Le 20 février, une année plus tard

Le printemps arabe de 2011 – l’expression n’est pas nouvelle, puisque Jacques Benoist-Méchin, ancien collabo qui fut plus tard un survivant du coup d’Etat de Skhirat en 1971, avait déjà qualifié ainsi l’année 1958 dans un livre du même nom – n’est pas terminé: les transitions vont cahin-caha en Egypte, en Libye et en Tunisie, tandis qu’un statu quo indécis perdure au Yémen et que le régime baathiste syrien confirme de jour en jour le titre de l’ouvrage posthume de Michel Seurat – qui mourut au Liban après y avoir été pris en otage – « L’Etat de barbarie« .

Au Maroc, par rapport au 20 février 2011, la différence formelle ou institutionnelle est mesurée: il n’a jamais été question de renverser le régime mais de transformer une monarchie absolutiste en monarchie parlementaire, et mettre fin à la corruption et à la paupérisation endémiques au Maroc. C’est dans cette optique, sous pression du climat encore fervent qui régnait en ce début du mois de mars 2011 que le Roi enclencha, par le biais de son discours du 9 mars, une riposte cantonnée au plan institutionnel, avec tout d’abord une réforme constitutionnelle entérinée par le plébiscite du 1er juillet et des élections législatives anticipées aboutissant à l’arrivée du PJD à la primature.

Il s’est agi d’un changement formel: la Constitution a été toilettée, mais sans toucher à la substance des prérogatives royales; des élections ont eu lieu et donné la victoire au PJD, mais ce parti a été domestiqué, du moins dans sa majorité. Les quelques mois qui se sont écoulés depuis l’arrivée à la primature d’Abdelillah Benkirane et la nomination de son gouvernement n’ont guère convaincu de la réalité du changement: sans mentionner la nomination de Fouad Ali el Himma en tant que conseiller du Roi, la mascarade de la nomination hors-la-loi de 28 ambassadeurs par le Roi, le maintien d’Aziz Akhennouch (ex-RNI et homme d’affaires proche du sérail) dans un gouvernement abandonné par son parti, le maintien de ministres de souveraineté (on notera la nomination, en tant que ministre délégué à l’intérieur, de l’ancien patron de la Sûreté nationale Charki Draïss), les procès pour délit d’opinion se sont succédés, et le correspondant d’El Pais au Maroc est dans le collimateur des autorités probablement pour un manque de flagornerie.

C’est ainsi que le rappeur membre du 20 février L7a9ed a été condamné à quatre mois de prison (soit la durée de sa détention préventive) pour une aggression imaginaire, deux condamnations à de la prison ferme (un an et trois ans) viennent d’être prononcées pour offense au Roi, les saisies de journaux se multiplient, et le journaliste le plus lu du Maroc – Rachid Nini – est toujours emprisonné, en dépit du souhait exprimé publiquement par le ministre de la justice de le voir en liberté. La liste des emplois publics – et notamment ceux à des postes stratégiques – encore réservés au Roi est particulièrement fastidieuse, et ne présage pas de changement substantiel dans la pratique makhzénienne de mainmise du Palais sur l’administration.

Mais il faut être honnête: ce ne sont pas ces péripéties institutionnelles ou en matière de libertés publiques qui affecteront véritablement le bilan que l’opinion publique marocaine sera amenée à porter sur ces quelques mois de changement allégué. Elle se prononcera plutôt sur le bilan tel qu’elle pourra le constater dans sa vie quotidienne – emploi, pouvoir d’achat, qualité des services publics (santé et éducation surtout), corruption. Et là, rien n’indique un changement notable dans ces domaines, beaucoup moins susceptibles à l’affichage de résultats rapides: la situation déjà désastreuse de la balance des paiements s’aggrave, et le déficit public se creuse, sous l’effet notamment des mesures coûteuses prises par les autorités en 2011 – augmentation des fonctionnaires, recrutement de diplômés-chômeurs, maintien de la compensation – afin d’acheter la paix sociale dans le contexte politique tendu du début 2011. Et les investissements directs étrangers chutent – l’Union européenne étant le premier partenaire économique et commercial du Maroc, il est évident que le contrecoup de la crise profonde et structurelle que traverse l’UE ne pourra qu’affecter le Maroc. La loi de finances 2012 n’étant toujours pas votée, rien ne permet encore de déterminer si le gouvernement Benkirane pourra faire beaucoup mieux que ses prédécesseurs, sachant de toute façon que le Palais contrôle là aussi des instruments non-négligeables: la Bank al Maghrib, les établissements publics, la SNI et les fondations royales sont en dehors du contrôle gouvernemental.

Face à ce constat peu optimiste, le mouvement du 20 février continue à manifester publiquement son refus du système autocratique. C’est sans doute sa persistance et sa contribution à une plus grande liberté de ton qui sont sa première qualité, car son bilan est maigre: le système institutionnel continue à marcher de manière à peu près identique à ce qui se faisait il y a un an – l’autoritarisme, le favoritisme et la corruption n’ont guère reculé – de manière plus importante, si les textes ont changé, la pratique demeure. Le champ politique est certes marqué par l’arrivée au « pouvoir » (terme impropre) du PJD, mais aucun parti d’envergure ne soutient le mouvement du 20 février (le boycott des élections par les partis qui lui sont proches ne contribue pas, il faut l’avouer, à renforcer l’assise politique du mouvement) – le PSU, le PADS et Annahj addimoqrati sont remarquables par leur militantisme de qualité mais limités par leur assise populaire. Seule une légalisation d’Al adl wal ihsan permettrait sans doute de bouleverser le système politique, mais pas forcément d’une manière uniquement positive. Le jeu institutionnel est pour l’instant totalement imperméable au mouvement du 20 février, et aucun changement n’est même intervenu au niveau des personnes les plus critiquées par l’opinion publique- Majidi et El Himma sont toujours là, au Palais.

La mobilisation populaire est quant à elle limitée (comme l’admet Karim Tazi) – si la persévérance du mouvement du 20 février force le respect, il est incontestable qu’il n’a pas franchi le palier numérique qui permettrait de troubler le jeu institutionnel, et le départ d’Al adl wal ihsan n’a pas vraiment renforcé le mouvement du 20 février. Les modes d’action sont confinés aux manifestations sur la voie publique, la coordination nationale est inexistante, et ce n’est pas de son côté – ses représentants l’affirment eux-mêmes – qu’il faut trouver des programmes ou propositions concrètes.

C’est du côté du mécontentement populaire, par le biais d’émeutes, que vient probablement le principal motif d’inquiétude du Palais: si ces émeutes ne touchent que la périphérie (Taza, Beni Mellal), comme c’est le cas au Maroc depuis 1990 (si on admet que Marrakech (1984) et Fès (1990) n’en font pas partie), l’exécrable conjoncture économique rend probable des troubles accentués au cours de l’année. Les émeutes ne font pas une révolution, mais le contexte de 2012 n’est pas celui de 1981 ou 1990.  Si quelqu’un peut affirmer avec certitude que le jeu institutionnel dans un an sera très différent, toutes mes félicitations – je vois une situation socio-économique qui s’aggrave et une situation politique stagnante, et j’espère me tromper sur ces deux plans.

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Jagdszenen aus Niederbayern – nun in Alger, ou comment le foot dégénère en pogroms

Ca avait très mal commencé au Caire, avec des jets de pierre d’une gravité extrême contre le bus des joueurs algériens deux jours avant le match Egypte-Algérie ce 14 novembre, qui s’est clos après une victoire égyptienne 2-0 menant à un match de barrage entre les deux équipes ce mercredi 18 à Khartoum – les vidéos, qui montrent des joueurs algériens blessés par jets de pierre, sont indiscutables et on ne peut mettre en dout, comme l’a fait de manière ignominieuse la presse égyptienne, la réalité de cette agression – voir les vidéos ici (via France 24).

Voir également le bref compte-rendu d’El Watan:

Ce qui s’est vraiment passé

Les Verts qui sont arrivés hier à l’aéroport international du Caire vers 16h, ont été victimes d’une véritable agression de la part des supporters égyptiens qui se sont faufilés au milieu des supporters algériens entassés à la sortie de l’aéroport pour accueillir leurs idoles avant de rejoindre l’hôtel Liber Hôtel (ex-Moevenpick) se trouvant à environ 200 mètres.

Au moment où le bus transportant la délégation algérienne allait amorcer son dernier virage, il a été bombardé par des pierres et des projectiles de toutes sortes qui ont atteint quatre joueurs et l’entraîneur des gardiens de but, provoquant de sérieuses blessures à certains d’entre eux. Il s’agit entre autres de Halliche et Lemouchia qui ont été sérieusement blessés à la tête, Saïfi et Chaouchi qui eux ont été touchés à la main. Le bus transportant la délégation algérienne a été sérieusement endommagé. Aussitôt arrivés à l’hôtel, la délégation algérienne a fait appel au représentant de la FIFA chargé de la sécurité, le Suisse Gagg Walter pour constater les dégâts et les blessures. Les joueurs étaient sous le choc et les présents se demandaient comment des supporters égyptiens se trouvaient sur les lieux après toutes les assurances données par les autorités du pays d’accueil.

Par Y. O.El Watan)

La théorie du complot a été embrassée des deux côtés – les Egyptiens en accusant de manière ridicule les joueurs algériens de s’être en quelque sorte auto-mutilés dans un complot anti-égyptien dont on peine à percer les motivations, sachant que la FIFA n’a jamais à ma connaissance accordé de victoire sur tapis vert à l’équipe visiteuse pour cause de violences en dehors du stade. Du côté algérien, l’attaque du bus de l’équipe algérienne n’aurait pas été le fait de hooligans mais le fruit d’une conspiration impliquant les services secrets égyptiens:

Un parlementaire égyptien à Echourouk : « le chauffeur du bus est un informateur connu par les services de sécurité égyptiens ». (…)

Un parlementaire égyptien n’a pas hésité à faire cette déclaration par téléphone au quotidien Echourouk, parlant du scénario de l’agression des Verts et du rôle joué par le chauffeur du bus, qui a fait un faux témoignage suite aux instructions qu’il a reçue quelques jours avant l’arrivée des joueurs algériens en égypte.

Ce parlementaire a affirmé que ce chauffeur est un informateur des égyptiens, qui avait été chargé par la mission de faire un faux témoignage et d’accuser à tort non seulement les joueurs, mais aussi le ministre algérien de la jeunesse et des sports, et ce en indiquant que ce dernier lui a déchiré la chemise.

Le parlementaire a été clair dans sa déclaration, et il dit : « J’ai peur que vous publiez mon nom, et subir cent fois plus que ce que vos joueurs ont subi », et de ce fait, il s’est contenté pour le moment de révéler la vérité, et à l’avenir nous allons ouvrir une enquête sécuritaire en usant de nos moyens politiques, avant de poursuivre : « Il ne faut pas s’étonner si le chauffeur maintienne ses propos pour faire croire que c’est la vérité qu’il dit, nous les Egyptiens on se connaît les uns les autres. Sa mission était et est toujours d’espionner les étrangers à travers sa soi-disant profession de chauffeur de bus, et il a été choisi pour jouer ce mauvais rôle, à savoir faire un faux témoignage »

Ce même responsable a ajouté cette déclaration : « Je suis sûr que c’est lui-même qui a déchiré sa chemise pour lui servir de preuve supplémentaire à ses faux témoignages. A savoir quelle serait sa récompense ?» (Ech-chourouk)

De même, les célébrations palestiniennes à Gaza après le second but égyptien seraient « le fruit des manœuvres des services secrets égyptiens présents en force sur les territoires occupés » (Liberté).

Des violences ont ensuite eu lieu après la fin du match au Caire, et des supporters algériens affirment avoir été agressés à coups de pierre par des hooligans égyptiens (les récits contiennent de nombreuses exagérations, mais la description des agressions semblent suffisamment détaillée pour être crédible):

« Cela a commencé juste après la fin de la rencontre. Nous attendions dans les tribunes les instructions des services de sécurité égyptiennes pour monter dans les bus. Vers minuit, on quitte le stade du Caire escortés par une voiture de police et une vingtaine de minutes après notre départ, la voiture disparaît. Le bus ralentit avant qu’une meute de supporters égyptiens nous attaque avec des jets de pierres et des armes blanches. Ils étaient comme des fous, pire que les sionistes. Ils voulaient nous tuer. Les bus qui transportaient nos supporters étaient totalement endommagés. Et tout cela sous le regard de la police », témoigne Tayeb Meriem, ancien député, qui faisait partie de la délégation. (…) « Tout au long du trajet, les Egyptiens n’arrêtaient pas de nous caillasser. Il y avait beaucoup de blessés », a ajouté l’ex-parlementaire. (

Un journaliste algérien raconte avoir été agressé par la foule également à l’aéroport, au départ du Caire:

« On croyait que tout était terminé après le cauchemar de la nuit du match, malheureusement pour nous, une centaine d’Egyptiens étaient embusqués à l’intérieur de l’aéroport. Dès qu’on a franchi les portes de l’aéroport, on a été attaqués par une foule déchaînée. Même les journalistes ont été agressés. On a été pris en otage », témoigne, Bachir Cherif, directeur du journal La Tribune.

D’autres témoignages algériens semblent crédibles:

« C’est un véritable guet-apens, un traquenard dans lequel les supporters algériens sont tombés à leur sortie du stade », dit Yacine. L’homme qui parle ainsi, c’est le docteur Yacine Hakimi, chirurgien au CPMC de l’hôpital Mustapha d’Alger il sait exactement de quoi il parle en matière de blessures et de traumatismes. (…)

Selon son témoignage, les bus des supporters algériens sont sortis vers 1h de l’enceinte du stade, escortés par la police. Seulement, au bout d’une dizaine de kilomètres, cette escorte a rebroussé chemin pour livrer ceux qu’elle était censée protéger à la furia des supporters égyptiens résolus à tailler en pièces tout Algérien qui leur tomberait sous la main. Une pluie de projectiles a commencé alors à tomber sur les bus ; les vitres ont explosé les unes après les autres. « Je croyais mon heure arrivée », poursuit Yacine.

« une Algérienne déshabillée devant nous »

Le chauffeur du bus égyptien a refusé de continuer sous prétexte que sa vie était en danger. Les malheureux supporters ont été contraints de faire le reste du trajet à pied au milieu d’une foule hostile qui continuait à les bombarder de pavés et de pierres et à les abreuver d’injures. « Ce n’est qu’une fois à l’intérieur de l’hôtel que j’ai pu donner les premiers soins. Là, j’ai eu affaire à une crise d’épilepsie, un cas de traumatisme fermé du coude, un traumatisme grave du bassin, un traumatisme oculaire grave, et deux côtes cassées sans compter les plaies ouvertes sur la face ou au cuir chevelu », raconte encore notre médecin. (El Watan)

Le gouvernement égyptien a promis d’assurer la sécurité aux Algériens,  mais rien n’a été fait, la police nous a même lâchés face à un public déchaîné. Et nous étions obligés de réquisitionner une dizaine de policiers le temps d’avertir le consulat. Ce n’est que vers les coups de 4h du matin que nous avons pus sortir du stade” (Liberté)

Plus grave, des supportrices algériennes auraient subi de l’harcèlement:

Nesma est étudiante au Caire. Elle raconte les humiliations et les brimades subies au stade. « Des femmes policières nous ont déshabillées alors que leurs collègues hommes nous regardaient. Nous avons été continuellement insultées pendant les trois heures d’attente que nous avons passées à attendre pour entrer dans l’enceinte du stade », dit-elle, en nous montrant les photos de supporters algériens couverts de sang qu’elle a prises avec son propre appareil à la sortie du stade. (El Watan)

Je suis venue de France pour voir l’équipe nationale. Étant étudiante à l’université  de Grenoble, j’ai dû faire des économies avec mes amies pour payer mon séjour et une émulation en prime. Je me suis  retrouvée à moitié nue dans la cabine du poste de police du stade. Le policier m’a indiqué la cabine destinée aux femmes pour la fouille. Je me suis exécutée en croyant qu’il s’agissait d’une procédure normale de vérification. À l’intérieur, la policière a procédé à la fouille de mon sac à main –  en me confisquant mes produits de beauté prétextant qu’ils peuvent servir de projectiles – puis elle m’a demandé de lever les bras pour une fouille corporelle.  Subitement, elle change d’avis en exigeant de moi d’enlever mon pull et mes chaussures, comme j’ai refusé, elle m’a bousculée devant une table et elle m’a menacée de le faire. Une fois fait, elles se sont mises à rire aux éclats en me regardant. Ma fouille ressemblait à celle des détenus. Et dire que j’avais une haute opinion de ce pays. Je rentre demain chez moi.” (Liberté)

Le ministre de la solidarité, de la famille et des ressortissants algériens établis à l’étranger Djamel Ould Abbas a vertement critiqué la partie égyptienne:

« on était victime d’un sketch où les autorités avaient joué leur rôle dans l’hypocrisie. Dés notre arrivée, ils nous ont donné des garanties, mais dés notre sortie de l’aéroport, on a compris l’enfer qu’on nous a préparé » « on a pris place sur la tribune officielle, on a été soumis à une pression terrible, mais jamais on a imaginé que leur haine pouvait arriver à siffler l’hymne national algérien, même les joueurs n’avaient rien entendu. J’ai salué l’hymne national algérien comme un militaire le ferait, et j’ai fait de même avec l’hymne national égyptien, mais j’ai élevé ma voix en présence de 14 ministres égyptiens, pour dire « la honte à l’Égypte, cet hymne national, c’est malheureux que la haine et le mépris arrivent au degrés de siffler le drapeau national » « dés qu’ils ont marqué le deuxième but, je fus ciblé de tirs par un grand sac, qui comprenait des figues sèches, et à ce moment là, on ne pouvait distinguer le ministre du citoyen, parce que les tirs en direction des tribunes réservées aux algériens avaient pris une tournure horrible » « on a un enregistrement vidéo mettant en évidence les agressions dont avaient fait l’objet des officiels algériens ainsi que de simples citoyens algériens sur les tribunes du stade de la mort au Caire »

« ils nous ont attaqué comme des sauvages » (Ech-chourouk)

Des rumeurs faisant état de morts algériens au Caire ont été rapportées par la presse algérienne, notamment Ech-Chourouk, quotidien arabophone – mais traduisant une sélection d’articles en anglais et en français (quotidiens marocains, prenez-en de la graine!) – à grand tirage qui semble être l’Al Masae algérien:

L’on parle de morts et de centaines de blessés. Des chiffres qui font peur et qui circulent parmi la population et au sein des redaction. En l’absence d’une information officielle, les rumeurs vont bon train. Mais, selon les témoignages de rescapés algériens présents, hier, au Caire et arrivés à Alger depuis ce matin, il s’agit de quatre morts averées dont l’un est tombé sous les yeux de notre interlocuteurs. Aucun chiffre officiel n’a été déclaré. Les speculations s’affolent face à la difficulté d’obtenir des informations fiables. Seuls, les témoignages d’algériens de retour de cet enfer en font état. (Ech-chourouk)

Le nombre des morts algériens allégués varie de 1 à 12, en passant par 4, 5 ou 7, selon les sources contradictoires, qui n’ont d’ailleurs pas été reprises par des médias non-algériens, à ma connaissance.

Le témoignage d’un rappeur algérien ayant fait le déplacement et qui fait état de quatre morts semble spectaculaire au premier abord:

Parmi ces blessés, le chanteur de Rap Reda City 16, qui est venu dés son arrivée en Algérie, à la rédaction du journal pour apporter ses témoignages, photos et vidéo à l’appui. Selon ce dernier,  » des algériens étaient « offerts » à la vindicte des égyptiens. Les policiers chargés de protéger les supporteurs algériens les guidaient à travers les dédales de ruelles cairote, tout droit dans un guet apens ou ils sont attendus par une horde de voyous. Les policiers ne s’empêchaient pas de parfaire leur forfait en criant « voici des algériens » et de prendre ensuite la fuite laissant nos compatriotes désarmés, perdus et livrés à un caillassage en règle« . Cette « opération » digne d’une période nazie aurait « coûté la vie à quatre algériens« , dont l’un est mort sous les yeux du rappeur qui déclare « avoir fait la chahada à la victime avant de la couvrir de l’emblème national« . Notre interlocuteur rapporte qu’ « Une femme enceinte accompagnant son mari, n’a du son salut » qu’à la bravoure de notre témoin qui affirme s’être  » jeté sur elle la plaquant par terre pour éviter les cailloux, son mari avait perdu connaissance, atteint par les projectiles« . « Une fois conduite à l’hôpital, cette dame aurait perdu son fœtus » ajouta-t-il. (Ech-chourouk)

Je ne suis pas vraiment convaincu, même si les images qu’il aurait filmées sur son portable sont troublantes: difficile de déterminer si les photos d’un supporter dans un drapeau algérien ensanglanté montrent un blessé ou un mort. On ne voit pas comment le nom du ou des supporters morts ne saurait pas amplement diffusé et claironné sur les toits par les très nombreux journaux et sites algériens, ni comment de très nombreux témoins, au Caire, à l’ambassade d’Algérie, aux aéroports du Caire et d’Alger puis en Algérie ne confirment pas un décès, car on ne transporte pas un cadavre d’Egypte en Algérie comme un simple colis postal (un site algérien fait état du rapatriement d’un cadavre de supporter algérien décédé, mais sans aucune information complémentaire ou confirmation par d’autres sources) , comme peuvent en témoigner les Marocains qui font rapatrier au Maroc le corps d’un parent mort à l’étranger. Ce qui est certain, encore une fois, c’est que la violence de prétendus supporters égyptiens a fait de nombreux blessés algériens.

D’autres allégations sont très excessives – El Watan (qui maintient que des Algériens sont morts au Caire) cite un supporter algérien assurant qu’un Algérien aurait été… brûlé vif:

Un autre supporter, Hellal d’Alger, a affirmé avoir vu un supporter brûlé vif par des Egyptiens, lors de son retour du stade. (El Watan)

On imagine mal que dans une ville de 20 millions d’habitants, un soir où la moitié d’entre eux se trouvait dans la rue pour fêter la, miraculeuse victoire égyptienne, il ne se trouverait aucun témoin, même par parmi les milliers d’Algériens, aucun appareil photo, aucun téléphone mobile pour enregistrer ou confirmer la scène spectaculaire d’un supporter algérien brûlé vif…

L’ambassadeur algérien au Caire, Abdelkader Hadjar, a ainsi démenti ces rumeurs, de même que, de manière plus attendue, le porte-parole du ministère égyptien de la santé:

Mondial: aucun décès d’Algérien au Caire samedi (ambassadeur d’Algérie)

L’ambassadeur d’Algérie en Egypte Abdelkader Hadjar a affirmé dimanche qu’aucun supporteur algérien n’avait trouvé la mort après le match de football comptant pour la qualification au Mondial 2010 ayant opposé samedi au Caire les équipes d’Algérie et d’Egypte.

Le porte-parole du ministère égyptien de la Santé, Abderrahmane Chahine, a également démenti à l’AFP au Caire dimanche en soirée tout décès parmi les Algériens venus soutenir leur équipe.

« Nous démentons tout décès parmi les supporteurs algériens« , a déclaré M. Chahine.

Les deux pays ont cependant fait état de plusieurs supporteurs des deux nationalités blessés.

« A cet instant, aucun décès n’a été signalé du côté des supporteurs algériens » après cette rencontre, a indiqué M. Hadjar dans une déclaration à la chaîne 1 de la radio nationale algérienne citée par l’agence APS.

« Des informations circulaient depuis samedi faisant état de la mort de supporteurs algériens au Caire, mais après vérification, notamment auprès des services hospitaliers, aucun décès nous a été signalé« , a-t-il affirmé.

L’ambassadeur algérien a également démenti les informations rapportées par certains médias, selon lesquelles « les corps de six victimes sont arrivés à l’aéroport international Houari-Boumediene » d’Alger, ajoute l’APS.

« Le gouvernement égyptien nous a informés sur les blessures de onze Algériens, qui ont quitté l’hôpital après avoir reçu des soins« , a-t-il encore indiqué, toujours de même source.

M. Chahine avait auparavant dressé un bilan de 32 personnes, dont 20 Algériens, blessées dans la nuit de samedi à dimanche.

Un journaliste de l’AFP sur place avait rapporté qu’au moins quatre bus transportant des Algériens avaient été caillassés après le match.

La sélection algérienne avait été la cible de jets de pierres peu après son arrivée au Caire jeudi soir. Trois joueurs avaient été blessés. (…) (Le Monde)

Ces démentis semblent crédibles: Le Caire n’est pas le Waziristan ou le Sud Kivu, et on y meurt pas sans la légendaire bureaucratie égyptienne – certificat de décès, permis d’inhumer et, pour victimes étrangères, les formalités nécessaires au transport d’un cadavre vers son pays d’origine, chose qui ne peut se faire qu’avec la coopération des services consulaires et aéroportuaires dudit pays, c’est-à-dire l’Algérie. On peut donc présumer que l’ambassadeur d’algérie parle en connaissance de cause, à moins qu’il ne fasse lui aussi partie d’un « complot diabolique » comme les a dénoncés le président de la fédération algérienne… Il est vrai que l’ambassadeur algérien a été vertement critiqué pour ses propos démesurément optimistes d’avant-match:

Abdelkader Hadjar est d’abord revenu sur la fameuse « Journée Mondiale de la Peur » que certaines parties égyptiennes menacent d’organiser pour semer la frayeur parmi les joueurs de la sélection algérienne. Notre interlocuteur révèle qu’il a personnellement exposé le sujet aux services de sécurité égyptiens qui lui ont donné des garanties quant à la sécurité des joueurs, des accompagnateurs et des supporters algériens. Ces services ont indiqué qu’il ne faut pas se fier aux informations communiquées par les médias ou les forum d’Internet, d’autant que les rassemblements près de l’hôtel où séjourneront les algériens sont strictement interdits. Ils ont assuré que les déplacements des Verts seront encadrés sur le plan sécuritaire, rapporte Hadjar. (…) Le représentant de la diplomatie algérienne a expliqué au sujet du séjour des supporters, que des efforts sont fournis afin que les algériens soient logés dans des hôtels proches les uns des autres, et de préférence loin du centre-ville, pour éviter un contact trop proche avec les supporters des Pharaons. L’ambassadeur rassure quant à la sérénité du climat et des intentions des responsables égyptiens qui oeuvrent pour que la rencontre se déroule dans les meilleures conditions. (Ech-chourouk)

Aujourd’hui mardi, un communiqué officiel du ministère algérien des affaires étrangères a confirmé qu’aucun supporter algérien ne serait décédé au Caire:

Aucun Algérien n’est décédé au Caire

Le ministère des Affaires étrangères a rendu public lundi un communiqué dans lequel il a réaffirmé qu’aucun citoyen algérien n’est décédé au Caire à la suite des incidents survenus après le match Egypte-Algérie.

Voici le texte intégral du communiqué du ministère rediffusé à la demande des abonnés : « Des rumeurs et des informations erronées ont été colportées, selon lesquelles des décès auraient été enregistrés parmi les ressortissants algériens qui se sont rendus au Caire pour supporter l’équipe nationale de football.

A l’issue des investigations, menées par l’ambassade d’Algérie au Caire auprès des autorités locales et au niveau des hôpitaux et des morgues, le ministère des Affaires étrangères tient à démentir formellement ces allégations. Aucun ressortissant n’est décédé au Caire à la suite des incidents survenus, ni parmi les supporters qui se sont déplacés à partir du pays, ni parmi les Algériens résidant en Egypte.

Nos supporters algériens ont effectivement été victimes d’agressions indignes de la part d’énergumènes avant ou après le match de samedi dernier. A la suite de ces incidents, il a été enregistré une vingtaine de blessés parmi nos ressortissants à des degrés divers, mais fort heureusement sans gravité, qui ont tous quitté les structures hospitalières après avoir reçu les soins nécessaires.

La liste des blessés est disponible au ministère des Affaires étrangères. Par ailleurs, plus de 300 citoyens qui ont fait le déplacement au Caire ont choisi de se rendre de cette ville à Khartoum pour soutenir encore l’équipe nationale. Leur transfert est actuellement en cours avec des vols spéciaux de la compagnie Air Algérie et des forces aériennes de l’ANP.

Le ministère des Affaires étrangères espère que ces informations seront de nature à rassurer notre opinion publique et à favoriser le retour au calme et à la sérénité. Une cellule de suivi a été mise en place au ministère des Affaires étrangères depuis le 11 novembre dernier.

Toute personne n’ayant pas de nouvelles d’un proche qui se serait rendu au Caire pour le match de samedi dernier est invitée à prendre contact avec cette cellule au numéro vert suivant : 30-40″. (El Watan)

Le mal était en tout cas fait – le mélange de faits réels de violence, absolument inacceptables, et de rumeurs sans fondement – du moins à ce jour – a entraîné des actes de violence en Algérie, contre les expatriés égyptiens qui y habitent, le plus souvent représentants des importants intérêts économiques égyptiens dans ce pays: la multinationale égyptienne Orascom est ainsi titulaire d’une licence de téléphonie mobile via sa filiale Djezzy, et d’intérêts dans le ciment qu’elle vient de cèder au groupe français Lafarge. Des voyous algériens s’en sont ainsi pris aux différentes entreprises égyptiennes en Algérie, et des cordons de sécurité renforcés ont protégé l’ambassade d’Egypte à Alger. Paradoxalement, le nouveau siège de la Fédération algérienne de foot-ball (FAF) est construit par l’entreprise égyptienne Arab Contractors, avec du personnel égyptien (cela semble souvent être le cas en Algérie, les entreprises étrangères emmènent leur propre personnel plutôt que de recruter localement) – qui ont préféré se réfugier à l’ambassade d’Egypte à Alger:

Ils sont chargés de réaliser le nouveau siège de la FAF: Les ouvriers d’Arab Contractors se réfugient à l’ambassade

Les employés de l’entreprise égyptienne Arab Contractors, qui sont en train de réaliser le nouveau siège de la Fédération algérienne de football ont changé de direction hier.

En effet, au lieu de se rendre à leur lieu de travail, ils ont choisi de se réfugier à l’ambassade d’Égypte à Alger de peur d’être agressés. C’est ce qu’on appelle l’ironie du sport. (Liberté)

Leur peur est loin d’être infondée, au vu de véritables pogroms qui ont lieu contre des Egyptiens résidant en Algérie – ainsi, le personnel égyptien d’Orascom à M’sila a vu son complexe résidentiel saccagé par la foule:

Violence anti-égyptienne en Algérie

Le 14/11/2009 à 10:41

Un groupe de jeunes Algériens a attaqué jeudi soir une résidence habitée par des cadres de la cimenterie du groupe égyptien Orascom à M’sila, au Sud-Est d’Alger, après le caillassage au Caire du bus transportant l’équipe nationale algérienne, rapporte samedi la presse algérienne.

La police est intervenue pour mettre les cadres égyptiens et leurs familles à l’abri mais «tous les appartements de la résidence ont été saccagés et pillés» et une voiture incendiée, précise le quotidien. Le Quotidien d’Oran ajoute que 14 policiers ont été blessés durant des affrontements entre les forces de l’ordre et les jeunes pendant cette opération.

A Alger, toutes les rues menant à l’ambassade d’Egypte ont été fermées dès jeudi soir et les locaux de sociétés égyptiennes sécurisées. (Avec AFP) (L’Equipe)

Une foire à Tlemcen a été attaquée par des émeutiers souhaitant s’en prendre aux exposants égyptiens:

Tlemcen: La foire commerciale attaquée

par Allal Bekkaï (Le Quotidien d’Oran)

La foire commerciale Faimap Expo (Oued Souf) qui se tient actuellement à Chetouane, dans la wilaya de Tlemcen au niveau des locaux des ex-Galeries algériennes, a été la cible, dimanche de jets de pierre lancés par des jeunes en colère. La baie vitrée de la porte d’entrée a volé en éclats. Chauffés à blanc, les assaillants voulaient en découdre avec les exposants égyptiens. Suite à cet incident, il a été décidé d’évacuer des lieux les trois commerçants égyptiens, selon le gérant rencontré sur place.

A Skikda, des travailleurs d’une filiale du groupe égyptien Orascom semble avoir pris d’assaut leur propre usine, un cadre égyptien ayant du quitter sous escorte policière:

Skikda: Des travailleurs algériens empêchés de rejoindre leur lieu de travail

par A. Boudrouma (Le Quotidien d’Oran)

Le service d’ordre a mis fin à un rassemblement de centaines de travailleurs devant les portes de la société égyptienne OCIA filiale d’Orascom après la tournure prise par les événements.

En effet, les travailleurs interdits d’accès à leurs lieux de travail pour la troisième journée consécutive se sont mis à jeter des pierres en direction des baraquements désertés par précaution en raison de la tournure prise par le match Algérie-Egypte et les informations qui ont couru au sujet des dures conditions auxquelles ont été soumis fans et joueurs de l’équipe nationale de football, en Egypte.

Les travailleurs ont quitté les lieux bruyamment pour sortir ensuite de la zone industrielle encadrés par un service d’ordre venu en renforts, en scandant des «One, two, three, viva l’Algérie» et autres slogans d’encouragement de l’équipe nationale de football.

A noter que la tension n’a pas cessé de monter durant les trois jours d’arrêt, tension exacerbée par des provocations de membres de la communauté égyptienne qui selon des témoignages de travailleurs de la plate-forme pétrochimique ont été à l’origine du débordement. Un cadre d’OCIA qui était venu le matin a été évacué sous bonne escorte policière. A noter que cette société sous-traite la partie génie civil du méga-train GNL de Sonatrach, pour le compte de la firme américaine KBR.

Au centre-ville, les forces de l’ordre ont renforcé la sécurité autour du siège de Djezzy, l’opérateur de téléphonie mobile du même groupe égyptien Orascom, tandis qu’à quelques mètres de là des centaines de jeunes avaient pris d’assaut les bureaux d’Air Algérie pour retirer le précieux billet du voyage en direction de Khartoum au Soudan.

 A Aïn Defla, 2.000 émeutiers ont assiégé un hôtel où se trouvaient des hommes d’affaires égyptiens, avant de saccager un local commercial de Djezzy, la filiale téléphonique d’Orascom, et le commissaire de police se félicite d’avoir pu éviter la perte de vies humaines:

Nuit d’échauffourées à Aïn Defla: Un hôtel et l’agence Djezzy Saccagés

par M. N. (Le Quotidien d’Oran)

La ville de Aïn Defla a été le théâtre d’échauffourées durant la nuit de dimanche à lundi. En effet, le soir vers 22h, quelque 2.000 jeunes s’en sont pris à l’hôtel «Doui» où séjournent depuis des mois des Egyptiens cadres d’une société industrielle implantée à Aïn Defla. La police s’est interposée et a tenté d’abord de calmer les esprits surchauffés en réaction aux images chocs diffusés dans certains médias et surtout d’une vidéo circulant sur le Web faisant état d’Algériens tués au Caire. Les officiers de police ont tenté de nouer le dialogue avec les manifestants pour éviter tout dérapage, rien n’y a fait. Des renforts sont dépêchés sur les lieux. Devant le bouclier placé devant l’hôtel, les quelque 2.000 manifestants ont réagi par des jets de pierres. A la dernière limite, les policiers ont tenté d’éloigner la foule de l’hôtel en usant de gaz lacrymogène, pendant que d’autres policiers utilisant une voiture blindée ont fait évacuer les ressortissants égyptiens pour les placer en lieu sûr. Tirs de bombes lacrymogènes, jets de pierres, cela a duré 2h environ.

Quelque 600 à 700 individus se sont ensuite dirigés alors vers l’agence Djezzy où déjà la police avait pris place. Là aussi les officiers de police ont tenté le dialogue pour dissuader la foule de ne pas commettre l’irréparable. Avant d’être dépassés par les événements, des policiers ont pu évacuer le gardien de nuit, les armes des gardiens et les coffres. «Ce fut et c’est notre but primordial», nous a déclaré le commissaire Halim, chargé de communication. Une fois la mission essentielle accomplie par les policiers, ces derniers ont été submergés par la foule déchaînée. Les locaux sont alors saccagés. «Les dégâts matériels comptent peu à côté des vies humaines», nous déclare le commissaire. Quelques policiers ont subi des blessures légères causées par les jets de pierres. Cependant avant que les dégâts ne prennent plus d’ampleur et ne s’étendent à d’autres secteurs, bon nombre de citoyens, des sages sont alors intervenus et après des heures de palabres, les esprits se sont calmés ici et là. Le wali en personne était sur les lieux et a pris langue avec les manifestants en colère. La police a procédé à 14 interpellations.

A Constantine, slogans à la gloire de l’armée, tentative de mise à sac d’une agence de Djezzy (filiale algérienne du groupe égyptien Orascom) et appels au boycott de produits égyptiens se sont mêlés:

La circulation était complètement bloquée au niveau de ce carrefour vital du centre-ville. Des écoliers et des jeunes chômeurs criaient « Pas d’école, pas de travail, tous avec les Verts !». «Djeïch, Châab mâak ya Saâdane» (L’armée et le peuple sont avec toi Saâdane), leur répondait avec ferveur un autre groupe massé sur le trottoir d’en face. A ce moment, un groupe d’une cinquantaine d’adolescents, agitant drapeaux et slogans, débouche de la rue Boudjeriou. Ils revenaient du quartier Belouizded où ils étaient allés dans l’intention de saccager et brûler les bureaux de Djezzy, mais ils furent repoussés aussitôt par les forces de l’ordre. En route vers les locaux de cet opérateur de téléphonie mobile, dont l’agence de la ville du Khroub a été, pour rappel, saccagée dimanche avant d’être brûlée, il a été remarqué sur les murs des affichettes recommandant un boycott des produits égyptiens. «Ce n’est pas bon et nullement rentable de faire cela», estime un cadre financier de l’APC. Selon lui, il faut au contraire «montrer aux Egyptiens que les Algériens sont plus éduqués et plus civilisés qu’eux ». Arrivés devant l’agence de Djezzy du boulevard Belouizded, nous assistons à un face-à-face entre les forces de l’ordre et des groupes de jeunes qui cherchaient à saccager les locaux de l’agence en l’attaquant avec toutes sortes d’objets. Toutefois, au bout d’un quart d’heure de «débats» contradictoire entre les deux parties, les forces de l’ordre sont parvenues quand même à dissuader les émeutiers, qui ont fini par renoncer à leur projet, se constituant en cortège bruyant pour remonter le boulevard en scandant les slogans à la gloire de l’équipe nationale. (Le Quotidien d’Oran)

A Alger, un bijoutier égyptien a vu sa boutique dévalisée par la foule:

Rumeurs, tension et agitation à Alger

par Ghania Oukazi (Le Quotidien d’Oran)

Les agences Djezzy, Egypt-Air, une bijouterie appartenant à un ressortissant égyptien ont été saccagées par des groupes de jeunes aveuglés par un esprit de vengeance désolant.

Après l’ébullition qui s’est emparée dimanche après-midi de centaines de jeunes qui ont assiégé la place Maurice Audin dans l’espoir de décrocher un billet de l’agence Air Algérie pour aller à Khartoum, la matinée d’hier s’annonçait calme. Rien ne présageait que les manifestations de soutien à l’équipe nationale allaient dégénérer. Et pourtant si. L’espoir de vaincre demain l’équipe égyptienne à Khartoum s’est transformé en une fureur de vengeance terrifiante et désolante. La bijouterie faisant face au marché Meissonnier a été saccagée et tous les bijoux exposés ont été volés. Le groupe de jeunes qui a procédé à cette sale besogne a appris, comme par hasard, que le propriétaire de la boutique est un ressortissant égyptien.

Des agences de l’opérateur privé de la téléphonie mobile, Djezzy, dont le propriétaire est aussi égyptien, ont été saccagées à l’exemple de celle de Dar El-Beïda à l’est d’Alger, celle de Bab El-Oued et celle située à place Audin. L’agence de la compagnie Egypt-Air l’a été au même moment. L’odeur de brûlé empestait encore l’atmosphère dans le milieu de l’après-midi d’hier. Les rideaux de l’agence, baissés depuis longtemps, ont été défoncés, les documents déchirés et les ordinateurs mis en miettes ont été jetés sur le trottoir de la rue Didouche Mourad.

Heureusement, en prévision des violences populaires, l’agence EgyptAir était fermée et donc vide au moment des faits, qui n’ont donc fait que des dégâts matériels. Le feu a néanmoins été mis à l’agence, au pied d’un immeuble, dont les habitants ont craint pour leur vie:

Le siège d’Egypt Air a été saccagé en plein centre d’Alger lundi par des centaines de supporters de l’équipe algérienne de football, qui ont défoncé portes et fenêtres avant de mettre le feu au mobilier, a constaté un journaliste de l’Associated Press.

Un énorme panache de fumée noire s’est dégagé des fenêtres donnant sur le boulevard Mohamed V, rendant du coup la visibilité quasiment nulle pour les automobilistes qui, contraints de s’arrêter, ont participé du coup la mêlée générale.

« One, two, three, viva l’Algérie« , scandaient les supporters, filles et garçons, pendant que les sapeurs-pompiers tentaient d’éteindre les flammes pour empêcher le feu d’atteindre les étages supérieurs de l’immeuble, d’où s’élevaient des cris d’angoisse des occupants.

« Je n’ai pas pu obtenir un billet pour aller à Khartoum (Soudan) aujourd’hui, mais pour moi, participer à la mise à sac de cette agence est une façon de venger le sang de nos camarades joueurs qui ont échappé à la mort« , a déclaré à l’AP l’un des supporteurs, Karim Habili, étudiant en interprétariat à la faculté d’Alger Centre. (…) Les services de sécurité déployés sur les lieux de l’incendie au siège d’Egypt Air lundi tentaient de convaincre la foule de s’éloigner des flammes, sans user de leurs matraques. Selon un officier de police ayant requis l’anonymat, « ordre a été donné de haut de canaliser la foule sans recours à la violence pour éviter des dérapages » (The Canadian Press).

A Bouira, une agence de Djezzy a été mise à sac par des centaines d’émeutiers. Le siège de Djezzy à Alger a également été saccagé, les ressortissants égyptiens s’y trouvant ayant du chercher refuge dans un hôtel international avoisinant:

Dimanche soir c’est le siège flambant neuf de l’opérateur de téléphonie mobile Djezzy, du groupe égyptien Orascom, qui avait été vandalisé à Bab Ezzouar par des centaines de jeunes supporteurs arrivés des quartiers environnants. Des véhicules de service ont été incendiés, du matériel informatique et des milliers de téléphones portables ont été subtilisés par les manifestants aux cris de « le peuple avec vous les Verts« . Le personnel de nationalité égyptienne s’est réfugié dans un hôtel international situé à 500 mètres du siège vandalisé.

De nombreux autres bureaux et boutiques de Djezzy ont été mis à sac dimanche soir et lundi à travers le territoire algérien. (The Canadian Press)

Plus de détails sur la mise à sac du siège de Djezzy:

A crowd of Algerian football supporters attacked the headquarters of the Algerian subsidiary of Egypt’s Orascom Telecom (ORTE.CA) (ORTEq.L), smashing windows and destroying office equipment, the company said on Monday.

The offices, in a suburb of Algiers, were attacked on Sunday night, a day after a soccer World Cup qualification match between Egypt and Algeria which sparked reports that Algerian supporters had been assaulted by rival fans.

Metal fencing surrounding the office complex was ripped down while inside the complex, computer monitors, office chairs and water coolers were lying on the ground, a Reuters reporter who visited the scene on Monday said.

Windows in a guardhouse were smashed in the attack. At least a dozen vehicles in the office car park had broken windows. Riot police with water cannon were parked outside the complex.

« During these acts of vandalism telephone and computer equipment was subject to ransacking, theft and looting, » the subsidiary, which operates under the name Djezzy, said in a statement seen by Reuters. (Reuters)

La direction de Djezzy à Dar El-Beïda attaquée par des émeutiers – Le personnel est épargné

Liberté  Par : DJAZIA SAFTA

Des jeunes avec des chaises ou des unités centrales de micro-ordinateurs, des imprimantes, des extincteurs, des paquets de puces et même des verres d’eau    courant dans tous les  sens criant à tue-tête “One, two, three, viva l’Algérie”. C’est l’image de l’assaut lancé contre le siège de Djezzy. Des jeunes plus déchaînés les uns que les autres, ivres de colère, avec une seule idée en tête : détruire tout ce qui est égyptien. Des policiers anti-émeutes et les brigades d’intervention spéciales étaient sur les lieux, mais personne n’a pu calmer ces jeunes fous de rage et déterminés à aller jusqu’au bout de leur action. Selon des témoins présents sur place, l’assaut “a débuté vers 17h30 quand des jeunes ont commencé à affluer de partout pour se rassembler devant la direction générale de l’opérateur. Juste après, la tension montant, — ils ont commencé à forcer les barrières de sécurité et le barrage de police, présent 7 j/ 7 et 24h/24 —, n’a pu que constater les dégâts. Selon des témoignages de policiers présents sur place, les émeutiers ont commencé à lancer des pierres sur les policiers, contraints de se retirer. Une fois l’obstacle des forces de l’ordre dépassé, ils sont rentrés au parking de la direction pour s’en prendre aux véhicules du personnel encore présent sur les lieux”.

Les policiers affirment, par ailleurs, que les employés n’ont pas été touchés et personne n’a été blessé. Par ailleurs, nos interlocuteurs nous ont confié que durant cette “altercation”, deux policiers et une dizaine de jeunes émeutiers seront blessés. L’un d’entre eux, qui a requis l’anonymat, nous a révélé que “l’information concernant la destruction du siège de Djezzy, si l’Algérie perd, circulait depuis mercredi. C’est pour cela que le dispositif qui protège la bâtisse a été renforcé”.  Mahdi, un jeune présent raconte : “Il était  19h30 quand des jeunes ont commencé à se rassembler devant Djezzy et tenté de défoncer les barrières qui finissent pas céder. Ensuite, ils ont pris d’assaut l’immeuble où ils ont tout dévalisé ; ce qu’ils n’ont pu prendre a été détruit et brûlé.” Il ajoute que “les forces de l’ordre présentes sur place nous ont frappés avec des matraques.”

Un autre émeutier recommande : “Nous appelons tous les Algériens abonnés chez Djezzy à détruire leurs puces.” La colère des jeunes présents sur place était grande au point que l’un d’entre eux nous a avoué : “Ce que vous voyez aujourd’hui ce n’est rien, si on perd mercredi, ce sera cent fois pire.” Son ami a tenu à souligner que leur présence sur les lieux, “c’est par pure curiosité”, tout en témoignant sa colère face aux traitements auxquels avaient eu droit les Algériens. “Le problème n’est pas le fait de perdre un match de football, mais ce sont nos frères qui sont morts là-bas. Ils en ont tué 4 et c’étaient des étudiants partis assister à une rencontre de foot et supporter leur équipe nationale et la voir qualifiée, après tant d’années, au Mondial”. Et de poursuivre : “Je sais que casser des immeubles ou des magasins, c’est nul mais le plus triste c’est que cela ne va pas rendre la vie à nos frères morts”, regrette-t-il, les larmes aux yeux.  Certains jeunes ont même refusé l’offre de Djezzy de payer le billet d’avion à 10 000 Algériens pour assister à la rencontre de mercredi à Khartoum. “Nous n’avons pas besoin de Djezzy, nous avons nos propres sponsors. De plus, nous préférons partir avec nos propres moyens que de recevoir le moindre centime de leur part”, explique un des émeutiers. Au même moment où l’immeuble de Djezzy était mis à sac, les jeunes faisaient des affaires en tentant de vendre leur butin.

Des présents nous relatent que “des micro-ordinateurs sont cédés à El-Qaria à 6 000 DA”. Un autre renchérit en assurant qu’on lui a proposé deux PC HP dernier cri à 20 000 DA. Les anecdotes n’en finissent pas. Un autre jeune nous assure avoir vu un “frère musulman” sortir avec un PC portable caché sous sa gandoura et donner rendez-vous à son ami lors de la prière du fadjr. Un autre renchérit que “même des enfants de riches étaient de la partie. Il y a ceux qui volent juste pour le plaisir.” Minuit et les jeunes ne décolèrent toujours pas. “Les jeunes se sont scindés en deux groupes. Le premier s’est attaqué au centre de réclamations à quelques mètres  de l’immeuble saccagé où ils ont fait exploser un tuyau de gaz. Ce qui a créé un mouvement de panique chez les résidents de l’immeuble où sont les bureaux de l’opérateur. Quant à l’autre groupe, il est parti à la zone industrielle de Oued Smar où ils se sont introduit dans les ateliers où les puces sont fabriquées. Même scénario que celui de la direction ; tout a été détruit.”

Le calme ne sera revenu à Dar El-Beïda que tard dans la soirée.

Les émeutiers ont visé non seulement les sociétés, mais également les hôtels et logements soupçonnés d’abriter des Egyptiens, certains émeutiers étant armés de couteaux:

Ayman Sayyed, an engineer who returned with his wife and daughter, said on arrival at Cairo airport that on Sunday « 400 Algerians besieged the building where we live with other Egyptians, but we managed to get out. » Mohannad Ibrahim, an accountant, said for his part that « our house was surrounded by Algerians carrying knives, but we were able to escape via the roof. » (AFP)

A Oran, le complexe résidentiel accueillant le personnel égyptien de la société OTA a été assiégé par des émeutiers avant d’être dégagé par les forces de l’ordre (il faut souligner au passage que les forces de l’ordre algériennes semblent plus fermes que leurs homologues égyptiens – il est vrai aussi que la violence en Algérie touche tout le pays et des cibles très diverses, contrairement à ce qui fût le cas au Caire):

A Oran, le siège d’OTA n’a pas été attaqué, contrairement aux rumeurs qui ont circulé dans la ville toujours parée aux couleurs nationales.

Le soir, alors que des Egyptiens regroupés dans la base de vie de l’entreprise Orascom donnaient les rumeurs les plus alarmistes à la chaîne satellitaire Mehwer faisant état d’un véritable lynchage, des jeunes de Chehaïria, où est implanté le camp que nous avons contacté, ont été unanimes à dire que cela relevait du mensonge et de la grossière manipulation.

«Comment voulez-vous que des milliers d’Algériens investissent un camp situé dans une zone sécurisée relevant du secteur des hydrocarbures et où l’accès est strictement filtré». Des jeunes qui habitent des zones du camp, outrés par le comportement de certains Egyptiens qui n’avaient pas cessé depuis le match de les provoquer, ont tenté d’investir les lieux.

Cette situation de tension a duré de 19h jusqu’à 22h. L’arrivée des gendarmes a permis la levée du siège», dira un élu de la commune de Bethioua dont relève la localité de Chehaïria. Hier, des sources locales ont indiqué que des Egyptiens avaient fait leurs bagages et exigé le transport pour rentrer dans leur pays.

«Les autorités locales se sont déplacées sur les lieux pour rassurer ces travailleurs, et toutes les dispositions ont été prises pour renforcer la sécurité du site dont le gardiennage est assuré par l’entreprise de sécurité chargée de la zone industrielle d’Arzew, les services de sécurité et les agents de sécurité d’une entreprise sous contrat avec Djezzy. Il ne leur arrivera aucun malheur, contrairement à certaines chaînes qui avec des pseudo-correspondants se présentant comme des résidents du camp ont voulu faire un scoop», dira la même source. (Le Temps d’Algérie)

Un restaurant acceuillant des employés égyptiens d’Orascom a également été pris d’assaut, seule l’intervention des forces de l’ordre sauvant les Egyptiens du lynchage:

Un groupe d’Egyptiens travaillant pour l’opérateur mobile Djezzy a été attaqué, dimanche à l’heure du déjeuner, par des jeunes algériens à Bab Ezzouar, dans la banlieue-Est d’Alger selon des source policière. Les Egyptiens se trouvaient dans un restaurant non loin de l’hôtel Mercure d’Alger où ils étaient venus déjeuner lorsque des jeunes Algériens ont pénétré à l’intérieur. Bilan : plusieurs Egyptiens blessés, dont un dans un état grave, selon la même source. L’intervention rapide de la police a permis d’éviter le pire. Le quartier était toujours bouclé dimanche à 16 heures et les mesures de sécurité considérablement renforcées autour du siège de Djezzy.

Un autre égyptien, occupant le poste de Directeur général au sein de Djezzy, a été agressé à l’aéroport d’Alger par des supporters algériens revenant d’Egypte, selon l’opérateur mobile. Djezzy est une filiale de l’égyptien Orascom. (Le Matin)

Conséquence: les ressortissants égyptiens résidant en Algérie commencent à fuir le pays, du moins ceux qui le peuvent, en premier les expatriés égyptiens travaillant pour les importants intérêts commerciaux égyptiens présents en Algérie:

Des Egyptiens quittent l’Algérie à cause des violences

AFP 16.11.2009, 19h10

Une centaine de personnes ont quitté l’Algérie à cause des violences visant les ressortissants égyptiens à l’approche du match d’appui Algérie-Egypte, mercredi soir à Khartoum, qui décidera laquelle des deux équipes sera qualifiée pour le Mondial 2010, et sont arrivées à l’aéroport du Caire. Ayman Sayyed, un ingénieur égyptien revenu au Caire avec sa femme et sa fille, a raconté à son arrivée que « dimanche soir, 400 Algériens ont assiégé l’immeuble où nous vivons avec d’autres Egyptiens, mais nous avons réussi à sortir« . Selon certains témoignages, des expatriés égyptiens ont dû être regroupés dans des zones sécurisées par la police algérienne.

Afin de se protéger sans doute contre les hooligans et surtout le boycott commercial de l’Egypte prôné par de nombreux journaux algériens, Djezzy a décidé de financer le voyage de 10.000 supporters algériens pour Khartoum. Son PDG, l’Algérien Hamid Grine, a mis en avant les contrats de sponsor qui la lient à quatre joueurs algériens, et accuse sa concurrente Nedjma d’attiser les rumeurs sur le soutien de Djezzy à l’équipe nationale égyptienne. Les pertes de Djezzy suite aux émeutes anti-égyptiennes sont substantielles, 70.000 téléphones portables ayant été volés par les émeutiers:

« les pertes sont estimées à plusieurs millions de dollars». Il a indiqué, en outre, que 15 agences ont été ciblées par les milliers d’émeutiers, précisant que «le préjudice de ces attaques seront évalués par des rapports d’assurances et ceux des services de police». «70 000 portables d’une valeur de 5 millions de dollars ont été volés», devait-il indiquer substantiellement. (Le Temps d’Algérie)

La maison mère de Djezzy, le groupe égyptien Orascom, a décidé de rapatrier les cadres égyptiens présents en Algérie:

Selon nos informations, l’opérateur Orascom Telecom a décidé de rapatrier en Egypte l’ensemble de ses cadres égyptien travaillant à Djezzy.   Les premiers cadres de l’opérateur mobile ont quitté Alger dimanche soir. Les autres devraient rejoindre le Caire lundi dans la journée. Les cadres égyptiens de Djezzy qui se trouvaient en fin de semaine en Egypte ont décidé de ne pas regagner l’Algérie. Tous les expatriés égyptiens de Djezzy sont concernés par cette mesure, la première du genre depuis l’implantation en 2002 du groupe en Algérie. Par ailleurs, toutes les agences de Djezzy ont été placées sous haute surveillance des forces de sécurité.   Cette décision a été prise pour des raisons de sécurité. Dimanche, des cadres égyptiens de Djezzy ont été attaqués dans un restaurant situé non loin de Bab Ezzouer, dans la banlieue-Est d’Alger. Un directeur de Djezzy a également été agressé à l’aéroport d’Alger par des supporters algériens de retour du Caire.

Au Soudan, juste retour des choses, c’est le bus de l’équipe égyptienne qui a à son tour été caillassé – par des supporters algériens en toute vraisemblance.

La presse algérienne a réagi de manière diverse: à leur honneur, de nombreux journaux ont couvert aussi bien les violences contre les Algériens en Egypte que contre les Egyptiens en Algérie (avec mention spéciale pour cet article de Ghania Oukazi dans le Quotidien d’Oran). Le Matin, tout en semblant cautionner dans un article la violence contre les Egyptiens en Algérie (« Des égyptiens attaqués à Alger : quand on sème la haine, on récolte la violence« ), parle de « chasse à l’Egyptien« . El Watan s’est extasié sur les « braves Marocains, emblème algérien à la main pour supporter nos Verts » le lendemain d’un éditorial – « Hagrouna » – commençant ainsi:

Devant les soldats marocains qui franchirent belliqueusement en 1963 la frontière algérienne, Ben Bella, le premier président de la République, eut ce cri chargé d’une forte intensité patriotique : hagrouna ! (On nous a agressés). Il n’en fallut pas plus aux Algériens qui venaient à peine de sortir de la nuit coloniale pour se rendre, par milliers, aux frontières défendre, mains nues, leur sol convoité. Aujourd’hui, une hogra d’un autre type est venue d’un pays présenté comme ami depuis toujours par l’idéologie baâssiste, l’Egypte, où un odieux guet-apens a été tendu à l’équipe algérienne de football. Manigancé en haut lieu, au Caire, le plan machiavélique visait à fragiliser et faire perdre le match aux joueurs algériens, et c’est ce qui arriva.

L’Expression appelle à la rupture des relations diplomatiques avec l’Egypte (qui a d’ailleurs convoqué l’ambassadeur algérien au Caire pour consultations):

Il y a lieu de s’interroger devant une telle situation: que reste-t-il de «la fraternité» algéro-égyptienne? Le pouvoir algérien, qui s’est suffi de condamner les agressions, doit prendre des mesures strictes aussi bien sur le plan politique qu’économique. A quoi sert-il d’avoir des relations diplomatiques avec un pays qui a manifesté une haine viscérale envers l’Algérie, ses symboles et son peuple? Devant une telle situation, l’Algérie doit rappeler son ambassadeur au Caire. Une éventualité que la presse a dévoilé ces derniers jours. Quant à sa présence à la Ligue arabe, il suffit juste de maintenir une présence diplomatique symbolique au Caire. (…)

L’Algérie constitue un espace vierge pour les intérêts égyptiens. Les Egyptiens se font de la fortune sur le dos de l’Algérie et expatrient leurs devises en Egypte. En contrepartie, nos intérêts économiques en Egypte sont très minimes pour ne pas dire inexistants. Quel intérêt d’avoir, ainsi, des relations économiques qui vont dans l’intérêt unilatéral, d’un seul pays, l’Egypte? A commencer, même s’il le faut, par la réduction des vols aériens reliant les deux capitales.

A la veille du match de barrage à Khartoum, certains sites citent complaisamment les commentaires meurtriers de certains supporters algériens:

« Les Egyptiens sont terrorisés, ici à Khartoum. Mais nous avons décidé de ne rien faire qui pourrait gêner l’équipe nationale. A la fin du match, on verra. Si on doit tuer tous les Egyptiens, on le fera».

Lundi soir, à Khartoum, Badroo, le célèbre supporter de l’ES Setif et des Verts, joint au téléphone par TSA était confiant. Les supporters algériens ont déjà pris le contrôle de la ville face à des Egyptiens terrorisés. (…)

Lundi soir, les supporters algériens ont effectué une première démonstration de force : ils ont rendu visite à un hôtel qui héberge des supporters égyptiens. « Nous leur avons montré seulement qu’on était là, présents. Ils sont terrorisés. Nous avons rebroussé chemin sans rien faire », affirme Badroo. (…)

« Des femmes ont été violées et des Algériens tués en Egypte. Il faut se venger », affirme un supporteur rencontré devant l’agence Egypte Air située place Audin au centre d’Alger. Cette agence a été complètement détruite lundi par les manifestants qui scandent des slogans de guerre. « Djeich, chaâb, maâk ya Saâdane » où encore « Maâyak ya Saâdane fi soudane moudjahidin », crient haut et fort des jeunes, torses nus. (…) (Tout sur l’Algérie)

Les supporteurs algériens continuaient de manifester mardi dans les rues d’Alger en soutien à l’équipe nationale qui affronte l’Egypte mercredi à Khartoum en match d’appui pour la qualification au Mondial 2010. Des milliers de personnes sont rassemblées devant la Grande poste.

Ils chantent, dansent en scandant des slogans hostiles à l’Egypte. « Oulach smah oulach » (pas de pardon), « Bab El Oued chouhada« , « Sehata nlabsolu lfergani« , « les Algériens« , « Mort aux Egyptiens« , sont autant de slogans scandés par des supporters toujours en colère après l’agression sauvage contre l’équipe nationale au Caire. (Tout sur l’Algérie)

Si la FIFA était véritablement animée par l’esprit sportif, une solution s’imposerait: annuler le match de barrage, suspendre les deux équipes des compétitions internationales pour un an et des matches à domicile devant public pour deux années supplémentaires, et donner la cinquième place africaine pour le Mondial 2010 au meilleur second des groupes de qualification, à savoir le Burkina Faso, deuxième du groupe E avec 12 points. Mais on peut toujours rêver, hélas, notamment ne lisant le communiqué d’une incroyable tiédeur publié aujourd’hui…

Poudrière marocaine et violences policières d’Ifni

Il est heureux de voir que le cas des étudiants de Marrakech, sauvagement violentés – l’un d’entre eux, Abdelkebir El Bahi, est paralysé à vie suite aux violences policières – par les forces dites de l’ordre, retenir l’attention de la presse étrangère – en l’occurence le Monde Diplomatique – même si le beidaoui Ignacio Ramonet n’est pas si étranger que ça au Maroc, et même si ce n’est pas dans la version papier de ce mensuel mais sur son site. L’article mérite en tout cas d’être repris dans son intégralité:

mardi 9 septembre 2008
Poudrière marocaine
Elle s’appelle Zahra Boudkour, elle est étudiante à l’université de Marrakech, elle a vingt ans. Pour avoir participé à une marche pacifique de protestation, elle a été brutalement frappée par la police, conduite avec des centaines de ses camarades au sinistre commissariat de la Place Jemaa-El-Fna, et sauvagement torturée. Durant plusieurs jours, les policiers l’ont contrainte à demeurer nue, alors qu’elle avait ses règles, devant les autres détenus. Pour dénoncer cet ignoble traitement, Zahra a commencé, en juin dernier, une grève de la faim. Elle est actuellement dans le coma. Sa vie ne tient qu’à un fil (1).

Quelqu’un, en Europe, a-t-il entendu parler de cette jeune étudiante ? Nos médias ont-ils au moins cité la dramatique situation de Zahra ? Pas un mot. Rien non plus sur un autre étudiant, Abdelkebir El Bahi, jeté par la police du haut d’un troisième étage et cloué désormais, pour le restant de ses jours, à un fauteuil roulant à cause d’une fracture de la colonne vertébrale… Zéro information également à propos de dix-huit autres étudiants de Marrakech, camarades de Zahra, qui, pour dénoncer leurs conditions de détention dans la funeste prison de Boulmharez, sont aussi en grève de la faim depuis plus de deux mois. Certains ont dû être hospitalisés, d’autres ne tiennent plus debout, quelques-uns sont en train de perdre la vue, plusieurs vomissent du sang…

De telles atteintes aux droits de la personne humaine ont lieu dans l’indifférence et le silence général. Seuls les parents ont exprimé leur horreur et leur solidarité — ce qui a été considéré par les autorités comme un inacceptable geste de rébellion. Résultat : eux aussi ont été odieusement bastonnés.

Tout cela ne se produit pas dans un Etat lointain ou mal connu, comme peuvent l’être le Tibet, la Colombie ou l’Ossétie du Sud. Mais à seulement quatorze kilomètres de l’Europe. Dans un pays, le Maroc, que des millions d’Européens visitent chaque année, où nombre d’intellectuels européens de renom résident, et dont le régime bénéficie, dans nos médias et de la part de nos dirigeants politiques, d’étranges prévenances et indulgences.

Depuis un an, le Maroc connaît une flambée de protestations et de violences : révoltes urbaines contre la vie chère et jacqueries paysannes contre toutes sortes d’abus se multiplient. L’émeute la plus meurtrière s’est produite le 7 juin dernier à Sidi Ifni, lorsqu’une paisible manifestation contre le chômage — endémique dans cette ville — a été réprimée avec une excessive férocité. Ce qui a entraîné une véritable insurrection urbaine avec des barricades de rues, des incendies de bâtiments publics et un début de lynchage de certains responsables locaux. En riposte, les forces de l’ordre ont déclenché une hallucinante répression, faisant des dizaines de blessés et de nombreux prisonniers (parmi ceux-ci : Brahim Bara, responsable du comité local d’Attac). En outre, Malika Khabbar, de l’Organisation marocaine des droits de l’homme, a dénoncé « les viols de femmes (2) » ; et, selon la chaîne arabe d’information Al-Jazeera, il y aurait eu « de un à cinq morts ».

Les autorités démentent. Elles ont imposé une « version officielle » sur les « événements d’Ifni », et sanctionnent tout média qui diffuse une information différente. Une Commission parlementaire a certes été constituée, mais ses conclusions ne serviront, comme d’habitude, qu’à enterrer le problème.

Les espérances nées il y a neuf ans, lors de la montée sur le trône du jeune roi Mohammed VI, se sont peu à peu évanouies. Quelques petits changements indispensables ont été apportés pour que tout demeure en l’état : la vieille recette du « tout changer pour que rien ne change ». Quelques couches superficielles de peinture ont modifié l’aspect de l’édifice, mais ses sinistres souterrains et ses passages secrets demeurent identiques.

Les timides avancées en matière de libertés n’ont pas transformé la structure du pouvoir politique : le Maroc reste le royaume de l’arbitraire, une monarchie absolue dans laquelle le souverain est le véritable chef de l’exécutif. Et où le résultat des élections (toujours truquées) est déterminé, en dernière instance, par le souverain, qui, de surcroît, désigne selon son bon vouloir les ministres principaux, dits « ministres de souveraineté ».

La structure de la propriété, pour l’essentiel, n’a pas non plus été modifiée. Le Maroc demeure un pays féodal où quelques dizaines de familles, presque toutes proches du trône, contrôlent — grâce à l’héritage, au népotisme, à la corruption et à la répression — les principales richesses.

Actuellement, l’économie se porte plutôt bien, avec une croissance du PIB prévue pour 2008 de 6,8 % (3), en raison surtout des millions d’émigrés et de leurs envois de devises qui constituent la ressource principale du pays, avec le tourisme et l’exportation des phosphates. Mais les pauvres sont de plus en plus pauvres. Les inégalités n’ont jamais été aussi énormes, le climat de frustration aussi palpable. Et l’explosion de nouvelles révoltes sociales aussi imminente.

Car il existe, aussi, une formidable vitalité au sein de la société civile. Des associations actives et audacieuses qui n’ont pas peur de défendre les droits et les libertés. Nombre de ces associations sont laïques. D’autres sont islamistes. Ces dernières relèvent d’un islamisme très vivace qui se nourrit de la très grande frustration sociale et qui, de fait, constitue la première force politique du pays.

Le mouvement Al-Adl Wal-Ihsane (Justice et Bienfaisance, non reconnu mais toléré), que dirige le cheikh Abdessalam Yassine, ne participe pas aux élections. Avec le Parti de la justice et du développement (PJD), qui a obtenu le plus de suffrages lors des dernières élections législatives de septembre 2007, ces deux formations dominent très largement la carte politique. Mas le pouvoir, soutenu par ses protecteurs européen et américain, ne leur permet pas de gouverner.

Un tel déni de démocratie pousse des groupes minoritaires à choisir la voie de la violence et du terrorisme. Que les autorités combattent par tous les moyens, y compris la torture, couramment pratiquée. Et toujours avec le soutien intéressé de l’Union européenne et des Etats-Unis (4). Cette alliance objective conduit nos dirigeants et nos médias à fermer les yeux devant les violations des droits humains que l’on continue à y pratiquer.

Comme si les chancelleries occidentales disaient aux autorités de Rabat : en échange de votre lutte contre l’islamisme, nous vous pardonnerons tout, y compris votre lutte contre la démocratie.

Ignacio Ramonet
(1) Le Journal hebdomadaire, Casablanca, 26 juillet 2008.

(2) Ibid, 12 juillet 2008.

(3) Le Monde, 10 août 2008.

(4) Washington construit en ce moment une immense base militaire dans la région de Tan-Tan, au nord du Sahara Occidental, pour y installer le siège de l’Africom, le Commandement Afrique de ses forces armées, avec pour mission la surveillance et le contrôle militaire du continent, et en particulier du Sahel. Le récent coup d’Etat en Mauritanie serait lié à ce projet.

On pourrait compléter par les vidéos des violences policières à Ifni publiées sur le site de Bakchich

Infos sur la situation à Ifni au 20 août

Pour commencer, la synthèse de Spy Jones sur les émeutes de juin (ou mouvement social, tel que le décrit le tract clandestin islamo-gauchiste La Vie économique), ainsi que le rapport (version française) de l’OMDHj’avais émis des réserves à l’encontre de la façon dont l’OMDH et la FIDH avaient présenté ce rapport et exclu catégoriquement la commission de tout viol (il me paraît en effet impossible de prouver un fait négatif en matière criminelle). On lira également la lettre publique de l’OMDH au ministère de la justice, soulignant la passivité prévisible de l’appareil judiciaire devant les nombreux cas d’exactions policières (voire même d’exactions émanant de manifestants, comme la tentative avortée de brûler vif (!) un caïd).

Basta présente quelques vidéos sur les émeutes d’hier et avant-hier.

La presse officieuse prépare le mouton en poussant des hululements de joie: « Les manifestants ont été dispersés sans violence excessive » nous apprend Aujourd’hui le Maroc, tandis que les islamo-nihilistes à la solde d’Alger – sans doute un groupe stay-behind du réseau Bellirajsont avertis:

le Ministre de l’Intérieur Chakib Benmoussa avait déclaré, mardi matin lors de sa venue au port de Sidi Ifni pour prendre la mesure de la situation, que les émeutiers seraient traités « avec la fermeté requise »

On goûtera également les fortes paroles d’Ahmed Akhennouch, président de la région Souss-Massa-Draa dont dépend Ifni (une des revendications des manifestants est justement de ne plus dépendre d’elle mais de Guelmim-Smara), ministre de l’Agriculture et de la Pêche maritime, richissime homme d’affaires et réputé très proche du Palais, qui a intimé aux indigènes de « saisir la portée de cette réalité objective » qu’est le développement du port d’Ifni. Et ça, c’est aussi une réalité objective?

Le Matin exulte: « Sidi Ifni: Retour à la normale dans le port de la ville« .

Pendant ce temps, la presse gouvernementale (eh oui, Al Bayane est l’organe du PPS, qui a notamment le poste de ministre de communication et porte-parole du gouvernement) soulignait la lenteur de la commission d’enquête parlementaire ad hoc, dont le rapport ne devrait être débattu au parlement qu’après le ramadan, soit en octobre.

Certains nihilistes abreuvés à Al Jazira à longueur de journée tentent de faire accroire que la justice marocaine n’aurait pas été fidèle à sa réputation d’institution rapide, efficace et juste. J’ai le plaisir d’apporter le plus cinglant démenti à ces rumeurs ordurières:

Report au 26 août de l’examen du procès de Brahim Sbaalil

La Cour d’appel de Salé a décidé, mardi, de reporter au 26 août courant l’examen du procès de Brahim Sbaalil, membre du bureau national du Centre marocain des droits de l’homme (CMDH) poursuivi pour « outrage aux autorités publiques en faisant état de crimes fictifs », lors des incidents de Sidi Ifni.
La Cour a également refusé la demande de sa mise en liberté provisoire formulée par la défense.
Le tribunal de première instance de Rabat avait condamné le 10 juillet dernier Sbaalil à une peine de six mois d’emprisonnement assortie d’une amende de 1000 dirhams. L’accusé, jugé en vertu des dispositions de l’article 264 du Code pénal, avait été arrêté après une conférence de presse tenue le 26 juin dernier à Rabat au cours de laquelle il a fait état de « morts, de cas de disparition et de viols » lors des incidents de Sidi Ifni, qualifiant l’intervention des forces de l’ordre contre les fauteurs de troubles de « crimes contre l’humanité ». Sbaâlil avait été condamné par le tribunal de première instance de Rabat à verser une amende de 50 000 dirhams dans le cadre d’un autre dossier, où il comparaissait aux côtés du directeur du bureau de la chaîne de télévision qatarie Al Jazeera à Rabat, conformément à l’article 42 du Code de la presse, pour « diffusion de fausse information ».

Al Bayane 6/8/2008

Enfin, les inconditionnels des séparatistes, prompts à comparer la situation du Sahara marocain avec celles des territoires palestiniens occupés – noteront avec étonnement que la principale revendication des populations d’Ifni est le rattachement à une région – Guelmim-Smara – dont la capitale régionale est dans le territoire du Sahara marocain. Motif:

Selon des sources sur place, la frustration des habitants de Sidi Ifni est à la hauteur du délabrement que vit la ville. Des conditions qui poussent les Baâmranis à demander le rattachement de la ville à la région de Guelmim-Smara pour bénéficier des faveurs qu’accorde le régime aux populations sahraouies.

Ceci avait déjà été relevé précédemment par Tel Quel:

Séparatisme. Du grabuge à Ifni et Guelmim

Un correspondant de l’Association du Sahara marocain nous rapporte que la ville de Sidi Ifni, fief de la tribu des Aït Baâmrane, a été le théâtre d’un mouvement de contestation, le 29 janvier. Les manifestants, qui ont assiégé la bachaouiya de la ville, ont scandé des slogans – revendications d’ordre socio-économique : construction d’un port, transformation de la bachaouiya en préfecture, gratuité des soins, subventions sur les produits alimentaires… En somme, ils ont demandé les avantages généralement accordés aux habitants du territoire disputé dont ils ne font pas partie. Le 6 février, à Guelmim, une nouvelle manifestation a eu lieu devant le siège de la wilaya. “La distribution des cartes d’entraide nationale (ndlr : ces cartes sont monnaie courante au Sahara et valent à leurs nombreux bénéficiaires des indemnités oscillant entre 1000 et 1200 DH par mois) n’a pas bénéficié à tout le monde, c’est ce qui a provoqué la colère des habitants”, nous explique une source locale. Mal contenue par les forces de l’ordre, la manifestation s’est transformée en slogans séparatistes. Rappelons que pas plus Guelmim que Sidi Ifni, ne font partie du territoire (du Sahara) disputé.

Si l’en doit en croire la tortueuse logique des séparatistes et de leurs supporters, la situation des populations du Sahara marocaine serait celle d’une exploitation et d’une colonisation – à telle enseigne que les populations du territoire prétendument exploiteur et colonisateur demandent à être assimilés auxdites populations colonisées et exploitées… Le Sahara, territoire tellement exploité et colonisé que les colons demandent à subir le sort des colonisés – Descartes n’est pas séparatiste!

L’Economiste-watch – flashback persan

Via un commentaire de Citoyen chez Larbi, quelques considérations géopolitiques salahesques, portant sur l’Iran (ça date quand même de 2007, mais le génie est intemporel):

Démagogues

C’est une nouvelle à peine croyable, et pourtant elle est vraie: le quatrième producteur mondial de pétrole, l’Iran, est incapable de fournir à sa population l’essence dont elle a besoin. Ces besoins ne sont pas bien grands puisque le revenu par tête des Iraniens n’est pas très supérieur à celui du Maroc, malgré la manne des pétrodollars. C’est d’ailleurs ce paradoxe, et en dépit de la répression policière, qui a poussé des jeunes à se révolter violemment contre les mesures de restrictions. On comprend leur colère lorsqu’on sait que le taux de couverture énergétique (théorique) de leur pays est de 195%, quand celui du Maroc n’est que de 6%.
Qu’est-ce que le Maroc a à voir avec ces événements, qui sont, somme toute, bien lointains?
D’abord, et toute première leçon: lorsqu’on mélange la religion et la politique, les résultats sont désastreux, pour la population et pour le pays. Qu’on en juge! Ce pays millénaire de 70 millions d’habitants, qui a (avait?) une base industrielle sans commune mesure avec celle du Maroc, n’est pas capable d’offrir ne serait-ce que les instruments d’une communication moderne et confortable à sa population. Il n’y a que 62 téléphones portables pour 1.000 Iraniens. A titre de comparaison, les Marocains en ont 312.
Ensuite, deuxième leçon, quand le pouvoir politique n’autorise aucune liberté d’expression, il empêche en même temps l’autorégulation du pays. Par exemple, quand les journaux marocains s’inquiètent du déficit prévisible en électricité, le gouvernement se dépêche d’agir, ce qui pour le moins limitera les dégâts. Les journaux iraniens, eux, n’ont pas le droit de critiquer ouvertement leurs responsables. Résultat, il n’y a pas de sonnettes d’alarme, pas d’évaluation de l’action publique… jusqu’au jour où il n’y a plus d’essence à la pompe!
Enfin et en période électorale c’est important: méfions-nous des démagogues et des jeteurs d’anathèmes. Ce sont des criminels en puissance

Nadia SALAH

Un véritable feu d’artifice. Permettez-moi de souligner les points suivants:

1- « le revenu par tête des Iraniens n’est pas très supérieur à celui du Maroc » – c’est vrai, selon une fatwa d’un cheikh salafiste de la Banque mondiale le revenu par habitant du Maroc en 2006 était de 3.860 USD, tandis que le chiffre correspondant pour l’Iran était de 9.800 USD, soit en gros 2,5 fois plus par habitant que le Maroc. Mais on n’est pas obligé de prendre pour argent comptant cette odieuse propagande chiito-nihiliste.

2- « en dépit de la répression policière, qui a poussé des jeunes à se révolter violemment contre les mesures de restrictions » – seuls des nihilistes élitistes et étrangers à l’authentique modernité du terroir allégueraient qu’avec Sefrou, Ifni et Marrakech, le Maroc n’aurait rien à voir avec ces phénomènes connus des seuls pays étrangers, les émeutes au Maroc étant toujours ourdis par des marginaux à la solde des séparatistes (1).

3- « lorsqu’on mélange la religion et la politique, les résultats sont désastreux, pour la population et pour le pays » – certains ennemis de l’authenticité moderne propre au génie marocain tentent vainement de diffamer le génie national en évoquant certains passages obscurs d’un texte au demeurant inconnu et inappliqué – « Le Royaume du Maroc, Etat musulman souverain » (préambule), « L’islam est la Religion de l’Etat qui garantit à tous le libre exercice des cultes » (article 6), « La devise du Royaume est DIEU, LA PATRIE, LE ROI » (article 7), « Le Roi, Amir Al Mouminine. Représentant Suprême de la Nation, Symbole de son unité, Garant de la pérennité et de la continuité de l’Etat, veille au respect de l’Islam » (article 19), « Le Conseil de régence est présidé par le premier président de la Cour Suprême. Il se compose, en outre, du président de la Chambre des Représentants, du président de la Chambre des Conseillers, du Président du Conseil régional des oulémas des villes de Rabat et Salé… » (article 21), « Aucun membre du Parlement ne peut être poursuivi ou recherché, arrêté, détenu ou jugé à l’occasion des opinions ou votes émis par lui dans l’exercice de ses fonctions, hormis le cas où les opinions exprimées mettent en cause le régime monarchique, la religion musulmane… » (article 39) et enfin « La forme monarchique de l’Etat ainsi que les dispositions relatives à la religion musulmane ne peuvent faire l’objet d’une révision constitutionnelle » (article 106).

4- « Il n’y a que 62 téléphones portables pour 1.000 Iraniens. A titre de comparaison, les Marocains en ont 312 » – cf. « Jamais, depuis trente ans, je n’ai vu le Maroc courir à une telle vitesse ! Une classe moyenne est en train d’émerger. Il a été vendu plus de 100 000 voitures neuves l’année dernière, contre 10 000 il y a quinze ans« .

5- « quand le pouvoir politique n’autorise aucune liberté d’expression, il empêche en même temps l’autorégulation du pays » et « Les journaux iraniens, eux, n’ont pas le droit de critiquer ouvertement leurs responsables » – commentaires superflus, n’est-ce pas Ahmed Benchemsi?

6 – Nadia Salah, sans doute terrassée par l’effort de réflexion, n’a pas évoqué les dangers de l’élection du chef de l’Etat au suffrage universel (2), cause évidente du retard iranien – ces dangers ont pourtant récemment été soulignés par ses collègues éditorialistes du Matin du Sahara.

Etant moi-même terrassé par l’effort, je vous renvoie à la Gâchette du Maroc pour une analyse plus poussée du discours de la méthode salahesque.

(1) Je sais, inutile de le signaler, c’est anachronique, lesdites émeutes ourdies par des cercles séparatistes à l’étranger ayant eu lieu après ladite chronique de Nadia Salah, mais ne me cassez pas la baraque.

(2) Suffrage universel fortement limité dans le cas iranien par le filtre idéologique et institutionnel éliminant tout candidat non-favorable au caractère religieux du régime.

Le Matin du Sahara Watch: « A Sidi Ifni, l’Etat et la patience des forces de sécurité, ont évité le pire ! »

Je m’en voudrais de paraître ignorer Le Matin du Sahara et ses éditoriaux, qui n’ont rien à envier à ceux de L’Economiste:

Alors, la question se pose: qu’est-ce qui pousse d’aucuns à persister dans leur mauvaise foi ? Que veulent, en somme, ces gens ou groupes qui persistent et signent pour mettre l’affaire de Sidi Ifni sur un brasier ? Ce n’est pas seulement une volonté des associations, de certaines ONG qui ont pignon sur rue à l’intérieur comme à l’extérieur du Maroc, de s’agiter pour leur plaisir.

La chaîne « Al Jazeera » leur sert de porte-micro, quand ce n’est pas de porte-drapeau. Elle le fait avec d’autant plus d’empressement qu’elle continue de nourrir la même- sinon plus- hostilité au Maroc, à son peuple et à ses institutions. Elle est devenue le vecteur de l’antimarocanisme primaire.
(…)

L’enquête comme la recherche des coupables se poursuivent, mais certains préfèrent déjà conclure et culpabiliser les autorités. Celles-ci ont peut-être mal géré le processus de crise, comme le prétendent certains, mais elles ont été patientes et n’ont jamais manqué de sang froid. Jusqu’au jour où un pourrissement menaçait et les activités du port de Sidi Ifni et le contenu des camions de transports de poisson, soit quelque huit millions de tonnes.
(…)
A Sidi Ifni, l’Etat et la patience des forces de sécurité, ont évité le pire !

Des remous à l’OMDH après le rapport sur les émeutes d’Ifni

Je me doutais un peu que le rapport de l’OMDH sur les émeutes d’Ifni, ainsi que les déclarations tant de sa présidente, Amina Bouayach, que de la présidente de la FIDH, la militante tunisienne Souhayr Belhassen, allaient susciter des remous.

Ca n’a pas manqué: Le Journal Hebdomadaire d’aujourd’hui (vous savez, ce magazine qui a décidé en 2008 qu’il pouvait se passer d’un site web) nous apprend ainsi qu’une membre du conseil national de l’OMDH, Malika Ghabbar, a démissionné. Il cite également la réaction d’un militant des droits de l’homme d’Ifni: « c’est scandaleux de la part d’une association qui défend les droits humains d’affirmer qu’il n’y a pas eu de viols de femmes à Sidi Ifni. L’OMDH préfère parler de violences à caractère sexuel afin de diminuer l’intensité des atteintes aux droits humains qu’a connues la ville« .

Libération (tiens, un autre organe de presse marocain dans le vent: il a un site, mais aucune archive) avait déjà évoqué ces tensions internes à l’OMDH dans son édition du mercredi 9 juillet, dans un article de Narjis Rerhaye intitulé « Vol au-dessus d’un débat sur la professionnalisation d’un engagement« :

Des commentaires incendiaires, une démission fracassante du conseil national, l’OMDH n’en finit pas de faire couler encre et salive. Son enquête sur les événements de Sidi Ifni, menée avec la FIDH, et dont les conclusions sont contenues dans un rapport final, dérange et se trouve aujourd’hui au coeur d’une polémique que beaucoup avouent avoir du mal à comprendre.

La journaliste donne ensuite la parole à Amina Bouayach, qui « s’insurge contre l’instrumentalisation de ce dossier » – on peut se demander alors pourquoi s’insurger plus contre l’instrumentalisation des événements d’Ifni que contre les actes de torture que même l’OMDH a admis, car il faut bien avouer qu’on a surtout entendu Amina Bouayach nier l’existence de morts ou de viols, atténuer la constatation de l’existence de cas de torture en affirmant que la torture n’était pas systématique, puis conclure de manière loufoque en disant qu’aucun crime contre l’humanité n’avait été commis, allégation qui n’avait, me semble-t-il, effleuré l’esprit de personne…

Bouayach poursuit:

Personne, dit-elle, ne veut entendre la vérité. « La défense des droits humains doit être fondamentalement attachée à un référentiel international. C’est grâce à un tel référentiel que nous avons pu conclure qu’il n’y a pas eu à Sidi Ifni de crimes contre l’humanité, de décès, de viols au sens juridique du terme ou de violations graves des droits de l’homme. Nous sommes prêts à en débattre point par point ».

Un passage de cette déclaration me choque énormément: « il n’y a pas eu à Sidi Ifni (…) de violations graves des droits de l’homme« . Et ça, c’est quoi, un dommage collatéral?:

Je tiens à préciser ma pensée: dans le cas d’émeutes de très grande échelle comme celle de Sidi Ifni, où la quasi-totalité de la population a pris part à des manifestations dont certaines ont dégénéré, le rôle d’une organisation de défense des droits de l’homme est d’établir le déroulement des événements, et déterminer si des abus ont été commis, et il est évident que ces abus peuvent être dénoncés qu’ils émanent des forces de l’ordre ou des manifestants. Il faut cependant clarifier une chose: par définition, une organisation de défense des droits de l’homme aura plutôt vocation à dénoncer des violations des droits de l’homme dans le chef des autorités publiques que dans le chef de personnes privées.

Pourquoi? Tout simplement parce que l’Etat, détenant le monopole de la violence légitime (violence est à prendre ici au sens large, synonyme de contrainte, plutôt qu’au sens littéral de la seule violence physique), dispose de ce fait d’outils de coercition incommensurablement plus puissants que ceux généralement détenus par des personnes privées: lois, armée, police, tribunaux et autres prérogatives de puissance publique.

Ceci ne signifie pas, bien évidemment, que cette focalisation sur les violations et les abus découlant de l’usage de la violence légitime par l’Etat soit exclusive de la dénonciation des violations et abus émanant de personnes ou de groupes privées: il est évidemment du ressort d’une organisation de défense des droits de l’homme de dénoncer par exemple les violences domestiques, la discrimination contre des minorités par des employeurs, propriétaires ou commercants, ou la violation des droits sociaux des salairés par leurs employeurs. Mais souvent, même dans ces derniers cas de figure, c’est l’Etat qui sera souvent mis en cause, par exemple en raison de lois insuffisamment protectrices des femmes battues ou des salariés, ou de pratiques administratives ou judiciaires lacunaires.

D’autre part, dans un Etat de droit, l’Etat est lui-même soumis aux lois qu’il édicte et fait appliquer. Eu égard au respect dû à la loi, une violation de la loi dûe à un agent public (ministre, magistrat, policier, fonctionnaire) est par principe plus grave qu’une violation similaire dûe à un particulier – comment faire respecter la loi si on (l’Etat) ne la respecte pas lui-même?

C’est dans ce contexte que la réaction de l’OMDH est surprenante, et finalement assez peu conforme aux pratiques professionnelles qu’elle invoque. Prenons le cas des décès et des viols, qu’elle affirme avec certitude ne jamais avoir eu lieu lors de la répression des émeutes d’Ifni. Pour les décès, il apparaît effectivement relativement facile d’en prouver l’existence: il suffit de cadavres – ou, en l’absence de cadavre, de « disparition » dont l’histoire récente du Maroc est riche. Mais quel est le rôle d’une organisation de défense des droits de l’homme, par définition dépourvue des moyens d’enquête et de coercition des autorités?

Une telle organisation est-elle en mesure de déclarer catégoriquement, et même de manière polémique – en s’autoproclamant professionnelle à la différence d’autres ONG qui ne parviendraient pas au même constat – qu’aucun décès ou viol n’a eu lieu? Ne serait-elle pas mieux venue à déclarer que si elle n’a pas été en mesure de recueillir de preuve au sens judiciaire du terme de décès ou de viols, elle demande néanmoins aux autorités policières et judiciaires de recueillir les plaintes en ce sens provenant de certains témoins et de menr une enquête diligente, s’agissant de faits que le Code pénal qualifie de crimes? Le professionnalisme tant vanté par Souhayr Belhassen et Amina Bouayach n’aurait-il pas imposé plus de modestie à cet égard, de la part d’ONG ne disposant pas des pouvoirs d’enquête de l’Etat marocain?

Et ceci vaut tout particulièrement pour les accusations de viol. Si l’absence de cadavre peut permettre de conclure qu’il n’y a pas eu de mort (et encore – on a vu au Maroc que des cadavres peuvent être enterrés dans des fosses communes, en dehors de toute procédure légale), en matière de viol, c’est beaucoup plus délicat d’être catégorique. C’est tout d’abord un crime qui, même dans des endroits avec une toute autre vision de la sexualité, a tendance à être sous-déclaré, les victimes répugnant à revivre leur calvaire auprès de la police et des tribunaux, ou ayant honte de leur sort. On peut donc imaginer que ces considérations pèsent d’un poids tout particulier à Ifni, d’autant que les violeurs présumés sont des membres des forces de l’ordre. Un peu de prudence dans les déclarations, surtout de la part d’une organisation de défense des droits de l’homme, n’aurait pas été de trop. Encore une fois, l’OMDH aurait pu se contenter de déclarer qu’elle n’avait recueilli de preuve formelle de l’existence de viols (mais quelle serait cette preuve formelle – un film sur YouTube?), et demander aux autorités de diligenter une enquête sur les cas allégués.

On peut hélas se poser des questions sur une étrange coïncidence, avec deux polémiques liées à la répression des émeutes d’Ifni. Je viens d’évoquer la surprenante attitude de l’OMDH, catégorique dans un sens qui arrange parfaitement les autorités, et au-delà de ce que les faits lui permettent d’affirmer. Mais s’agissant de la procédure judiciaire contre Hassan Rachidi, directeur du bureau marocain d’Al Jazira, condamné ce vendredi 11 juillet à 50.000 dirhams d’amende pour diffusion de fausses nouvelles, Younes Moujahid, président du Syndicat national de la presse marocaine (SNPM), n’a rien trouvé de mieux à déclarer que « Al Jazeera n’est pas une chaîne sacrée« . Je ne sais pas si c’est une coïncidence, et je suis heureusement loin des querelles byzantines de l’USFP, mais il me semble que ces deux ONG, OMDH et SNPM, ou du moins leurs leaders, sont réputés proches de l’USFP. Je ne dis pas que ce sont des satellites de l’USFP, loin de là, mais il est intéressant de noter cette coïncidence – pour rappel, l’USFP siège au gouvernement et détient, nominalement du moins, le portefeuille de la justice.

Pour clore sur l’approche critiquable de l’OMDH, plus agressive contre le CMDH, dont le leader local, Brahim Sbaalil, a écopé de six mois de prison ferme pour avoir annoncé viols et décès, voici un extrait du rapport d’ATTAC Maroc, très actif dans les manifestations populaires d’Ifni, et qui me semble exemplaire par son approche prudente, adaptée aux incertitudes de la situation – bien que cette ONG ne soit pas une ONG de défense des droits de l’homme, sur ce cas-là, elle a eu une approche, comment dire, plus « professionnelle« , pour utiliser un terme cher à l’OMDH et la FIDH. Jugez-en:

La question des morts parmi les manifestants

Certains journaux et chaînes de télévision ont annoncé l’information qu’il y avait entre 4 et 8 ou 12 morts. Cette information n’a pu être confirmée mais la sauvagerie et l’état d’esprit des forces de répression lors de leur offensive permet d’imaginer cela. Le témoignage de trois personnes va dans ce sens :

Le premier a dit avoir été arrêté et torturé au commissariat et avoir vu en passant devant un bureau 6 corps entassés les uns sur les autres. Même s’ils n’étaient qu’évanouis, les corps jetés en dessous avaient toutes les chances de mourir étouffés avec le temps sous le poids des autres corps.

Le deuxième a vu deux corps inertes dans la rue ramassés par une voiture de police et au moment de son arrestation, 5 corps ont été amenés au commissariat. Les policiers les ont arrosés d’eau froide. 3 d’entre eux ont bougé, mais les deux autres n’ont pas réagi même après un deuxième arrosage et les corps ont été introduits dans un bureau.

Le troisième témoin était au port et a vu arriver des zodiacs pour réprimer les gens qui tenaient le piquet. Pendant la charge de police, il a vu un gradé des CMI donner l’ordre de jeter 3 corps inanimés dans la mer, ce qui a été fait et qu’il a vu de ses propres yeux, puis ils sont revenus pour continuer la répression du mouvement. 20 minutes plus tard, le même gradé a donné l’ordre de récupérer les 3 corps jetés dans l’eau, et ils ont transportés dans leurs voitures. Il est difficile d’imaginer qu’ils aient pu rester vivants après tout ce temps passé dans l’eau, si toutefois ils n’étaient pas morts auparavant

Nous avons écouté de nombreux autres témoignages, mais ces trois étaient les plus fiables et nous les avons recueillis directement et non en 2e main.

Le problème de la confirmation des morts réside dans :
-le fait que de nombreuses familles sont sans nouvelles de leurs enfants, mais ne savent pas s’ils sont dans les montagnes, ou en état de détention ou morts.
-le fait que la répression n’a pas touché que les acteurs direct du mouvement mais aussi des SDF qui ont aussi subi durement les effets de la répression. S’il y a des morts parmi eux, ils sera difficile de le confirmer car ils n’étaient pas de la région et on ne les connaissait pas.

De façon générale Attac Maroc ne peut donner pour certaine l’information selon laquelle des gens sont morts ou pas jusqu’à ce que des preuves concrètes soient apportées, de leur existence ou non existence. Pour cela, il convient de multiplier les efforts pour faire surgir la vérité aujourd’hui sans attendre demain. Nous ne sommes pas disposés à attendre 20 ans ou plus pour savoir ce qui s’est passé, comme cela a été le cas à Nador dernièrement.

Affinité subjective oblige, je donnerai le dernier mot à l’AMDH (c’est extrait de l’article précité de Narjis Rerhaye dans Libération):

Amine Abdelhamid, l’ancien président de l’AMDH, est catégorique: la crédibilité exige d’abord d’être aux côtés des victimes de violations. « On ne peut pas dire que tout le monde est responsable, les manifestants et les forces de l’ordre. On ne peut pas ménager la chèvre et le chou. A Sidi Ifni, on a assisté à des expéditions punitives, à des violations de domicile de personnes qui ne faisaient pas partie des manifestants. Une association de défense des droits humains doit, à mon sens, se trouver aux côtés des victimes d’autant que le combat pour les droits de l’homme consiste pour une ONG à s’attaquer aux violations, les dénoncer, à militer pour que réparation soit faite aux victimes et à revendiquer le changement des lois pour qu’elles soient conformes avec les conventions internationales relatives aux droits de l’homme« .

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