Conspiration? Quelle conspiration?

Ca vient de la bouche du cheval, comme on dit en anglais:

Ticking off what he considered to be causes for hope for peace in the Middle East, the 2000 Democratic presidential candidate said the first has been a shift in Middle East geopolitics.

« The rise of Iran, » Kerry said, « has created an unprecedented willingness among moderate Arab nations to work with Israel. »

« This realignment can help lay the groundwork for progress towards peace, » he said.

« There is a new reality, » he said. « Moderate Arab countries and Israel alike are actually more worried about Iran than they are about each other. »

Dans un discours, il a répété cette affirmation:

I believe it because broader trends present an opening to make peace possible. In fact, I see four major causes for hope, which together comprise a case for action.

The first and most important is a tectonic shift in Middle East geopolitics. The rise of Iran has created an unprecedented willingness among the moderate Arab nations to work with Israel. This re-alignment can help lay the groundwork for progress towards peace.

On ne saurait être plus clair: ce qui est bon pour Israël est bon pour la paix, et la fausse discorde sunnites/chiites, qui existe surtout dans la tête de dirigeants arabes alliés des Etats-Unis et d’Israël, est bonne pour Israël car elle permet d’oublier l’occupation actuelle de territoires syriens, libanais (les fermes de Chebaa) et palestiniens par Israêl au profit d’une fantomatique hégémonie iranienne au Moyen-Orient.

C’est une littérature intéressante. Je n’ai pas accès à la base de données Lexis/Nexis, mais il serait utile de compter le nombre d’articles de la presse étatsunienne parlant de l’Iran, d’Israël et des Etats arabes dits modérés (euphémisme pour désigner les alliés d’Israël et des Etats-Unis) à travers les ans. La « menace iranienne » est un terme qui devrait exploser, en termes quantitatifs, depuis 2003. Le rôle de la presse d’obédience séoudienne dans la mise en oeuvre de cette propagande, visant à faire croire aux Arabes, notamment ceux des pays sunnites de la ligne de front (Liban, Syrie, Egypte, Palestine, Jordanie) qu’ils sont plus menacés par l’Iran que par Israël, est vital. Et on voit comment marche la chaîne alimentaire: un éditorialiste d’obédience séoudienne écrit un éditorial sur la fourberie/cruauté/duplicité innée des chiites en général et de l’Iran en particulier, un éditorialiste étatsunien/britannique/israëlien reprend ces propos, et ensuite un ministre européen/israëlien/étatsunien s’exclame « vous voyez bien, c’est l’Iran la vraie menace, pas Israël« . Malheureusement pour les instigateurs de cette hasbara, il faut croire que l’opinion arabe ne lit pas assez le Jerusalem Post ou L’Express.

Un exemple nous est fourni avec le quotidien Sharq al Awsat – par ailleurs imprimé au Maroc – oùon retrouve le rédacteur en chef de Sharq al awsat Tariq Alhomayed, dont les éditoriaux sont assez amusants si on les prend au second degré – par exemple celui-ci « Congratulations Hosni Mubarak » – mais d’autres éditoriaux sont tout aussi édifiants, notamment celui-ci,l’éditorialiste allègue que la société dite civile marocaine appelerait à la création de comités de promotion de la vertu et de prévention du vice… On pourrait citer d’autres exemples, comme cet autre éditorialiste – rappelons que Sharq al awsat est un journal séoudien – qui se plaint du manque de pluralisme que manifesterait Hugo Chavez, élu au suffrage universel – femmes incluses – dans un scrutin libre contrairement aux monarques et présidents arabes (seul le président mauritanien récemment renversé, Sidi Ould Cheikh Abdallahi, pouvait valablement se réclamer du suffrage universel).

Pour voir comment fonctionne la chaîne de transmission de cette propagande, voici un exemple: le rédacteur en chef de Sharq al awsat écrit un éditorial le 30 janvier, en pleine guerre israëlienne contre Gaza, pour désigner l’Iran comme menace contre la sécurité du Moyen-Orient.

Nasrallah and War on Egypt
Sharq al awsat 30/12/2008
By Tariq Alhomayed
(…) The only advantage to Nasrallah’s speech is that it revealed to the world what we have been saying the whole time: that Iran is a real threat to Arab security, as today it launched a war against Egypt, tomorrow against Saudi Arabia, and then the whole house of cards will collapse.

Ces propos sont ensuite diffusés à travers la planète via une chronique de l’universitaire israëlien Barry Rubin – assez peu porté sur l’introspection critique du projet sioniste – diffusée dans le cadre du Project Syndicate:

JERUSALEM – In Iran, elements from within the regime are reportedly offering a $1 million reward for the assassination of Egyptian President Hosni Mubarak because of his opposition to Hamas in the Gaza Strip. In Lebanon, the leader of Hezbollah, backed by Iran and Syria, merely calls for the Egyptian government’s overthrow.

In response to this, Tariq Alhomayed, a Saudi who is editor-in-chief of the newspaper Al-Sharq al-Awsat , describes Hamas as Iran’s tool, and argues that “Iran is a real threat to Arab security.”

Egypt’s foreign minister, Ahmed Aboul Gheit, agrees – and he is not alone. When Arab states met to discuss the Gaza crisis, Saudi Arabia vetoed any action. Even the Palestinian Authority (PA) blames Hamas for the fighting. Activists in Fatah, Hamas’s nationalist rival which runs the PA, make no secret of their hope that Hamas loses the war.

Le Project Syndicate ne manquant pas de moyens, cette chronique de Barry Rubin est également disponible en français:

JERUSALEM – En Iran, des éléments proches du pouvoir offriraient un million de dollars pour assassiner le président égyptien Hosni Moubarak en raison de son opposition au Hamas dans la bande de Gaza. Au Liban, le dirigeant du Hezbollah qui est soutenu par l’Iran et la Syrie appelle au renversement du gouvernement égyptien.

En réponse, Tariq Alhomayed, un Saoudien rédacteur en chef du journal Al-Sharq al-Awsat, qualifie le Hamas de marionnette de l’Iran et déclare que ce pays est la véritable menace contre la sécurité du monde arabe ».

Le ministre des Affaires étrangères égyptien, Ahmed Aboul Gheit, est du même avis, et il n’est pas le seul. Lorsque les pays arabes se sont réunis pour discuter de la crise à Gaza, l’Arabie saoudite a opposé son veto à toute action. Même l’Autorité palestinienne estime que le Hamas est responsable des combats. Les militants nationalistes du Fatah à la tête de l’Autorité palestinienne ne cachent pas leur espoir de voir le Hamas, leur rival islamiste, perdre la guerre.

De même en arabe:

باري روبينالقدس ـ ذكرت بعض التقارير أن بعض العناصر من داخل النظام في إيران تعرض مليون دولار أميركي كمكافأة لمن ينجح في اغتيال الرئيس المصري حسني مبارك بسبب معارضته لحركة حماس في قطاع غزة. وفي لبنان يدعو زعيم حزب الله ببساطة، وتسانده في ذلك إيران وسوريا، إلى الإطاحة بالحكومة المصرية.

ورداً على ذلك سارع طارق الحميد ، السعودي ورئيس تحرير جريدة الشرق الأوسط، إلى وصف حماس بأنها أداة تستخدمها إيران، وزعم أن « إيران تشكل تهديداً حقيقياً للأمن العربي ».

ولقد اتفق معه وزير خارجية مصر أحمد أبو الغيط في زعمه، ولم يكن وحده في ذلك. فحين اجتمعت الدول العربية لمناقشة أزمة غزة، اعترضت المملكة العربية السعودية على اتخاذ أي إجراء. وحتى السلطة الفلسطينية تحمل حماس المسؤولية عن القتال الدائر الآن في غزة. وليس سراً أن ناشطين من فتح، وهي المنظمة القومية المنافسة لحماس والتي تدير السلطة الفلسطينية، يتمنون لو تخسر حماس الحرب.

Grâce aux bons efforts du Project SyndicateL’Economiste, Le Matin du Sahara, La Vie économique, Assabah et Assahara al Maghribiya en font partie – des journaux de toute la planète ont repris ces propos: Japan Times, The Australian, The Free Republic, Times of Malta et le The Daily Independent (Bangladesh).

Cette chronique est ensuite citée – par Jim Hoagland du Washington Post notamment, dans un article qui aurait aussi bien pu être signé par Ehud Barak ou Benyamin Netanyahu.

Couronnement du périple, l’édito initial de Tariq Alhomayed figure dans les articles de presse présumés donner la « bonne » perspective sur la guerre de Gaza sur le site de l’ambassade israëlienne aux Etats-Unis…

Ce discours idéologique sert bien évidemment l’objectif étatsuno-israëlien d’éluder le problème israëlo-palestinien – transformé en problème de maintien de l’ordre opposant gentil Fatah allié du « seul Etat démocratique de la région » (ce qui est bien évidemment faux, car jusqu’à plus ample informé Chypre n’est pas impliqué en Palestine) au méchant Hamas, terroriste, antisémite et allié de l’Iran. La Palestine devenue une affaire de simple police, Israël n’est plus un problème, lequel serait plutôt l’Iran, en raison du négationnisme de son président et de son programme nucléaire, civil ou militaire peu importe.

Pour une présentation exemplaire de cette perspective, voir cet officiel cité off the record par Gideon Rachman du Financial Times:

He believes that Iran is currently stirring up trouble in many different areas including Lebanon, the Israeli occupied territories and Iraq. Iraq he believes is becoming the “arena for a regional power struggle”, pitting Sunnis against Shia. The Sunni Arab states see themselves as engaged in an ancient struggle with the Persians for dominance of the region. Syria has become detached from its natural Arab allies and is now firmly in the Iranian camp. But it is also the “weak link” in the Iranian alliance and can expect to come under enormous pressure as a result.

As for the moderate Arab states – the Saudis, the Jordanians and the Egyptians – “they have all told me they expect this to end in war”. They are also much more concerned about Iran than Israel, because “they know that Israel is not really an expansionist power”. Indeed the moderate Arab states would like to form a de facto alliance with Israel to contain Iran – but opinion on the “Arab street” prevents them from doing it.

Ce n’est pas que l’Iran soit un modèle scandinave de coexistence et de pacifisme – on l’a vu avec les récentes déclarations d’un conseiller d’Ali Akbar Khameneï sur Bahraïn, avec lequel l’Iran a un litige frontalier portant sur trois îlots. Mais rien ne le distingue, sur ce point, du Maroc par exemple, qui a un litige frontalier avec l’Algérie, et en a eu avec la Mauritanie, ou de l’Algérie, qui a un litige frontalier avec le Maroc, ou de la Libye, en litige tant avec le Tchad, la Tunisie et Malte qu’au sujet des eaux territoriales du Golfe de Syrte, de même entre l’Egypte et le Soudan – et plusieurs litiges territoriaux existent entre pays du Golfe – entre Qatar et Bahreïn par exemple, entre Arabie séoudite et Yemen et entre Arabie séoudite et Emirats arabes unis.

La rupture des relations diplomatiques entre le Maroc et l’Iran donnera sans doute l’occasion d’étudier de plus près la hasbara anti-iranienne dans la presse officieuse et officielle marocaine.

Le Maroc rompt ses relations diplomatiques avec l’Iran

Inutile de faire les choses à moitié: le Maroc vient de rompre ses relations diplomatiques avec l’Iran.

Le Maroc décide de rompre ses relations diplomatiques avec l’Iran
Rabat- Le Royaume du Maroc a décidé la rupture, à partir de ce vendredi, des relations diplomatiques avec la République islamique d’Iran, indique un communiqué du ministère des Affaires étrangères et de la coopération.

Le 25 février dernier, le Royaume du Maroc avait rappelé, en consultations pour une semaine, son chargé d’affaires par intérim à Téhéran, rappelle le communiqué.

La même source précise que le Maroc avait également demandé des explications aux autorités iraniennes qui ont cru devoir singulariser le Maroc, dans le cadre d’une démarche inamicale, et publier un communiqué comprenant des expressions inacceptables, à la suite de la solidarité exprimée par le Maroc, à l’instar de très nombreux pays, à l’intégrité territoriale et la souveraineté du Royaume de Bahreïn.

Le délai d’une semaine ayant expiré, le Royaume n’a reçu aucune explication à ces actes, ajoute le communiqué.

Selon le ministère, cette attitude inadmissible, dirigée contre le seul Maroc, est doublée au demeurant, d’un activisme avéré des autorités de ce pays, et notamment de sa représentation diplomatique à Rabat, visant à altérer les fondamentaux religieux du Royaume, à s’attaquer aux fondements de l’identité ancestrale du peuple marocain et à tenter de menacer l’unicité du culte musulman et le Rite Malékite Sunnite au Maroc, dont est le Garant SM le Roi Mohammed VI, Amir Al Mouminine.

Ce type d’actions structurées et soutenues, ajoute le ministère, constituent une ingérence intolérable dans les affaires intérieures du Royaume et sont contraires aux règles et à la déontologie de l’action diplomatique.

Pour l’ensemble de ces considérations, conclut le communiqué, le Royaume du Maroc a décidé la rupture, à partir de ce jour, des relations diplomatiques avec la République islamique d’Iran.

Dernière modification 06/03/2009 17:57.
©MAP

On notera que le communiqué accuse l’ambassade d’Iran à Rabat de prosélytisme en faveur du chiisme au Maroc, ce qui place le discours dans l’orthodoxie séoudienne la plus parfaite. La menace contre le rite malékite sunnite est placé au centre du communiqué – merci pour nos concitoyens juifs – ce sont des juifs malékites?

On notera par ailleurs qu’il y a quelques années, au lendemain des attentats du 16 mais 2003, c’étaient les salafistes et les wahabbiyines qui étaient visés par ce discours sur l’identité religieuse malékite du Maroc. Ce discours sur l’unicité du culte musulman est d’ailleurs absurde du point de vue de la charia, qui admet la liberté de choix des écoles (celle des chiites est le jaafarisme), point de vue d’ailleurs repris par l’ISESCO dont le siège est à Rabat. Et poser le principe de l’exclusivité du rite malékite est contestable en dehors même du cadre de la charia, car cela nie la liberté de conscience de l’individu. Enfin, si l’Iran, avec sa minorité sunnite (9% de la population), s’avisait d’en faire de même?

Il faut relever que cette très brusque rupture vient après un net rapprochement ces dernières années – les relations irano-marocaines après la révolution de 1979 ont repris surtout depuis 1995, avec la signature d’un accord commercial. Ainsi, sur le site du MAEC, on relève les étapes suivantes:

Le 31 mai 2006, le ministre marocain des affaires étrangères, « Mohamed Benaissa a indiqué que « l’Iran est un pays frère et ami du Maroc », soulignant que « Rabat oeuvre à la consolidation de ses relations avec Téhéran » ».

Le 18 juin 2006, lors d’une visite officielle du ministre marocain des affaires étrangères s’est rendu en visite de travail à Téhéran où il a rencontré son homologue iranien. A cette occasion, a été annoncé « accord pour la constitution d’une commission politique mixte pour l’examen des moyens de développer les relations bilatérales« . Le ministre marocain des affaires étrangères « M. Mohamed Benaïssa a mis en exergue les liens historiques et culturels liant le Maroc et l’Iran, émettant l’espoir de voir les relations bilatérales se consolider davantage, à travers l’échange de visites entre les responsables des deux pays« . Un message personnel de Mohammed VI fût remis au président iranien, que Benaïssa rencontra à cette occasion.

Le 9 juillet 2006, lors de la remise des lettres de créance de l’ambassadeur du Maroc au président iranien Mahmoud Ahmedinejad, ce dernier a mis « en exergue « la place particulière » dont jouit le Maroc auprès de la république islamique iranienne« , et a « réitéré son invitation à SM le Roi à effectuer une visite officielle en Iran, estimant que cette visite est de nature à donner une forte impulsion aux relations bilatérales« .

Le 5 février 2007, le ministre des affaires étrangères iranien était en visite officielle au Maroc (perçue du côté marocain comme l’occasion de raffermir la coopération entre les deux pays) où il a signé un mémorandum d’entente:

« Le Maroc et l’Iran ont signé, lundi à Rabat,un mémorandum d’entente portant sur la mise en place d’un mécanisme de consultations politiques entre le ministère des affaires étrangères et de la coopération du royaume du Maroc et le ministère des affaires étrangères de la république islamique d’Iran. Le mémorandum d’entente, signé par le ministre des affaires étrangères et de la coopération, M. Mohamed Benaissa et le ministre iranien des affaires étrangères, M. Manouchehr Mottaki, s’inscrit dans le cadre de «  »l’approfondissement et du renforcement des liens amicaux traditionnels«  ». En vertu de ce mémorandum, les deux parties s’engagent à «  »oeuvrer en leur qualité de pays islamiques et amis pour que leurs relations soient basées sur la fraternité, l’égalité, la coopération, la confiance, le respect mutuel du droit à la souveraineté et la préservation de l’unité territoriale, ainsi que la non-ingérence dans les affaires intérieures des deux pays » ». Dans ce contexte, le mémorandum prévoit la tenue de consultations régulières entre les deux parties afin d' » »évaluer les divers aspects des relations bilatérales et échanger les vues concernant les questions régionales et internationales d’intérêt commun ainsi que sur les développements aux plans régional et international » ». Ces consultations porteront sur plusieurs domaines, en particulier politique outre la coopération économique, commerciale, scientifique, technique et culturelle. »

Ce même jour, toujours le 5 février 2007, le ministre des affaires étrangères iranien a déclaré porter « de la considération à «  »la gestion sage par le Maroc de la question du Sahara et soutient un règlement fondé sur le dialogue et la coopération de tous«  », déclarant soutenir « un règlement de la question du Sahara à travers une solution pacifique basée sur le dialogue et la négociation entre les parties concernées« . Le ministre iranien aura également rencontré le premier ministre marocain (Driss Jettou) – pour discuter l’approfondissement de la coopération économique – et les présidents des deux chambres du Parlement marocain.

Le 25 juillet 2007, le chef de l’autorité judiciaire iranienne, l’ayatollah Mahmud Hashemi Shahrudi, s’est rendu au Maroc pour une visite officielle où il aura rencontré notamment le premier ministre marocain Driss Jettou et le ministre de la justice marocain, Mohamed Bouzoubaa. Lors de cette visite, le dignitaire iranien a exprimé le soutien de son pays pour les efforts marocains en vue de résoudre le conflit du Sahara:

« The Sahara issue is an internal affair of Morocco; for us, we back Moroccan and international efforts regarding this issue »

Du 23 au 26 février 2008, le ministre du Commerce extérieur marocain Abdellatif Maâzouz s’est rendu à Téhéran dans le cadre de la commission mixte entre les deux pays, afin d’explorer les voies pour développer les relations commerciales entre les deux pays.

Le 29 juillet 2008, Taïeb Fassi Fahri, ministre des affaires étrangères, apporte un message au président iranien portant « notamment sur les relations entre le Maroc et l’Iran et sur l’importance d’un dialogue franc et ouvert sur les différentes questions qui concernent l’ensemble de la région« .

Le 29 octobre 2008, la vice-présidente iranienne Fatemeh Faiz Djavadi s’est rendue au Maroc en visite officielle où elle s’est entretenue avec le premier ministre Abbas el Fassi:

Le Premier ministre marocain a défendu et soutenu le ‎programme nucléaire civil iranien. « Tous les pays dont la RII ‎ont le droit de bénéficier du savoir-faire nucléaire à vocation ‎pacifique pour assurer leur progrès. », a estimé le Premier ‎ministre marocain, Abbas el Fassi, lors de sa rencontre avec la ‎vice-Présidente iranienne et présidente de l’Organisation pour la ‎Sauvegarde de l’Environnement, Fatemeh Vaez Javadi.

Le premier ministre a rajouté:

The Prime Minister also underlined Morocco’s constant support to the Islamic Ummah and its tireless efforts to uphold Islamic causes, said a communiqué of the Prime minister’s office.

Le 24 décembre 2008, le ministre marocain des affaires étrangères a reçu Mehdi Mostafavi, conseiller du président de la République Islamique d’Iran et président de la Ligue de la culture et des relations islamiques, à l’occasion de l’organisation de la Semaine culturelle iranienne au Maroc ayant eu lieu à Rabat à compter du 26 décembre: « Cette semaine, a-t-il précisé, permettra de renforcer les relations entre les deux pays et les deux peuples, de même qu’elle traduit une forte volonté politique des deux pays de consolider les relations bilatérales dans les tous les domaines« .

Mieux encore – le 12 février 2009, soit il y a trois semaines, l’ambassadeur iranien au Maroc faisait des déclarations sans ambiguïté sur l’intégrité territoriale marocaine:

L’ambassadeur de la République islamique d’Iran à Rabat, Wahid Al Ahmadi, a réaffirmé jeudi, que son pays maintient le gel de ses relations avec le « polisario », et ce depuis 17 ans.

Dans un entretien accordé à la MAP à l’occasion du 30e anniversaire de la révolution iranienne, M. Al Ahmadi a souligné que cette décision demeure inchangée et que son pays n’entretient aucune relation avec le « polisario ».

« Nous n’entretenons aucune relation ou lien avec le ‘polisario’« , a indiqué le diplomate iranien, ajoutant que cette position constante « émane de notre considération pour le peuple et le gouvernement du Royaume chérifien« .

Moins de deux semaines plus tard, le Maroc rappelait son ambassadeur en Iran, et après une dizaine de jours supplémentaires, le Maroc prenait l’initiative de rompre les relations diplomatiques. On peut être sûr que la position de l’Iran sur le Sahara changera en conséquence (et après vérification, en dépit des déclarations contradictoires de l’ambassadeur iranien à Alger – « M. Abyaneh dira que l’Iran a reconnu la République arabe sahraouie démocratique et reste sur cette position. On espère suite aux résolutions des Nations Unies que les discussions entre le gouvernement marocain et le Polisario vont régler ce problème » – il apparaît effectivement qu’il n’y aavait aucune représentation du Polisario en Iran – voir ici et ici, la page pertinente du site du ministère iranien des affaires étrangères n’étant pas accessible).

Autant souligner aussi que l’explication officielle marocaine de cette rupture brusque des relations diplomatiques avec l’Iran – l’atteinte au rite malékite et au rôle du Commandeur des croyants – n’a aucun commencement de vraisemblance: comment croire que ces éléments auraient brusquement surgi en moins de deux semaines, entre l’entretien officiel à la MAP – qui n’a pas pour habitude de donner la parole à des comploteurs hostiles au rite malékite et à la monarchie – de l’ambassadeur iranien et le rappel de l’ambassadeur marocain à Téhéran? Comment croire que ce « complot » présumé ait eu lieu alors même qu’une débauche d’échanges officiels de haut niveau se soit développée depuis 2005? Nous prendrait-on pour des demeurés? Et comment ne pas croire que le Maroc ait prit sa décision sur la base de critères liés au contexte moyen-oriental, Bahreïn servant de prétexte – car l’Egypte a rompu ses relations diplomatiques avec l’Iran il y a longtemps, et l’Arabie séoudite vient d’appeler il y a quelques jours les pays arabes à un front anti-iranien, et rien n’indique un changement substantiel de politique étatsunienne vis-à-vis de l’Iran. On se rappelle que le développement de la coopération entre Maroc et Iran avait valu au Maroc une volée de bois vert de la part d’opposants iraniens pro-étatsuniens (« Maroc-Iran: liaisons dangereuses » et « Maroc-Iran: suite des laisons dangereuses« ), ainsi qu’une visite du sous-secrétaire d’Etat David Welch:

Les premières réactions des think-tanks de Washington sont bien évidemment positives, et ne font bien évidemment aucune référence au prosélytisme ou au rôle du Commandeur des croyants:

Many Arab states have grown frustrated with Iran’s hard-line leadership in recent years.

Morocco’s move could be « a sign that Arab states are prepared to take a much tougher stand against Iran, » Anthony Cordesman, a Middle-East analyst at the Washington-based Center for International and Strategic Studies, said by telephone. Or at least states « not directly threatened by it. »

While small Mideast states are trying to soothe their relations with Iran because of the country’s traction around the Persian Gulf, Morocco on the Atlantic coast is far from the tensions.

« It’s almost as if we’re seeing a polarization of the Arab world, » Cordesman said.

Moderate states and U.S. allies like Morocco, Egypt or Saudi Arabia are increasingly irked by Iran’s hard-line leadership, and worried by the political clout Tehran is gaining through the successes of the Shia or even Sunni groups it backs in Iraq, Lebanon and the Gaza Strip.

Morocco’s king entertains strong ties with other Arab sovereigns, including Bahrain’s sultan, whose legitimacy was recently questioned by Iran.

Pendant ce temps, la hasbara de la presse officielle ou officieuse marocaine continue: « Le courant chiite menace la stabilité de la société marocaine et met en danger sa cohésion« . Attendez-vous à des torrents de boue ces jours-ci.

PS: le site de l’ambassade du Maroc en Iran – relativement importante, puisqu’elle comptait neuf diplomates marocains – est toujours ouvert, pour l’instant.

Des camps d’entraînement du Hezbollah au Vénézuela, en attendant ceux du Hamas en Norvège…

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La presse mainstream est souvent prévisible. Ainsi cet article, déjà daté, du Los Angeles Times « Fears of a Hezbollah presence in Venezuela« . On y décrit, sur la base exclusive de renseignements de « Western anti-terrorism officials« , « Western government terrorism expert« , « Western anti-terrorism official [speaking] on condition of anonymity« , « U.S. Treasury Department » et « Western security official« , un terrifiant complot terroriste entre Hezbollah, Iran et Vénezuela (lesdits officiels ont oublié la Bolivie et l’Equateur dans leur check-list). Parmi les lourds éléments à charge, l’existence de vols d’IranAir de Téhéran à Caracas et le fait que les douaniers vénezuéliens ne tamponnent pas tous les passeports à l’heure de la sieste. La seule preuve de l’existence de camps d’entraînement du Hezbollah en Amérique Latine est sinon une déclaration de Matthew Levitt, membre du think-tank néo-con (je sais, le terme est passé de mode) et pro-israëlien Washington Institute for Near East Policy (la liste des membres du conseil d’administration de cet institut est édifiante).

Un dossier au moins aussi solide que celui des armes de destruction massive en Irak. Et en attendant des révélations sur les camps d’entraînement du Hamas en Norvège

Les musulmans unis contre le Hamas, selon le Wall Street Journal

Dans ces jours où on est plus proche des larmes que des rires, ça fait du bien de lire des articles comme celui du Wall Street Journal – un éditorial apparemment – intitulé « Muslims Against Hamas « . Lisez-le: Moubarak et un journal étudiant iranien sont jugés représentatifs de l’opinion « musulmane » (je ne sais pas trop ce que ce terme désigne):

The Israeli newspaper Haaretz reported this week that Egyptian President Hosni Mubarak had told a visiting delegation of European foreign ministers that Hamas « must not be allowed to emerge from the fighting with the upper hand. » The comment was later relayed by the Europeans to Israeli foreign minister Tzipi Livni. 

Ce sont les mêmes journalistes/éditorialistes qui s’obstinent à accréditer la thèse d’une menace iranienne contre les pays arabes sunnites, dans une resucée complaisamment orchestrée des guerres de religion qui ne sont apparemment pas toujours condamnables – du moins quand elles profitent à Israël. Il y a quand même un petit problème: ce n’est pas l’armée iranienne qui occupe le Golan, les fermes de Chebaa ou la Palestine.

No comment

Tout commentaire étant superflu, je vous livre ceci en format brut (hat-tip Taha Balafrej):
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SM le Roi décide de ne pas assister personnellement aux sommets arabes de Doha et de Koweït

MAP Fès, 15/01/09 – Sa Majesté le Roi , que Dieu L’assiste, a décidé de n’assister personnellement ni au Sommet arabe extraordinaire proposé à Doha, et censé se pencher exclusivement sur l’agression israélienne contre Gaza, ni au Sommet arabe économique à Koweït, qui est prévu depuis quelque temps et qui est ouvert sur tous les sujets, en particulier la situation en Palestine occupée.

Un communiqué du cabinet royal indique mercredi que la Haute Décision Royale procède de motivations objectives et de considérations regrettables, face à une situation arabe affligeante ayant atteint un stade de dégradation sans précédent dans l’histoire de l’Action arabe commune.

Désormais, le simple fait d’évoquer l’idée de tenir un Sommet arabe extraordinaire suscite moult conflits et surenchères qui dégénèrent parfois en antagonismes entre pays arabes, ajoute le communiqué, soulignant qu’il est navrant que ces différends subsidiaires tendent à reléguer au second plan les causes cruciales de la Nation, notamment et au premier chef, la cause de la Palestine. De même qu’ils occultent le fond du conflit dans la région et servent du même coup les intérêts des vrais ennemis de la Nation.

Selon le communiqué, ce contexte chargé des périls de la discorde donne à l’opinion publique arabe l’impression qu’il règne une atmosphère marquée par des tentatives visant à accaparer le leadership du monde arabe ou à créer des axes ou des zones de polarisation, exercices auxquels le Maroc a toujours refusé de se prêter.

Au lieu que le différend porte sur des stratégies bien définies, il se résume, hélas, comme on le voit aujourd’hui, à des susceptibilités que n’arrivent à transcender que quelques dirigeants sages, connus pour la pondération de leurs prises de position, relève-t-il.

Mieux encore, poursuit le communiqué, certains sont allés jusqu’à réduire les Sommets arabes, malgré leur importance, à l’instant même où se tient la réunion, et au souci de paraître devant les médias, ce qui banalise l’enjeu fondamental d’un Sommet, en le réduisant à une controverse sur le lieu, la date et le thème du Sommet, en le ramenant à une arithmétique formelle concernant la qualité et le niveau de participation, et en l’amenant à s’épuiser dans des échanges d’invectives qui ne font que remuer le couteau dans la plaie.

Voilà qui donne, hélas, aux adversaires de la Nation arabe l’occasion d’affubler les rencontres arabes d’une image peu reluisante d’immaturité, d’irresponsabilité et d’affligeante futilité, image que nous ne saurions admettre pour la Nation arabe, déplore la même source, notant que quelle que soit la réalité objective et douloureuse des graves agressions externes, nous nous devons d’être francs avec nous-mêmes et de reconnaître que le problème réside dans le corps arabe lui-même et que, partant, la solution est à trouver, d’abord, chez les arabes eux-mêmes.

Et d’ajouter que si la Nation arabe ne parvient pas à trouver des solutions aux problèmes interarabes qui épuisent ses énergies, elle ne pourra, à plus forte raison, régler aucun conflit externe. Et c’est bien ce que prouve la réalité amère des positions arabes face à l’agression israélienne contre le peuple palestinien frère.

Pour la Vérité et l’Histoire, affirme le communiqué, le Maroc, qui songe avec une profonde amertume aux tenants et aux aboutissants de cette conjoncture difficile, considère que la cause palestinienne dans ce qu’elle a de sacré, l’ampleur des problèmes arabes et l’intensité des dissensions interarabes, sont autant d’éléments qui exigent que chacun de nous fasse preuve d’un sens élevé du devoir et se hisse à la hauteur de ce moment historique.

Partant, souligne le communiqué, le règlement du conflit israélo-arabe requiert l’élaboration d’une stratégie arabe bien définie, et une action rationnelle et méthodique. Il exige l’expression d’une solidarité concrète, outre la nécessité de parler d’une seule voix et l’impératif de proscrire les velléités de démembrement et de dissension, et de bannir les calculs étriqués.

Telle est la voie que le Maroc s’est constamment attaché à suivre, en se plaçant toujours à l’avant-garde de ceux qui, en toute sincérité et avec toute la sagesse et l’engagement requis, défendent la cause palestinienne et toutes les autres causes arabes justes, que ce soit du temps de feu Sa Majesté le Roi Hassan II, que Dieu perpétue sa mémoire, ou sous le règne de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu L’assiste, souligne la même source, précisant que le Maroc, à travers son Roi, son gouvernement et son peuple, continuera à apporter son soutien à la cause palestinienne, qu’il hisse, en termes de sacralité, au rang de la cause de son intégrité territoriale.

Dans ces circonstances critiques, relève-t-il, la situation dramatique qui prévaut dans la bande de Gaza, interpelle les consciences au sein de la Nation arabe et, au-delà, à l’échelle de l’humanité tout entière.

A cet égard, note le communiqué, le peuple marocain, mu par un sens de l’honneur et une fierté jamais démentis, continuera à apporter son soutien tangible à nos frères palestiniens, victimes de l’agression israélienne injuste. C’est ainsi que sur Hautes Instructions Royales, une assistance continue et multiforme est assurée via un pont aérien mis en place pour acheminer des aides humanitaires urgentes, outre l’assistance matérielle de l’Etat marocain, et les donations et autres formes de solidarité consenties volontairement par tous les Marocains.

Avec le même esprit d’engagement et de solidarité, affirme le communiqué, le Maroc poursuivra, sous la direction de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, Président du Comité Al-Qods, tous les efforts et toutes les démarches qu’il déploie à tous les niveaux, dans toutes les enceintes et sur tous les fronts, bilatéraux, régionaux et internationaux, pour parvenir à un règlement juste, durable et global du conflit israélo-arabe, et ce règlement passe nécessairement par la création d’un Etat palestinien indépendant, avec Al-Qods Al-Charif pour capitale, sur la base de l’initiative de paix arabe, et dans le cadre des résolutions de la légalité internationale qui stipulent la coexistence, dans la sécurité et la paix, des deux Etats palestinien et israélien.

Et de conclure qu’eu égard à ces considérations de base, aussi franches que sincères, le Maroc se joint à tous ses frères animés de bonne volonté, pour réitérer son adhésion forte et constante à toute action arabe commune, à tous les niveaux et dans tous les domaines.

Partant, le Royaume du Maroc participera aux travaux du Sommet arabe dont la tenue, dans l’Etat du Koweït frère, est imminente.

Une question cependant: qui sont les « vrais ennemis de la Nation« ?

Et tiens, une autre question, « des tentatives visant à accaparer le leadership du monde arabe ou à créer des axes ou des zones de polarisation, exercices auxquels le Maroc a toujours refusé de se prêter » – cela inclut-il la réunion du 9 novembre 2008, où des ministres des affaires étrangères de pays arabes inféodés aux Etats-Unis, dont bien évidemment le Maroc, ont tenté de ressusciter le spectre iranien?

Et une dernière: quels sont les contours exacts de l’“initiative ferme et résolue de la communauté internationale pour stopper la violence au Moyen-Orient« , demandée par le Roi?

Petit rappel: les articles 38 et 41 du Code de la presse sont toujours en vigueur.

Hier l’Iran…

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Le 9 novembre, c’était l’Iran:

Les Arabes font part aux Occidentaux de craintes sur l’Iran
9 nov 2008 18h11
Arshad Mohammed et Alaa Chahine

Les pays arabes modérés se sont ouverts aux Etats-Unis et à l’Union européenne de leurs inquiétudes concernant l’influence croissante de l’Iran au Moyen-Orient.

Cet échange a eu lieu à Charm el Cheikh en marge d’une réunion du “quartet” des médiateurs internationaux pour le Proche-Orient visant à faire le point du processus de paix israélo-palestinien un an après la conférence d’Annapolis.

Ont participé à la discussion sur l’Iran les ministres des Affaires étrangères d’Egypte, des Emirats arabes unis, de Bahreïn, du Maroc et de Jordanie ainsi que la secrétaire d’Etat américaine Condoleeza Rice, l’émissaire diplomatique européen Javier Solana et Bernard Kouchner, ministre français des Affaires étrangères, dont le pays préside l’UE.

Solana a déclaré aux participants que les négociations des grandes puissances avec l’Iran sur son programme nucléaire étaient “dans une impasse” et qu’il attendait une réponse de son interlocuteur iranien Saeed Jalili à sa proposition de le rencontrer à nouveau, pour la première fois depuis juillet.

Selon un participant à cet échange de vues qui souhaite garder l’anonymat, le chef de la diplomatie jordanienne a surpris par sa vigueur en soulignant que, si le dossier du nucléaire iranien était devenu un problème pour les Occidentaux, “la quête hégémonique de l’Iran” dans la région constituait depuis longtemps aux yeux des Arabes la véritable “crise“. (…)

Selon le même participant, Solana et Kouchner ont semblé surpris de la franchise et de la véhémence des ministres arabes dans la formulation de leurs griefs.

Un responsable américain a pour sa part déclaré que Rice avait pris note de la crainte de la part des pays arabes modérés que l’Occident, et particulièrement les Européens, négligent leurs préoccupations face aux appétits régionaux prêtés à l’Iran chiite.

Le 31 décembre, alors que la presse ne semble pas faire état de la présence d’éléments d’artillerie, d’aviation ou de marine iraniens aux alentours de Gaza:

Gaza : Mohamed VI pour une « initiative »
AFP 31/12/2008 | Mise à jour : 11:40

Le roi Mohammed VI du Maroc s’est déclaré aujourd’hui en faveur d’une « initiative ferme et résolue » de la communauté internationale pour stopper la violence au Moyen-Orient.

« La région du Moyen-Orient (…) a tant besoin d’une initiative ferme et résolue de la part de la communauté internationale pour arrêter l’engrenage de la violence et l’effusion de sang« , a notamment écrit Mohammed VI dans des messages adressés aux chefs d’Etats des « pays amis » à l’occasion du nouvel an, selon l’agence marocaine Map.

Une « conjoncture internationale délicate » accompagne l’avènement de 2009, a ajouté le roi qui a souhaité voir surgir une « citoyenneté universelle« .

Cette citoyenneté devrait « assurer la dignité et la justice pour tous, dans le cadre du dialogue, de la coexistence et du respect des différentes religions et civilisations« , a-t-il souligné.

Mohammed VI a par ailleurs appelé à « l’édification d’un nouvel ordre international qui rejette les horreurs des conflits et des guerres et récuse le terrorisme, le fanatisme, la pauvreté, le sous-développement, l’exclusion et la marginalisation« .

Samedi, le Maroc avait condamné les raids israéliens sur la bande de Gaza et appelé à « l’arrêt immédiat des hostilités » et à la « poursuite du dialogue » entre toutes les parties concernées.

Pendant ce temps, les affaires sérieuses continuent: « While Israel fights in Gaza, Egypt and Saudi Arabia take on Iran« . L’assez amusante obsession anti-iranienne des alliés arabes d’Israël demanderait des développements que je ne peux faire pour l’instant.

On notera cependant l’impressionante déconnexion entre les dirigeants arabes et leurs peuples – il y a (presque) toujours une déconnexion entre les élites dirigeantes et leurs populations surtout en matière de politique étrangère (on peut le constater dans les pays européens pro-étatsuniens, où la population est généralement beaucoup moins enthousiaste que ne le sont leurs dirigeants à l’idée de participer à l’invasion et au bombardement de pays musulmans lointains), mais dans les pays arabes elle est vertigineuse.

Je m’en voudrais de vous dissimuler le contenu des dernières conversations de Bush: pour Abou Mazen et Bush, c’est au Hamas qu’il incombe principalement de respecter un hypothétique cessez-le-feu – « They agreed that for any ceasefire to be effective, it must be respected, particularly by Hamas« . Je ne comprends pas finalement ce qu’on reprochait à Antoine Lahad, le pacha Glaoui ou le bachaga Boualem

De Pékin à Téhéran, en regardant vers Jérusalem: la singulière conversion à l’islamisme des « Maos du Fatah »

Sur l’excellent site bilingue Religioscope, une nouvelle étude passionante du chercheur Nicolas Dot-Pouillard intitulée « De Pékin à Téhéran, en regardant vers Jérusalem: la singulière conversion à l’islamisme des « Maos du Fatah »« . Extraits:

« Khomeyni est notre Imam, notre chef, le dirigeant de tous les moujahidins, nous serons deux peuples en un seul, deux révolutions en une seule et chaque fedaï, chaque moujahid, chaque révolutionnaire iranien sera l’ambassadeur de la Palestine en Iran. Nous avons libéré l’Iran, nous libérerons la Palestine. Nous continuerons nos efforts jusqu’au moment où nous aurons vaincu l’impérialisme et le sionisme ; le combat mené contre le Shah par les Iraniens est identique à celui des Palestiniens contre Israël. »

Les paroles prononcées par Yasser Arafat en 1979 à l’occasion d’un voyage en Iran pourraient choquer l’oreille peu avertie. Celle qui entend les champs politiques palestiniens et libanais, et a fortiori moyen-orientaux, comme le lieu d’une lutte acharnée entre un intégrisme religieux « islamique » et des idéologies laïques « progressistes ». La césure, si césure il y a, n’est pas là, et l’a rarement été. Si rencontres il y a eu, rencontres parfois passionnées, en forme « d’affinités électives », entre le Mouvement national palestinien, certains mouvements de gauche libanais, et la Révolution iranienne, c’est bien que le positionnement stratégique et les lignes de démarcation politiques et idéologiques se situent autre part. La centralité du conflit israélo-palestinien, l’effet centrifuge de la question palestinienne, et la persistance de la question nationale et des logiques tiers-mondistes dans la région moyen-orientale, ont toujours appelé à de singuliers passages politiques transversaux, au sein desquels les frontières entre le nationalisme séculier et l’islam politique sont singulièrement brouillées, ou pour le moins complexes.

Plus loin:

Lorsqu’au dix-neuvième siècle, il y a eu l’invasion coloniale de l’Algérie, dans la résistance, il n’y a pas eu de distinction entre la résistance au nom de l’islam, et le combat national. C’était une lutte nationale contre l’occupation, une résistance nationale, motivée à la fois par des considérations nationales et islamiques. Durant les luttes de libération nationale, pour la libération nationale, au vingtième siècle, il n’y avait pas de distinction, les leaders des luttes de libération était à la fois des leaders nationalistes, musulmans, et avaient une dimension de leaders populaires, défendant la justice, c’est le cas de Mustapha Kamal en Égypte, Allal al-Fassi au Maroc, Hajj Amin al-Husseini en Palestine, Ben Badis en Algérie, l’Émir ‘abd al-Kader en Algérie, tous ces dirigeants étaient des dirigeants nationalistes et musulmans. Il n’y avait pas de distinction pour eux entre le nationalisme et l’islam. La différenciation a commencé à s’opérer à partir des indépendances, durant les années 1950 et 1960.

Mais dans l’histoire islamique, toutes les résistances contre l’oppression interne, ou les régimes despotiques, se sont référé à l’islam pour combattre l’oppression. C’est ce qu’ont remarqué Marx, Engels, ou Maxime Rodinson, lorsqu’ils ont étudié l’histoire de certaines sociétés islamiques. Lorsque Engels a écrit un texte sur le mouvement mahdiste au Soudan, il a bien constaté qu’à chaque fois qu’un état ou qu’un
pouvoir musulman devenait despotique et commençait à dégénérer, des tribus, ou certains secteurs de la population, se rebellaient contre le pouvoir en place, au nom d’une certaine conception de la justice, et en réclamant un retour aux sources, à l’application de la charia, à des lois justes. Et Engels remarquait qu’à chaque siècle, il y avait des
mouvements populaires au nom de l’islam, des révoltes d’inspiration religieuse, contre l’oppression interne. Évidemment, le mouvement mahdiste au Soudan n’était pas seulement un mouvement contre
l’oppression interne, mais aussi contre les Britanniques. Engels avait remarqué cela. Et cela était également à la base de la pensée d’Ibn Khaldoun : à chaque fois qu’un pouvoir musulman s’éloignait de ses principes, une révolte arrivait contre cela, au nom de l’islam.

Il aurait également fallu citer, dans le cas du Maroc, Abdelkrim el Khattabi, dont je suis en train d’achever la passionnante biographie que lui a consacré la journaliste Zakya Daoud.

Israel and the « moderate » Arab countries, or with enemies like these who needs friends?

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Lu dans une dépêche d’agence, que je reprends ici dans son intégralité, Yahoo ne conservant pas d’archives des dépêches publiées. Le lecteur attentif notera que le Maroc faisait partie du groupe d’Etats arabes « modérés« … Je me demande ce que Si Taïeb a bien pu dire – le Maroc redoute-t-il les ayatollahs duodécimains d’Alger et de Tindouf? Une offensive généralisée et sans concession contre le zawaj muta’a? Moulay Hicham, Ali Lmrabet et Bob Ménard ont-ils été identifiés du côté de Qom?

Je vous laisse à vos méditations:

Les Arabes font part aux Occidentaux de craintes sur l’Iran
9 nov 2008 18h11
Arshad Mohammed et Alaa Chahine

Les pays arabes modérés se sont ouverts aux Etats-Unis et à l’Union européenne de leurs inquiétudes concernant l’influence croissante de l’Iran au Moyen-Orient.

Cet échange a eu lieu à Charm el Cheikh en marge d’une réunion du « quartet » des médiateurs internationaux pour le Proche-Orient visant à faire le point du processus de paix israélo-palestinien un an après la conférence d’Annapolis.

Ont participé à la discussion sur l’Iran les ministres des Affaires étrangères d’Egypte, des Emirats arabes unis, de Bahreïn, du Maroc et de Jordanie ainsi que la secrétaire d’Etat américaine Condoleeza Rice, l’émissaire diplomatique européen Javier Solana et Bernard Kouchner, ministre français des Affaires étrangères, dont le pays préside l’UE.

Solana a déclaré aux participants que les négociations des grandes puissances avec l’Iran sur son programme nucléaire étaient « dans une impasse » et qu’il attendait une réponse de son interlocuteur iranien Saeed Jalili à sa proposition de le rencontrer à nouveau, pour la première fois depuis juillet.

Selon un participant à cet échange de vues qui souhaite garder l’anonymat, le chef de la diplomatie jordanienne a surpris par sa vigueur en soulignant que, si le dossier du nucléaire iranien était devenu un problème pour les Occidentaux, « la quête hégémonique de l’Iran » dans la région constituait depuis longtemps aux yeux des Arabes la véritable « crise« .

Il a notamment dénoncé l’accroissement de l’influence du régime théocratique de Téhéran en Irak, au Liban, en Syrie et auprès de groupes radicaux palestiniens comme le Hamas, qui contrôle la bande de Gaza.

LE MINISTRE RUSSE ABSENT

Selon le même participant, Solana et Kouchner ont semblé surpris de la franchise et de la véhémence des ministres arabes dans la formulation de leurs griefs.

Un responsable américain a pour sa part déclaré que Rice avait pris note de la crainte de la part des pays arabes modérés que l’Occident, et particulièrement les Européens, négligent leurs préoccupations face aux appétits régionaux prêtés à l’Iran chiite.

Selon Solana, cette réunion avec les ministres arabes s’est tenue à leur propre demande à la faveur de la présence dans la station balnéaire égyptienne de la mer Rouge des membres occidentaux du « quartet » de médiateurs pour le Proche-Orient.

Celui-ci est composé des Etats-Unis, de l’Union européenne, de la Russie et des Nations unies. Mais le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, qui participé à la réunion du « quartet » n’a pas pris part à celle avec les ministres arabes.

Face à Téhéran, Solana représente six puissances – France, Etats-Unis, Grande-Bretagne, Allemagne, Chine et Russie – qui pressent l’Iran de cesser ses activités nucléaires sensibles sous peine de nouvelles sanctions, auxquelles Pékin et Moscou se montrent toutefois réticents.

Lors de sa première conférence de presse depuis son élection à la présidence américaine, Barack Obama a jugé vendredi « inacceptable » la mise au point éventuelle par l’Iran de l’arme nucléaire et exhorté la communauté internationale à l’empêcher.

Le président du parlement iranien, Ali Larijani, lui a répondu en l’invitant à « un changement changement fondamental » d’attitude, soulignant que « réitérer les objections au programme nucléaire iranien serait accomplir un pas dans la mauvaise direction« .

Lors de sa campagne électorale Obama n’a pas exclu de discuter directement avec les dirigeants iraniens, y compris du dossier nucléaire.

Version française Marc Delteil

Obamania: no disrespect, but some people really need to get a grip

Inoubliable! Extraordinaire! Fantastique! Historique! Inouï! Irréel! Génial! Super! Flippant! Renversant! Kennedy! Martin Luther King! Roosevelt! Brad Pitt! George Clooney! Angelina Jolie! Eva Longoria! Broadway! Hollywood! Starbucks! Apple! Desperate Housewives! Prison Break! Tommy Hilfiger! Nike! Don de Lillo! Richard Brautigan! Kurt Vonnegut! Martin Scorcese! The Coen brothers! Woody Allen! Tim Robbins! Susan Sarandon! Jon Stewart! David Letterman! Edward Hopper! Norman Rockwell! The Doors! Velvet Underground! Andy Warhol! Bill of Rights! Jim Crow! Barack Obama!

C’est fascinant comment l’image parvient à balayer la substance.
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En attendant, en quittant Disneyland on peut lire ceci:

Premièrement, le futur chief of staff d’Obama à la Maison Blanche sera probablement Rahm Emanuel, membre de la Chambre des représentants et fils d’un terroriste israëlien:

All are the sons of an Israeli father, now a 70-year-old Chicago pediatrician, who passed secret codes for Menachem Begin’s underground, Iregun

Le même, surnommé Rahm-bo, et qui a la nationalité israëlienne, a servi dans l’armée israëlienne en tant que volontaire, lors de la deuxième guerre du Golfe (1991):

Emanuel’s father, Benjamin, is an Israeli-born doctor. His mother, Martha, is an American Jew who works for a Chicago civil rights organization. As a child, Emanuel received a Jewish education at a conservative school and spoke Hebrew with his father at home.

When Bill Clinton began his campaign for presidency, he appointed Rahm Emanuel to direct the campaign’s finance committee. But Emanuel left when the Gulf War broke out, in order to volunteer in the IDF.

He served in one of Israel’s northern bases until the war ended, and upon his return to the US became Clinton’s advisor in the White House for almost eight years.

Même un bloggeur démocrate aussi modéré que Steve Clemons (son blog est l’excellent The Washington Note) s’inquiète, faisant – déjà! – un parallèle avec la désastreuse politique cubaine de celui qu’on présente comme le modèle historique d’Obama, JFK:

My greatest fear about Emanuel is that he might perpetuate a « false choice » orientation towards Israel in Middle East affairs that he’s going to have to compensate for and get under control. There are no rational alternatives in the Middle East than actually delivering on a Palestinian state and finally putting the Middle East peace business out of business.

Emanuel needs to prove his judiciousness by not preempting serious progress in Israel/Palestine affairs and not encouraging Barack Obama to make the mistake of trying to define his presidency by exploiting some national security conflict. There are downsides to the JFK comparison.

Ne croyez pas que ce sont là les peurs irraisonnées d’islamo-gauchiste-antisioniste-donc-antisémite (attention, ironie) – ce que je crains, le National Jewish Democratic Council l’espère:

President-elect Barack Obama made an outstanding selection in choosing Representative Rahm Emanuel to serve as his Chief of Staff. Emanuel has been a forceful and effective leader within the Democratic Party. His voting record and leadership in support of the U.S.-Israel relationship are outstanding.

Emanuel has deep Jewish roots and strong ties to the Jewish community. Emanuel, the son of an Israeli immigrant, has a proven commitment to Israel’s security and served as civilian volunteer on an Israeli military base during the Persian Gulf War of 1991.

We congratulate Emanuel and look forward to continuing to work with Emanuel in his new role in the Obama administration.

Pour couronner le tout, citons la délicate déclaration de son père au journal israëlien Maariv, au sujet de la nomination de son fils:

In an interview with Ma’ariv, Emanuel’s father, Dr. Benjamin Emanuel, said he was convinced that his son’s appointment would be good for Israel. « Obviously he will influence the president to be pro-Israel, » he was quoted as saying. « Why wouldn’t he be? What is he, an Arab? He’s not going to clean the floors of the White House. »

Deuxièmement, jetons un coup d’oeil aux arguments de certains de ceux ayant fait campagne pour lui – lisez par exemple un article dans lequel Obama est présenté comme « le meilleur choix pour Israël« :

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Even if the candidates’ positions on Israel were my sole criteria for voting, however, I would still vote for Obama. Here’s why. (…)

Obama’s team of Mideast advisers includes former Mideast peace coordinator Dennis Ross, former Ambassador to Israel Dan Kurtzer (1), and Dan Shapiro, a former National Security Council official. These individuals have impeccable pro-Israel credentials, are longtime supporters of US engagement in Arab-Israeli peacemaking, and will likely have important roles in an Obama administration. (…)

While McCain undoubtedly views himself as a stalwart supporter of Israel, Obama’s stated agenda is likely to yield better results for the Jewish state.

Parmi les autres supporters d’Israël, on trouve le primus inter pares des lobbyistes pro-israëliens de Washington, Martin Indyk, ancien responsable d’AIPAC et fondateur de WINEP, et – quel indice sur le poids politique d’AIPAC… – ancien ambassadeur des Etats-Unis à Tel Aviv, avec les opinions qui vont avec. De passage en Israël avant les élections, il a déclaré (voir ce clip) de manière assez maladroite que « the Jews will be important to his victory » – Shmuel Rosner, le bloggeur caricaturalement sectaire de Haaretz, est allé plus loin encore:

I asked about the American Israel Public Affairs Committee (AIPAC) convention in March and was told that he will speak there too, but wants to have another speech sooner. Obama doesn’t want to wait such a long time – not when he is running a campaign in which he will need the support of many people who care deeply about Israel. (Oh, let’s just say it: Jewish voters are major donors to the Democratic Party and its nominees).

Ces espoirs, quoique maladroitement formulés, se sont apparemment réalisés, les électeurs juifs ayant massivement voté pour Obama, comme ils le font pour tout candidat démocrate à la présidence.

Par ailleurs, le Parti républicain et plus particulièrement le Republican Jewish Coalition avait dénoncé Obama comme entouré de conseillers « pro-palestiniens, anti-Israël et même anti-américains« , attirant la réponse suivante d’un porte-parole du National Jewish Democratic Council:

At last week’s National Jewish Democratic Council Washington Conference, former congressman and Obama campaign adviser Mel Levine charged that the RJC is « weakening Israel » and damaging the tradition of bipartisan support for the Jewish state with such advertisements.

« They are denigrating strong friends of Israel, starting with Barack Obama, » said Levine. « They are interested in tearing apart someone for purely partisan reasons. It is very harmful to Israel. »

On retrouve également Edgar Bronfman Sr, ancien président du World Jewish Congress, qu’il quitta en 2007 après des affaires de sous et de népotisme, et qui appella à voter pour Obama au nom d’Israël:

Among Jewish voters, some feel the basic question is which candidate will act in the best interest of Israel. The answer is Barack Obama. As an American Jew who loves Israel, I cannot support John McCain.

La presse israëlienne ne s’inquiète pas outre mesure du nouveau président, par exemple Haaretz:

Barak Obama’s welfare should be particularly important to Israel and not just because of the special relations between the two countries.

If we go by the unwritten rule that says that a president’s choice of advisers define his policies, it’s safe to assume that Obama will not abandon Israel.

I’ve had the pleasure of meeting two of his senior advisors: former U.S. Ambassador to Israel, Daniel Kurtzer and his strategic advisor Dan Shapiro. Both of these men are Jewish supporters of Israel and promoters of peace, and they believe that the future of Israel depends on the establishment of a Palestinian state.

With a second term already in focus, the new Democrat president does not want to disappoint the small but active Jewish-American community that has given him such comprehensive support throughout his entire campaign.

Troisièmement, Dennis Ross, sioniste sans concession et quelque peu exalté, « viscéralement anti-Iran« , est présenté comme un possible ministre –voire vice-ministre – des affaires étrangères (Secretary of State) d’Obama, ou envoyé spécial d’Obama au Moyen-Orient. Il est en tout cas le principal conseiller d’Obama sur le Moyen-Orient et tout particulièrement sur l’Iran, et il est un membre du think-tank néo-con et pro-israëlien WINEP et ancien protégé de Paul Wolfowitz – il commenca sa carrière dans l’administration Reagan. Il ne déclenche pas l’enthousiasme des foules en dehors de la cabale à laquelle il appartient – Clinton dût l’écarter lors des désastreuses négociations de Camp David entre Barak et Arafat, tant sa passion pro-israëlienne entravait les négociations:

But Ross’s record as a Mideast peacemaker during the Clinton years, longtime association with hawkish political factions, and track record promoting a hard line vis-à-vis Israel’s Arab neighbours have spurred concern that he would be a less-than-ideal pick for a Middle East portfolio in an Obama administration, which many presume he will be offered.

Même des commentateurs favorables à Israël s’en rendent compte:

For when you get down to it, the peace-process team under two US presidents was composed of three talented individuals, all Jews, and all liberal Zionists.

Now we know — from Kurtzer and from Miller, two-thirds of the trio — that America, Israel, and the Palestinians would have been better served by a more diverse team.

Apparently, Dennis Ross, whose failure was spectacular, still doesn’t get it.

Pour l’instant, il semble s’intéresser moins à la question israëlo-palestinienne qu’à l’Iran, conformément à la priorité de ses amis du gouvernement israëlien – encore que ces derniers semblent avoir un accès subit de réalisme ces derniers temps: il a ainsi co-signé un rapport récent du WINEP sur la prétendue menace nucléaire iranienne:

Ross’s close association with neoconservatives has deepened over the years, becoming especially pronounced in the wake of the 9/11 terrorist attacks. Ross served as the co-convenor of WINEP’s Presidential Task Force on the Future of US-Israel Relations, which issued the June 2008 report “Strengthening the Partnership: How to Deepen US-Israel Cooperation on the Iranian Nuclear Challenge”.

The report was signed by a number of former Democratic and Republican policy-makers, as well as by several neoconservatives, including former CIA director James Woolsey and Vin Weber, a former Republican congressman who co-founded the rightist pressure group Empower America.

Interestingly, several other advisers to the Obama campaign added their names to the document — Anthony Lake, Susan Rice, and Richard Clarke. Ross also helped produce the 2008 report “Meeting the Challenge: US Policy Toward Iranian Nuclear Development”, which was published by a study group convened by the Bipartisan Policy Centre, a group led by several former legislators.

The lead drafter of the report was AEI’s Michael Rubin, an outspoken proponent of US military intervention in the Middle East. Other participants included hawkish arms control analyst Henry Sokolski; Michael Makovsky, a former aide to Douglas Feith; Stephen Rademaker, who worked under former UN Ambassador John Bolton in the State Department; and the neoconservative Hudson Institute director, Kenneth Weinstein.

The report argues that despite Iran’s assurances to the contrary, its nuclear programme aims to develop nuclear weapons and is thus a threat to “US and global security, regional stability, and the international nonproliferation regime,” a conclusion that stands in contrast to the CIA’s November 2007 National Intelligence Estimate, which found that Iran had ceased its nuclear weapons programme.

(…) Calling the report a “roadmap to war”, Inter Press Service’s Jim Lobe writes, “In other words, if Tehran is not eventually prepared to permanently abandon its enrichment of uranium on its own soil —a position that is certain to be rejected by Iran ab initio — war becomes inevitable, and all intermediate steps, even including direct talks if the new president chooses to pursue them, will amount to going through the motions…What is a top Obama adviser [Dennis Ross] doing signing on to it?”

Dennis Ross était favorable à la guerre en Irak, et aurait envisagé un moment de travailler pour le président Bush par ressentiment envers Arafat:

After he left government, the 59-year-old diplomat headed up a hawkish pro-Israel think tank in Washington, and signed on as a Fox News foreign affairs analyst. A former colleague, Dan Kurtzer (an Orthodox Jew and former U.S. ambassador to Israel who also supports Obama), published a think-tank monograph containing anonymous complaints from Arab and American negotiators saying Ross was seen as biased towards Israel and not « an honest broker ». Ross has been hawkish on Iran, but he agrees with Obama’s pledge to start talks. « We need to work hard to stop Iran from becoming a nuclear state, » Ross says, « but the Bush approach isn’t working. »

Still, it is somewhat surprising to see Ross emerge as an official member of Obama’s team. (Neither Ross nor the campaign would comment on his role in the still-unannounced trip, but several sources in the campaign confirmed details for TIME.). When Ross left the State department in 2000, he was so critical of Yasser Arafat that some friends thought he was considering working for George W. Bush, who cut ties with the late Palestinian leader. « At the beginning of the Administration he hadn’t excluded the possibility of working for a Republican again, » says one. Ross supported the Iraq war, though he opposed some of the Bush Administration’s policies for post-war reconstruction.

Quatrièmement, les groupies d’Obama peuvent également méditer la position de ce dernier sur le dossier palestinien, et plus particulièrement sur le statut de Jérusalem/Al Qods – en clair, Jérusalem-Est, la partie de la ville occupée par Israël en 1967. Pour ceux qui l’ignorent, Jérusalem-Est a été annexé par israël, contrairement au reste des territoires occupés en 1967, qui a fait de la Jérusalem réunifiée la capitale ‘éternelle » d’Israël. A ma connaissance, plus aucun pays n’a son ambassade en Israël à Jérusalem, depuis le retour à Tel-Aviv des ambassades du Costa Rica et de l’El Salvador en 2006. Aux Etats-Unis, la position officielle, au-delà des discours de circonstance, est également que Jérusalem-Est constitue un territoire occupé, d’où le refus présidentiel sous tous les récents présidents étatsuniens, Bush jr. compris, de mettre en oeuvre la loi de 1995 passée par le Congrès et ordonnant le déménagement de l’ambassade des Etats-Unis en Israël de Tel Aviv à Jérusalem – cette possibilité laissée au président est prévue par la loi.

Récemment, lors de l’obligatoire séjour en Israël de tout candidat sérieux à la présidentielle, Obama avait causé un certain fracas en se déclarant sans ambages pour l’unité de Jérusalem – sous occupation israëlienne, il va sans dire – adoptant là une position débordant Bush sur sa droite. Il avait par la suite dû tenter de revenir en arrière assez maladroitement, disant qu’il voulait simplement dire que Jérusalem ne devrait pas être divisée par des barbelés et des checkpoints comme entre 1948 et 1967, et reconnaissant que la question devrait de toute façon être tranchée par les négociations finales israëlo-palestiniennes. La question a continué à le hanter, puisqu’un article récent, paru quelques jours avant ce mardi 4 novembre dans la presse libanaise, avait fait état d’assurances d’Obama à Abou Mazen sur la reconnaissance d’un Etat palestinien souverain, y compris sur Jérusalem-Est – mais Dennis Ross a très fermement nié tant la promesse relative à un Etat palestinien souverain, ce qui est en retrait avec la position officielle étatsunienne depuis Bush (eh oui, c’est le premier président étatsunien en exercice à se prononcer pour un Etat palestinien souverain, même si personne n’a autant que lui empêché cette politique officielle de se réaliser), que celle relative à Jérusalem-Est: 

Obama camp denies Jerusalem promised to Abbas

Dennis Ross vehemently denies report by Lebanese newspaper saying Democratic presidential hopeful told Abbas, Fayyad he would support their right to stable sovereign state. Senior Abbas aide also says report ‘completely unfounded’
Roee Nahmias Published: 11.04.08, 11:59

The Palestinian Authority has refrained from officially declaring its support for one of the US presidential hopefuls, claiming this was an « internal American issue », but a Lebanese newspaper reported Tuesday that Palestinian leaders in the West Bank are hoping for Democrat Barack Obama’s victory.

Sources in Ramallah told the al-Akhbar daily that Palestinian President Mahmoud Abbas and Prime Minister Salam Fayyad are expecting Obama to win, « despite his leaning towards Israel, » which they said was aimed at gaining the support of the Israel and the Jewish lobby in the United States.

The sources said that during a recent meeting with Obama, the two Palestinian leaders « heard the best things they ever heard from an American president. »

According to the report, the Democratic senator told Abbas and Fayyad that he « supports the rights of the Palestinians to east Jerusalem, as well as their right to a stable, sovereign state », but asked them to keep the remarks a secret.

Dennis Ross, a key advisor to Obama on foreign policy, denied the report outright. « As someone who was present in Senator Obama’s meeting with the Palestinian leadership, I can state definitively that there were no secret commitments made, and no discussion of Jerusalem whatsoever. This report is false,” his statement said.

Cinquièmement: quant à Barack Obama lui-même, la campagne arabophobe lancée par Mc Cain au sujet de son amitié relative avec le professeur étatsuno-palestinien Rashid Khalidi, lui fera passer l’envie d’organiser des soirées thématiques sur la poésie palestinienne une fois installé à la Maison Blanche, comme l’écrit joliment un reporter de Time:

Will Palestinians have a « friend » in the White House if Barack Obama is elected president on Tuesday? Many supporters of the Palestinians think so or at least hope so. My advice to them: Don’t hold your breath. Get too close to a Palestinian, or voice too much sympathy for his cause, it seems, and you’re apt to be smeared as someone who is little better than a terrorist yourself. If you’re an American politician whose middle name is Hussein, you really could be in for a hard time. (…)

But don’t expect Barack and Michelle to host any Palestinian poetry readings at the White House. If they do, I doubt they’ll let anybody videotape it. I hope the Khalidis at least get a dinner invitation from the First Family out of it. Obama’s been freeloading off Rashid and Mona long enough now.

Et pour casser définitivement l’ambiance, je vous propose quelques extraits des discours prononcés par Barack Obama devant AIPAC en 2007 et 2008:

That effort begins with a clear and strong commitment to the security of Israel, our strongest ally in the region and its only established democracy. That has been my starting point and that always will be my starting point. (…) At the same time, we must preserve our total commitment to our unique defense relationship with Israel by fully funding military assistance and continuing work on the Arrow and related missile defense programs.
(…) We should all be concerned about the agreement negotiated among the Palestinians in Mecca last month. All of us are glad that the shootings have lessened. On the other hand, the reports of this agreement suggest that Hamas, Fatah, and independent ministers would sit in a government together, under a Hamas prime minister, without any recognition of Israel, without any renunciation of violence, and with only an ambiguous promise to respect previous agreements is not good enough.
It should concern — It should concern us because it suggests that Mahmoud Abbas, who is a Palestinian leader who I have met with and who I believe is committed to peace, continues to feel forced to compromise with Hamas. If we are serious about the Quartet’s conditions, we must tell the Palestinians and Mr. Abbas that he has to do better.(2007)

I want you to know that today I’ll be speaking from my heart, and as a true friend of Israel. And I know that when I visit with AIPAC, I am among friends. Good friends. Friends who share my strong commitment to make sure that the bond between the United States and Israel is unbreakable today, tomorrow, and forever. (…)
Our alliance is based on shared interests and shared values. Those who threaten Israel threaten us. Israel has always faced these threats on the front lines. And I will bring to the White House an unshakeable commitment to Israel’s security.
That starts with ensuring Israel’s qualitative military advantage. I will ensure that Israel can defend itself from any threat – from Gaza to Tehran. Defense cooperation between the United States and Israel is a model of success, and must be deepened. As President, I will implement a Memorandum of Understanding that provides $30 billion in assistance to Israel over the next decade – investments to Israel’s security that will not be tied to any other nation. (…)
Let me be clear. Israel’s security is sacrosanct. It is non-negotiable.
(2008)

Quelques infos supplémentaires sur Obama et les élections:
– on le savait, notamment via Chomsky, mais l’opinion étatsunienne est plus à gauche que ne l’est sa caste politico-médiatique – « The Progressive Majority: Why a Conservative America is a Myth« , une étude chez Media Matters, sondages d’opinion à l’appui, le confirme;
– The New Republic cite la liste des trente collaborateurs d’Obama qui devraient avoir le plus grand rôle -on y relevera notamment le général Petraeus et l’absence de Dennis Ross…
– Newsweek consacre une série de longs articles sur les coulisses de la campagne – passionnant!
– Bakchich, via son correspondant Doug Ireland, souligne le centrisme d’Obama et son inféodation – « obscène » – aux intérêts économiques qui ont si généreusement financé sa campagne électorale;

D’autres réactions à l’élection de Barack Hussein Obama me paraissent pertinentes:

– Nidal (Loubnan ya Loubnan) relève la lettre ouverte du candidat malheureux Ralph Nader au nouveau président, qui est très dure – j’y reviendrai;

– ainsi Lalla Fatma M’msemer, chez les Indigènes de la République:

Pourquoi, alors que nous savons qu’Obama prendra soin de défendre le système américain, construit sur la destruction des Indiens, l’esclavage des Noirs, le pillage incessant de l’Afrique, avons-nous pourtant le sentiment qu’il représente cette même Afrique dévastée par les impérialismes ? Qu’est-ce qui nous brûle la bouche au point de détourner pudiquement nos regards de ce champ de bataille que ne cesse d’être l’Afrique où s’affrontent les puissances américaines, européennes et chinoises ? Comment notre cerveau peut-il faire abstraction de ces fleuves de sang qui vont continuer de couler chez nous en Amérique latine, chez nous dans le monde arabo-musulman, chez nous dans notre terre ancestrale, de l’autre côté de la Méditerranée ?

La réponse est douloureuse : nous sommes fascinés par cette puissance même qui nous a soumis et nous réclamons notre part de cette puissance. Nous sommes fascinés par le G8, nous sommes fascinés par le Conseil de sécurité, par leur modernité et donc par celui qui va l’incarner pour nous. Obama président des States, c’est moi, c’est toi qui dirige le monde. Désormais, on fait partie de la race des seigneurs. Cet état de fait est au cœur de notre impuissance à nous libérer de la suprématie occidentale. Elle est constitutive de ce que nous sommes, nous la protégeons. Nous sommes ses sentinelles.
(…)
Une à qui on ne la fait pas, c’est Angela Davis : « Quand l’intégration de personnes noires dans l’appareil d’oppression a pour but de rendre cette oppression plus efficace, cela ne représente en aucune façon un progrès. Nous avons plus de Noirs dans des postes de pouvoirs prestigieux. Mais du même coup nous avons plus de Noirs qui se sont retrouvés poussés tout en bas de l’échelle. Quand la population demande que la justice et l’égalité passent par la diversité ethnique, c’est bien. Mais il y a une façon d’envisager la diversité qui rappelle l’adage selon lequel « pour que rien ne change, il faut accepter que tout change ». »

– le Bougnoulosophe – son billet, « De quoi Obama est-il le nom?« , doit être lu dans son intégralité, mais vvoici quand même quelques extraits:

D’un millénarisme européen aussi tartuffe que superficielle, car en Europe Mamadou ne pourrait pas même devenir le chef de service de tous ces obomaniaques hystériques, pas même au cinéma… D’un millénarisme qui se fonde sur l’espoir, alors que l’espoir n’est pas une catégorie politique… De la nouvelle ère et des lendemains qui chantent qui ne passeront pas l’hiver… D’une communion universelle et d’une parousie sous les auspices de Benetton… Du constat que l’homo democaticus est un être qui veut croire…

– As’ad Abu Khalil, a.k.a. The Angry Arab, ne déçoit pas:

Remember me: Obama bashing begins here. (…) Those who supported Obama: you will be disappointed and you will remember my caution. Remember me when Obama will endorse an Israeli war on a refugee camp and on a Lebanese village, and he will call that justified self-defense. Remember me when Obama will mourn the deaths of Israelis and will celebrate the deaths of Arabs and Muslims. Remember me when he orders his first bombing campaign on some remote area of Pakistan. Remember me when he betrays the poor in favor of Wall Street. Remember me when he will betray the aspirations of black people in favor of the white middle class that is now the headline of the Democratic Party. Remember me when Obama will not fight for his health reform plan, and will he not deliver on many of his promises. Remember me when Obama will stick to his campaign promise of opposing gay marriage. Remember me when when Obama will continue to blame the failure of the American occupation of Iraq on the Iraqi people themselves. On Angry Arab: the Obama bashing has just begun and will continue unabated.

– Mike Davis, historien et militant socialiste, via Lenin’s Tomb (sa conclusion, par contre, sur la nécessité du socialisme, pfff…):

The Republicans now know what 1968 was like for the Democrats. Blue victories in formerly bedrock Red suburbs are stunning invasions of the enemy’s electoral heartland, comparable to George Wallace’s and Richard Nixon’s victories more than a generation ago in Northern ethnic-white, CIO neighborhoods. Meanwhile, the desperate marriage-in-hell of Palin and McCain warns of the imminent divorce of mega-church faithful and the country-club sinners. The Bush coalition built by Karl Rove’s thuggish genius is breaking up.

More importantly, tens of millions of voters have reversed the verdict of 1968: this time choosing economic solidarity over racial division. Indeed, this election has been a virtual plebiscite on the future of class-consciousness in the United States, and the vote–thanks especially to working women–is an extraordinary vindication of progressive hopes.

But not the Democratic candidate, about whom we should not harbor any illusions. Although the economic crisis as well as the particular dynamics of campaigning in industrial swing states finally drove Obama to emphasize jobs, his « socialism » has been far too polite to acknowledge vast public anger about the criminal bailout or even to criticize big oil (as has off-and-on populist McCain).

– Alexander Cockburn, de Counterpunch, interviewe Ralph Nader qui souligne que la nomination de Rahm Emanuel est un retour aux plus mauvais côtés des années Clinton – le virage néo-libéral des Démocrates, et rappelle quelques vérités sur Obama:

He is less vulnerable to criticism and harder to criticize because of his race. When I said he was talking White Man’s talk, the PC people got really upset.
It doesn’t matter that he sides with destruction of the Palestinians, and sides with the embargo. It doesn’t matter that he turns his back on 100 million people and won’t even campaign in minority areas. It doesn’t matter than he wants a bigger military budget, and an imperial foreign policy supporting various adventures of the Bush administration. It doesn’t matter that he’s for the death penalty ,which is targeted at minorities. But if you say one thing that isn’t PC, you get their attention. I tell college audiences, a gender, racial or ethnic slur gets you upset, reality doesn’t get you upset.
Can Obama speak truth to the white power structure? There’s every indication he doesn’t want to. For example, in February he stiffed the State of the Black Union annual meeting in New Orleans. He’s a very accommodating personality.

– toujours chez Counterpunch (au fait, ceux d’entre vous qui le peuvent et le veulent, n’oubliez pas de donner un coup de main à la collecte annuelle de ce site indispensable), l’avocat John Whitbeck, qui a conseillé les Palestiniens dans les négociations avec Israël, tient un langage sans illusion:

For decades, the Palestinian leadership has been « waiting for Godot » — waiting for the U.S. Government to finally do the right thing (if only in its own obvious self-interest) and to force Israel to comply with international law and UN Resolutions and permit them to have a decent mini-state on a tiny portion of the land that once was theirs.

This was never a realistic hope. It has not happened, and it will never happen. So it may well be salutary not to waste eight more days (let alone eight more years) playing along and playing the fool while more Palestinian lands are confiscated and more Jewish colonies and Jews-only bypass roads are built on them, clinging to the delusion that the charming Mr. Obama, admirable though he may be in so many other respects, will eventually (if only in a second term, when he no longer has to worry about reelection) see the light and do the right thing. It is long overdue for the Palestinians themselves to seize the initiative, to reset the agenda and to declare a new « only game in town ».

Je m’en voudrais cependant de ne pas citer deux voix plus optimistes – j’espère qu’elles ont raison et que je me trompe, car enfin, comment rester insensible à cette splendide revanche sur l’esclavage, aboli en 1865, et l’apartheid, aboli aux Etats-Unis en 1965, quarante-trois ans après l’assassinat de Malcolm X et quarante après celui de Martin Luther King:
Philip Weiss, de l’excellent blog Mondoweiss – tous ses billets depuis l’élection d’Obama méritent d’être lus: « Let’s Don’t Be Naive (About Obama and the Jewish Establishment) » mais surtout « On Israel/Palestine, We’ve Convinced Obama, Now We Must Pressure Him« :

Take heart. My friend James North says Obama is not about to become a Palestinian nationalist–he’s way too careful– he knows the centrality of the issue, and he is basically on our side. Never forget: This man was friends with Rashid Khalidi. That friendship justly gave the Israel lobby the willies.

In North’s capacity as Beschloss, he offered the following Vivid Presidential Anecdotes:

LBJ: « You want me to be a statesman. First you have to get me elected. »

And, brilliantly, FDR to activists who were belaboring a point: « OK, you’ve convinced me. Now go out and put pressure on me. »

At the risk of gilding the lily, James North explains FDR’s calculation: « I’m on your side. But I’m a politician. I can’t expend political capital unless you show the world that I was pressured to do so. »

We will pressure Obama!

– le dissident pacifiste israëlien Uri Avnery, de Gush Shalom, écrit une belle chronique, « Turning the page« , dans laquelle il exprime de l’espoir, lui qui avait si durement critiqué Obama pour sa soumission à Aipac:

Today, it seems at the moment, the incredible will happen: the most important “white” country in the world will elect a black president.

143 years after the assassination of Abe Lincoln, the man who freed the slaves, and 40 years after the assassination of Martin Luther King, the dreamer of the Dream, a black family will occupy the White House.

This will have huge implications in many directions. One of them is an electrifying message to a worldwide order to which I belong: the Order of the Optimists.

How does an optimist differ from a realist? My definition is: a realist sees reality as it is. An optimist sees reality as it could be.

Enfin, Israël mis à part, une bonne chose avec la victoire d’Obama est qu’elle déplairait à l’Arabie séoudite:

Based on all the above, I would guess that the Saudis would prefer if McCain were to win. Furthermore, there are indications that they have a strong dislike to Senator Biden, primarily because of his public criticism of the Saudi royal family, its religious policies, and the very form of rule it represents. The Saudis have been relatively discreet about this animus towards Biden, and when it has surfaced, as in an editorial article by Jamal Khashogi in Al-Watan newspaper earlier this year, it has criticized Biden for his plan to divide Iraq into three parts. I believe the Saudis feel that they can proceed with business-as-usual with McCain but not with Biden, who is, paradoxically perhaps, more ideological when it comes to reforming Saudi Arabia’s regime.

(1) Ce diplomate étatsunien, juif orthodoxe, fût ambassadeur étatsunien au Caire puis tout récemment à Tel Aviv. Pour une idée de ses positions (voir aussi un chat sur le site de Haaretz):

« The policy is exactly what the president said, » Kurtzer said in the prerecorded interview. « In the context of a final status agreement, the United States will support the retention by Israel of areas with a high concentration of Israeli population. »

Kurtzer’s language went slightly further than the original Bush letter, which did not speak of Israel retaining territory it captured in the 1967 Middle East war but said only that a return to the prewar borders of 1949 was unlikely.

Mais l’honnêteté m’oblige à constater qu’il a également critiqué la politique de Clinton dans les négociations israëlo-palestiniennes comme étant celle d’un avocat d’Israël et pas d’un honnête intermédiaire: « The Clinton policy team is accused by Kurtzer and Lasensky of being « dysfunctional, » without any knowledge in Arab culture, a serious drawback especially at Camp David II« .

L’Economiste-watch – flashback persan

Via un commentaire de Citoyen chez Larbi, quelques considérations géopolitiques salahesques, portant sur l’Iran (ça date quand même de 2007, mais le génie est intemporel):

Démagogues

C’est une nouvelle à peine croyable, et pourtant elle est vraie: le quatrième producteur mondial de pétrole, l’Iran, est incapable de fournir à sa population l’essence dont elle a besoin. Ces besoins ne sont pas bien grands puisque le revenu par tête des Iraniens n’est pas très supérieur à celui du Maroc, malgré la manne des pétrodollars. C’est d’ailleurs ce paradoxe, et en dépit de la répression policière, qui a poussé des jeunes à se révolter violemment contre les mesures de restrictions. On comprend leur colère lorsqu’on sait que le taux de couverture énergétique (théorique) de leur pays est de 195%, quand celui du Maroc n’est que de 6%.
Qu’est-ce que le Maroc a à voir avec ces événements, qui sont, somme toute, bien lointains?
D’abord, et toute première leçon: lorsqu’on mélange la religion et la politique, les résultats sont désastreux, pour la population et pour le pays. Qu’on en juge! Ce pays millénaire de 70 millions d’habitants, qui a (avait?) une base industrielle sans commune mesure avec celle du Maroc, n’est pas capable d’offrir ne serait-ce que les instruments d’une communication moderne et confortable à sa population. Il n’y a que 62 téléphones portables pour 1.000 Iraniens. A titre de comparaison, les Marocains en ont 312.
Ensuite, deuxième leçon, quand le pouvoir politique n’autorise aucune liberté d’expression, il empêche en même temps l’autorégulation du pays. Par exemple, quand les journaux marocains s’inquiètent du déficit prévisible en électricité, le gouvernement se dépêche d’agir, ce qui pour le moins limitera les dégâts. Les journaux iraniens, eux, n’ont pas le droit de critiquer ouvertement leurs responsables. Résultat, il n’y a pas de sonnettes d’alarme, pas d’évaluation de l’action publique… jusqu’au jour où il n’y a plus d’essence à la pompe!
Enfin et en période électorale c’est important: méfions-nous des démagogues et des jeteurs d’anathèmes. Ce sont des criminels en puissance

Nadia SALAH

Un véritable feu d’artifice. Permettez-moi de souligner les points suivants:

1- « le revenu par tête des Iraniens n’est pas très supérieur à celui du Maroc » – c’est vrai, selon une fatwa d’un cheikh salafiste de la Banque mondiale le revenu par habitant du Maroc en 2006 était de 3.860 USD, tandis que le chiffre correspondant pour l’Iran était de 9.800 USD, soit en gros 2,5 fois plus par habitant que le Maroc. Mais on n’est pas obligé de prendre pour argent comptant cette odieuse propagande chiito-nihiliste.

2- « en dépit de la répression policière, qui a poussé des jeunes à se révolter violemment contre les mesures de restrictions » – seuls des nihilistes élitistes et étrangers à l’authentique modernité du terroir allégueraient qu’avec Sefrou, Ifni et Marrakech, le Maroc n’aurait rien à voir avec ces phénomènes connus des seuls pays étrangers, les émeutes au Maroc étant toujours ourdis par des marginaux à la solde des séparatistes (1).

3- « lorsqu’on mélange la religion et la politique, les résultats sont désastreux, pour la population et pour le pays » – certains ennemis de l’authenticité moderne propre au génie marocain tentent vainement de diffamer le génie national en évoquant certains passages obscurs d’un texte au demeurant inconnu et inappliqué – « Le Royaume du Maroc, Etat musulman souverain » (préambule), « L’islam est la Religion de l’Etat qui garantit à tous le libre exercice des cultes » (article 6), « La devise du Royaume est DIEU, LA PATRIE, LE ROI » (article 7), « Le Roi, Amir Al Mouminine. Représentant Suprême de la Nation, Symbole de son unité, Garant de la pérennité et de la continuité de l’Etat, veille au respect de l’Islam » (article 19), « Le Conseil de régence est présidé par le premier président de la Cour Suprême. Il se compose, en outre, du président de la Chambre des Représentants, du président de la Chambre des Conseillers, du Président du Conseil régional des oulémas des villes de Rabat et Salé… » (article 21), « Aucun membre du Parlement ne peut être poursuivi ou recherché, arrêté, détenu ou jugé à l’occasion des opinions ou votes émis par lui dans l’exercice de ses fonctions, hormis le cas où les opinions exprimées mettent en cause le régime monarchique, la religion musulmane… » (article 39) et enfin « La forme monarchique de l’Etat ainsi que les dispositions relatives à la religion musulmane ne peuvent faire l’objet d’une révision constitutionnelle » (article 106).

4- « Il n’y a que 62 téléphones portables pour 1.000 Iraniens. A titre de comparaison, les Marocains en ont 312 » – cf. « Jamais, depuis trente ans, je n’ai vu le Maroc courir à une telle vitesse ! Une classe moyenne est en train d’émerger. Il a été vendu plus de 100 000 voitures neuves l’année dernière, contre 10 000 il y a quinze ans« .

5- « quand le pouvoir politique n’autorise aucune liberté d’expression, il empêche en même temps l’autorégulation du pays » et « Les journaux iraniens, eux, n’ont pas le droit de critiquer ouvertement leurs responsables » – commentaires superflus, n’est-ce pas Ahmed Benchemsi?

6 – Nadia Salah, sans doute terrassée par l’effort de réflexion, n’a pas évoqué les dangers de l’élection du chef de l’Etat au suffrage universel (2), cause évidente du retard iranien – ces dangers ont pourtant récemment été soulignés par ses collègues éditorialistes du Matin du Sahara.

Etant moi-même terrassé par l’effort, je vous renvoie à la Gâchette du Maroc pour une analyse plus poussée du discours de la méthode salahesque.

(1) Je sais, inutile de le signaler, c’est anachronique, lesdites émeutes ourdies par des cercles séparatistes à l’étranger ayant eu lieu après ladite chronique de Nadia Salah, mais ne me cassez pas la baraque.

(2) Suffrage universel fortement limité dans le cas iranien par le filtre idéologique et institutionnel éliminant tout candidat non-favorable au caractère religieux du régime.

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