Quelques indications sur le poids stratégique du Maghreb à la Maison Blanche

Via le blog de Stephen Walt, je suis tombé sur la base de données du Washington Post qui permet de chercher des mots-clés dans la totalité des discours officiels prononcés par le président Barack Obama depuis janvier 2009. Si Stephen Walt en a tiré un hit-parade des pays étrangers cités par Obama, je me suis intéressé quant à moi aux cinq pays du Maghreb et à leur place dans les préoccupations officielles étatsuniennes (cela présuppose que les discours officiels soient un indicateur fiable de ces préoccupations, ce dont on peut discuter).

Voici donc la place qu’occupe le Maghreb dans la pensée obamienne depuis janvier 2009:

Plus précisément, le Maroc, la Tunisie et la Mauritanie ont droit à zéro mention. L’Algérie a droit à une mention – lors de la Coupe du monde et du match décisif ayant opposé les Etats-Unis (vainqueurs 1-0) à l’Algérie, et à l’occasion d’une rencontre présidentielle avec des joueuses de l’équipe féminine de Sky Blue:

I know my staff, by the way, was watching when the U.S. beat Algeria, because I could hear them whooping it up as I was having important meetings in the Oval Office. (Laughter.)

Sur la plus haute marche du podium, on retrouve bien évidemment la Libye, avec trois mentions depuis janvier 2009.

Un petit rappel à ceux qui croient que le monde entier, ou du moins l’homme le plus puissant du monde, est penché sur les derniers soubresauts de l’actualité algérienne ou marocaine. (Et une raison supplémentaire de la persistence du conflit du Sahara – no one outside Algiers or Rabat gives a damn).

29% seulement des Marocains se sentent menacés par le réchauffement climatique

Oubliez Aminatou Haïdar un instant, car voici quelque chose d’infiniment plus sérieux. Alors que le Maroc figure, ainsi que l’Algérie, parmi les deouze pays les plus menacés par le réchauffement climatique dans le domaine agricole (voir le rapport « Convenient Solutions to an Inconvenient Truth: Ecosystem‐based Approaches to Climate Change« , tableau 1.1 p. 19), seuls 30% des Marocains estiment en savoir un peu ou beaucoup sur la question du réchauffement climatique et 29% seulement estiment que ce même réchauffement constitue une menace personnelle contre eux (ce dernier chiffre est de 46% en Algérie et en Tunisie et de 35% en Mauritanie, contre 56% en Suède, 63% aux Etats-Unis , 75% en France ou 80% au Japon) selon un sondage organisé dans 128 pays par Gallup. Je crois que beaucoup d’entre nous seront très désagréablement surpris, et ce très bientôt…

S’agissant du Maghreb, la Tunisie figure parmi les douze pays les plus menacés par une augmentation du niveau de la mer d’un mètre, ainsi que la Libye et la Mauritanie, ce dernier pays figurant également parmi les deouze pays les plus menacés par la sécheresse.

Rétroactes:

– « “Si l’on vous entend bien c’est tout notre système qui est en cause?” “Oui” » (3 mai 2008);

“2007 fait partie des dix années les plus chaudes jamais enregistrées” (12 juillet 2008);

– « Le Maroc exporte de l’eau en Europe » (29 juillet 2008);

– « Blog Action Day: le principal problème du Maroc, l’eau et le réchauffement climatique » (15 octobre 2009)

Ibn Kafka in English

J’ai publié mon premier post sur le blog collectif anglophone consacré au Maghreb, « Maghreb in English« . Ce blog est l’excellente initiative de Kal de The Moor Next Door.

Ma première contribution est intitulée « Morocco out of touch with the emerging left-wing Latin America« .

« North Africa has provided neither sufficient threat nor reward to draw sustained attention »

Lu sous la plume de Jon Alterman dans World Politics Review:

The Arab-Israeli conflict seems to be settling into a standoff between a strong Israel, a weak but unbowed Palestinian community, and Arab governments who feel loyalty to the Palestinian cause but only hostility toward Hamas. The bilateral relationship with Egypt is important but not central, Lebanon no longer fires the imagination of avid democratizers, and North Africa has provided neither sufficient threat nor reward to draw sustained attention. The problems are known, and yet they seem unlikely to go away.

C’est vrai depuis la double présidence de Reagan, ou peut-être celle de Bush 41, lors desquelles la Libye était à l’ordre du jour. Depuis, l’importance du Maghreb est marginale. Bien évidemment, le zèle du vassal marocain fait plaisir à voir vu de Foggy Bottom ou d’AIPAC, et permet de rajouter un pays arabo-musulman à la liste des supplétifs indigènes de Washington, mais cette liste est désormais longue, et la valeur de l’abnégation zélée quoique maladroite du Maroc n’est sans doute plus ce qu’elle était en 1979 par exemple.

L’Algérie? Il y a belle lurette (1997? 1998?) que la guerre civile, désormais de basse intensité, n’intéresse plus personne, et de toute façon les Etatsuniens n’ont jamais été inquiétés. Le gaz? Certes, mais la Norvège et les Pays-Bas en ont aussi, et les Etats-Unis n’en importent pas.

La Tunisie ne compte guère, la Mauritanie guère plus en attendant la confirmation des découvertes pétrolières, et la Libye est un sketch des Monty Python qui n’en finit plus.

Bien évidemment, les Etats-Unis ont des intérêts commerciaux dans tous ces pays, et un accord de libre-échange avec le Maroc. Ce n’est pas ça qui réveillera Barack Obama au milieu de la nuit.

Il est improbable que le conflit du Sahara bouge de manière déterminante: le statu quo n’est pas vraiment en défaveur du Maroc, et le coût diplomatique d’une reprise des combats serait sans aucun doute disproportionnée pour l’Algérie, qui devrait connaître le contrecoup – momentané sans doute – de la chute du prix des hydrocarbures. Le plan d’autonomie devrait continuer à ronronner gentiment, et un référendum marocain sera probablement organisé lors du premier mandat d’Obama afin d’avaliser l’autonomie régionale sahraouie.

Sur le plan sécuritaire, pas de bouleversement, alors que je m’attendais à un embarras marocain: en effet, on aurait pu croire que l’arrivée d’Obama à la Maison Blanche impliquerait la fin des restitutions illégales, notamment au Maroc, qui s’est ainsi rendu utile en torturant ceux que les Etats-Unis lui remettaient à cette fin (voir les rapports du Parlement européen et de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe – le fameux rapport du parlementaire suisse Dick Marty). J’ai été trop optimiste: si Guantanamo sera fermé et ses prisonniers transférés – pas forcément libérés – ailleurs, et les « military commissions » suspendues, les restitutions illégales continueront, et l’administration Obama adopte la même politique que l’administration Bush en matière de secret de ces restitutions illégales. J’en connais à Rabat qui doivent en roter d’aise.

Toutes choses étant égales par ailleurs: chacun des régimes maghrébins étant autocratique, tout changement de personnel à la tête de l’Etat implique plus d’instabilité que dans un régime démocratique. Les forces de la nature pourraient agir les années à venir: Ben Ali est né en 1936, Bouteflika en 1937 et Kadhafi en 1942, et les deux premiers sont entourés de rumeurs de maladies graves – le roi Mohammed VI est par contre né en 1963. Si bouleversement il y aura au Maghreb dans les années à venir, ce ne sera pas dû à Obama.

Roger Lemerre, ciment de l’unité maghrébine

Je vous conseille tous la lecture quotidienne du Soir, le meilleur quotidien francophone marocain (bon, OK, ses concurrents sont L’Opinion, Le Matin du Sahara, Libération, Al Bayane et – don’t snigger – L’Economiste). Je pense notamment à ma belle-soeur Khadija, admiratrice inconditionnelle de Yassine Zizi – elle me piquait Le Journal pour le lire quand il y écrivait encore – car on l’y retrouve, avec une chronique quotidienne – « Dans les filets ».

Dans Le Soir du mardi 10 juin, on retrouve donc une chronique de Zizi que je me dois de reprendre in extenso:

« L’équipe nationale tunisienne a perdu à domicile face au Burkina Faso (1-2) lors de la première journée comptant pour les éliminatoires de la Coupe du Monde et de la CAN 2010. Jusqu’ici, rien de bien méchant, dans un match de foot, il y a toujours une équipe qui gagne et le Maroc qui perd. Et c’est parce que les Tunisiens ont perdu que nous, on va annoncer trois jours de deuil et se mettre la gueule en berne. Ce qu’il y a surtout à retenir de cette défaite, ce sont les propos de Roger Lemerre après le match: « ce n’est pas une catastrophe, ce ne sera pas la première fois que vous ne serez pas qualifiés pour la Coupe du Monde ou la CAN ».

Les Tunisiens n’ont pas été contents d’entendre ça et à mon avis, les Marocains non plus. Parce que, c’est de Roger Lemerre que nous allons hériter à partir du mois prochain. Vous imaginez? Ce type, payé grassement en Tunisie et une fortune à partir du mois prochain au Maroc, va venir entraîner notre équipe nationale et nous dire après une défaite que ce n’est pas une catastrophe. Je sais, je sais, nous non plus ça ne sera pas la première fois (ni la dixième) que nous ne qualifions pas pour quoi que ce soit, mais ce n’est pas une raison pour le rappeler. Surtout si ça vient d’un entraîneur payé sur l’argent du contrib’ pour pallier à ce genre de mésaventure.

Il est pas encore en poste, et déjà il me démoralise, le Roger. En tout cas, le fin fond de ma pensée est que Lemerre n’est pas une bonne affaire pour notre foot. Ils sont 3 ou quatre à se relayer sur la catastrophe footballistique nord-africaine et personne pour remédier à ça. Les Michel, les Kasperczak, les Coeelho… et maintenant Lemerre.

A moins que ce ne soit pas eux, l’erreur. Alors quoi? On exporte notre fédé en Tunisie et on essaie la leur? »

Je dirais pour ma part que la législation marocaine sur les injures publiques et la diffamation m’empêche de vous livrer le fond de ma pensée, s’agissant de Lemerre ou de ceux qui l’ont fait venir.

Fraternité maghrébine

Il n’y a aucune ironie dans le titre. Je viens simplement de découvrir que ce blog et quelques autres blogs marocains figurent dans l’aggrégateur de blogs algériens. Ca fait plaisir et ça ne mange pas de pain, comme dirait Abderrazaq El Melhaoui (vous savez, le copain d’Abdelhaq Bolabola et la bête noire de Madame Tazi).

Par contre, le type de fraternité maghrébine qui ne fait pas du tout plaisir c’est:
1- Que nos frères tunisiens nous aient refilé Roger Lemerre;
2- Qu’après la suspension du droit d’émettre d’Al Jazira au Maroc, nos frères algériens (du moins ceux qui gouvernent ce pays) aient retiré l’accréditation des correspondants de l’AFP et de Reuters à Alger.
3- Les émeutesrévoltes populaires.

Etude intéressante sur la politique linguistique post-coloniale au Maghreb

Suite au billet sur le statut juridique des langues en droit marocain, je me rappele que l’universitaire Fouad Laroussi avait publié, en 2003, une étude intéressante sur la politique linguistique au Maghreb après l’indépendance, publiée dans Glottopol, revue sociolinguistique en ligne, de l’université de Rouen en France.

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