La Turquie et l’Euro 2008: are you watching, Nicolas Sarkozy?

S’il n’y avait qu’une seule raison pour soutenir l’équipe nationale turque lors de cet Euro, ce serait bien pour imaginer la tête de Sarkozy et des autres turcophobes à travers l’Union européenne si par extraordinaire la Turquie allait suivre dans les pas du petit frère ennemi grec et remporter, contre toute attente, l’Euro 2008 – allez expliquer à l’électeur moyen que le pays ayant remporté l’Euro 2008 n’est pas en Europe, argument hypocrite et profondément débile des turcophobes – je préfère encore ceux qui ont la franchise de dire, comme par exemple ce crétin de Bayrou, que la Turquie n’a pas sa place parce que les Turcs sont ambidextres moustachus musulmans. Et je ne suis pas le seul à penser ainsi – sur le blog Euro 2008 de Libération, par exemple:

Mais bon, en finale de partie, les gars du Bosphore ont prouvé qu’ils savaient phosphorer. Remember Suisse, remember République tchèque? Deux pions en deux minutes, entre la 118e et la 120e. C’était bâché à la 118e? Crois-y, Nicole. L’égalisation turcos est sublimissime. Les « soldats » de Terim ont un truc terrible en eux, un feu sacré, un dénouement à faire vibrer les plumitifs à deux balles. Je ne sais pas quoi. Mais c’est énorme. Ce qui nous vaudra une hallucinante demi-finale footballistique en demi-finales, ce mercredi. Oui: Allemagne-Turquie.
C.Lo.
PS. J’ai un grand faible pour la Turquie. Pas parce que je les ai vu en début de tournoi, et tressé des louanges à Ardan Turan. Non. Simplement, j’aimerais voir la Turquie en Europe. Histoire de rappeler que nos amis ex-Ottomans sont les cadors de la lutte grecquo-romaine, sport national. Histoire aussi? Marre des blaireaux islamophobes.

Quant au jeu proprement dit, l’élimination de la Croatie est une véritable perte. Elle a dominé la Turquie très largement dans le jeu offensif, avec quelques occasions ratées immanquables – je me rappelle de deux ratages tellement spectaculaires que je me suis dit que la règle d’or – dont le seuil d’application est cependant assez imprévisible – qui veut qu’une équipe ayant raté de nombreuses occasions encaisse un but allait s’appliquer.

Puis vinrent les prolongations, et juste quand je me suis dit que ma prédiction d’avant match – j’avais prédit un match nul, 1-1, avec victoire croate aux pénalties – allait se réaliser, Krasnic marqua sur une étonnante erreur du gardien remplacant turc, le vétéran Rüstü, à la 118e. Je n’y croyais guère plus, même si avec la Turquie, j’ai appris à ne rien exclure. Puis vint l’extraordinaire but égalisateur à la dernière seconde des arrêts de jeu  de Semih Sentürk… A partir de là, la force mentale et l’avantage psychologique des Turcs était presque palpable. En voyant le n° 14 croate, le virtuose Modric, s’approcher du point de pénalty pour tirer le premier péno croate, j’étais sûr qu’il allait rater – en effet, les grands joueurs ratent souvent leur pénalty décisif lors de cette cruelle épreuve – Platini, Zico, Roberto Baggio, Cristiano Ronaldo et j’en passe. Et ça n’a pas manqué…

Inutile de dire que j’ai, comme l’écrasante majorité des Marocains, un nouveau favori dans cet Euro 2008, en attendant l’extraordinaire feu d’artifice avec le Pays Bas-Russie de demain – au passage, saluons la débilité profonde de la FRMF, qui n’a rien trouve de mieux que de faire se télescoper Maroc-Rwanda et Pays Bas-Russie, alors même que le Maroc joue à Casablanca devant un public blasé qui ne remplira sans doute pas le stade pour voir le Rwanda. Je m’étais décidé à aller voir le match sur place, jusqu’au moment où j’ai appris l’horaire – 19h alors que Pays-Bas-Russie commence à 19.45. Avec tout le respect que j’ai pour les Lions de l’Atlas, hors de question que je rate ce qui s’annonce comme un véritable feu d’artifice… Il me faudra zapper, sachant qu’une victoire marocaine est indispensable, après la défaite 1-3 à Kigali, pour nous qualifier pour le deuxième tour des éliminatoires de la Coupe du monde 2010.

Je ne donne par ailleurs pas cher des Allemands dans le véritable derby qui les opposera aux Turcs – je ne me rappelle pas qu’un demi-finaliste soit revenu au score trois matches de suite, et je me dis que cette équipe allemande est tout de même prenable – menée 1-3 comme le Portugal l’a été hier, la Turquie serait sans nul doute revenue au score…

PS: L’image du match a été de voir Rüstü aller consoler les joueurs… croates après l’épreuve des pénalties. Ca me rappelle cette autre inoubliable image de sportivité turque, après la finale pour la 3e place de la Coupe du monde 2002, où les joueurs turcs et sud-coréens se prirent par la main et saluèrent le public ensemble – j’en avais eu les larmes aux yeux…

Soulagement et satisfaction


Bizarrement, alors que je suis en général assez tendu durant les matches, je ne l’ai été que très peu au début de Suède-Russie, et pas du tout au bout de quelques minutes de jeu. Même si je souhaitais irrationnellement une victoire ou une égalisation suédoise, la défaite contre la Russie m’a pleinement satisfait, car elle implique surtout que la Suède évitera l’humiliation suprême que constituerait un 0-6 contre les Pays-Bas en quarts de finale.

C’est quand même bizarre. Un collègue me l’a dit ce matin: « tu portes la poisse« , pensant à la défaite marocaine contre le Rwanda à Kigali (1-3) et sans doute un peu au calamiteux parcours lors de la CAN au Ghana. Et à cet égard, le parallèlisme entre les performances marocaine et suédoise est parfait: victoire au premier match des poules (5-1 contre la Namibie, 2-0 contre la Grèce), puis défaites pitoyables et élimination au premier tour. Et si mon collègue avait raison?

J’ai une autre bonne raison d’être content: le chauvinisme de la presse sportive, et la méconnaissance totale du football moderne où le Malawi peut battre l’Egypte et les vice-champions du monde se faire sortir au premier tour avec un point et 1-6 en différence de buts. Après la défaite honorable contre l’Espagne, la presse suédoise estimait certaine la qualification pour le deuxième tour, via soit un match nul ou une victoire contre la Russie. Bien évidemment, aujourd’hui, elle est unanime dans sa demande d’une démission du sélectionneur Lars Lagerbäck, en poste depuis 1997 (il était alors sélectionneur assistant, puis co-sélectionneur depuis 2000 et sélectionneur unique depuis 2004). Ce chauvinisme sportif est particulièrement fort au Maroc, où le public ne comprendra pas que les Lions de l’Atlas ne battent pas le Rwanda 8-0 – rien ne m’irrrite tant. Il suffit d’aller sur le site des résultats officiels de la FIFA, de lire et de comprendre, comme le veut le vieux cliché, que « der Ball ist rund und das Spiel dauert 90 Minuten« …

Le site de la FIFA contient par ailleurs une fonction très intéressante, »face-à-face« , qui permet d’obtenir l’historique de toutes les confrontations – ou presque, car les statistiques de la FIFA ne sont pas toujours fiables, j’ai pu hélas m’en rendre compte – entre deux pays. Utile pour vos pronostics pour les quarts de finale de l’Euro 2008: ainsi l’Allemagne a, statistiquement parlant, l’avantage sur le Portugal, l’Espagne sur l’Italie (même si les victoires espagnoles sont toutes venues en matches amicaux et que l’Italie n’a jamais perdu contre l’Espagne en compétition), les Pays-Bas un léger avantage sur la Russie, et enfin la Croatie un très léger avantage sur la Turquie. La seule statistique qui me semble significative ici est que l’Espagne n’a jamais battu l’Italie en compétition…

De l’inconvénient de suivre l’Euro 2008 sur les chaînes françaises

L’inconvénient majeur est d’avoir à subir Thierry Roland, commentateur sur M6, d’un chauvinisme à faire passer Brice Hortefeux pour un cosmopolite apatride – je dois dire que mon option stratégique de soutenir les adversaires de l’équipe de France, si elle était initialement dûe à la plasticité d’une camarade de classe teutonne (c’était en juin 1982), n’a été que renforcée par l’exposition à l’insupportable chauvinisme de la presse sportive audiovisuelle française, absolument intolérable. La même raison – le chauvinisme journalistique – explique que je suis systématiquement pour l’équipe qui joue contre l’Angleterre – une rencontre France-Angleterre me poserait d’ailleurs un réel dilemme.

Pour en revenir à Thierry Roland, sa xénophobie est légendaire, de même que ses échanges homériques avec Jean-Michel Larqué. Sa méconnaissance des rudiments de la tactique et des statistiques est phénoménale. Hier, lors d’Autriche-Pologne, il a ainsi répété une demie-douzaine de fois que jamais une équipe qui avait ouvert le score lors de cet Euro 2008 n’avait été rattrapée au score, alors que la Suisse l’avait été spectaculairement contre la Turquie la veille – match perdu 1-2 après avoir mené 1-0 à la mi-temps. Une erreur que son comparse Franck Leboeuf, qui porte bien son nom, n’a jamais relevé.

Comme le dit Nicolas Beau sur Bakchich (et ancien du Canard enchaîné qui connaît assez bien le monde arabe soit dit en passant):

L’indigence de ses commentaires est sans fond. Thierry Roland est imbattable pour vous dire le nom du joueur qui a la balle au pied et le temps qu’il reste, c’est-à-dire tout ce que le téléspectateur voit sur son écran tout seul comme un grand. Roi des parasites vocaux, Thierry Roland commente un match comme s’il s’adressait à un public de non-voyants. N’attendez de lui aucun éclairage technique, aucune remarque tactique…Rien que la collection de France Football apprise par cœur ! A sa décharge, il faut avouer qu’il n’est pas le seul nullard à sévir dans le paysage sportif. Au moins il n’indique pas la vitesse en km/heure des balles comme le font ses confrères hydrocéphales de Roland-Garros…Y-a-t-il un seul commentateur sportif à la hauteur dans ce pays ? Sur ce fond général de nullité, un Thierry Roland peut durer et prospérer. Qui nous délivrera de ce fléau ? Faut-il une pétition nationale, un pèlerinage, un référendum, une insurrection, une manif devant le siège de M6 ? S’il le faut, on est même prêt à accepter un PPDA au chômage, recyclé en commentateur footeux. Oui, tout plutôt que l’éternel Thierry Roland ! Pourquoi pas Pivot ou Chimène Badi ? Il faut agir, sinon notre punition est inévitable : au Mondial 2010, à l’Euro 2012, au Mondial de 2014 etc., devinez qui commentera les matchs de foot à la télé ?

Par contre, et c’est étonnant, c’est TF1 qui a le meilleur commentateur – qui est en fait Arsène Wenger, l’entraîneur d’Arsenal – un vrai plaisir.

Sinon, le match Autriche-Pologne a été une confirmation d’une règle d’or: l’équipe qui rate trop d’occasions – il serait intéressant de quantifier le nombre exact – encaisse immanquablement un but. L’Autriche a poussé cette règle jusqu’à la parodie, ratant quatre occasions, avec un joueur seul face au gardien, durant la première demie-heure… Mais elle a moitié infirmé cette règle d’or en égalisant. Si quelqu’un a du temps à perdre avec une étude scientifique là-dessus…

2-0 – tack Zlatan!

Certains confondent foot et patinage artistique. Ca n’a jamais été mon cas, et pourvu que le buteur ait la bonne couleur de maillot, je me réjouis plus d’un but comme celui marqué hier par Petter Hansson (2-0 contre la Grèce) ou comme celui que le mythique Hcina avait marqué avec le bas du dos. Un joueur suédois, Klas Ingesson, d’ailleurs du même calibre physique et artistique que Hcina, avait d’ailleurs déclaré que « rien ne vaut de gagner un match sur un pénalty injustement sifflé dans les arrêts de jeu« .

Ce n’est que dans des rencontres où je suis neutre où je me permets de confondre foot et patinage artistique – mais il y en a finalement pas beaucoup: il va de soi que je ne saurais être neutre dans une rencontre impliquant la Tunisie (pardon aux frères tunisiens), la France (j’ai été le seul non-Allemand de la planète à me réjouir de la défaite française contre Schumacher et cie à Séville en 1982 – c’était pour la bonne cause, cherchant à m’attirer les faveurs d’une grande blonde mi-teutonne dans ma classe de 3eme – la manoeuvre ne m’a finalement pas été tout à fait inutile, et l’automatisme est resté) et l’Angleterre (le chauvinisme de leur presse est encore pire que celui des médias français – c’est dire – et pourtant je suis un parfait anglophile), ou, en sens inverse, le Brésil, l’Italie et, assez bizarrement, les pays de l’Est – j’ai un faible pour le foot balkano-soviétique.

Pour ceux qui suivent l’Euro 2008, je ne saurais trop vous conseiller les sites des quotidiens britanniques The Guardian et The Times. La qualité de l’analyse, mais surtout du style (ça vaut bien Tahar Benjelloun et Fouad Laroui réunis), est impressionnante. Voir par exemple le compte-rendu minute par minute du match sur le site de The Guardian, ou l’extraordinaire blog du Times. Pour les francophone, il faut voir du côté d’Arrêts de jeu d’Erwan Leduc et de l’excellent blog de Libération. Malheureusement pour vous, le meilleur blog footballistique que je connais est suédophone – Tre hörnor straff (Trois corners & pénalty).

La suite me direz-vous? Je ne partage pas l’optimisme de la presse suédoise, mais je me dis qu’une qualification pour les quarts est dans leurs cordes. Allez, mes pronostics: la Suède perdra contre l’Espagne (1-2) et battra la Russie (2-1), tombant sur les Pays-Bas en quarts (2-2, défaite 4-5 aux pénalties).

Le reste des résultats – you read it here first:

Quarts de finale:
Portugal-Croatie 2-1
Tchéquie-Allemagne 1-3
Pays-Bas-Suède 2-2 (5-3 aux pénalties)
Italie-Espagne 1-0
Demis:
Portugal-Allemagne 1-2
Pays-Bas-Italie 0-1
Finale:
Italie-Allemagne 1-1 (4-3 aux pénalties)

Les admirateurs de Zlatan peuvent par ailleurs choisir entre trois de ses plus beaux buts sous maillot bleu et jaune – c’est ici, et Ungern signifie Hongrie. J’ai bien évidemment choisi la talonnade de 2004 contre l’Italie.

Supplique à Zlatan Ibrahimovic…

Ce but d’égalisation cinq minutes avant la fin avait été marqué lors de Suède-Italie, match de poule lors de l’Euro 2004. C’est le geste d’un artiste – un mélange de talonnade et d’aile de pigeon, le dos au but. Je ne me rappelle pas avoir vu un tel but – encore moins à cinq minutes de la fin d’un match capital, par un joueur de l’équipe menée au score. Il faut du génie pour l’alliance de la technique et du courage à tenter, et donc éventuellement à rater, un tel geste à 0-1 à la 85eme minute. Le génie d’un grand – Zlatan Ibrahimovic. On pourrait rapprocher de ce but celui de Mustafa Hadji contre l’Egypte (CAN 1998), 1-0 à une minute de la fin.

On peut certes espérer de nouveaux miracles des pieds de Zlatan Ibrahimovic, mais il faut se rendre à l’évidence: même les supporters suédois ne croient pas en leur équipe, ce qui se comprend, Zlatan n’ayant pas marqué – contrairement à ce qu’il fait chaque week-end avec l’Inter – en séléction depuis 2005.

Difficile de pronostiquer: si l’Italie et l’Allemagne sont mes grands favoris de l’Euro 2008, France, Portugal et Pays-Bas ne sont pas trop loin derrière. J’ajouterais pour ma part la Russie et la Tchéquie, sans oublier les tenants du titre grecs, très solides en éliminatoires, et sans doute encore sous-estimés malgré leur titre (voir notamment les bookmakers britanniques). Si je devais miser sur une équipe, ce serait l’Italie. Mais si Zlatan joue en maillot jaune et bleu comme il joue à l’Inter…

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