L’église luthérienne danoise a ses jihadistes

Sørine Gotfredsen, pasteure de l’église luthérienne du Danemark

Le Danemark tient une place centrale dans le développement de l’islamophobie et de la nouvelle extrême-droite en Europe occidentale (l’extrême-droite dans les pays d’Europe orientale a généralement gardé les traits traditionnels – religiosité, anti-sémitisme, relents fascistes – dont leurs collègues occidentaux font désormais l’économie). Si le FPÖ autrichien avait déjà intégré la coalition gouvernementale autrichienne en 2000, déclenchant des sanctions politiques de la part des gouvernements des autres Etats membres de l’Union européenne (UE), le Dansk Folkeparti (DF – Parti populaire danois) de Pia Kjaersgaard allait en 2001 former une coalition parlementaire cette fois, votant la confiance au gouvernement de droite d’Anders Fogh Rasmussen, confiance renouvelée jusqu’à la défaite électorale en 2011 de cette coalition de droite dure face à la sociale-démocrate Helle Thorning Schmidt. Sauf qu’en 2001 pour le Danemark, aucune protestation ne se fit jour auprès des autres Etats membres de l’UE.

La raison en est simple: ce qui choquait dans le FPÖ et son leader charismatique Jörg Haider était le discours aux relents révisionnistes s’agissant du nazisme, notamment lorsque fût louée la politique de l’emploi du regretté chancelier allemand Adolf Hitler. Sans compter l’histoire du FPÖ, qui avait intégré à sa création, en dépit de son catéchisme libéral bon teint, bon nombre de nazis en mal  de chapelle. Avec le FPÖ on était donc confronté à une extrême-droite de facture plus ou moins classique (le FPÖ étant bien moins extrémiste que le Front National, le Vlaams Blok ou le British National Party, par exemple)- réactionnaire (en dépit de l’homosexualité de son leader, révélée à sa mort), xénophobe et antisémite.

Le DF, par contre, a une histoire moins encombrée, ou moins choquante du moins aux yeux de l’opinion mainstream: pas de passé nazi ou de flirt avec l’antisémitisme ici. Ce parti a ses racines dans un populisme anti-impôts: à son origine fut le Fremskridtspartiet (Parti du progrès) du flamboyant et excentrique avocat fiscaliste Mogens Glistrup, aux tonalités initiales plutôt anti-fisc et anti-bureaucratie, mais qui allait, comme c’est toujours le cas pour le populisme de droite, virer vers la xénophobie, sans cependant que ce soit là son principal cheval de bataille – il devait notamment déclarer, en 2001, « nous n’allons plus avoir de gens de « Mohammedanie » dans ce pays. Ils doivent être physiquement expulsés du Danemark« , « nous choisirons le premier ministre qui veut expulser le plus de musulmans. Nous allons simplement tenir une enchère » et « celui qui veut des petits-enfants musulmans n’a qu’à voter pour les neuf autres partis« . Glistrup ayant été condamné à trois ans de prison ferme pour évasion fiscale, Pia Kjaersgaard prit le relais et dirigea Fremskridtspartiet de 1985 à 1995, avant de former cette année-là DF. Si le DF est d’une islamophobie radicale, nulle trace d’antisémitisme ni de nostalgie pro-nazie. L’avortement et le divorce ne posent pas de problème à ses dirigeants, et la parité ainsi que l’acceptation de l’homosexualité sont même érigées en valeurs danoises menacée par les hordes d’immigrés islamo-fascistes (aux Pays-Bas, Pim Fortuyn, homosexuel flamboyant, libéral et islamophobe allait percer en même temps, mourant cependant assassiné peu avant le succès de sa Pim Fortuyn Lijst en 2002).

C’est donc un racisme acceptable qui est proposé par le DF, et ce racisme-là est désormais bien implanté un peu partout en Europe occidentale, tant à l’extrême-droite de type DF qu’au sein de courants moins extrémistes – citons le premier ministre socialiste islamophobe Manuel Valls en France ou le banquier social-démocrate islamophobe Thilo Sarrazin en Allemagne, ou le discours agressif sur l’identité nationale ou contre le multiculturalisme de David Cameron, Nicolas Sarkozy ou Angela Merkel (qui n’a pas peur, elle, de parler de « Leitkultur« , à savoir « culture dominante », terme connoté). Ce racisme a ses réseaux intellectuels et médiatiques, notamment sur le net, et repose sur des présupposés culturalistes et essentialistes – religion et ethnicité comme principaux facteurs explicatifs de divers phénomènes sociaux (du viol au chômage en passant par l’échec scolaire), acceptation de la logique de la guerre des civilisations, vision de l’islam et des musulmans comme intrinsèquement étrangers à l’Europe (ou l’Occident, pour utiliser un terme idéologique), hostilité de principe à toute manifestation publique de pratique ou d’appartenance religieuse musulmane, axiome musulman=islamiste=terroriste, axiome de Bernard Lewis sur l’immutabilité de l’islam, et j’en passe.

Mais son instrument le plus efficace, surtout depuis l’affaire des caricatures danoises représentant le prophète Mohammed de 2005, a sans doute été de brandir systématiquement la liberté d’expression à l’appui de ses déclarations les plus contestables, voire les plus racistes – toute critique, toute action judiciaire, toute campagne de sensibilisation visant des auteurs de propos islamophobes est présentée comme violant la liberté d’expression – oubliant ainsi ce qui un pilier de ladite liberté, à savoir la liberté de critiquer et le débat contradictoire. C’est bien évidemment au Danemark – crise des caricatures oblige – que cette instrumentalisation a été la plus massive, une des principales organisations islamophobes de ce pays s’appelant Trykkefrihedsselskabet (Société pour la liberté de la presse et de l’édition) et ne s’inquiétant de la liberté d’expression que s’agissant de critiques ou propos haineux à l’encontre de l’islam et des musulmans – son dirigeant, Lars Hedegaard, a récemment été condamné pour provocation à la haine raciale pour un entretien diffusé sur Internet dans lequel il déclarait « les musulmans violent leurs propres enfants. On entend ça tout le temps: des filles sont violées par leurs oncles (…) ou leurs pères« .

Le massacre d’Oslo commis ce 22 juillet par le fondamentaliste chrétien et islamophobe Anders Behring Breivik a quelque peu troublé cette routine. Faisant le panégyrique du Danemark et de sa politique vis-à-vis de l’immigration et des musulmans dans son indigeste manifeste, il a de manière très embarassante pour la camp islamophobe rendu cette rhétorique de haine nettement moins salonfähig comme disent les germanophones. Il a même permis au camp multiculturel ou du moins anti-raciste de reprendre temporairement l’initiative, et de faire passer les intégristes de la haine islamophobe comme les pendants de ceux de la haine jihadiste.

Un cas exemplaire de 2011: les déclarations de la pasteure de l’église luthérienne du Danemark (église d’Etat par ailleurs, et confession imposée aux membres de la famille royale qui souhaitent le demeurer) Sørine Gotfredsen sur le massacre d’Oslo commis par Anders Behring Breivik en 2011. Cette pasteure, qui a également un passé de journaliste dans un quotidien chrétien, avait déclaré comprendre, dans une chronique publiée le 29 juillet 2011 dans le respecté quotidien « Berlingske Tidende » intitulée « Lad os bruge Anders Breivik rigtigt (Faisons bon usage de Anders Breivik)« , les raisons ayant amené à ce massacre de 77 innocents. Dans cette chronique, la pasteure Gotfredsen soulignait comment la gauche bien pensante se refusait à reconnaître la difficulté de vivre une société multiculturelle, écrivant notamment que « les cultures chrétienne et islamique ont toujours eu énormément de mal à coexister de manière pacifique » (« islamisk og kristen kultur altid har haft uhyre vanskeligt ved at leve fredeligt sammen« ), et que « le témoignage de l’histoire montre les énormes problèmes créés par la coexistence des visions islamique et chrétienne de l’homme et de la société » (« historiens vidnesbyrd om, hvilke enorme problemer der opstår, når kristent og muslimsk menneskesyn og samfundstænkning skal sameksistere« ).

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Surtout, la pasteure a fait sienne les motivations avancées par Breivik:

« La haine a pour origine la société que nous avons créée ces années-ci. L’extrémisme naît du sentiment d’être menacé dans son existence par l’immigration – on peut écarter cela comme étant hystérique ou primitif, mais c’est la réalité, et elle doit être prise au sérieux. Quant Anders Breivik a perdu espoir dans le système politique, il a décidé de recourir à des moyens plus immédiats, et il sera sans doute suivi par d’autres animés du même sentiment d’être entouré par des législateurs qui répondent à chaque problème par encore plus d’acceptation des différences »

(« Hadet stammer fra de samfund, vi selv i disse år skaber. Ekstremismen skabes gennem følelsen af på grund af indvandring at være truet på eksistensen, og det kan man godt affeje som primitivt og hysterisk, men det er virkeligheden, og den skal tages alvorligt. Da Anders Breivik havde opgivet det politiske system, besluttede han at gribe til mere kontante midler, og han vil sandsynligvis blive efterfulgt af andre med samme følelse af at være omgivet af lovgivere, der møder ethvert problem med talen om endnu mere rummelighed« ).

Plus fort, un renvoi aux croisades et la responsabilité du massacre d’Oslo attribuée aux tenants du multiculturalisme:

« Ce qui s’est passé en Norvège n’est pas le seul fruit de pratiques de langage. C’est le résultat d’une cause émotionnelle bien plus profonde, qui pousse l’individu à vouloir éradiquer l’idéologie qui présente l’homme comme un être abstrait, qui ne serait pas relié de manière fondamentale à des racines culturelles et religieuses. (…) C’est sans aucun doute ce qui anime Anders Breivik, car il hait l’idée de l’homme sans culture et, par esprit de contrariété, est devenu excessivement concret. En pensée et en action. Il est devenu cet homme qui veut freiner cette relativisation infinie de ce dont nous venons, et qui pour cette raison commence à se battre. Il illustre de ce fait tout d’abord que c’est un danger mortel que de manipuler l’identité culturelle des gens, et ensuite que des schémas de l’histoire mondiale se répètent. A cette occasion, il a été démontré de manière éclatante que Breivik s’est comporté comme un chevalier des anciennes croisades. Les temps sont autres, mais l’instinct de base demeure, et c’est justement cet instinct immémorial que l’on néglige de manière catastrophique en rêvant d’une société multiculturelle »

(« (…) det, der har udfoldet sig i Norge, skabes næppe gennem sprogbrug. Det næres af en langt dybere følelsesmæssig kilde, der driver et individ til at ville udrydde ideologien om mennesket som et abstrakt væsen, der ikke er afgørende forbundet med kulturelle og religiøse rødder. (…) Det er utvivlsomt dem, Anders Breivik primært animeres af, fordi han afskyr tanken om det kulturløse menneske og i ren trods selv bliver helt overordentlig konkret. Både i tanke og handling. Han bliver til det menneske, der vil bremse den evige relativering af det, vi selv kommer af, og som derfor begynder at slås. Dermed illustrerer han, at det for det første er livsfarligt at manipulere med menneskenes kulturelle identitet, og for det andet at visse mønstre i verdenshistorien gentager sig. I dette tilfælde markant demonstreret ved, at Breivik ligefrem optræder som en kristen ridder fra de gamle korstog. Tiden er en anden, men grundinstinktet består, og det er præcis dette tidløse instinkt, man i drømmen om det multikulturelle samfund gang på gang på katastrofal vis negligerer. »)

Continuant sur la lancée de Nicolas Sarkozy, David Cameron et Angela Merkel, qui ont récemment fait part de la mort du multiculturalisme, la pasteure luthérienne Sørine Gotfredsen conclut:

« Et nous avons pendant des décennies été avertis par ceux qui, par respect pour les récits immémoriaux de l’histoire, nous ont rappelé que la violence allait émerger lorsque islam et chrétienté se heurteraient. L’invention de l’homme bon et multiculturel comme modèle pour une nation toute entière est une fantaisie dangereuse qui peut provoquer des mouvements effroyables, car elle néglige le besoin de l’individu de se sentir sûr dans sa propre culture. Anders Breivik a souligné tout cela, que nous connaissions par avance, et il sera utilisé par les deux camps de ce débat. Ceux qui continuent à adorer l’idéologie sans culture vont faire appel au seul remède qu’ils connaissent: de belles paroles et plus de tolérance. Comme contrepoids, Anders Breivik sera invoqué de manière différente: pour comprendre comment l’homme peut être dangereux quand il se sent sous pression, et pour montrer que dans cette ère multiculturelle nous mettons l’homme sous pression plus que de raison. »

« Og vi er i årtier blevet advaret om det af dem, der i respekt for historiens tidløse tale har mindet os om, at volden vil bryde ud, når islam og kristendom støder sammen. Opfindelsen af det gode multikulturelle menneske er som formel for en hel nation en farlig fantasi, der kan fremprovokere frygtelige kræfter, fordi den negligerer den enkeltes behov for at føle sig tryg i sin egen kultur. Anders Breivik har understreget alt det, vi vidste i forvejen, og han vil blive brugt af begge lejre i den hjemlige debat. De, der fortsat dyrker den kulturløse ideologi, vil blive ved med at efterspørge det eneste middel, de kender til – pæn tale og mere tolerance, og som modvægt skal Anders Breivik også bruges på anden vis. Til at forstå hvor farligt mennesket er, når det føler sig presset, og at vi i denne multikulturelle tidsalder presser menneskene mere end klogt er. »

Bref, comme disent les policiers étatsuniens, « case closed« , affaire classée, le massacre d’Utøya est à mettre au compte du multiculturalisme (c’est d’ailleurs également l’avis du commentateur sportif français Alain Finkielkraut). Même au Danemark, profondément gangréné par dix années de xénophobie gouvernementale sous l’égide du Dansk Folkeparti (cette xénophobie contamine la gauche, puisque le tout récent durcissement de la loi sur les étrangers a été approuvé par les sociaux-démocrates et la gauche socialiste), la réaction de l’opinion fut virulente: des milliers de lecteurs du Berlingske Tidende ont manifesté leur réprobation de vive voix à la rédaction du journal, et des paroissiens furieux ont également appelé l’évêché dont dépend la pasteure Gotfredsen pour condamner ses propos. Le Dansk Folkeparti lui-même a condamné les propos de la pasteure, par la bouche de Pia Kjærsgaard, qui a trouvé que elle était allée trop loin. Des collègues pasteurs de l’Eglise luthérienne du Danemark – église d’Etat –  ont condamné ses propos dans une lettre ouverte adressée à l’épiscopat.

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La pasteure Sørine Gotfredsen attendant son chevalier blanc Anders Behring Breivik.

Quatre ans après la polémique, Sørine Gotfredsen est cependant toujours pasteure, et elle tient une chronique régulière dans le quotidien conservateur Berlingske Tidende. Le parti social-démocrate, sous l’égide de la premier ministre sortante Helle Thorning Schmidt, a perdu les élections en 2015 malgré une campagne offensive contre l’immigration, prônant un durcissement des règles en matière de droit d’asile. Le réseau islamophobe « Islamkritisk Netværk i Folkekirken » a poursuivi ses activités – minoritaires – au sein de l’église luthérienne du Danemark. Et alors que l’Europe fait face à une crise – toute relative – en matière de demandeurs d’asile, le premier ministre danois s’est singularisé en facilitant le transit des demandeurs d’asile parvenus au Danemark vers le voisin suédois, nettement plus accueillant, en proposant à Angela Merkel d’accueillir 100 (cent) réfugiés syriens et surtout en publiant, en pleine crise politico-médiatique, des annonces en arabe dans la presse libanaise tentant de décourager les réfugiés de venir au Danemark…

On peut donc faire l’apologie du terrorisme en Europe occidentale à partir d’une chronique dans un journal de qualité, et n’en souffrir aucune conséquence judiciaire ni professionnelle – il suffit d’avoir la bonne origine ethnico-religieuse et de bien choisir la couleur politique du terroriste que l’on soutient. Celui écrira un jour l’histoire de la longue agonie du libéralisme politique en Europe occidentale consacrera peut-être une note de bas de page à Sørine Gotfredsen.

« Bien sûr qu’on les garde »

Les élections présidentielles engagent, de manière disproportionnée par rapport à leur enjeu réel, certaines couches de population des pays anciennement colonisés. J’ai ainsi, en dépit d’un désintérêt pour ces élections, cédé à la tentation de regarder le débat entre les deux candidats du deuxième tour ce mercredi. J’ai quelques remarques personnelles (et je rappelle que je ne suis pas français ni ne réside en France).

Nul de sensé ne s’attend fondamentalement à une politique économique et financière foncièrement différente sous Hollande: les excès de Sarkozy en la matière – bouclier fiscal, défiscalisation des heures supplémentaires – resteront comme de mauvais souvenirs, les excès d’un crooner en fin de course à Las Vegas, tandis qu’excepté quelques artifices déclaratoires, le gouvernement de Hollande entrera dans le moule de l’Eurozone et de son catéchisme des finances publiques. Nul bouleversement à attendre dans le domaine de la politique étrangère – même symboliquement, nul ne croit que la France se retirera du commandement militaire de l’OTAN dans lequel Sarkozy l’avait réintégrée après quatre décennies de retrait, et nul n’espère quoi que ce soit de neuf en Françafrique ou dans le monde arabe. Bref, l’avantage principal de François Hollande est de ne pas être Nicolas Sarkozy.

Les quatre auteurs de la tribune parue dans Le Monde en soutien de Adlène Hicheur – « Non au délit de « pré-terrorisme » – l’ont bien formulé:

Si nul ne peut croire sérieusement que le 6 mai 2012 puisse altérer quoi que ce soit au cours de nos existences…

Mais après tout, c’est là le problème des Français, à eux de faire leur choix. Pour l’étranger que je suis qui a l’infortune d’être arabe et musulman, je retiens au crédit de Hollande sa promesse d’accorder le droit de vote aux étrangers lors des éléctions municipales. Le Parti socialiste en parle depuis 1981, mais Hollande semble ici vouloir tenir cette promesse:

J’en arrive au droit de vote après cette digression. Sur le droit de vote, c’est une position que je défends depuis des années. Uniquement pour les élections municipales, et par rapport à des étrangers en situation régulière sur le territoire et installés depuis plus de cinq ans. Monsieur Sarkozy: vous étiez favorable à cette position, vous l’aviez écrite en 2001, rappelée en 2005, confirmée en 2008, vous disiez que vous étiez intellectuellement favorable à cette introduction du droit de vote des étrangers pour les élections municipales, mais que vous n’aviez pas la majorité. Vous avez parfaitement le droit de changer, moi je ne change pas. Je considère que ces personnes qui sont sur notre territoire depuis longtemps, qui paient des impôts locaux doivent pouvoir participer au scrutin municipal. Ça existe d’ailleurs dans la plupart des pays européens, notamment en Belgique, aux Pays-Bas, au Royaume-Uni pour les membres du Commonwealth, et en Espagne sous réserve de réciprocité. Et je pourrais continuer, il y a à peu près 50 pays dans le monde, beaucoup sont en Europe, qui appliquent le droit de vote des étrangers pour les élections municipales. Pour faire passer cette réforme, il nous faudra avoir une majorité des trois cinquièmes, c’est une révision de la Constitution. Je soumettrai donc cette proposition au Parlement. S’il y a une majorité des trois cinquièmes, ça voudra dire qu’une partie de la droite et du centre, et vous avez beaucoup de vos amis, un certain nombre, qui y sont favorables, et la réforme passera. S’il n’y a pas de majorité, ça sera au peuple français, et seulement au peuple français, de pouvoir en décider. (verbatim du débat du 2 mai sur le site de Le Monde)

Pour le reste…

J’ai entendu François Hollande implicitement reprocher à Sarkozy de laisser entrer plus d’immigrés légaux – depuis 2002, alors qu’il était ministre de l’intérieur – que le gouvernement de Lionel Jospin – 200.000 immigrés légaux par an sous Sarkozy contre 150.000 sous Jospin:

Nicolas Sarkozy est donc en responsabilité de l’immigration depuis dix ans, ministre de l’intérieur, puis président de la République. Le nombre de personnes entrant sur notre territoire en situation légale est de 200 000 par an; c’était 150 000 sous le gouvernement de Lionel Jospin. Donc, vous avez accepté pendant dix ans que rentrent sur notre territoire, pour des raisons légales, 200 000 immigrés supplémentaires.

J’ai entendu Hollande dire « que l’immigration légale peut être maîtrisée » et que l’immigration économique est de trop:

« Qu’est-ce que je dis moi ? L’immigration économique, je pense qu’aujourd’hui il faut la limiter. Nous sommes en situation de chômage, croissance faible, il y a des métiers qui pouvaient être tendus, aujourd’hui, nous n’avons pas à avoir plus d’immigration économique.

J’ai entendu Hollande parler des centres de rétention, euphémisme désignant les prisons où sont retenus les étrangers ayant commis pour seul crime de ne pas avoir de titre de séjour et étant en attente de leur expulsion:

Nicolas Sarkozy : Est-ce qu’on garde les centres de rétention.

François Hollande : Bien sûr qu’on les garde. (…)

Nicolas Sarkozy : Qui a créé les centres de rétention pour enfants ? Monsieur Jospin, c’est monsieur Jospin qui les a créés.

François Hollande : Ce que nous devons faire maintenant, c’est avoir des centres de rétention permettant l’accueil des familles pour permettre ensuite leur reconduite…

Nicolas Sarkozy : Ça existe déjà.

François Hollande : Un seul.

Nicolas Sarkozy : Donc on garde les centres de rétention.

François Hollande : Les centres de rétention sont nécessaires, ils existent partout.

Nicolas Sarkozy : Donc pourquoi écrivez-vous le contraire à France Terre d’asile ? Toujours l’ambiguïté.

François Hollande : Non, il n’y a aucune ambiguïté, quand la personne est menacée…

Nicolas Sarkozy :  » La rétention doit devenir l’exception « . Vous venez de dire aux Français que vous les garderez.

François Hollande : Mais non, j’ai dit que je garderai les centres de rétention et que la personne qui risque de s’enfuir doit être mise en centre de rétention.

J’ai entendu Hollande reprocher à Sarkozy sa mollesse en matière de « laïcité », c’est-à-dire en matière de répression de toute manifestation extérieure d’appartenance à l’islam:

François Hollande : Nous pouvons ne pas être d’accord mais lier, comme vous l’avez fait, le vote à une aspiration communautaire… Et je le dis, que les Français n’aient aucune inquiétude: sous ma présidence, il n’y aura aucune dérogation à quelques règles que ce soit en matière de laïcité. Vous, par exemple, vous n’étiez pas favorable à la loi sur le voile à l’école. Vous n’y étiez pas favorable, nous avions fait un débat là-dessus. C’était au théâtre du Rond-Point, en 2003, j’ai encore le texte. Vous n’étiez pas favorable à l’interdiction du voile à l’école. C’était votre droit à l’époque, vous avez sans doute encore changé d’avis. Moi, j’y étais favorable et j’ai voté cette loi de l’introduction… de l’interdiction du voile à l’école. C’était Jacques Chirac  qui en avait décidé. Ensuite, sur la burqa, j’ai voté la résolution interdisant la burqa.

Nicolas Sarkozy : Vous l’avez votée ?

François Hollande : La résolution.
Nicolas Sarkozy : Ah, vous n’avez pas voté la loi. C’est toujours une petite ambiguïté.

François Hollande : Et sur la loi, j’avais, avec le groupe socialiste déposé des amendements qui n’ont pas été reçus. La meilleure façon était donc de laisser passer la loi mais, je vous l’affirme ici, la loi sur la burqa, si je deviens président de la République, sera strictement appliquée. Il n’y aura pas non plus, parce que vous faites souvent ce type de proclamation dans vos réunions publiques… les horaires de piscine. Il n’y a aucun horaire de piscine qui sera toléré s’il fait la distinction entre les hommes et les femmes. Plusieurs municipalités ont fait… vous avez souvent cité Martine Aubry, c’est terminé depuis 2009 et c’était pour des femmes qui étaient en surpoids, qui en avaient fait la demande.

Nicolas Sarkozy : Il n’y a pas d’hommes en surpoids non plus ?

François Hollande : Il y a d’autres… J’ai refusé qu’il y ait la moindre ouverture. Et si vous voulez constater qu’il n’y a plus d’ouvertures d’horaires spécifiques pour les femmes, je vous donnerai le site de la mairie de Lille pour que vous puissiez vous-même aller voir la piscine en question. Deuxièmement, sur la viande halal, que les Français sachent bien que sous ma présidence, rien ne sera toléré en termes de présence de viande halal dans les cantines de nos écoles. Qu’il n’y ait pas nécessité de faire peur !

Ca donne envie, hein?

Et je me rappelle que Manuel Valls, directeur de la campagne électorale de Hollande, fut le premier homme politique français à avoir fait du halal un enjeu politique – rappelez-vous, c’était en 2002 et Manuel Valls, député-maire PS d’Evry, voulait faire fermer un supermarché Franprix devenu halal – la justice administrative mit fin à cette intrusion de Valls dans les assiettes et les verres de ses administrés. Le même Valls avait souhaité plus de « blancs, de white, de blancos » à la brocante d’Evry, lors d’un reportage, propos qu’il a parfaitement assumés (ne riez pas – lors de l’émission dans lequel il fut confronté à cette séquence, il fut interviewé par… Valérie Trierweiler, compagne de François Hollande), et déclaré récemment être « lié de manière éternelle à Israël« .

Je me rappelle que ce fut un sénateur-maire socialiste, René Vandierendonck, qui déposa plainte au pénal contre un Quick de la ville de Roubaix, coupable de ne servir que de la viande halal.

Je me rappelle que la première initiative législative de la majorité de gauche du Sénat fut d’adopter une proposition de loitrès critiquée – interdisant le port de symboles religieux par les assistant-e-s maternel-le-s accueillant des enfants à domicile (cette proposition n’a pas encore été votée par l’Assemblée nationale et n’a donc pas été adoptée à ce jour). L’auteure de cette proposition de loi, la sénatrice Françoise Laborde, face aux accusations d’islamophobie, déclara « assumer« .

Je me rappelle de cet article du Point du 29 mars, qu’on ne retrouve étonnamment pas sur leur site, dans lequel le secrétaire général des députés PS Olivier Faure déclarait:

« Il va falloir dire des choses claires, appeler un chat un chat sur la sécurité, l’immigration, l’islam… On doit reprendre la main sur la laïcité et les dérives communautaires dans les banlieues » (Le Point n° 2063 du 29 mars 2012, p. 21)

Je me rappelle aussi de la visite du CRIF auprès de François Hollande en janvier, lors de laquelle il fit, au sujet de l’antisémitisme et de l’antisionisme, la déclaration suivante:

Sur cette délicate question, le candidat socialiste a assuré le CRIF de son engagement de fermeté contre les actes antisémites et antisionistes. Il compte mener des actions énergiques dans les domaines de l’éducation, de la pédagogie et de l’information. « Je ne laisserai rien passer » a-t-il affirmé. (CRIF)

La position de François Hollande sur le dossier palestinien exprimée lors de cet entretien mérite aussi d’être relevée:

Concernant le Proche-Orient, François Hollande a souligné que si Israël est l’objet de tant de critiques c’est qu’il constitue une grande démocratie. C’est sans doute, a-t-il ajouté, au PS que l’on trouve le plus grand nombre d’amis d’Israël et du peuple juif. François Hollande, qui a confirmé la prochaine visite en Israël de Laurent Fabius, a fait part à ses hôtes de l’invitation à visiter Israël de la nouvelle présidente du parti travailliste, Shelly Yachimovitch. (CRIF)

Dominique Vidal rappelle un autre épisode récent:

La gêne s’est accentuée avec l’annonce pour février d’une délégation en Israël et en Palestine, dont le programme a provoqué un véritable tollé [5]]. Sur les trois jours, Jean-Christophe Cambadélis et ses camarades ne réservaient à la Palestine qu’un saut à Ramallah ainsi qu’une « visite de la Vieille ville de Jérusalem ». Pis, ils devaient rencontrer trois personnalités poursuivies dans divers pays pour crimes de guerre : Moshe Yaalon, Shaul Mofaz et Michaël Herzog. Ce dernier organisait même pour ses hôtes un « tour en hélicoptère » conçu comme une « approche géostratégique des frontières d’Israël ». Inutile de dire que le projet fit long feu… (Confluences)

Evidemment, du côté du président sortant, qui ne sera pas réélu à moins de la plus grande surprise électorale depuis la victoire de Truman en 1948, une encyclopédie serait nécessaire pour recenser les paroles et les actes de lui-même et de ses porteurs de serviette.

Inutile donc de dire que, au risque de complaire à Manuel Valls, si j’avais le droit vote je voterais blanc.

« On accorde trop de droits à l’Islam et aux musulmans en France »

Ce n’est pas une phrase de Manuel Valls ou Claude Guéant, mais une affirmation partagée par 51% des Français interrogés dans ce sondage de la SOFRES: ils étaient 43% en janvier 2010, 50% en janvier 2011 et donc 51% en janvier de cette année. Si l’on va dans le détail, ils sont 37% à le penser parmi les personnes interrogées se réclamant de la gauche (23% sont plutôt d’accord et 14% sont tout à fait d’accord), 70% parmi ceux se réclamant de la droite (33% sont plutôt d’accord et 37% tout à fait d’accord) et 89% parmi ceux se réclamant de l’extrême-droite (29% sont plutôt d’accord et 60% tout à fait d’accord). On note une forte corrélation avec les chiffres de ceux qui estiment qu’il y a trop d’immigrés en France (51% du total, 33% de ceux de gauche, 70% de ceux de droite et 92% de ceux d’extrême-droite) et qui estiment qu’on ne se sent plus vraiment chez soi en France (44% du total, 28% de ceux de gauche, 64% de ceux de droite et 92% de ceux d’extrême-droite).

Pendant ce laps de temps, c’est-à-dire depuis 2010, outre la loi n° 2004-228 du 15 mars 2004 interdisant le voile à l’école publique encadrant, en application du principe de laïcité, le port de signes ou de tenues manifestant une appartenance religieuse dans les écoles, collèges et lycées publics, sont venues s’ajouter deux textes de loi (dont un n’est il est vrai qu’à l’état de projet) accordant des droits à l’Islam et aux musulmans de France:

  • la loi n° 2010-1192 du 11 octobre 2010 interdisant la burqala dissimulation du visage dans l’espace public;
  • la proposition de loi – proposée par ailleurs la gauche – visant à interdire le voile aux assistantes maternellesétendre l’obligation de neutralité aux structures privées en charge de la petite enfance et à assurer le respect du principe de laïcité

Vous, je ne sais pas, mais ça me rappelle furieusement une des meilleures chanson de The Clash, « Know your rights« :

Know your rights all three of them

Number 1
You have the right not to be killed
Murder is a CRIME!
Unless it was done by a
Policeman or aristocrat
Know your rights

And Number 2
You have the right to food money
Providing of course you
Don’t mind a little
Investigation, humiliation
And if you cross your fingers
Rehabilitation

Know your rights
These are your rights

Know these rights

Number 3
You have the right to free
Speech as long as you’re not
Dumb enough to actually try it.

Know your rights
These are your rights
All three of ’em
It has been suggested
In some quarters that this is not enough!
Well…………………………

L’Ordre du wissam alaouite décerné à « un blanc, blancos, white »

Hassan II avait reçu Jean-Marie Le Pen dans les années 90, Mohammed VI fait décerner une décoration à Manuel Valls en 2011.

Pour les incultes, Manuel Valls a:
annulé le 12 mars 2011 un débat public faisant suite à la projection du film « Gaza-strophe » de Samir Abdallah et Khéridine Mabrouk sur la guerre israélienne contre Gaza en 2009;
-déclaré face à une caméra, lors d’une promenade sur le marché d’Evry, ville dont il est le député-maire, confronté à la foule multicolore: «Belle image de la ville d’Evry… Tu me mets quelques blancs, quelques whites, quelques blancos… », phrase qu’il a par la suite affirmé assumer totalement;
soutenu l’idée d’une interdiction du voile islamique là où il y aurait des enfants, et notamment les crèches;
– voulu remettre « du porc et de l’alcool en rayon, et fissa! » dans une épicerie de sa ville passée à l’alimentation halal;
coupé, en février 2010, les subventions de l’association « Evry-Palestine »;
débordé Nicolas Sarkozy sur sa droite tout récemment au sujet des immigrés en provenance de Tunisie;
– a, en matière sécuritaire dont on sait combien elle est ethnicisée en France, « une posture populiste et autoritaire« ;
– une police municipale interdisant la vente de livres sur l’islam lors de brocantes;
exprimé son opposition à l’adhésion de la Turquie à l’Union européeenne;
dénoncé, en 2011 (deux mille onze), l’influence du marxisme-léninisme au sein de la gauche française (si, si!);
signé une tribune qualifiant le boycott d’Israël d' »indigne« ;

Distinction
Le député socialiste Manuel Valls fait Commandeur du Ouissam alaouite
Le Matin du Sahara Publié le : 16.06.2011 | 17h39

Le député et maire socialiste français d’Evry (région parisienne), Manuel Valls a reçu mercredi soir des mains de l’ambassadeur du Maroc en France, El Mostafa Sahel, les insignes de Commandeur du Ouissam alaouite en reconnaissance de son engagement en faveur de l’amitié franco-marocaine et de son action pour l’intégration de ses administrés marocains.

Ce responsable en vue du Parti socialiste (PS-opposition) et candidat aux primaires pour l’élection présidentielle de 2012, s’est dit «touché et ému par le geste de S.M. le Roi Mohammed VI et très sensible à l’immense honneur que lui fait un pays ami».

Ce catalan d’origine, très attentif à une relation harmonieuse entre les deux rives de la Méditerranée et à la consécration des valeurs de liberté et de démocratie à l’heure du «printemps arabe», a assuré que le Maroc jouait, dans ce contexte, un «rôle tout à fait essentiel».

A ce titre, il a salué «le dynamisme, la croissance économique et l’évolution politique, culturelle et sociétale que S.M. le Roi est en train d’impulser».

«Ce qui se passe en ce moment au Maroc et ce qui se passera après la révision constitutionnelle est un élément très important, en termes d’exemplarité, pour les autres pays» de la région, a estimé Manuel Valls devant une assistance formée de ses camarades, d’élus, d’intellectuels et d’acteurs associatifs de la ville d’Evry, dont notamment le philosophe Marek Halter, le recteur de la grande mosquée d’Evry, le marocain Khalil Merroun et le rabbin de la ville.

Il a redit «l’immense honneur» qu’il ressent face à ce geste de la part d’un «Maroc ancré dans l’histoire et des Marocains qui ont marqué la terre d’où je viens», en référence à sa Catalogne natale et à l’Espagne, mais surtout au modèle de la Cordoue du temps de l’Andalousie en termes de tolérance et de convivialité entre les religions et les cultures qu’il veut promouvoir dans la ville d’Evry.

En faisant l’éloge du récipiendaire, El Mostafa Sahel a rendu justement hommage à l’action de M. Valls et son «engagement connu de tous pour la promotion d’un nouveau +vivre ensemble+ porteur de beaucoup d’espoirs», dans cette ville baptisée «capitale spirituelle» du département de l’Essonne.

Le jeune maire d’Evry est connu pour son combat, «dans une conception ouverte de la laïcité», pour «la cohabitation entre confessions différentes et pour prévenir les risques du communautarisme» dans cette ville où se côtoient la dernière cathédrale bâtie en France, où officie un évêque né à Rabat, une synagogue dont le rabbin est d’origine marocaine, une pagode bouddhiste et la Grande Mosquée dirigée par le marocain Khalil Merroun.

Le Maroc est sensible à cette démarche car il est à son tour «une terre de tolérance, où se côtoient pacifiquement juifs, chrétiens et musulmans, mais aussi une terre où se mélangent harmonieusement plusieurs cultures», a relevé l’ambassadeur avant d’évoquer la grande réforme des institutions lancée par le discours royal du 9 mars en vue de consacrer la démocratie et l’Etat de droit.

Et de souligner que la «consécration de la pluralité de l’identité marocaine occupe une place de choix» dans la révision constitutionnelle.

L’ambassadeur a salué par ailleurs l’esprit d’ouverture et de tolérance de M. Valls et rendu hommage à son action pour «une intégration harmonieuse des populations immigrés» dont notamment la communauté marocaine.
Durant son parcours politique, Manuel Valls a été notamment le très proche collaborateur de plusieurs hommes d’Etat français, notamment les anciens Premiers ministres, Michel Rocard et Lionel Jospin.

Par MAP

Je trouve finalement que Manuel Valls et l’Ordre du wissam alaouite se méritent.

Fraternité maghrébine: Manuel Valls s’est rendu à Alger en 2010 afin de donner une conférence sur « La gestion d’une grande ville de la région parisienne (Evry) : un exemple d’organisation multiculturelle » – sans doute a-t-il appelé à l’exportation de « blancs, whites et blancos » afin de rendre Alger plus multiculturelle. Et j’oubliais la Mauritanie, où il s’est rendu pour y louer la musique mauritanienne.

PS: puisque nous sommes en période de réforme constitutionnelle, je souhaiterais que l’octroi de décorations marocaines à des étrangers soit soumise à approbation parlementaire préalable.

Scène de régime policier à Rezé, Loire-Atlantique

Vous avez tous suivi sans doute l’affaire de Lies Hebbadj, mari de la conductrice en niqab verbalisée (une amende de 22 euros pour « circulation dans des conditions non aisées« ) en France, et sans doute le premier cas d’infraction au code de la route de l’histoire de France ayant suscité l’intervention directe du ministre de l’intérieur. Brice Hortefeux avait en effet décidé d’attaquer le mari de la conductrice, l’accusant d’être polygame et de frauder aux allocations familiales, demandant à la préfecture d’étudier si cet algéro-français pouvait être déchu de sa nationalité française (la réponse est non). Le procureur de la République de Nantes est très mesuré et semble peu enthousiaste.

Un ministre faisant des allégations diffamatoires contre une personne privée, époux d’une contrevenante au code de la route, cela eût été surprenant s’il ne s’agissait de la France et de musulmans. Cette affaire n’est que le digne couronnement – je m’aventure sans doute, car je crois qu’il y aura d’autres incidents, sans doute encore plus ubuesques – d’une longue obsession française pour toute manifestation extérieure d’islamité – le cas du Quick halal de Roubaix (à suivre chez Al Kanz) est assez éloquent (il avait été précédé par l’affaire du Franprix halal d’Evry que le député-maire socialiste de cette ville, l’exécrable Manuel Valls, voulait forcer à vendre porc et alcool).

Pour être tout à fait honnête, il faut admettre que le personnage de Lies Hebbadj, boucher halal (dont la boucherie vient d’être cambriolée, après le début de la polémique) et époux de la conductrice en burqa, n’est pas des plus susceptibles d’attirer les sympathies d’un public éclairé (il est contesté au sein même de la communauté musulmane nantaise): une de ses anciennes compagnes aurait fait état de violences domestiques, allégations réfutées par l’intéressé. Bref, il campe parfaitement et sans se forcer le rôle du salaud musulman de base nécessaire nécessaire à la dramaturgie de ces faits-divers montés et instrumentalisés.

Du niqab, on est donc passé à la polygamie: s’il n’est marié civilement qu’avec la conductrice en question, il vivrait maritalement avec trois autres femmes – on peut exclure qu’il aie contracté avec elles un mariage civil, pratiquement impossible en raison de la nécessité de la nécessité de la dissolution de tout mariage antérieur (article 147 du Code civil français, lu en connexion avec l’article 76 du même code qui impose la mention de tout mariage en marge de l’acte de naissance de chacun des époux). Il ne peut donc être taxé de polygamie à l’angle du droit civil, seul son mariage civil ayant une réalité juridique en droit français.

Le droit pénal est cependant également pertinent – en l’occurence, deux articles du Code pénal français doivent être cités:

Article 433-20

Le fait, pour une personne engagée dans les liens du mariage, d’en contracter un autre avant la dissolution du précédent, est puni d’un an d’emprisonnement et de 45000 euros d’amende.Est puni des mêmes peines l’officier public ayant célébré ce mariage en connaissant l’existence du précédent. 

Article 433-21

Tout ministre d’un culte qui procédera, de manière habituelle, aux cérémonies religieuses de mariage sans que ne lui ait été justifié l’acte de mariage préalablement reçu par les officiers de l’état civil sera puni de six mois d’emprisonnement et de 7500 euros d’amende.

Pour que Lies Hebbadj soit convaincu du délit de polygamie viés à l’article 433-20 du Code pénal, il faudrait que ses « maîtresses » soient liées à lui par les liens du mariage civil, qui serait venu s’ajouter à celui contracté en toute légalité avec son épouse légitime. Eu égard à la nécessité pour chacun des époux de produire devant l’officier d’état civil prononçant le mariage une copie intégrale de l’acte de naissance (articles 63 et 70 du Code civil) en marge duquel tout mariage antérieur doit être annoté, on voit mal comment un tel cas de figure pourrait se produire. Quant à l’article 433-21 du Code pénal, il réprime le fait pour un ministre du culte de prononcer le mariage religieux avant le mariage civil – Lies Hebbadj n’encourt pas de poursuites sous ce chef. On notera au passage le paradoxe qui veut que la République laïque qui, à l’article 2 de la loi du 9 décembre 1905 de séparation de l’église et de l’Etat, déclare ne reconnaître aucun culte, fasse mention à l’article 433-21 du Code pénal de représentants de cultes qu’elle ne reconnaît donc pas. Cartésianisme français…

De son côté, Lies Hebbadj, montrant là sa parfaite intégration et sa connaissance du registre culturel français (et son parfait cynisme au regard des préceptes de l’islam), a affirmé que les trois autres concubines étaient ses « maîtresses« , et que d’avoir des maîtresses n’était pas interdit par le droit français:

«A ce que je sache, les maîtresses ne sont pas interdites en France, ni par l’islam. Peut-être par le christianisme, mais pas en France. (…) Si on est déchu de sa nationalité pour avoir des maîtresses, il y a beaucoup de Français qui seraient déchus de la nationalité» (Libération)

En lisant les différents articles consacrés à cette affaire, c’est plutôt le passage suivant qui m’a choqué (les étapes successives de l’hystérie française en matière de toute manifestation visible d’appartenance à la religion islamique ne sont plus choquantes, à force de se répéter, mais bien affligeantes):

«Les services de police m’ont signalé sa présence il y a quatre-cinq ans. Ils m’ont dit de faire attention, car il avait une pratique islamiste intransigeante», déclare Gilles Retière, le maire socialiste de Rezé, commune au sud de Nantes où réside ce musulman. (…) Ce même 23 avril, le ministre de l’Intérieur dégaine la fiche complète d’Hebbadj, preuve qu’il était effectivement surveillé par la police. «Selon les informations dont je dispose, cet individu appartiendrait à la mouvance radicale du Tabligh et vivrait en situation de polygamie, avec quatre femmes dont il aurait eu douze enfants. Au demeurant, chacune de ces femmes bénéficierait de l’allocation de parent isolé», écrit Hortefeux. (…) «Il aurait deux femmes à Rezé, une autre dans l’agglomération nantaise et une autre dans l’agglomération lyonnaise», avance Gilles Retière. (…) La position du maire est, elle aussi, délicate. Bien que prévenu par la police, il a reçu à l’automne Liès Hebbadj. Celui-ci voulait construire une mosquée à Rezé. «Je lui ai dit : « Trouvez-vous un lieu et revenez me voir »», raconte l’élu. Désormais, il est plus prudent : «Je veux bien d’une mosquée, mais pas avec lui.»

Il est intéressant de noter que Lies Hebbadj a vraisemblablement un casier judiciaire vierge, et qu’il n’a aucun lien avec des activités violentes ou terroristes – ceci aurait été obligeamment annoncé par le ministre de l’intérieur le cas échéant. Il serait – selon le ministère français de l’intérieur – membre de la Jama’a at-tabligh, un mouvement salafiste international, cependant réputé pour son piétisme et son apolitisme, et par voie de conséquence pour son rejet du terrorisme. Les activités de ce groupement en France ne sont d’ailleurs pas interdites, et on pourrait le comparer aux Loubavitch ou à la Fraternité sacerdotale Saint Pie X. C’est donc un cas exemplaire de fichage puis de surveillance en raison des seules opinions religieuses (rien n’indique, dans les articles qui lui sont consacrés, qu’il ait des prises de positions politiques radicales) de l’intéressé. Mais ce fichage et cette surveillance, au lieu d’avoir un but strictement policier (à supposer que l’on considére que son cas relève de la forme de police politique dont il s’agit, car ce que le ministère de l’intérieur lui reproche – polygamie, fraude à l’aide sociale – relève en effet du droit commun), semble servir au contrôle social voire à la stigmatisation d’un individu en raison de ses idées.

On peut présumer que le maire de Rezé, localité ou réside Lies Hebbadj, a été contacté par les Renseignements généraux (véritable police politique, fusionnée depuis 2008 avec la DST – contre-espionnage – au sein de la Direction centrale du renseignement intérieur) au moment de l’emménagement de l’intéressé à Rezé. Ceci, en l’absence de toute prévention pénale à son encontre, car des poursuites auraient été sans aucun doute initiées le cas échéant, et en raison de ses seules opinions religieuses fondamentalistes. On peut se demander si la police politique en aurait fait de même s’il s’agissait d’un militant du Bloc identitaire ou de Lutte ouvrière venu s’établir à Rezé. La réponse: bien sûr que non.

Toutefois, en ces temps où les Maghrébins de France et Français d’origine maghrébine se voient sommés de s’assimiler au modèle français, il est réconfortant de constater que les autorités françaises consentent à une certaine réciprocité en répliquant dans l’hexagone un modèle policier qui ne dépayse aucun Algérien, Marocain ou Tunisien.

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