la Paix est la Démocratie au Moyen-Orient – leur site est ici).

Les extrêmes se rencontrent.

De Bettie Page à Louise Frevert en passant par Janet Roe de Roe v. Wade

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La mort de Bettie Page me fournit bien évidemment le prétexte de publier une photo d’elle sur mon blog, mais au-delà, j’ai noté un détail dans sa biographie: après une décennie – les 50’s – de photos en bikini, porte-jarretelles et poses « bondage » pour la fratrie de photographes Irwin et Paula Klaw, elle devint une « born-again Christian » et alla même vivre dans une communauté biblique, avant d’avoir des problèmes psychologiques ayant abouti à son internement. Elle a cependant fini ses jours tranquillement. Sa mort a en tout cas stimulé la verve des chroniqueurs, qui glosent sur sa contribution à la révolution sexuelle ou sur le féminisme supposé révélé par ses photos.

Ce qui m’a frappé qu’elle s’inscrit dans une série de femmes rendues célèbres aux Etats-Unis pour des activités diamétralement opposées au courant chrétien auquel elles se sont par la suite converties: outre Bettie Page donc, on y retrouve Linda Lovelace (« Gorge profonde », commentaires superflus) et surtout « Jane Roe » – oui, la Roe de la fameuse décision Roe v. Wade de la Cour suprême étatsunienne (1973) ayant proclamé l’avortement un droit constitutionnel dans certaines conditions, laquelle « Roe » s’appelait en fait Norma Mc Corvey, et devint une évangéliste farouchement opposée à l’avortement après avoir été l’instrument de sa constitutionalisation…

Linda Lovelace et Norma Mc Corvey sont toutes deux devenues des « born again christians », comme tant d’autres célébrités étatsuniennes – ce n’est d’ailleurs pas sans rappeler ces actrices voire danseuses du ventre égyptiennes qui, la quarantaine passée, se découvrent une conviction nouvelle à porter le voile.

Mais je me demande si le retournement le plus spectaculaire n’est pas celui de l’ex-députée danoise Louise Frevert. Dans son cas, la conversion n’est pas religieuse mais idéologique. Cette ex-conseillère municipale à la municipalité de Copenhague, élue sous les couleurs du Konservative Folkeparti (parti populaire conservateur) puis du Dansk Folkeparti (parti populaire danois), ce dernier étant raciste et islamophobe, et faisant partie de la majorité gouvernementale du premier ministre Anders Fogh Rasmussen depuis 2001. Cette participation à la majorité parlementaire – mais pas au gouvernement – a été très fructueuse pour le Dansk Folkeparti qui a obtenu l’adoption de lois d’immigration sans doute les plus dures d’Europe occidentale. 

Pour en revenir à Louise Frevert, la campagne électorale de 2005 eut pour principale conséquence de révéler – outre son islamophobie, pas si pénalisante que ça dans le pays du Jyllands-Posten – qu’elle avait précédemment eu une toute autre approche des questions inter-raciales, en tant qu’actrice de films que la morale réprouve dans les années 70 et surtout en tant que Madame Lulu dans des prises de photo qui démontraient clairement qu’à l’époque, l’homme noir ne la rebutait pas. Il faut dire qu’elle a une certaine aisance dans les changements de position, pas seulement devant la caméra, puisqu’elle fut danseuse du ventre et fondatrice de la première école de danse orientale du Danemark en 1985, et qu’elle est à son troisième mariage, « mais le premier avec une femme » comme l’écrit délicieusement la télévision danoise TV2…

Pour en revenir à ce que j’écrivais hier, une figure symbolique exemplaire de la nouvelle extrême-droite européenne que cette Louise Frevert…

Israel and European fascists, or with enemies like that who needs friends…

Frank Vanhecke est parlementaire européen du parti post-fasciste belge – flamand plutôt, puisqu’il est séparatiste – Vlaams Belang, qui est le nouveau nom du Vlaams Blok (le parti dût changer de nom en 2004 pour garder son financement public par l’Etat belge suite à une décision de justice le déclarant non-démocratique – eh oui, l’Etat belge finance un parti qui souhaite sa disparition). Le Vlaams Blok fût fondé par Karel Dillen, ancien SS et nationaliste flamand ultra. Le Vlaams Belang, malgré des tentatives désespérées de se couper de son nazisme et antisémitisme initial pour se cantonner dans une xénophobie et une islamophobie finalement mieux acceptées, garde les stigmates du passé, indélébiles, en dépit des bonnes relations maintenues depuis des années entre ce parti et l’influente communauté juive anversoise.

Comme l’extrême-droite de la plupart des pays européens, le Vlaams Belang est traversé par une lutte interne intense entre pragmatiques – qui souhaitent se cantonner dans une xénophobie et une islamophobies lights, compatibles finalement avec une frange importante de l’opinion européenne, tout en souhaitant en finir avec l’embarassant fétichisme du passé fasciste, nazi et antisémite – ces fétiches impliquant une quarantaine politique absolue, contrairement à la xénophobie ou à l’islamophobie – ainsi, le Dansk Folkeparti, parti danois fortement xénophobe et surtout islamophobe, fait partie de la majorité parlementaire du premier ministre danois Anders Fogh Rasmussen. En Italie, les post-fascistes d’Alleanza Nazionale font ménage commun avec Berlusconi et les régionalistes racistes de Lega Nord, tandis qu’en post-fasciste non-repenti a été élu maire de Rome à la tête d’une coalition de droite.

Jusqu’où les post-fascistes sont-ils prêts à aller pour se faire accepter? Jusqu’en Israël (comme la petite-fille du Duce, Alessandra Mussolini, favorable tant à Israël qu’à son grand-père): Frank Vanhecke déclare ainsi au quotidien Haaretz, dans un article intitulé « Belgian far right leader: I am one of Israel’s staunchest defenders« , son amour pour l’Etat sioniste:

« They say I’m antisemitic when the truth is I am one of Israel’s staunchest defenders in the European Parliament. I invite you to read my queries to the European Parliament concerning its unjust treatment of Israel, and about the support the same parliament is giving to Palestinian murderers. »

Vanhecke went on to say he thinks of himself as « a defender of Israel and of the Jewish people, » adding: « Israel stands for the spirit that we stand for; liberty and self-determination« .

Ce n’est pas nouveau: déjà, Filip Dewinter, homme fort du parti, avait appelé l’électorat juif de Flandre, et surtout d’Anvers, à voter pour le Vlaams Belang pour lutter contre l’ennemi commun, l’islam, non sans succès:

Filip Dewinter fait la part des choses...

Filip Dewinter fait la part des choses...

One of the most successful extreme-Right leaders in Europe, Filip Dewinter, recently called on the Jewish public to join his campaign against radical Islam and support his party.

Dewinter heads Belgium’s Vlaams Belang party, which advocates strict limits on immigration and has been denounced as xenophobic.

The politician called Antwerp’s large Jewish community a natural partner “against the main enemy of the moment, radical Islamic fundamentalism,” according to a report in The Independent.

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