Malek Boutih, l’homme qui parle à l’oreille de l’ambassadeur du Qatar

On peut rejeter catégoriquement la discrimination positive et le communautarisme et faire carrière grâce à son origine ethnique et au nom de la « diversité« , et on peut faire preuve d’animosité vis-à-vis de l’islam en général et l’islam politique en particulier, et se faire le défenseur d’un émirat où Etat et religion ne font qu’un…

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Bon, vous connaissez sans doute le député français Malek Boutih (certains de ses camarades de parti l’appellent Malek Bounty), l’homme dont les idées sur la sécurité – « Malek Boutih au coeur du sécuritaire » titrait l’association Act Up en 2002 – et l’immigration sont un croisement entre celles de Brice Hortefeux et Manuel Valls, mais qui a sur eux l’avantage d’avoir un nom et un faciès le mettant à l’abri – encore que Manuel Valls n’en a guère souffert – d’accusations d’hostilité aux « Auvergnats« .

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Il y a une dizaine d’années déjà, à la tête de la joint-venture entre Julien Dray et l’UEJF que fut SOS Racisme (voir la thèse de Philippe Juhem « SOS-Racisme: Histoire d’une mobilisation « apolitique » – Contribution à une analyse des transformations des représentations politiques après 1981 » ainsi que le livre « Histoire secrète de SOS Racisme » de Serge Malik) de 1999 à 2003, il avait fait valoir la haute estime dans laquelle il tenait ses congénères, qui avaient eux l’infortune de ne pas avoir fait sa carrière politique:

« Les barbares des cités, il n’y a plus à tergiverser, il faut leur rentrer dedans, taper fort, les vaincre, reprendre le contrôle des territoires qui leur ont été abandonnés par des élus en mal de tranquillité. Et vite ! ». La République, sa très chère République française, ne va quand même pas « se laisser indéfiniment intimider par cinq mille gangsters » qui « terrorisent les quartiers, violent les filles en tournantes, cament leurs petits frères jusqu’à l’os, s’équipent en armes de guerre et tiennent chambres de torture dans les caves, non ! ». (…)

Le mode d’intégration à la française n’a pas globalement réussi. Il a « surréussi » selon Malek Boutih. Et il pourrait encore « servir d’exemple à l’univers tout entier ». A condition que la République fasse son travail. Et donne d’abord « un grand coup de balai » parmi les gangs des citésLa police, « il faut la remettre au boulot. Le plus grand nombre de bavures n’est plus son fait, c’est la racaille qui tue le plus dans les cités ». A ses yeux, « l’ennemi n’est pas le flic à 7 500 balles par mois, ce sont les petits Le Pen de banlieue, les petits dictateurs de quartier qui vendraient leur frère pour quelques billets ». (…)

Les quartiers déglingués ? « Arrêtons de leur coller des rustines, démolissons-les une fois pour toutes. Et reconstruisons, dans un vaste plan Marshall des cités, des quartiers ethniquement mélangés. Black-blanc-beurs. Même s’il faut recourir au tri ethnique, même s’il y faut un peu de force, on n’y coupera pas… » (Le Monde, 2002)

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Pourfendant la gestion des banlieues, la gestion de SOS Racisme lui causa quelques soucis: placé en redressement judiciaire en 2000, l’association, financée sous Jospin par les fonds spéciaux du premier ministre, se vit reprocher en 2003 de « graves insuffisances de gestion et de rigueur » par la Cour des comptes et se fit placer sous le contrôle financier de l’Etat la même année. En 1999, l’année de son accession à la présidence de SOS Racisme, il avait pourtant fait preuve d’une capacité d’anticipation certaine: « Pour beaucoup d’associations, la banlieue est un formidable business, reconnaît le nouveau président de SOS-Racisme, Malek Boutih. Au nom de la prévention, l’argent coule à flots et chacun joue des coudes pour en profiter« .

Fin connaisseur des banlieues, le trop grand nombre de chèques-vacances distribués semblait faire partie de son diagnostic – « on ne peut pas faire appel à la notion d’effort, de responsabilité ou de citoyenneté, et de l’autre signer des chèques vacances à n’importe qui, pour aller n’importe où et faire n’importe quoi » – de même que « l’angélisme » supposé (épithète qui étonnerait sans doute les « bénéficiaires ») de la politique des banlieues: « on continue de gérer avec angélisme un problème franco-français : les jeunes des banlieues« , tout en affirmant paradoxalement que « Les nouvelles générations se sentent françaises à 100 %, sauf quand on leur parle d’intégration. ». Inutile peut-être de préciser qu’il s’oppose tant à la double nationalité qu’au regroupement familial « automatique » (ça tombe bien, le regroupement familial est loin de l’être), et que son premier livre d’entretien – au titre assez représentatif de la pensée de Boutih, « La France aux Français? Chiche! » – fut co-écrit avec Elisabeth Lévy

Au sein du Parti socialiste, il assume, dans la lignée de Julien Dray et à l’instar de Manuel Valls, des positions sécuritaires qui n’envient rien à celles de la droite française. Après l’élection de Sarkozy en 2007, sa proximité idéologique avec ce dernier (il avait estimé en 2008 que Sarkozy pouvait donner des leçons au PS en matière de diversité et déclaré « Je voudrais dire à M. Sarkozy qu’il fait partie des responsables qui redonnent espoir aux jeunes dans l’action politique. ») en avait fait un favori tant pour un poste ministériel dit d’ouverture – ce fut finalement Fadéla Amara qui obtint, au grand dam de Boutih, le maroquin revenant au quota beur – que pour la succession de Louis Schweitzer à la Haute autorité pour la lutte contre les discriminations (HALDE), finalement dévolu à sa congénère Jeannette Bougrab.

Malgré – ou grâce à – un discours clairement marqué à droite – il a pu progresser au sein de son parti, le PS, où les parcours droitiers sont il est vrai loin d’être exceptionnels. Adeptes des figures de style généralement marquées à droite – « Est-ce que la France est déjà à genou ou ne l’est-elle pas ? Moi je crois que la France n’est pas à genou » – exprimant une opposition franche au droit de vote des immigrés (« je ne vois l’utilité de mettre en place ce droit de vote des immigrés aux élections locales« ), indifférent à la cause des sans-papiers (« les sans-papiers, « ce n’est plus d’actualité » » voire « une cause dépassée que certains soutiennent en recourant au terrorisme intellectuel« ), un engagement en faveur du contrôle de l’Etat sur Internet (« Il faut reprendre le contrôle sur Internet, c’est une question plus large de souveraineté« ), appuyant la proposition de Ségolène Royal d’utiliser des camps disciplinaires militaires pour les jeunes délinquants (« Dans une situation d’urgence, utiliser l’armée peut être utile. La France est confrontée à l’émergence de nouveaux phénomènes de violence, issus souvent des jeunes et qui ne trouvent pas de solutions dans les dispositifs actuels. Le temps de former, par exemple, des éducateurs, l’armée peut jouer un rôle d’encadrement« ), puis apportant son soutien à l’ancien potentat local socialiste Georges Frêche, célèbre dans l’hexagone pour ses déclarations racistes.

On relèvera sur ce dernier point que si Malek Boutih a, par logique d’appareil, soutenu Georges Frêche, qui n’a jamais caché ses sympathies pour l’Algérie française et ses liens avec les anciens terroristes de l’OAS, il s’est permis de demander en 2011 l’exclusion d’un responsable local socialiste marseillais, Théo Balalas, ancien de l’OAS et ancien dirigeant d’un « Comité de défense des Marseillais » qui instaura en 1973 un climat de haine anti-arabe à Marseille et dans le reste de la France qui coûta la vie à plusieurs arabes lors de ratonnades. Soit dit en passant, l’existence de tels personnages au sein du PS donne une bonne idée de son progressisme sur différentes questions telles l’immigration, le racisme, la mémoire coloniale et le traitement sélectif du terrorisme…

Est-il utile de préciser qu’il soutint l’invasion étatsunienne de l’Afghanistan (« le président de SOS-Racisme a soutenu l’intervention américaine en Afghanistan« ) et s’est soigneusement abstenu de manifester contre Israël ou pour la Palestine? Et si on l’a vu aux fameux dîners de consdu CRIF (en 2009 par exemple), on ne déplore aucun cas où il aurait honoré de sa présence une cérémonie ou un ftour du CFCM ni de l’UOIF…

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Lors d’un débat consensuel sur l’immigration avec la très droitière Chantal Delsol, épouse du politicien de droite extrême Charles Millon, il exprime sa vision progressiste de la question: « La machine assimilationniste est en marche. Ce qu’on veut, c’est manger du camembert, avoir une maison et être surendettés ! ». Il rigole avec le capitaine d’industrie Claude Bébéar qui évoque le « suicide de la race blanche par manque de natalité » lors d’un séminaire du patronat français et le blanchit – le terme est idoine – des accusations de racisme :

« Bébéar s’est mal exprimé, mais il n’est pas raciste , remarque-t-il. Sinon il ne m’aurait pas demandé une contribution à son livre « Le courage de réformer ». » « On en a rigolé ensemble, car je n’ai prononcé que des paroles de démographe » , explique Bébéar. De toute façon, Boutih a « déboboïsé » SOS. Il dénonce les « barbares » des banlieues et récuse qu’il faille « des papiers pour tous ». (Le Point, 2007)

Il a depuis son entrée dans la carrière partisane – en 2003 – soutenu avec enthousiasme les lois scélérates prohibant le port du voile dans les écoles publiques (2004) et du niqab sur la voie publique (2010):

Ce serait une faute politique du PS que de ne pas voter cette loi. Il faut montrer que nous sommes un parti responsable. Il est normal que le législateur interdise largement le voile intégral. (Le Journal du Dimanche, 2010)

Symptomatique des Français d’origine maghrébine appelés à jouer un rôle sur la scène politique nationale, il n’a jamais pu voir passer une polémique sur l’islam sans prendre position contre les coreligionnaires de ses ancêtres (il n’est pas musulman, selon ses propres dires, rejoignant là également la cohorte des politiciens d’origine maghrébine reconnus au plan national dont seule Fadéla Amara, me semble-t-il, se revendiquait ouvertement comme musulmane croyante et pratiquante (1)). Ses propos sur les islamistes – sans que la ligne de partage entre islamistes et musulmans pratiquants ne semble très claire – sont radicaux:

Les islamistes plus ou moins masqués qui tentent aujourd’hui de se faire reconnaître par la République ? Athée « par choix », Boutih, qui veut parler pour « ceux qu’on n’entend jamais, ceux qui ne brûlent pas de voitures devant les caméras et qui veulent que ça change », leur fonce dessus : « Ces types sont encore plus dangereux que les caïds. Sous prétexte de faire du soutien scolaire, ils quadrillent pour imposer le voile et leurs normes. Faut pas me la faire à moi : le Coran, pour eux, ça sert à justifier des positions fascistes. Il faut les combattre, pas les adouber. » (Le Monde, 2002)

Son rejet de ce qui se rapproche – que ce soit dans la sphère politique ou la sphère privée – de l’islam ou de la cause palestinienne est constant: partisan d’une « laïcité de combat« , de Tariq Ramadan traité de « Le Pen arabe« , des caricatures du Prophète publiées par Charlie-Hebdo (« absolument pas choqué« , il a estimé que la campagne contre elles était « une opération de mouvements extrémistes, proches des terroristes« ), du MRAP de Mouloud Aounit (première association de défense des droits de l’homme française à dénoncer l’islamophobie) que Boutih accusa de manière diffamatoire – il fut condamné en 2006–  de « défiler aux cris de ‘morts aux Juifs’ » (2). Sur la Palestine, il va même déborder le PS sur sa droite, ce qui n’est pas un mince exploit:

« Malek Boutih, membre du bureau national du PS, vient de dire trois fois non. Deux fois à Martine Aubry, lorsqu’il a fallu avaliser la position du PS sur Gaza, à ses yeux trop favorable aux Palestiniens… » (Le Point, 2009)

Boutih a même accusé ladite direction de « soutenir le Hamas » (Oumma.com, 2009)

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Notons cependant une inflexion – qui semble plutôt tactique – qui l’a amené dans le contexte électoral de 2011 à critiquer Jean-François Copé avec des propos antinomiques à ses prises de position précédentes: « Le rôle des responsables publics n’est pas de se mêler de la manière dont les religions se pratiquent« .

La personnalisation de la vie politique française et l’évaporation de l’idéologie au sein des partis de gauche a eu ceci de cocasse que le disciple – Boutih alias Iznogoud selon ses camarades de parti– a fini par se révolter contre le maître – l’horloger Julien Dray – non pas au nom des principes, mais pour l’investiture à la candidature du PS dans la 10e circonscription de l’Essonne. Après avoir créé SOS Racisme et longtemps tenu à occuper le segment banlieues/diversité au sein du PS, Julien Dray fut contraint à s’opposer, en vain, à ce que sa circonscription revienne à un représentant de la « diversité », c’est-à-dire des minorités ethniques dites visibles – Noirs et Arabes pour faire bref. Paradoxalement, ce choix de principe, qui tranche avec les chants rituels en faveur de la laïcité, de la République et du rejet du communautarisme, allait bénéficier à Boutih (non sans contestations ni accusations de fraude), qui affiche pourtant de manière ostentatoire un républicanisme et un laïcardisme intransigeants.

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Ce n’est pas la seule fois où Malek Boutih saura faire montre de flexibilité idéologique: ainsi, à la mort de l’ancien dirigeant du MRAP Mouloud Aounit – pourtant aux antipodes du discours de Boutih – Malek Boutih ne trouva rien de mieux que de souligner leur origine ethnique – tous deux originaires de Kabylie – commune, non sans y rajouter des stéréotypes du meilleur effet  (« Il était d’origine kabyle, comme moi, donc têtu avec beaucoup de caractère !« )…

Et lorsqu’il fut sollicité par Sarkozy, ses paroles furent douces et avenantes, précisant même que son refus des avances sarkozystes n’avait rien d’idéologique:

Malek Boutih reconnaît avoir été approché par le gouvernement.

Avez-vous été contacté pour entrer au gouvernement?
Il y a quelques semaines, j’ai eu des appels du pied, pas une démarche officielle. On sait que je suis un homme de dialogue, pas un sectaire. Sur certains sujets, il n’y a pas la vérité dans un camp et le diable dans l’autre. Des dossiers aussi complexes que l’intégration, l’échec scolaire ou la crise des banlieues méritent une fraternité républicaine.

Pourquoi avoir refusé?
Pas par idéologie. Il y avait d’autres candidats très compétents. Yazid Sabeg fera très bien l’affaire. Il a beaucoup réfléchi à la question des élites. J’ai l’ambition – ce n’est pas un gros mot – de devenir l’un des principaux dirigeants du Parti socialiste et je me battrai pour cela. Je ne suis pas qu’un lieutenant. Que mes amis se rassurent, je n’ai pas pris la grosse tête mais je suis dans une période de mutation. L’élection de Barack Obama a changé la donne. Un noir est devenu président des Etats-Unis. Tout est désormais possible. Je veux plus qu’un poste de délégué à la diversité.

Le pari était trop risqué?
J’ai pris plus de risques en refusant que si j’étais entré au gouvernement…

On dit que vous avez demandé la présidence de la Halde* au président…
Cela m’intéresse et je l’ai fait savoir. Le président veut des nominations à des postes importants. Je le prends au mot! (Le Journal du Dimanche, 2008)

Hélas pour la cause des Maghrébins de France, Boutih ne trouva pas de poste gouvernemental digne de lui sous le quinquennat de Sarkozy – en dépit de tous ses efforts afin de se distinguer le plus possible du groupe ethnique dont il est originaire, il se vit rappeler ses origines lors de son combat difficile pour une nomination à un poste de responsabilité. Candidat à la présidence de la HALDE, il se vit rappeler par l’ancien militant d’extrême-droite Gérard Longuet, ministre de la défense de Sarkozy, ses origines ethniques:

A la question de savoir pourquoi M. Boutih ne correspondait pas, à ses yeux, au poste, il a répondu : « Parce qu’il vaut mieux que ce soit le corps français traditionnel qui se sente responsable de l’accueil de tous nos compatriotes. Si vous voulez, les vieux Bretons et les vieux Lorrains – qui sont d’ailleurs en général Italiens ou Marocains – doivent faire l’effort sur eux-mêmes de s’ouvrir à l’extérieur« . (Le Point, 2010)

C’est donc dans ce domaine de la promotion des politiciens d’origne allochtone, qui lui touche visiblement à coeur (« Je suis très honoré qu’on pense à moi» alors «que dans mon propre parti on ne m’a fait aucun cadeau, ni à moi ni à tous ceux qui me ressemblent« ), que Boutih retrouve l’engagement de ses 20 ans, bataillant inlassablement pour la promotion des chances des candidats se prénommant Malek, Rachida ou Rama:

Boutih, parlant de la diversité : « J’approuve la façon qu’a Sarkozy de la promouvoir. Regardez Rama Yade. Elle n’a aucune formation politique, donc Sarkozy la jette dans le bain. Au PS, on dit : « On n’a personne, donc on ne fait rien. » Sarkozy, lui, dit : « Il n’y a personne, donc je fais quelque chose. » » (Le Point 2009)

Ne soyons pas injustes – il éprouve une certaine compassion pour les jeunes cadres noirs ou maghrébins, sans doute parce qu’en tant qu’ancien président d’une association importante, il en est également un (sa notice biographique sur le site de l’Assemblée nationale le décrit comme « cadre supérieur du secteur privé« ).

Que de chemin parcouru depuis son entrée à SOS Racisme, qu’il expliquait dans un newsmagazine par la volonté de refuser le communautarisme supposé d’associations beures:

Quelques années plus tôt, militant déjà, il avait fondé, dans la foulée de la Marche pour l’égalité, une association beur à Levallois. « Mais j’avais peur de me communautariser, raconte-t-il. Alors, quand SOS est apparu, j’ai été séduit par le mélange qu’il proposait. » (Le Point, 1999)

« le communautarisme est en phase avec la vision de la droite qui ne veut pas voir la dimension sociale du problème » (Libération, 2003)

Quel changement aussi par rapport à son rejet des quotas – du moins ceux ne favorisant pas les hommes et femmes politiques issus de la « diversité« : « Les quotas, c’est pour les losers », « Les discours plaintifs infériorisent les jeunes »…  Les quotas ethniques discutés par l’ancien sélectionneur français Laurent Blanc afin de limiter le nombre de joueurs noirs dans les centres de formation de la Féderation française de football ne l’ont par contre choquer car pour lui, les critiquer reviendrait à renforcer le racisme:

Dans le fond, j’ai la certitude que le problème du « racisme » dans cette affaire est instrumentalisé pour d’autres enjeux.

On le voit souvent sur le terrain politique : c’est comme cela, par exemple, qu’au PS certains ont utilisé ce genre d’argument pour écarter Georges Frêche. On le fait maintenant dans le milieu du football. On met le racisme à toutes les sauces, alors qu’un grand silence règne autour des vrais problèmes de discrimination. La discrimination raciale, réelle, en matière d’attribution de logement, là-dessus, personne n’a rien à redire… Le problème avec ce genre d’affaire, c’est qu’elle crée des contre-réactions dans l’opinion. Paradoxalement, loin d’aider la lutte antiracisme, cette histoire aiguise une sorte de ras-le-bol et fait le jeu de forces assez extrémistes.(Le Monde, 2011)

Et impossible de songer un seul instant que ces positions lui seraient dictées par l’intérêt personnel:

« Boutih estime être «plus porteur de l’intérêt général que les hommes politiques, qui font du marketing» ».

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Les critiques contre lui-même, Fadéla Amara, Rama Yade ou Rachida Dati étaient perçues par lui comme autant une « volonté d’arrêter ce métissage de la République et de la société française« . Il n’a en conséquence jamais été avare de son soutien à Rachida Dati ou Rama Yade (3). Par contre, il a fustigé les statistiques ethniques et la discrimination positive, du moins lorsqu’il s’agissait de les appliquer en général et pas seulement aux candidats aux mandats électoraux ou postes gouvernementaux:

Evidemment, ce type de mesure est un coup de canif, c’est même une remise en cause profonde, la fin du principe de la République une et indivisible. Obligatoirement, ça aura des répercussions. On créera des quotas sur base ethnique, des politiques sur éléments ethniques.Et les gens concernés sont extrêmement rétifs à ce genre de solution. C’est une fausse bonne solution. On part du principe qu’on veut faire du bien mais ça peut se retourner contre eux. Si on fait la promotion des élites sur la discrimination positive – parce que c’est de ça qu’il s’agit – on considérera qu’ils ne sont pas là pour leur compétence. Ça risque d’être dangereux. (…) [Q]uand on a introduit la parité dans la constitution, c’était une faute politique grave. Si vraiment les individus sont jugés en fonction de leur capacité, pourquoi les femmes seraient-elles limitées par un plafond de 50% ? C’est une fausse avancée. Accepter une forme de discrimination positive, c’est accepter que la société soit inégalitaire. Or je pense qu’on peut transformer plus profondément la société. Cette question de la diversité est une question révolutionnaire en France. C’est le point qui fait émerger des problèmes profonds de la société.(Libération, 2009)

Parole d’orfèvre! Comme l’avait dit Fatima Ogbi, son adversaire à l’investiture du PS pour la 10e circonscription de l’Essonne: « Je n’ai jamais joué de ma diversité pour obtenir quelque avantage que ce soit« . Ou comme l’avait également dit David Derrouet,  celui qui devait ensuite devenir son suppléant: « La diversité, ça ne veut rien dire. Sarkozy alors est un candidat de la diversité puisqu’il est originaire de Hongrie« .

Déçu du PS et de François Hollande après son échec au premier tour des législatives de 2007, il n’a guère perdu de temps à lorgner vers l’UMP, et d’une véritable âme soeur (dans une querelle de cour entre Dati et le couple Sarkozy, Boutih lui apporta son « soutien moral« , rappelant qu’elle était « l’image d’une génération qui prend pied dans la politique« ), rejetant comme lui les quotas et la discrimination positive – qu’il estime « dépassée » – pour les autres, mais la revendiquant vigoureusement pour elle-même:

L’axe Dati-Boutih pour conquérir les cités

Rien n’arrête Rachida Dati. Fière d’avoir su échapper à la mini-tornade des rumeurs sur le couple présidentiel, sûre d’avoir terrassé ses accusateurs, l’ex-garde des Sceaux jure que « la page est tournée » et repasse à l’offensive… politique. Persuadée d’être « la seule personnalité de la majorité capable d’aller dans les cités sans se faire insulter » , elle lancera d’ici peu une série de visites et de réunions publiques dans les banlieues, avec un objectif avoué : se rendre à nouveau indispensable au chef de l’Etat. Et un partenaire inattendu : Malek Boutih. L’ancien président de SOS Racisme, lui aussi déçu par les siens (et frustré de n’avoir pas été nommé à la tête de la Halde), se dit prêt à lancer avec elle un mouvement « pour relancer l’intégration », « inciter la jeune génération à s’investir dans la société ». La campagne du tandem doit comprendre une vingtaine d’étapes d’ici au 14 Juillet. Elle pourrait être suivie de la création d’un club « ouvert à toutes les sensibilités » – des contacts seraient en cours avec le Nouveau Centre. Pendant ce temps, le blog de Rachida Dati a enregistré 70 000 connexions depuis son ouverture, le 10 avril. (Le Point, 2010)

Tout comme sa compagne d’infortune passagère, Malek Boutih a trouvé des charmes au Qatar. Le Qatar, émirat gazier du Golfe arabo-persique et dont le monarque Hamed Ben Khalifa Al-Thani  vient d’abdiquer au profit d’un de ses fils, pays le plus riche du monde en revenu par capita, a depuis le quinquennat de Nicolas Sarkozy jeté son dévolu sur la France: après la signature d’une convention fiscale particulièrement favorable, le Qatar a rapidement investi ses surplus en France. Du Paris-Saint-Germain (PSG) aux conglomérats Veolia, Vinci ou Suez (dans lesquels la Qatar Investment Authority a acquis des parts) en passant par des hôtels particuliers parisiens, le Qatar affiche des moyens qui détonnent dans une France en pleine stagnation économique (et pas qu’économique si vous voulez mon avis).

Le Qatar est donc une riante contrée où l’islam est religion de l’Etat, où le gouvernement ne reconnaît que l’islam, le christianisme et le judaïsme (l’hindouisme, religion de 30% environ des 1,6 millions de travailleurs immigrés – sur une population totale de 1,8 millions – et le bouddhisme, comprenant 7% environ des immigrés, ne sont donc pas reconnus officiellement), où l’apostasie est punie de mort (mais aucune exécution pour ce chef n’a eu lieu depuis l’indépendance du pays en 1971), le blasphème est puni de sept années d’emprisonnement, et où le droit de la famille – basé sur la charia – s’applique tant aux musulmans qu’aux non-musulmans, toutes les activités religieuses sont soumises à l’autorisation préalable du ministère des affaires sociales et enfin, de manière assez ironique, les symboles religieux – chrétiens – sont interdits dans la sphère publique (toutes ces données proviennent du International Religious Freedom Report for 2012 du State Department).

Le Lycée Voltaire, deuxième lycée français de Doha avec le Lycée Bonaparte, et faisant jusqu’il y a peu partie du réseau de la Mission laïque, en sait quelque chose. Initialement, les fondamentaux républicains ont été respectés: « les enseignants peuvent décorer le sapin de Noël et chanter librement « les Trois Petits Cochons »« . Mais ça c’est gâté:

En octobre 2010, le proviseur, Jean-Pierre Brosse, est convoqué par le procureur général, qui lui montre les pages d’un livre d’histoire, consacrées à la chrétienté : « Cela nous vaut une plainte au Conseil suprême de l’Education, vous risquez dix ans d’emprisonnement. » Les deux hommes discutent du concept de laïcité à la française et des principes à respecter si l’établissement veut prétendre à l’homologation du ministère de l’Education nationale jusqu’au bac. (Nouvel Observateur, 2013)

Le proviseur a dû être rappelé en France, et, face aux mesures restrictives des autorités, la Mission laïque a quitté le pays en novembre 2012, dans un contexte sectaire prononcé: « Les Qataris estiment que le lycée est trop sous l’influence des familles maronites« .

Un esprit naïf pourrait croire qu’il y aurait là suffisamment de motifs de campagnes, tribunes libres et actions d’éclat en faveur de la liberté de religion au Qatar de la part de notre adepte d’une « laïcité de combat« . Après tout, notre valeureux militant des Lumières – particulièrement discret sur les régimes maghrébins avant 2011 – n’avait-il pas affirmé, au sujet des élections tunisiennes de 2011, lors desquelles il avait assimilé Ennahda au Front national (une obsession chez lui que d’assimiler les islamistes au fascisme ou au nazisme) que « nous devons les laisser libres, jusqu’à une certaine limite« , rajoutant « moi, si les femmes sont emprisonnées en Tunisie, ça vaudra le coup de s’engager » et concluant « il faut contraindre non pas à ce que l’on choisisse leur orientation politique, mais le respect des valeurs démocratiques« . . .

Erreur, erreur grave. La contrainte en matière du respect des droit démocratiques a fait place à la dénonciation de la « campagne de dénigrement » contre le Qatar:

L’effet de conjoncture joue à plein au moment où le doute et la peur du déclassement s’installent dans les esprits en France.On se dit que les Qataris peuvent changer les règles du jeu grâce à leur chéquier comme de parfaits nouveaux riches de la mondialisation. Donc, qu’ils peuvent tout s’offrir grâce aux milliards du gaz qui sort de leur sous-sol. Or, chez nous on aime pas les nouveaux riches et on redoute la mondialisation. Et si d’aventure ils sont arabes et donc musulmans cela passe encore moins bien. (Le Journal du Dimanche, 2013)

Le Qatar, dénigré parce que musulman? L’islamophobie existerait-elle dans l’esprit de Malek Boutih? Les femmes voilées dont il a, tout au long de sa carrière politique, exigé l’exclusion de la sphère publique, seront bien aise de l’apprendre.

Son approche des droits des travailleurs immigrés au Qatar est tout aussi pragmatique:

On lui reproche de ne pas être une démocratie et de maltraiter ses travailleurs immigrés. En tant qu’ancien président de SOS racisme, je reconnais que la critique est fondée et qu’il y a beaucoup de choses à dire sur ce plan. Mais le Qatar n’est pas la Chine où l’on oblige encore des gens à travailler dans des camps.(Le Journal du Dimanche, 2013)

La Confédération syndicale internationale – citée par Nabil Ennasri qu’on ne peut soupçonner de qatar-bashing – est malheureusement d’un autre avis:

Les organisations syndicales internationales ont déposé une nouvelle plainte auprès de l’Organisation internationale du travail étayée par des preuves attestant du recours au travail forcé au Qatar. (…) Pour la première fois, le travail forcé est utilisé comme référence pour définir les conditions de travail au Qatar dans le cadre d’une plainte à l’OIT.

Et suivre le droit du travail qatari dans la presse permet de lire des rubriques telles que « Qatar – au royaume de l’esclavage moderne« , « Qatar – sous les gratte-ciel, l’enfer des travailleurs » ou « Qatar: les ouvriers migrants du bâtiment sont victimes d’abus« . Quoi de plus logique qu’un député socialiste ayant fait carrière dans la défense supposée des immigrés n’y prête guère attention?

Sa défense du modèle qatari n’aura pas échappé à l’attention de l’ambassade du Qatar en France, dirigée par l’ambassadeur Mohamed Jaham Al-Kuwari, personnage influent de la scène politico-diplomatique parisienne. Après avoir été invité à Doha lors du 13e Doha Forum, Malek Boutih a quasiment retrouvé la foi: « Tout l’âge d’or des musulmans qui a nourri l’imaginaire de mon enfance est là « . Il y était en de bonnes mains et en bonne compagnie: « Durant trois jours il a été possible de croiser dans les couloirs du luxueux hôtel Ritz-Carlton, Malek Boutih, Patrick Balkany, Jean-Vincent Placé, Patrick Ollier ou encore Michèle Alliot-Marie« , pour du travail de fond:

«Donnez, do-do-do-donnez, donnez, donnez-moi-a-a…» La voix chaude d’Enrico Macias s’élève au milieu des pipes à chichas, sous le regard étonné de Qatariens en dishdasha traditionnel et les acclamations d’hommes et de femmes politiques aussi différents que Michèle Alliot-Marie (MAM) ou Malek Boutih. Dans ce café du souk de Doha, l’artiste pousse la chansonnette pour l’anniversaire de Mohamed Kuwari, le très dynamique ambassadeur du Qatar en France. C’est lui qui a composé la délégation française au 13e Forum de Doha –environ 70 personnes– l’une des plus importantes de ce symposium consacré de lundi à mercredi aux enjeux régionaux. (20 minutes, 2013)

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Et de retour à Paris, un journaliste tombe nez-à-nez sur Malek Boutih à l’issue d’un entretien avec l’ambassadeur qatari à Paris:

Son visiteur suivant, dans le salon du Royal Monceau, est d’ailleurs un élu socialiste, Malek Boutih, qui participait il y a quelques semaines au forum de Doha, en compagnie de nombreux élus de droite et de gauche. (Rue89, 2013)

Nul doute que Malek Boutih venait évoquer avec lui le cas douloureux des hindous et bouddhistes privés de lieu de culte ou de la peine capitale pour apostasie.

(1) Cette revendication allait de pair chez elle avec un discours d’une dureté extrême contre le port du voile: « derrière le port de la burqa, du niqab et même du hidjab, il y a toujours un projet politique qui tend à prôner d’abord l’inégalité des sexes et l’effacement des femmes en tant qu’entité politique, puis l’effacement des hommes et, enfin, l’effacement de la démocratie » (Elle, 2012). Elle avait ainsi estimé que le port du hijab par la rappeuse convertie Diam’s en faisait « un danger pour les jeunes filles des quartiers populaires« . Elle s’est déclarée enthousiaste (« non seulement je suis d’accord, mais j’encourage le président de la République à le faire le plus rapidement possible« ) en faveur du projet de loi socialiste interdisant le port du voile dans le secteur de la petite enfance, pas encore adopté.

(2) Il s’agissait en fait de manifestations en 2002 contre les crimes de guerre israéliens lors de la répression de la deuxième intifada auxquelles le MRAP avait participé. Il avait été allégué que des cris « morts aux Juifs » avaient été poussés par quelques individus, mais le MRAP n’y était pour rien. On notera à cet égard que Malek Boutih, ancien président de SOS-Racisme, a toujours préservé de ses critiques et l’UEJF et la LICRA, deux parrains de SOS-Racisme. Il faut dire que « son refus de participer aux récentes manifestations parisiennes en faveur des Palestiniens – il a préféré défiler pour la paix avec, notamment, ses potes de l’Union des étudiants juifs de France – lui ont valu quolibets et insultes. Dans les autres associations de lutte contre le racisme, au MRAP, à la Licra, au MIB, on susurre volontiers que le premier patron beur de SOS est « complètement prisonnier de ses parrains feujs »« .

(3) Ainsi, suite à une visite de soutien de la secrétaire d’Etat aux droits de l’homme Rama Yade à un squat devant être évacué par décision de justice, Malek Boutih lui fit part de son soutien plein et entier:

Malek Boutih, secrétaire national du PS, avoue ne « pas être choqué du tout ». « Elle assume son rôle de secrétaire d’Etat en charge des Droits de l’homme », justifie-t-il. Mais l’ancien président de SOS Racisme va au-delà et souligne « la fraîcheur de Rama Yade ». « Un autre ministre plus chevronné n’aurait pas ouvert un tel dossier. Elle le fait, elle bouscule, elle ne doit pas baisser la tête », conseille-t-il. (Le Parisien, 2007)

The most incendiary charge against Israeli NGOs: that they are funded by « Arab » money…

In the context of Israeli politics, it is the most incendiary charge made thus far against human rights groups and other left-wing nongovernmental organizations: that some of the money that funds their work comes from Arabs — or even from terrorists.

As the Knesset steams ahead with plans to probe the country’s human rights groups, critics of the NGOs are now seeking to advance this charge with a study that purports to supply supporting data.

Im Tirtzu, a right-wing group that says domestic human rights groups are undermining Israel’s legitimacy, released a report January 11 claiming to prove that money from Arab countries, organizations and funds is channeled to Israel through Palestinian charities “in order to influence internal Israeli state policies.” (Forward)

Could you even start imagining the outrage if say Moroccan media or political parties aired their concern that Moroccan human rights NGOs were funded with « Jewish » money?

Quelle protection en droit marocain pour les autres religions que l’islam malékite?

Un commentateur – Abu Ilyás – m’a demandé à deux reprises de préciser quelle était la protection juridique dont pouvait se réclamer une religion autre que l’islam – en fait, l’islam maléékite, car nul ne croit que les autorités auront coeur à protéger l’islam hanbalite ou jaafarite (chiite) – selon le droit positif marocain.

Une religion peut être juridiquement protégée dans son aspect purement moral ou intellectuel – par exemple, par la répression du blasphème ou de l’apostasie – ou dans son aspect cultuel – par exemple, part la répression de toute atteinte à ses rites.

Les dispositions pertinentes en droit marocain se retrouvent principalement dans le Code pénal et dans le Code de la presse et de l’édition.

Commençons par le Code de la presse et de l’édition. L’article 41 alinéa 2 de ce code punit de trois à cinq années d’emprisonnement « la publication d’un journal ou écrit porte atteinte à la religion islamique » – l’offense à d’autres religions que l’islam – y compris un culte reconnu et autochtone comme le culte israélite – n’est pas sanctionnée, une disposition clairement discriminatoire.

Certes, l’article 39 bis punit d’un mois à un an d’emprisonnement l’incitation à la discrimination, à la violence ou à la haine contre une ou plusieurs personnes en raison de certaines de leurs qualités, dont l’appartenance religieuse. Cette disposition réprime cependant les seules attaques contre des individus ou groupes en raison de leur appartenance religieuse, mais non pas contre une autre religion en tant que telle. On notera que cette disposition trouve en théorie à s’appliquer à toutes les appartenances religieuses sans distinction, y compris l’appartenance à la religion dominante au Maroc – ce qui en soi est bien évidemment une bonne chose.

On peut rapprocher de cette disposition la répression par le Code pénal de la discrimination (définie à l’article 431-1) effectivement opérée entre personnes physiques et morales « en raison de l’appartenance ou de la non appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée« . Cette interdiction vaut pour toute discrimination dans une série limitativement énumérée – à l’article 431-2 du Code pénal – d’actes de la vie quotidienne: refus de « la fourniture d’un bien ou d’un service« , entrave à « l’exercice normal d’une activité économique quelconque« , le refus d’mbauche, le licenciement ou la sanction d’une personne et enfin le fait de « subordonner la fourniture d’un bien ou d’un service ou l’offre d’un emploi à une condition fondée sur » l’appartenance religieuse. La peine encourue est l’emprisonnement de un mois à deux ans.

Pour finir sur le Code de la presse, on notera que son article 29 permet l’interdiction d’introduction au Maroc de journaux ou écrits -périodiques ou non – portant atteinte à la religion islamique – mais aucune disposition équivalente n’empêche l’introduction au Maroc de textes portant atteinte à d’autres religions.

D’autres dispositions du Code pénal protégent de manière explicite le libre exercice des cultes, de même que « la foi des musulmans« . Sont ainsi interdits:

  • la contrainte ou l’empêchement d’une personne à exercer ou assister à l’exercice d’un culte, délit puni de six mois à trois ans d’emprisonnement (article 220 alinéa 1 du Code pénal);
  • l’entrave volontaire de l’exercice d’un culte ou d’une cérémonie religieuse, ou le fait d’occasionner volontairement un désordre de nature à en troubler la sérénité, délit puni de six mois à trois ans d’emprisonnement (article 221 du Code pénal);
  • le fait de détruire, souiller ou dégrader volontairement les édifices, monuments ou objets servant au culte, délit puni de six mois à trois ans d’emprisonnement(article 223 du Code pénal);
  • « la destruction, l’abattage, la mutilation ou la dégradation de monuments,statues, tableaux ou objets d’art quelconques placés dans des (…) lieux réservés au culte« , punie d’un mois à deux ans d’emprisonnement (article 595 du Code pénal)

De manière plus polémique, l’article 220 alinéa 2 du Code pénal punit le fait d’ébranler la foi d’un musulman: est puni de six mois à trois ans d’emprisonnement l’emploi « de moyens de séduction dans le but d’ébranler la foid’un musulman ou de le convertir à une autre religion, soit en exploitant sa faiblesse ou ses besoins,soit en utilisant à ces fins des établissements d’enseignement, de santé, des asiles ou desorphelinats« . Seul le fait d’ébranler la foi d’un musulman est ici punissable – il est donc permis d’ébranler la foi d’un non-musulman par l’emploi de moyens de séduction en exploitant sa faiblesse ou ses besoins. J’en ai très largement parlé précédemment ici.

Autre disposition visant uniquement la religion musulmane: l’article 222 du Code pénal, qui punit d’un à six mois d’emprisonnement « celui qui, notoirement connu pour son appartenance à la religion musulmane, romptostensiblement le jeûne dans un lieu public pendant le temps du ramadan, sans motif admis par cette religion« . Vous vous rappelez tous de l’épisode rocambolesque du vrai-faux piquenique en forêt de Mohammedia lors du ramadan 2009, que j’ai très largement évoqué ici.

Pour conclure brièvement, le droit marocain protège – en théorie – de manière similaire les individus et les groupes contre la haine ou la discrimination pour motifs religieux, ou contre l’entrave de leurs rites ou la destruction ou dégradation de leurs lieux de culte, indépendemment du culte en question, mais ne protège qu’un seul dogme en tant que tel: l’islam. Et je n’ai pas évoqué la reconnaissance des cultes par l’Etat – à ma connaissance, les seuls textes réglementaires ou législatifs marocains reconnaissant des cultes concernent l’islam – de facto l’islam sunnite de rite malékite – et le culte juif. Les autres cultes reconnus – catholicisme, protestantisme, anglicanisme et rite orthodoxe – ne sont couverts par aucun texte législatif ou réglementaire. Ils sont donc susceptibles de voir leur statut modifié sur simple décision administrative. Il en va de même du financement public: seul le culte musulman sunnite officiel – par le biais du ministère des habous et des affaires islamiques – et le judaïsme – par le biais de différentes taxes sur l’abattage rituel, l’eau-de-vie mahya ou les actes de notariat hébraïque – sont à ma connaissance financés par l’Etat ou à l’aide de la puissance publique.

Les droits des MRE vis-à-vis des Etats européens, c’est bien, mais…

Via twitter j’ai lu cet article sur la création d’un réseau de juristes pour défendre les droits des MRE – la tonalité de l’article n’indique pas si c’est pour les défendre vis-à-vis des administrations marocaines que les MRE ont la malédiction de subir même à l’étranger, on a plutôt l’impression que c’est pour défendre les droits des MRE vis-à-vis des pays d’accueil – impression confirmée en lisant le communiqué du ministère de la communauté marocaine résidant à l’étranger. Un séminaire a eu lieu à Rabat ce 10 août, et de nombreuses présentations présentées à cette occasion sont disponibles ici.

On y a appris ceci:

Le secrétaire général du ministère des affaires étrangères et de la coopération, M. Youssef Amrani, a de son côté, indiqué que la question des droits de la communauté marocaine à l’étranger constitue une des priorités de des actions diplomatiques menées par le Royaume, se félicitant de l’apport fructueux des MRE au processus de développement que connaît le Royaume.

M. Amrani a, après avoir mis en exergue le choix du thème de cette rencontre, souligné que le ministère des affaires étrangères et de la coopération place la protection des droits des MRE au coeur des ses consultations politiques avec les pays partenaires du Royaume. (Ministère de la communauté marocaine résidant à l’étranger)

Une précision: un Etat est parfaitement en droit de défendre ses citoyens résidant à l’étranger lorsqu’il estime que leurs droits, tels que définis en droit international, ont été bafoués. En droit international public, on appelle cela la protection diplomatique, qui est une prérogative reconnue en droit coutumier et par la Convention de Vienne de 1961 sur les relations diplomatiques – cf. l’article 3.1.b) de cette dernière:

Article 3
1. Les fonctions d’une mission diplomatique consistent notamment à :
(…)
b) Protéger dans l’Etat accréditaire les intérêts de l’Etat accréditant et de ses ressortissants, dans les limites admises par le droit international;

Ce droit à la protection diplomatique est un droit qui revient à l’Etat et non aux individus concernés: l’Etat marocain a la faculté à exercer sa protection diplomatique en faveur de ses ressortissants faisant l’objet de tracasseries policières à la frontière hispano-marocaine, à Sebta et Melilla, mais ces ressortissants n’ont pas un droit à être protégés, sauf si le droit interne marocain leur accorde un tel droit (ce n’est pas le cas, à ma connaissance).

D’autre part, des traités, multilatéraux ou bilatéraux, reconnaissent aux travailleurs immigrés marocains résidant à l’étranger des droits spécifiques. Parmi les conventions multilatérales, outre plusieurs conventions de l’Organisation internationale du travail (la Convention n°97 sur les travailleurs migrants de 1949, et la convention complémentaire n°143 sur les travailleurs migrants (dispositions complémentaires) de 1975, mais c’est surtout la Convention internationale sur la protection des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leur famille de 1990 qui est invoquée par le Maroc. Seul problème: cette dernière convention, entrée en vigueur en 2003 et défendant de manière extensive les droits des migrants, n’est ratifiée par aucun des principaux pays d’émigration marocaine (aucun Etat membre de l’Union européenne, qui aime par ailleurs prêcher le respect des droits de l’homme et des minorités, ne l’a ainsi ratifiée) – à l’exception de l’Algérie et de la Libye, qui ne sont cependant pas des Etats de droit – tout comme le Maroc – susceptibles de respecter les conventions de protection des droits de l’homme qu’ils ratifient. Pour faire bonne mesure, le Maroc viole, de par la loi n° 02-03 relative à l’entrée et au séjour des étrangers au Royaume du Maroc, à l’émigration et l’immigration irrégulières, plusieurs dispositions de cette Convention de protection des drotis des travailleurs migrants (sans compter que des dispositions de cette loi favorables aux étrangers ne sont pas appliquées par les autorités marocaines):

Le Maroc est parmi les rares pays à avoir ratifié la Convention internationale sur la protection de tous les travailleurs migrants et les membres de leur famille du 18 décembre 1990. Cette convention accorde une protection à tous les travailleurs migrants dans un pays et aux membres de leurs familles, y compris les clandestins. En prévoyant des sanctions pour toute immigration illégale sans distinction, les rédacteurs de la loi n° 02-03 semblent avoir négligé les engagements internationaux du Maroc en la matière. (Khadija Elmadmad, « La nouvelle loi marocaine du 11 novembre 2003, relative à l’entrée et au séjour des étrangers au Maroc, et à l’émigration et l’immigration irrégulières« )

Dans la loi marocaine, on ne retrouve aucune garantie du respect des droits et de l’égalité des migrants par rapport aux nationaux devant les libertés économiques, politiques ou sociales reconnue par cette convention : liberté de conscience, de pensée, de religion (art. 12 de la convention), d’opinion (art. 13), de syndicalisation (art.26), d’association (art.40), droit à l’égalité devant la justice (art.18-20), à l’éducation (art . 30 et 40), à la sécurité sociale (art.27 et 28), au travail (art.53 et 54), à la propriété (art.32), à l’information (art.33 et 65), à la participation à la vie publique (art .41-42)… Certes, ces droits ne sont pas niés, mais ils ne sont pas non plus garantis, laissant ainsi la porte ouverte aux abus et autres discriminations.

La loi n° 02-03 remet en cause un des droits consacrés dans la convention sur la protection des travailleurs migrants qui est le droit au regroupement familial. Il n’est pas mentionné et aucune disposition n’existe pour faciliter l’acquisition de visas pour les membres de la famille, alors que l’article 44.1 de la convention stipule que « les Etats parties, reconnaissant que la famille est l’élément naturel et fondamental de la société et qu’elle a droit à la protection de la société et de l’Etat, prennent les mesures appropriées pour assurer la protection de l’unité de la famille du travailleur migrant ». Il n’est pas non plus fait cas de ce qui se passe en cas de décès ou de divorce pour le renouvellement des titres de séjour des ayant droits, alors que l’article 50 de la convention dispose que « en cas de décès d’un travailleur migrant ou de dissolution de son mariage, l’Etat d’emploi envisage favorablement d’accorder aux membres de la famille dudit travailleur migrant qui résident dans cet Etat dans le cadre du regroupement familial l’autorisation d’y demeurer». Par ailleurs, rien n’est prévu en cas de décès pour le rapatriement des corps. (Amis et familles des victimes de l’immigration clandestine -section de Casablanca, « LECTURE CRITIQUE DE LA LOI 02-03 RELATIVE A L’ENTREE ET AU SEJOUR DES ETRANGERS AU MAROC, A L’EMIGRATION ET A L’IMMIGRATION IRREGULIERES« )

Le « Rapport relatif à l’application par le Maroc de la Convention internationale sur la protection des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leur famille » du Groupe antiraciste d’accompagnement et de défense des étrangers et migrants (GADEM) est encore plus détaillé – et sévère – sur les nombreuses violations de la Convention de 1990 – que le Maroc souhaite voir appliquer aux Marocains résidant à l’étranger – que le Maroc commet à l’encontre des étrangers sub-sahariens sur son territoire:

Recommandations
 Veiller au respect des obligations internationales du Maroc en particulier en mettant en conformité la loi 02-03 avec les dispositions de la Convention internationale pour la protection des travailleurs migrants et des membres de leur famille.
 Poursuivre une réforme de la Justice ambitieuse pour un accès progressif à la Justice pour tous, notamment pour les étrangers, pour une Justice indépendante et transparente. Permettre aux acteurs de droits un accès à l’information.
 Dans ce cadre, établir des sanctions administratives et légales pour les violations commises par les agents de l’Etat, concernant la légalité des procédures.
 S’abstenir de toute mesure collective d’expulsion ou de reconduite à la frontière et de toute autre mesure à l’encontre des migrants et des réfugiés qui ne serait pas dûment respectueuse de leurs droits.
 Garantir l’intégrité physique des migrants dans le respect de la Convention sur les droits des travailleurs migrants et des membres de leur famille et conformément à la Convention contre la torture et les peines et traitements cruels, inhumains ou dégradants.
 Faire en sorte que tout migrant ait un droit effectif à la liberté et à la sécurité de sa personne ainsi que le droit à la protection effective de l’Etat contre la violence, les dommages corporels, les menaces ou les intimidations, que ce soit de la part de fonctionnaires ou de particuliers, de groupes ou d’institutions.
 Adapter et généraliser les programmes d’éducation, d’information et de formation sur les textes internationaux pour la protection des droits des migrants, pour le personnel civil et militaire chargé de l’application des lois, notamment le personnel de la police administrative, de la gendarmerie et les forces auxiliaires ;
 Lutter contre la criminalisation des migrants et étrangers au Maroc, ou de certains étrangers, afin de limiter toutes discriminations, de ne pas alimenter le racisme et donc de permettre un accès à leurs droits fondamentaux à tous les travailleurs migrants. A cet égard, prendre toutes les mesures nécessaires, y compris l’amendement de certaines dispositions de la législation en vigueur.
 S’abstenir de conclure tout accord, notamment de réadmission, avec l’Union européenne et les Etats membres qui risquerait d’une part de reporter la charge de l’accueil des migrants et des réfugiés sur le Maroc et d’autre part d’avoir de graves conséquences quant au respect des droits de ces personnes.
 Faire valoir auprès des pays avec qui des accords seraient conclus sur les questions migratoires, les engagements internationaux du Maroc et en particulier ceux relatifs à la Convention sur les droits de tous les travailleurs migrants et de leur famille.
 A ce titre, le Maroc devrait refuser de conclure tout accord sur les questions migratoires avec des pays n’ayant pas ratifié la présente Convention.

Outre donc ces conventions multilatérales, on trouve les conventions bilatérales qui sont surtout relatives à la sécurité sociale des travailleurs migrants marocains dans les pays tiers.

De nombreux Marocains résidant à l’étranger souffrent entre les mains des autorités du pays d’accueil – outre les habituelles tracasseries racistes auxquelles peuvent être confrontés les Marocains résident en Europe ou en Amérique du Nord, il ne faut pas oublier les dénis de droit absolus dont peuvent être victimes nos compatriotes résidant en Libye ou en Arabie séoudite, excessivement rarement dénoncés par le gouvernement marocain, ceux-là. Rien, en droit ou en fait, ne devrait donc empêcher le gouvernement marocain, que ce soit par les services centraux de l’administration marocaine (ministère des affaires étrangères, ministère de la communauté marocaine résidant à l’étranger), la pléthore d’organes publics (CCME, Fondation Hassan II au service des Marocains Résidant à l’Etranger et son Observatoire de la Communauté Marocaine Résidant à l’Etranger) ou ses missions diplomatiques à l’étranger de venir en aide à ses ressortissants subissant des violations du droit international aux mains de gouvernements étrangers.

Sauf que la manière la plus simple pour le gouvernement marocain de défendre les droits de ses ressortissants à l’étranger serait d’abord de faire respecter ces droits par les missions diplomatiques marocaines à l’étranger, ainsi que par les administrations marocaines – Douane, Gendarmerie, DGSN – avec lesquelles les Marocains résidant à l’étranger sont en contact de retour à leur pays – à supposer que le Maroc appartienne vraiment à ses citoyens, mais c’est un autre débat.

J’ai déjà évoqué, il y a quelques semaines, le cas de l’ambassade du Maroc à Copenhague, où un consul se serait rendu coupable non seulement de corruption mais en outre d’harcèlement sexuel à l’encontre des MRE du Danemark, l’ambassadeur s’étant refusée à intervenir en dépit des nombreuses protestations des victimes de ces agissements. Voici ce que j’avais écrit alors (rien de changé depuis):

L’ambassadeure et le consul ont-ils été poursuivis, sur le plan disciplinaire ou pénal, à leur retour au Maroc? Aucune information en ce sens n’a pu être recueillie. Le MAEC dispose d’une inspection générale ainsi que d’un conseil de discipline, conformément à l’article 65 du dahir n° 1-58-008 du 4 chaâbane 1377 (24 février 1958) portant statut général de la fonction publique. Leurs décisions ne sont pas publiques, impossible donc d’en savoir plus.

(…) 

Sur le plan pénal, les faits allégués seraient, s’ils étaient avérés, constitutifs de nombreuses infractions pénales, notamment l’acte arbitraire attentatoire à la liberté individuelle ou aux droits civiques (article 225 du Code pénal), la concussion (article 243 du Code pénal), le trafic d’influence (article 250 du Code pénal) et enfin harcèlement sexuel, réprimé par l’article 503-1 du Code pénal. Cependant, si des poursuites ont eu lieu (j’en doute), la presse n’en a rien rapporté.

Voilà donc quelques centaines de Marocains qui accusent publiquement deux agents du ministère des affaires étrangères, dont un est ambassadeur et nommée par dahir, de corruption et harcèlement sexuel. De deux choses l’une: soit ils disent la vérité, et les faits qu’ils dénoncent doivent donner lieu à des suites disciplinaires et judiciaires, soit ils mentent, et alors ces suppôts de l’Iran, de la DRS algérienne et de Bob Ménard doivent être poursuivis, au Danemark pour diffamation et au Maroc pour outrage à fonctionnaire public, réprimé par l’article 263 du Code pénal. Or, en l’espèce, rien de tout cela.

Ceci n’est pas un cas isolé: dans un post sur Talk Morocco, « Seeking the Higher Ground in the Diaspora Human Terrain« , le bloggeur Ahmed T.B. a.k.a. cabalamuse, rapporte l’information suivante:

Complaints against the dishonesty and incompetence of the diplomats and civil servants in Moroccan embassies around the world abound and were never heeded by the authorities. According to an article in Yabiladi, five hundred Moroccan immigrants residing in southern France signed and submitted, in 2007, a petition to Morocco’s Ambassador in Paris to seek redress against Mohamed Bernoussi who at the time was the consular officer in the French southern city of Marseille since 2002; he was accused of extorting money from those seeking consular services; he treated the people he was to protect and serve contumeliously. Mohamed Bernoussi is now the Secretary General  [of the Ministry] in Charge of Moroccans residing overseas. Go figure.

Voilà donc un consul contre qui les mêmes accusations de corruption que contre son collègue de Copenhague furent publiquement signalées à l’ambassadeur du Maroc à Paris en 2007, dans une pétition comportant 500 signatures. Ce consul est aujourd’hui secrétaire-général du Ministère de la communauté marocaine résidant à l’étranger. Je présume qu’il aura la haute main dans la défense des droits des Marocains résidant à l’étranger, à moins que le consul du Maroc à Paris ne lui vienne en aide, lorsque ses affaires immobilières lui en laisseront le temps

A ne pas rater: Shlomo Sand à Casablanca ce jeudi 9 juillet

comment le peuple juif fût inventé

Reçu du Carrefour des Livres, la célèbre librairie du Maarif à Casa:

Rencontre avec….
Shlomo SAND
Autour de son livre :
Comment le peuple juif fut inventé
Editions Fayard

Modérateur: Jean-Paul Chagnollaud
Directeur de la revue Confluence Méditerranée

le jeudi 9 juillet 2009
à 19 h
Au Carrefour des Livres
Angle rues des Landes et Vignemale – Maârif – Tél : 05-22-98-24-30

Défense absolue de manquer cela – et pourvu qu’on échappe aux questions débiles de connards confondant juif et sioniste!

Pour les wydadis et les fans de Michael Jackson (mes excuses à ces derniers pour la comparaison), je précise que Shlomo Sand est un historien israëlien post- ou a-sioniste, auteur de « Comment le peuple juif fut inventé« , dont voici un extrait:

Cette conception historique constitue la base de la politique identitaire de l’Etat d’Israël, et c’est bien là que le bât blesse ! Elle donne en effet lieu à une définition essentialiste et ethnocentriste du judaïsme, alimentant une ségrégation qui maintient à l’écart les Juifs des non-Juifs — Arabes comme immigrants russes ou travailleurs immigrés.

Israël, soixante ans après sa fondation, refuse de se concevoir comme une république existant pour ses citoyens. Près d’un quart d’entre eux ne sont pas considérés comme des Juifs et, selon l’esprit de ses lois, cet Etat n’est pas le leur. En revanche, Israël se présente toujours comme l’Etat des Juifs du monde entier, même s’il ne s’agit plus de réfugiés persécutés, mais de citoyens de plein droit vivant en pleine égalité dans les pays où ils résident. Autrement dit, une ethnocratie sans frontières justifie la sévère discrimination qu’elle pratique à l’encontre d’une partie de ses citoyens en invoquant le mythe de la nation éternelle, reconstituée pour se rassembler sur la « terre de ses ancêtres ».

Voir aussi:
– Shlomo Sand invité sur « Là-bas si j’y suis », la mythique émission radio de Daniel Mermet;
– sur youtube une extraordinaire prestation de Shlomo Sand face au conseiller franco-israëlien de Netanyahu, Meyer Habib;
le CV de Shlomo Sand;
– un entretien de Télérama avec Shlomo Sand;
– « Israeli best seller breaks national taboo – Israeli academic and historian says Jewish Nation myth« ;
interview de Shlomo Sand dans L’Express (hat-tip: 7didane)

ADDENDUM: Shlomo Sand a déjà donné une conférence le 7 juillet à la Fondation Al Saoud à Casa.

De Rabin à Olmert, la purification ethnique continue à Al Qods (Jérusalem)

Un rapport assez ancien (2004) du Jerusalem Institute for Israel Studies, « A Fence Around Jerusalem – The Construction of the Security Fence Around Jerusalem: General background and implications for the city and its metropolitan area » qui porte sur les conséquences du mur de l’apartheid sur Al Qods (Jérusalem) et particulièrement sa population palestiniennes apporte des informations intéressantes, et très détaillées concernant la période 1995-2004.

Saviez-vous par exemple que si le mur de l’apartheid fût réalisé à l’initiative de Sharon, sa planification et conception remontent à Rabin, prix Nobel de la paix:

The initial conception and incipient planning of the fence date back to the second government of Yitzhak Rabin, when Moshe Shahal, the Minister of Interior Security, initiated planning for the “seam zone.” (p. 2)

At the beginning of 1995, the wave of suicide bombings which began in late 1994, during the Oslo process, and extensive Palestinian criminal activity — theft of cars and of agricultural implements — led to the formulation of the “seam zone” plan. The term referred to a geographic strip (340 kilometers long, including the Jerusalem area, and ranging in width from a few kilometers to 20 kilometers) along both sides of the Green Line, which would be utilized to preempt and prevent terrorist and criminal activity originating from the West Bank.

On January 31, 1995, ten days after a terrorist attack at the soldiers’ hitchhiking station at Beit Lid junction, the Cabinet instructed the Finance Minister and the Interior Security Minister to set up teams in order to examine ways and means to bring about a separation between the population of sovereign Israel and the Palestinian population in the West Bank and the Gaza Strip, and to consider the economic and security implications of such a separation.3 The decision led to the establishment of a committee headed by Interior Security Minister Moshe Shahal, which drew up a plan based on three principles: Palestinians would be allowed to enter Israel through official crossing points after obtaining an entry permit and undergoing a security check by the Israel Police; the volume of vehicular traffic into Israel from the territories would be reduced and a system introduced to ensure the entry of goods and merchandise in a controlled manner through the official crossing points; and potential infiltrators and vehicles would be prevented (as far as possible) from entering Israel outside these points. The committee recommended the introduction of permanent and continuous routine-security measures (known as batash in the military Hebrew acronym) between the crossing points, this under the responsibility of the Israel Defense Forces (IDF), and the construction of an obstacle on the access routes to prevent infiltration.

In the Jerusalem region the committee recommended the deployment of police and Border Police forces to supervise and oversee those entering the city. More specifically, the committee recommended the creation of six crossing points for goods, vehicles, and people seeking to enter the city from the West Bank. In addition, the committee said, access routes traversing Jerusalem’s area of jurisdiction should be blocked in order to ensure that traffic passed solely through the official crossing points. (pp. 7-8)

Et paradoxalement, ce fût sous Netanyahou que le projet de Rabin puis de Peres fût mis en veilleuse:

In July 1996, Yitzhak Mordechai, the Defense Minister in the new government of Benjamin Netanyahu, declared that he opposed the Rabin government’s separation plan. The plan was put on hold. (p. 9)

Et ce fût en réaction à une initiative d’un leader travailliste, Haïm Ramon (« Against this backdrop, MK Haim Ramon, a ranking figure in the Labor Party, established the Movement for Unilateral Separation« , p. 10), que Sharon initia la réalisation de ce projet travailliste.

La situation des résidents palestiniens d’Al Qods, titulaires d’une carte d’identité israëlienne mais non-citoyens, habitant en dehors des limites municipales d’Al Qods (la ville, annexée à Israël en 1967, s’étend de facto au-delà des limites municipales traditionnelles de jure, et empiète donc sur le territoire cisjordanien non-annexé à Israël) mérite d’être soulignée – ils sont considérés comme résidents permanents en Israël comme n’importe quelle au pair thaïlandaise ou philippine:

First, there is the problem of the East Jerusalem population, who carry Israeli ID cards but reside outside the Jerusalem area of jurisdiction, in Judea and Samaria. They have a singular legal status — permanent residents of Israel who are not citizens and reside outside the territory of the state. From the strictly legal point of view, no obligation exists to find the easiest or the shortest way for this group to enter Jerusalem, as their entry into Jerusalem constitutes a passage between two separate legal entities. (p. 23)

Cette catégorie de Palestiniens-là est donc étrangère dans son propre pays… Et savez-vous pourquoi ils n’habitent plus Al Qods? Parce que les autorités israëliennes n’accordent pas de permis de construire aux Arabes de la ville, alors que les mêmes autorités sont plus généreuses lorsque lesdits permis sont demandés en dehors d’Al Qods, démographie oblige:

The separation fence, especially to the east and north of Jerusalem, will make life very difficult for everyone who lives in East Jerusalem and the adjacent suburbs, and will have a significant impact on the status and economy of the entire city. The fence will split villages and neighborhoods, such as Abu Dis and A-Ram, and in some cases will separate members of the same family or hamula (clan). Unlike most of the separation fence, the obstacle in Jerusalem will divide not only Jews from Arabs but also cut off the Arab neighborhoods of East Jerusalem from the neighborhoods and villages outside the city’s area of jurisdiction. The critical question in this connection is the functioning of the crossing points and their operational regime.

Moreover, as noted above, various difficulties, as well as restrictions imposed by the Israeli authorities, have greatly limited Arab residential construction within Jerusalem. As a result, many Arab residents of the city who hold Israeli ID cards and “residents of the territories” are living in the same suburbs outside the city’s area of jurisdiction (in A-Ram and Al Azariya, for example). In some cases, some members of the same family or clan live in the city while others live outside. The “Jerusalemites” who reside outside the city are heavily dependent on Jerusalem in their everyday life and for the services they need. Thus, many children living outside the city attend schools in East Jerusalem, the residents turn to hospitals in East Jerusalem for medical services, and many hold jobs that are part of the Israeli labor market (including in the Jerusalem Municipality). Conversely, many students who reside in East Jerusalem attend Al Quds University, most of which is located in Abu Dis (outside the municipal area), and the cheaper shopping centers in Al Azariya and A-Ram rely on Jerusalem buyers. (pp. 71-72)

Par ailleurs, les auteurs soulignent et regrettent que ledit mur ne sépare pas plus clairement juifs et Palestiniens à Al Qods:

The major difficulty lies in the fact that in many cases the fence in the Jerusalem area does not separate Jewish and Arab populations, but instead cuts off Arabs living in the West Bank from Arabs living within the municipal boundaries of Jerusalem, despite the close family, social, and economic ties that bind the two groups. (p. 4)

To date, however, domestic political considerations have dictated that the fence will follow a route that leaves the majority of the Arab population on the “Israeli side.” It needs to be asked whether, given the vast planning and budget effort, which is subjecting Israel to mounting criticism in the international arena, it would not have been right to go one step further and try to “remove” from Israeli Jerusalem additional groups of Palestinians. This approach could be based on the fact that the municipal boundary has already been breached in two places: about 11,000 Palestinians have been excluded from Jerusalem in the Kafr Aqeb area and another 20,000 around Shuafat refugee camp. Thus, it is argued, a different route would have enabled the exclusion of several Arab neighborhoods from “Israeli Jerusalem,” reducing the city’s Palestinian population by 100,000 people and helping to strengthen Jerusalem’s status as a city with a solid Jewish majority and as the capital of Israel. (p. 89)

Car les aspects démographiques sont omniprésents, même si des considérations diplomatiques ont empêché les Israëliens de faire une opération de purification ethnique aussi intégrale qu’ils l’auraient souhaité:

Since the city’s unification, Israel has sought to preserve a clear-cut Jewish majority that will constitute demographic affirmation of Israeli control of Jerusalem. However, experts dealing with the future of Jerusalem maintain, on the basis of population projections, that the demographic balance in the city is “detrimental” to the Israeli interest, with the latest studies indicating that by 2020 Arabs will constitute 40 percent of the city’s population.

According to this approach, the prime Israeli interest is to incorporate as few Arabs as possible within “Israeli” Jerusalem, since an Arab population level of 40 to 50 percent is liable to endanger Israeli control not only in the eastern part of the city but in the western part as well.141

To date, however, domestic political considerations have dictated that the fence will follow a route that leaves the majority of the Arab population on the “Israeli side.” It needs to be asked whether, given the vast planning and budget effort, which is subjecting Israel to mounting criticism in the international arena, it would not have been right to go one step further and try to “remove” from Israeli Jerusalem additional groups of Palestinians.

This approach could be based on the fact that the municipal boundary has already been breached in two places: about 11,000 Palestinians have been excluded from Jerusalem in the Kafr Aqeb area and another 20,000 around Shuafat refugee camp. Thus, it is argued, a different route would have enabled the exclusion of several Arab neighborhoods from “Israeli Jerusalem,” reducing the city’s Palestinian population by 100,000 people and helping to strengthen Jerusalem’s status as a city with a solid Jewish majority and as the capital of Israel. (pp. 88-89)

Et c’est surtout sous l’angle démographique – le risque d’un retour dans les limites municipales d’Al Qods- que les difficultés engendrées par le mur pour les résidents palestiniens d’Al Qods habitant à l’extérieur de la ville pourraient susciter – qui soulève l’inquiétude dans la description des difficultés que rencontrent Palestiniens suite à la construction de ce mur:

From the Palestinians’ point of view, the obstacle, with its fences and enclaves, is the culmination of the restrictions Israel has imposed on their movement between Jerusalem and the territories since the Gulf War of 1991. Indeed, even at this early stage, the existence of a fence appears to be inducing many residents of East Jerusalem (who hold Israeli ID cards) to return to the city from rented accommodations outside the Jerusalem area of jurisdiction for fear of losing their rights. (A similar process of a return to East Jerusalem by residents of the city concerned about the possible loss of their rights occurred at the end of the 1980s, triggered by investigations undertaken by the National Insurance Institute and the Interior Ministry.) The question is how this process dovetails with the Israeli policy of maintaining the demographic balance (at a ratio of 70:30) between Jews and Arabs in Jerusalem. (p. 90)

Enfin, les auteurs du rapport rendent compte de leur façon de l’avis de la Cour internationale de justice sur la légalité du mur rendu le 9 juillet 2004:

The ICJ issued its opinion on the legality of the fence on July 9, 2004.76 The panel of judges declared that Israel “has the obligation to cease forthwith the works of construction of the wall being built by it in the Occupied Palestinian Territory” and that this “entails the dismantling forthwith of those parts of that structure situated within the Occupied Palestinian Territory, including in and around East Jerusalem” and the repeal of all legislation and regulations relating to the wall’s construction (par. 151). The vote was 14-1, the only dissenting vote being cast by Judge Thomas Buergenthal, a Jew, from the United States. Judge Buergenthal was also critical of Israel’s actions but argued that the court did not have at its disposal a sufficient factual basis for its sweeping findings and that the court would have done better to refrain from taking up the subject in the first place. (p. 43)

Documents complémentaires sur la purification ethnique et la colonisation à Al Qods:
– « Jerusalem as a Component of Israel’s National Security: Indicators of the State of the Capital, and a Look to the Future » (2006) – rapport israëlien mainstream, inquiet du nombre croissant d’habitants non-juifs à Al Qods;
– « Jerusalem the strangulation of the Arab Palestinian city » (2005), rapport de l’Applied Research Institute of Jerusalem (palestinien), dont on peut également consulter « Jerusalem, In Light of the Israeli Colonization Activities« , de la même année, ainsi que le plus récent (2007) « Israel’s Policy in Occupied East Jerusalem Push for “Voluntarily” & “Quiet Transfer” of Palestinians from the city« ;
– la page consacrée à Al Qods du site pro-palestinien Palestine Monitor;
– le rapport 2007 du Bureau pour la Coordination des Affaires Humanitaires de l’ONU pour les territoires palestiniens occupés, intitulé « East Jerusalem : The Humanitarian Impact of the West Bank Barrier | July 2007« ;
– le communiqué conjoint de l’Israeli Committee Against House Demolitions (ICAHD) et de la Civic Coalition for Defending the Palestinians’ Rights in Jerusalem (CCDPRJ) protestant contre le projet de plan d’urbanisme pour Al Qods adopté par la municipalité de Jérusalem;
étude sur le statut en droit international d’Al Qods (Jérusalem) établie en 1997 par la Division des Droits palestiniens de l’ONU;
– la fiche d’informations de l’ONG Stop the wall consacré à Al Qods;
le site de The Jerusalem Fund for Education & Community Development, ONG étatsunienne;
– la page sur Al Qods de la Palestinian Academic Society for the Study of International Affairs (PASSIA);
– le site du Jerusalem Center For Social & Economic Rights (JCSER);
– le site du Multi Sector Review and Development Plan for Jerusalem, initiative palestinienne pour établir des modèles de développement pour la partie arabe d’Al Qods;
– un rapport – « Impact of the racial separation wall on the different Economic Sectors in East Jerusalem » (2006) – de la Chambre Arabe de Commerce et d’Industrie de Jérusalem-Est sur les conséquences économiques du mur de l’apartheid;
l’excellente page sur le droit international humanitaire applicable à la Palestine de l’organisation luthérienne suédoise Diakonia contient une page consacrée au statut juridique d’Al Qods;
– la page de Btselem, célèbre ONG de défense des droits de l’homme israëlienne, consacrée à Al Qods;
le site d’Ir Amim, ONG de Jérusalem pour un développement juste, équitable et consensuel de la ville, avec son rapport récent intitulé « Negotiations towards an Accord on Jerusalem:  »
– le rapport (« Building Walls, Breaking Communities: The Impact of the Annexation Wall on East Jerusalem Palestinians » – 2005) de l’ONG palestinienne Al Haq sur les conséquences pour Al Qods du mur de l’apartheid;
la page consacrée à Al Qods par l’Association for Civil Rights in Israel (ACRI);
page des documents sur Al Qods de l’UNISPAL (United Nations Information System on the Question of Palestine);

Israël ne discrimine pas entre ses habitants, surtout à Al Qods

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Lu sur le site d’ACRI (Association for Civil Rights in Israel), au sujet de la situation à Al Qods:

East Jerusalem in Numbers
Number of [Palestinian] residents: Approximately 256,820 (34% of the Jerusalem population) [December 2007 data]
[Palestinian] Families under the poverty line: 67% (as opposed to 21% of Jerusalem’s Jewish families) [2006 data]
Children under the poverty line: 77.2% of the Arab children in the city (as opposed to 39.1% of the city’s Jewish children) [2006 data]
Expropriated land: Since annexing East Jerusalem, the Israeli government has expropriated 24,500 dunams (over a third of the area), which were privately owned by Arabs.
Construction: By the end of 2007, 50,197 housing units for the Jewish population had been built on the expropriated land; no housing units had been built for the Palestinian population on the expropriated land.
Sewage line shortage: 70 kilometers of main sewage lines are lacking.
Lack of water connections: Approximately 160,000 Palestinian residents have no connection to the water network.
Shortage of school classrooms: There is a shortage of 1,500 classrooms.
School dropout rate: Currently stands at approximately 50%.
Average social worker caseload: 190 households per social worker (as opposed to 111 households per social worker in West Jerusalem).
Number of post offices: 2, plus 5 postal agencies (as opposed to 50 postal facilities in West Jerusalem).

Sur le site de Btselem, on y lit des choses intéressantes sur le statut légal de la partie d’Al Qods occupée en 1967, communément appelée Jerusalem-Est:
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Palestinians hold the status of « permanent resident » of the State of Israel. This is the same status granted to foreign citizens who have freely chosen to come to Israel and want to live there. Israel treats Palestinian residents of East Jerusalem as immigrants who live in their homes at the beneficence of the authorities and not by right. The authorities maintain this policy although these Palestinians were born in Jerusalem, lived in the city, and have no other home. Treating these Palestinians as foreigners who entered Israel is astonishing, since it was Israel that entered East Jerusalem in 1967.

L’urbanisme à Jérusalem se décide selon des critères ethniques:
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The Mufti of Jerusalem, Sheikh Mohammed Hussein, and the Palestinian Governor of Jerusalem, Mr. Adnan al-Husseini, opened the press conference and emphasized the grave dangers facing the Palestinian community in East Jerusalem and the importance of the legal and professional work on land and planning issues in the city. Adalah’s General Director Attorney Hassan Jabareen then stated that the goal of the press conference was to expose the work of the Israeli bureaucracy as it affects Jerusalem and the future of the city, since the media only covers issues related to Israel’s visible policies in Jerusalem, such as home demolitions. Land planning policies, however, remain hidden, despite the fact that they are determining the city’s fate over the long term and directly affect the day-to-day lives of Palestinians living there.

Adalah Attorney Suhad Bishara gave a comprehensive presentation of the proposed plan and the effect it will have on the lives of Palestinians in Jerusalem, and on the general character of the city. Attorney Bishara emphasized that the plan is a continuation of the planning approach that is followed by Israel in occupied East Jerusalem, and which does not benefit its Palestinian population, but rather seeks to maintain a permanent Jewish majority within the area designated “united greater Jerusalem.” Under the plan, the proposed highways and railways will preclude the development of the Palestinian community in East Jerusalem and will cut the Arab neighborhoods off geographically from one another. These transportation networks will also make it more difficult for Palestinians to reach their land. The plan would also further entrench the settlements in East Jerusalem and the surrounding area, as well as connect them to each other and to cities inside Israel.
NEWS UPDATE, 27 November 2008, Adalah and Civic Coalition: New Master Plan for Jerusalem District will Place Palestinians in the City in a Stranglehold, Further Entrench the Settlements and Alter the City’s Demographic Composition

Enfin, via le blog Israel Uncovered, j’apprends qu’un général israëlien sera poursuivi pour avoir laissé son fils conduire un véhicule militaire, mais pour avoir tué des civils palestiniens:

Brigadier General Moshe « Chico » Tamir is a devoted and loving father who let his 14-year-old son drive a military all-terrain vehicle. Being the law-abiding organization that it is, the Israel Defense Forces probed the incident, calling it « serious. » As a result, Tamir’s promotion may be put on hold and he may be indicted. Certainly, a brigade commander who tried to cover up his son’s accident by lying deserves to be punished. But the commander of the Gaza Brigade deserves much more for acts considerably more serious – acts that the world defines as war crimes and for which no one has been held accountable. I would like Tamir, the dedicated father, to meet a girl the same age as his beloved son whose world fell apart when she was 14 years old. I saw her in mourning in November 2006, in the courtyard of her destroyed house in Beit Hanun. Islam Athamneh lost eight family members: Her mother, grandmother, grandfather, aunts, uncles and cousins. They fled their house when it was struck by a shell and were killed by another onslaught. The legs of Abdullah, her three-year-old brother, were blown off. Islam, whose father had died years earlier, became an orphan. The soldiers who fired the 11 shells at houses in Beit Hanun were under the command of Tamir, the dedicated dad who let his son take a Tomcar for a joyride. Some 22 people were killed in the shelling and another 40 were hurt. Most lost limbs or sustained head wounds.

(…) Former IDF chief Moshe Yaalon once said about this officer and gentleman that he needs « reeducating » because of endemic disciplinary problems in his brigade. The person who bragged that his brigade behaved like Rottweilers; who thought more violence should be used against Palestinians; who said that the destruction his soldiers caused in a Jenin refugee camp did not « cause him any moral dilemmas, » may now finally be punished. And for what? A Tomcar. And what might just spare him? For all his misdoings, this man may be cleared of blame because he is considered a « well-respected and important » officer in the IDF.

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