« North Africa has provided neither sufficient threat nor reward to draw sustained attention »

Lu sous la plume de Jon Alterman dans World Politics Review:

The Arab-Israeli conflict seems to be settling into a standoff between a strong Israel, a weak but unbowed Palestinian community, and Arab governments who feel loyalty to the Palestinian cause but only hostility toward Hamas. The bilateral relationship with Egypt is important but not central, Lebanon no longer fires the imagination of avid democratizers, and North Africa has provided neither sufficient threat nor reward to draw sustained attention. The problems are known, and yet they seem unlikely to go away.

C’est vrai depuis la double présidence de Reagan, ou peut-être celle de Bush 41, lors desquelles la Libye était à l’ordre du jour. Depuis, l’importance du Maghreb est marginale. Bien évidemment, le zèle du vassal marocain fait plaisir à voir vu de Foggy Bottom ou d’AIPAC, et permet de rajouter un pays arabo-musulman à la liste des supplétifs indigènes de Washington, mais cette liste est désormais longue, et la valeur de l’abnégation zélée quoique maladroite du Maroc n’est sans doute plus ce qu’elle était en 1979 par exemple.

L’Algérie? Il y a belle lurette (1997? 1998?) que la guerre civile, désormais de basse intensité, n’intéresse plus personne, et de toute façon les Etatsuniens n’ont jamais été inquiétés. Le gaz? Certes, mais la Norvège et les Pays-Bas en ont aussi, et les Etats-Unis n’en importent pas.

La Tunisie ne compte guère, la Mauritanie guère plus en attendant la confirmation des découvertes pétrolières, et la Libye est un sketch des Monty Python qui n’en finit plus.

Bien évidemment, les Etats-Unis ont des intérêts commerciaux dans tous ces pays, et un accord de libre-échange avec le Maroc. Ce n’est pas ça qui réveillera Barack Obama au milieu de la nuit.

Il est improbable que le conflit du Sahara bouge de manière déterminante: le statu quo n’est pas vraiment en défaveur du Maroc, et le coût diplomatique d’une reprise des combats serait sans aucun doute disproportionnée pour l’Algérie, qui devrait connaître le contrecoup – momentané sans doute – de la chute du prix des hydrocarbures. Le plan d’autonomie devrait continuer à ronronner gentiment, et un référendum marocain sera probablement organisé lors du premier mandat d’Obama afin d’avaliser l’autonomie régionale sahraouie.

Sur le plan sécuritaire, pas de bouleversement, alors que je m’attendais à un embarras marocain: en effet, on aurait pu croire que l’arrivée d’Obama à la Maison Blanche impliquerait la fin des restitutions illégales, notamment au Maroc, qui s’est ainsi rendu utile en torturant ceux que les Etats-Unis lui remettaient à cette fin (voir les rapports du Parlement européen et de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe – le fameux rapport du parlementaire suisse Dick Marty). J’ai été trop optimiste: si Guantanamo sera fermé et ses prisonniers transférés – pas forcément libérés – ailleurs, et les « military commissions » suspendues, les restitutions illégales continueront, et l’administration Obama adopte la même politique que l’administration Bush en matière de secret de ces restitutions illégales. J’en connais à Rabat qui doivent en roter d’aise.

Toutes choses étant égales par ailleurs: chacun des régimes maghrébins étant autocratique, tout changement de personnel à la tête de l’Etat implique plus d’instabilité que dans un régime démocratique. Les forces de la nature pourraient agir les années à venir: Ben Ali est né en 1936, Bouteflika en 1937 et Kadhafi en 1942, et les deux premiers sont entourés de rumeurs de maladies graves – le roi Mohammed VI est par contre né en 1963. Si bouleversement il y aura au Maghreb dans les années à venir, ce ne sera pas dû à Obama.

« I’ll give it to you in one word: Israel »

Toujours dans la biographie de Rumsfeld dont je vous ai parlé, j’ai trouvé un autre joyau. Il m’a surpris, et ce n’est pas tant la réponse que la question, posée par Bush 43 à Bush 41 en 2006, laquelle question dénote un niveau d’inculture politique qui fait passer Sarah Palin pour une érudite, et qui étonne en dépit de l’inculture et de la bêtise avérées de Bush 43:

Notwithstanding this episode (1), Bush 43 still sometimes drew on his father’s wide knowledge of the world. Though he refused to read newspapers, he was aware of criticism that his administration had been excessively beholden to a particular clique, and wanted to know more about them. One day during that holiday, according to friends of the family, 43 asked his father, « What’s a neocon?« .
« Do you want names, or a description? » answered 41.
« Description« .
« Well« , said the former president of the United States, « I’ll give it to you in one word: Israel« . (p. 219)

Ceci étant, la réponse est pas mal, même si sans nuance – si non è vero è ben trovato.

(1) Andrew Cockburn décrit comment Bush 41 remet, lors des vacances à la résidence d’été familiale de Kennebunkport l’été 2006, une note exhaustive de Brent Scowcroft et James Baker à Bush 43, relative aux défauts majeurs de la politique étrangère de Bush 43. Bush l’avait dédaigneusement écartée et était sorti en claquant la porte.

Obama, Newsweek et le « président d’Espagne »

On a reproché à Bush 43 ses « bushisms« , et à Sarah Palin ses « palinisms » et son inculture encyclopédique. On a guère lu ou entendu parler de gaffes à mettre au débit d’Obama.

En lisant l’excellente série de Newsweek sur la campagne présidentielle, je suis tombé, au chapitre 6 consacré aux débats présidentiels, sur un passage intéressant, relatif à la préparation par Obama de ces débats:

Obama was instructed to point out that McCain was so averse to personal diplomacy that he had declined to meet with the president of Spain. Obama can be a little bloodless and dull in his preternatural calm, but his goofy side showed up at debate prep. He would appear very somber and emphatic when he accosted Craig/McCain for refusing to speak to the president of Spain. « You wouldn’t even talk to the president of Spain! » he would intone with mock gravity. Then he would begin to giggle.

Président d’Espagne? Je sais que Mc Cain est âgé, mais last time I checked, le dernier président espagnol avait cessé d’exercer ses fonctions en 1939… Et ni Obama, ni ses conseillers, ni Newsweek ne l’ont relevé…

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