5 erreurs de prédiction friedmanesques – liste non exhaustive

Lu sous la plume de Barrett Brown dans Vanity Fair:

In this morning’s New York Times, columnist Thomas Friedman makes a grave prediction regarding Obama and the ongoing financial crisis: “I fear that his whole first term could be eaten by Citigroup, A.I.G., Bank of America, Merrill Lynch, and the whole housing/subprime credit bubble we inflated these past 20 years.” Friedman is a three-time Pulitzer Prize winner, a staple of The New York Times, and a bestselling author, and thus this prediction should be taken very seriously—in some alternate universe where the news media is a meritocracy and Thomas Friedman is a competent observer of the world and its workings. The rest of us can probably relax.

Pour faire une liste exhaustive, il faudrait se taper à titre rétrospectif ses chroniques et livres depuis une vingtaine d’années. Je ne souhaite pas ça à mon pire ennemi – quoique…

Vous avez remarqué sinon que Thomas Friedman n’est plus pris au sérieux en dehors du circuit fermé des op-eds – un peu comme BHL en France? La critique de Matt Taibi dont je me suis déjà fait l’écho fait même penser à de l’overkill tellement Friedman ne peut décemment être pris au sérieux:

Thomas Friedman in possession of 500 pages of ruminations on the metaphorical theme of flatness would be a very dangerous thing indeed. It would be like letting a chimpanzee loose in the NORAD control room; even the best-case scenario is an image that could keep you awake well into your 50s. (Matt Taibi, Flathead, NY Press, 26/4/2005)

Matt Taibi n’est pas vraiment un fan du bonhomme il est vrai:

I’ve been unhealthily obsessed with Thomas Friedman for more than a decade now. For most of that time, I just thought he was funny. And admittedly, what I thought was funniest about him was the kind of stuff that only another writer would really care about—in particular his tortured use of the English language. Like George W. Bush with his Bushisms, Friedman came up with lines so hilarious you couldn’t make them up even if you were trying—and when you tried to actually picture the “illustrative” figures of speech he offered to explain himself, what you often ended up with was pure physical comedy of the Buster Keaton/Three Stooges school, with whole nations and peoples slipping and falling on the misplaced banana peels of his literary endeavors.

Remember Friedman’s take on Bush’s Iraq policy? “It’s OK to throw out your steering wheel,” he wrote, “as long as you remember you’re driving without one.” Picture that for a minute. Or how about Friedman’s analysis of America’s foreign policy outlook last May:

« The first rule of holes is when you’re in one, stop digging.When you’re in three, bring a lot of shovels.”

First of all, how can any single person be in three holes at once? Secondly, what the fuck is he talking about? If you’re supposed to stop digging when you’re in one hole, why should you dig more in three? How does that even begin to make sense? It’s stuff like this that makes me wonder if the editors over at the New York Times editorial page spend their afternoons dropping acid or drinking rubbing alcohol. Sending a line like that into print is the journalism equivalent of a security guard at a nuke plant waving a pair of mullahs in explosive vests through the front gate. It should never, ever happen (Matt Taibi, Flat’n all that, 14/1/2009).

J’ai trouvé à cet égard pas mal le « about me » d’une bloggeuse dont le blog porte le titre légèrement ironique « Thomas Friedman is a Great Man« :

I’m a black working mother. I love to laugh and between work and raising kids, I need a good laugh. I’m also a community member of The Common Ills. Shout outs to any Common Ills community members stopping by. Big shout out to C.I. for all the help getting this started. I am not married to Thomas Friedman, credit me with better taste, please. This site is a parody.

Je vais d’ailleurs relancer le Thomas Friedman award pour 2008, de même que le Doug Feith award – tous deux repoussés pour cause de guerre à Gaza.

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Les nominations aux prix Douglas Feith et Thomas Friedman pour 2008 sont ouvertes

Les nominations pour l’année 2008 pour les deux prix distincts que sont le prix Douglas Feith et le prix Thomas Friedman sont ouvertes à tous les lecteurs de ce blog, jusqu’au 31 décembre à minuit. Le vote final pour désigner un vainqueur dans chaque catégorie sera ouvert à compter du 1er janvier. Ceux qui souhaitent proposer d’autres candidats que ceux indiqués ci-dessous peuvent soumettre leurs propositions dans les commentaires de ce billet.

Le prix Douglas Feith est décerné en l’honneur de Douglas Feith, ex-under secretary for defense et néo-con patenté. L’ex-commandant en chef des troupes d’occupation étatsuniennes en Irak, le général Tommy Franks, l’avait décrit comme « the fucking stupidest guy on earth« . Il est bien évidemment entendu que les nominés peuvent être d’autres persuasions politiques, et que la consécration finale est ouverte à tou-te-s sans distinction de sexe, d’ethnie, de nationalité, de religion, d’orientation sexuelle, d’origine sociale ou d’opinions politiques, pourvu que le candidat/la candidate soit dans la lignée de l’appréciation portée par Tommy Franks.

Le prix Thomas Friedman est quant à lui décerné à un journaliste, chroniqueur ou éditorialiste dont les écrits ou propos s’inscrivent dans la lignée du chroniqueur étatsunien Thomas Friedman, qui sévit au New York Times. Un style boursouflé, des platitudes, des stéréotypes, des erreurs à profusion, des poncifs et des raisonnements approximatifs, voire une bonne pincée de mauvaise foi, chaque lecteur, téléspectateur ou auditeur pourra en relever. Ce qui sera primé ici sera la constance dans l’effort et le talent déployé à atteindre les sommets friedmanesques. Là aussi, il est bien évidemment entendu que les nominés peuvent être d’autres sensibilités politiques ou supports médiatiques, et que la consécration finale est ouverte à tou-te-s sans distinction de sexe, d’ethnie, de nationalité, de religion, d’orientation sexuelle, d’origine sociale ou d’opinions politiques, pourvu que le candidat/la candidate soit dans la lignée de l’oeuvre friedmanesque.

Trois conditions à chaque nomination:

1- Elle doit être fondée sur un écrit ou une déclaration faits durant l’année 2008, de préférence avec un lien ou une référence;

2- Le prix Doug Feith est réservé aux non-journalistes, tandis que le prix Thomas Friedman est réservé aux journalistes voire exceptionnellement à des organes de presse écrite ou audiovisuelle.

3- Les bloggeurs et commentateurs de blogs sont exclus de ces deux compétitions, à grand regret car il y là un gisement de talents inépuisable.

Mes nominés pour le prix Douglas Feith, avec mes regrets pour Rachida Dati, méritoire par la constance de son incompétence et par la carence de son bon sens, mais qui n’a pas réussi à mettre à son palmarès des pics de performance qui lui assureraient une place sur le podium:

1- Abbas El Fassi, premier ministre marocain. Il est presque hors concours. Il mériterait le prix pour l’ensemble de son oeuvre mais encore plus pour son entretien déjà mythique avec Jeune Afrique il y a quelques mois.

2- Salaheddine Mezouar, ministre des finances marocain. Il a raté le prix Nobel d’économie, mais ses déclarations sur la chute de la bourse de Casablanca, dût aux repas de rupture du jeûne resteront dans les annales.

3- John Mc Cain. Il a déclaré en septembre que les fondamentaux de l’économie étatsunienne étaient bons. Sans commentaire.

Mes nominés pour le prix Thomas Friedman:

1- Nadia Salah, rédactrice en chef de L’Economiste: un peu comme pour Abbas El Fassi, c’est le couronnement d’une oeuvre de longue haleine, avec des pics de performance qui forcent l’admiration. C’est aussi un peu injuste: c’est toute l’équipe éditoriale de L’Economiste qui devrait être primée.

2- Khalil Hachmi Idrissi, éditorialiste d’Aujourd’hui Le Maroc, pour la parfaite maîtrise des réalités constitutionnelles marocaines manifestée par le constat que « la famille royale est une famille comme toutes les familles marocaines« .

3- Je me rends compte que la patrie des droits de l’homme est injustement absente de la liste des nominés.  S’agissant du domaine médiatique, c’est sans doute que la concurrence y est trop rude pour distinguer une seule individualité: entre les blocs-notes de BHL, les approximations du Monde, la haine raciale d’Ivan Rioufol dans Le Figaro, l’esprit partisan de Claude Askolovitch et l’insondable abîme de flagornerie qu’on retrouve régulièrement dans les pages des newsmagazines, difficile d’en distinguer un de peur d’en oublier. Mais il faut cependant garder une mention spéciale pour Charlie Hebdo, l’organe de propagande islamophobe de Philippe Val, le plus célèbre lecteur de Spinoza de France. Si les éditoriaux du maître des lieux sont d’une bêtise difficilement égalable, l’incohérence de ses propos en fait un orfèvre de la mauvaise foi journalistique. Mais me rendant compte que ces deux listes de nominés comptent aucune femme, Rachida Dati ayant été recalée in extremis, je me dois de proposer le nom de soeur Caroline Fourest, papesse du clergé laïcard, qui aime les caricatures lorsqu’elles visent le prophète Mohamed mais semble plus circonspecte quand elles visent Philippe Val.

A vous de jouer.

« Do you speak Arabic? » « Yes, fluently » « Too bad! »

Andrew Cockburn est un excellent journaliste, de la famille Cockburn qui a également donné Claud (le père, cousin d’Evelyn Waugh, l’auteur de « Brideshead revisited« ) ainsi que Patrick et Alexander (les frères), et sans compter Leslie (sa femme) – smalla progressiste d’origine irlandaise que vous retrouverez – entre autres – sur le site de Counterpunch.

D’Andrew Cockburn, j’ai lu « The Threat: Inside the Soviet Military Machine« , un extraordinaire livre sur l’armée rouge (il date de 1983) et qui, en plein regain de la guerre froide sous Reagan, démontrait que l’armée rouge était affligée de tant de carences qu’elle n’était en rien la machine de guerre invincible présentée par la propagande reaganienne et reprise par les mainstream media d’Europe occidentale. J’ai également lu « Out of the Ashes: The Resurrection of Saddam Hussein« , consacré à la survie et à la résurrection de Saddam Hussein après la deuxième guerre du Golfe (1991), et je viens de terminer son excellente biographie de Donald Rumsfeld (« Rumsfeld: his rise, fall, and catastrophic legacy« ), parue en 2007 (1).

Bref, cette biographie, brève (224 pages) et fondée sur des sources généralement anonymes, apporte un éclairage très intéressant sur la carrière de Rumsfeld – il fût chief of staff du président Ford (précédant Dick Cheney à ce poste) puis secretary of defense (il fût le plus jeune à ce poste sous Ford, avant de devenir le plus vieux sous Bush jr). Elle contient de nombreuses anecdotes, dont une savoureuse qui concerne un confrère bloggeur, le colonel (en retraite) de l’US Army Special Forces (les fameux bérets verts) Pat Lang, qui fût le premier professeur d’arabe à West Point et ancien responsable des renseignements militaires (DIA).

Le blog de Pat Lang, « Sic semper tyrannis« , est un de mes favoris: l’auteur, ancien militaire donc, est un conservateur, du sud (Virginie), auteur de livres d’histoire militaire sur l’armée confédérée, bref un républicain réaliste façon George H. W. Bush sr ou James Baker ou démocrate du type de Zbigniew Brzezisnki. Très critique vis-à-vis de la politique étatsunienne au Moyen-Orient y compris en Palestine et en Iran (à souligner que cela le distingue de nombre de libéraux, au sens étatsunien du terme, qui reprochent surtout à l’invasion de l’Irak d’avoir mal tourné, et pas tant le principe même d’une invasion), il a une saine détestation des néo-cons, qu’il qualifie dans son blog de « jacobins« . Ce n’est donc pas vraiment un bobo buvant du café latte entre un cours de yoga, une virée à IKEA et une pétition pour le mariage homosexuel en Iran.

Voilà donc l’anecdote que raconte Andrew Cockburn:

Feith himself made it clear that he was prepared to work only with the ideologically committed. « He’s not one of us », he would declare in rejecting the advice of one of the career staff he had inherited. Colonel Pat Lang, a retired Defense Intelligence Agency specialist who had formerly served as the chief DIA officer for the entire Middle East, was interviewed by Feith for a possible position.

« I see you’ve spent a lot of time in the Middle East, said Feith, leafing through Lang’s résumé. « Do you speak Arabic? ».

« Yes, fluently », replied Lang, happy to have this asset noted.

« Too bad, said Feith, apparently convinced that such a skill automatically damned as a biased « Arabist ». (Andrew Cockburn, op. cit., pp. 106-107)

La même histoire est rapportée par le colonel Pat Lang lui-même, après la publication du livre:

It was at the beginning of the first Bush term. Lang had been in charge of the Middle East, South Asia and terrorism for the Defense Intelligence Agency in the 1990s. Later he ran the Pentagon’s worldwide spying operations.

In early 2001, his name was put forward as somebody who would be good at running the Pentagon’s office of special operations and low-intensity warfare, i.e., counterinsurgency. Lang had also been a Green Beret, with three tours in South Vietnam.

One of the people he had to impress was Feith, the Defense Department’s number three official and a leading player in the clique of neoconservatives who had taken over the government’s national security apparatus.

Lang went to see him, he recalled during a May 7 panel discussion at the University of the District of Columbia.

“He was sitting there munching a sandwich while he was talking to me,” Lang recalled, “ which I thought was remarkable in itself, but he also had these briefing papers — they always had briefing papers, you know — about me.

“He’s looking at this stuff, and he says, ‘I’ve heard of you. I heard of you.’

“He says, ‘Is it really true that you really know the Arabs this well, and that you speak Arabic this well? Is that really true? Is that really true?’

“And I said, ‘Yeah, that’s really true.’

‘That’s too bad,” Feith said.

The audience howled.

“That was the end of the interview,” Lang said. “I’m not quite sure what he meant, but you can work it out.”

Feith, of course, like the administration’s other Israel-connected hawks, didn’t want “Arabists” like Lang muddying the road to Baghdad, from where — according to the Bush administration theory — overthrowing Saddam Hussein would ignite mass demands for Western-style, pro-U.S. democracies across the entire Middle East.

Pour ceux qui se posent la question, ledit Feith est bien celui décrit par le général Tommy Franks, qui commanda les troupes étatsuniennes en Afghanistan et en Irak, comme « the fucking stupidest guy on the face of the earth« , ce qui, vu la rude concurrence à Washington DC ces derniers temps, n’est pas loin de constituer un exploit.

(1) Voir aussi une bonne critique du livre ici.

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