Les nominations aux prix Douglas Feith et Thomas Friedman pour 2008 sont ouvertes

Les nominations pour l’année 2008 pour les deux prix distincts que sont le prix Douglas Feith et le prix Thomas Friedman sont ouvertes à tous les lecteurs de ce blog, jusqu’au 31 décembre à minuit. Le vote final pour désigner un vainqueur dans chaque catégorie sera ouvert à compter du 1er janvier. Ceux qui souhaitent proposer d’autres candidats que ceux indiqués ci-dessous peuvent soumettre leurs propositions dans les commentaires de ce billet.

Le prix Douglas Feith est décerné en l’honneur de Douglas Feith, ex-under secretary for defense et néo-con patenté. L’ex-commandant en chef des troupes d’occupation étatsuniennes en Irak, le général Tommy Franks, l’avait décrit comme « the fucking stupidest guy on earth« . Il est bien évidemment entendu que les nominés peuvent être d’autres persuasions politiques, et que la consécration finale est ouverte à tou-te-s sans distinction de sexe, d’ethnie, de nationalité, de religion, d’orientation sexuelle, d’origine sociale ou d’opinions politiques, pourvu que le candidat/la candidate soit dans la lignée de l’appréciation portée par Tommy Franks.

Le prix Thomas Friedman est quant à lui décerné à un journaliste, chroniqueur ou éditorialiste dont les écrits ou propos s’inscrivent dans la lignée du chroniqueur étatsunien Thomas Friedman, qui sévit au New York Times. Un style boursouflé, des platitudes, des stéréotypes, des erreurs à profusion, des poncifs et des raisonnements approximatifs, voire une bonne pincée de mauvaise foi, chaque lecteur, téléspectateur ou auditeur pourra en relever. Ce qui sera primé ici sera la constance dans l’effort et le talent déployé à atteindre les sommets friedmanesques. Là aussi, il est bien évidemment entendu que les nominés peuvent être d’autres sensibilités politiques ou supports médiatiques, et que la consécration finale est ouverte à tou-te-s sans distinction de sexe, d’ethnie, de nationalité, de religion, d’orientation sexuelle, d’origine sociale ou d’opinions politiques, pourvu que le candidat/la candidate soit dans la lignée de l’oeuvre friedmanesque.

Trois conditions à chaque nomination:

1- Elle doit être fondée sur un écrit ou une déclaration faits durant l’année 2008, de préférence avec un lien ou une référence;

2- Le prix Doug Feith est réservé aux non-journalistes, tandis que le prix Thomas Friedman est réservé aux journalistes voire exceptionnellement à des organes de presse écrite ou audiovisuelle.

3- Les bloggeurs et commentateurs de blogs sont exclus de ces deux compétitions, à grand regret car il y là un gisement de talents inépuisable.

Mes nominés pour le prix Douglas Feith, avec mes regrets pour Rachida Dati, méritoire par la constance de son incompétence et par la carence de son bon sens, mais qui n’a pas réussi à mettre à son palmarès des pics de performance qui lui assureraient une place sur le podium:

1- Abbas El Fassi, premier ministre marocain. Il est presque hors concours. Il mériterait le prix pour l’ensemble de son oeuvre mais encore plus pour son entretien déjà mythique avec Jeune Afrique il y a quelques mois.

2- Salaheddine Mezouar, ministre des finances marocain. Il a raté le prix Nobel d’économie, mais ses déclarations sur la chute de la bourse de Casablanca, dût aux repas de rupture du jeûne resteront dans les annales.

3- John Mc Cain. Il a déclaré en septembre que les fondamentaux de l’économie étatsunienne étaient bons. Sans commentaire.

Mes nominés pour le prix Thomas Friedman:

1- Nadia Salah, rédactrice en chef de L’Economiste: un peu comme pour Abbas El Fassi, c’est le couronnement d’une oeuvre de longue haleine, avec des pics de performance qui forcent l’admiration. C’est aussi un peu injuste: c’est toute l’équipe éditoriale de L’Economiste qui devrait être primée.

2- Khalil Hachmi Idrissi, éditorialiste d’Aujourd’hui Le Maroc, pour la parfaite maîtrise des réalités constitutionnelles marocaines manifestée par le constat que « la famille royale est une famille comme toutes les familles marocaines« .

3- Je me rends compte que la patrie des droits de l’homme est injustement absente de la liste des nominés.  S’agissant du domaine médiatique, c’est sans doute que la concurrence y est trop rude pour distinguer une seule individualité: entre les blocs-notes de BHL, les approximations du Monde, la haine raciale d’Ivan Rioufol dans Le Figaro, l’esprit partisan de Claude Askolovitch et l’insondable abîme de flagornerie qu’on retrouve régulièrement dans les pages des newsmagazines, difficile d’en distinguer un de peur d’en oublier. Mais il faut cependant garder une mention spéciale pour Charlie Hebdo, l’organe de propagande islamophobe de Philippe Val, le plus célèbre lecteur de Spinoza de France. Si les éditoriaux du maître des lieux sont d’une bêtise difficilement égalable, l’incohérence de ses propos en fait un orfèvre de la mauvaise foi journalistique. Mais me rendant compte que ces deux listes de nominés comptent aucune femme, Rachida Dati ayant été recalée in extremis, je me dois de proposer le nom de soeur Caroline Fourest, papesse du clergé laïcard, qui aime les caricatures lorsqu’elles visent le prophète Mohamed mais semble plus circonspecte quand elles visent Philippe Val.

A vous de jouer.

Obamania: no disrespect, but some people really need to get a grip

Inoubliable! Extraordinaire! Fantastique! Historique! Inouï! Irréel! Génial! Super! Flippant! Renversant! Kennedy! Martin Luther King! Roosevelt! Brad Pitt! George Clooney! Angelina Jolie! Eva Longoria! Broadway! Hollywood! Starbucks! Apple! Desperate Housewives! Prison Break! Tommy Hilfiger! Nike! Don de Lillo! Richard Brautigan! Kurt Vonnegut! Martin Scorcese! The Coen brothers! Woody Allen! Tim Robbins! Susan Sarandon! Jon Stewart! David Letterman! Edward Hopper! Norman Rockwell! The Doors! Velvet Underground! Andy Warhol! Bill of Rights! Jim Crow! Barack Obama!

C’est fascinant comment l’image parvient à balayer la substance.
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En attendant, en quittant Disneyland on peut lire ceci:

Premièrement, le futur chief of staff d’Obama à la Maison Blanche sera probablement Rahm Emanuel, membre de la Chambre des représentants et fils d’un terroriste israëlien:

All are the sons of an Israeli father, now a 70-year-old Chicago pediatrician, who passed secret codes for Menachem Begin’s underground, Iregun

Le même, surnommé Rahm-bo, et qui a la nationalité israëlienne, a servi dans l’armée israëlienne en tant que volontaire, lors de la deuxième guerre du Golfe (1991):

Emanuel’s father, Benjamin, is an Israeli-born doctor. His mother, Martha, is an American Jew who works for a Chicago civil rights organization. As a child, Emanuel received a Jewish education at a conservative school and spoke Hebrew with his father at home.

When Bill Clinton began his campaign for presidency, he appointed Rahm Emanuel to direct the campaign’s finance committee. But Emanuel left when the Gulf War broke out, in order to volunteer in the IDF.

He served in one of Israel’s northern bases until the war ended, and upon his return to the US became Clinton’s advisor in the White House for almost eight years.

Même un bloggeur démocrate aussi modéré que Steve Clemons (son blog est l’excellent The Washington Note) s’inquiète, faisant – déjà! – un parallèle avec la désastreuse politique cubaine de celui qu’on présente comme le modèle historique d’Obama, JFK:

My greatest fear about Emanuel is that he might perpetuate a « false choice » orientation towards Israel in Middle East affairs that he’s going to have to compensate for and get under control. There are no rational alternatives in the Middle East than actually delivering on a Palestinian state and finally putting the Middle East peace business out of business.

Emanuel needs to prove his judiciousness by not preempting serious progress in Israel/Palestine affairs and not encouraging Barack Obama to make the mistake of trying to define his presidency by exploiting some national security conflict. There are downsides to the JFK comparison.

Ne croyez pas que ce sont là les peurs irraisonnées d’islamo-gauchiste-antisioniste-donc-antisémite (attention, ironie) – ce que je crains, le National Jewish Democratic Council l’espère:

President-elect Barack Obama made an outstanding selection in choosing Representative Rahm Emanuel to serve as his Chief of Staff. Emanuel has been a forceful and effective leader within the Democratic Party. His voting record and leadership in support of the U.S.-Israel relationship are outstanding.

Emanuel has deep Jewish roots and strong ties to the Jewish community. Emanuel, the son of an Israeli immigrant, has a proven commitment to Israel’s security and served as civilian volunteer on an Israeli military base during the Persian Gulf War of 1991.

We congratulate Emanuel and look forward to continuing to work with Emanuel in his new role in the Obama administration.

Pour couronner le tout, citons la délicate déclaration de son père au journal israëlien Maariv, au sujet de la nomination de son fils:

In an interview with Ma’ariv, Emanuel’s father, Dr. Benjamin Emanuel, said he was convinced that his son’s appointment would be good for Israel. « Obviously he will influence the president to be pro-Israel, » he was quoted as saying. « Why wouldn’t he be? What is he, an Arab? He’s not going to clean the floors of the White House. »

Deuxièmement, jetons un coup d’oeil aux arguments de certains de ceux ayant fait campagne pour lui – lisez par exemple un article dans lequel Obama est présenté comme « le meilleur choix pour Israël« :

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Even if the candidates’ positions on Israel were my sole criteria for voting, however, I would still vote for Obama. Here’s why. (…)

Obama’s team of Mideast advisers includes former Mideast peace coordinator Dennis Ross, former Ambassador to Israel Dan Kurtzer (1), and Dan Shapiro, a former National Security Council official. These individuals have impeccable pro-Israel credentials, are longtime supporters of US engagement in Arab-Israeli peacemaking, and will likely have important roles in an Obama administration. (…)

While McCain undoubtedly views himself as a stalwart supporter of Israel, Obama’s stated agenda is likely to yield better results for the Jewish state.

Parmi les autres supporters d’Israël, on trouve le primus inter pares des lobbyistes pro-israëliens de Washington, Martin Indyk, ancien responsable d’AIPAC et fondateur de WINEP, et – quel indice sur le poids politique d’AIPAC… – ancien ambassadeur des Etats-Unis à Tel Aviv, avec les opinions qui vont avec. De passage en Israël avant les élections, il a déclaré (voir ce clip) de manière assez maladroite que « the Jews will be important to his victory » – Shmuel Rosner, le bloggeur caricaturalement sectaire de Haaretz, est allé plus loin encore:

I asked about the American Israel Public Affairs Committee (AIPAC) convention in March and was told that he will speak there too, but wants to have another speech sooner. Obama doesn’t want to wait such a long time – not when he is running a campaign in which he will need the support of many people who care deeply about Israel. (Oh, let’s just say it: Jewish voters are major donors to the Democratic Party and its nominees).

Ces espoirs, quoique maladroitement formulés, se sont apparemment réalisés, les électeurs juifs ayant massivement voté pour Obama, comme ils le font pour tout candidat démocrate à la présidence.

Par ailleurs, le Parti républicain et plus particulièrement le Republican Jewish Coalition avait dénoncé Obama comme entouré de conseillers « pro-palestiniens, anti-Israël et même anti-américains« , attirant la réponse suivante d’un porte-parole du National Jewish Democratic Council:

At last week’s National Jewish Democratic Council Washington Conference, former congressman and Obama campaign adviser Mel Levine charged that the RJC is « weakening Israel » and damaging the tradition of bipartisan support for the Jewish state with such advertisements.

« They are denigrating strong friends of Israel, starting with Barack Obama, » said Levine. « They are interested in tearing apart someone for purely partisan reasons. It is very harmful to Israel. »

On retrouve également Edgar Bronfman Sr, ancien président du World Jewish Congress, qu’il quitta en 2007 après des affaires de sous et de népotisme, et qui appella à voter pour Obama au nom d’Israël:

Among Jewish voters, some feel the basic question is which candidate will act in the best interest of Israel. The answer is Barack Obama. As an American Jew who loves Israel, I cannot support John McCain.

La presse israëlienne ne s’inquiète pas outre mesure du nouveau président, par exemple Haaretz:

Barak Obama’s welfare should be particularly important to Israel and not just because of the special relations between the two countries.

If we go by the unwritten rule that says that a president’s choice of advisers define his policies, it’s safe to assume that Obama will not abandon Israel.

I’ve had the pleasure of meeting two of his senior advisors: former U.S. Ambassador to Israel, Daniel Kurtzer and his strategic advisor Dan Shapiro. Both of these men are Jewish supporters of Israel and promoters of peace, and they believe that the future of Israel depends on the establishment of a Palestinian state.

With a second term already in focus, the new Democrat president does not want to disappoint the small but active Jewish-American community that has given him such comprehensive support throughout his entire campaign.

Troisièmement, Dennis Ross, sioniste sans concession et quelque peu exalté, « viscéralement anti-Iran« , est présenté comme un possible ministre –voire vice-ministre – des affaires étrangères (Secretary of State) d’Obama, ou envoyé spécial d’Obama au Moyen-Orient. Il est en tout cas le principal conseiller d’Obama sur le Moyen-Orient et tout particulièrement sur l’Iran, et il est un membre du think-tank néo-con et pro-israëlien WINEP et ancien protégé de Paul Wolfowitz – il commenca sa carrière dans l’administration Reagan. Il ne déclenche pas l’enthousiasme des foules en dehors de la cabale à laquelle il appartient – Clinton dût l’écarter lors des désastreuses négociations de Camp David entre Barak et Arafat, tant sa passion pro-israëlienne entravait les négociations:

But Ross’s record as a Mideast peacemaker during the Clinton years, longtime association with hawkish political factions, and track record promoting a hard line vis-à-vis Israel’s Arab neighbours have spurred concern that he would be a less-than-ideal pick for a Middle East portfolio in an Obama administration, which many presume he will be offered.

Même des commentateurs favorables à Israël s’en rendent compte:

For when you get down to it, the peace-process team under two US presidents was composed of three talented individuals, all Jews, and all liberal Zionists.

Now we know — from Kurtzer and from Miller, two-thirds of the trio — that America, Israel, and the Palestinians would have been better served by a more diverse team.

Apparently, Dennis Ross, whose failure was spectacular, still doesn’t get it.

Pour l’instant, il semble s’intéresser moins à la question israëlo-palestinienne qu’à l’Iran, conformément à la priorité de ses amis du gouvernement israëlien – encore que ces derniers semblent avoir un accès subit de réalisme ces derniers temps: il a ainsi co-signé un rapport récent du WINEP sur la prétendue menace nucléaire iranienne:

Ross’s close association with neoconservatives has deepened over the years, becoming especially pronounced in the wake of the 9/11 terrorist attacks. Ross served as the co-convenor of WINEP’s Presidential Task Force on the Future of US-Israel Relations, which issued the June 2008 report “Strengthening the Partnership: How to Deepen US-Israel Cooperation on the Iranian Nuclear Challenge”.

The report was signed by a number of former Democratic and Republican policy-makers, as well as by several neoconservatives, including former CIA director James Woolsey and Vin Weber, a former Republican congressman who co-founded the rightist pressure group Empower America.

Interestingly, several other advisers to the Obama campaign added their names to the document — Anthony Lake, Susan Rice, and Richard Clarke. Ross also helped produce the 2008 report “Meeting the Challenge: US Policy Toward Iranian Nuclear Development”, which was published by a study group convened by the Bipartisan Policy Centre, a group led by several former legislators.

The lead drafter of the report was AEI’s Michael Rubin, an outspoken proponent of US military intervention in the Middle East. Other participants included hawkish arms control analyst Henry Sokolski; Michael Makovsky, a former aide to Douglas Feith; Stephen Rademaker, who worked under former UN Ambassador John Bolton in the State Department; and the neoconservative Hudson Institute director, Kenneth Weinstein.

The report argues that despite Iran’s assurances to the contrary, its nuclear programme aims to develop nuclear weapons and is thus a threat to “US and global security, regional stability, and the international nonproliferation regime,” a conclusion that stands in contrast to the CIA’s November 2007 National Intelligence Estimate, which found that Iran had ceased its nuclear weapons programme.

(…) Calling the report a “roadmap to war”, Inter Press Service’s Jim Lobe writes, “In other words, if Tehran is not eventually prepared to permanently abandon its enrichment of uranium on its own soil —a position that is certain to be rejected by Iran ab initio — war becomes inevitable, and all intermediate steps, even including direct talks if the new president chooses to pursue them, will amount to going through the motions…What is a top Obama adviser [Dennis Ross] doing signing on to it?”

Dennis Ross était favorable à la guerre en Irak, et aurait envisagé un moment de travailler pour le président Bush par ressentiment envers Arafat:

After he left government, the 59-year-old diplomat headed up a hawkish pro-Israel think tank in Washington, and signed on as a Fox News foreign affairs analyst. A former colleague, Dan Kurtzer (an Orthodox Jew and former U.S. ambassador to Israel who also supports Obama), published a think-tank monograph containing anonymous complaints from Arab and American negotiators saying Ross was seen as biased towards Israel and not « an honest broker ». Ross has been hawkish on Iran, but he agrees with Obama’s pledge to start talks. « We need to work hard to stop Iran from becoming a nuclear state, » Ross says, « but the Bush approach isn’t working. »

Still, it is somewhat surprising to see Ross emerge as an official member of Obama’s team. (Neither Ross nor the campaign would comment on his role in the still-unannounced trip, but several sources in the campaign confirmed details for TIME.). When Ross left the State department in 2000, he was so critical of Yasser Arafat that some friends thought he was considering working for George W. Bush, who cut ties with the late Palestinian leader. « At the beginning of the Administration he hadn’t excluded the possibility of working for a Republican again, » says one. Ross supported the Iraq war, though he opposed some of the Bush Administration’s policies for post-war reconstruction.

Quatrièmement, les groupies d’Obama peuvent également méditer la position de ce dernier sur le dossier palestinien, et plus particulièrement sur le statut de Jérusalem/Al Qods – en clair, Jérusalem-Est, la partie de la ville occupée par Israël en 1967. Pour ceux qui l’ignorent, Jérusalem-Est a été annexé par israël, contrairement au reste des territoires occupés en 1967, qui a fait de la Jérusalem réunifiée la capitale ‘éternelle » d’Israël. A ma connaissance, plus aucun pays n’a son ambassade en Israël à Jérusalem, depuis le retour à Tel-Aviv des ambassades du Costa Rica et de l’El Salvador en 2006. Aux Etats-Unis, la position officielle, au-delà des discours de circonstance, est également que Jérusalem-Est constitue un territoire occupé, d’où le refus présidentiel sous tous les récents présidents étatsuniens, Bush jr. compris, de mettre en oeuvre la loi de 1995 passée par le Congrès et ordonnant le déménagement de l’ambassade des Etats-Unis en Israël de Tel Aviv à Jérusalem – cette possibilité laissée au président est prévue par la loi.

Récemment, lors de l’obligatoire séjour en Israël de tout candidat sérieux à la présidentielle, Obama avait causé un certain fracas en se déclarant sans ambages pour l’unité de Jérusalem – sous occupation israëlienne, il va sans dire – adoptant là une position débordant Bush sur sa droite. Il avait par la suite dû tenter de revenir en arrière assez maladroitement, disant qu’il voulait simplement dire que Jérusalem ne devrait pas être divisée par des barbelés et des checkpoints comme entre 1948 et 1967, et reconnaissant que la question devrait de toute façon être tranchée par les négociations finales israëlo-palestiniennes. La question a continué à le hanter, puisqu’un article récent, paru quelques jours avant ce mardi 4 novembre dans la presse libanaise, avait fait état d’assurances d’Obama à Abou Mazen sur la reconnaissance d’un Etat palestinien souverain, y compris sur Jérusalem-Est – mais Dennis Ross a très fermement nié tant la promesse relative à un Etat palestinien souverain, ce qui est en retrait avec la position officielle étatsunienne depuis Bush (eh oui, c’est le premier président étatsunien en exercice à se prononcer pour un Etat palestinien souverain, même si personne n’a autant que lui empêché cette politique officielle de se réaliser), que celle relative à Jérusalem-Est: 

Obama camp denies Jerusalem promised to Abbas

Dennis Ross vehemently denies report by Lebanese newspaper saying Democratic presidential hopeful told Abbas, Fayyad he would support their right to stable sovereign state. Senior Abbas aide also says report ‘completely unfounded’
Roee Nahmias Published: 11.04.08, 11:59

The Palestinian Authority has refrained from officially declaring its support for one of the US presidential hopefuls, claiming this was an « internal American issue », but a Lebanese newspaper reported Tuesday that Palestinian leaders in the West Bank are hoping for Democrat Barack Obama’s victory.

Sources in Ramallah told the al-Akhbar daily that Palestinian President Mahmoud Abbas and Prime Minister Salam Fayyad are expecting Obama to win, « despite his leaning towards Israel, » which they said was aimed at gaining the support of the Israel and the Jewish lobby in the United States.

The sources said that during a recent meeting with Obama, the two Palestinian leaders « heard the best things they ever heard from an American president. »

According to the report, the Democratic senator told Abbas and Fayyad that he « supports the rights of the Palestinians to east Jerusalem, as well as their right to a stable, sovereign state », but asked them to keep the remarks a secret.

Dennis Ross, a key advisor to Obama on foreign policy, denied the report outright. « As someone who was present in Senator Obama’s meeting with the Palestinian leadership, I can state definitively that there were no secret commitments made, and no discussion of Jerusalem whatsoever. This report is false,” his statement said.

Cinquièmement: quant à Barack Obama lui-même, la campagne arabophobe lancée par Mc Cain au sujet de son amitié relative avec le professeur étatsuno-palestinien Rashid Khalidi, lui fera passer l’envie d’organiser des soirées thématiques sur la poésie palestinienne une fois installé à la Maison Blanche, comme l’écrit joliment un reporter de Time:

Will Palestinians have a « friend » in the White House if Barack Obama is elected president on Tuesday? Many supporters of the Palestinians think so or at least hope so. My advice to them: Don’t hold your breath. Get too close to a Palestinian, or voice too much sympathy for his cause, it seems, and you’re apt to be smeared as someone who is little better than a terrorist yourself. If you’re an American politician whose middle name is Hussein, you really could be in for a hard time. (…)

But don’t expect Barack and Michelle to host any Palestinian poetry readings at the White House. If they do, I doubt they’ll let anybody videotape it. I hope the Khalidis at least get a dinner invitation from the First Family out of it. Obama’s been freeloading off Rashid and Mona long enough now.

Et pour casser définitivement l’ambiance, je vous propose quelques extraits des discours prononcés par Barack Obama devant AIPAC en 2007 et 2008:

That effort begins with a clear and strong commitment to the security of Israel, our strongest ally in the region and its only established democracy. That has been my starting point and that always will be my starting point. (…) At the same time, we must preserve our total commitment to our unique defense relationship with Israel by fully funding military assistance and continuing work on the Arrow and related missile defense programs.
(…) We should all be concerned about the agreement negotiated among the Palestinians in Mecca last month. All of us are glad that the shootings have lessened. On the other hand, the reports of this agreement suggest that Hamas, Fatah, and independent ministers would sit in a government together, under a Hamas prime minister, without any recognition of Israel, without any renunciation of violence, and with only an ambiguous promise to respect previous agreements is not good enough.
It should concern — It should concern us because it suggests that Mahmoud Abbas, who is a Palestinian leader who I have met with and who I believe is committed to peace, continues to feel forced to compromise with Hamas. If we are serious about the Quartet’s conditions, we must tell the Palestinians and Mr. Abbas that he has to do better.(2007)

I want you to know that today I’ll be speaking from my heart, and as a true friend of Israel. And I know that when I visit with AIPAC, I am among friends. Good friends. Friends who share my strong commitment to make sure that the bond between the United States and Israel is unbreakable today, tomorrow, and forever. (…)
Our alliance is based on shared interests and shared values. Those who threaten Israel threaten us. Israel has always faced these threats on the front lines. And I will bring to the White House an unshakeable commitment to Israel’s security.
That starts with ensuring Israel’s qualitative military advantage. I will ensure that Israel can defend itself from any threat – from Gaza to Tehran. Defense cooperation between the United States and Israel is a model of success, and must be deepened. As President, I will implement a Memorandum of Understanding that provides $30 billion in assistance to Israel over the next decade – investments to Israel’s security that will not be tied to any other nation. (…)
Let me be clear. Israel’s security is sacrosanct. It is non-negotiable.
(2008)

Quelques infos supplémentaires sur Obama et les élections:
– on le savait, notamment via Chomsky, mais l’opinion étatsunienne est plus à gauche que ne l’est sa caste politico-médiatique – « The Progressive Majority: Why a Conservative America is a Myth« , une étude chez Media Matters, sondages d’opinion à l’appui, le confirme;
– The New Republic cite la liste des trente collaborateurs d’Obama qui devraient avoir le plus grand rôle -on y relevera notamment le général Petraeus et l’absence de Dennis Ross…
– Newsweek consacre une série de longs articles sur les coulisses de la campagne – passionnant!
– Bakchich, via son correspondant Doug Ireland, souligne le centrisme d’Obama et son inféodation – « obscène » – aux intérêts économiques qui ont si généreusement financé sa campagne électorale;

D’autres réactions à l’élection de Barack Hussein Obama me paraissent pertinentes:

– Nidal (Loubnan ya Loubnan) relève la lettre ouverte du candidat malheureux Ralph Nader au nouveau président, qui est très dure – j’y reviendrai;

– ainsi Lalla Fatma M’msemer, chez les Indigènes de la République:

Pourquoi, alors que nous savons qu’Obama prendra soin de défendre le système américain, construit sur la destruction des Indiens, l’esclavage des Noirs, le pillage incessant de l’Afrique, avons-nous pourtant le sentiment qu’il représente cette même Afrique dévastée par les impérialismes ? Qu’est-ce qui nous brûle la bouche au point de détourner pudiquement nos regards de ce champ de bataille que ne cesse d’être l’Afrique où s’affrontent les puissances américaines, européennes et chinoises ? Comment notre cerveau peut-il faire abstraction de ces fleuves de sang qui vont continuer de couler chez nous en Amérique latine, chez nous dans le monde arabo-musulman, chez nous dans notre terre ancestrale, de l’autre côté de la Méditerranée ?

La réponse est douloureuse : nous sommes fascinés par cette puissance même qui nous a soumis et nous réclamons notre part de cette puissance. Nous sommes fascinés par le G8, nous sommes fascinés par le Conseil de sécurité, par leur modernité et donc par celui qui va l’incarner pour nous. Obama président des States, c’est moi, c’est toi qui dirige le monde. Désormais, on fait partie de la race des seigneurs. Cet état de fait est au cœur de notre impuissance à nous libérer de la suprématie occidentale. Elle est constitutive de ce que nous sommes, nous la protégeons. Nous sommes ses sentinelles.
(…)
Une à qui on ne la fait pas, c’est Angela Davis : « Quand l’intégration de personnes noires dans l’appareil d’oppression a pour but de rendre cette oppression plus efficace, cela ne représente en aucune façon un progrès. Nous avons plus de Noirs dans des postes de pouvoirs prestigieux. Mais du même coup nous avons plus de Noirs qui se sont retrouvés poussés tout en bas de l’échelle. Quand la population demande que la justice et l’égalité passent par la diversité ethnique, c’est bien. Mais il y a une façon d’envisager la diversité qui rappelle l’adage selon lequel « pour que rien ne change, il faut accepter que tout change ». »

– le Bougnoulosophe – son billet, « De quoi Obama est-il le nom?« , doit être lu dans son intégralité, mais vvoici quand même quelques extraits:

D’un millénarisme européen aussi tartuffe que superficielle, car en Europe Mamadou ne pourrait pas même devenir le chef de service de tous ces obomaniaques hystériques, pas même au cinéma… D’un millénarisme qui se fonde sur l’espoir, alors que l’espoir n’est pas une catégorie politique… De la nouvelle ère et des lendemains qui chantent qui ne passeront pas l’hiver… D’une communion universelle et d’une parousie sous les auspices de Benetton… Du constat que l’homo democaticus est un être qui veut croire…

– As’ad Abu Khalil, a.k.a. The Angry Arab, ne déçoit pas:

Remember me: Obama bashing begins here. (…) Those who supported Obama: you will be disappointed and you will remember my caution. Remember me when Obama will endorse an Israeli war on a refugee camp and on a Lebanese village, and he will call that justified self-defense. Remember me when Obama will mourn the deaths of Israelis and will celebrate the deaths of Arabs and Muslims. Remember me when he orders his first bombing campaign on some remote area of Pakistan. Remember me when he betrays the poor in favor of Wall Street. Remember me when he will betray the aspirations of black people in favor of the white middle class that is now the headline of the Democratic Party. Remember me when Obama will not fight for his health reform plan, and will he not deliver on many of his promises. Remember me when Obama will stick to his campaign promise of opposing gay marriage. Remember me when when Obama will continue to blame the failure of the American occupation of Iraq on the Iraqi people themselves. On Angry Arab: the Obama bashing has just begun and will continue unabated.

– Mike Davis, historien et militant socialiste, via Lenin’s Tomb (sa conclusion, par contre, sur la nécessité du socialisme, pfff…):

The Republicans now know what 1968 was like for the Democrats. Blue victories in formerly bedrock Red suburbs are stunning invasions of the enemy’s electoral heartland, comparable to George Wallace’s and Richard Nixon’s victories more than a generation ago in Northern ethnic-white, CIO neighborhoods. Meanwhile, the desperate marriage-in-hell of Palin and McCain warns of the imminent divorce of mega-church faithful and the country-club sinners. The Bush coalition built by Karl Rove’s thuggish genius is breaking up.

More importantly, tens of millions of voters have reversed the verdict of 1968: this time choosing economic solidarity over racial division. Indeed, this election has been a virtual plebiscite on the future of class-consciousness in the United States, and the vote–thanks especially to working women–is an extraordinary vindication of progressive hopes.

But not the Democratic candidate, about whom we should not harbor any illusions. Although the economic crisis as well as the particular dynamics of campaigning in industrial swing states finally drove Obama to emphasize jobs, his « socialism » has been far too polite to acknowledge vast public anger about the criminal bailout or even to criticize big oil (as has off-and-on populist McCain).

– Alexander Cockburn, de Counterpunch, interviewe Ralph Nader qui souligne que la nomination de Rahm Emanuel est un retour aux plus mauvais côtés des années Clinton – le virage néo-libéral des Démocrates, et rappelle quelques vérités sur Obama:

He is less vulnerable to criticism and harder to criticize because of his race. When I said he was talking White Man’s talk, the PC people got really upset.
It doesn’t matter that he sides with destruction of the Palestinians, and sides with the embargo. It doesn’t matter that he turns his back on 100 million people and won’t even campaign in minority areas. It doesn’t matter than he wants a bigger military budget, and an imperial foreign policy supporting various adventures of the Bush administration. It doesn’t matter that he’s for the death penalty ,which is targeted at minorities. But if you say one thing that isn’t PC, you get their attention. I tell college audiences, a gender, racial or ethnic slur gets you upset, reality doesn’t get you upset.
Can Obama speak truth to the white power structure? There’s every indication he doesn’t want to. For example, in February he stiffed the State of the Black Union annual meeting in New Orleans. He’s a very accommodating personality.

– toujours chez Counterpunch (au fait, ceux d’entre vous qui le peuvent et le veulent, n’oubliez pas de donner un coup de main à la collecte annuelle de ce site indispensable), l’avocat John Whitbeck, qui a conseillé les Palestiniens dans les négociations avec Israël, tient un langage sans illusion:

For decades, the Palestinian leadership has been « waiting for Godot » — waiting for the U.S. Government to finally do the right thing (if only in its own obvious self-interest) and to force Israel to comply with international law and UN Resolutions and permit them to have a decent mini-state on a tiny portion of the land that once was theirs.

This was never a realistic hope. It has not happened, and it will never happen. So it may well be salutary not to waste eight more days (let alone eight more years) playing along and playing the fool while more Palestinian lands are confiscated and more Jewish colonies and Jews-only bypass roads are built on them, clinging to the delusion that the charming Mr. Obama, admirable though he may be in so many other respects, will eventually (if only in a second term, when he no longer has to worry about reelection) see the light and do the right thing. It is long overdue for the Palestinians themselves to seize the initiative, to reset the agenda and to declare a new « only game in town ».

Je m’en voudrais cependant de ne pas citer deux voix plus optimistes – j’espère qu’elles ont raison et que je me trompe, car enfin, comment rester insensible à cette splendide revanche sur l’esclavage, aboli en 1865, et l’apartheid, aboli aux Etats-Unis en 1965, quarante-trois ans après l’assassinat de Malcolm X et quarante après celui de Martin Luther King:
Philip Weiss, de l’excellent blog Mondoweiss – tous ses billets depuis l’élection d’Obama méritent d’être lus: « Let’s Don’t Be Naive (About Obama and the Jewish Establishment) » mais surtout « On Israel/Palestine, We’ve Convinced Obama, Now We Must Pressure Him« :

Take heart. My friend James North says Obama is not about to become a Palestinian nationalist–he’s way too careful– he knows the centrality of the issue, and he is basically on our side. Never forget: This man was friends with Rashid Khalidi. That friendship justly gave the Israel lobby the willies.

In North’s capacity as Beschloss, he offered the following Vivid Presidential Anecdotes:

LBJ: « You want me to be a statesman. First you have to get me elected. »

And, brilliantly, FDR to activists who were belaboring a point: « OK, you’ve convinced me. Now go out and put pressure on me. »

At the risk of gilding the lily, James North explains FDR’s calculation: « I’m on your side. But I’m a politician. I can’t expend political capital unless you show the world that I was pressured to do so. »

We will pressure Obama!

– le dissident pacifiste israëlien Uri Avnery, de Gush Shalom, écrit une belle chronique, « Turning the page« , dans laquelle il exprime de l’espoir, lui qui avait si durement critiqué Obama pour sa soumission à Aipac:

Today, it seems at the moment, the incredible will happen: the most important “white” country in the world will elect a black president.

143 years after the assassination of Abe Lincoln, the man who freed the slaves, and 40 years after the assassination of Martin Luther King, the dreamer of the Dream, a black family will occupy the White House.

This will have huge implications in many directions. One of them is an electrifying message to a worldwide order to which I belong: the Order of the Optimists.

How does an optimist differ from a realist? My definition is: a realist sees reality as it is. An optimist sees reality as it could be.

Enfin, Israël mis à part, une bonne chose avec la victoire d’Obama est qu’elle déplairait à l’Arabie séoudite:

Based on all the above, I would guess that the Saudis would prefer if McCain were to win. Furthermore, there are indications that they have a strong dislike to Senator Biden, primarily because of his public criticism of the Saudi royal family, its religious policies, and the very form of rule it represents. The Saudis have been relatively discreet about this animus towards Biden, and when it has surfaced, as in an editorial article by Jamal Khashogi in Al-Watan newspaper earlier this year, it has criticized Biden for his plan to divide Iraq into three parts. I believe the Saudis feel that they can proceed with business-as-usual with McCain but not with Biden, who is, paradoxically perhaps, more ideological when it comes to reforming Saudi Arabia’s regime.

(1) Ce diplomate étatsunien, juif orthodoxe, fût ambassadeur étatsunien au Caire puis tout récemment à Tel Aviv. Pour une idée de ses positions (voir aussi un chat sur le site de Haaretz):

« The policy is exactly what the president said, » Kurtzer said in the prerecorded interview. « In the context of a final status agreement, the United States will support the retention by Israel of areas with a high concentration of Israeli population. »

Kurtzer’s language went slightly further than the original Bush letter, which did not speak of Israel retaining territory it captured in the 1967 Middle East war but said only that a return to the prewar borders of 1949 was unlikely.

Mais l’honnêteté m’oblige à constater qu’il a également critiqué la politique de Clinton dans les négociations israëlo-palestiniennes comme étant celle d’un avocat d’Israël et pas d’un honnête intermédiaire: « The Clinton policy team is accused by Kurtzer and Lasensky of being « dysfunctional, » without any knowledge in Arab culture, a serious drawback especially at Camp David II« .

Colin Powell and the « f*** crazies »

Pour vous dire à quel point Barack Obama est un candidat révolutionnaire (McCain le traite de socialiste, ce qui aux Etats-Unis est l’équivalent ailleurs dans le monde d’un sataniste cannibale pédophile): Colin Powell, l’ex-chef d’état-major de Bush père lors de la deuxième guerre du Golfe (1) et ex-secrétaire d’Etat de Bush fils lors de la troisième guerre du Golfe (celle qui a commencé en 2003 avec l’invasion illégale de l’Irak) lui a déclaré sa flamme, maintenant que son élection semble être plus que probable (même si elle n’est pas acquise – remember Florida 2000 et Dallas 1963). Si les larmes ne vous viennent pas encore aux yeux, il suffira peut-être de préciser que Barack Obama souhaite le voir dans son staff pour son boulot de dans trois mois, pour paraphraser les Guignols.

Car il faut dire que Colin Powell est un homme d’un courage politique extrême: ayant servi Bush père et fils dans deux guerres contre l’Irak (certes, seule la seconde était illégale), ayant contribué par son image de modéré – je ne sais pas trop ce que ça veut dire: probablement que Powell n’est ni Cheney ni Rumsfeld – à l’élection puis la réélection de Bush fils, et ayant défendu, devant le Conseil de sécurité de l’ONU, le 5 février 2003, l’existence de fantomatiques armes de destruction massive (2), le voilà qui accourt au secours de la victoire annoncée du candidat Obama. N’égorgez donc pas vos moutons tout de suite, et ne baptisez pas tous vos fils présents et à venir Colin: ni Guantanamo, ni Bagram, ni Abou Ghraïb n’avaient fait démissioner notre héros, qui fût lourdé comme un chaouch une fois la réélection de Bush acquise.

Le commentateur David Corn de Mother Jones a bien noté que ce choix n’avait rien de téméraire:

By Wilkerson’s explanation, the circumstances are indeed in place for a Powell endorsement this weekend. At this stage–with Obama opening a lead, McCain failing to win the last debate, the economic crisis continuing to dominate the news, and not much time left for a major change of direction in the campaign–such an endorsement would be rather significant but it would also be only 60-percent gutsy.

Granted, les adversaires d’Obama ne sont pas très sympas: comme le résume Kevin Drum, également chez Mother Jones, « Obama is a Black Muslim, Anti-Christian Socialist Plotting with an Evil Jewish Billionaire« . Il ne manque plus qu’une mention de Bob Ménard, Moulay Hicham, Ali Lmrabet et le réseau Belliraj pour qu’un Marocain ne se sente pas dépaysé.

Pas besoin d’être paranoïaque pour craindre le pire – et se rappeler du beau palmarès des années 60: JFK, Malcolm X, Martin Luther King et RFK. Pour être certain que c’est pire de l’autre côté, en dépit des jambes de Sarah Palin, il suffit de voir cet extrait d’Al Jazeera English repris par Lenin’s Tomb:

Pour en revenir à Powell, il ressort d’un livre que je suis en train de terminer – « The accidental American: Blair and the presidency » de James Naughtie – que Powell a fait son sale boulot de secrétaire d’Etat – c’est-à-dire ministre des affaires étrangères – de Bush sans conviction, conformément à la tradition du mercenariat militaire:

Referring to the Cheney-Rumsfeld-Wolfowitz group, Powell did not find it necessary to conceal his irritation and feeling of alienation from their view. He told Straw in one of their conversations that they were « fucking crazies ». (James Naughtie, « The accidental American« , Pan Books, London, 2005, p. 127).

Ce bouquin, consacré à la « special relationship » censée lier le Royaume-Uni aux Etats-Unis, contient une autre citation intéressante, faite par un intime de Blair profondément impliqué dans la formulation de la politique étrangère à 10, Downing Street à l’époque (3):

People speak of the special relationship with the United States. Not only is it misleading as far as Britain is concerned, it misses the truth. There is only one special relationship in Washington. That is with Israel, because it is the only foreign country that can affect domestic politics in America. (id., p. 207)

(1) Nonobstant le nombrilisme étatsunien, la première guerre du Golfe fût celle entre l’Iran et l’Irak entre 1980 et 1988.

(2) Soit dit en passant, pour le volet nucléaire de ces armes de destruction massive, les Etats-Unis sont le seul Etat au monde à en avoir fait usage.

(3) Cette description, donnée par l’auteur, semble correspondre à Sir David Manning.

Mc Cain, né à l’étranger, peut-il être candidat à la présidence étatsunienne?

Pour être président des Etats-Unis, outre remporter la majorité du collège électoral, il faut en outre remplir des conditions de forme tenant à l’âge (35 ans), la nationalité (étatsunienne d’origine) et la résidence (14 ans de résidence aux Etats-Unis, au moins), selon l’article 2 section 1 de la Constitution US:

No person except a natural born Citizen, or a Citizen of the United States, at the time of the Adoption of this Constitution, shall be eligible to the Office of President; neither shall any Person be eligible to that Office who shall not have attained to the Age of thirty-five Years, and been fourteen Years a Resident within the United States.

La question de la nationalité étatsunienne d’origine, dans un pays d’immigration comme les Etats-Unis, est bien évidemment discriminatoire, mais comme vous le savez, la Constitution étatsunienne est une des plus difficiles à changer – il faut, en vertu de l’article 5, une majorité des deux tiers dans les deux chambres du Congrès et une ratification par les législatures des trois quarts des 50 états fédérés. La Cour suprême étatsunienne est d’ailleurs réticente à admettre des discriminations entre citoyens étatsuniens de naissance (« natural born citizens« ) et citoyens naturalisés:

We start from the premise that the rights of citizenship of the native born and of the naturalized person are of the same dignity and are coextensive. The only difference drawn by the Constitution is that only the « natural born » citizen is eligible to be President. Art. II, 1.

On notera qu’en droit marocain, mais aussi dans d’autres droits (le droit français par exemple), une discrimination est établie entre citoyens de naissance et naturalisés. Le Code de la nationalité marocaine dispose ainsi:

Article 16 : Effet individuel : La personne qui a acquis la nationalité marocaine jouit, à dater du jour de cette acquisition, de tous les droits attachés à la qualité de Marocain, sous réserve des incapacités prévues à l’article 17 du présent Code ou dans les lois spéciales.

Article 17 : Incapacités spéciales au naturalisé : L’étranger naturalisé est soumis aux incapacités suivantes pendant un délai de cinq ans :

Il ne peut être investi de fonctions publiques ou de mandats électifs pour l’exercice desquels la qualité de Marocain est nécessaire ;

Il ne peut être électeur lorsque la qualité de Marocain est exigée pour l’inscription sur les listes électorales.

Il peut être relevé en tout ou partie des incapacités prévues ci-dessus, par dahir ou par décret pris en conseil de cabinet, suivant que la naturalisation a été accordée par dahir ou par décret.

Une procédure unilatérale de déchéance de la nationalité marocaine est ouverte contre les seules personnes naturalisées, à l’exception donc des Marocain-e-s de naissance:

Article 22 : Cas de déchéance

Toute personne qui a acquis la nationalité marocaine peut en être déchue :

1° – si elle est condamnée :

– soit pour attentat ou offense contre le Souverain ou les membres de la famille royale ;
– soit pour un acte qualifié crime ou délit contre la sûreté intérieure ou extérieure de l’Etat ;
– soit pour acte constituant une infraction de terrorisme ;
– soit pour acte qualifié crime, à une peine de plus de cinq ans de réclusion ;

2° si elle s’est soustraite à ses obligations militaires ;

3° si elle a accompli au profit d’un Etat étranger des actes incompatibles avec la qualité de Marocain ou préjudiciables aux intérêts du Maroc.

La déchéance n’est encourue pour l’un des faits reprochés à l’intéressé et visés ci-dessus, que si ce fait s’est produit dans un délai de dix ans à compter de la date de l’acquisition de la nationalité marocaine.

Elle ne peut être prononcée que dans le délai de cinq ans à compter de la date du jugement.

Article 23 : Procédure de déchéance : La déchéance est prononcée par dahir lorsque la nationalité marocaine a été conférée par dahir.

Dans tous les autres cas, elle est prononcée par décret pris en Conseil de cabinet.

La déchéance ne peut être prononcée qu’après que l’intéressé a été informé de la mesure envisagée contre lui et mis à même de présenter ses observations.

Article 24 : Effet collectif de la déchéance : La déchéance peut être étendue à la femme et aux enfants mineurs de l’intéressé à condition qu’ils soient d’origine étrangère et qu’ils aient conservé une nationalité étrangère.

Elle ne peut, toutefois, être étendue aux enfants mineurs non mariés si elle ne l’est également à la mère.

Soit dit en passant, la déchéance, dont je regrette le principe – j’estime qu’une fois naturalisé, plus aucune différence ne doit subsister entre le citoyen naturalisé et celui qui l’est de naissance – peut donc être prononcée pour « des actes incompatibles avec la qualité de Marocain ou préjudiciables aux intérêts du Maroc« , notion vague à l’extrême, et non soumise à l’existence d’une condamnation en justice constatant ces actes. On remarquera aussi que si le naturalisé l’a été par dahir, il peut également être déchu par dahir – et comme vous le savez désormais, aucun recours juridictionnel, quel qu’il soit, n’est recevable contre un dahir. Le déchu n’a alors aucun recours possible contre sa déchéance…

Les dispositions relatives aux interdictions pesant sur les naturalisés les cinq premières années de leur naturalisation sont complétées par des dispositions spéciales d’autres textes législatifs, par exemple l’article 5 de la loi organique n° 31-97 relative à la Chambre des représentants:

Article 5 Sont inéligibles :

1 – Les naturalisés marocains, dans les conditions prévues par l’article 17 du dahir n° 1-58-250 du 21 safar 1378 (6 septembre 1958) portant code de la nationalité marocaine ;

Voir aussi l’article 9 de la loi organique n° 32-97 relative à la Chambre des conseillers:

Article 9 Sont inéligibles :

1 – Les naturalisés marocains, dans les conditions prévues par l’article 17 du dahir n° 1-58-250 du 21 safar 1378 (6 septembre 1958) portant code de la nationalité marocaine ;

Et enfin le Code électoral:

Article 5 : Ne peuvent être portés sur les listes électorales : (…)

2)les naturalisés marocains pendant cinq ans suivant leur obtention de la nationalité marocaine, tant qu’ils n’auront pas été relevés de cette incapacité dans les conditions prévues par le dernier alinéa de l’article 17 du dahir n° 1-58-250 du 21 safar 1378 (6 septembre 1958)portant Code de la nationalité marocaine ;

Pourquoi je vous parle de ça? Parce que la qualité de citoyen de naissance a été mise en doute s’agissant de John McCain, candidat républicain à la présidence étatsunienne, né à Panama le 29 août 1936 (cf. p. 2) d’un père amiral étatsunien en poste dans la zone du Canal de Panama, alors sous occupation étatsunienne (elle n’est revenue sous contrôle souverain du Panama que le 1er janvier 2000…). Et s’il n’est un « natural-born citizen« , il ne peut devenir président des Etats-Unis…

La question n’est pas nouvelle, s’agissant de McCain ou même de manière plus générale, et this being the United States, des actions judiciaires ont été intentées, sans réussite.

Le fond de l’affaire est le suivant: McCain est donc né en dehors des Etats-Unis, car si la zone du Canal de Panama était de facto sous contrôle étatsunien, elle n’était pas considérée, par les tribunaux étatsuniens, comme faisant partie du territoire des Etats-Unis. Mais peut-il être malgré cela être considéré comme un « natural-born citizen« ? Une loi de 1937, donc postérieure à sa naissance, accordait la nationalité étatsunienne aux enfants de citoyens étatsuniens nés dans la zone du Canal de Panama à compter du 26 février 1904 (à noter qu’en droit étatsunien d’aujourd’hui, la nationalité étatsunienne est accordée même en cas de naissance à l’étranger dans plusieurs autres cas de figure). Problème: cette loi étant postérieure à sa naissance, elle n’en ferait pas un ressortissant étatsunien de naissance…

C’est la thèse du professeur de droit , qui l’expose dans une étude de plus de 50 pages, « Why Senator John McCain Cannot Be President: Eleven Months and a Hundred Yards Short of Citizenship » – également accessible ici: why-senator-john-mccain-cannot-be-president. Un bref résumé:

Because Senator John McCain was not a citizen at birth, he is not a “natural born Citizen” and thus is not “eligible to the Office of President” under the Constitution. Senator McCain was born in 1936 in the Canal Zone to U.S. citizen parents. As requested by Senator McCain’s campaign, distinguished constitutional lawyers Laurence Tribe and Theodore Olson examined the law and issued a detailed opinion offering two reasons that Senator McCain was a natural born citizen. Neither is sound under current law. The Tribe-Olson Opinion suggests that the Canal Zone, then under exclusive U.S. jurisdiction, may have been covered by the Fourteenth Amendment’s grant of citizenship to “all persons born . . . in the United States.” However, in the Insular Cases, the Supreme Court held that “unincorporated territories” were not part of the United States for constitutional purposes. Accordingly, many decisions hold that persons born in unincorporated territories are not Fourteenth Amendment citizens. The Tribe-Olson Opinion also suggests that Senator McCain obtained citizenship by statute. However, the only statute in effect in 1936 did not cover the Canal Zone. Recognizing the gap, in 1937, Congress passed a citizenship law applicable only to the Canal Zone, granting Senator McCain citizenship, but eleven months too late for him to be a citizen at birth.

Cette interprétation ne fait cependant pas l’unanimité: ainsi, deux éminents juristes, l’un proche des démocrates (le professeur de droit constitutionnel Lawrence Tribe) et l’autre proche des républicains (Theodore Olson), avaient en début d’année pondu une note juridique démontrant pourquoi, selon eux, John McCain était un citoyen étatsunien de naissance, se fondant notamment sur des lois de 1790 et 1795, ainsi que sur la « common law » héritée du droit anglais.

Quoi qu’il en soit, l’unanimité se fait autour d’un point: Barack Obama a explicitement admis que John McCain était un « natural-born citizen ».

Obama and Sen. Hillary Clinton co-sponsored Senate legislation saying they thought the issue was bogus. On April 30, 2008, the U.S. Senate passed a resolution to put it to rest: “John Sidney McCain, III, is a `natural born Citizen’ under Article II, Section 1, of the Constitution of the United States.”

Case closed?

Not so fast.

Congress’ interpretation is not binding on the courts, said Jill Pryor, who 20 years ago wrote a 19-page paper on the natural-born issue for the Yale Law Journal.

“It may be that as a political issue, no one wants to touch this with a 10-foot pole,” said Pryor, now an attorney in Atlanta. “But that doesn’t mean it isn’t an issue.”

Cette polémique n’aura cependant aucune conséquence judiciaire, aucune personne n’ayant apparemment qualité pour agir à l’exception d’Obama ou des autres candidats à l’élection présidentielle:

Several legal experts said that Professor Chin’s analysis was careful and plausible. But they added that nothing was very likely to follow from it.

“No court will get close to it, and everyone else is on board, so there’s a constitutional consensus, the merits of arguments such as this one aside,” said Peter J. Spiro, an authority on the law of citizenship at Temple University.

(…) In the motion to dismiss the New Hampshire suit, Mr. McCain’s lawyers said an individual citizen like the plaintiff, a Nashua man named Fred Hollander, lacks proof of direct injury and cannot sue.

Daniel P. Tokaji, an election law expert at Ohio State University, agreed. “It is awfully unlikely that a federal court would say that an individual voter has standing,” he said. “It is questionable whether anyone would have standing to raise that claim. You’d have to think a federal court would look for every possible way to avoid deciding the issue.”

Le sondage Zogby sur l’opinion publique (qui n’existe pas) arabe en 2008

C’est un sondage périodique intéressant, qui montre notamment que la propagande étatsuno-séoudo-israëlienne présentant l’Iran et son programme nucléaire comme un danger pour les pays arabes unnites ne prend pas vraiment, y compris dans les pays du Moyen-Orient les plus travaillés par le sectarisme: ainsi, 73% des Séoudiens estiment que l’acquisition de l’arme nucléaire par l’Iran serait une bonne chose pour le Moyen-Orient (p. 30 – le chiffre équivalent pour le Maroc, où 750 personnes habitant Casablanca et Rabat ont été interrogées pour ce sondage, est de 37%, avec 35% estimant que les conséquences seraient néggatives et 28% que cela ne changerait rien – ces chiffres marocains indiquent peut-être l’influence des médias français tant sur les personnes interrogées que sur les journalistes marocains).

C’est surprenant, mais le Liban, pourtant très gravement confronté à un conflit sectaire sunnites/chiites, semble beaucoup moins réticent envers l’arme nucléaire iranienne que le Maroc, qui ne connaît aucun conflit sectaire de ce type: 15% des Libanais interrogés (mais on ne connaît pas la répartition confessionnelle de l’échantillon libanais) seulement estiment que l’Iran devrait être contraint à cesser son programme nucléaire, avec 75% d’avis contraires (pour le Maroc, la proportion est de 31% et 68% respectivement, seuls les Emirats arabes unis étant plus réticents, avec 34% et 55%) – sur les pays concernés par ce sondage, aucun ne dégage une opinion majoritairement favorable à l’interdiction du programme nucléaire iranien (cf. p. 33), en dépit de la propagande incessante en ce sens des médias séoudiens, et bien évidemment occidentaux.

Le fiasco de cette propagande est encore plus patent quand on interroge les personnes sondées sur le pays représentant la plus grande menace pour eux: 95% désignent Israël, 88% les Etats-Unis – et seulement 7% l’Iran et 1% la Syrie (p. 89). Idem quand on leur demande leur leader politique favori: le trio de tête, devançant le numéro quatre qui est un surprenant… Nicolas Sarkozy (!?), est Sayed Hassan Nasrallah (26%), Bashar al Assad (16%) et l’inénarrable Mahmoud Ahmedinejad (10%), soit un trio de tête composé de deux chiites et d’un alaouite, dont un non-arabe. Rappelez-vous en quand vous lirez la prochaine fois un journaliste, éditorialiste, « talking head » ou « fast-thinker » dire ou écrire que les arabes et les sunnites se sentent menacés par les Iraniens et les chiites…

Sur le conflit israëlo-palestinien, 73% des personnes interrogées (tous pays confondus) sont favorables à une solution de coexistence de deux Etats, un juif et un palestinien, ce dernier s’étendant sur tous les territoires occupés en 1967 y compris Al Qods (Jérusalem-est), tandis que 19% sont pour la lutte contre Israël même si les territoires occupés en 1967 sont rendus aux Palestiniens (p. 41) – et ces chiffres sont rigoureusement identiques à ceux obtenus auprès des personnes interrogées au Maroc (p. 42) .

Sur toute la région, la Palestine est citée parmi les trois questions les plus importantes par 86% des personnes interrogées (p. 44 ) – ceux qui se complaisent à penser, y compris au Maroc, que l’opinion des pays arabes est lassée de la question palestinienne en sont pour leurs frais.

La vision d’Israël est intéressante, car peu conforme au stéréotype voulant que les arabes soient persuadés de l’existence d’un immense complot judéo-sioniste qui asservirait le monde en général et les Etats-Unis en particulier: ainsi, ils sont 41% à penser que les Etats-Unis et Israël ont des intérêts mutuels la plupart du temps, et 26% à penser qu’Israël est un simple instrument de la politique extérieure étatsunienne, tandis que 24% pensent qu’Israël influence les Etats-Unis en vue d’obtenir son soutien (p. 47).

Sur la politique intérieure palestinienne, c’est-à-dire le conflit entre Hamas, vainqueur des élections législatives de 2006, et autorité palestinienne contrôlée par le Fatah, l’opinion arabe est plutôt favorable au Hamas, du moins lorsqu’elle prend parti ce qui n’est le cas que de 26% des personnes interrogées (8% favorables au Fatah, 18% au Hamas), 37% étant partagés et le reste sans opinion. Le Maroc est le pays où les personnes interrogées sont les plus partagées: 7% favorables au Fatah, 8% au Hamas (p. 53), ce qui traduit peut-être l’hypothèse émise plus tôt d’une plus grande réceptivité du public casablanco-rbati pour à la vision des faits reflétée dans les médias occidentaux. Le Maroc est également le seul pays parmi ceux couverts par ce sondage à avoir une opinion qui estime avec une légère majorité – 24% – que le Hamas est plus responsable de la crise interne palestinienne que le Fatah – 22%.

S’agissant du Liban, 9% des personnes interrogées dans la région sympathisent avec le gouvernement du sunnite Siniora, allié des Etats-Unis et de l’Arabie séoudite, tandis que 30% déclarent sympathiser avec l’opposition composée du Hezbollah, allié de l’Iran et de la Syrie, et de l’ex-général maronite Michel Aoun, 19% déclarant sympathiser avec les deux et 24% avec aucun des deux (p. 58). Au Liban même, l’opposition est relativement parlant majoritaire dans l’opinion (30%), le gouvernement recueillant 24%, tandis que ceux qui sont partagés sont 19% et ceux qui rejettent à la fois le gouvernement Siniora et l’opposition Nasrallah/Aoun sont 9%. Par confession, 83% des chiites soutiennent l’opposition (0% le gouvernement!), mais c’est le seul groupe où elle est majoritaire, les chrétiens étant les plus partagés (25% pour l’opposition, 45 % pour le gouvernement et 26% partagés), tandis les druzes sont les plus favorables au gouvernement (68%, contre 15% pour l’opposition) et les sunnites en même temps les moins favorables à l’opposition (seuls 4% des sunnites le sont, contre 55% pour le gouvernement, mais ce sont également ceux à être les plus nombreux à refuser de choisir – 18% – tandis 21% sont partagés) (p. 59). Le clivage le plus fort semble donc être entre sunnites et chiites…

Le classique du genre c’est l’attitude face aux Etats-Unis: pas de surprise, 4% sont très favorables et 64% très défavorables, avec 11% de quelque peu favorables et 19% de quelque peu défavorables, soit au total 15% d’opinions favorables et 83% d’opinions défavorables (p. 62)… Encore plus intéressant à cet égard est l’affirmation de 80% des personnes interrogées que leur opinion est le fruit de la politique étatsunienne au Moyen-Orient, seul 12% basant leur opinion sur les « valeurs » étatsuniennes (p. 71).

Pour 50% des personnes interrogées dans la région, la contribution étatsunienne à une paix juste en Palestine fondée sur la création d’un Etat palestinien sur tout les territoires occupés en 1967 et ayant Al Qods (Jérusalem-est) pour capitale améliorerait leur opinion des Etats-Unis – au Maroc ce chiffre est de 63% (seuls les Emirats arabes unis font mieux avec 90%) (p. 75).

S’agissant des élections présidentielles étatsuniennes, la position de l’opinion arabe interrogée est d’une indifférence marquée, combinée à du cynisme (c’est également ma position personnelle): 32% estiment que la politique étatsunienne au Moyen-Orient demeurera la même quel que soit le président élu parmi McCain, Clinton et Obama, tandis que 20% ne suivent pas la campagne électorale. Sur ceux qui prennent position, Obama est en tête (18%), avant Clinton (13%) et McCain(4%) (p. 78 ).

Ma thèse sur l’influence des médias français, plus consommés au Maroc que dans les autres pays concernés, sur les opinions des Marocains interrogés ne se vérifie pas en lisant leurs réponses aux médias audiovisuels qu’ils suivent pour les informations internationales (p. 104): 59% regardent Al Jazira, 12% MBC et… 9% les chaînes marocaines! La chaîne d’obédience séoudienne Al Arabiya ne recueille que 3%, Al Manar du Hezbollah 1% et la chaîne étatsunienne Al Hurra 1% – mais je suis surpris de l’absence totale de chaînes françaises voire espagnoles (au Sahara et au Nord) parmi les réponses, ce qui laisse suggérer que les réponses n’étaient possibles que parmi l’éventail de chaînes citées par le sondeur.

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