CAN : Regragui, le Franco-Marocain qui n’a jamais rêvé des Bleus

Total respect à la lecture de ces déclarations de l’ex-international marocain Walid Regragui:

Quand le Maroc l’appelle en 2000 pour rejoindre la sélection, il n’hésite pas une seule seconde. Il assume, lui le binational, de défendre les couleurs de son pays d’origine :

« Le Maroc était un choix naturel pour moi, même si je suis né en France. Et puis, honnêtement, l’équipe de France ne m’a jamais fait rêver. “

Il y a quelques mois, la question des binationaux, nés et formés en France mais internationaux dans le pays de leurs parents, avait fait polémique. Jouer pour son pays d’origine n’est pas forcément un choix par dépit.

Walid Regragui, défenseur latéral ou milieu droit, arrive dans le circuit professionnel sur le tard, à 24 ans. Toulouse puis Ajaccio, Santander (Espagne), Dijon et Grenoble.

En Ligue 1, il enchaîne les prestations solides et suscite l’intérêt quelques mois plus tard de son pays d’origine, le Maroc :

‘ Le Maroc, c’est mon pays, ma culture d’origine, mon histoire familiale et mon premier coup de coeur footballistique, pendant la Coupe du Monde 86 [en 1986, le Maroc devenait la première équipe africaine à passer le premier tour d’une phase finale de Coupe du Monde, ndlr].

Je ne me suis posé aucune question. C’était le choix du coeur, d’autant plus facile que je n’avais pas fait les sélections de jeunes avec la France.’

Et dire qu’il y en a pour douter de la loyauté et du sentiment d’appartenance des doubles nationaux (1)…

(1) Full disclosure: je suis double national…

Pour les inconditionnels d’al ousboue al faras et des chatons de l’Atlas

Les partisans de la semaine du cheval et des constantes civilisationnelles cosubstantielles à la personnalité marocaine, laquelle est ancrée dans ses traditions ancestrales mais ouverte sur l’Autre, peuvent respirer: la campagne nihiliste aura beau souffler de toutes ses forces, rien n’ébranlera la Haute Sollicitude dont bénéficie le glorieux patrimoine équestre marocain. Deux absences me turlupinent cependant à la lecture du programme de vette manifestation placée sous le Haut Patronage Royal:

Le public pourra découvrir et apprécier diverses facettes du cheval et de l’art équestre, à travers les galeries, les expositions (peinture, oeuvres d’art, manuscrits) et les stands organisés pour l’occasion, dont ceux des Forces Armées Royales, de la Garde Royale, de la Gendarmerie Royale, de la Sûreté Nationale, des Forces Auxiliaires, de la Fédération Royale marocaine des sports équestres et du Complexe Royal des sports équestres et Tbourida de Dar Essalam, outre les espaces dédiés aux régions.

Les amis de l’ordre auront noté avec effroi l’absence de stands de la DGED et de la DST – rien de grave j’espère? Heureusement que la sensibilité artistique des FAR permet de calmer de telles anxiétés: « Les FAR participent avec une exposition et une présentation sur la cavalerie et les métiers équestres« .

Dans le même ordre d’idées, les fans du foot marocain et de son équipe nationale seront rassurés d’apprendre que les mauvais résultats de l’équipe nationale sont dûs à tout le monde sauf aux quatre entraîneurs de l’équipe nationale agissant sous la houlette de Hassan Moumen, que Dieu multiplie sa progéniture: un agent de joueurs, Youssef Hadji (que Dieu flétrisse son pied droit), voire sans doute la presse indépendante, mais certainement pas à l’ex-entraîneur du FUS de Rabat, présidé par Mounir Majidi, que Dieu lui prête longue vie, et dont le président de la Fédération royale marocaine de football, Ali Fassi Fihri, frère du ministre des affaires étrangères et mari de la ministre de la santé tout en étant neveu du premier ministre, est membre du comité directeur. On notera par ailleurs que dans un effort louable d’étendre son assise populaire aux anciens élèves du lycée Descartes, le site officiel du FUS n’existe qu’en langue française.

La Turquie et l’Euro 2008: are you watching, Nicolas Sarkozy?

S’il n’y avait qu’une seule raison pour soutenir l’équipe nationale turque lors de cet Euro, ce serait bien pour imaginer la tête de Sarkozy et des autres turcophobes à travers l’Union européenne si par extraordinaire la Turquie allait suivre dans les pas du petit frère ennemi grec et remporter, contre toute attente, l’Euro 2008 – allez expliquer à l’électeur moyen que le pays ayant remporté l’Euro 2008 n’est pas en Europe, argument hypocrite et profondément débile des turcophobes – je préfère encore ceux qui ont la franchise de dire, comme par exemple ce crétin de Bayrou, que la Turquie n’a pas sa place parce que les Turcs sont ambidextres moustachus musulmans. Et je ne suis pas le seul à penser ainsi – sur le blog Euro 2008 de Libération, par exemple:

Mais bon, en finale de partie, les gars du Bosphore ont prouvé qu’ils savaient phosphorer. Remember Suisse, remember République tchèque? Deux pions en deux minutes, entre la 118e et la 120e. C’était bâché à la 118e? Crois-y, Nicole. L’égalisation turcos est sublimissime. Les « soldats » de Terim ont un truc terrible en eux, un feu sacré, un dénouement à faire vibrer les plumitifs à deux balles. Je ne sais pas quoi. Mais c’est énorme. Ce qui nous vaudra une hallucinante demi-finale footballistique en demi-finales, ce mercredi. Oui: Allemagne-Turquie.
C.Lo.
PS. J’ai un grand faible pour la Turquie. Pas parce que je les ai vu en début de tournoi, et tressé des louanges à Ardan Turan. Non. Simplement, j’aimerais voir la Turquie en Europe. Histoire de rappeler que nos amis ex-Ottomans sont les cadors de la lutte grecquo-romaine, sport national. Histoire aussi? Marre des blaireaux islamophobes.

Quant au jeu proprement dit, l’élimination de la Croatie est une véritable perte. Elle a dominé la Turquie très largement dans le jeu offensif, avec quelques occasions ratées immanquables – je me rappelle de deux ratages tellement spectaculaires que je me suis dit que la règle d’or – dont le seuil d’application est cependant assez imprévisible – qui veut qu’une équipe ayant raté de nombreuses occasions encaisse un but allait s’appliquer.

Puis vinrent les prolongations, et juste quand je me suis dit que ma prédiction d’avant match – j’avais prédit un match nul, 1-1, avec victoire croate aux pénalties – allait se réaliser, Krasnic marqua sur une étonnante erreur du gardien remplacant turc, le vétéran Rüstü, à la 118e. Je n’y croyais guère plus, même si avec la Turquie, j’ai appris à ne rien exclure. Puis vint l’extraordinaire but égalisateur à la dernière seconde des arrêts de jeu  de Semih Sentürk… A partir de là, la force mentale et l’avantage psychologique des Turcs était presque palpable. En voyant le n° 14 croate, le virtuose Modric, s’approcher du point de pénalty pour tirer le premier péno croate, j’étais sûr qu’il allait rater – en effet, les grands joueurs ratent souvent leur pénalty décisif lors de cette cruelle épreuve – Platini, Zico, Roberto Baggio, Cristiano Ronaldo et j’en passe. Et ça n’a pas manqué…

Inutile de dire que j’ai, comme l’écrasante majorité des Marocains, un nouveau favori dans cet Euro 2008, en attendant l’extraordinaire feu d’artifice avec le Pays Bas-Russie de demain – au passage, saluons la débilité profonde de la FRMF, qui n’a rien trouve de mieux que de faire se télescoper Maroc-Rwanda et Pays Bas-Russie, alors même que le Maroc joue à Casablanca devant un public blasé qui ne remplira sans doute pas le stade pour voir le Rwanda. Je m’étais décidé à aller voir le match sur place, jusqu’au moment où j’ai appris l’horaire – 19h alors que Pays-Bas-Russie commence à 19.45. Avec tout le respect que j’ai pour les Lions de l’Atlas, hors de question que je rate ce qui s’annonce comme un véritable feu d’artifice… Il me faudra zapper, sachant qu’une victoire marocaine est indispensable, après la défaite 1-3 à Kigali, pour nous qualifier pour le deuxième tour des éliminatoires de la Coupe du monde 2010.

Je ne donne par ailleurs pas cher des Allemands dans le véritable derby qui les opposera aux Turcs – je ne me rappelle pas qu’un demi-finaliste soit revenu au score trois matches de suite, et je me dis que cette équipe allemande est tout de même prenable – menée 1-3 comme le Portugal l’a été hier, la Turquie serait sans nul doute revenue au score…

PS: L’image du match a été de voir Rüstü aller consoler les joueurs… croates après l’épreuve des pénalties. Ca me rappelle cette autre inoubliable image de sportivité turque, après la finale pour la 3e place de la Coupe du monde 2002, où les joueurs turcs et sud-coréens se prirent par la main et saluèrent le public ensemble – j’en avais eu les larmes aux yeux…

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