De la place des ministres délégués dans l’organigramme du makhzen

Dans le dernier numéro de Le Temps (cet hebdo marocain ne semble pas, en cette année de grâce 2012, avoir de page web fonctionnelle), un article intéressant sur les déplacements royaux à Casablanca et leur cortège de mutations sanctions de responsables policiers à chaque fois que le cortège royal est retardé ou géné par la circulation casablancaise. L’hebdomadaire rappelle ainsi que le préfet de police de Casablanca Mustapha Mouzouni fût sanctionné par une mutation à Zagora pour un incident lors du passage du cortège royal à Aïn Diab lors du mois de ramadan 2011 – drôle de conception de la sanction que de muter un fonctionnaire en périphérie, conception qui en dit long sur la valeur des Marocains de ces régions aux yeux du pouvoir, qui retient toujours l’opposition binaire Maroc utile/Maroc inutile.

Plus récemment, la foudre royale a failli carboniser quelques autres sommités:

Lundi 20 décembre, Ech-Chellalat à Mohammedia. Une immense joie régnait sur cette localité éloignée de la Cité des fleurs (…). Le Roi venait d’y effectuer une visite de courte durée mais dont les retombées seront sans doute installées dans la durée et les mémoires: 1.534 ménages vont pouvoir vivre dans la dignité et la décence. La vie de bidonville est désormais un lointain souvenir. Acclamations, vivats et autre youyous fusent, à la faveur d’une visite qui restera, peut-être, inoubliable. C’est sur cette note joviale que Mohammed VI quitte cette population en liesse en direction du Palais de Derb Soltane, où il est installé depuis quelques jours.

Mais voilà, un grand rassemblement d’habitants des Carrières centrales (Hay Mohammedi) se met en travers de l’axe autouroutier Mohammédia-Casa. Las, ils voulaient s’en remettre directement au Roi pour lui « confier » leur calvaire avec leur vie de bidonvillois. Sauf que leur « procédé » a causé d’insoutenables désagréments au cortège royal, qui a dû changer d’itinéraire pour regagner le Palais. En lieu et place de l’autoroute, le cortège [royal] s’est rabattu sur une voie urbaine pavée de bouchons, bouteilles, bref tout ce qui fait le quotidien des Casablancais.

Le message aura été parfaitement reçu. Et la réponse n’a pas tardé à venir. Dans la soirée, Mohamed Halab, wali du Grand Casablanca et Charki Draïss, directeur général de la Sûreté nationale (DGSN), sont interdits d’entrée au Palais des Habous, situé sur le boulevard Mohammed VI. A la wilaya du Grand Casablanca, comme à la préfecture de police, l’ambiance est plutôt tendue. Un gros point d’interrogation plane sur la suite à donner par le Roi aux dysfonctionnements qui plombent la plus grande ville du Royaume, son ‘ »poumon économique ».

M. Halab, qui dirige la mégalopole depuis trois ans, est dans le creux de la vague. Ce soir-là, il n’aurait pas fermé l’oeil, pas plus que le patron de la DGSN, tant la colère du Roi était crainte. Le déplacement de Taïeb Cherkaoui, ministre de l’intérieur, à la préfecture de police de Casablanca, aurait peut-être décrispé l’ambiance. N’empêche. Aux grands maux, il fallait les grands remèdes. D’après nos sources, le commandant du corps urbain aurait été muté à Ouarzazate, le chef de la sûreté d’Aïn Sebâa, lui, à Taourirt, tandis qu’un autre officier se serait retrouvé à Sidi Ifni. Un verdict juge mitigé eu égard aux fautes professionnelles commises. Soit. Mais des sources au sein de la préfecture de police de Casablanca ont annoncé qu’une enquête avait été ouverte pour faire la lumière sur les tenants et aboutissants du débordement de la voie urbaine rapide. « D’autres mesures disciplinaires seront sans doute prises », rapportent les mêmes sources.

(Le Temps, 31 décembre 2011, pp. 31-33)

Il faudrait dresser une géographie du Maroc inutile à partir des villes où sont envoyés les fonctionnaires sanctionnés pour avoir fait subir aux différents cortèges royaux « d’insoutenables désagréments ». On a – pour ces deux incidents rapportés par Le Temps – Zagora, Taourirt, Sidi Ifni, Figuig (le chef d’arrondissement de Casablanca Anfa y fut muté ce ramadan), Errachidia (le chef de la brigade mobile des motards y a été muté suite à l’incident d’il y a une semaine) et Ouarzazate – liste à compléter sans doute…

Plus intéressant encore: Charki Draïss, dont le sort (administratif) a semblé tenir à un cheveu, s’est finalement retrouvé muté à… Rabat, en tant que ministre délégué à l’intérieur, chargé de marquer à la culotte le ministre de plein exercice, le pourtant très peu farouche Mohand Laenser (MP). Un poste ministériel, une mutation-sanction?

On doit rappeler que l’agenda de Charki Draïss avait déjà été accaparé par les désagréments des cortèges royaux précedemment:

Deux hauts responsables de la police casablancaise ont été convoqués par leur hiérarchie pour s’expliquer sur les embouteillages du dimanche soir dans la capitale économique. Ces bouchons ont empêché la voiture du roi de circuler auux abords du Mégarama. Le directeur de la DGSN, Charki Draïss est revenu à Casablanca, interrompant sa visite dans les provinces, spécialement pour suivre cette affaire et en identifier les responsables. Le roi est ainsi resté bloqué, comme n’importe quel citoyen, dans l’attente de la reprise de la fluidité de la circulation. Des mesures disciplinaires devraient être prises, mais une autre source impute cet incident à l’absence d’une politique de circulation dans la métropole, malgré les sommes colossales qui lui ont été affectées depuis 5 ans. Il est à noter que ces embouteillages de la circulation sur la Côte interviennent alors même que les travaux du tramway n’ont pas encore atteint cette zone. D’autres sources informées mettent en garde contre toute mesure à l’encontre de responsables connus pour leur droiture et leur honnêteté, comme cela s’est a été le cas dans le passé, où certains responsables ont été envoyés aux confins du pays en guise de sanction.

Source : Panoramaroc, 16/08/2011

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