Seins nus et crânes rasés, où l’histoire ukrainienne des FEMEN

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Rien ne montre mieux la décrépitude des médias mainstream que le fait que ce soit un simple bloggeur, Olivier Pechter, qui fournit en trois billets extrêmement documentés l’histoire ukrainienne des FEMEN, faite d’accointances avec le parti d’extrême-droite ukrainien (et pro-européen) Svoboda, de xénophobie et d’islamophobie (non! quelle surprise!), sur base d’une opération de com’ politico-commerciale – en Russie et en Ukraine, on qualifie ça de « political technology ».

Voici donc:
1- Communistes et rouge-bruns, les premiers alliés. L’histoire cachée des FEMEN (1/3)
2- Immigration, peine de mort, alliés néofascistes… L’histoire cachée des FEMEN (2/3)
3- Islamophobie et réseaux néoconservateurs. L’histoire cachée des FEMEN (3/3) (Màj)

On n’attend que le réveil de la presse vespérale française, qui s’acharnera sans doute (ou pas) à réveler par quel jeu de relations Inna Shevchenko a pu obtenir en temps record le statut de réfugiée politique en France, pourtant refusé à nombre d’Afghans et d’Iraniens…

The White Man has spoken: the makhzen is good for you

Amusante cette manie de convier l’Homme Blanc (1) afin de légitimer le régime marocain: on a connu les Constitutions de 1962, 1992 et 1996 rédigées par Maurice Duverger, Georges Vedel et Michel Rousset, les deux derniers étant conviés par Driss Basrila RTM à défendre les projets de constitution soumis au plébiscite populaire – comme si Sarkozy avait demandé à Mohamed Darif et Mohamed Tozy de venir défendre la récente réforme constitutionnelle française sur France 2.

Récemment, c’est à un nouveau triomphe de la diplomatie pastilla et de son pendant parisien que nous avons assisté: un séminaire – « Le développement politique, social et économique du Maroc : réalisations (1999-2009) et perspectives » – est organisé dans les locaux du Sénat français (et non pas par le Sénat lui-même, comme l’indique de bonne ou mauvaise foi Le Matin du Sahara) sur les dix années de règne de Mohammed VI – on retrouve d’ailleurs Michel Rousset dans la liste des participants. C’est avec une lucidité féroce et une témérité intellectuelle indéniable que Charles Saint-Prot, directeur de l’Observatoire français d’études géopolitiques (OEG), a dressé le terrible constat, dans une allocution sur « Le commandeur des croyants et la réforme du champ religieux: l’Islam du juste milieu« :

S.M. le Roi, Amir Al-Mouminine, situé au-dessus des autres pouvoirs constitutionnels classiques, est « le symbole et le garant du bien commun, en premier lieu l’unité nationale, tant sur le plan politique que spirituel et cultuel ».

« Le Roi, Commandeur des croyants, est aussi le principal artisan des évolutions puisque le progrès est naturellement synonyme de continuité »

Charles Saint-Prot a peut-être des défauts, mais il a au moins le mérite de résister au terrorisme intellectuel ilsamo-nihiliste qui dirige l’intelligentsia marocaine d’une poigne de fer. Le reste de sa harangue, reproduite dans le samizdat clandestin Le Matin du Sahara, a de quoi glacer le sang:

M. Saint-Prot a souligné que S.M. le Roi, Amir Al-Mouminine, situé au-dessus des autres pouvoirs constitutionnels classiques, est « le symbole et le garant du bien commun, en premier lieu l’unité nationale, tant sur le plan politique que spirituel et cultuel« .

« Le Roi, Commandeur des croyants, est aussi le principal artisan des évolutions puisque le progrès est naturellement synonyme de continuité« , a dit M. Saint-Prot, qui développait l’axe « le commandeur des croyants et la réforme du champ religieux : l’Islam du juste milieu« .

Il a fait remarquer que le rôle de l’Institution d’Imarat Al-Mouminine est fondamental dans la gestion du champ religieux et le maintien de l’unité politique, ajoutant que « la notion d’Amir Al-Mouminine combine à la fois la légitimité spirituelle et la légitimité temporelle« . (…)

Le directeur de l’OEG a, d’autre part, indiqué que « l’identité musulmane du Maroc est l’explication du consensus (Ijmaâ) sans faille réalisé autour de l’institution monarchique qui exprime bien cette heureuse combinaison entre tradition et progrès, offrant ainsi une image paisible et moderne de l’Islam« .

Deux précautions valant mieux qu’une, un autre témoin de moralité français est convoqué à la barre. Il s’agit de Dominique de Courcelles, présentée comme chercheuse au CNRS. Son parcours académique la qualifie de manière toute particulière à se pronocer sur le Maroc, l’islam et la Commanderie des croyants: entre deux études sur « Le corps des saints dans les goigs catalans de la fin du Moyen Âge » et « Plaidoyer pour un espace à plusieurs voix. A propos des rapports entre pensée et politique selon H. Arendt et A. Finkielkraut« , elle a consacré quelques études en rapport avec le sujet sur lequel elle avait à intervenir: « De la louange collective à l’angoisse du salut individuel…« , « Histoire de la littérature hagiographique… » ou « Entre la folie et les pleurs : la fonction de l’ironie lullienne dans le Desconhort (1295)« . L’expertise qui ressort de ses propos n’en est que plus digne d’éloges:

Pour sa part, Mme Dominique de Courcelles, directrice de recherche au Centre national français de la recherche scientifique (CNRS), a souligné l’attachement des Marocains à l’essence de ce qui a toujours fait la force de l’Islam marocain, en l’occurrence l’institution d’Amir Al-Mouminine, l’unité du rite malékite, la vertu de l’Ijtihad et le rejet des intégrismes et des extrémismes.

L’Islam est « une composante de la subjectivité de millions de Marocains et est aussi une composante de la culture et du développement« , a dit Mme de Courcelles dans son intervention intitulée « une nouvelle configuration du politique et du religieux« .

L’intégration de l’économie marocaine au monde globalisé accompagne les réaffirmations des identités individuelles et collectives ainsi que de l’identité nationale, a-t-elle noté, ajoutant qu' »il est alors possible de parler de démocratie et de démocratisation, de développement humain et d’agir, sans que le religieux et le politique soient en lutte de domination« .

« L’économique ne peut que profiter des liens réciproques et apaisés du religieux et du politique« , a affirmé Mme de Courcelles pour qui la mise en œuvre de l’Initiative nationale pour le développement humain (INDH) constitue à cet égard « une étape importante« .

L’article du Matin du Sahara, probablement rédigé dans la clandestinité, nous apprend que le colloque a été organisé par l’OEG de Charles Saint-Prot et le Centre de droit international et comparé (CEDIEC) de Paris-V. Aucun des noms figurant sur la liste des participants, Michel Rousset faisant bien évidemment exception, ne m’est connu pour ses écrits antérieurs sur le Maroc. Un des intervenants, Stève Gentili, est président de la BRED-Banque populaire, établissement bancaire français ayant signé un accord de partenariat avec la Banque Chaabi Populaire marocaine, banque contrôlée par l’Etat marocain – on présume qu’il aura à coeur de démontrer que les relations d’affaires entre son employeur et l’Etat marocain n’affectent en rien l’indépendance de son jugement sur le Maroc.

Cette absence apparente de spécialistes du Maroc est sans doute une bonne chose: rien de tel qu’un regard neuf non encombré de connaissances inutiles, futiles voire pernicieuses pour apprécier le Maroc des potentialités tel qu’il le mérite. Les bailleurs de fonds de ce séminaire en auront en tout cas eu pour leur argent. On notera que les Editions du CNRS publieront ce publi-reportage – on ose espérer pour les finances publiques françaises que les commanditaires de ce dernier paieront la note finale.

Tiens, à propos, le nom de Charles Saint-Prot me dit quelque chose. Ah oui, c’est lui qui a publié une hagiographie de Saddam Hussein du temps de sa gloire (1987), dont la revue Politique étrangère notait que « chantre ou griot, l’auteur ne fait pas dans le demie-mesure, à tel point qu’il n’est pas loin de manquer son but, vendre une image de marque« . Le nationalisme arabe dont il se réclame, dans la lignée d’un gaullisme dont il se réclame également, rend intéressantes et sympathiques certaines de ses analyses, mais le passage du nationalisme arabe à la sauce baathiste à la pastilla pro-occidentale makhzénienne nécessite sans doute un estomac solide.

C’est sans doute pour montrer sa capacité à épouser les aléas de la vie des affairesméandres de la diplomatie arabe que Charles Saint-Prot a fait de manière répétée la preuve la justesse de la confiance placée en lui – jugez-en:

  • le 12 février 2008, Le Matin du Sahara le cite comme appelant Alger à abandonner son attitude de blocage dans le conflit du Sahara (2)
  • le 24 avril 2008, re-belote, toujours sur l’affaire du Sahara marocain: Saint-Prot décrit dans Le Matin du Sahara le projet d’autonomie marocain pour le Sahara comme étant le meilleur moyen de garantir la stabilité régionale
  • le 18 juin 2008, Le Matin du Sahara le cite comme affirmant que « l’obstination d’Alger met toute la région en danger« 
  • le 9 juillet 2008, Le Matin du Sahara cite notre désormais incontournable expert qui affirme cette fois-ci que l’ouverture des frontières terrestres maroco-algériennes contribuerait à la réussite de l’Union pour la Méditerranée

Je dois cependant dire que la rédaction du Matin du Sahara et ceux qui la conseillent ont le nez creux: deux de leurs autres experts attitrés és affaires indigènes ont en effet connu quelques déboires.

L’homme qui valait trois millions, alias Claude Moniquet, président de l’immense European Strategic Intelligence and Security Center (ESISC), après avoir libéré l’URSS, avait été allumé par Maroc-Hebdo pour hostilité viscérale au Maroc quelques mois avant de publier un rapport très favorable au Maroc sur la question du Sahara – tellement favorable que le Journal hebdomadaire avait qualifié ce rapport de « travail de commande » – affirmation qui a coûté trois millions de dirhams pour diffamation au Journal et amené Boubker Jamaï à choisir l’exil. Il est vrai que le journal francophone de référence en Belgique, Le Soir, en avait dressé un portrait le décrivant comme un mercenaire de droite se vendant au plus offrant, ce que l’intéressé a bien évidemment nié. Depuis, l’idéologie néo-conservatrice et fanatiquement pro-israëlienne de Moniquet – son dernier ouvrage, « Gaza, le grand mensonge« , est préfacé par Mohamed Sifaoui et prétend dénoncé la propagande islamiste qui tente d’accréditer la thèse selon laquelle la guerre israëlienne contre Gaza en 2008/2009 aurait été illégale et illégitime – ne l’ont pourtant pas tout à fait démonétisé aux yeux de ses amis marocains, qui y fait appel en 2008 pour un nouveau rapport de l’ESISC sur le Polisario, en reconnaissance sans doute de la bonne volonté de ce dernier (voir cet entretien accordé au Matin du Sahara). Il faut dire que suite à ses propos sur l’islam sur un plateau de la télévision belge, il fût en 2004 agressé physiquement par un footballeur professionnel marocain évoluant en Belgique… On notera enfin que le fameux rapport de l’ESISC de 2005 sur le Polisario n’est plus accessible sur leur site, signe sans doute d’une salutaire prudence…

Autre grand expert et néanmoins ami du régime marocain, Ayméric Chauprade, enseignait cette matière aux contours aussi flous que le contenu, la géostratégie, discipline appréciée des diplomates, journalistes et militaires et destinée à ceux qui ne maîtrisent ni l’histoire, ni les sciences politiques, ni la langue des pays qu’ils prétendent analyser. Cela l’a amené à devenir conférencier en géopolitique au Collège royal de l’enseignement militaire supérieur du Royaume du Maroc, petit détail que les journaux officiels ou officieux marocains l’interviewant ou le citant (la MAP, La Gazette du Maroc, L’Economiste, La Vie économique, Maroc Hebdo) omettaient de diffuser. Sa ligne politique est souverainiste – un point commun avec Charles Saint-Prot – et plutôt à droite de la droite, s’il faut en juger par les réactions sur la blogosphère suite à son limogeage  le 5 février 2009 de son poste d’enseignant de l’ex-Ecole du guerre française pour ce qui semble être un délit d’opinion (3) – la mise en cause de la thèse officielle autour des attentats du 11 septembre 2001. Comme le rappelle Jean Guisnel du Point sur son blog, il fût directeur de campagne de l’islamophobe Philippe de Villiers aux élections européennes de 2004, opposé à l’adhésion turque à l’UE, s’inquiète de la submersion de la population européenne par les immigrés et est un militant catholique partisan guère opposé aux thèses huntingtoniennes de conflit des civilisations (4) – qualités qui le rendent éminemment bien placé pour prodiguer un enseignement aux officiers de l’armée marocaine… Et c’est sans doute à titre bénévole qu’il est intervenu le 9 octobre 2007 devant la quatrième commission de l’Assemblée générale des Nations-Unies pour défendre les thèses marocaines…

Etonnante d’ailleurs cette propension des Français d’extrême-droite ou de droite dure pour le Maroc et sa monarchie – il faudrait y rajouter l’historien lepéniste, colonialiste et partisan de l’apartheid Bernard Lugan, pied-noir et auteur d’une dithyrambique histoire du Maroc (5), et feu Jacques Benoist-Méchin, condamné à mort en 1947 pour faits de collaboration avec l’occupant, témoin du coup d’Etat de Skhirat et auteur d’une hagiographie sur la dynastie alaouite – mais c’est la matière à un autre post.

(1) Clause de style, à ne pas prendre au pied de la lettre bien entendu.

(2) Je ne lui donne pas tort sur ce coup-là.

(3) Même si je conçois fort bien que la liberté d’expression d’un enseignant à l’école de guerre puisse connaître des restrictions plus poussées en raison des fonctions sensibles occupées.

(4) Il  ainsi donné un interview au mensuel d’extrême-droite Le Choc du Mois dans un numéro titré « Oui, les races existent!« …

(5) Il enseigne lui aussi à l’ex-école de guerre française, tout comme Ayméric Chauprade, mais il est possible de soutenir l’apartheid et la colonisation et de former des officiers français tant qu’on ne touche pas au 11 septembre ou à Israël. Histoire de tradition, sans doute.

Quand l’extrême-droite scandinave soutient Israël

Les personnes les plus fermées aux choses de l’esprit n’ignorent pas les racines historiques et idéologiques de l’extrême-droite européenne. Les dix dernières années offrent cependant le spectacle intéressant d’une profonde évolution: l’antisémitisme s’est mué en sionisme, ou du moins en soutien affirmé à Israël. Cette évolution n’est pas forcément inconnue dans les annales, même si elle s’est parfois faite en sens contraire (voir l’ouvrage de Lenni Brenner, « Zionism in the Age of Dictators« , accessible en version intégrale ici). J’en ai déjà parlé: en Belgique, le Vlaams Belang, successeur du Vlaams Blok créé par un ancien SS flamand, se proclame meilleur allié d’Israël en Belgique. En Italie, le post-fasciste Gianfranco Fini s’est rendu à Yad Vashem, le maire post-fasciste de Rome Gianni Alemanno – de même en Roumanie et au Royaume-Uni.

Nul besoin de PhD en political science pour en comprendre les raisons: l’antisémitisme est désormais très minoritaire dans la grande majorité des pays d’Europe – occidentale du moins. Passez pour antisémite et une mort politique est généralement inévitable (il y a des exceptions, comme Le Pen en France et Haider en Autriche, mais là aussi des tendances se manifestent pour se débarasser des remugles antisémites, et atteindre des nouvelles catégories d’électeurs, rétifs à l’idéologie réactionnaire de l’extrême-droite et son traditionalisme en matière de misogynie, d’homophobie et d’antisémitisme, mais sensibles à des mots d’ordre islamophobes et/ou xénophobes). La xénophobie en général, et l’islamophobie en particulier

La récente guerre israëlienne contre Gaza confirme cette tendance, déjà relevée par d’autres observateurs (voir par exemple l’intéressante étude « Learning to love the Jews: the impact of the War on Terror and the counter-jihad blogosphere on European far right parties » de Toby Archer sur le rapprochement entre bloggeurs islamophobes et pro-israëliens d’une part, et extrême-droite d’autre part): la nouvelle extrême-droite européenne est représentée par des quadras mangeant du suhi, buvant du Sancerre et ayant, comme le vice-président du parti xénophobe suédois Sverigedemokraterna (les Démocrates de Suède) Tony Wiklander, une fille adoptive d’origine indienne ou, comme feu Pim Fortuyn, des moeurs homosexuelles affichées.

Cette démarche, consciente chez ces dirigeants en recherche d’une respectabilité – l’antisémitisme la rend impossiblie, alors que la simple islamophobie n’est pas un obstacle – les amène à montrer patte blanche de la manière la plus efficace qui soit: se montrer pro-israëlien (même Le Pen s’y est essayé, mais chez lui, le naturel a repris le dessus). En Norvège, en Suède et au Danemark, cela s’est vérifié avec la récente guerre d’agression israëlienne contre Gaza.

En Norvège, le parti xénophobe Fremskrittspartiet (Parti du progrès, 22,1% des voix et 38 sièges sur 169 au Storting aux élections de 2005, ce qui en fait le deuxième parti de Norvège), a ainsi voulu manifester, par le biais de sa présidente Siv Jensen, aux côtés des partisans d’Israël à Oslo, mais a dû y renoncer par peur des violences supposées des contre-manifestants – mais on peut également penser que les organisateurs de la manifestation ne souhaitaient pas d’un appui si encombrant alors que l’opinion norvégienne s’est mobilisée comme aucune autre opinion publique européenne, galvanisée par les témoignages des deux chirurgiens norvégiens à Gaza, Mads Gilbert et Erik Fosse (un politologue estime d’ailleurs que Fremskrittspartiet perdra des voix en raison de ce soutien affirmé à Israël).

Au Danemark, le Dansk Folkeparti (Parti populaire danois qui fait 13,8% des voix aux législatives de 2007 et 25 sièges sur 179 au Folketing) parti xénophobe qui fait partie de la majorité parlementaire – mais sans sièger au gouvernement d’Anders Fogh Rasmussen – depuis 2001, a ainsi déclaré, par son député Søren Espersen, qu »Israël a le droit de résister, que Hamas est un groupe terroriste, et que l’armée israëlienne n’a pas réagi de manière disproportionnée« .

En Suède, les Sverigedemokraterna (les Démocrates de Suède, 2,9% aux législatives de 2006, aucun siège au Riksdag – une courte présentation en français est disponible sur leur site) sont également depuis quelques années officiellement et fermement pro-israëliens (du moins aux échelons supérieurs du parti – le secrétaire du parti, Björn Söder, s’affirme ouvertement ami d’Israël sur son blog), une évolution qui a contraint le leadership du parti à se débarasser de membres fondateurs qui ont eu du mal à suivre ce rythme évolutif, principalement mû par des considérations électorales. Leurs leaders semblent ne pas avoir digéré le buffet de Noël, même si leur prise de position ne fait aucun doute – les Sverigedemokraterna avaient soutenu sans état d’âme la guerre d’Israël au Liban de 2006 et célébré les 60 années d’Israël en 1948. Leur revue de presse note l’affirmation d’un professeur israëlien selon laquelle la Suède serait hostile à Israël – les commentaires partagent majoritairement ce constat pour le déplorer. Dans son dernier billet sur son blog, le président du parti, Jimmie Åkesson, s’inquiète des 30 suédo-palestiniens rapatriés de Gaza – qui paie leur retour, ont-ils vécu d’aides sociales suédoises à Gaza, comment ont-ils obtenu la nationalité suédoise, si ce sont des réfugiés comment ont-ils pu alors retourner à Gaza, etc…

Des Sverigedemokrater parmi les partisans d'Israël

Des Sverigedemokrater parmi les partisans d'Israël


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L’artisan de cet effort de rapprochement notable – historiquement, la très marginale extrême-droite suédoise a toujours été sous l’emprise du nazisme, contrairement à d’autres pays européens qui ont connu une extrême-droite moins marquée idéologiquement (comme la Norvège et le Danemark, par exemple) – n’est autre que le lauréat du prix Herzl 2006, Ted Ekeroth (son blog est ici), prix qui lui a été décerné par la World Zionist Organisation – elle a toutefois regretté son geste lorsque son affiliation politique a été rendue publique. Il a créé une association pro-israëlienne, FIDIM (För Israel och Demokrati i Mellanöstern – Pour la Paix est la Démocratie au Moyen-Orient – leur site est ici).

Les extrêmes se rencontrent.

De Bettie Page à Louise Frevert en passant par Janet Roe de Roe v. Wade

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La mort de Bettie Page me fournit bien évidemment le prétexte de publier une photo d’elle sur mon blog, mais au-delà, j’ai noté un détail dans sa biographie: après une décennie – les 50’s – de photos en bikini, porte-jarretelles et poses « bondage » pour la fratrie de photographes Irwin et Paula Klaw, elle devint une « born-again Christian » et alla même vivre dans une communauté biblique, avant d’avoir des problèmes psychologiques ayant abouti à son internement. Elle a cependant fini ses jours tranquillement. Sa mort a en tout cas stimulé la verve des chroniqueurs, qui glosent sur sa contribution à la révolution sexuelle ou sur le féminisme supposé révélé par ses photos.

Ce qui m’a frappé qu’elle s’inscrit dans une série de femmes rendues célèbres aux Etats-Unis pour des activités diamétralement opposées au courant chrétien auquel elles se sont par la suite converties: outre Bettie Page donc, on y retrouve Linda Lovelace (« Gorge profonde », commentaires superflus) et surtout « Jane Roe » – oui, la Roe de la fameuse décision Roe v. Wade de la Cour suprême étatsunienne (1973) ayant proclamé l’avortement un droit constitutionnel dans certaines conditions, laquelle « Roe » s’appelait en fait Norma Mc Corvey, et devint une évangéliste farouchement opposée à l’avortement après avoir été l’instrument de sa constitutionalisation…

Linda Lovelace et Norma Mc Corvey sont toutes deux devenues des « born again christians », comme tant d’autres célébrités étatsuniennes – ce n’est d’ailleurs pas sans rappeler ces actrices voire danseuses du ventre égyptiennes qui, la quarantaine passée, se découvrent une conviction nouvelle à porter le voile.

Mais je me demande si le retournement le plus spectaculaire n’est pas celui de l’ex-députée danoise Louise Frevert. Dans son cas, la conversion n’est pas religieuse mais idéologique. Cette ex-conseillère municipale à la municipalité de Copenhague, élue sous les couleurs du Konservative Folkeparti (parti populaire conservateur) puis du Dansk Folkeparti (parti populaire danois), ce dernier étant raciste et islamophobe, et faisant partie de la majorité gouvernementale du premier ministre Anders Fogh Rasmussen depuis 2001. Cette participation à la majorité parlementaire – mais pas au gouvernement – a été très fructueuse pour le Dansk Folkeparti qui a obtenu l’adoption de lois d’immigration sans doute les plus dures d’Europe occidentale. 

Pour en revenir à Louise Frevert, la campagne électorale de 2005 eut pour principale conséquence de révéler – outre son islamophobie, pas si pénalisante que ça dans le pays du Jyllands-Posten – qu’elle avait précédemment eu une toute autre approche des questions inter-raciales, en tant qu’actrice de films que la morale réprouve dans les années 70 et surtout en tant que Madame Lulu dans des prises de photo qui démontraient clairement qu’à l’époque, l’homme noir ne la rebutait pas. Il faut dire qu’elle a une certaine aisance dans les changements de position, pas seulement devant la caméra, puisqu’elle fut danseuse du ventre et fondatrice de la première école de danse orientale du Danemark en 1985, et qu’elle est à son troisième mariage, « mais le premier avec une femme » comme l’écrit délicieusement la télévision danoise TV2…

Pour en revenir à ce que j’écrivais hier, une figure symbolique exemplaire de la nouvelle extrême-droite européenne que cette Louise Frevert…

Israel and European fascists, or with enemies like that who needs friends…

Frank Vanhecke est parlementaire européen du parti post-fasciste belge – flamand plutôt, puisqu’il est séparatiste – Vlaams Belang, qui est le nouveau nom du Vlaams Blok (le parti dût changer de nom en 2004 pour garder son financement public par l’Etat belge suite à une décision de justice le déclarant non-démocratique – eh oui, l’Etat belge finance un parti qui souhaite sa disparition). Le Vlaams Blok fût fondé par Karel Dillen, ancien SS et nationaliste flamand ultra. Le Vlaams Belang, malgré des tentatives désespérées de se couper de son nazisme et antisémitisme initial pour se cantonner dans une xénophobie et une islamophobie finalement mieux acceptées, garde les stigmates du passé, indélébiles, en dépit des bonnes relations maintenues depuis des années entre ce parti et l’influente communauté juive anversoise.

Comme l’extrême-droite de la plupart des pays européens, le Vlaams Belang est traversé par une lutte interne intense entre pragmatiques – qui souhaitent se cantonner dans une xénophobie et une islamophobies lights, compatibles finalement avec une frange importante de l’opinion européenne, tout en souhaitant en finir avec l’embarassant fétichisme du passé fasciste, nazi et antisémite – ces fétiches impliquant une quarantaine politique absolue, contrairement à la xénophobie ou à l’islamophobie – ainsi, le Dansk Folkeparti, parti danois fortement xénophobe et surtout islamophobe, fait partie de la majorité parlementaire du premier ministre danois Anders Fogh Rasmussen. En Italie, les post-fascistes d’Alleanza Nazionale font ménage commun avec Berlusconi et les régionalistes racistes de Lega Nord, tandis qu’en post-fasciste non-repenti a été élu maire de Rome à la tête d’une coalition de droite.

Jusqu’où les post-fascistes sont-ils prêts à aller pour se faire accepter? Jusqu’en Israël (comme la petite-fille du Duce, Alessandra Mussolini, favorable tant à Israël qu’à son grand-père): Frank Vanhecke déclare ainsi au quotidien Haaretz, dans un article intitulé « Belgian far right leader: I am one of Israel’s staunchest defenders« , son amour pour l’Etat sioniste:

« They say I’m antisemitic when the truth is I am one of Israel’s staunchest defenders in the European Parliament. I invite you to read my queries to the European Parliament concerning its unjust treatment of Israel, and about the support the same parliament is giving to Palestinian murderers. »

Vanhecke went on to say he thinks of himself as « a defender of Israel and of the Jewish people, » adding: « Israel stands for the spirit that we stand for; liberty and self-determination« .

Ce n’est pas nouveau: déjà, Filip Dewinter, homme fort du parti, avait appelé l’électorat juif de Flandre, et surtout d’Anvers, à voter pour le Vlaams Belang pour lutter contre l’ennemi commun, l’islam, non sans succès:

Filip Dewinter fait la part des choses...

Filip Dewinter fait la part des choses...

One of the most successful extreme-Right leaders in Europe, Filip Dewinter, recently called on the Jewish public to join his campaign against radical Islam and support his party.

Dewinter heads Belgium’s Vlaams Belang party, which advocates strict limits on immigration and has been denounced as xenophobic.

The politician called Antwerp’s large Jewish community a natural partner “against the main enemy of the moment, radical Islamic fundamentalism,” according to a report in The Independent.

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