« On clame le OUI à la nouvelle constitution mais tout le processus crie le NON »

Vous trouverez ci-dessous le témoignage d’un citoyen et électeur marocain de passage dans le Souss en ce temps de plébiscite royal, qui nous livre ses impressions (pour connaître un petit peu cet électeur, il n’avait jusqu’à lors pas été particulièrement politisé):

Agadir et la région 28 au 30 juin 2011

Les grandes artères d’Agadir sont jonchées de tracts qui laissent à peine apparaitre le goudron. Leur message unique me frappe comme une massue en plein dans mon libre arbitre : « Na3am« , comme une voie à sens unique que l’on me force à emprunter. Intoxiqué depuis quinze jours par ce mot devenu désormais répulsif, j’assiste aujourd’hui estomaqué à une démonstration géante m’ôtant toute once de patriotisme, celui là même que l’on m’a inculqué depuis l’enfance et qui s’étiole à chaque banderole que croise mon regard.

La région est donc victime d’une bien plus grande campagne pour le « Oui » qu’ailleurs… Tous les villages côtiers que j’ai traversé y passent: les mêmes banderoles, accrochées sur les places publiques. Des banderoles clonées. Les mêmes. Que l’on aille essayer de me faire croire que ce n’est pas la main d’un fonctionnaire qui l’a accroché… En toute illégalité…  L’entrée du port d’Agadir a lui aussi été grimé de la même banderole « Oui pour la constitution » (en arabe et en berbère).

On pourrait limite avancer que celles dans les places publiques auraient pu être attachées par n’importe quel fonctionnaire zélé ou par les représentants d’un parti politique, mais qui aurait autorité pour accrocher ce type d’affiche à l’entrée d’un grand port marocain?

N’est-il donc pas interdit sous nos cieux aux fonctionnaires d’influencer le vote ?

Agadir – Jeudi 30 Juin 18 heures 

Des dizaines de camions qui se suivent en file indienne et transportent des centaines de personnes entrent à Agadir. Le tapis de tracts au sol leur indique le chemin : Toute la ville vit au rythme de la propagande. Ce mot m’est venu à l’esprit plusieurs fois ces quinze jours de campagne… Je pensais l’avoir laissé dans mes manuels d’histoire lorsque Goebbels ou l’Union soviétique étaient au programme, je suis obligé à m’y résoudre, c’est bien d’abjecte propagande qu’il s’agit; ce « Oui » ressassé ad nauseam sensé nous guérir de tous nos maux, ce matraquage sans cesse répété et repris par des médias n’arrivant même pas à l’argumenter…

Dans l’absolu, j’aurai pu penser « Oui » mais la méthode en soi m’agace, elle clame le « Oui à la nouvelle constitution » sensé représenter le changement, mais tout le processus crie le « Non« , il veut dire pour moi « Nos méthodes sont restées les mêmes, vous avez quinze jours pour avaler 180 articles et les approuver, et surtout n’allez pas croire que quelque chose a changé« .

Pourquoi ai-je le sentiment d’être victime d’une gigantesque mascarade ?

Casablanca – 1 er juillet 
J’arrive à mon bureau de vote – Sur le mur de celui-ci est accrochée une banderole pour le « Oui« . Ce dernier assaut me glace. Non, ils n’auront pas mon vote. Je fais demi-tour.

Au travail, ma collègue s’indigne « Ils ne m’ont même pas marqué le doigt!« . La secrétaire, quant à elle, se justifie de ne pas y être allée « Je suis de Safi, je ne peux voter ici, en plus le Moqqadem a fait croire à ma mère que si elle ne votait pas « oui » il ne lui délivrerait plus aucun papier administratif« . La secrétaire baisse le ton et réalise que ce qu’elle vient de dire diffère de la pensée unique qui sévit…

La vie au Maroc est devenue dangereusement manichéenne ; le « non » ou le « boycott » en a été assimilé à un rejet du Roi…

Forcément, ce premier juillet, le Maroc n’a pas voté favorablement pour une constitution, mais a refait un serment d’allégeance à Mohamed VI. Ce n’était pas sensé être l’enjeu de ce référendum…

Rétroactes, par ordre chronologique:

– « Ce qui ne peut pas durer dans la constitution marocaine (I)« ;
– « Ce qui ne peut plus durer dans la constitution marocaine (II): la méconnaissance de la souveraineté populaire« ;
– « Ce qui ne peut plus durer dans la constitution marocaine (III): voici ce que je proposerai au sujet des langues« ;
– « Ce qui ne peut plus durer dans la constitution marocaine (IV): identité et citoyenneté« ;
– « Le pouvoir constituant au Maroc est le Roi (I): les espoirs déçus de 1962« ;
– « Le pouvoir constituant au Maroc est le Roi (II): le refus constant de l’assemblée constituante élue« ;
– « Le pouvoir constituant au Maroc est le Roi (III): des référendums constitutionnels aux résultats invraisemblables« ;
– « Le pouvoir constituant au Maroc est le Roi (IV): l’élaboration de la constitution se fait au Palais« ;
– « And now, Morocco« ;
– « J’adore la constitution cambodgienne« ;
– « Il s’honore, dit-il« ;
– « Deux jours avant le discours royal, Hamid Chabat parlait des révolutions arabes comme d’un complot sioniste« ;
– « la question n’est pas tant de savoir s’il faut craindre une contagion du printemps arabe au Maroc que celle de savoir s’il ne représente pas une opportunité pour le pouvoir »;
– « Les vieilles ficelles de la MAP« ;
– « Casablanca, le 13 mars 2011« ;
– « Réforme constitutionnelle: début du dialogue avec la société civile à Casablanca« ;
– « Le Maroc, une monarchie républicaine« ;
– « Un conseiller du Roi préside le « mécanisme de suivi » de la réforme constitutionnelle rédigé par une commission royale…« ;
– « Maroc: une révolution urgente et légitime« ;
– « Quand la police marocaine menace de mort un journaliste militant« ;
– « Morocco’s February 20th protest movement for dummies« ;
– « Analyse du mouvement du 20 février au Maroc« ;
– « Me Ziane est opposé à la réforme constitutionnelle« ;
– « Au Maroc, le boycott électoral est criminalisé« ;
– « Le boycott référendaire en droit marocain« ;
– « Le projet de Constitution révisée: que penser?« ;
– « Modalités de vote des MRE: une violation flagrante du Code électoral« ;
– « Conseils pratiques pour déjouer la fraude lors du référendum du 1er juillet« ;
– « Les Marocains des Hauts-de-Seine peuvent voter six fois (au moins)« ;
– « Le nihilisme et l’internationale monarchiste« .

Un peu de hasbara algérienne

Ca faisait longtemps que je ne vous avais pas entretenu des écrits de nos frères algériens d’El Watan – voilà un oubli de réparé – leur éditorial d’aujourd’hui, jeudi 5 mai. Il y a trois choses certaines dans la vie: la mort, les impôts et les éditoriaux d’El Watan:

Menace sur nos intérêts
El Watan le 05.05.11 | 01h00
L’Algérie n’est plus ce qu’elle était. Elle donne l’impression d’être dépassée par les événements et d’être tétanisée devant les mouvements révolutionnaires qui secouent le monde arabe. Elle est tellement fragilisée qu’elle ne serait plus en mesure de résister à d’éventuelles pressions extérieures. C’est ainsi qu’on parle de plus en plus, ces derniers jours, de la réouverture de la frontière algéro-marocaine dans un avenir plus ou moins proche, sans plus d’explications. Certaines sources font état de fortes pressions des Etats-Unis et de la France pour obliger l’Algérie à agir en ce sens afin de permettre à leur protégé marocain de recevoir une bouffée d’oxygène qui l’aiderait grandement à faire face à la crise économique qui frappe le royaume de plein fouet. Rabat n’offrirait rien en contrepartie de ce geste.

Pour rappel, des terroristes marocains avaient attaqué en 1994 un hôtel touristique de Marrakech, tuant plusieurs touristes. Le roi Hassan II avait immédiatement accusé les services algériens d’être les commanditaires de l’attentat. Il a alors décidé d’instaurer le visa pour nos ressortissants et procédé à l’expulsion manu militari de milliers de touristes algériens. Un geste qu’il regrettera amèrement. En représailles, Alger décide de fermer les frontières terrestres entre les deux pays, décision qui aura des répercussions très négatives sur l’économie marocaine. Constatant la gravité de son geste, le Maroc demande de façon récurrente à l’Algérie de réviser sa position. Il ne retire pas pour autant ses accusations contre nos services et ne présente pas d’excuses pour les exactions dont ont été victimes les touristes algériens.

Dans un geste de bonne volonté, Alger propose à Rabat une négociation sur tous les dossiers en litige. On sait par exemple que des propriétaires terriens algériens ont été dépossédés de leurs terres lors de la Guerre des sables, en 1963, et d’autres en 1975, à la suite de l’agression monarchiste contre le peuple sahraoui. De même que l’Algérie avait expulsé de façon injuste et irréfléchie des ressortissants marocains à la même époque.Malheureusement, le pouvoir marocain refuse les négociations globales et ne s’attache qu’à un seul point : la réouverture des frontières sans condition.

Si Alger venait, par malheur, à se plier à cette exigence, cela signifierait l’abandon des intérêts des citoyens algériens spoliés par le trône. Cela signifierait offrir au Maroc 6 milliards d’euros par an contre un plus grand flux de drogue, d’alcool frelaté et de marchandises contrefaites en provenance de ce pays, pour rappeler les propos de Yazid Zerhouni lorsqu’il était ministre de l’Intérieur. Ce serait une véritable forfaiture contre l’Algérie.

On pourrait conseiller à El Watan la lecture de l’entretien en cinq parties de Libération avec l’ex-agent du DRS (ex-Sécurité militaire algérienne) Karim Moulai, qui affirme que son ancien service était derrière l’attentat de l’hôtel Atlas Asni de 1994. On pourrait aussi leur conseiller un cours accéléré de macro-économie – l’ouverture de de la frontière avec l’Algérie rapporterait au Maroc 6 milliards d’euros par an?

Mais je crois qu’El Watan faiblit un peu au fil des ans: aucune allusion aux putes marocaines venant souiller la terre sacrée du pays du million de martyrs. Tss, tss…

AIPAC publie ses instructions au Congrès US

Via ce billet de MJ Rosenberg, consacré à AIPAC et aux révolutions arabes, j’ai trouvé ce document public, intitulé « AIPAC Briefing Book – 111th Congress, second session« . Daté de septembre 2010, il ne tient bien évidemment pas compte des révolutions arabes de ce début 2011.

Comme l’explique MJ Rosenberg, il y a trois bonnes raisons de suivre de près les prises de position publiques d’AIPAC:

There are three reasons why monitoring AIPAC (the American Israel Public Affairs Committee) is a valuable use of time for anyone following events in the Middle East.

The first is that AIPAC faithfully reflects the positions of the Netanyahu government (actually it often telegraphs them before Netanyahu does).

The second is that AIPAC’s policies provide advance notice of the positions that will, not by coincidence, be taken by the United States Congress.

And third, AIPAC provides a reliable indicator of future policies of the Obama administration, which gets its « guidance » both from AIPAC itself and from Dennis Ross, former head of AIPAC’s think tank, the Washington Institute for Near East Policy, and now the president’s top adviser on Middle East issues.

On a déjà vu un exemple des préoccupations majeures d’AIPAC, répercutées par la Maison Blanche, concernant l’Egypte – cf. « Egyptian Democracy Must Resist Extremism, Maintain Peace with Israel« :

  • « Rushing to elections could help the election prospects of the Muslim Brotherhood« ;
  • « The United States has made clear that the amended Egyptian constitution must ensure safeguards against undemocratic forces. « They must make absolutely clear that no political party can be committed to the overthrow of the government, can be unwilling to support an inclusive society, including Christians, women, and others, » Secretary of State Hillary Clinton said recently.« ;

Le plus marrant c’est ce paragraphe-ci, qui dit en gros que les Egyptiens sont libres de décider de leur politique du moment qu’ils choisissent celle du Likoud:

While only the Egyptians can form their own government, the United States should insist on several goals for the next Egyptian government to meet.

  • Egypt should maintain the peace treaty with Israel, including the demilitarization of the Sinai Peninsula and permission for the continued presence of the U.S.-led Multinational Force and Observers in the Sinai.
  • Egypt should adhere to other contractual obligations to Israel, particularly continuing the supply of natural gas.
  • Egypt must maintain its policy of isolating Hamas in Gaza.
  • Egypt should continue to oppose Iran’s efforts to expand its regional influence – both directly and through Hizballah and Hamas.
  • Egypt must continue to oppose the global jihad of al-Qaeda and its affiliates.Egypt must keep the Suez Canal open to all shipping, including the passage of Israeli civilian and military vessels.

Je vous laisse deviner ce qu’a dit Clinton au Caire

Les armes de destruction massive de Saddam Hussein trouvées sur les bateaux de la flottille humanitaire pour Gaza

Sur la page Flickr du ministère israëlien des affaires étrangères on trouve des preuves irréfragables du terrorisme des islamo-gauchistes cannibales, pédophiles et anti-sémites embarqués sur les six navires de la flottille pour Gaza. Je vous préviens: les photos sont d’une violence insoutenable.

Exhibit A: des gilets pare-balle

Selon l'armée israëlienne, ce sont des armes

Petit problème: deux commentateurs, sans doute anti-sémites, font gentiment remarquer sous la photo ci-dessus qu’elle date de février 2006:

Blue says: In addition, IsraelMFA has to be careful with the date settings of their cameras! This picture looks like it was taken on Feb 7, 2006.. Wth?

goplayer2008 says:
EXIF data

Date and Time (Modified): 2010:06:02 10:37:58
YCbCr Positioning: Co-sited
Exposure Program: Aperture-priority AE
Date and Time (Original): 2006:02:07 04:49:57
Date and Time (Digitized): 2006:02:07 04:49:57

Exhibit b: une hache

Ceci est une arme de destruction massive

Je vous le demande, a-t-on jamais vu une hache sur un bateau?

Un autre commentateur, sans doute aussi anti-sémite, fait remarquer que la photo est datée de 2003:

Embra says:
Tiff data: Taken on January 1, 2003. Oops!

L’escalade dans l’horreur se poursuit – exhibit C: des sprays au poivre.

Futés ces Turcs pour utiliser des sprays au poivre toujours sous emballage

La haine de l’Autre atteint son paroxysme dans les commentaires:

deepvisual says:
wow
they managed to use them while they were still in their wrappers… damn those Turks are clever..
Posted 3 hours ago.

Embra says:
Tiff data: Taken on January 1, 2003.
Posted 53 minutes ago.

docteur_nic says:
My mom must be a turrurrist. She used to carry one of those in her purse.
Posted 45 minutes ago.

Je vous avais avertis: ce post n’est pas pour personnes sensibles. Voilà donc l’exhibit D: un keffieh, des couteaux de cuisine, un drapeau saoudien et des CD-roms.

Ne vous évanouissez pas tout de suite, car voici l’exhibit E: une scie électrique (sur un bateau! vraiment, ces terroristes islamo-gauchistes ne respectent plus rien).

Une scie électrique, arme de guerre

Un commentateur anti-sémite verse encore une fois dans le négationnisme:

barneygale says:
Hi. Just to confirm that the EXIF metadata points to this photo being taken in 2006:

barney@benchwood:~$ identify -verbose farm5.static.flickr.com/4047/4662965686_a91f8 bab2e_o_d.jpg | grep Date
exif:DateTime: 2010:06:02 10:38:47
exif:DateTimeDigitized: 2006:02:07 05:52:19
exif:DateTimeOriginal: 2006:02:07 05:52:19

Encore un petit effort, car voici l’exhibit F: des équipements de vision nocturne, dont chacun sait qu’ils ne sont d’aucune utilité sur un bateau naviguant en haute mer.

Attention: arme de guerre!

Le pédophile cannibale anti-sémite que je suis ne peut s’empêcher de relever la date de la photo originale:

Date and Time (Original): 2006:02:07 05:20:56
Date and Time (Digitized): 2006:02:07 05:20:56

Enfin, la preuve reine, un couteau pliable dont la lame doit faire la longueur d’un pouce, arme redoutable contre des commandos de marine armés d’armes à feu:

Si avec tout ça vous ne parvenez pas à vous convaincre du bien-fondé de l’intervention israëlienne, c’est à en désespérer de l’humanité.

PS: Dépêchez-vous de visiter cette page Flickr, mon petit doigt me dit que certaines photos seront retirées prochainement…

MAP, Israël, même combat

On pourra reprocher tout ce qu’on voudra à la MAP, sauf de ne pas préserver la sensibilité et la délicatesse de ses lecteurs marocains. Ainsi, si dans le reste du monde l’actualité relative à Robert L Bernstein, fondateur étatsunien de Human Rights Watch (HRW) concerne sa toute récente tribune pro-israëlienne dans le New York Times, dans laquelle il accuse assez comiquement Human Rights Watch de ne pas être assez à la traîne d’Israël, au Maroc, les critiques sont filtrées par la MAP, sans doute pour ne pas choquer son lectorat à l’idée qu’un ennemi (Bernstein) de mon ennemi (HRW) se trouverait être un grand ami d’Israël.

Voyons tout d’abord la dépêche de la MAP:

Le fondateur de Human Rights Watch ne se reconnaît plus dans les méthodes de travail de cette ONG (New York Times)
Dernière modification 21/10/2009 12:16 ©MAP-Tous droits réservés

Washington – Le fondateur de Human Rights watch (HRW), Robert L. Bernstein, a affirmé ne plus se reconnaître dans les méthodes de travail de cette ONG, appelant l’organisation à retrouver « dans l’humilité » ses principes fondateurs.

« En tant que fondateur de Human Rights Watch, son président pendant 20 ans et actuellement son président d’honneur, je me vois contraint de faire une chose que je n’aurais jamais imaginée: me joindre publiquement à ceux qui critiquent cette organisation« , a écrit M. Bernstein, dans une tribune publiée mardi dans le New York Times.

Il a ainsi déploré le fait que cette ONG se soit écartée de sa mission essentielle liée à la défense des libertés.

« La résurrection de Human Rights Watch en tant que force morale au Moyen-Orient et dans le monde passe par un retour, dans un esprit d’humilité, à sa mission initiale« , a-t-il souligné. Si l’ONG échoue dans cette entreprise, a-t-il mis en garde, sa crédibilité sera sérieusement mise à mal et son rôle important dans le monde sera réduit de manière significative.

Mue par la volonté de clarifier la mission liée à la promotion des droits de l’homme, Human Rights Watch, a rappelé son fondateur, s’était évertuée depuis sa création à faire le distinguo entre les mondes démocratique et autocratique en empêchant ce dernier de se présenter comme étant « un équivalent moral » au premier.

« Quand je me suis retiré en 1998, Human Rights Watch était active dans pas moins de 70 pays, dont la plupart étaient des sociétés fermées« , a-t-il dit.

Robert L. Bernstein, qui a débuté sa carrière professionnelle dans le monde de l’édition pour se consacrer ensuite à la promotion des droits de l’homme, a déploré que dans son action, aujourd’hui, cette ONG oublie « de plus en plus fréquemment de faire la distinction entre les sociétés ouvertes et les sociétés fermées« .

Fondée en 1978,Human Rights Watch, dont le siège est à New York, dispose de représentations dans plusieurs régions de par le monde.

L’ONG internationale s’était fixée pour mission la défense des droits de l’homme en luttant contre la discrimination et l’oppression notamment en temps de guerre.

La MAP aura réussi un petit miracle: alors que les mots « Israel » et « Israeli » reviennent huit fois dans la tribune de Robert L Bernstein publiée par le NY Times, et qu’il est directement question d’Israël dans 8 des 12 paragraphes de cette tribune, et que Bernstein défend la guerre israëlienne contre Gaza de décembre 2008/janvier 2009, rien de tout cela ne filtre dans la dépêche de la MAP. Prenons la première citation de Bernstein dans la dépêche de la MAP:

En tant que fondateur de Human Rights Watch, son président pendant 20 ans et actuellement son président d’honneur, je me vois contraint de faire une chose que je n’aurais jamais imaginée: me joindre publiquement à ceux qui critiquent cette organisation.

Dans l’original, cette phrase est immédiatement suivie par les deux phrases suivantes, qui expliquent la critique publique qu’il émet:

Human Rights Watch had as its original mission to pry open closed societies, advocate basic freedoms and support dissenters. But recently it has been issuing reports on the Israeli-Arab conflict that are helping those who wish to turn Israel into a pariah state.

Deuxième citation de la MAP:

La résurrection de Human Rights Watch en tant que force morale au Moyen-Orient et dans le monde passe par un retour, dans un esprit d’humilité, à sa mission initiale. Si l’ONG échoue dans cette entreprise, a-t-il mis en garde, sa crédibilité sera sérieusement mise à mal et son rôle important dans le monde sera réduit de manière significative.

Cette phrase correspond à la conclusion de la tribune de Bernstein, précédée de huit paragraphes critiquant le regard critique de HRW sur Israël en général et sur sa guerre contre Gaza en particulier.

Troisième citation de la MAP:

Mue par la volonté de clarifier la mission liée à la promotion des droits de l’homme, Human Rights Watch, a rappelé son fondateur, s’était évertuée depuis sa création à faire le distinguo entre les mondes démocratique et autocratique en empêchant ce dernier de se présenter comme étant « un équivalent moral » au premier.

Par rapport à la tribune originale de Bernstein, la MAP a supprimé la référence à l’Union soviétique et à la Chine:

That is why we sought to draw a sharp line between the democratic and nondemocratic worlds, in an effort to create clarity in human rights. We wanted to prevent the Soviet Union and its followers from playing a moral equivalence game with the West and to encourage liberalization by drawing attention to dissidents like Andrei Sakharov, Natan Sharansky and those in the Soviet gulag — and the millions in China’s laogai, or labor camps.

Quatrième et dernière citation directe de la MAP:

Quand je me suis retiré en 1998, Human Rights Watch était active dans pas moins de 70 pays, dont la plupart étaient des sociétés fermées. (…) [D]ans son action, aujourd’hui, cette ONG oublie « de plus en plus fréquemment de faire la distinction entre les sociétés ouvertes et les sociétés fermées ».

Ceci correspond au quatrième paragraphe de la tribune de Bernstein,qui ne mentionne pas Israël (c’est la dernière à ne pas le faire) immédiatement suivie de huit paragraphes mentionnant Israël. Aucun des huits paragraphes suivant n’est cité, ni d’ailleurs le titre de la tribune de Bernstein, « Rights Watchdog, Lost in the Mideast » (« Chien de garde des droits de l’homme, perdu au Moyen-Orient »), ni d’ailleurs le motif principal invoqué par Bernstein pour justifier son dépit. Je suis bien évidemment convaincu que tous les contempteurs de la presse (indépendante) marocaine, qu’on peut lire à longueur de commentaires sur la blogoma, ne manqueront pas de réclamer les foudres de la déontologie et de la loi contre les fonctionnaires (« journalistes« ) de la MAP.

 Pour des approches moins déconnectées de la réalité de la tribune de Bernstein, voir les posts suivants:
– KABOBfest, « Background on Bernstein/NGO Monitor attack on HRW » et « Do Palestinians have (only) human rights?« ;
– Angry Arab, « It is now officail: Human Rights Watch calls on Israel to fight wars« ;
– Economist.com, « A note on Jewish literary style« ;
– Andrew Sullivan, « The Assault On Human Rights Watch » et « The Assault On Human Rights Watch, Ctd« ;
– Phil Weiss, de Mondoweiss, « Can you imagine the Times Op-Ed page running pieces supporting the Haditha massacre in Iraq? » et « ‘NYT’ continues to justify dropping white phosphorus on school children« ;
– le courrier des lecteurs du NY Times au sujet de la tribune de bernstein, « Crossfire: A Rights Group and Israel »

Quant au fond, les reproches faits à HRW pour son anti-sionisme primaire supposé sont franchement hilarants – voir notamment mon billet « Human Rights Watch a du mal avec le Liban – et surtout avec Israël » ou Angry Arab. Mais c’est surtout le scandaleux communiqué de HRW du 22 novembre 2006 qu’il faut retenir, dans lequel HRW critiquait le fait pour des civils palestiniens de se constituer boucliers humains à proximité de domiciles de résistants palestiniens soupçonnés d’être visés par des tentatives israëliennes d’assassinat:

Palestinian armed groups must not endanger Palestinian civilians by encouraging them to gather in and around suspected militants’ homes targeted by the Israel Defense Forces (IDF), Human Rights Watch said today.

Les critiques contre ce communiqué avaient été si intenses (de Norman Finkelstein, Jonathan Cook, Helena Cobban, d’ONG palestiniennes, de l’International Solidarity Movement et enfin de citoyens scandalisés) que HRW s’était vu contraint, un cas unique dans les annales, de sortir un second communiqué clarifiant son premier et tentant très maladroitement de revenir en arrière, comme l’avait noté Helena Cobban:

We regret that our press release below (“OPT: Civilians Must Not Be Used to Shield Homes Against Military Attacks”) gave many readers the impression that we were criticizing civilians for engaging in nonviolent resistance. This was not our intention. It is not the policy of the organization to criticize non-violent resistance or any other form of peaceful protest, including civilians defending their homes.

Quand la hasbara néo-makhzénienne s’appuie sur un hoax grossier

hoax
Les tenants de la censure au Maroc font feu de tout bois ces derniers jours, de la déchéance de nationalité à l’excommunion en passant par les mille et une astuces de la rhétorique réactionnaire (il faudra y revenir, notamment sur l’imprécation sociale risible à l’encontre des critiques de la censure, trop aisés/éduqués/francophones/étrangers pour être légitimes, comme John Kerry en 2004). Le plus cocasse est de voir des tenants de la dénonciation du complot ourdi par l’étranger – la liste des suspects va de l’Algérie à la France (ennemie farouche du Maroc et de son régime comme chacun sait) – citer à l’appui de leur discours excommunicateur – le premier ministre français, François Fillon (si l’on comprend bien ce qui leur tient lieu de logique, penser la même chose qu’un Français c’est pas bien si cette pensée diffère de la leur, mais ça a valeur d’argument décisif si cette pensée est identique à la leur):

“Notre langue officielle est le français; pas l’Espagnol, le Libanais, l’Arabe, le Chinois, le Japonais, ou n’importe quelle autre langue. Par conséquent, si vous désirez faire partie de notre société, apprenez-en la langue ! La plupart des Francais croient en Dieu. Il ne s’agit pas d’obligation chrétienne, d’influence de la droite ou de pression politique, mais c’est un fait, parce que des hommes et des femmes ont fondé cette nation sur des principes chrétiens, et cela est officiellement enseigné. Il est parfaitement approprié de les afficher sur les murs de nos écoles. Si Dieu vous offense, je vous suggère alors d’envisager une autre partie du monde comme votre pays d’accueil, car Dieu fait partie de notre culture.’ > ‘Nous accepterons vos croyances sans poser de question. Tout ce que nous vous demandons c’est d’accepter les nôtres, et de vivre en harmonie pacifiquement avec nous.’ > ‘Ici c’est NOTRE PAYS, NOTRE TERRE, et NOTRE STYLE DE VIE. Et nous vous offrons l’opportunité de profiter de tout cela. Mais si vous en avez assez de vous plaindre, de vous en prendre à notre drapeau, notre engagement, nos croyances chrétiennes, ou de notre style de vie, je vous encourage fortement à profiter d’une autre grande liberté Francaise, ‘LE DROIT DE PARTIR..’ >

Je rappelle donc que ce discours est invoqué par des Marocain-e-s, souhaitant justifier vis-à-vis d’autres Marocain-e-s, la censure de Tel Quel et Nichane, ou dans certains cas se bornent à une condamnation qui vise moins le principe de la censure que les effets néfastes de celle-ci sur la réputation du régime et qui est alliée à une antipathie personnelle forte contre Ahmed Reda Benchemsi, le directeur de publication des deux hebdomadaires saisis. Ces Marocain-e-s qui invoquent ce discours le font parfois dans la même foulée d’imprécations lancées contre leurs contradicteurs, qui ont le malheur de dénoncer la censure, et qui sont dès lors accusés de ne pas être assez Marocain-e-s.

Ce n’est pas la première contradiction du discours des défenseurs de la censure, qu’on pourra qualifier de néo-makhzéniens pour les différencier des propagandistes d’Ancien régime comme Driss Basri ou Moulay Ahmed Alaoui. Parmi les autres contradictions, on notera qu’ils invoquent à l’encontre de compatriotes discutant d’un sujet de politique intérieure un prétendu discours d’un premier ministre français s’adressant à des étrangers, et plus particulièrement à des étrangers de confession musulmane, dans une tonalité qui n’est pas sans évoquer le « La France, tu l’aimes ou tu la quittes » cher à Le Pen – mais il ne faut pas s’attendre à trop de rigeur logique de la part de ceux qui s’appuient sur la censure pour faire taire leurs contradicteurs.

Mais le clou de cette histoire c’est bien évidemment que ce discours n’a jamais été tenu, du moins par François Fillon: pas besoin d’une équipe de police scientifique pour émettre des doutes sur l’authenticité de ce discours, qui semble avoir été écrit par une personne au front bas. Ainsi, le Libanais n’est pas une langue, la religion chrétienne n’est pas officiellement enseignée en France (hormis dans les départements concordataires d’Alsace-Moselle), et l’on voit mal un premier ministre français invoquer en 2007/2009 Dieu de la sorte – et je passe sur l’absence de source et de date donnés à ce discours. On peut ainsi apprendre sur le site Hoaxbuster que ce même discours a auparavant circulé sur le web en étant attribué à John Howard, l’ancien premier ministre australien, puis à un ministre québecois. D’ailleurs, l’intéressé lui-même a formellement dénoncé, sur son blog et le 2 mai 2009, le hoax malveillant dont il a été la victime:

Je dénonce un « hoax » détestable relayé sur le net
Depuis quelques semaines, la toile relaye des propos inacceptables sur les musulmans qui me sont attribués et qui se propagent sous forme de courrier électronique repris par plusieurs blogs. Je vous confirme qu’il s’agit d’un « hoax », en français un canular, détestable, en l’occurrence une fausse déclaration. Ce courrier circule en réalité dans le monde entier depuis plus d’un an et a déjà attribué ces propos à plusieurs dirigeants ou chefs de gouvernement étrangers. J’invite les internautes qui seraient susceptibles de croiser ce canular à le dénoncer. Le web ne doit pas être l’espace des mensonges et de la haine raciste. Ceux qui me connaissent savent que de tels propos sont aux antipodes de ce que je suis, de ce que je pense, de tout mon engagement politique républicain e humaniste.

François Fillon

Ceci n’est qu’un exemple de ce discours néo-makhzénien dans ce qu’il a de plus intolérant et xénophobe – une xénophobie sans étrangers puisque le débat contradictoire qui a lieu sur le web est quasi-exclusivement entre Marocain-e-s. Je conseille fortement aux chercheurs et enseignants en matière d’analyse du discours politique de répertorier les différents spécimens de rhétorique réactionnaire qui se déploient avec une certaine vigueur sur le web, il y a là une typologie à établir.

Hat-tip: Ayoub, qui m’a informé de ce hoax.

Addendum: Merci à Fhamator et Karim pour le lien vers l’éditorial de Rachid Nini d’Al Masae citant et prenant pour argent comptant ce hoax attribué à François Fillon.

Maroc: la menace juive

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Les juifs mènent au Maroc une propagande pernicieuse. Des étudiants marocains propagent la propagande juive à leur retour d’Israël. Heureusement, des responsables associatifs et politiques manifestent leur aversion pour le judaïsme. Au Maroc, les juifs se réunissent furtivement et en petits groupes, refusent de se mêler aux autres Marocains et l’entrée de leurs réunions, rituelles ou non, est gardée par des malabars. Le judaïsme est une atteinte aux fondamentaux du Royaume, dont son ciment, le rite malékite. Le judaïsme est à la solde des velléités hégémoniques d’Israël. Les autorités suivent l’évolution de l’activisme juif au Maroc. Des parlementaires marocains dénoncent « le danger du judaïsme, qui se situe au niveau de la division qu’il peut créer au sein de la nation« . La lutte contre les manoeuvres juives est « le fondement de la sécurité religieuse, élément central de la stabilité du pays, elle-même condition sine qua non de la démocratie« , selon un éditorialiste qui n’écrit pas ses propres éditoriaux, par ailleurs président de la Fédération des médias du Maroc. L’activisme juif au Maroc est le fait d’associations socio-culturelles, d’organisations juives non reconnues ou souterraines, ou des particuliers. Au Maroc, les groupuscules juifs, un à deux milliers de personnes selon des sources bien informées, sont financés et appuyés par les services israëliens. En Israël même, le rabbinat n’a d’autre projet que le maintien de son propre pouvoir et des prébendes qui vont avec. Le port du hijab est d’ailleurs un élément des visées juives contre le Maghreb. Des universitaires marocains se rendent à l’évidence: « le judaïsme est la pièce maîtresse du projet israëlien expansionniste« . De petites «cellules militantes dormantes» s’activent et donnent naissance à des associations juives. Des éditorialistes éclairés le reconnaissent volontiers: « Israël mène bien une guerre de judaïsation et d’ascendance sur les minorités juives dans le monde. Son action porte en elle la dissension et l’odeur acre des guerres civiles« .

Il est donc bon que « les autorités compétentes aient lancé une campagne contre les livres faisant l’apologie du judaïsme« . Mais « la purge des outils de propagande juive » concerne tout un chacun:

Le ministère de l’Intérieur est un département qui a la lourde responsabilité de préserver la sécurité du pays et des citoyens sous toutes ses formes. Mais, c’est un département qui est censé être assisté par toutes les autres administrations de l’Etat qui ont l’obligation d’observer, d’étudier, d’analyser, de constater et, ce qui est très important, d’alerter, chacune dans son domaine, contre tout ce qui est susceptible de porter atteinte au pays ou de menacer ses citoyens. Se cantonner dans la position, confortable, du spectateur indifférent et tout mettre sur le dos de l’administration territoriale est une attitude qui est facilement qualifiable de délit d’omission.

Bon c’est pas tout ça, dans le rayon des bonnes nouvelles, veuillez noter que « la diplomatie culturelle marocaine est un outil de promotion du dialogue entre les cultures, les civilisations et les religions, a affirmé l’ambassadeur du Maroc à Hanoi, El Houcine Fardani », lequel a « souligné le rôle du Maroc dans la promotion du dialogue interculturel et interreligieux, mettant en relief le message et les valeurs véhiculés par la diplomatie culturelle marocaine, à savoir la tolérance, le respect de l’autre, la solidarité et la paix« , rajoutant:

«Le Maroc, de par sa position géographique et son histoire séculaire, constitue un pont entre les cultures arabo-musulmanes, africaines et européennes»

«La personnalité culturelle marocaine s’est forgée à travers des siècles de métissage culturel»

C’est d’ailleurs une constante de la politique intérieure et extérieure marocaine, selon les propos de la secrétaire d’Etat aux affaires étrangères Latifa Akherbach:

« La nécessite d’asseoir un dialogue entre les civilisations a été érigé en ligne de conduite, amenant le Maroc à promouvoir, à travers ses politiques intérieure et extérieure, les principes de tolérance, de respect de l’altérité, d’ouverture et de modernité »

Cette démarche reflète

« la capacité du Maroc à privilégier la synthèse et non pas l’exclusion et plus encore, elles sont mises en œuvre à travers une véritable stratégie nationale de promotion de la diversité culturelle et un engagement international contre toutes les formes d’extrémisme et du rejet d’autrui. Parce que l’alliance des civilisations est enracinée dans notre mémoire, dans nos traditions, dans notre système de gouvernance religieuse, le Maroc s’est investi de manière volontariste pour la réussite du dialogue interculturel, seul à même de défaire les logiques univoques que véhiculent souvent les tenants de la thèse du choc des civilisations et de la confrontation entre les religions et les peuples »

La même source ne précise-t-elle d’ailleurs pas que

le dialogue interreligieux est une composante essentielle de la dynamique vertueuse à installer et à promouvoir pour que la fusion des différences continue, comme depuis toujours, à être le moteur du progrès humain

CORRIGENDUM: un lecteur attentif me fait remarquer qu’un bug informatique semble avoir atteint les deux premiers paragraphes de ce post. Il a parfaitement raison: les mots « Israël« , « juif« , « juive« , « juifs« , « judaïsme » et « judaïsation » doivent être remplacés par « Iran« , « chiite« , « chiites« , « chiisme » et « chiisation« . Mes excuses aux intéressés – mes fidèles lecteurs auront pour leur part rectifié d’eux-mêmes.

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