Libye: la roue tourne… jusqu’au Maroc?

C’est comme n’importe quel sub-saharien que le dernier premier ministre de l’ex-Guide suprême, Al Baghdadi Al-Mahmoudi, a été arrêté et condamné à six mois de prison ferme en Tunisie, pour « franchissement illégal de la frontière« . Il ne semble pas, à en croire Jeune Afrique qui rapporte l’histoire, que Al Mahmoudi ait plaidé être un demandeur d’asile politique, ce qui aurait pourtant pu être plaidable à défaut d’être vraiment recevable. Pour apprécier l’ironie de la situation, il faut savoir que la Libye, qui a acceuilli des centaines de milliers de travailleurs tunisiens et marocains pendant l’ère de Kadhafi, leur réservait un sort soumis à l’arbitraire le plus total, les expulsions massives de travailleurs d’une nationalité étrangère donnée se faisant au gré des humeurs diplomatiques du Guide suprême.

On apprend qu’un compagnon de Kadhafi, le commandant Khouildi Hamidi, a lui aussi été poursuivi – mais finalement relaxé par le tribunal – pour les mêmes faits de franchissement illégal de la frontière tunisienne. Sauf que lui n’a pas été arrêté dans un 4×4 dans le désert libyo-tunisien, mais à l’aéroport de Tunis, où il s’apprêtait à s’envoler pour… le Maroc. Ceci est surprenant: le Maroc n’a fait aucune difficulté à reconnaître le Conseil national de transition (CNT) libyen, et certaines informations – non confirmées – font état d’un éventuel soutien militaire et logistique aux « rebelles » libyens avant même la chute de Kadhafi. On peut se dire que Hamidi a choisi le Maroc sans l’accord préalable des autorités marocaines, mais il est également possible que le Maroc, naturellement proche d’un CNT venu au pouvoir avec l’appui de l’OTAN, confirme sa tradition de donneur d’asile aux despotes en perdition (pensons à Mobutu et au Shah d’Iran), sans risquer cependant trop d’ennuis avec le nouveau pouvoir libyen, contrairement à ce qui fut le cas avec la république islamique d’Iran.

On notera en outre que le Maroc, tout comme la Tunisie et contrairement bien évidemment à l’Algérie, est sur les starting blocks pour remporter des contrats lors de la reconstruction à venir de la Libye:

Le Maroc IN, l’Algérie OUT

Les entreprises du royaume chérifien sont-elles insensibles au changement de régime en Libye ? Pas complètement. Immobilier, construction, infrastructures, banques… Plusieurs groupes évaluent actuellement les opportunités nées de la chute de Kaddafi. Mais il faudra sans doute attendre plusieurs années avant de voir les relations commerciales entre les deux pays véritablement décoller. L’an dernier, la Libye apparaissait au-delà du 50e rang dans l’ordre des clients du Maroc. Et en matière économique, les projets communs sont souvent restés au stade de l’annonce, à l’image du partenariat, en 2008, entre l’Office chérifien des phosphates et le fonds souverain Libya Africa Investment Portfolio. Côté algérien, la Sonatrach, qui a un volume de contrats d’environ 350 millions d’euros dans le pays, risque d’être pénalisée, comme toutes les autres entreprises du pays, par le soutien des autorités à Kaddafi. J. C. (Jeune Afrique)

A suivre donc…

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