Gad el Maleh peut aller se rhabiller, la confrérie des compagnons de Gutenberg ouvre une section au Maroc

La stand-up comedy, ou l’humour politique, n’ont strictement aucune chance au Maroc, où l’Etat et ses affidés ont conservé le monopole du service public de la satire. J’ai ainsi pu lire dans mon quotidien préféré que la Confrérie des compagnons de Gutenberg avait créé une section au Maroc, événement historique lors de laquelle le ministre de la communication, l’haj Khalid Naciri, a été nommé docteur honoris causa de la confrérie.

J’ai vérifié, la date indique bien le 5 avril.

Bon, citons un peu Le Matin du Sahara et la MAP:

Promouvoir l’écriture, l’édition et la culture en général, hisser les liens de confraternité au plus haut niveau de l’amitié entre les membres et cultiver les liens de partage et de soutien, figurent parmi les objectifs assignés à cette association présidée par Mohamed Berrada, directeur général de Sapress.

Lors d’une cérémonie organisée à cette occasion en présence de Khalid Naciri, ministre de la Communication, porte parole du gouvernement, M. Berrada a exprimé sa satisfaction de la création au Maroc d’une section de la confrérie des compagnons de Gutenberg en jumelage avec celle existant en France.

Perso, je trouve particulièrement bien choisie la liste des personnalités marocaines distinguées par la Confrérie des compagnons de Gutenberg:

D’autres acteurs de la presse et de l’édition ont été également honorés à cette occasion. Il s’agit notamment de Mohamed Berrada, Abdelmouniim Dilami, P.-D.G. du groupe Eco-medias, Khalil Hachimi, directeur d’Aujourd’hui le Maroc et président de la Fédération marocaine des éditeurs de journaux, Abdellah Stouky, journaliste et écrivain, Abdou Moukite, imprimeur et expert en matériel d’imprimerie, Abdelkader Retnani, éditeur et président de l’Association marocaine des professionnels du livre, et Omar Jabri, imprimeur et éditeur.

On peut au moins se réjouir de la présence d’un rajaoui, Abdelkader Retnani, et souligner la contribution au folklore humoristique et à la défense de la langue française – un des objectifs de la confrérie – apportée par Khalil Hachimi Idrissi d’Aujourd’hui Le Maroc – quotidien qui se saisit à pleines mains des questions de société – et d’Abdelmounaïm Dilami – même si en lisant L’Economiste mes zygomatiques sont plus souvent stimulés à la lecture de Nadia Salah, mais c’est une question de goût et le goût ne se discute pas.

Pour donner aux béotiens que vous êtes une idée de l’importance de cette cérémonie, il suffit de préciser que l’information a été répercutée sur le site du ministère de la culture.

Ca n’a rien à voir mais il faut parfois meubler – voici ainsi ce qu’écrit sur la liberté de la presse au Maroc un torchon islamo-gauchiste inféodé à la junte d’Alger et aux caciques chiites de Téhéran, Le Monde:

De fait, depuis des mois, les désaccords n’ont cessé de grandir entre le pouvoir et les journalistes. Procès, amendes records, journaux saisis ou poussés à la fermeture, ont nourri la chronique de la crise. Le quotidien arabophone Akhbar Al-Yaoum reparaît sous un autre titre depuis trois mois, mais n’a jamais pu récupérer ses locaux toujours placés sous scellés ; le Journal hebdomadaire francophone, étranglé par ses dettes et confronté à la réduction drastique de ses recettes publicitaires, a dû mettre la clé sous la porte en février. Et le directeur d’Al-Michââl, Driss Chahtane, purge toujours, depuis cinq mois, une peine de prison pour avoir fait paraître des articles désobligeants sur le chef d’Etat algérien Abdelazziz Bouteflika, et la santé de Mohammed VI, malgré les appels répétés de son épouse, enceinte, au pardon royal.

« Est-ce que la presse insulte, diffame ? Oui, mais c’est à la justice de régler ça, or aucun procès ne respecte les conditions d’un procès équitable », souligne Khalid Jamaï, ancien journaliste, père d’Aboubakr Jamaï, l’un des fondateurs du Journal hebdomadaire. « Ces procès sont bidons », lâche Abderrahim Jamaï, avocat homonyme qui a souvent défendu la presse – sans jamais gagner un procès. « C’est difficile à croire, mais ça marche sans règles, soupire Ahmed Benchemsi, directeur de la publication de Tel Quel. Il faut savoir humer l’atmosphère. » Le magazine francophone, et sa version arabe Nichane, qui a déjà connu cinq procès, deux saisies, une interdiction, doit souvent composer avec les « lignes rouges ».

Ces propos haineux ne sont pas isolés – 55 medersas de formation de kamikazes islamo-fascistes de Peshawar à Sidi Moumen ont ainsi vomi leur haine contre le Marock:

Des associations arabes pour la liberté de la presse au Maroc: l’antidote au choc des civilisations

Trente et un membres de l’IFEX et 24 autres organisations condamnent l’offensive contre la liberté de la presse

(ANHRI/IFEX) – Le 23 octobre 2009 – Les organisations dénoncent les arrestations et le harcèlement incessants contre les journalistes et la presse indépendente:

Nous, soussignées, organisations de défense de la liberté de la presse et de la liberté d’expression, appelons le gouvernement marocain à cesser sa campagne contre la liberté de la presse, la plus violente qu’ait connu le Royaume depuis l’accession du souverain Mohamed VI au pouvoir en 1999.

Les trois derniers mois (août-octobre 2009) ont été marqués par une recrudescence de la campagne contre la liberté de la presse au Maroc. L’hebdomadaire indépendant francophone “Tel Quel” et sa version arabophone “Nichane” ont été interdits de publication, début août 2009, pour avoir publié un sondage sur la gouvernance de Mohamed VI, jugé outrageant pour le souverain et contraire aux bonnes mœurs.

Le 28 septembre 2008, le ministère marocain de l’Intérieur a fermé les locaux du quotidien indépendant arabophone “Akhbar Al Yaoum” sans décision de justice. Taoufik Bouachrine, directeur de la publication, et le caricaturiste Khaled Keddar ont été poursuivis en justice à la suite de la publication d’une caricature qui constitue, selon le ministère de l’Intérieur, “une atteinte au respect dû à un membre de la famille royale”.

Le 15 octobre 2009, le tribunal de première instance de Rabat a condamné Driss Chahtane, directeur de l’hebdomadaire arabophone “Al Michaal”, à un an de prison ferme pour avoir publié des articles évoquant la santé du Roi Mohamed VI. Driss Chahtane a été arrêté immédiatement après l’énoncé du verdit, sans attendre la procédure d’appel. Rachid Mahamid et Mustapha Hayrane, deux journalistes travaillant dans le même journal, se sont vus infliger des peines de trois mois de prison ferme et une amende de 5.000 dirhams (environs 655 $US) sans être arrêtés.

Dans une affaire séparée, mais pour les mêmes motifs, Ali Anouzla, directeur du quotidien arabophone “Al Jarida Al Oula”, et Bouchra Edaou, journaliste dans le même journal, seront traduits en justice, à Rabat, le 26 octobre 2009, pour publication de fausses informations concernant la santé du Souverain.

Ces procès qui ciblent, essentiellement, la presse indépendante, constituent une régression grave de la liberté de la presse au Maroc et risquent d’anéantir la petite marge de liberté qui existe encore dans ce Royaume. Ils constituent aussi une menace sérieuse pour la liberté de la presse dans le monde arabe, sachant que le Maroc représente un modèle pour les journalistes de la région.

L’emprisonnement des journalistes et l’interdiction des publications au Maroc constituent, faut-il le rappeler, une violation flagrante de l’article 19 (2) du pacte international relatif aux droits civils et politiques, ratifié par le gouvernement marocain.

Cet article énonce: “Toute personne a droit à la liberté d’expression; ce droit comprend la liberté de rechercher, de recevoir et de répandre des informations et des idées de toute espèce, sans considération de frontières, sous une forme orale, écrite, imprimée ou artistique, ou par tout autre moyen de son choix”.

Nous dénonçons ces procès à caractère politique. Nous dénonçons le harcèlement incessant contre les journalistes qui accomplissent leur devoir professionnel en diffusant des informations que le gouvernement marocain juge comme étant un franchissement des lignes rouges, telles que la santé du Roi ou les affaires de corruption qui intéressent l’opinion publique.

Les organisations arabes et internationales de défense de la liberté de la presse et de la liberté d’expression, soussignées, expriment leur entière solidarité avec les journaux et les journalistes marocains victimes de ces poursuites judiciaires. Elles appellent le gouvernement marocain à mettre fin à cette campagne contre la liberté de la presse et à abolir les peines privatives de liberté dans les procès de presse. Elles appellent, également, le gouvernement marocain à lever l’embargo imposé au quotidien “Akhbar Al Yaoum” et à l’autoriser à reparaître.

Les organisations signataires:

Arabic Network for Human Rights Information

ARTICLE 19: Global Campaign for Free Expression

Adil Soz – International Foundation for Protection of Freedom of Speech

Arab Archives Institute

Association Mondiale des Journaux et des Éditeurs de Médias d’Information

Bahrain Center for Human Rights

Cairo Institute for Human Rights Studies

Canadian Journalists for Free Expression

Center for Media Studies & Peace Building

Centro de Reportes Informativos sobre Guatemala

Comité por la Libre Expresión

Ethiopian Freepress Journalists’ Association

Exiled Journalists Network

Freedom House

Greek Helsinki Monitor

Index on Censorship

Institute of Mass Information

International Press Institute

Le Comité pour la protection des journalistes

Maharat Foundation (Skills Foundation)

Media Institute of Southern Africa

Media Rights Agenda

Media Watch

Pacific Freedom Forum

Pacific Islands News Association

Pakistan Press Foundation

Palestinian Center for Development and Media Freedoms

Public Association “Journalists”

Reporters sans frontières

The Egyptian Organization For Human Rights

World Press Freedom Committee

Al-Karamah “Dignity” Foundation for Human Rights, Egypt

Andalus Institute for Tolerance and Anti-Violence Studies, Egypt

Arab Commission for Human Rights

Arab-European Forum for Human Rights

Arab Organization for Supporting the Civil Society and Human Rights

Arabic Program for Human Rights Activists, Egypt

Association for Freedom of Thought and Expression, Egypt

Awlad Alard Organization for Human Rights

Bahraini Association for Human Rights

Bahrain Youth Society for Human Rights

Damascus Center for Theoretical and Civil Rights Studies, Syria

Egyptian Association against Torture

Egyptian Center for Economic and Social Rights

Egyptian Initiative for Personal Rights

Euro-Arab Forum for Freedom of Expression

General Assembly for Human Rights Defenders in the Arab World, France

Hisham Mubarak Law Center, Egypt

Human Rights First Society, Saudi Arabia

Nadeem Center for Psychological Therapy and Rehabilitation of the Victims of Violence, Egypt

One World for Development and Sustainability of Civil Society

Palestinian Human Rights Foundation (Monitor)

Reporters without Rights

Voix Libre pour les Droits de l’homme, Switzerland

Yemeni Organization for the Defense of Democratic Rights and Freedom

Pour vous donner une idée définitive de la haine anti-marocaine qui suinte un peu partout, ces quelques communiqués et rapports d’un ramassis de plumitifs oisifs qui nous haïssent pour nos libertés, le Committee to Protect Journalists:

– « CPJ urges Morocco to halt politicized prosecutions » (15 mars 2010)

– « CPJ trip to Morocco reveals gap between rhetoric and reality » (3 mars 2010);

– « Attacks on the Press 2009: Morocco » (16 février 2010);

– « Morocco’s most critical publication faces closure » (29 janvier 2010)

Heureusement, il nous reste la Confrérie des compagnons de Gutenberg.

The White Man has spoken: the makhzen is good for you

Amusante cette manie de convier l’Homme Blanc (1) afin de légitimer le régime marocain: on a connu les Constitutions de 1962, 1992 et 1996 rédigées par Maurice Duverger, Georges Vedel et Michel Rousset, les deux derniers étant conviés par Driss Basrila RTM à défendre les projets de constitution soumis au plébiscite populaire – comme si Sarkozy avait demandé à Mohamed Darif et Mohamed Tozy de venir défendre la récente réforme constitutionnelle française sur France 2.

Récemment, c’est à un nouveau triomphe de la diplomatie pastilla et de son pendant parisien que nous avons assisté: un séminaire – « Le développement politique, social et économique du Maroc : réalisations (1999-2009) et perspectives » – est organisé dans les locaux du Sénat français (et non pas par le Sénat lui-même, comme l’indique de bonne ou mauvaise foi Le Matin du Sahara) sur les dix années de règne de Mohammed VI – on retrouve d’ailleurs Michel Rousset dans la liste des participants. C’est avec une lucidité féroce et une témérité intellectuelle indéniable que Charles Saint-Prot, directeur de l’Observatoire français d’études géopolitiques (OEG), a dressé le terrible constat, dans une allocution sur « Le commandeur des croyants et la réforme du champ religieux: l’Islam du juste milieu« :

S.M. le Roi, Amir Al-Mouminine, situé au-dessus des autres pouvoirs constitutionnels classiques, est « le symbole et le garant du bien commun, en premier lieu l’unité nationale, tant sur le plan politique que spirituel et cultuel ».

« Le Roi, Commandeur des croyants, est aussi le principal artisan des évolutions puisque le progrès est naturellement synonyme de continuité »

Charles Saint-Prot a peut-être des défauts, mais il a au moins le mérite de résister au terrorisme intellectuel ilsamo-nihiliste qui dirige l’intelligentsia marocaine d’une poigne de fer. Le reste de sa harangue, reproduite dans le samizdat clandestin Le Matin du Sahara, a de quoi glacer le sang:

M. Saint-Prot a souligné que S.M. le Roi, Amir Al-Mouminine, situé au-dessus des autres pouvoirs constitutionnels classiques, est « le symbole et le garant du bien commun, en premier lieu l’unité nationale, tant sur le plan politique que spirituel et cultuel« .

« Le Roi, Commandeur des croyants, est aussi le principal artisan des évolutions puisque le progrès est naturellement synonyme de continuité« , a dit M. Saint-Prot, qui développait l’axe « le commandeur des croyants et la réforme du champ religieux : l’Islam du juste milieu« .

Il a fait remarquer que le rôle de l’Institution d’Imarat Al-Mouminine est fondamental dans la gestion du champ religieux et le maintien de l’unité politique, ajoutant que « la notion d’Amir Al-Mouminine combine à la fois la légitimité spirituelle et la légitimité temporelle« . (…)

Le directeur de l’OEG a, d’autre part, indiqué que « l’identité musulmane du Maroc est l’explication du consensus (Ijmaâ) sans faille réalisé autour de l’institution monarchique qui exprime bien cette heureuse combinaison entre tradition et progrès, offrant ainsi une image paisible et moderne de l’Islam« .

Deux précautions valant mieux qu’une, un autre témoin de moralité français est convoqué à la barre. Il s’agit de Dominique de Courcelles, présentée comme chercheuse au CNRS. Son parcours académique la qualifie de manière toute particulière à se pronocer sur le Maroc, l’islam et la Commanderie des croyants: entre deux études sur « Le corps des saints dans les goigs catalans de la fin du Moyen Âge » et « Plaidoyer pour un espace à plusieurs voix. A propos des rapports entre pensée et politique selon H. Arendt et A. Finkielkraut« , elle a consacré quelques études en rapport avec le sujet sur lequel elle avait à intervenir: « De la louange collective à l’angoisse du salut individuel…« , « Histoire de la littérature hagiographique… » ou « Entre la folie et les pleurs : la fonction de l’ironie lullienne dans le Desconhort (1295)« . L’expertise qui ressort de ses propos n’en est que plus digne d’éloges:

Pour sa part, Mme Dominique de Courcelles, directrice de recherche au Centre national français de la recherche scientifique (CNRS), a souligné l’attachement des Marocains à l’essence de ce qui a toujours fait la force de l’Islam marocain, en l’occurrence l’institution d’Amir Al-Mouminine, l’unité du rite malékite, la vertu de l’Ijtihad et le rejet des intégrismes et des extrémismes.

L’Islam est « une composante de la subjectivité de millions de Marocains et est aussi une composante de la culture et du développement« , a dit Mme de Courcelles dans son intervention intitulée « une nouvelle configuration du politique et du religieux« .

L’intégration de l’économie marocaine au monde globalisé accompagne les réaffirmations des identités individuelles et collectives ainsi que de l’identité nationale, a-t-elle noté, ajoutant qu' »il est alors possible de parler de démocratie et de démocratisation, de développement humain et d’agir, sans que le religieux et le politique soient en lutte de domination« .

« L’économique ne peut que profiter des liens réciproques et apaisés du religieux et du politique« , a affirmé Mme de Courcelles pour qui la mise en œuvre de l’Initiative nationale pour le développement humain (INDH) constitue à cet égard « une étape importante« .

L’article du Matin du Sahara, probablement rédigé dans la clandestinité, nous apprend que le colloque a été organisé par l’OEG de Charles Saint-Prot et le Centre de droit international et comparé (CEDIEC) de Paris-V. Aucun des noms figurant sur la liste des participants, Michel Rousset faisant bien évidemment exception, ne m’est connu pour ses écrits antérieurs sur le Maroc. Un des intervenants, Stève Gentili, est président de la BRED-Banque populaire, établissement bancaire français ayant signé un accord de partenariat avec la Banque Chaabi Populaire marocaine, banque contrôlée par l’Etat marocain – on présume qu’il aura à coeur de démontrer que les relations d’affaires entre son employeur et l’Etat marocain n’affectent en rien l’indépendance de son jugement sur le Maroc.

Cette absence apparente de spécialistes du Maroc est sans doute une bonne chose: rien de tel qu’un regard neuf non encombré de connaissances inutiles, futiles voire pernicieuses pour apprécier le Maroc des potentialités tel qu’il le mérite. Les bailleurs de fonds de ce séminaire en auront en tout cas eu pour leur argent. On notera que les Editions du CNRS publieront ce publi-reportage – on ose espérer pour les finances publiques françaises que les commanditaires de ce dernier paieront la note finale.

Tiens, à propos, le nom de Charles Saint-Prot me dit quelque chose. Ah oui, c’est lui qui a publié une hagiographie de Saddam Hussein du temps de sa gloire (1987), dont la revue Politique étrangère notait que « chantre ou griot, l’auteur ne fait pas dans le demie-mesure, à tel point qu’il n’est pas loin de manquer son but, vendre une image de marque« . Le nationalisme arabe dont il se réclame, dans la lignée d’un gaullisme dont il se réclame également, rend intéressantes et sympathiques certaines de ses analyses, mais le passage du nationalisme arabe à la sauce baathiste à la pastilla pro-occidentale makhzénienne nécessite sans doute un estomac solide.

C’est sans doute pour montrer sa capacité à épouser les aléas de la vie des affairesméandres de la diplomatie arabe que Charles Saint-Prot a fait de manière répétée la preuve la justesse de la confiance placée en lui – jugez-en:

  • le 12 février 2008, Le Matin du Sahara le cite comme appelant Alger à abandonner son attitude de blocage dans le conflit du Sahara (2)
  • le 24 avril 2008, re-belote, toujours sur l’affaire du Sahara marocain: Saint-Prot décrit dans Le Matin du Sahara le projet d’autonomie marocain pour le Sahara comme étant le meilleur moyen de garantir la stabilité régionale
  • le 18 juin 2008, Le Matin du Sahara le cite comme affirmant que « l’obstination d’Alger met toute la région en danger« 
  • le 9 juillet 2008, Le Matin du Sahara cite notre désormais incontournable expert qui affirme cette fois-ci que l’ouverture des frontières terrestres maroco-algériennes contribuerait à la réussite de l’Union pour la Méditerranée

Je dois cependant dire que la rédaction du Matin du Sahara et ceux qui la conseillent ont le nez creux: deux de leurs autres experts attitrés és affaires indigènes ont en effet connu quelques déboires.

L’homme qui valait trois millions, alias Claude Moniquet, président de l’immense European Strategic Intelligence and Security Center (ESISC), après avoir libéré l’URSS, avait été allumé par Maroc-Hebdo pour hostilité viscérale au Maroc quelques mois avant de publier un rapport très favorable au Maroc sur la question du Sahara – tellement favorable que le Journal hebdomadaire avait qualifié ce rapport de « travail de commande » – affirmation qui a coûté trois millions de dirhams pour diffamation au Journal et amené Boubker Jamaï à choisir l’exil. Il est vrai que le journal francophone de référence en Belgique, Le Soir, en avait dressé un portrait le décrivant comme un mercenaire de droite se vendant au plus offrant, ce que l’intéressé a bien évidemment nié. Depuis, l’idéologie néo-conservatrice et fanatiquement pro-israëlienne de Moniquet – son dernier ouvrage, « Gaza, le grand mensonge« , est préfacé par Mohamed Sifaoui et prétend dénoncé la propagande islamiste qui tente d’accréditer la thèse selon laquelle la guerre israëlienne contre Gaza en 2008/2009 aurait été illégale et illégitime – ne l’ont pourtant pas tout à fait démonétisé aux yeux de ses amis marocains, qui y fait appel en 2008 pour un nouveau rapport de l’ESISC sur le Polisario, en reconnaissance sans doute de la bonne volonté de ce dernier (voir cet entretien accordé au Matin du Sahara). Il faut dire que suite à ses propos sur l’islam sur un plateau de la télévision belge, il fût en 2004 agressé physiquement par un footballeur professionnel marocain évoluant en Belgique… On notera enfin que le fameux rapport de l’ESISC de 2005 sur le Polisario n’est plus accessible sur leur site, signe sans doute d’une salutaire prudence…

Autre grand expert et néanmoins ami du régime marocain, Ayméric Chauprade, enseignait cette matière aux contours aussi flous que le contenu, la géostratégie, discipline appréciée des diplomates, journalistes et militaires et destinée à ceux qui ne maîtrisent ni l’histoire, ni les sciences politiques, ni la langue des pays qu’ils prétendent analyser. Cela l’a amené à devenir conférencier en géopolitique au Collège royal de l’enseignement militaire supérieur du Royaume du Maroc, petit détail que les journaux officiels ou officieux marocains l’interviewant ou le citant (la MAP, La Gazette du Maroc, L’Economiste, La Vie économique, Maroc Hebdo) omettaient de diffuser. Sa ligne politique est souverainiste – un point commun avec Charles Saint-Prot – et plutôt à droite de la droite, s’il faut en juger par les réactions sur la blogosphère suite à son limogeage  le 5 février 2009 de son poste d’enseignant de l’ex-Ecole du guerre française pour ce qui semble être un délit d’opinion (3) – la mise en cause de la thèse officielle autour des attentats du 11 septembre 2001. Comme le rappelle Jean Guisnel du Point sur son blog, il fût directeur de campagne de l’islamophobe Philippe de Villiers aux élections européennes de 2004, opposé à l’adhésion turque à l’UE, s’inquiète de la submersion de la population européenne par les immigrés et est un militant catholique partisan guère opposé aux thèses huntingtoniennes de conflit des civilisations (4) – qualités qui le rendent éminemment bien placé pour prodiguer un enseignement aux officiers de l’armée marocaine… Et c’est sans doute à titre bénévole qu’il est intervenu le 9 octobre 2007 devant la quatrième commission de l’Assemblée générale des Nations-Unies pour défendre les thèses marocaines…

Etonnante d’ailleurs cette propension des Français d’extrême-droite ou de droite dure pour le Maroc et sa monarchie – il faudrait y rajouter l’historien lepéniste, colonialiste et partisan de l’apartheid Bernard Lugan, pied-noir et auteur d’une dithyrambique histoire du Maroc (5), et feu Jacques Benoist-Méchin, condamné à mort en 1947 pour faits de collaboration avec l’occupant, témoin du coup d’Etat de Skhirat et auteur d’une hagiographie sur la dynastie alaouite – mais c’est la matière à un autre post.

(1) Clause de style, à ne pas prendre au pied de la lettre bien entendu.

(2) Je ne lui donne pas tort sur ce coup-là.

(3) Même si je conçois fort bien que la liberté d’expression d’un enseignant à l’école de guerre puisse connaître des restrictions plus poussées en raison des fonctions sensibles occupées.

(4) Il  ainsi donné un interview au mensuel d’extrême-droite Le Choc du Mois dans un numéro titré « Oui, les races existent!« …

(5) Il enseigne lui aussi à l’ex-école de guerre française, tout comme Ayméric Chauprade, mais il est possible de soutenir l’apartheid et la colonisation et de former des officiers français tant qu’on ne touche pas au 11 septembre ou à Israël. Histoire de tradition, sans doute.

%d blogueurs aiment cette page :