Sartre et la presse makhzénienne, ou les mains sales et la nausée

Pierre Desproges savait bien ce qu’il disait (je cite de mémoire): « Achetez Le Figaro et vous aurez deux oeuvres de Sartre pour le prix d’un journal: La Nausée et les Mains sales« . A son modeste niveau, avec ses faibles moyens, la presse officieuse marocaine tente de se hisser à la hauteur de sa consoeur française – même si la lecture de cette presse sur Internet nous évite les mains sales.

Dernière occasion en date de le constater, un éditorial d’Omar Dahbi d’Aujourd’hui le Maroc pour déclarer son enthousiasme de démocrate à l’idée d’arrêter et de poursuivre au pénal ceux qui militent en faveur du boycott des élections communales – en l’occurence, les militants d’Annahj adimoqrati dont je vous ai déjà entretenus. Pour rappel, entre le 8 et le 10 juin, plus d’une dizaine de militants d’Annahj adimoqrati, parti légal d’extrême-gauche successeur d’Ilal amam et dont les militants sont à la tête de l’AMDH, furent arrêtés par les forces de l’ordre à Casablanca, Rabat, Midelt, Guercif et Mohammedia – le secrétaire général du parti, Abdallah Harif fut même convoqué à un commissariat à Rabat où il fut interrogé quatre heures durant non sur telle ou telle action de son parti, mais sur le contenu politique de ses tracts et communiqués appelant au boycott.

Autant citer l’article en entier:

De l’incohérence

ABDELLAH-EL-HARRIF-1944

 Que peut-on trouver de démocratique à la campagne menée par les membres du parti d’Annahj Addimocrati pour inciter les citoyens à boycotter les élections communales ?
Des voix se sont élevées ces derniers jours pour protester, au nom de la démocratie, contre l’interpellation par la police judiciaire des camarades de Abdellah El Harrif au moment où ils distribuaient des tracts appelant au boycott des Communales.Toutefois, la protestation est aussi irrationnelle que la campagne elle-même. «Ce que El Harrif et ses camarades ont fait, entre dans le cadre de l’opération démocratique qui se base sur la liberté du choix. Et El Harrif et ses camarades ont choisi de boycotter les élections de vendredi. Et c’est leur droit comme il est du droit des partisans d’autres formations d’opter pour le choix de la participation», indique un éditorial d’Al Jarida Al Oula avant d’ajouter que «la vraie démocratie ne peut se normaliser que si l’on respecte les droits du citoyen à exprimer son opinion en toute liberté».Cette prise de position exprimée librement et dans le respect des règles de la démocratie est juste. Personne ne peut dire le contraire. Même le ministre de l’Intérieur, Chakib Benmoussa est, certainement, d’accord avec cette opinion. Le problème dans tout cela c’est que l’argument utilisé pour soutenir l’idée selon laquelle l’interpellation d’El Harrif et ses camarades serait anti-démocratique est faux. Car les dirigeants et les militants d’Annahj n’ont pas été interpellés à cause de leur choix. Ils sont libres de choisir de boycotter les élections. Mais, par contre, et la loi est claire là-dessus, il est interdit de mener campagne contre les élections (articles 90 du code électoral, 46 de la loi organique 31/97 relative à la Chambre des représentants) et de provoquer un attroupement non autorisé sur la voie publique ainsi que de distribuer des tracts conformément au Code pénal. Prendre une position est légitime, l’exprimer l’est aussi, mais sans enfreindre la loi.Pour ce qui est de la démocratie, il n’est pas cohérent d’invoquer les règles de la démocratie pour appeler à boycotter l’une de ses expressions les plus significatives : le vote.Quand on affirme militer pour l’instauration de la démocratie dans la société, on milite pour sensibiliser les gens à l’importance de l’acte électoral. On ne leur apprend pas à mépriser l’acte électoral. Comment peut-on exister en tant que parti grâce à un système démocratique et se diriger au nom de ce parti aux gens en leur disant : «ne votez pas !» ?  Comment peut-on invoquer les règles de la démocratie pour la renier ? De l’incohérence, tout simplement.
Le 12-06-2009 à 11:55
Par : Omar DAHBI

Résumons: Annahj adimoqrati et ses militants ont le droit de ne pas voter. Ils n’ont pas le droit de diffuser cette conviction publiquement. Et finalement, ils n’ont pas vraiment le droit de ne pas « sensibiliser les gens à l’importance de l’acte électoral » car alors ils renient la démocratie. J’espère ne pas avoir raté un épisode. Je ne sais pas si ces propos méritent qu’on s’y attarde trop, sinon pour relever la malhonnêteté du procédé: évoquer l’appel au boycott d’Annahj sans évoquer les raisons de ce boycott, fondées justement sur le caractère non-démocratique des institutions et de la constitution marocaines – Abdallah Harif les évoque dans une vidéo postée sur youtube: despotisme, pouvoir individuel absolu, constitution octroyée, impunité des auteurs de crimes d’Etat, mainmise accrue sur les secteurs politique, économique, culturel et religieux interdisant toute véritable alternance au pouvoir, etc. On peut partager ou contester son analyse (je me situe pour ma part un peu entre ces deux positions), mais la moindre des choses serait d’évoquer ses arguments quand on polémique contre lui.

Par contre, lorsque l’éditorialiste tente de se lancer dans un raisonnement juridique, ça mérite quelques commentaires. Citons le passage en question:

la loi est claire là-dessus, il est interdit de mener campagne contre les élections (articles 90 du code électoral, 46 de la loi organique 31/97 relative à la Chambre des représentants) et de provoquer un attroupement non autorisé sur la voie publique ainsi que de distribuer des tracts conformément au Code pénal. Prendre une position est légitime, l’exprimer l’est aussi, mais sans enfreindre la loi.

Comme je l’avais expliqué dans un précédent billet, l’article 90 du Code électoral n’est pas clair, bien au contraire: le texte même de cette disposition n’interdit que l’incitation à l’abstention si elle est fondée sur des « fausses nouvelles, bruits calomnieux ou autres manoeuvres frauduleuses« . Comme je l’avais indiqué, ce sont là des termes vagues susceptibles d’être instrumentalisés tant par le ministère de l’intérieur que par les magistrats, afin d’attindre non seulement des manoeuvres frauduleuses mais également des opinions politiques qui auraient le malheur de déplaire aux autorités.

Il est parfaitement justifié de vouloir sanctionner ceux qui, par des fausses nouvelles ou autres manoeuvres frauduleuses, tenteraient de détourner des électeurs du vote. Une des manoeuvres les plus courantes est par exemple de faire croire à un groupe d’électeurs susceptibles de voter pour un adversaire que les opérations de vote sont annulées ou reportées, ou de donner des horaires d’ouverture et des emplacements erronés s’agissant des bureaux de vote. Dans un Etat qui s’affirme démocratique, ce sont de telles actions qui mériteraient la censure du juge répressif, et pas des notions fourre-tout visant à réprimer toute pensée sortant des lignes rouges définies par le makhzen. Car s’il s’agit de réprimer les injures ou les imputations diffamatoires, le droit commun du Code de la presse (les articles 44 à 51bis notamment) devrait suffire.

La référence à la loi organique n°31-97 relative à la Chambre des représentants est particulièrement stupide, puisque cette loi n’a vocation à s’appliquer qu’aux élections à la Chambre des Représentants. S’agissant de la référence à un attroupement, l’éditorialiste visait sans doute plutôt la participation à une manifestation non autorisée (article 14 du dahir n° 1-58-377 du 15 novembre 1958  (3 joumada I 1378) relatif aux rassemblements publics) qu’à un attroupement à proprement parler, même si la distinction entre les deux est assez obscure. Il faut surtout souligner le caractère contraignant que ce dahir pose pour la tenue de manifestations sur la voie publique: déclaration préalable, « signée par trois personnes domiciliées dans la préfecture ou province où la réunion devra avoir lieu et [qui] indiquera les noms, qualités et adresses des signataires ainsi qu’une copie certifiée conforme de chaque carte d’identité nationale » – et le problème récurrent du refus de délivrer le récepissé de dépôt de la déclaration, classique également en matière de dépôt de demandes de constitution d’association. Enfin, la référence au Code pénal semble faire référence à l’article 608 10°) :

Sont punis de la détention d’un à quinze jours et d’une amende de 20 à 200 dirhams ou de l’une de ces deux peines seulement :
(…)
10° Ceux qui embarrassent la voie publique, en y dé posant ou y laissant sans nécessité des matériaux ou des choses quelconques qui empêchent ou diminuent la liberté ou la sûreté de passage.

« Diminuer la liberté de passage » – si votre tour de taille est trop grand, et que vous vous promenez ailleurs que sur les larges avenues de Racine ou Souissi, vous êtes donc justiciable de l’article 608 10°)…

Annahj dimoqrati, parti politique le plus influent du Maroc

annahj

J’avais il y a quelques temps injustement ironisé sur un journal algérien qui avait qualifié Annahj adimoqrati – qui regroupe les anciens militants d’Ilal amam demeurés fidèles à leurs convictions socialistes voire marxistes – de principal parti d’opposition marocain. Je présente aujourd’hui mes plus plates excuses, tant au journal algérien en question qu’aux militants d’Annahj adimoqrati.

En effet, Annahj a activement fait campagne pour le boycott de ces élections municipales, comme pour toutes les autres élections qui se sont tenues depuis la légalisation de ce parti (en 1995) – bref, il n’a jamais participé à une seule élection. Cette ligne avait également été celle du PADS, mais ce dernier a renoncé à son boycott en participant aux législatives de 2007, position confirmée à l’occasion de ces dernières élections communales.

Cette campagne pour le boycott, fondée principalement sur le caractère non démocratique des institutions et de la constitution, a mené certains militants d’Annahj adimoqrati – dont son secrétaire-général Abdallah Harif – au poste de police. A en croire Annahj, trois militants auraient été arrêtés par les forces dites de l’ordre le 9 juin à Témara, huit militants le 10 juin à Casablanca, deux autres le même jour à Mohammedia, Abdallah Harif (17 années de détention politique au compteur) ayant en outre été convoqué et retenu dans un commissariat de police rbati pendant quatre heures le 9 juin, où il fût interrogé sur le contenu des communiqués du parti appelant au boycott – et ce sans compter les interdictions de réunions publiques et poursuites judiciaires contre des militants à Midelt et Guercif. Selon Khadija Ryadi, présidente de l’AMDH et militante par ailleurs d’Annahj, cette hargne du ministère de l’intérieur serait récente, les appels au boycott lancés par Annahj en 2007 n’ayant pas été réprimés de la sorte:

Pire encore, cette fois-ci nous avons enregistré de nouvelles violations de la part des autorités et qui n’ont pas eu lieu lors des élections législatives, à savoir l’interpellation de ceux qui appellent au boycott des élections. C’est le cas du secrétaire général du parti d’Annahj Addimocrati. Il s’agit là vraiment d’une régression.

Cette campagne de répression contre Annahj ne sembla pas avoir porté ses fruits, puisque 48% des masses populaires du corps électoral marocain a choisi de suivre son mot d’ordre en se déplacant pas pour voter vendredi dernier, du moins si l’en en croit les chiffres officiels communiqués par le ministère de l’intérieur. Quel autre parti marocain peut se targuer d’une telle assise? (Just kidding).

Entre parenthèses, on notera que les poursuites judiciaires intentées contre des militants d’Annahj sont faites sur la base de l’article 90 du Code électoral, lequel dispose ceci:

Est puni d’un emprisonnement d’un mois à trois mois et d’une amende de 1.200 à 5.000 dirhams ou de l’une de ces deux peines seulement, quiconque à l’aide de fausses nouvelles, bruits calomnieux ou autres manoeuvres frauduleuses, détourne des suffrages ou incite un ou plusieurs électeurs à s’abstenir de voter.

On relèvera le caractère vague de cette disposition pénale, en ce que ses principaux termes donnent une marge d’interpréttion considérable aux juges chargés de l’appliquer: ce n’est pas faire injure à notre magistrature que de l’imaginer capable d’interpréter les arguments politiques et idéologiques d’Annahj en faveur du boycott comme autant de « fausses nouvelles, bruits calomnieux et autres manoeuvres fruaduleuses« …

Un meilleur libellé aurait été:

Est puni d’un emprisonnement d’un à trois mois et d’une amende de 1.200 à 5.000 dirhams quiconque diffuse des informations mensongères sur l’annulation des opérations de vote, la modification de la date ou de l’horaire du scrutin, la modification de l’emplacement des bureaux de vote ou toute autre modalité pratique du vote en vue de détourner des suffrages ou de provoquer l’abstention d’électeurs.

Mais le législateur, en adoptant ce Code électoral rédigé par les services du ministère de l’intérieur, a sans doute agi en connaissance de cause…

Haïfa, le maire maquereau et la normalisation avec Israël – ou comment les électeurs de Marrakech peuvent faire oeuvre de salubrité publique

Vous vous rappelez sans doute il y a deux ans de la polémique suscitée par l’accord de jumelage signé en 2007 dans le domaine touristique entre les villes de Marseille, Marrakech et Haïfa. Le « maire » (le terme est impropre, le terme officiel est président du conseil municipal) de Marrakech, Omar Jazouli (Union constitutionnelle – UC), en place depuis un quart de siècle, avait en effet signé en grandes pompes un accord de coopération en matière touristique avec ces deux villes. C’était le 22 février 2007 à Marseille:

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Marseille-Haïfa-Marrakech : coopération tripartite hautement symbolique
jeudi 22 février 2007

Au cours de son séjour à Marseille où il est l’invité du dîner annuel du Conseil Représentatif des Institutions Juives de France, le Maire de Haïfa, Yona YAHAV, est reçu en l’Hôtel de Ville par le Maire de Marseille, Jean-Claude GAUDIN.
Par un avenant au Protocole de coopération qui les lie, les deux villes jumelées ont souhaité lui donner un nouvel essor et intensifier leurs échanges dans les domaines de la culture, du tourisme et de l’économie.

Cette rencontre est, pour le Maire de Marseille, l’occasion de rendre publique une initiative inédite et hautement symbolique : proposer une coopération tripartie à deux de ses villes jumelées, Haïfa et Marrakech. Ce Protocole de Coopération décentralisée tripartite est signé en même temps par le Sénateur-Maire de Marrakech, Omar EL JAZOULI, présent à cette rencontre. Il porte sur la formation aux métiers du tourisme et permettra à des jeunes de Marrakech et de Haïfa de venir à Marseille se former à la stratégie de développement touristique d’une ville ou à la qualité des services et prestations touristiques.

Inutile de dire que cette nouvelle fît le bonheur notamment de l’ambassade d’Israël en France et du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF). Il faut dire qu’Omar Jazouli n’avait pas fait les choses à moitié: il avait ainsi assisté au 12ème dîner annuel du CRIF Marseille-Provence, en présence du maire de Haïfa, Yona Yahav de Kadima, de l’ambassadeur d’Israël en France et du likudnik Roger Cukierman, alors président du CRIF.

On notera le rôle important du sénateur-maire de Marseille, Jean-Claude Gaudin, connu dans l’hexagone notamment pour son évident parti-pris pro-israëlien, qui a décrit Omar Jazouli comme « son jumeau marocain et son alter ego marrakchi » – déclaration d’ailleurs faite quelques mois après la signature de l’accord tripartite Marrakech-Marseille-Haïfa, lors de la remise par Gaudin à Jazouli de la Légion d’honneur, sans doute en raison des services rendus à la normalisation avec Israël .

L’information ayant été rendue publique, notamment en Israël, la presse marocaine s’en était emparée. Omar Jazouli se rendait alors compte que ce n’était sans doute pas l’initiative la plus populaire auprès de son électorat et nia avoir signé un quelconque accord de coopération avec Haïfa (« Le seul document que j’ai signé est un avenant à l’accord que nous avons avec Marseille et qui porte sur la formation de jeunes en matière de tourisme« ), sans grande crédibilité, le site officiel de la ville de Marseille ayant confirmé la signature d’un accord tripartite entre Haïfa, Marseille et Marrakech.

Le PJD l’avait critiqué (mais pas que lui, puisque l’Istiqlal, qui détient le poste de premier ministre, s’était mis de la partie), et la presse officieuse s’était offusquée de ces critiques:

D’ici là, il faudra bien aménager le justificatif d’accompagnement et, surtout, préparer l’opinion publique à intégrer un acoquinement d’État jusqu’ici perçu comme un tabou intransgressible. Les Marocains restent sensibles au drame palestinien dans toutes ses évolutions et malgré ses contradictions internes. Israël est toujours considéré comme la source du mal originel.

Quelques indices révélateurs abondent dans ce sens. Pas plus tard que le 22 février 2007, Omar Jazouli, président de la commune urbaine de Marrakech, a fait les frais des foudres de la presse islamiste. Son crime inqualifiable, disent ses juges islamo-médiatiques, avoir signé un accord de coopération avec le maire de la ville israélienne de Haïfa, Yona Yahav. Omar Jazouli réfute vigoureusement ces accusations, certifiant que seul un accord de formation touristique a été signé avec le maire de Marseille. (Maroc-Hebdo, « Faut-il normaliser avec Israël?« , 13 juillet 2007)

Aujourd’hui Le Maroc avait parlé d’Intifada de la part du PJD contre Jazouli – une intifada constitué d’un communiqué de la section locale de ce parti – tandis que L’Economiste dénoncait la « médiocre polémique » contre Jazouli:

Face à une telle actualité, la question de la normalisation entre le Maroc et Israël revient toujours au 1er plan. «Faites ce que je dis mais ne faites pas ce que je fais». La formule pourrait résumer en substance la politique étrangère de Rabat dans ce dossier. Il est toujours politiquement incorrect de parler publiquement d’une quelconque relation avec Tel Aviv. Inutile de rappeler la médiocre polémique déclenchée par les détracteurs du maire de Marrakech, Omar Jazouli, qui aurait signé en France un accord de coopération touristique avec Marseille et Haïfa.

Plus fort dans la dénonciation, Le Détective marocain par le biais d’Abdelkarim Chankou avait bien évidemment soulevé l’antienne rituelle d’antisémitisme contre les détracteurs de Jazouli:

Les choses sen seraient restées là si des opportunistes du panarabisme et des causes perdues n’avaient pas fourrée leurs nez dans cette histoire, sommes toutes banales, en accusant Omar Jazouli de pactiser avec le sionisme.
Quoi de plus ordinaire en fait que trois maires de villes méditerranéennes sœurs qui se rencontrent pour signer un accord de partenariat dans un secteur porteur comme le tourisme. D’autant que Haïfa avec ses 270.000 habitants abrité 8 % d’arabes et plusieurs dizaines de milliers de juifs marocains. Nous avons nous-mêmes, maintes fois, encouragé ce type de coopération sur ce même site (Lire en bas).

Devant la levée de boucliers orchestrée par ces opportunistes des causses perdues, toujours les mêmes, le pauvre Omar Jazouli se défend d’avoir signé un quelconque document dans un cadre tripartite. On le comprend : la horde de charognards réclame sa peau et demande au ministre de l’Intérieur de le révoquer ! Rien que ça ! Nous sommes en fait à quelques mois des élections communales et législatives : ne serait-il pas plus logique d’atteindre le verdict des urnes pour savoir ce que les Marrakechis pensent de leur maire. Non ! ces donneurs de leçons qui hier encore acceptaient des millions de barils de pétrole en cadeau de la part de Saddam Hussein, sont pressés d’en découdre avec le premier des édiles de la cité ocre. Lequel a toujours su échapper aux guets-apens de ses détracteurs, manipulés par des forces occultes, qui veulent faire main basse sur la cité la plus prospère du Maroc. Qu’à Dieu ne plaise ! (Abdelkarim Chankou, « O. Jazouli et les antisémites« , Le Détective marocain, 9 mars 2007)

On peut présumer que ces talking heads de la presse francophone marocaine auront révisé leurs opinions le temps de quelques jours en décembre 2008/janvier 2009.

Ce qui est intéressant dans cette histoire c’est l’aspect juridique: en effet, en vertu de l’article 42 du dahir n° 1-02-297 du 25 rejeb 1423 (3 octobre 2002) portant promulgation de la loi 78-00 portant charte communale, toute convention de jumelage ou de coopération décentralisée doit être approuvée par le conseil communal puis ensuite par l’autorité de tutelle (cf. aussi l’article 69 de la charte communale) – en matière de communes urbaines (Marrakech), la tutelle est exercée par le ministère de l’intérieur ou son délégué – dans les conditions fixées à l’article 73 de la charte. Le ministère de l’intérieur dispose d’un délai de 45 jours pour approuver la décision du conseil communal – en cas de non-réponse dans ce délai, la décision est réputée approuvée. Or, rien n’est indiqué dans les divers articles sur l’approbation de la convention de coopération avec Haïfa par le conseil communal, ni sur son approbation ultérieure par le ministère de l’intérieur. On peut présumer que si l’une de ces deux instances n’avait pas approuvé la convention tripartite litigieuse, la presse en aurait parlé – mais rien ne peut être déterminé avec certitude.

On ne peut pas dire qu’Omar Jazouli n’ait pas fait parler de lui depuis: ce maire, qui avait dénoncé le tourisme sexuel – « Il a finalement trouvé une idée à défendre : « éviter de faire de sa ville une destination de tourisme de masse » et surtout pas « un fief de pédophiles et d’homosexuels ».  » – a été accusé il y a quelques semaines d’être le client d’un prostitué homosexuel marrakchi nommé… Haïfa! Bien évidemment, Jazouli nie en bloc – en dépit de la présomption qui pèse en la matière sur les marrakchis – en dépit d’une véritable campagne de presse. A cet égard, on ne peut pas dire que sa ligne de défense lui attirera la sympathie des défenseurs de la cause gay:

Ce qui a été relaté dans la presse marocaine est incompréhensible pour moi. Je suis connu comme étant un homme intègre et correct et je ne suis pas du tout homosexuel (Aujourd’hui Le Maroc du 15 mai 2009).

Et tout aussi évidemment, Marrakech n’étant pas Tel-Aviv, la combinaison aux yeux de l’électeur marrakchi moyen d’homosexuel partisan de la normalisation avec Israël ne paraît pas être un ticket gagnant, ce qui fait dire aux observateurs qu’il aura du mal à se faire réelire lors des élections communales du 12 juin suivant (même si l’intéressé déclare y croire, peut-être confiant dans le talent de son magicien de fils):

Dans les réunions pré-électorales, certains élus locaux en étaient même venus aux insultes pour en découdre avec leurs adversaires comme c’était le cas dernièrement à Marrakech. C’est aussi dans cette même ville que des bruits ont couru dernièrement sur l’homosexualité du maire de Marrakech. Ils ont été même relayés à la Une, le 13 mai dernier, par deux organes de presse arabophones. D’après ces informations, Omar Jazouli aurait été dénoncé par un prostitué homosexuel. Ce dernier, après avoir été raflé par la police, aurait déclaré qu’il avait des personnalités haut placées à Marrakech parmi ses clients, dont le maire de la ville.

Le principal concerné a tout de suite répliqué, par voie de presse. Omar Jazouli a déclaré qu’il ne s’agit dans cette affaire que d’« une guerre électorale avant l’heure ». « Je suis connu comme étant un homme intègre et correct et je ne suis pas du tout homosexuel », a-t-il martelé.

A l’origine de ce scandale, un certain « Haïfa » que Jazouli considère comme étant « un malade mental » qu’il dit n’avoir jamais connu. « La personne qui a prononcé mon nom dans le PV de police, et qui a relaté des faits nuisant à ma réputation et à celle de ma famille, a été poussée et même payée pour nuire à ma réputation », s’est défendu le maire de Marrakech, sur les colonnes d’ALM. Il a aussi affirmé n’avoir été, à aucun moment, interpellé, dans le cadre de cette affaire, par la police ou le procureur général du Roi. Les péripéties s’arrêteraient-elles alors là ? Pas si sûr. Le maire de Marrakech compte poursuivre les deux organes de presse écrite et un journaliste d’une chaîne radiophonique pour diffamation.

Ce n’est pas la première fois qu’Omar Jazouli se trouve au centre d’un scandale. Il avait même été condamné en 2003, en première instance, à aller en prison suite à son accusation d’utilisation de fonds publics dans sa campagne électorale. Mais ce jugement a été cassé en appel. Plus récemment, il s’était trouvé au cœur d’un autre scandale, relatif également à Haïfa. Mais c’était de la ville israélienne qu’il s’agissait et non d’un prostitué. Ses détracteurs l’avaient accusé d’avoir signé un accord tripartite avec cette ville et Marseille. Là encore, Omar Jazouli avait expliqué que les accusations portées contre lui étaient infondées. Selon lui, il ne s’agissait que d’un document signé entre Marrakech et Marseille devant permettre à des jeunes de la ville ocre de bénéficier de sessions de formation en stratégie de développement touristique ou encore pour ce qui est la qualité des services et prestations touristiques. Tous ces bruits n’empêchent pas Jazouli de se présenter à nouveau sous les couleurs de son parti, l’Union constitutionnelle (UC), pour succéder à lui-même à la tête de la mairie de Marrakech. Il estime que sa candidature se trouvera renforcée par les « coups bas » dont il estime faire l’objet. (Le Reporter, « Les dossiers chauds des élections: transhumance et homosexualité« , 25 mai 2009)

Par ailleurs, sa gestion a été critiquée par des ONG locales et il fait l’objet d’une enquête de police pour une transaction douteuse du conseil communal ayant coûté un montant de 50 millions de dirhams (4.500.000 €) par décision de justice en faveur d’un député, Abdelaziz El Banine (FFD). Et il avait déjà été condamné à de la prison en première instance en 2003 pour avoir utilisé aux fins de sa campagne électorale les ressources de la commune – ce qui ne l’avait pas empêché de prononcer un discours en 2004 lors d’une conférence internationale sur le juge de cassation dans lequel il manifestait toute sa confiance dans la justice de son pays, sans doute motivée par son acquittement en appel:

On peut tout d’abord, et c’est probablement l’essentiel, mettre l’accent sur le sentiment de justice éprouvé par les citoyens du Maroc. Il provient lui-même du sentiment d’une harmonie sociale, l’existence d’un idéal commun dans le respect de chacun.

La justice en tant qu’institution est indépendante et impartiale, comme l’exige notamment la loi qui en est la garante. De ce fait, les juges, de par leurs compétences, deviennent de plus en plus crédibles et accessibles.

En fait, la confiance en la justice est l’ossature d’une nation. Toute société a besoin d’une justice garante des libertés, efficace et impartiale : efficace pour garantir la sécurité des personnes, impartiale pour que vivent le système de valeurs commun et l’instauration d’une démocratie des valeurs indéfectibles de notre pays sous la conduite de Sa Majesté Mohammed VI, Que Dieu le Glorifie.

Excellence, la ville de Marrakech est honorée d’accueillir un tel congrès, ce qui démontre que cette ville est un havre de paix pour des travaux d’une telle ampleur.

Les électeurs marrakchis seront donc inexcusables de ne pas se déplacer pour débarasser la vie politique marocaine de ce modèle-type de l’opportunisme amoral – « Je représente un parti libéral. Gauche ou droite, la gestion d’une ville n’a pas besoin d’une idéologie, mais d’hommes capables d’assurer cette gestion » – il y en a d’autres, mais il faut bien commencer quelque part. Et finalement, partisan de la normalisation avec Israël et maquereau, la combinaison coule de source…

PS: Pour un rapide tour d’horizon sur les partis en lice, voir le billet de Politiquonaute.

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