Maroc: Le nouveau ministre de l’économie et des finances est une femme!

Elections, what elections? Elections are soooo 1989...

Elections, what elections? Elections are soooo 1989…

Qui a dit qu’il ne se passe rien l’été au gouvernement? Le 31 juillet, en plein ramadan, le cap de la politique économique marocaine a enfin été fixé de manière indiscutable par Nemat Shafik:

“The arrangement under the Fund’s Precautionary and Liquidity Line (PLL), which the authorities intend to continue to treat as precautionary, has provided Morocco with an insurance against external risks while supporting the authorities’ economic strategy.

“Following the deterioration in the fiscal and external accounts in 2012, the authorities have taken significant measures to reduce vulnerabilities, despite an unfavorable external environment and a challenging regional context. Continuing efforts to build consensus and move ahead with difficult but necessary reforms will be key for preserving macroeconomic stability while promoting higher and more inclusive growth.

“The authorities’ fiscal deficit target for 2013 of 5.5 percent of GDP remains consistent with their medium-term objective built on maintaining fiscal sustainability and supporting external adjustment. Close monitoring and firm control of spending will be needed through the rest of the year to ensure that this target is met. The planned tax reform should promote more equity and support competitiveness while generating adequate resources. Continued efforts to contain the wage and subsidy bills are important for creating space for better targeted social spending and higher capital expenditure. Recent actions to reduce subsidies are welcome in that regard, while moving ahead with a comprehensive subsidy reform will be crucial to further reducing fiscal and external vulnerabilities. Furthermore, the early adoption of a new organic budget law will be important to ensure a strong, transparent and modern fiscal framework.

“Lower global commodity prices, rising exports in newly developed sectors and lower food imports have helped reduce the current account deficit, and, combined with strong capital inflows, stabilize reserves. Structural reforms to enhance competitiveness continue to be a priority to sustain these gains. Moving toward greater exchange rate flexibility supported by appropriate macroeconomic and structural policies would enhance external competitiveness and the economy’s ability to absorb shocks.”

Pourquoi l’anglais et qui est cette Nemat Shafik? Simple: l’anglais est l’unique langue de travail du FMI, dont Mme Shafik est le président faisant fonction et le directeur exécutif adjoint. Voici les éléments majeurs de son programme électoral, qu’elle se fera forte de défendre face aux électeurs marocains, de Tanger à Lagouira:

  • Un contrôle ferme des dépenses publiques;
  • Une réforme fiscale pour plus d’équité et de compétitivité mais aussi plus de rentrées fiscales;
  • Une modération salariale accrue;
  • Une baisse de la facture de la compensation des produits dits de première nécessité par une réforme globale, laquelle est cruciale;
  • Des dépenses sociales plus ciblées;
  • Enfin, l’adoption rapide de la loi organique sur la loi de finances, telle que prévue à l’article 75 de la Constitution.
- So, Ms Shafik; what do you have to say to the average Moroccan voter... - Let me interrupt you right here, dear: we don't do elections at the IMF.

– So, Ms Shafik; what do you have to say to the average Moroccan voter…
– Let me interrupt you right here, dear: we don’t do elections at the IMF.

Petite déception tout de même: aucune mention de la réforme du droit de grâce, de sa vision sur la plan d’autonomie du Sahara marocain, du racisme contre les sub-Sahariens au Maroc, ni sur une éventuelle élection législative anticipée.

Ah, on me murmure dans l’oreillette qu’elle n’est pas candidate aux prochaines élections marocaines. Pas grave: notre chef de l’Etat et ses conseillers économiques non plus!

Najib Akesbi: « Le Maroc n’est pas une exception, nous sommes dans la mêlée. Notre pays partage les conditions objectives qui ont mené aux révolutions dans les autres pays arabes »

Les habitués connaissent mon estime pour Najib Akesbi, le plus brillant économiste marocain, membre dirigeant du PSU – pour les autres, voici pourquoi – un entretien accordé par Akesbi à Ya Biladi Mag – florilège:

Je crois qu’il est illusoire et dérisoire de croire que nous pourrions gagner au malheur de nos voisins. Le Maroc n’est pas une exception, nous sommes dans la mêlée. Notre pays partage les conditions objectives qui ont mené aux révolutions dans les autres pays arabes : l’existence d’une jeunesse marginalisée, frustrée et désœuvrée, la crise économique, la mal gouvernance (autocratie, népotisme, corruption,…).

Les récentes mesures économiques prises par le gouvernement sont-elles une réponse efficace aux difficultés du Maroc ?
C’est le traitement du cancer par l’aspirine ! Ces mesures sont non seulement dérisoires et démagogiques mais elles peuvent même aggraver la situation. Augmenter le budget de la Caisse de Compensation de 15 milliards de dirhams, c’est faramineux quand on sait que ce fonds représente déjà près de 4% du PIB et plus de la moitié des investissements du budget général de l’Etat. C’est consternant quand on sait que pour l’essentiel, les dépenses de cette « caisse » profitent surtout aux riches et très peu aux pauvres qui le méritent vraiment. C’est encore révoltant quand on sait que les impôts qui financent ces dépenses sont à leur tour largement supportés par les couches populaires à travers les multiples taxes à la consommation et l’impôt sur les revenus salariaux.

Je suis économiste mais je suis convaincu que la première réforme économique dont le Maroc ait besoin aujourd’hui est d’ordre politique. Il faut un système politique qui permette l’émergence de programmes économiques négociés avec la population qui obtiennent la légitimité des urnes et soient mis en œuvre par un exécutif comptable devant le peuple.

Par exemple, le Roi a annoncé un renforcement du pouvoir du gouvernement. Très bien, mais quid du Conseil des ministres ? Aujourd’hui aucun projet de loi ne peut aller au parlement sans surmonter le « verrou » du Conseil des ministres, dont la réunion dépend de la seule volonté du Roi et de son agenda. Si ce Conseil reste en l’état, qu’est ce qui aura réellement changé ?

Renforcer l’indépendance de la justice ? Très bien. Concrètement, est ce que le Conseil supérieur de la magistrature va être présidé par un juge élu par ses pairs ou continuera-t-il à être présidé par le Roi ? Par ailleurs, l’élargissement annoncé des libertés individuelles – à commencer par la liberté de culte – doit être inscrit explicitement dans le texte de la Constitution, sans quoi il sera impossible de les protéger dans les faits.

Plus grave, depuis 40 ans les gouvernements n’ont cessé de mobiliser toutes les ressources du pays pour promouvoir un modèle de croissance tiré par les exportations. Ils ont notamment, au cours des quinze dernières années, signé une quantité impressionnante d’accords de libre échange, pour finir aujourd’hui par s’apercevoir que le résultat est catastrophique puisque, au moment où nos partenaires tirent le maximum des concessions que nous leur avons accordées, nous, nous en sommes incapables pour la simple raison que nous n’avons pas grand chose à exporter ! Au bout du compte, le commerce extérieur aujourd’hui plombe la croissance du Maroc au lieu de la promouvoir.

Avec le discours du Roi, les investisseurs marocains vont-ils reprendre leurs activités après cette période de flottement et d’expectative ?
Le message transmis est a priori positif, mais les investisseurs ne se décident pas à partir des discours. L’investissement est un « climat », notamment de confiance, et un climat de confiance ne se décrète pas.

Tiens au fait, je me demande ce qu’Akesbi pense de la revendication de la plate-forme protestataire du 20 février relative à l’embauche des diplômés-chômeurs dans la fonction publique…

Le rapport de la Fondation Bouabid sur la stratégie économique du Maroc

Daté de juin 2010, et diffusé auprès de la presse marocaine en juillet, le rapport « Le Maroc a-t-il une stratégie de développement économique ? » de la Fondation Abderrahim Bouabid n’a toujours pas été jugé utile d’être diffusé à l’opinion publique marocaine via leur site. En attendant que cela soit fait, voici ici une version pdf de ce rapport:

Rapport fondation Bouabid sur la stratégie économique du Maroc

Je ne compte pas le commenter outre mesure, n’ayant pas eu le temps de le lire, et peux vous renvoyer aux posts de Mounir Bensalah et d’Omar Elhayani (un des membres du cercle d’analyse économique ayant rédigé le rapport) à ce sujet. Je noterais simplement une référence au nihilisme dans leur introduction, idéologie qui semble s’être désormais installée dans le paysage politique marocain:

Par ailleurs, le parti pris de cette contribution est de refuser toute vision manichéenne en rejetant le faux dilemme présenté aux citoyens sincèrement intéressés par la chose publique : applaudir sans réserve ou se retrouver accusés de  » nihilisme « . Autrement dit, nous sommes convaincus que la critique constructive et le débat d’idées sur la base d’une évaluation sans complaisance de la réalité sont essentiels à la mise en oeuvre d’une stratégie de développement efficace.

Je me contenterais de citer quelques phrases-choc de l’introduction:

Si le dynamisme du tourisme est à encourager et l’investissement raisonné dans des infrastructures utiles à développer, il n’en demeure pas moins qu’aucun argument économique sérieux ne justifie d’en faire l’alpha et l’oméga de la croissance économique. Quant au secteur de l’immobilier résidentiel, il s’agit là d’un secteur ne générant pas d’externalités économiques globalement positives. (p. 5)

Depuis le début des années 2000, nous n’avons pas réalisé de performances particulièrement exceptionnelles. Nous avons bénéficié, comme beaucoup, d’une conjoncture internationale favorable et en avons profité, mais pas mieux que nos concurrents, loin s’en faut. Le chemin à parcourir reste long : notre croissance demeure beaucoup trop faible, et nos indicateurs de développement humain insuffisants. (p. 5)

La première méta-contrainte est celle de l’économie politique du pays. Il convient tout d’abord de reconnaître qu’il n’y pas de relation empirique entre démocratie/autocratie et croissance. Pour le Maroc, après analyse, nous concluons que l’organisation politique est considérablement défavorable au développement économique car le pays est bloqué dans un équilibre politique stable de bas niveau qui ne permet de bénéficier pleinement ni des avantages économiques de la démocratie, ni de ceux de l’autocratie (dans la mesure où l’autocratie peut avoir des avantages économiques) :

(a) Le système électoral marocain favorise des coalitions hétéroclites au détriment de la cohérence.
(b) L’architecture gouvernementale est inadéquate. Elle semble régie par deux contraintes : (i) le mimétisme français et (ii) les impératifs de répartition des postes gouvernementaux.
(c) La multiplicité d’acteurs publics non gouvernementaux aux prérogatives étendues et échappant au contrôle gouvernemental et parlementaire.

Comment donc lever cette méta-contrainte d’économie politique ? A notre sens, seule une marche accélérée vers une démocratisation complète peut apporter un début de solution (en effet, nous excluons un retour en arrière autocratique pour des raisons philosophiques et morales qui paraissent par ailleurs faire l’objet d’un large consensus au Maroc). Bien entendu nous ne pensons pas qu’une démocratisation complète serait suffisante en soi pour transformer le pays en tigre nord africain. Notre raisonnement est simplement le suivant : il faut un système de gouvernance économique qui permette l’agrégation des préférences (quelles doivent être nos priorités ?), l’arbitrage entre des intérêts économiques parfois divergents (subventionner un producteur agricole ou un consommateur) et qui donne une légitimité claire à l’action publique surtout lorsque cela implique des transformations structurelles fortes et la lutte contre l’économie de rente. C’est là tout l’intérêt économique d’un système démocratique qui permet d’atteindre ces objectifs de manière pérenne et durable. (pp. 5-6)

La seconde méta-contrainte identifiée est celle que nous définissions sous le vocable générique (et quelque peu provocateur) d’analphabétisme économique. Celui-ci se caractérise par :
a) Une déconsidération des apports de la science économique : au Maroc, celle-ci n’est pas considérée à sa juste valeur. On note par exemple que la plupart des rares documents disponibles concernant les politiques publiques mises en oeuvre n’intègrent pas les concepts économiques les plus éprouvés tels que l’analyse du rapport  » coût-bénéfice « , l’évaluation rigoureuse des externalités (positives comme négatives) et des coûts d’opportunité, le calcul des taux de retours économiques des projets proposés, ou encore l’identification et l’analyse des options alternatives.
b) L’ignorance des leçons du passé : en l’absence d’instances et de programmes rigoureux d’évaluation des politiques publiques mises en oeuvre, nous manquons d’outils de décision et d’indicateurs nécessaires pour éviter la répétition des erreurs du passé. (p. 6)

La principale raison pour laquelle nous pouvons être optimistes est qu’il est tout à fait possible de lever les deux méta-contraintes que nous identifions comme la cause profonde de nos maux en deuxième partie de cette contribution.
A minima pour commencer, il serait possible :
a) D’exiger la transparence sur toutes les politiques publiques mises en oeuvre.
b) D’envisager que les responsables gouvernementaux exercent complètement leurs prérogatives.
c) D’imaginer un processus formel permettant d’organiser des débats sur les grandes
orientations économiques avant qu’elles ne soient figées dans un contrat programme signé devant le roi.
d) D’exiger surtout des dirigeants économiques d’inclure des indicateurs d’impact appropriés et des outils d’évaluation rigoureux de leurs politiques publiques… (p.7)

Pour conclure, une anecdote significative. Un haut responsable du ministère des finances se serait exclamé en souriant, à la lecture de ce rapport: « vous avez été timides sur la partie relative à la gouvernance économique« … Il n’y a de pire nihilistes que ceux du ministère des finances…

PS: Difficile de passer sous silence la prose makhzénienne de la Nouvelle Tribune, joujou de Fahd Yata, au sujet de ce rapport, dans un article intitulé « Le Maroc a-t-il une intelligentsia responsable ?« , dans lequel le journaliste semble confondre titre d’un rapport et postulat de base de ce qui est présenté comme « un pamphlet contre les politiques publiques et la voie de développement choisie par le Maroc » (on frôle l’atteinte aux sacralités):

Le rapport s’intitule « Le Maroc a-t-il une stratégie de développement économique ? ». Or, poser la question de cette manière revient à établir que ce n’est pas le cas. Pour les sceptiques, le sous-titre de l’étude est rédigé de la manière suivante : « Quelques éléments de réflexion pour un véritable décollage économique et social ». L’adjectif « véritable » reflète encore une fois un postulat de départ présenté à tort comme objectif. En un mot, pourquoi faire un rapport lorsqu’on a posé le problème comme insoluble ? Il y a clairement une question de démarche intellectuelle quant à la rédaction de ce pamphlet contre les politiques publiques et la voie de développement choisie par le Maroc. Car, s’il est clair que notre pays est loin de satisfaire à tous les critères d’un développement économique uniforme, constant et pérenne, on peut se demander pourquoi le rapport de la Fondation Bouabid se pare d’un ton moralisateur et négatif pour nous en faire prendre conscience.

L’auteur de l’article, Zouhair Yata, argumente en faveur de l’impossibilité de comparer les pays du point de vue économique, chaque pays étant unique:

A titre d’exemple, l’utilisation comme point de référence de la décennie 90 serait peu exigeante, celle-ci ayant « marqué le point bas de la croissance marocaine », les auteurs insistent sur le fait que la comparaison devrait être faite avec les pays concurrents du Maroc comme l’Egypte et la Tunisie qui ont réalisé de meilleures performances sur la même période. Un tel argument relève du travail de sape car il revient à affirmer que le fait que le Maroc se soit développé en comparaison aux performances réalisées dans le passé n’est pas recevable. Or, que les rédacteurs du rapport le reconnaissent ou pas, le fait est que le Maroc s’est considérablement développé depuis l’avènement de Sa Majesté le Roi Mohammed VI en 1999 et cela grâce à des politiques publiques réfléchies et basées sur une vision de développement clairement établie. L’Egypte et la Tunisie, dont le développement économique peut être salué, ne partent pas du même point que le Maroc et s’il est nécessaire d’effectuer des benchmarks avec ces pays sur des indicateurs économiques pointus, il relève du bon sens que reconnaitre l’unicité des cas de développement économique de chacun des pays.

La première méta-contrainte identifiée est celle de « l’économie politique du pays » et on apprend que « le pays est bloqué dans un équilibre politique stable de niveau bas qui ne permet pas de bénéficier pleinement ni des avantages économiques de la démocratie, ni de ceux de l’autocratie ». L’argument parle de lui-même, mais il est intéressant de relever la position des auteurs du rapport sur ce point. Quel pays en développement est-il une démocratie établie à ce jour ? La démocratie n’est-elle pas également un idéal à atteindre tout comme le plein développement économique ? La vie politique marocaine en est à ses balbutiements non pas à cause de la forme du régime, mais, diraient d’aucuns, à cause de l’immaturité de la classe politique dont font partie certains membres de la Fondation Bouabid.

L’auteur de cet article termine sur une note de patriotisme assez symptomatique de la pensée makhzénienne:

Aussi, pour ce qui est de la sanction des politiques publiques marocaines, on continuera à se fier aux rapports des instances internationales telles que la Banque mondiale, le FMI ou la Commission européenne qui saluent, malgré certaines mises en garde et bémols, les performances d’un pays résolument tourné vers l’avenir, et qui s’active, quotidiennement, à préparer ces « lendemains qui chantent » que les auteurs du rapport se contentent d’attendre.

« Sept mois après avoir acheté une frégate FREMM, le Maroc n’a toujours rien payé… »

Ce n’est pas moi qui le dit, mais Le Point:

Le futur navire amiral marocain sera baptisé Mohamed 6 , du nom de l’actuel souverain du royaume chérifien.

Mais à ce jour, un certain nombre de problèmes n’ont pas encore été réglés. Le premier est d’ordre financier. Si le contrat de 470 millions d’euros est bel et bien signé entre la France et le Maroc, les premiers sous ne sont pas encore entrés dans les caisses de DCNS. « Il n’y a rien d’étonnant à cela », dit-on tant chez l’industriel qu’au gouvernement : ces affaires prennent du temps, il n’y a rien d’inquiétant. En fait, les Marocains finaliseraient actuellement un crédit, pour lequel plusieurs banques et établissements financiers seraient encore en phase de négociation. C’est dans le cadre de cet emprunt que la banque retenue fera appel à la France pour qu’elle apporte sa caution financière, la Coface garantissant que les traites seront honorées. Or, pour cela, il faut un accord que Bercy rechigne un peu à donner.

Un manque de techniciens d’excellence

Selon une source bien informée, « si Bercy traînait trop les pieds, par exemple si la Coface estimait que le Maroc a dépassé les seuils d’endettement acceptables vis-à-vis de la France, des instructions politiques seraient données au Trésor pour passer outre ces réticences ». Le second problème est plus surprenant. Quand un pays vend un navire de guerre, il vend également la formation de l’équipage qui le fera fonctionner. Depuis des années, la France s’est dotée d’un outil paraétatique chargé de cette fonction quand il s’agit de matériel naval, NAFVCO. Or, la marine marocaine exige que NAFVCO soit mise hors circuit, et que la formation soit assurée par la marine nationale française, gratuitement de surcroît. Sachant que la formation d’un équipage coûte de 30 à 50 millions d’euros, c’est un gros cadeau que le Maroc exige du contribuable français. À la marine nationale, on se veut compréhensif : « Nous sommes prêts à cet effort, si tel est le prix de l’attachement de la marine marocaine à la France ! » Là, encore, l’avis de Bercy sera déterminant.

Enfin, dernière difficulté que les Français n’admettent que du bout des lèvres : il semble que la marine marocaine aura le plus grand mal à trouver des techniciens, officiers comme sous-officiers, pour faire fonctionner ce navire d’une extrême complexité. Les Français, eux-mêmes, ne savent pas comment ils vont pouvoir former des techniciens d’excellence à la conduite d’une machine aussi perfectionnée, et envisagent de faire concevoir des logiciels spécialisés dans l’apprentissage des systèmes de conduite et de combat des FREMM. Or, au Maroc, lancé dans la course au développement, tous les secteurs réclament des techniciens de haut niveau, que les entreprises ont déjà du mal à trouver… Renault-Nissan, qui investit un milliard d’euros dans la région de Tanger, est précisément confrontée à ce problème.

Il faudrait peut-être en informer l’envoyée spéciale du Point au Maghreb, qui a livré une analyse impitoyable de la situation économique du Maroc:

L’engouement des étrangers pour le Maroc, les grands projets de Mohammed VI, les investissements et le boom immobilier modifient le visage du royaume. Sa mue est spectaculaire. Et les Marocains diplômés rentrent au pays.

Mireille Duteil livre une substantielle piste de réflexion à la marine marocaine, confrontée à des problèmes de personnel qualifié:

Là encore, le Maroc n’a pas dit son dernier mot. Il dispose d’une réserve de matière grise à l’étranger et espère la faire rentrer au pays.

J’espère au moins que la pastilla était bonne!

PS: Petit rappel sur le contexte politique de cette vente d’armes:

Nicolas Sarkozy a mis à profit sa visite d’Etat au Maroc pour ajouter un chapitre à la remise à plat de la stratégie politique et économique française sur la scène internationale, qu’il a entreprise depuis son installation à l’Elysée.

Le président français est reparti mercredi après-midi pour Paris avec dans son escarcelle quelques contrats et engagements dans le domaine économique et commercial pour un montant total qu’il a évalué à trois milliards d’euros.

C’est le protocole d’accord signé lundi sur la construction par des groupes français du premier tronçon du futur train à grande vitesse (TGV) marocain (deux milliards d’euros, dont un pour les entreprises françaises).

C’est également toute une série de décisions annoncées dans le domaine des armements, même si rien n’a été formellement signé dans ce domaine pendant la visite de Nicolas Sarkozy.

La France vendra ainsi au Maroc une frégate polyvalente de classe FREMM (environ 500 millions d’euros), pour laquelle un document avait cependant été signé « à temps pour la visite », précise l’entourage du chef de l’Etat.

Elle sera construite à Lorient avec les frégates du même type qui seront livrées à la Marine française à partir de 2011-2012 (ce pourrait être la deuxième ou la troisième).

Le groupe Thales vendra au Maroc un système de surveillance des frontières. La France modernisera 25 hélicoptères Puma et 140 véhicules de l’avant blindés de l’armée marocaine et vendra à celle-ci quelque 600 véhicules 4X4 long rayon d’action.

Pour ces derniers marchés, si la décision politique a été prise par le roi Mohammed VI du Maroc et Nicolas Sarkozy, les négociations sont encore en cours.

Au total, ce volet militaire, y compris la frégate, représente plus d’un milliard d’euros, dit-on de même source.

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