Spécial dédicace pour les auditeurs de Médi 1, lecteurs de blogs marocains et quelques autres personnes

Lu dans Financial Times à l’instant:

Hizbollah, the Shia group backed by Iran and Syria, received a significant concession – a blocking minority in a new cabinet – but was also seeking an electoral law that could secure a better performance for its Christian allies in Beirut in next year’s parliamentary elections. (…)

The dispute over the division of electoral districts in Beirut – in effect, over a few seats – might appear a detail but it could prove decisive in the elections in which the opposition is hoping to reverse the governing ­coalition’s parliamentary majority.

Opposition officials have complained that the coalition was intent on thwarting any chance of real electoral competition in Beirut. Government loyalists, meanwhile, have charged that the opposition was seeking to control Beirut, a stronghold of the Sunni community that leads the coalition.

Hizbollah’s allies insisted that they would not leave Doha without a deal and negotiations were continuing.

Le Hezbollah se battrait-il à Doha pour défendre les intérêts électoraux de ses alliés chrétiens? Nous aurait-on menti à l’insu de notre plein gré?

Logique en fait: le Hezbollah cherche à renforcer le poids électoral de son allié maronite, l’ex-général Michel Aoun, dans la circonscription de Beyrouth, fief du bloc Hariri. Je tiens d’ailleurs à préciser que lors des dernières élections législatives de 2005, une des trois circonscriptions beyrouthines avait une liste commune composée de, accrochez-vous, la veuve de Bachir Gemayel, le Hezbollah et le Tayyar al Moustaqbal de Hariri. Amis des idées simples, intéressez-vous à autre chose que la politique libanaise…

Je dédie ce post aux personnes précitées, qui lisent, écoutent estiment et répètent que le Hezbollah est un parti fanatique, islamo-fasciste, antisémite, terroriste, putschiste, qui cherche à imposer un Etat islamique au Liban, qui ne tolère aucune dissidence politique ou religieuse, et qui prépare déjà le statut de dhimmi qu’il imposera aux autres confessions non-musulmanes du Liban. Je le dédie aussi à ceux qui croient qu’au Liban, il s’agit d’une confrontation entre Occident et Orient, islam et chretienté, dar al harb contre dar al islam, Lumières contre fanatisme, ceux qui aiment la vie et ceux qui souhaitent la mort, guerre contre paix, ying contre yang et Raja contre Wydad. Enfin, je souhaite rappeler aux débiles mentaux fidèles lecteurs de la presse mainstream qui par extraordinaire liraient ce post que je ne prétends pas que le Hezbollah est sans faute et sans reproche ou une réincarnation de la démocratie-chrétienne norvégienne ou de la social-démocratie finlandaise.

PS: il semblerait cependant, à en croire les premières infos sur l’accord de Doha, que l’opposition Hezbollah/Amal/Tayyar (Aoun) ait lâché du lest sur ses revendications électorales à Beyrouth… mauvaise journée pour Michel Aoun, qui ne sera sans doute jamais président (le général Michel Sleimane est le candidat consensuel désigné à Doha) et qui n’a pas pleinement obtenu gain de cause à Doha sur les circonscriptions électorales de Beyrouth:

Also agreed upon at Doha is the adoption of the Qada (Lebanese administrative District)-based 1960 electoral law with Beirut divided into three constituencies:

* The first electoral district comprises Ashrafiye, Rmeil and Saifi with five seats: Two Armenians, one Maronite, one Orthodox and one Catholic;

* The second electoral district comprising Bashoura, Medawwar and Marfa’ with four seats: One Sunni, one Shiite and two Armenians;

* The third electoral district comprising Mazraa, Msaytbe, Ras Beirut, Mina el Hosn, Zaqa el Blat and Dar el Mrayseh with ten seats: Five Sunnis, one Shiite, one Druze, one Orthodox, one Evangelical and one for the minorities.

This arrangement is actually pretty fair to both sides for now given the current circumstances and the fact that there has been no census since 1932. Saad Hariri got most of what the Future Movement wanted in order to preserve his electoral base in West Beirut.

PPS: Comme le souligne lixy dans un commentaire, cette tirade anti-MSM est fondée sur un extrait du Financial Times de Rupert Murdoch. Ceci n’affecte bien évidemment pas mon infaillibilité suprême.

« Vous savez, Colonel, que je suis socialiste ? »

Lu dans le mémoire de DEA de Jean Bury, « Les Casques Blancs: le détachement des observateurs français à Beyrouth 1984-1986« , p. 32:

Le Parti Socialiste Progressiste est minoritaire mais très bien organisé. Il se défend d’être un parti druze, mais il est druze à 90% : il comprend de surcroît des « soldats perdus » organisés en commandos de choc, recrutant chez les Kurdes, les Palestiniens, etc. : ces commandos sont en fait de la chair à canon, souvent droguée préalablement à l’envoi en mission. Le P.S.P. est en fait, sous une appellation moderne à l’occidentale, un clan féodal. Walid Joumblatt a repris la structure du P.S.P. à la suite de son père Kamal, qui l’a créé, afin de recueillir l’héritage socialiste qui confère une image rayonnante au mouvement, mais sa sincérité est plus que douteuse. Le général Bury raconte l’apostrophe que lui lance Walid Joumblatt à leur première rencontre : « Vous savez, Colonel, que je suis socialiste ? » – ce avant d’éclater de rire.

D’autres remarques pertinentes émaillent ce mémoire, qui ne s’arrête cependant qu’à la période 1984/1986:

Les Observateurs se sont parfois trouvés décontenancés, à leur arrivée, par l’inextricable imbroglio de la situation libanaise. Le colonel Leplomb explique comment ils durent apprendre que ce qu’on croyait acquis la veille pouvait aussi bien être remis en cause le lendemain, et qu’à l’inverse des problèmes réputés insurmontables (démantèlement des barricades, par exemple) pouvaient trouver leur solution en une nuit. (p. 21)

Plus ça change…

PS: L’auteur du mémoire n’est pas insensible à la « cause » des Gemayel – voici ce qu’il a à dire sur le massacre de Sabra et Chatila:

Le 15 septembre, l’armée israélienne envahit Beyrouth Ouest et, sous sa responsabilité directe, des miliciens essentiellement phalangistes entrent dans les camps palestiniens de Sabra et Chatila pour le « nettoyer ». Plusieurs centaines de Palestiniens y perdront la vie (23). L’événement remue l’opinion mondiale – qui reste plus indifférente aux massacres de chrétiens perpétrés par le P.S.P. dans le Chouf pour créer, par épuration, le canton druze.

(23) Loin des 3 500 à 5 000 victimes fantaisistement annoncées par Le Monde du 3 juillet 1987, Jean-Pierre Alem recense 1 300 morts. Le rapport du procureur militaire libanais Assad Germanos dénombre 328 corps et fait état de 991 disparus qui ont pu être faits prisonniers.

Le massacre de Halba, un massacre sans aucune importance


Je vais vous parler d’une atrocité qui a eu lieu récemment au Liban. Mais je vais devoir déçevoir les partisans de la liberté, du progrès, de la modernité, de la démocratie, de l’avenir, du respect de la constitution et des institution, de la paix, de la pilule du lendemain, du vaccin contre le sida, de la fête des mères et même de la vie au Liban: cette atrocité est en effet dûe aux forces de l’avenir.

Vous en avez sans doute pas entendu parler, à moins que vous soyiez à l’affût de l’information sur les blogs libanais ou si vous suivez certaines chaînes satellitaires arabes – car la presse occidentale, et ses ersatz marocains, n’en a pas pipé mot. Il s’agit du massacre barbare de douze militants du PSNS (Parti social national syrien), parti multi-confessionnel (même si ses militants sont généralement et hâtivement perçus comme étant des chrétiens non-maronites – des grecs orthodoxes pour faire bref) pro-syrien avec un drôle de symbole.

Ce petit hizbicule est bien évidemment membre à part entière de l’opposition au gouvernement Siniora, regroupée autour du Hezbollah et d’Amal (chiites) et du Tayyar d’Aoun (maronite) (1), ainsi que le parti Baath libanais, El Merada du zaïm maronite de Zghorta Sleiman Frangié, les partisans druzes du zaïm (minoritaire dans sa communauté) Talal Arslane, un parti arménien (le Tashnag), ainsi que d’autres hizbicules et personnalités que j’oublie peut-être. Comme pour toutes les formations politiques libanaises, la sinuosité de son parcours est remarquable: avec une inspiration fasciste à l’origine, tout comme la Kataëb (phalange) des Gemayel, ce parti tenta en 1958 un coup d’Etat contre le président-général (maronite of course) Fouad Chehab, sans doute le président le plus progressiste qu’ait eu le Liban, et qui tenta en 1958 un politique étrangère équilibrée, rompant avec l’alignement aveuglee sur les Etats-Unis et la France décidée par son prédecesseur, Kamil Cham’oun. Cet politique équilibrée fût décriée par la majorité de l’opinion maronite comme étant nassérienne – la guerre civile de 1958, ayant entraîné un débarquement de l’US Marine Corps, avait été le fait des nassériens, chiites et sunnites – et le coup d’Etat avorté du PSNS fût applaudi par les irréductibles maronites, partisans du réduit phénicien, avant-garde de l’Occident dans l’océan arabe du Moyen-Orient.

Plus tard, le PSNS allait évoluer à 180°, rejoignant la coalition islamo-progressistes (on ne disait pas encore islamo-gauchiste) autour de Kamal Jumblatt dans les années 70, et se mettant au service de l’occupant syrien, et devenant de fait l’épouvantail des mêmes irréducitbles maronites, puis, après l’assassinat de Rafiq Hariri, celui des sunnites. Lors de la mainmise syrienne sur le Liban, le PSNS allait bien évidemment être un allié fidèle de Damas, s’alliant, sur le modèle des partis communistes du Komintern, avec ceux que son parrain souhaitait.

Revenons-en au massacre de Halba: il a eu lieu la nuit du 9 au 10 mai à Halba, au Nord Liban, dans le qadha d’Akkar. Les mosquées sunnites de ce patelin appelèrent apparemment – s’il faut en croire un partisan du PSNS, rescapé du massacre – à une « manifestation » des partisans de Hariri devant le siège local du PSNS – qui avait déjà fait l’objet d’une « manifestation » similaire en 2007, lors de laquelle les « manifestants » haririens et militants du PSNS échangèrent leurs points de vue à coup d’armes automatiques. Très vite, le siège local du PSNS fût encerclé par des militants futuristes armés. L’armée libanaise avait cependant, par ses barrages, désarmé une cinquantaine de combattants de Hariri. Ayant épuisé leurs munitions vers 5 heures matin le samedi, les militants du PSNS acceptèrent la médiation d’un cheikh sunnite, en présence de soldats de l’armée (supposée être favorable à l’opposition hezbollahie/aounie dont fait partie le PSNS). Ils acceptèrent d’évacuer leurs locaux et de les remettre à l’armée. L’armée prit possession des locaux mais fût débordée – ou plutôt resta passive – par les miliciens de Hariri, qui exécuta sommairement douze membres du PSNS capturés sur les lieux, dont certains après les avoir suppliciés. Leurs corps furent ensuite mutilés à la hache.

Un milicien haririste eut la bonne idée de filmer cet exploit, qui est désormais accessible un peu partout sur le web – ici (je recommande d’ailleurs ce blog, Lebanese Chess), ici, ici, ici, ici,ici et ici (ce sont les mêmes vidéos). Personnellement, je ne les ai pas regardées – il m’a suffi des premières secondes sur l’une d’entre elles pour ne pas pouvoir aller plus loin, et ne pas regretter mon choix de ne pas opter pour la médécine légale.

Les victimes sont listées sur le blog d’un des survivants du massacre du côté du PSNS, qui a publié puis retiré une liste nominative des attaquants du courant du Futur haririen – c’est une guerre civile, et dans les guerres civiles, les voisins tuent les voisins et les cousins les cousins. Le déroulement des événements est également tiré de son blog (en attendant qu’un des auteurs du massacre en parle sur son blog…).

Je vous laisse juges: si le Hezbollah ou un de ses alliés s’était rendu coupable d’une telle atrocité, que croyez-vous aurait été la couverture de ce massacre dans le New York Times, Asharq al Awsat, Al Arabiya, Newsweek, Le Monde, TF1 ou CNN? Croyez-vous qu’aucune chancellerie occidentale ou arabe n’aurait réagi?

Dans les faits, mis à part quelques médias arabes indépendants, ainsi que des journaux australiens (une des victimes du massacre était un binational libano-australien). Comme l’écrit Nidal sur son blog Loubnan ya Loubnan:

C’est là une situation exemplaire. Vraiment exemplaire.

Le gars du PSNS pense que «le monde entier est témoin de l’horreur [du] massacre [de Halba]». Il n’a pas de raison de douter que ce soit le cas: depuis quelques jours, les images (insoutenables) de ce massacre circulent sur Youtube et ont été diffusées par Al-Manar (la chaîne de Hezbollah).

(…)
Et là où c’est particulièrement sidérant, c’est que si chacun dans le monde arabe a entendu parler de cette image et que le PSNS croit pouvoir annoncer que «le monde entier est témoin de l’horreur de ce massacre», aucun média occidental n’a évoqué cette affaire. Non, vraiment, non. Ce genre de sujet c’est pour les Arabes; dans la presse libre du monde libre, ça n’intéresse personne. Dans la presse libre du monde libre, il y a des milliers de journaux, des centaines de milliers de journalistes, et aucun ne juge intéressant de faire une brève là-dessus; ni pour évoquer le massacre, ni même indirectement pour évoquer le scandale qu’il provoque.

(…)

Réponse donc au gars du PSNS: non, le monde entier n’est pas témoin de ce massacre. Le monde entier n’a rien vu. Les journalistes du monde entier ont autre chose à faire.

Petite précision par ailleurs: dans le contexte libanais, il est intéressant de noter que onze des douze victimes seraient – le conditionnel s’impose – sunnites – le PSNS, qui réfute le confessionnalisme, n’en fait pas état, mais c’est une information glanée sur plusieurs forums.

PS: Juste après avoir terminé ce post, je me rends sur le site de The Independent, et tombe sur cet article de Robert Fisk:

But I brought up the tiny matter of the little massacre in northern Lebanon in which 10 or 12 militiamen were captured and then murdered before being handed over to the Lebanese army. Their bodies were – I fear this is correct – mutilated after death.

« They deserved it, » the elegant woman on my left said. I was appalled, overwhelmed, disgusted, deeply saddened. How could she say such a thing? But this is Lebanon and a huge number of people – 62 by my count – have been killed in the past few days and all the monsters buried in the mass graves of the civil war have been dug up.

(1) En disant que le Tayyar est maronite, ou que le Hezbollah est chiite, on simplifie un peu (mais pas exagérément). En raison du système électoral libanais, où chaque mandat de député est réservé à une confession, un parti comme le Hezbollah a compté des députés chrétiens – lors des élections de 2005, le maronite Pierre Serhal a ainsi été élu sous les couleurs du Hezbollah à Jezzine. Le clientélisme local joue également un rôle: les chrétiens, minoritaires au Liban Sud mais fortement présents dans certains villages, ont tout intérêt à voter pour le Hezbollah en vue d’obtenir le soutien économique et politique de ce dernier pour leurs projets locaux.

« Siniora is so much an instrument of US and Saudi policy that he should be provided a federal judgeship to retire to… »

Ce n’est pas un islamo-gauchiste marocain accro à Al Jazira, Tariq Ramadan et Rachid Nini qui écrit ça mais un colonel de l’US Marine Corps et du Defense Intelligence Agency, le bloggeur Pat Lang de Sic Semper Tyrannis, qui réagit à une chronique du New York Times:

It is increasingly clear that David Brooks is not an editorial columnist. He is a propagandist for the hard right in this country and in Israel. « Implacable enemies? » « ..an armed assault on the democratic government of Lebanon? » Brooks is not a stupid man. He knows very well that the various Lebanese factions are engaged in a struggle over re-alignment of power in the government that has been in progress for most of a year. He knows that Hizbullah, Amal, the Aounis and others all hold seats in the parliament and are for that reason, in fact, part of the « government of Lebanon » that he writes of just as members of Congress are part of the government here. He knows exceedingly well that todays’s « terrorists » are often tomorrow’s rulers, (Kenyatta, Begin, Shamir, etc) He knows very well that his factional allies in the Bush Administration and in Israel favor the Siniora Cabinet in Beirut because they are supremely biddable and useful tools. Siniora is so much an instrument of US and Saudi policy that he should be provided a federal judgeship to retire to when when he is finally ejected from office. (Maybe Guam would be a good place. That was suggested for Thieu long ago)

« Implacable terrorist. » I suppose that is what the British called Menachem Begin and Begin’s hero Michael Collins before they became heads of government.

La ministre israëlienne des affaires étrangères a apporté son soutien au gouvernement Siniora:

Vice Prime Minister and Minister of Foreign Affairs Tzipi Livni said that « Lebanon exemplifies a country where the moderates are growing weaker as Iran attempts to gain control with the aid of an armed militia, and to destabilize the region at the same time. Israel expects all countries of the world who share its values to demonstrate decisiveness in their opposition to extremism ».

La presse israëlienne fait la comparaison entre Fouad Siniora et Abou Mazen, qui n’est sans doute pas flatteuse pour le premier:

Throughout the week it was possible to hear the wails of the losers, among them Prime Minister Fuad Siniora who, in lacerative rhetoric, described Hezbollah as « insurrectionists, » exactly the same word Palestinian President Mahmoud Abbas uses to describe Hamas. « They have stabbed democracy in the back »

Car rappelez-vous la révélationtardive certes – de Vanity Fair, preuves à l’appui:

After failing to anticipate Hamas’s victory over Fatah in the 2006 Palestinian election, the White House cooked up yet another scandalously covert and self-defeating Middle East debacle: part Iran-contra, part Bay of Pigs. With confidential documents, corroborated by outraged former and current U.S. officials, David Rose reveals how President Bush, Condoleezza Rice, and Deputy National-Security Adviser Elliott Abrams backed an armed force under Fatah strongman Muhammad Dahlan, touching off a bloody civil war in Gaza and leaving Hamas stronger than ever.

Ce stratagème étatsunien, rappelant la Baie des Cochons, a choqué même un néo-con pro-israëlien (redondance!) de l’administration Bush, David Wurmser, qui a démissionné pour cette raison:

Within the Bush administration, the Palestinian policy set off a furious debate. One of its critics is David Wurmser, the avowed neoconservative, who resigned as Vice President Dick Cheney’s chief Middle East adviser in July 2007, a month after the Gaza coup.

Wurmser accuses the Bush administration of “engaging in a dirty war in an effort to provide a corrupt dictatorship [led by Abbas] with victory.” He believes that Hamas had no intention of taking Gaza until Fatah forced its hand. “It looks to me that what happened wasn’t so much a coup by Hamas but an attempted coup by Fatah that was pre-empted before it could happen,” Wurmser says.

The botched plan has rendered the dream of Middle East peace more remote than ever, but what really galls neocons such as Wurmser is the hypocrisy it exposed. “There is a stunning disconnect between the president’s call for Middle East democracy and this policy,” he says. “It directly contradicts it.”

Mohamed Dahlan, l’homme fort du régime d’Abou Mazen – fidèle allié d’Israël et des Etats-Unis – ne nie pas farouchement l’imputation d’être proche des services étatsuniens:

Dahlan worked closely with the F.B.I. and the C.I.A., and he developed a warm relationship with Director of Central Intelligence George Tenet, a Clinton appointee who stayed on under Bush until July 2004. “He’s simply a great and fair man,” Dahlan says. “I’m still in touch with him from time to time.”

Soyons honnêtes tout de même: si Dahlan n’est pas insensible aux souhaits des services étatsuniens, le président palestinien Abou Mazen ne l’est guère plus:

Washington reacted with dismay when Abbas began holding talks with Hamas in the hope of establishing a “unity government.” On October 4, 2006, Rice traveled to Ramallah to see Abbas. They met at the Muqata, the new presidential headquarters that rose from the ruins of Arafat’s compound, which Israel had destroyed in 2002.

America’s leverage in Palestinian affairs was much stronger than it had been in Arafat’s time. Abbas had never had a strong, independent base, and he desperately needed to restore the flow of foreign aid—and, with it, his power of patronage. He also knew that he could not stand up to Hamas without Washington’s help.

At their joint press conference, Rice smiled as she expressed her nation’s “great admiration” for Abbas’s leadership. Behind closed doors, however, Rice’s tone was sharper, say officials who witnessed their meeting. Isolating Hamas just wasn’t working, she reportedly told Abbas, and America expected him to dissolve the Haniyeh government as soon as possible and hold fresh elections.

Abbas, one official says, agreed to take action within two weeks. It happened to be Ramadan, the month when Muslims fast during daylight hours. With dusk approaching, Abbas asked Rice to join him for iftar—a snack to break the fast.

Afterward, according to the official, Rice underlined her position: “So we’re agreed? You’ll dissolve the government within two weeks?”

“Maybe not two weeks. Give me a month. Let’s wait until after the Eid,” he said, referring to the three-day celebration that marks the end of Ramadan. (Abbas’s spokesman said via e-mail: “According to our records, this is incorrect.”)

Et l’alignement d’Abou Mazen n’est pas que platonique, comme le révèle dans un autre article la journaliste Helena Cobban:

Throughout late 2006 and 2007, the Hamas leaders had to deal with the growing military challenge that Fateh was posing, with Washington’s encouragement, to their strongholds in Gaza. In April 2007 a Jordanian paper leaked details of a plan whereby hundreds of U.S.-armed and U.S.-trained Fateh units who had been sent to Gaza under the guise of “upgrading the Palestinian security forces” would seize control. Hamas pre-empted the plan’s implementation. In five days of brutal fighting, Hamas fighters routed the newly deployed Fateh forces from the Strip. Many Fateh fighters defected to Hamas. Some were killed. The Israelis finally allowed the battered Fateh remnants to transit Israel and regroup in the West Bank. In Ramallah a badly piqued President Abbas announced the dissolution of the Hamas-led government and its replacement with a “technocratic” government led by long-time U.S. ally Fayyad.

La Maison Blanche n’était pas en mesure de nier les allégations spécifiques contenues dans le reportage de David Rose publié par Vanity Fair, se contentant de dénégations générales et abstraites.

Et le Liban dans tout ça? Figurez-vous que le reporter vétéran Seymour Hersh, du New Yorker, avait lui révélé en 2007 déjà le soutien officiel et clandestin de l’administration Bush pour le gouvernement Siniora:

The focus of the U.S.-Saudi relationship, after Iran, is Lebanon, where the Saudis have been deeply involved in efforts by the Administration to support the Lebanese government. Prime Minister Fouad Siniora is struggling to stay in power against a persistent opposition led by Hezbollah, the Shiite organization, and its leader, Sheikh Hassan Nasrallah. (…)

The Bush Administration has publicly pledged the Siniora government a billion dollars in aid since last summer. A donors’ conference in Paris, in January, which the U.S. helped organize, yielded pledges of almost eight billion more, including a promise of more than a billion from the Saudis. The American pledge includes more than two hundred million dollars in military aid, and forty million dollars for internal security.

The United States has also given clandestine support to the Siniora government, according to the former senior intelligence official and the U.S. government consultant. “We are in a program to enhance the Sunni capability to resist Shiite influence, and we’re spreading the money around as much as we can,” the former senior intelligence official said. The problem was that such money “always gets in more pockets than you think it will,” he said. “In this process, we’re financing a lot of bad guys with some serious potential unintended consequences. We don’t have the ability to determine and get pay vouchers signed by the people we like and avoid the people we don’t like. It’s a very high-risk venture.”

American, European, and Arab officials I spoke to told me that the Siniora government and its allies had allowed some aid to end up in the hands of emerging Sunni radical groups in northern Lebanon, the Bekaa Valley, and around Palestinian refugee camps in the south. These groups, though small, are seen as a buffer to Hezbollah; at the same time, their ideological ties are with Al Qaeda. (…)

Alastair Crooke, who spent nearly thirty years in MI6, the British intelligence service, and now works for Conflicts Forum, a think tank in Beirut, told me, “The Lebanese government is opening space for these people to come in. It could be very dangerous.” Crooke said that one Sunni extremist group, Fatah al-Islam, had splintered from its pro-Syrian parent group, Fatah al-Intifada, in the Nahr al-Bared refugee camp, in northern Lebanon. Its membership at the time was less than two hundred. “I was told that within twenty-four hours they were being offered weapons and money by people presenting themselves as representatives of the Lebanese government’s interests—presumably to take on Hezbollah,” Crooke said.

A part ça, les événéments récents au Liban concernaient la rebéllion d’extrémistes islamistes armés contre un gouvernement légitime démocratiquement élu…

Walid Jumblatt wakes up and smells the coffee


Qui l’eût cru? (1) Walid Jumblatt ne pense ni à des voitures piégées, ni à des missiles, mais à obtenir l’intercession de son rival druze Talal Arslane (oui, Arslane de chez Arslane, le descendant de Chakib Arslane et de l’émir druze Arslane), allié du Hezbollah et du Tayyar, ainsi que du président chiite du parlement – Nabih Berri, zaïm du parti Amal – auprès du Hezbollah, selon Time:

There are no longer any Hizballah fighters surrounding the grand red sandstone Beirut town house belonging to Walid Jumblatt, a member of Parliament and one of the leaders of Lebanon’s governing coalition. Still, Jumblatt, a top American ally, is under virtual house arrest. After the lightning speed with which opposition Hizballah fighters defeated government supporters in a six-hour battle on Thursday — only to vanish a few hours later — it became clear that it is pointless to resist the Iranian and Syrian-backed militia, which could return at any time. « I am a hostage now in my home in Beirut, » he said over the telephone to his rival Nabih Berri, the speaker of parliament and a top opposition leader, while TIME waited nearby for an interview. « Tell [Hizballah leader] Sayeed Hassan Nasrallah I lost the battle and he wins. So let’s sit and talk to reach a compromise. All that I ask is your protection. »

Celui qui appelait au soutien militaire des Etats-Unis, à des actes de terrorisme à Damas et attendait de pied ferme la guerre civile au Liban en est tout ébahi – le Hezbollah, qui a vaincu l’armée israëlienne, n’a pas eu de problème à écarter d’un revers de main les milices de Hariri et de Jumblatt:

Yet, despite the fact that Hizballah is perhaps the world’s most fearsome guerrilla organization, somehow Jumblatt misjudged the ease with which Hizballah could pull Lebanon back into the Syrian and Iranian orbit.

Ses alliés étatsuniens n’ont pas été à la hauteur, semble-t-il:

Sitting in his garden terrace in Beirut, with just a few family members and loyal retainers, Jumblatt is quickly coming to grips with the new political landscape. « The U.S. has failed in Lebanon and they have to admit it, » he said. « We have to wait and see the new rules which Hizbollah, Syria and Iran will set. They can do what they want. »

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Loubnan ya Loubnan – le retour

On avait cru le bloggeur Nidal de Loubnan ya Loubnan disparu dans le trou noir de la blogosphère, mais le voici de retour parmi nous avec ses informations et analyses pertinentes sur le Liban – son blog pourrait aussi bien s’intituler « everything you wanted to know about the Lebanese mess but weren’t told by the MSM« . Vous trouverez un post intéressant sur Jumblatt, un autre sur la situation à Tripoli, un troisième sur le déclenchement de la crise et enfin un dernier, antérieur à la crise mais toujours pertinent, sur les très nombreuses violations de l’intégrité territoriale libanaise par l’armée israëlienne. Si vous êtes allergique à tout ce qui se distingue du ronron du Monde, d’Asharq al awsat, France 2, Médi 1 ou du New York Times, ne le lisez pas. Allez, un avant-goût:

Dans la logique de l’opposition, il faut aussi indiquer quelques points importants pour le timing:

  • les survols du Liban par l’aviation israélienne ont récemment augmenté de manière spectaculaire pour atteindre, début avril, les 32 intrusions par jour;
  • en mars 2008, les États-Unis envoient le navire de guerre USS Cole au large du Liban;
  • le rapport Winograd n’est pas lu comme une condamnation de la guerre de juillet 2006, mais comme un mode d’emploi pour corriger les erreurs techniques et stratégiques commises alors; ces «erreurs» corrigées, les Israéliens pourront espérer gagner une prochaine guerre au Liban; le rapport Winograd, pour le Hezbollah, est en fait un «how to» pour permettre au Israéliens de lancer une nouvelle guerre;
  • l’installation de groupuscules jihadistes au Liban est considérée comme le déploiement de mercenaires sunnites ultra-violentes au service du clan Hariri, prêts à attaquer le Hezbollah «par l’arrière» (dans l’optique d’une nouvelle agression israélienne).

Bref, pour l’opposition, une autre guerre israélienne contre le Hezbollah n’est plus une possibilité, c’est une certitude à court terme.

Le fait que le ministre des Télécommunications qui lance l’attaque contre le réseau de communications du Hezbollah soit Marwan Hamadé, homme de main de Walid Joumblatt et bête noire de ceux qui dénoncent la résolution 1559, est à tout le moins un symbole fort.

Que le Hezbollah ait tort ou raison, il était en tout cas évident que ses militants considèrent fondamentalement que cela relève de l’attaque contre les armes de la Résistance. Je me demande même s’il se trouve des gens, au Liban, qui croient réellement, comme l’a affirmé le gouvernement, que ce réseau de communication visait à contourner le monopole d’État sur la téléphonie mobile dans le but de détruire l’économie du pays.

En appelant à une grève générale, l’opposition savait parfaitement qu’il y aurait, comme en janvier 2007, des affrontements armés. En «attaquant» l’intégrité du système opérationnel du Hezbollah alors que les Israéliens et les Américains déploient leurs forces au Liban, le gouvernement savait tout aussi bien qu’il provoquait à coup sûr de tels affrontements. L’absence d’affrontements armés, au contraire, aurait été une incroyable surprise.

Je vous recommande également le blog de l’expert agronome libanais Rami Zurayk, Land and People, généralement consacré aux questions de développement et d’alimentation, mais exceptionnellement orienté sur l’actualité libanaise. Je vous conseille ses posts Perspective et surtout Time zones:

This is what I have to say about the latest series of political speeches in Lebanon: Nasrallah speaks as if there is no future, but Jumblat, Hariri and Sanioura speak as if there is no past.

For Nasrallah, the past performance and actions of the Loyalists is the only reference point. The past (?) collusion of some of them with Israel, their current alliance with the US and the intersection of some of their positions with the Israeli agenda, as well as the incapability of the Lebanese state to liberate the South and to protect the resistance appear to be the only unit of measure.

On the other hand, the trio JHS has been delivering speeches and addresses as if the past did not exist, as if the resistance was not under threat of physical elimination by the Loyalists very allies, as if members of the Loyalists had not destroyed Beirut many times and invited and supported the Israelis when they invaded it, as if there had not been a number of youth killed by the thugs of the Future movement in Tarik al Jadideh and Ard Jalloul, as if there was no Future movement militia in Beirut brought from the North (seen by many on TV and in the streets before the fighting) or PSP (Jumblat) militia (which has murdered Druze political opponents in the mountains), and as if the State was all powerful, belonged to all its citizen, and capable of extending its authority onto the 4 corners of the country and to fend off Israeli agendas.

When you start so far away from each others, the next stop is Xanadu, as my friend Anna would say. The first thing these guys should do is get into the same time zone. This is if they want to find a way out.

Je voudrais aussi mentionner le blog Lebanese Chess d’Antoun Issa, journaliste australo-libanais, qui fait des observations très justes sur le Hezbollah et la communauté sunnite libanaise:

Hizballah’s major battle for hearts and minds will be the Sunnis of Lebanon. Before Rafik al-Hariri’s death, the Sunnis were great admirers of Hizballah, and equal beneficiaries of the combined Syrian-Saudi hegemonic partnership that prevailed in the 1990s. The Sunnis were fervent supporters of the resistance against Israel, and equally sympathetic to the Palestinian cause. The Sunnis and Shi’ites shared similar ideals on Lebanon’s political landscape, with both communities engaged in the left-wing and Arabist movements throughout the 1950s and 60s.

However, the warm relationship was quickly turned upside down following Hariri’s assassination and the sharp rise in tension between the Sunni chief state Saudi Arabia and its Shi’ite equivalent Iran. The Shia-Sunni conflict in Iraq didn’t help the cause either. Suddenly, what was a ‘Muslim camp’ quickly disintegrated into a Sunni vs Shi’ite political feud. Hizballah bemoaned the growing distance between itself and Lebanon’s Sunnis, despite Nasrallah remaining the most popular figure among the Sunni Arab public outside of the country.

But it is worth noting that Sunni support for Saad Hariri became apparent only after his father’s death. At the time of the assassination, the Sunnis felt threatened and that they were being targeted in the country. The Sunni community has long been fractured by competing clans and large families, much like the Christians, but for the first time they found themselves attracted to a single sect leader, and to a commonality.

Rafik al-Hariri originated from the Sunni city of Sidon in the south, and built his prestige and power in the highly secular Sunni West Beirut. That largely alienated the Sunni communities in Tripoli and the north of the country, which held more traditional customs, were more strict in their adherence to Islam, and held close ties to Syria. Sunni residents on the northern fringes of Lebanon would rely on the Syrian towns across the border for their livelihoods, and were much detached from the Hariri world of West Beirut.

Hariri supporters in Beirut have long stated that Rafik al-Hariri had attempted to reconstruct Tripoli as he did Beirut, but his overtures were constantly rejected by then Tripolite Sunni strongman, Omar Karami.

The death of Hariri was met with great investment into the Sunni regions in the north, and money was being poured from Saad Hariri into the pockets of poor families. Hariri needed the respect of the impoverished northern Sunni regions to become the spokesman of Sunnis in Lebanon. Hizballah is hoping that the support of northern Sunnis for Hariri is simply a matter of finances and not conviction. If Hizballah and its allies do reach power, which is becoming increasingly likely, it will need to provide services to these impoverished regions if it is to defeat Hariri’s money machine, and break his claim to the title of leader of all Sunnis in Lebanon.

The short, but violent civil war of the past three days will be followed by a grander civil war that may take years … a civil war for hearts and minds. For it is only with the trust of the Lebanese people can Hizballah truly rule this country.

Bien évidemment, il y a l’incontournable Angry Arab, a.k.a. As’ad Abu Khalil (qui passe chez Democracy Now), à déconseiller aux hariristes hypertendus. D’autres blogs généralistes sont également très utiles – Friday Lunch Club, et des analyses intéressantes chez Abu Muqawama et Syria Comment.

Je viens de découvrir la bloggeuse Ms Levantine, sans parler de Sophia de Les Politiques et l’excellent et abondamment mis à jour Chroniques beyrouthines. The Lebanese Inner Circle semble aussi éviter le sectarisme.

Et n’oublions surtout pas le blog de Manal, étudiante marocaine à Beyrouth coincée là-bas, au milieu des combats, sans soutien de l’ambassade marocaine.

Même si ce n’est pas ma tasse de thé, il y a quelques blogs du 14 mars (c’est-à-dire de la coalition pro-étatsunienne Hariri/Jumblatt/Ja’ja ou de leurs supporters étrangers) qui valent néanmoins le détour – From Beirut to the Beltway, Opening Lines et Blacksmiths of Lebanon.

Le site Lebanon News/Now Lebanon regroupe pas mal de dépêches de presse, de même qu’Iloubnaninfo et OpenLebanon.

Enfin, ça n’a rien à voir avec la crise, mais le blog Jews of Lebanon vaut le détour.

« I am watching the Bush Doctrine running for its life on the streets of Beirut »

La rubrique est tirée de Angry Arab – who else?

Rappelez-vous: c’était au lendemain de l’assassinat de Rafiq Hariri en plein Beyrouth, en toute probabilité commandité par des services syriens – si on en croit le livre « Killing Mr Lebanon » du correspondant du Times au Liban, Nicholas Blanford, ce serait le fait d’une cabale alaouite autour d’Assef Chawkat (et bien évidemment Bashar al Assad, son beau-frère), mûe par des sentiments confessionnels anti-sunnites où les rivalités internes syriennes pesaient aussi lourd que le ressentiment anti-Hariri – enfin, allah ou alem.

Les forces du bloc Hariri (hégémonique dans le camps sunnite, malgré l’opposition médiatique de Salim el Hoss et locale d’Omar Karamé à Tripoli), des Forces libanaises du soudard maronite Samir Ja’ja (nice wife though) et du zaïm druze marxiste tendance Chico Walid Jumblatt , sans compter quelques also-rans comme les phalangistes d’Amin Gemayel, avaient manifesté le 14 mars 2005 à Beyrouth, rassemblant un million de personnes demandant le départ des troupes syriennes alors encore présentes dans le pays. Avec le soutien de leurs parrains et alliés occidentaux (j’utilise cette expression par commodité de langage) et séoudiens, le bloc du 14 mars allait effectivement obtenir le départ total de toutes les troupes syriennes dans l’année.

Face à eux, les chiites, autour d’Amal du satrape corrompu Nabih Berri et du Hezbollah, seule force militaire digne de ce nom au Liban, s’étaient unis avec le Tayyar (Courant patriotique libre) du général maronite Michel Aoun, qui a pourtant fait carrière sur son opposition à la Syrie, ainsi que quelques forces d’appoint (le fameux PSNS, le chef druze minoritaire Talal Arslane, le chef maronite Sleiman Frangié, ami personnel de Bachar al Assad). S’étant réunis pour manifester contre les ingérences séoudo-occidentales le 8 mars 2005, ces alliés (les aounistes étaient cependant alors à l’écart) constituent l’opposition parlementaire (ils sont minoritaires au parlement, mais ce n’est pas le moment d’entrer ici dans le détail du système électoral libanais, qui est confessionnel – on n’est pas député de Beyrouth, mais député grec-catholique, arménien-catholique, sunnite ou maronite de Beyrouth), et si le Hezbollah et Amal ont initialement participé au gouvernement de Fouad Siniora (ce n’est pas le cas du Tayyar aouniste, allié au Hezbollah depuis février 2006), fidèle de la famille Hariri, ils quittèrent le gouvernement le 11 novembre 2006. Lire la suite

Le sondage Zogby sur l’opinion publique (qui n’existe pas) arabe en 2008

C’est un sondage périodique intéressant, qui montre notamment que la propagande étatsuno-séoudo-israëlienne présentant l’Iran et son programme nucléaire comme un danger pour les pays arabes unnites ne prend pas vraiment, y compris dans les pays du Moyen-Orient les plus travaillés par le sectarisme: ainsi, 73% des Séoudiens estiment que l’acquisition de l’arme nucléaire par l’Iran serait une bonne chose pour le Moyen-Orient (p. 30 – le chiffre équivalent pour le Maroc, où 750 personnes habitant Casablanca et Rabat ont été interrogées pour ce sondage, est de 37%, avec 35% estimant que les conséquences seraient néggatives et 28% que cela ne changerait rien – ces chiffres marocains indiquent peut-être l’influence des médias français tant sur les personnes interrogées que sur les journalistes marocains).

C’est surprenant, mais le Liban, pourtant très gravement confronté à un conflit sectaire sunnites/chiites, semble beaucoup moins réticent envers l’arme nucléaire iranienne que le Maroc, qui ne connaît aucun conflit sectaire de ce type: 15% des Libanais interrogés (mais on ne connaît pas la répartition confessionnelle de l’échantillon libanais) seulement estiment que l’Iran devrait être contraint à cesser son programme nucléaire, avec 75% d’avis contraires (pour le Maroc, la proportion est de 31% et 68% respectivement, seuls les Emirats arabes unis étant plus réticents, avec 34% et 55%) – sur les pays concernés par ce sondage, aucun ne dégage une opinion majoritairement favorable à l’interdiction du programme nucléaire iranien (cf. p. 33), en dépit de la propagande incessante en ce sens des médias séoudiens, et bien évidemment occidentaux.

Le fiasco de cette propagande est encore plus patent quand on interroge les personnes sondées sur le pays représentant la plus grande menace pour eux: 95% désignent Israël, 88% les Etats-Unis – et seulement 7% l’Iran et 1% la Syrie (p. 89). Idem quand on leur demande leur leader politique favori: le trio de tête, devançant le numéro quatre qui est un surprenant… Nicolas Sarkozy (!?), est Sayed Hassan Nasrallah (26%), Bashar al Assad (16%) et l’inénarrable Mahmoud Ahmedinejad (10%), soit un trio de tête composé de deux chiites et d’un alaouite, dont un non-arabe. Rappelez-vous en quand vous lirez la prochaine fois un journaliste, éditorialiste, « talking head » ou « fast-thinker » dire ou écrire que les arabes et les sunnites se sentent menacés par les Iraniens et les chiites…

Sur le conflit israëlo-palestinien, 73% des personnes interrogées (tous pays confondus) sont favorables à une solution de coexistence de deux Etats, un juif et un palestinien, ce dernier s’étendant sur tous les territoires occupés en 1967 y compris Al Qods (Jérusalem-est), tandis que 19% sont pour la lutte contre Israël même si les territoires occupés en 1967 sont rendus aux Palestiniens (p. 41) – et ces chiffres sont rigoureusement identiques à ceux obtenus auprès des personnes interrogées au Maroc (p. 42) .

Sur toute la région, la Palestine est citée parmi les trois questions les plus importantes par 86% des personnes interrogées (p. 44 ) – ceux qui se complaisent à penser, y compris au Maroc, que l’opinion des pays arabes est lassée de la question palestinienne en sont pour leurs frais.

La vision d’Israël est intéressante, car peu conforme au stéréotype voulant que les arabes soient persuadés de l’existence d’un immense complot judéo-sioniste qui asservirait le monde en général et les Etats-Unis en particulier: ainsi, ils sont 41% à penser que les Etats-Unis et Israël ont des intérêts mutuels la plupart du temps, et 26% à penser qu’Israël est un simple instrument de la politique extérieure étatsunienne, tandis que 24% pensent qu’Israël influence les Etats-Unis en vue d’obtenir son soutien (p. 47).

Sur la politique intérieure palestinienne, c’est-à-dire le conflit entre Hamas, vainqueur des élections législatives de 2006, et autorité palestinienne contrôlée par le Fatah, l’opinion arabe est plutôt favorable au Hamas, du moins lorsqu’elle prend parti ce qui n’est le cas que de 26% des personnes interrogées (8% favorables au Fatah, 18% au Hamas), 37% étant partagés et le reste sans opinion. Le Maroc est le pays où les personnes interrogées sont les plus partagées: 7% favorables au Fatah, 8% au Hamas (p. 53), ce qui traduit peut-être l’hypothèse émise plus tôt d’une plus grande réceptivité du public casablanco-rbati pour à la vision des faits reflétée dans les médias occidentaux. Le Maroc est également le seul pays parmi ceux couverts par ce sondage à avoir une opinion qui estime avec une légère majorité – 24% – que le Hamas est plus responsable de la crise interne palestinienne que le Fatah – 22%.

S’agissant du Liban, 9% des personnes interrogées dans la région sympathisent avec le gouvernement du sunnite Siniora, allié des Etats-Unis et de l’Arabie séoudite, tandis que 30% déclarent sympathiser avec l’opposition composée du Hezbollah, allié de l’Iran et de la Syrie, et de l’ex-général maronite Michel Aoun, 19% déclarant sympathiser avec les deux et 24% avec aucun des deux (p. 58). Au Liban même, l’opposition est relativement parlant majoritaire dans l’opinion (30%), le gouvernement recueillant 24%, tandis que ceux qui sont partagés sont 19% et ceux qui rejettent à la fois le gouvernement Siniora et l’opposition Nasrallah/Aoun sont 9%. Par confession, 83% des chiites soutiennent l’opposition (0% le gouvernement!), mais c’est le seul groupe où elle est majoritaire, les chrétiens étant les plus partagés (25% pour l’opposition, 45 % pour le gouvernement et 26% partagés), tandis les druzes sont les plus favorables au gouvernement (68%, contre 15% pour l’opposition) et les sunnites en même temps les moins favorables à l’opposition (seuls 4% des sunnites le sont, contre 55% pour le gouvernement, mais ce sont également ceux à être les plus nombreux à refuser de choisir – 18% – tandis 21% sont partagés) (p. 59). Le clivage le plus fort semble donc être entre sunnites et chiites…

Le classique du genre c’est l’attitude face aux Etats-Unis: pas de surprise, 4% sont très favorables et 64% très défavorables, avec 11% de quelque peu favorables et 19% de quelque peu défavorables, soit au total 15% d’opinions favorables et 83% d’opinions défavorables (p. 62)… Encore plus intéressant à cet égard est l’affirmation de 80% des personnes interrogées que leur opinion est le fruit de la politique étatsunienne au Moyen-Orient, seul 12% basant leur opinion sur les « valeurs » étatsuniennes (p. 71).

Pour 50% des personnes interrogées dans la région, la contribution étatsunienne à une paix juste en Palestine fondée sur la création d’un Etat palestinien sur tout les territoires occupés en 1967 et ayant Al Qods (Jérusalem-est) pour capitale améliorerait leur opinion des Etats-Unis – au Maroc ce chiffre est de 63% (seuls les Emirats arabes unis font mieux avec 90%) (p. 75).

S’agissant des élections présidentielles étatsuniennes, la position de l’opinion arabe interrogée est d’une indifférence marquée, combinée à du cynisme (c’est également ma position personnelle): 32% estiment que la politique étatsunienne au Moyen-Orient demeurera la même quel que soit le président élu parmi McCain, Clinton et Obama, tandis que 20% ne suivent pas la campagne électorale. Sur ceux qui prennent position, Obama est en tête (18%), avant Clinton (13%) et McCain(4%) (p. 78 ).

Ma thèse sur l’influence des médias français, plus consommés au Maroc que dans les autres pays concernés, sur les opinions des Marocains interrogés ne se vérifie pas en lisant leurs réponses aux médias audiovisuels qu’ils suivent pour les informations internationales (p. 104): 59% regardent Al Jazira, 12% MBC et… 9% les chaînes marocaines! La chaîne d’obédience séoudienne Al Arabiya ne recueille que 3%, Al Manar du Hezbollah 1% et la chaîne étatsunienne Al Hurra 1% – mais je suis surpris de l’absence totale de chaînes françaises voire espagnoles (au Sahara et au Nord) parmi les réponses, ce qui laisse suggérer que les réponses n’étaient possibles que parmi l’éventail de chaînes citées par le sondeur.

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