Le théorème d’Ibn Kafka

Je viens de découvrir un théorème s’appliquant aux armées du Moyen-Orient: plus l’armée d’un pays est inopérante face à Israël, plus elle sera cruelle face à ses concitoyens. Ainsi, le Hezbollah, qui n’est certes pas une armée nationale mais bien une force armée, et qui est la seule entité arabe à avoir battu militairement Israël, a de l’avis général évité toute bavure lors de la libération du sud Liban en 2000, lorsque l’armée israëlienne quitta précipitamment les lieux la queue entre les jambes. Je suis peut-être mal informé, mais je n’ai jamais vu de photos de milicien du Hezbollah traînant une manifestante par les cheveux ou sautant à pieds joints sur un manifestant à terre.

A l’opposé, les armées syrienne et égyptienne, qui ont perdu toutes les guerres les ayant opposés à Israël, se comportent avec la dernière barbarie face à leurs propres concitoyens, comme le montre cette photo qui a fait le tour du monde d’une manifestante qui tient à demeurer anonyme:

Cette photo est celle d’une manifestante égyptienne, qui a vu son voile arraché, son abaya enlevé, et qui s’est fait copieusement tabasser par une horde de « soldats » égyptiens lors des heurts ce samedi 17 décembre. La vidéo est infiniment plus brutale, et elle est ici. Via le Daily Mail, toute une autre série de photos sur le matraquage des femmes activistes en Egypte, au Bahreïn et au Yémen – les tarés du genre Caroline Fourest et Tahar Benjelloun noteront que la majorité d’entre elles est voilée.

 

Il fut un temps ou la soldatesque égyptienne faisait moins la fière…

Israélisation

Bien formulé, mais il faudrait pouvoir dire, sans se faire traiter d’antisémite primaire, que les Tunisiens, les Egyptiens, les Yémenites et les Syriens avaient commencé à protester avant les Israéliens…

For years we’ve joked about the ‘Israelisation’ of the world: anti-Muslim paranoia, the occupation of countries in the name of fighting terror, targeted killings, even global warming, all make the world more Israel-like. Today, as the Occupy Wall Street protests in America and Europe recall the endless lines of tents in Tel Aviv this summer, we’re finally seeing the positive aspect of Israelisation. (« The Rothschild Guillotine« , London Review of Books blog

Julien Salingue: « A quoi sert un Etat palestinien sans souveraineté palestinienne? »

Une remarque intéressante de Julien Salingue, dans un entretien accordé à L’Express:

Le principal enjeu de la Palestine, c’est la souveraineté, politique et territoriale. Elle peut toujours être reconnue par 191 Etats, mais elle n’est pas souveraine. Une partie de son territoire est toujours occupée par Israël, et le fait d’être un « Etat » ne réglera pas la question des réfugiés ou des Palestiniens discriminés en Israël.

Il ne croit pas si bien dire: il y a même des entités reconnues en tant qu’Etat qui ne recouvrent aucune réalité – la RASD par exemple, reconnue par une quarantaine d’Etats et membre de l’Union africaine mais qui n’exerce aucune souveraineté…

Ne dérangez pas la DCRI avec ça, elle est en train de compter le nombre de niqabs en banlieue

Il semblerait qu’une organisation musulmane française enverrait 55 de ses militants en « voyage de solidarité militante » dans les territoires occupés en 1967  – parmi les conditions posées pour participer à ce tourisme militant figure celle d’avoir une formation militaire, et ce afin de protéger la population palestinienne contre d’éventuelles attaques israéliennes. Enfin, organisation française est un abus de langage: cette organisation, initialement créée aux Etats-Unis en 1968 par un imam palestinien, figure sous un autre nom sur la liste étatsunienne des organisations terroristes, et elle est bien sûr interdite en Israël. Le ministère français des affaires étrangères ignore cependant son existence, et la Direction centrale du renseignement intérieur français se refuse à tout commentaire. La presse israëlienne s’est émue de ce voyage, et le Shin Bet souligne que ces organisations extrémistes constituent une menace terroriste. Cependant, contrairement à ce qui fut le cas en juillet dernier lorsque des militants pro-palestiniens tentèrent d’embarquer pour manifester pacifiquement en Israël, ces 55 militants solidaires ne feront pas l’objet d’une décision d’interdiction d’embarquer sur les avions devant les amener en Israël.

ADDENDUM: un lecteur attentif me fait remarquer qu’il s’agit d’une organisation juive fondée par un rabbin américano-israélien et non pas une organisation musulmane fondée par un imam palestinien. Autant pour moi.

Limpieza de sangre hier, préservation de la majorité juive aujourd’hui

Certains étaient en faveur d’un Etat blanc en Afrique du Sud du temps de la splendeur de l’apartheid, la ministre espagnole des affaires étrangères Trinidad Jimenez est en faveur d’un Etat juif en Israël:

Spain’s Foreign Minister Trinidad Jimenez presented a new policy for the Palestinian-Israeli conflict on Saturday, declaring Israel as the homeland of the Jews for the first time and saying that the issue of Palestinian refugees should be solved in such a way that it does not compromise Israel’s current demographic makeup of a Jewish majority. (Haaretz 25/9/2011)

Certains s’en étonnent. Je trouve personnellement que l’Espagne fait preuve là d’une très grande cohérence: n’avait elle pas expulsé musulmans et juifs en 1492 afin de faire de l’Espagne un Royaume chrétien et de ne pas compromettre la composition démographique de celui-ci au nom de la limpieza de sangre? Le soutien à la politique d’apartheid d’Israël envers la population arabe rappelle ainsi un national-catholicisme pas si lointain que ça. Je me demande simplement quels autres objectifs ethniques le gouvernement espagnol estime justifiés dans le cadre de sa politique étrangère voire interne…

AIPAC publie ses instructions au Congrès US

Via ce billet de MJ Rosenberg, consacré à AIPAC et aux révolutions arabes, j’ai trouvé ce document public, intitulé « AIPAC Briefing Book – 111th Congress, second session« . Daté de septembre 2010, il ne tient bien évidemment pas compte des révolutions arabes de ce début 2011.

Comme l’explique MJ Rosenberg, il y a trois bonnes raisons de suivre de près les prises de position publiques d’AIPAC:

There are three reasons why monitoring AIPAC (the American Israel Public Affairs Committee) is a valuable use of time for anyone following events in the Middle East.

The first is that AIPAC faithfully reflects the positions of the Netanyahu government (actually it often telegraphs them before Netanyahu does).

The second is that AIPAC’s policies provide advance notice of the positions that will, not by coincidence, be taken by the United States Congress.

And third, AIPAC provides a reliable indicator of future policies of the Obama administration, which gets its « guidance » both from AIPAC itself and from Dennis Ross, former head of AIPAC’s think tank, the Washington Institute for Near East Policy, and now the president’s top adviser on Middle East issues.

On a déjà vu un exemple des préoccupations majeures d’AIPAC, répercutées par la Maison Blanche, concernant l’Egypte – cf. « Egyptian Democracy Must Resist Extremism, Maintain Peace with Israel« :

  • « Rushing to elections could help the election prospects of the Muslim Brotherhood« ;
  • « The United States has made clear that the amended Egyptian constitution must ensure safeguards against undemocratic forces. « They must make absolutely clear that no political party can be committed to the overthrow of the government, can be unwilling to support an inclusive society, including Christians, women, and others, » Secretary of State Hillary Clinton said recently.« ;

Le plus marrant c’est ce paragraphe-ci, qui dit en gros que les Egyptiens sont libres de décider de leur politique du moment qu’ils choisissent celle du Likoud:

While only the Egyptians can form their own government, the United States should insist on several goals for the next Egyptian government to meet.

  • Egypt should maintain the peace treaty with Israel, including the demilitarization of the Sinai Peninsula and permission for the continued presence of the U.S.-led Multinational Force and Observers in the Sinai.
  • Egypt should adhere to other contractual obligations to Israel, particularly continuing the supply of natural gas.
  • Egypt must maintain its policy of isolating Hamas in Gaza.
  • Egypt should continue to oppose Iran’s efforts to expand its regional influence – both directly and through Hizballah and Hamas.
  • Egypt must continue to oppose the global jihad of al-Qaeda and its affiliates.Egypt must keep the Suez Canal open to all shipping, including the passage of Israeli civilian and military vessels.

Je vous laisse deviner ce qu’a dit Clinton au Caire

The myth of the Egyptian revolution’s US- and Israel-friendliness

You’ve all read in Western – I use this term as a shorthand for « European and North American » – mainstream media how nice the Egyptian revolution was as neither the US nor Israel were at its core. This has always made me laugh – pretending that the popular protest movement would somehow be positively inclined – or indifferent – towards the US and Israel – well, you’d have never to have spoken to a protester to believe that. The youth movement that triggered the Egyptian revolution has its roots in the protest movement against Operation Defensive Shield and the Jenin bloodbath in 2002 as well as the US invasion of Iraq in 2003 – when students, islamists, leftists and liberals coalesced in grassroots protests.

Well, I don’t really know how these talking heads are going to try to gloss over this:

Revolution Youth Coalition refuses to meet Clinton

Ahram Online , Tuesday 15 Mar 2011
The January 25 Revolution Youth Coalition has announced it refuses to meet Hillary Clinton, US Secretary of State, during her visit to Egypt. The Coalition stated that the US administration was a vital supporter and ally of the ousted Mubarak regime.

The coalition, made up of six youth groups, said it did not welcome Clinton’s visit to Egypt and demanded that the US administration make a formal apology to Egypt’s people for its foreign policy towards the country in the past decades. They added that “the Egyptian people are the masters of their own land and destiny and will only accept equal relations of friendship and respect between the people of Egypt and the people of America.”   

The coalition’s declaration added that “the US administration took Egypt’s revolution lightly and supported the old regime while Egyptian blood was being spilled.” It also condemned past American policies towards Egypt and demanded that they be reformulated to achieve a balance between the interests of the Egyptian and American people. 

Clinton’s tour of the Middle East, which starts today in Egypt before taking her to Tunis, is the first cabinet-level visit to the region by the Obama administration since the revolutions in both countries.

And it takes an Egyptian newspaper to notice the unescapable:

Mubarak’s close relationship with Israel drew scorn from Tahrir protesters. Chants encouraging Mubarak to resign in Tahrir Square were frequently tailed with, “Tell him in Hebrew, maybe he doesn’t speak Arabic.”

Don’t tell Thomas Friedman, who surely must have written the stupidest column ever to have been published in the New York Times (Sarah Carr’s satire is quite good as well): he’s convinced the Egyptian revolution was caused by admiration for Obama and Israel…

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