Maroc: la menace juive

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Les juifs mènent au Maroc une propagande pernicieuse. Des étudiants marocains propagent la propagande juive à leur retour d’Israël. Heureusement, des responsables associatifs et politiques manifestent leur aversion pour le judaïsme. Au Maroc, les juifs se réunissent furtivement et en petits groupes, refusent de se mêler aux autres Marocains et l’entrée de leurs réunions, rituelles ou non, est gardée par des malabars. Le judaïsme est une atteinte aux fondamentaux du Royaume, dont son ciment, le rite malékite. Le judaïsme est à la solde des velléités hégémoniques d’Israël. Les autorités suivent l’évolution de l’activisme juif au Maroc. Des parlementaires marocains dénoncent « le danger du judaïsme, qui se situe au niveau de la division qu’il peut créer au sein de la nation« . La lutte contre les manoeuvres juives est « le fondement de la sécurité religieuse, élément central de la stabilité du pays, elle-même condition sine qua non de la démocratie« , selon un éditorialiste qui n’écrit pas ses propres éditoriaux, par ailleurs président de la Fédération des médias du Maroc. L’activisme juif au Maroc est le fait d’associations socio-culturelles, d’organisations juives non reconnues ou souterraines, ou des particuliers. Au Maroc, les groupuscules juifs, un à deux milliers de personnes selon des sources bien informées, sont financés et appuyés par les services israëliens. En Israël même, le rabbinat n’a d’autre projet que le maintien de son propre pouvoir et des prébendes qui vont avec. Le port du hijab est d’ailleurs un élément des visées juives contre le Maghreb. Des universitaires marocains se rendent à l’évidence: « le judaïsme est la pièce maîtresse du projet israëlien expansionniste« . De petites «cellules militantes dormantes» s’activent et donnent naissance à des associations juives. Des éditorialistes éclairés le reconnaissent volontiers: « Israël mène bien une guerre de judaïsation et d’ascendance sur les minorités juives dans le monde. Son action porte en elle la dissension et l’odeur acre des guerres civiles« .

Il est donc bon que « les autorités compétentes aient lancé une campagne contre les livres faisant l’apologie du judaïsme« . Mais « la purge des outils de propagande juive » concerne tout un chacun:

Le ministère de l’Intérieur est un département qui a la lourde responsabilité de préserver la sécurité du pays et des citoyens sous toutes ses formes. Mais, c’est un département qui est censé être assisté par toutes les autres administrations de l’Etat qui ont l’obligation d’observer, d’étudier, d’analyser, de constater et, ce qui est très important, d’alerter, chacune dans son domaine, contre tout ce qui est susceptible de porter atteinte au pays ou de menacer ses citoyens. Se cantonner dans la position, confortable, du spectateur indifférent et tout mettre sur le dos de l’administration territoriale est une attitude qui est facilement qualifiable de délit d’omission.

Bon c’est pas tout ça, dans le rayon des bonnes nouvelles, veuillez noter que « la diplomatie culturelle marocaine est un outil de promotion du dialogue entre les cultures, les civilisations et les religions, a affirmé l’ambassadeur du Maroc à Hanoi, El Houcine Fardani », lequel a « souligné le rôle du Maroc dans la promotion du dialogue interculturel et interreligieux, mettant en relief le message et les valeurs véhiculés par la diplomatie culturelle marocaine, à savoir la tolérance, le respect de l’autre, la solidarité et la paix« , rajoutant:

«Le Maroc, de par sa position géographique et son histoire séculaire, constitue un pont entre les cultures arabo-musulmanes, africaines et européennes»

«La personnalité culturelle marocaine s’est forgée à travers des siècles de métissage culturel»

C’est d’ailleurs une constante de la politique intérieure et extérieure marocaine, selon les propos de la secrétaire d’Etat aux affaires étrangères Latifa Akherbach:

« La nécessite d’asseoir un dialogue entre les civilisations a été érigé en ligne de conduite, amenant le Maroc à promouvoir, à travers ses politiques intérieure et extérieure, les principes de tolérance, de respect de l’altérité, d’ouverture et de modernité »

Cette démarche reflète

« la capacité du Maroc à privilégier la synthèse et non pas l’exclusion et plus encore, elles sont mises en œuvre à travers une véritable stratégie nationale de promotion de la diversité culturelle et un engagement international contre toutes les formes d’extrémisme et du rejet d’autrui. Parce que l’alliance des civilisations est enracinée dans notre mémoire, dans nos traditions, dans notre système de gouvernance religieuse, le Maroc s’est investi de manière volontariste pour la réussite du dialogue interculturel, seul à même de défaire les logiques univoques que véhiculent souvent les tenants de la thèse du choc des civilisations et de la confrontation entre les religions et les peuples »

La même source ne précise-t-elle d’ailleurs pas que

le dialogue interreligieux est une composante essentielle de la dynamique vertueuse à installer et à promouvoir pour que la fusion des différences continue, comme depuis toujours, à être le moteur du progrès humain

CORRIGENDUM: un lecteur attentif me fait remarquer qu’un bug informatique semble avoir atteint les deux premiers paragraphes de ce post. Il a parfaitement raison: les mots « Israël« , « juif« , « juive« , « juifs« , « judaïsme » et « judaïsation » doivent être remplacés par « Iran« , « chiite« , « chiites« , « chiisme » et « chiisation« . Mes excuses aux intéressés – mes fidèles lecteurs auront pour leur part rectifié d’eux-mêmes.

Sonnez les matines, sortez le champagne et préparez le mouton: le Serviteur des Lieux Saints a serré la main à un rabbin et y a survécu

Je sais d’avance que votre joie n’aura d’égale que votre fierté: le Serviteur des (Deux) Lieux Saints a serré la main à un rabbin à Madrid en ce jour de grâce du 13 rajab de l’an 1429 de l’hégire, selon Le Figaro.

Lors d’une conférence interreligieuse à Madrid, le souverain saoudien a accepté mercredi de serrer la main à des rabbins. C’est une première.

Seul invité venu d’Israël, le rabbin David Rozen ignorait jusqu’au dernier moment s’il allait être autorisé à serrer la main du roi Abdallah d’Arabie saoudite. À l’issue de la cérémonie d’ouverture d’une conférence interreligieuse hier à Madrid, le gardien des lieux saints de l’islam fit le geste historique devant une nuée de photographes. C’est une première dans l’histoire d’une monarchie ultraconservatrice guidée par le wahhabisme, cette doctrine rigoriste de l’islam sunnite.

Une telle prise de risques avec les lois de la biologie raciale n’a pas toujours été de mise pour la diplomatie séoudienne:

Veteran Saudi Foreign Minister Saud al-Faisal combined his announcement regarding his participation in the meeting with an obligation not to shake hands with any Israeli representative. This has been a Saudi custom for a while now. Its representatives also took part in the 1991 Madrid Peace Conference convened immediately after the American victory in the First Gulf War, and there too they played their games, as if Israel is a leper and must not be touched.

Ma fierté d’être représenté, en tant que musulman, par le Serviteur des Lieux Saints a atteint un point d’incandescence quand j’ai lu ceci:

The role of women in religious leadership – and at the conference – was also raised.

Of the several hundred delegates, only a tiny proportion were women, and some delegates complained that no women were due to speak from the platform during the three-day meeting.

Dr Mekia Nedjar, a female Muslim delegate from Spain, was a late addition to the conference programme, and her inclusion was met with warm applause.

Et c’est presque apoplectique que j’ai appris que ce dialogue civilisationnel des cultures, religions et civilisations avait eu lieu depuis quelques temps déjà:

Rumours of secret meetings between Saudi and Israeli officials have abounded over the past year but Saudi Arabia has said publicly it will not offer Israel « normalisation » of ties before a final peace deal.

Le déluge de bonnes nouvelles est cependant impossible à endiguer:

Jerusalem sources told Haaretz that Israel and Saudi Arabia have been holding covert meetings in a third state. The talks in these meetings are reportedly not about changing the relations between Israel and Saudi Arabia but only about the goings on in the region.

A few weeks ago, the Ilaf Web site, a prominent Saudi news medium, applied to the Government Press Office for accreditation for its foreign correspondent in Israel.

Unlike most of the institutional Arab press, Ilaf publishes interviews with Israelis. Another major Saudi newspaper, the London-based Asharq alawsat, published an interview with Prime Minister Ehud Olmert earlier this month.

The paper published interviews with senior Israeli figures several times over the last 10 years but in the past refrained from mentioning that these were exclusive.

The newspaper’s correspondent in Israel, Nazir Majali, told Haaretz on Thursday that his newspaper reflects a growing tendency of Arab patriots who want to restore Arabism and Islam to a central place in world culture, unlike the direction political Islam has taken.

Part of this trend is a change in the attitude toward Israel.

« Saudi Arabia is fulfilling a central role in this trend, both with the Arab peace initiative and in the interfaith dialogue initiated by King Abdullah. But the trend exists in all the states, from Morocco to Yemen, » he said.

Et déjà ce dialogue civilisationnel entre religions du livre semble prendre un formidable envol:

Ambassadors from Arab countries and the Gulf states were among the guests at a reception yesterday for outgoing United Nations Ambassador Dan Gillerman, who is completing a six-year tour of duty. One veteran UN reporter for an American television network told viewers he could not recall such an impressive Arab turnout for a diplomatic event for a senior Israeli official.

The envoys from Egypt, Jordan, Qatar and Oman were seen at the reception, which took place in the official apartment of the Israeli ambassador in Manhattan.

A particular surprise was the attendance at the party of the Palestinian observer at the UN, Riyad Mansour, the senior Palestinian envoy, who usually eschews Israeli diplomatic events and who embraced Gillerman. At a recent Security Council meeting Gillerman and Mansour exchanged heated remarks.

In his words of thanks at the reception, Gillerman noted his particular appreciation for the Palestinian representative for coming, despite criticism of his doing so.

Also at the party was Nobel Prize laureate Elie Wiesel and media star Barbara Walters.

Comment s’empêcher dès lors de crier, tout comme Muna al Fuzai, notre amour pour le Serviteur des Lieux Saints?

I love King Abdullah
Kuwait Times July 19, 2008
By Muna Al-Fuzai, Staff Columnist

I love Saudi King Abdullah. I love this great leader and respect him for his open mentality, advanced thinking, bravery and transparency. For those of you who wonder why I am saying all these things, here are the reasons: King Abdullah of Saudi Arabia called for a new move away from extremism to a new spirit of reconciliation, stating at the opening speech of an interfaith conference in Spain that, « history’s great conflicts were not caused by religion itself, but by its misinterpretation.

Journée franco-marockaine de l’humour à Casa samedi 21 juin

Dans le cadre du programme « Rires et dialogue civilisationnel » du Centre culturel français de Casablanca, ce samedi 21 juin promet une affiche alléchante qui vaut bien tous les Jamel et toutes les Rachida Khalil:

Communiqué

Mme Rachida Dati
garde des Sceaux, ministre de la Justice

donnera une conférence sur le thème « Accès au droit et citoyenneté »
dans le grand amphithéâtre « Ibn Sina » de la faculté de médecine
19, rue Tarik Bnou Ziad, quartier des hôpitaux – Casablanca

Samedi 21 juin 2008 à 10h00

Entrée libre

Merci de diffuser cette information auprès de toutes les personnes susceptibles d’être intéressées par cette conférence.

Dame Dati est habillée (?) à l’oeil. Tenue Prada exigée. Laissez vos chihuahuas à l’entrée.

Après Sofia Essaïdi au Trocadéro, Jamel au mur des lamentations

Jamais deux sans trois – vive le Marock du dialogue et de la tolérance!

Hat-tip: le commentateur Zulfikar sur le blog d’Alain Gresh.

Marwan el Barghouti, jette l’éponge, la relève est là

La militante marockaine de la cause palestienne Sofia Essaïdi a harangué, avec sa combativité habituelle, les militants pro-palestiniens de Racine, Californie et Gautier, dans le samizdat islamo-gauchiste Maroc Hebdo du 30 mai 2008:

Pourquoi avez-vous chanté pour les 60 ans de création d’Israël sur la place Trocadéro à Paris ?

Sofia Essaïdi : J’ai chanté pour la paix comme l’indique le thème choisi pour ce concert et pas pour célébrer Israël. Il y avait des artistes de tous horizons. Tous là pour faire changer les choses et engager le dialogue. Moi, je le rappelle, je ne fais pas de la politique mais de la musique.

En tant qu’arabe et musulmane, n’est-ce pas une prise de risque ?

Sofia Essaïdi : Le Maroc est parmi les premiers pays à avoir reconnu l’Etat d’Israël. C’est un pays ouvert. Si les gens n’ont pas l’intelligence de voir plus loin qu’un concert pour la célébration d’Israël, je n’y peux rien.

Le Maroc n’a jamais reconnu l’Etat d’Israël et n’a jamais normalisé ses relations avec ce pays… Puisque vous ne connaissez pas les sensibilités de ce conflit, pourquoi ne vous êtes vous pas abstenue de participer ?

Sofia Essaïdi : Je ne suis pas engagée politiquement et je ne me suis jamais déclaré pro-israélienne. Je suis juste une artiste qui désire faire les choses qu’elle aime. Et, ce que j’aime par-dessus tout est la scène. Je trouve ridicule et inadmissible que l’on mélange tout.

Pour mémoire, ledit concert, aux convictions postionistes fortement affichées, a été inauguré par les fedayines Nicolas Sarkozy et Tzipi Livni.

Le concert a mêlé musique et politique, selon les termes de la radio Judaïques FM, et a fait l’objet de promotion sur le site de l’ambassade d’Israël en France.

Le concert a été présenté par l’animateur de télé franco-marocain Arthur, militant infatigable du droit au retour des réfugiés palestiniens.

L’organisateur du concert, sur le plan financier, a été l’autre franco-marocain Maurice Lévy, fondateur de Publicis:

Et s’il fallait une raison de plus de célébrer cet anniversaire, je la trouverais dans la nécessité de parler d’un autre Israël. Pas seulement celui de Tsahal ou de la terreur, ou des roquettes qui tombent sur Sderot ou Ashkelon. De cet Israël qui me subjugue par sa volonté de vie, son imagination, sa modernité.(Le Monde, 23 mai 2008)

Sofia Essaïdi a pu chanter en présence d’éminents militants de la cause palestinienne tels que Laurence Parisot (présidente du MEDEF – patronat français), le député nassérien Claude Goasguen (UMP), ainsi que le maire de Paris, Bertrand Delanoë, sympathisant affiché du FPLP et confident du regretté Georges Habache, qui a annoncé qu’après l’inauguration d’une place Theodor Herzl la ville de Paris allait inaugurer une place David Ben Gourion (les places Slobodan Milosevic et Radovan Karadzic sont cependant toujours en souffrance).

Tiens, au fait: la militante Sofia Essaïdi est inscrite à l’université Paris Dauphine, populaire auprès des étudiants boursiers du lumpen-prolétariat californo-racinien qui ne sont pas assez calés en maths pour faire une école d’ingénieur, mais néanmoins très sélective – ce qui évite trop de désorganisation sociale. Je ne sais pas pourquoi, mais tout ceci me rappelle la fabuleuse campagne de pub de l’université canadienne Lakehead, « Yale, shmale »:

Mais cessons-là ces rêveries: comme le dit si poétiquement le site de l’association France-Israël, « à son attitude à l’égard d’Israël, on peut juger de la valeur spirituelle d’un peuple« . A cette aune, le Marock est en bonne place.

Note à l’attention d’Ahmed Benchemsi: proposition pour un prochain édito

J’ai trouvé les éditos de Benchemsi depuis celui consacré à la philosophe des Lumières Wafa Sultan un peu mous du bide et pauvres en dialectique, donc je me permets de suggérer une autre philosophe, dont le nom d’artiste est Atlas Shrugs (1). Je vous livre ci-dessus une de ses dernières péroraisons, au Collège de France ou à Harvard, je ne me rappelle plus très bien.

Nice swimming suit though – the top almost fooled me for half a second or so.

(1) Le pseudonyme st tiré d’un roman de la cheffe de secte capitaliste – j’exagère à peine – Ayn Rand, auteure d’un roman culte intitulé « Atlas shrugged« , pavé illisible à la gloire du capitalisme et des capitalistes (si, si, la vie de ma mère!). C’est aussi bien écrit que Thomas Friedman, et plus prétentieux encore.

En ce jour anniversaire du soulèvement de Sétif (1945), un conseil pour le prochain édito de Benchemsi…

Après nous avoir fait découvrir l’oeuvre de Wafa Sultan, il serait dommage qu’Ahmed Benchemsi (Tel Quel) nous prive de la complexité de la pensée, toute en nuances, paradoxes, distinctions et dialectique, de Boualem Sansal, écrivain algérien le plus populaire de la rédaction du Nouvel Observateur, de « La Croix« , de RTL et de 2M – dans son pays, les indigènes semblent cependant rétifs à ses lumières. On connaissait l’islamo-fascisme, mais avec Boualem Sansal on découvre – quoique mes lecteurs en avaient eu un avant-goût il y a quelques semaines – l’islamo-nazisme:

Dans « Le village de l’allemand », basé sur un fait réel, deux frères d’origine algérienne élevés par un oncle dans une banlieue française découvrent que leur père, héros de la guerre d’indépendance, était en réalité un ancien officier nazi, réfugié en Algérie et converti à l’islam. Boualem Sansal relève des similitudes entre le fanatisme des nazis et celui des islamistes. Il déplore également la méconnaissance voire le négationnisme de la Shoah dans le monde arabe. Des sujets tabous en Algérie qui valent au « Village de l’allemand » d’être interdit comme l’ont été deux des ouvrages précédents de Boualem Sansal.

Cet ancien haut fonctionnaire algérien – il fût directeur général de l’industrie – se sent automatiquement des affinités avec la dream team française des intellectuels musulmans évolués (quoique je trouve qu’Arkoun soit un intrus dans cette liste), à laquelle ne manquent que Dounia Bouzar, Tahar Benjelloun et Abdennour Bidar:

Je ne me sens pas si seul. Il y a des intellectuels qui travaillent sur ces questions, chacun à sa manière. Un Abdelwahab Meddeb, un Malek Chebel, un Mohamed Arkoun ou un Youssef Seddik œuvrent à la promotion d’un islam généreux, tolérant, ouvert. C’est la meilleure façon de barrer la route au racisme et à l’antisémitisme que des gens diaboliques, tels ceux qui gouvernent le monde arabe et les islamistes, propagent.

Mais je ne vais pas vous épuiser avec des renvois, des citations et des comparaisons: « La frontière entre islamisme et nazisme est mince« , nous révèle notre native informer. Son histoire – un SS allemand débarque en Algérie via l’Egypte pour s’y convertir à l’islam et devenir un responsable local du FLN, considéré comme un saint par la population en raison de son passé nazi et génocidaire – il l’affirme vraie, en dépit de nombreuses réfutations – le « village de l’allemand » désignerait pas le hameau en question parce que son maire était nazi mais parce qu’il avait été construit sous la colonisation française pour accueillir soit des Alsaciens après 1870, soit des émigrés suisses attirés par le fondateur de la Croix Rouge. Mais il faudrait plus qu’une incursion du réel et de l’histoire pour arrêter notre briseur des tabous – (c) Sébastien Fontenelle – islamo-nazis, notre dissident si encensé dans la presse française, dans son bel élan justicier.

Cette rhétorique sur l’islamo-fascisme rappelle, comme le fait remarquer le militant franco-israëlien Michel Warschawski, qu’elle renvoie au discours de l’entre-deux-guerres sur le judéo-bolchevisme. Si l’on est convaincu que le bolchévisme est le plus grand danger, et les juifs sont en tant que tels responsables du bolchévisme, alors la destruction des juifs d’Europe n’est pas un génocide mais un acte de légitime défense (merci aux débiles mentaux de comprendre que ce n’est pas ma thèse…). De même, si le nazisme est le mal le plus absolu (cette thèse a d’assez bons arguments, il faut le reconnaître ), et si les islamistes sont des nazis (pensez donc: le grand mufti de Jérusalem, l’antisémitisme, l’homophobie – tiens, Sansal a oublié ce dernier point, ce sera sans doute pour son prochain livre) alors oui, l’éradication de l’islamisme (l’idéologie) – et au passage des islamistes – s’impose comme mesure de salubrité publique.

Et comment ne pas faire le lien entre la biographie fictive du principal personnage – Allemand, nazi, Egypte (sous Nasser?), Algérie, FLN, conversion à l’islam, personnage saint – et le discours pré-invasion de Suez (1956) d’un Anthony Eden, comparant Nasser à Hitler et Mussolini, ou d’un Guy Mollet mettant sur le seul compte de Nasser – « l’Egypte, base arrière de la rébellion » – la révolte algérienne de 1954?

Et comment oublier également les propos du Parti communiste français, déclarant, au lendemain de la révolte anti-coloniale du 8 mai 1945 à Sétif, que celle-ci était le fruit des provocations d' »agents hitlériens »?

Car si les résistants algériens étaient des nazis, au moins en puissance, c’est que la France avait raison de les combattre comme elle le fit. Et si les islamistes sont les héritiers du FLN, les éradicateurs – français et algériens – avaient raison de tenter de les éradiquer. CQFD.

Dans sa critique, Mohamed Bouhamidi souligne un autre point:

Le hors texte de ce roman nous avait déjà intrigués. Tant d’entretiens avec la presse parisienne pour donner à ce livre, le Village de l’Allemand, un point de départ «réaliste», un ancrage dans une historicité, un reflet d’une réalité cachée au plus profond du pays Algérie. Ce village de l’Allemand que serait Aïn D’heb, un cul-de-sac dans la région de Sétif. Cet Allemand ne serait pas tout à fait inventé.

Le village existe, la dénomination existe. Il se trouve que ce village a bien été construit par Henri Dunant, un Suisse qui y a installé des moulins et ramené de son pays quelques colons pour travailler la terre donnée en concession à une banque suisse. Henri Dunant sera plus tard le fondateur de la Croix-Rouge. Pour la presse parisienne, rien d’étrange que par l’injustice d’une légèreté historique, le fondateur de la Croix-Rouge serve de point de départ à une histoire de nazis mais le ton était donné : tout n’est pas que fiction dans ce roman et en son déroulement, ce passage étrange dans lequel Sansal fait dire à un nazillon, fils d’un nazi pur et dur, comment la Croix-Rouge a aidé à exfiltrer des SS et des criminels de guerre après la défaite de l’hitlérisme. Toujours dans le hors-texte, une fois «établie» la «vraisemblance» historique, le roman devient la pièce à conviction du réquisitoire dressé contre l’Algérie pour indifférence à la Shoah, pour le crime de ne pas l’enseigner dans les écoles (il n’y a aucun lien avec l’idée de Sarkosy d’en faire une matière d’enseignement pour les élèves du cours moyen en France ?), pour son interdiction dans l’espace médiatique. La charge est violente et peu importe que N. Abba, poète et seul journaliste algérien à avoir assisté au procès de Nuremberg, ait consacré à la Shoah une série documentaire à l’ENTV.

Nous ne sommes pas dans la vérité historique, n’est-ce pas, puisqu’il s’agit d’un roman et que l’auteur a droit à une liberté absolue de création ? Oui, à charge pour lui de ne pas essayer de faire passer sa fiction pour un récit historique. Et dans le texte, maintenant, par cette obsession de donner à son écrit les apparences d’une réalité, il entre carrément dans l’imposture.

Reprenons : dans ce village de l’Allemand vivait un ancien nazi recruté par l’ALN pour former les maquisards (ils seront passés par de bonnes mains) et qui, après l’indépendance, s’installera dans ce village de Aïn D’heb, rebaptisé Aïn Deb, honoré et vénéré par les habitants jusqu’au jour de sa mort dans un massacre collectif perpétré par les GIA. Il avait deux fils qu’il a envoyés, enfants, en France chez un compagnon de la guerre de libération qui avait préféré l’air de l’ancienne puissance coloniale –tout un symbole !- Le premier est un cador, marié, mondialisé dans son boulot, possédant pavillon, et le second un jeune tout ordinaire d’une grande cité de banlieue maniant ce français coloré des émigrés.

Il poursuit:

En même temps qu’il donne l’impression de la vérité historique au lecteur, il donne à la présence de ce nazi la consistance de la connivence idéologique. Au moins ! Bien sûr, le statut revendiqué ou octroyé d’écrivain et de créateur devait soustraire Sansal aux petites vicissitudes des historiens de prouver leurs assertions. Le stratagème est connu : le créateur en l’occurrence ne traite pas de l’histoire mais des thèses qui lui donnent sens. Il fait alors traiter de ces thèses mais quelle horreur, de discuter à un artiste sa liberté de penser et de créer. On tombe immédiatement dans la controverse idéologique, la lutte des partis pris, les anathèmes. Il nous fait admettre une fois pour toutes le «relativisme» historique, l’inessentiel de la vérité factuelle, le droit de renvoyer dos à dos les acteurs historiques.

Sauf pour la Shoah, bien sûr. Elle est le Crime, le Mal, l’Absolu de l’Horreur. Et une fois installée l’illusion de vérité, le livre va s’y employer. En fait, il va s’employer à deux thèses d’inégale importance. La première jette l’opprobre sur notre guerre de libération, coupable de sympathies nazies au plus haut niveau de sa direction avec cette intrusion de Boumediene avec, dans le livre, la construction en filigrane qu’elle fera de nous les victimes de nos propres choix dans cette guerre quand le cadet va découvrir la parenté, mieux, l’identité entre l’islamisme qui nous a frappés de terreur et le nazisme qui nous a, sinon inspirés, du moins hanté.

Un livre, une prise de position
Ce nazi inventé efface d’un trait de fiction les Juifs de l’intérieur innombrables qui ont participé à notre guerre de libération et les Juifs encore plus innombrables qui, de l’extérieur, l’ont soutenue, aidée, financée et parfois au plus haut point de la générosité , comme l’a fait Henri Curiel.

Conclusion:

Dans ce livre, il déploie une technique vide et seuls échappent à cet intellectualisme de la faute quelques passages sur la vie en banlieue; là, sa prise de position s’efface car inutile. Le suicide de l’aîné sonne ou résonne comme un devoir de pénitence pour nous : l’idéal serait que nous vivions en nous lamentant et en nous frappant la poitrine d’avoir osé survivre à la faute de la Shoah. Le réalisme moins lourd à supporter est que nous l’enseignions à nos enfants avant même leur langue et vivions dans le repentir permanent. La boucle est bouclée.

Ce roman nous livre, sans jeu de mots, les soubassements idéologiques et politiques de célébration de la naissance d’Israël, un Etat pas un pays : l’obligation de culpabilité pour des crimes que nous n’avons pas commis et qui sont considérés en tant que Crime avec un C majuscule. Et nous sommes nous Algériens au premier rang de ses négateurs non par le hasard de l’oubli, de l’insouciance ou du souvenir de nos propres morts, de notre propre condition de colonisés au moment des faits, mais par adhésion passive ou inconsciente au nazisme, coupables parmi les coupables.

Ahmed Selmane évoque lui la filiation BHL et ses « romanquêtes« :

Bref, l’Histoire n’est pas vendable, la recherche de la vérité n’est pas dans l’air du temps : ce n’est pas assez spectaculaire et c’est à la marge du monde. Pensez-vous, madame, qui donnerait un euro pour une histoire d’algérien… ? Boualem Sansal, lui, a du flair, il a choisi d’être universel ! Et quoi de plus universel que de mettre les algériens face à la Shoah ! Enfin, un algérien qui invoque le thème insurpassable de notre temps (celui qui justifie l’ordalie des palestiniens) et qui dame le pion à ces arabo-berbères musulmans qui se croient totalement innocent du crime européen de l’extermination des juifs. Quel bon sujet ! C’est un indécent travestissement ? De l’invention pure et simple ? Et alors ? Ce n’est pas grave. Après tout, on a bien eu l’ineffable BHL et son « romanquète »…Dans la propagande de l’Axe du Bien, la littérature ça sert à inventer la réalité, en attendant, par glissements successifs, de faire du mensonge la vérité indéniable.

Pour d’autres critiques, voir Rachid Lourdjane d’El Watan (« à l’apogée de sa maturité, Boualem Sansal semble perdre pied avec le réel. Dans le climat général qui prévaut, marqué par des confusions bien entretenues entre l’Islam, l’extrémisme et le terrorisme, notre romancier se relègue, volontairement ou non, dans un rôle peu glorieux de sous-traitant des théoriciens sur « le choc des civilisations »« ) et enfin « Questions juives à l’algérienne » et « Les faussaires et le débat » du même Mohamed Bouhamidi.

Ceux qui souhaitent s’éclairer sur Sansal et ses idées ont deux interviews particulièrement complaisants pour ce faire, chez Rue89.com et BiblioObs.com.

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