La DGED informée des menées d’Al Qaïda dès 1992

Je suis en train de lire un ouvrage du journaliste Ian Hamel, « L’énigme Oussama Ben Laden » (Payot), également auteur d’une biographie de Tariq Ramadan, « La vérité sur Tariq Ramadan : Sa famille, ses réseaux, sa stratégie« . L’ouvrage est particulièrement journalistique, comme on disait à la fac de droit: l’auteur n’a accès à aucune documentation en version originale, une lacune certaine (et aggravée par le fait que l’auteur ne recourt pas aux nombreuses sources d’informations en anglais  – je ne parle pas de MEMRI – faisant une veille des sites jihadistes), et cite surtout d’autres journalistes, ce qui donne à l’ouvrage un caractère de revue de presse. On peut espérer que les grandes lignes soient plus ou moins fidèles à la réalité, mais je ne vous conseillerais pas de vous en contenter pour vous faire une idée exacte du phénomène Ben Laden.

Plusieurs erreurs factuelles parsèment l’ouvrage: le président pakistanais Zulfikar Ali Bhutto fût pendu en 1979 et non pas en 1989 (p. 81), pour ne citer qu’un exemple. Outre les sources journalistiques, Ian Hamel a interviewé des responsables de services secrets occidentaux, dont le sulfureux Paul Barril et Alain Chouet.

Je suis pourtant tombé sur une information intéressante, pages 112-113, où Ian Hamel constate que les Etats-Unis ont ignoré la création d’Al Qaïda, que l’auteur fixe au 11 août 1988 à Peshawar:

En revanche, les services secrets maghrébins infiltrent rapidement des taupes dans l’entourage de Ben Laden. « J’étais à cette époque fonctionnaire des Renseignements généraux. Dès 1992, des homologues de la Direction générale des études et de la documentation (DGED), le service de renseignements extérieurs marocain, nous signalaient que des ex-Arabes afghans se recyclaient dans les entreprises de Ben Laden au Soudan. Entre eux, les Arabes afghans parlaient de la « Base » (Al Qaïda)« , rapporte Bernard Godard, longtemps chargé du dossier « islam » au ministère de l’intérieur. Sur le moment, les services secrets occidentaux peinent à évaluer l’importance des informations transmises par les Marocains.

J’ignorais que la DGED avait des antennes au Soudan, à moins que l’information ait transité par des services arabes amis du Maroc (Egypte?).

Pour les inconditionnels d’al ousboue al faras et des chatons de l’Atlas

Les partisans de la semaine du cheval et des constantes civilisationnelles cosubstantielles à la personnalité marocaine, laquelle est ancrée dans ses traditions ancestrales mais ouverte sur l’Autre, peuvent respirer: la campagne nihiliste aura beau souffler de toutes ses forces, rien n’ébranlera la Haute Sollicitude dont bénéficie le glorieux patrimoine équestre marocain. Deux absences me turlupinent cependant à la lecture du programme de vette manifestation placée sous le Haut Patronage Royal:

Le public pourra découvrir et apprécier diverses facettes du cheval et de l’art équestre, à travers les galeries, les expositions (peinture, oeuvres d’art, manuscrits) et les stands organisés pour l’occasion, dont ceux des Forces Armées Royales, de la Garde Royale, de la Gendarmerie Royale, de la Sûreté Nationale, des Forces Auxiliaires, de la Fédération Royale marocaine des sports équestres et du Complexe Royal des sports équestres et Tbourida de Dar Essalam, outre les espaces dédiés aux régions.

Les amis de l’ordre auront noté avec effroi l’absence de stands de la DGED et de la DST – rien de grave j’espère? Heureusement que la sensibilité artistique des FAR permet de calmer de telles anxiétés: « Les FAR participent avec une exposition et une présentation sur la cavalerie et les métiers équestres« .

Dans le même ordre d’idées, les fans du foot marocain et de son équipe nationale seront rassurés d’apprendre que les mauvais résultats de l’équipe nationale sont dûs à tout le monde sauf aux quatre entraîneurs de l’équipe nationale agissant sous la houlette de Hassan Moumen, que Dieu multiplie sa progéniture: un agent de joueurs, Youssef Hadji (que Dieu flétrisse son pied droit), voire sans doute la presse indépendante, mais certainement pas à l’ex-entraîneur du FUS de Rabat, présidé par Mounir Majidi, que Dieu lui prête longue vie, et dont le président de la Fédération royale marocaine de football, Ali Fassi Fihri, frère du ministre des affaires étrangères et mari de la ministre de la santé tout en étant neveu du premier ministre, est membre du comité directeur. On notera par ailleurs que dans un effort louable d’étendre son assise populaire aux anciens élèves du lycée Descartes, le site officiel du FUS n’existe qu’en langue française.

%d blogueurs aiment cette page :