Najib Akesbi: « Le Maroc n’est pas une exception, nous sommes dans la mêlée. Notre pays partage les conditions objectives qui ont mené aux révolutions dans les autres pays arabes »

Les habitués connaissent mon estime pour Najib Akesbi, le plus brillant économiste marocain, membre dirigeant du PSU – pour les autres, voici pourquoi – un entretien accordé par Akesbi à Ya Biladi Mag – florilège:

Je crois qu’il est illusoire et dérisoire de croire que nous pourrions gagner au malheur de nos voisins. Le Maroc n’est pas une exception, nous sommes dans la mêlée. Notre pays partage les conditions objectives qui ont mené aux révolutions dans les autres pays arabes : l’existence d’une jeunesse marginalisée, frustrée et désœuvrée, la crise économique, la mal gouvernance (autocratie, népotisme, corruption,…).

Les récentes mesures économiques prises par le gouvernement sont-elles une réponse efficace aux difficultés du Maroc ?
C’est le traitement du cancer par l’aspirine ! Ces mesures sont non seulement dérisoires et démagogiques mais elles peuvent même aggraver la situation. Augmenter le budget de la Caisse de Compensation de 15 milliards de dirhams, c’est faramineux quand on sait que ce fonds représente déjà près de 4% du PIB et plus de la moitié des investissements du budget général de l’Etat. C’est consternant quand on sait que pour l’essentiel, les dépenses de cette « caisse » profitent surtout aux riches et très peu aux pauvres qui le méritent vraiment. C’est encore révoltant quand on sait que les impôts qui financent ces dépenses sont à leur tour largement supportés par les couches populaires à travers les multiples taxes à la consommation et l’impôt sur les revenus salariaux.

Je suis économiste mais je suis convaincu que la première réforme économique dont le Maroc ait besoin aujourd’hui est d’ordre politique. Il faut un système politique qui permette l’émergence de programmes économiques négociés avec la population qui obtiennent la légitimité des urnes et soient mis en œuvre par un exécutif comptable devant le peuple.

Par exemple, le Roi a annoncé un renforcement du pouvoir du gouvernement. Très bien, mais quid du Conseil des ministres ? Aujourd’hui aucun projet de loi ne peut aller au parlement sans surmonter le « verrou » du Conseil des ministres, dont la réunion dépend de la seule volonté du Roi et de son agenda. Si ce Conseil reste en l’état, qu’est ce qui aura réellement changé ?

Renforcer l’indépendance de la justice ? Très bien. Concrètement, est ce que le Conseil supérieur de la magistrature va être présidé par un juge élu par ses pairs ou continuera-t-il à être présidé par le Roi ? Par ailleurs, l’élargissement annoncé des libertés individuelles – à commencer par la liberté de culte – doit être inscrit explicitement dans le texte de la Constitution, sans quoi il sera impossible de les protéger dans les faits.

Plus grave, depuis 40 ans les gouvernements n’ont cessé de mobiliser toutes les ressources du pays pour promouvoir un modèle de croissance tiré par les exportations. Ils ont notamment, au cours des quinze dernières années, signé une quantité impressionnante d’accords de libre échange, pour finir aujourd’hui par s’apercevoir que le résultat est catastrophique puisque, au moment où nos partenaires tirent le maximum des concessions que nous leur avons accordées, nous, nous en sommes incapables pour la simple raison que nous n’avons pas grand chose à exporter ! Au bout du compte, le commerce extérieur aujourd’hui plombe la croissance du Maroc au lieu de la promouvoir.

Avec le discours du Roi, les investisseurs marocains vont-ils reprendre leurs activités après cette période de flottement et d’expectative ?
Le message transmis est a priori positif, mais les investisseurs ne se décident pas à partir des discours. L’investissement est un « climat », notamment de confiance, et un climat de confiance ne se décrète pas.

Tiens au fait, je me demande ce qu’Akesbi pense de la revendication de la plate-forme protestataire du 20 février relative à l’embauche des diplômés-chômeurs dans la fonction publique…

Diplômés-chômeurs, Nadia Salah et golf – où trouver le fric?

Suite à la véritable avalanche d’opinions favorables à Nadia Salah lors d’un de mes récents billets, dans lequel je tentais follement vainement d’attirer l’attention de certains pinailleurs qui font du mal aux mouches mes aimables lecteurs sur les contradictions internes du discours salahesque, une discussion s’est tenue sur la désirabilité de décapiter les diplômés-chômeurs au sabre, de les brûler vifs, ou de les lâcher par hélicoptère au milieu de l’Atlantique. Si les avis là-dessus sont partagés parmi les contempteurs des fainéants qui veulent être payés à vie à ne rien foutre diplômés-chômeurs réclamant l’intégration dans la fonction publique, une voix isolée, visiblement à la solde du nihilisme, écrivait:

Le budget de l’Etat, c’est l’argent du peuple Marocain
Il faut injecter du social dans la politique de développement. En plus, il faut prendre l’argent là où il est : chez les grands fortunés qui gagnent plein de pognon et qui n’investissent même pas dans des secteurs porteurs et créateurs d’emploi..
Nous avons une bourgeoisie non bourgeoise et paresseuse qui ne prend aucun risque : une lumpen bourgeoisie qui forcément génère un lempen developpement du pays.
Il faut les taxer ! une sorte de contribution généralisée pour la solidarité avec les plus démunis de notre pays.

Vous me connaissez: je m’en voudrais d’encourager une telle déferlante de haine de classe, mais je ne peux m’empêcher de donner un tuyau, chimiquement pur de tout populisme et de toute démagogie, tiré de la loi de finances n° 38-07 pour l’année budgétaire 2008, article 54, tableau E (page 57 du document):

4.2.1.0.0.04.001 ROYAL GOLF DAR ES SALAM 23 000 000

En clair: la dotation budgétaire que le contribuable marocain consacre au Royal Golf Dar Es Salam de Rabat lui coûte 23 millions de dirhams par an. Vous me direz, c’est moins que les indemnités journalières de Roger Lemerre, mais tiens, voilà une autre idée de financement de l’embauche à vie des diplômés-chômeurs…

L’Economiste-watch: quand Nadia Salah se moquait de diplômés-chômeurs…

Le gisement est inépuisable des fulgurances de Nadia Salah. L’une d’entre elles avait fait jaser, à telle enseigne que la version longue du texte salahesque n’est plus disponible sur le site de L’Economiste, mais seulement sur un blog – voici la partie manquante sur le site de L’Economiste (pour bien goûter aus subtilités salahesques je vous conseille cette modeste analyse de texte):

Responsabilité

Ci-dessous, nous publions, tel que nous l’avons reçu, l’appel lancé par des diplômés-chômeurs, qui affirment avoir un «bac+8». Ces jeunes gens et jeunes femmes réclament, parfois avec violence, d’être intégrés dans l’administration à des niveaux élevés. Ils estiment que leurs années d’études leur donnent droit à des postes de responsabilité bien payés. Mais, hélas! la rédaction de leur appel montre bien qu’ils sont totalement décalés par rapport aux exigences de la fonction publique. Même pour des tout-petits postes, il n’est pas certain que ces diplômés-chômeurs aient les compétences minimales: trop de fautes, et une façon de raisonner qui entraînerait automatiquement une forte baisse du niveau de l’administration.
Pourtant, ils sont là, surdiplômés et sous-formés.
La question essentielle est de savoir par quelle aberration, par quelle négligence de tous leurs devoirs, leurs professeurs les ont poussés d’une classe à l’autre sans jamais se soucier de leur niveau scolaire réel? Bien sûr, on peut incriminer la fraude aux examens, mais la fraude ne fonctionne pas pendant toute une scolarité, pendant 15 ans d’affilée! Dans leur cas, il ne peut s’agir que de négligence coupable de la part de toute une série d’enseignants. Comment ces enseignants ont-ils pu à ce point faire preuve d’incivisme?
Car c’est bien de cela dont il s’agit, de l’incivisme à deux niveaux: vis-à-vis du Maroc en mettant sur le marché des jeunes qui seront évidemment si inadaptés au marché du travail et aussi vis-à-vis des jeunes, en leur faisant croire que leur scolarité et leur diplôme auront quelque valeur. Il faudra bien un jour que les écoles et leurs enseignants répondent de la qualité des diplômes qu’ils octroient, tout comme l’enquête sur l’incendie meurtrier de l’atelier Rosamor de Casablanca a recherché et identifié ceux qui ont manqué à leur responsabilité professionnelle.

Nadia SALAH

La version soft est publiée sur le site de L’Economiste:

· Diplômés? Comment est-ce possible!
Voici, sans la moindre retouche, le texte que les diplômés-chômeurs envoient pour attirer l’attention sur leur cause. La bonne question est de savoir comment il a été possible que des personnes d’un niveau aussi bas aient pu accéder… au collège! Où leurs professeurs avaient-ils la tête quand ils ont fait passer ces jeunes, de classe en classe, jusqu’à bac+8! Ils n’auraient jamais dû dépasser la 1re année du secondaire sans travailler très sérieusement pour se mettre à niveau.

monsieurs, madames
d’abord nous vous envoie nos salutations les plus respectieuses.
dans le cadre de nos efforts pour sensibiliser le maximum des gents marocains ; concernant le probleme de chommage des diplomés superieurs; laureats des des universités marocainnes « titulaires des DESA. DESS . Docteurs « manifaistant depuis presque 2 ans ; nous vous envoie les sites web des groupes de ces diplomés pour vous sensibiliser aux souffrances d’une categorie des filles et fils de notre chére pays. nous vous invitons à visiter nos modestes site web; et nous comptons bien au moins sur vos supports morales
voici les sites http://www.quatregroupes.blogspot.com/ « site web des groupes . nasr . moubadarah . hiwar . istihkak » nous excusons si il y a un dérangement et veuillez accepter nos salutations les plus respectieuse merci bien cordialement un diplomé « BAC + 8 « en chommage

J’ai surligné les parties de l’éditorial salahesque qui me paraissent en rapport avec ses considérations persanes

ADENDUM: comme le recommande momo ould jacqueline, rendez vous sur le site de quatre coordinations de diplômés-chômeurs, les photos sont scandaleuses (je précise à l’intention des mal-comprenants que cette dernière remarque n’implique aucunement une prise de position sur le recrutement immédiat avec secrétaire, chauffeur et logement de fonction des diplômés chômeurs).

PS: j’attends vos contributions pour le « top ten » des éditoriaux de L’Economiste…

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