Deux jours avant le discours royal, Hamid Chabat parlait des révolutions arabes comme d’un complot sioniste

Hamid Chabat, maire Istiqlal de Fès (quelle déchéance pour la capitale spirituelle du Royaume!), aura été malheureux dans son timing: sur cette vidéo d’une « conférence » tenue avec ses « militants » (relativisons: c’est le type de militants que les révolutionnaires égyptiens ont vu débouler place Tahrir à cheval et à chameau le 2 février dernier), il parlait des révolutions arabes, et donc par ricochet des protestataires marocains du 20 février (même s’ils ne sont pas à proprement parler révolutionnaires), comme d’un des complots évoqués dans le célèbre faux antisémite « Protocole des sages de Sion« …

Ali Amar, ancien rédacteur en chef du Journal (il a d’ailleurs un blog tenu avec Zineb El Rhazaoui), cite ses propos:

«Auparavant, le colonialisme et le protectorat assuraient leur suprématie grâce à la force militaire et à l’invasion. Aujourd’hui, c’est avec les idées, Facebook et le progrès scientifique. Et cela est expliqué dans un livre que connaissent bien les chercheurs, je vais vous en lire quelques extraits, il s’agit des Protocoles des Sages de Sion», martèle ce polémiste professionnel.

Chabat ajoute que les «jeunes révolutionnaires arabes ont été manipulés par des éléments étrangers qui haïssent nos valeurs et notre société (…), d’ailleurs, s’il s’agissait de réelles révolutions, les jeunes se devaient de prendre leurs responsabilités. Or, ceux qui ont pris le pouvoir (en Tunisie et en Egypte) sont âgés d’au moins 70 ans et sont issus de la nomenklatura, ce qui confirme les prédictions des Protocoles des Sages de Sion: lorsque les événements arrivent à un seuil déterminé, les sionistes, sur instructions de leur organisation mondiale, désignent ceux qui doivent nous gouverner».

Cette vidéo a été postée sur youteube le 7 mars.

Le 9 mars, le Roi annoncait dans son discours une révision constitutionnelle présentée comme profonde (j’ai mes doutes), et saluait la « jeunesse ambitieuse« , pour laquelle il a exprimé de la « fierté« .

Ca va un peu trop vite des fois, de quoi vous dégoûter de faire la propagande de caniveau du makhzen…

On notera par ailleurs que Hamid Chabat n’est pas un fervent de la fraternité maghrébine: il affiche sur la page d’accueil de son site officiel la page d’un groupe Facebook (Facebook, qu’il accuse de participation au complot sioniste qu’il dénonce par ailleurs…) appelant à l’intégration au Maroc d’une partie de la Mauritanie, de l’Algérie (dont Tindouf) et du Mali. Je doute qu’il soit nommé secrétaire d’Etat aux affaires maghrébines dans le prochain gouvernement.

Stieg Larsson, auteur de Millenium et agent du makhzen chauvin et compradore

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En terminant la trilogie « Millenium » de l’auteur de polars suédois Stieg Larsson, je suis tombé, à la fin du dernier volume de la série (« Luftslottet som sprängdes » en suédois, ça donne « La Reine dans le palais des courants d’air » en français – une traduction bancale car « luftslott » donnerait plutôt « château en Espagne » en français), sur le passage suivant – qui démontre que l’idéologie chauvine du « Grand Maroc » cher à Allal el Fassi et poussée par un makhzen compradore aux abois ne connaît pas de frontières:

Hon gillade Gibraltar. Det var hennes tredje besök på den besynnerliga klippan med en absurt tättbefolkad engelsk stad vid Medelhavet. Gibraltar var en plats som inte riktigt liknade någon annan plats. Staden hade varit isolerad i decennier, en koloni som ståndaktigt vägrade införlivas med Spanien. Spanjorerna protesterade naturligtvis mot ockupationen. (Lisbeth Salander ansåg dock att spanjorerna borde hålla truten så länge de besatte enklaven Ceuta på marockanskt territorium på den andra sidan av Gibraltarsundet). (Stieg Larsson, Luftslottet som sprängdes, Norstedts, Stockholm, 2008, p. 655)

Traduction: Elle aimait Gibraltar. C’était sa troisième visite à ce rocher étrange avec un ville anglaise absurdement surpeuplée au bord de la Méditerannée. Gibraltar était une place qui ne ressemblait à aucune autre. La ville avait été isolée pendant des décennies, une colonie qui refusait résolument d’être annexée à l’Espagne. Les Espagnols protestaient bien sûr contre l’occupation. (Lisbeth Salander estimait cependant que les Espagnols feraient mieux de se la fermer tant qu’ils occupaient l’enclave Sebta en territoire marocain de l’autre côté du détroit de Gibraltar).

Par ailleurs, Stieg Larsson, mort à 50 ans avant la publication de sa trilogie qui a fait un triomphe mondial, était un journaliste engagé – correspondant suédois du légendaire magazine anti-fasciste britannique Searchlight et fondateur de l’excellent magazine anti-raciste et anti-fasciste suédois Expo – ce dernier lui consacre une page d’hommages, dont certains en allemand et en anglais.

Rétroactes:
– « Je suis de retour des territoires occupés »
– « Le chercheur Yves Zurlo sur la récente crise des présides occupés de Sebta et Mlilya »
– « Provocation gratuite »
– « Le séparatisme c’est bon pour les moriscos« 

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