L’attaché militaire marocain à Washington assiste aux adieux officiels de l’attaché militaire israëlien

Un bref article du Yedioth Ahronoth nous apprend que l’attaché militaire israëlien aux Etats-Unis – Benny Gantz – vient de quitter ses fonctions pour rejoindre son poste de chef d’état-major adjoint de l’armée israëlienne. Lors de son drink de départ, le chef d’état-major étatsunien, l’amiral Mike Mullen, a ainsi déclaré « the US will always stand by Israel’s side » – « les Etats-Unis seront toujours âux côtés d’Israël« . La cérémonie, qui a eu lieu à la résidence de l’ambassadeur israëlien, a connu la participation des attachés militaires égyptien et marocain (« the military attachés of Egypt and Morocco were also on hand« ), dont le journaliste ne précise s’ils ont applaudi à la déclaration de l’amiral Mullen ou versé des larmes en prenant congé de leur collègue, ami et allié Benny Gantz. Ces émouvants adieux ne doivent pas nous surprendre.

Le Maroc a théoriquement suspendu ses relations diplomatiques avec Israël dès le déclenchement de l’intifada de 2000 – le bureau de liaison israëlien à Rabat a ainsi été fermé, et le chef de ce bureau, l’israëlo-marocain David Dadoun, avec statut de chef de mission diplomatique, est rentré dans sa patrie d’adoption (il est natif de Marrakech).

Récemment, pour une raison totalement inexpliquée, il semblerait que les Etats-Unis – et donc l’Obama idolâtré comme un vulgaire candidat de la Star Ac par beaucoup trop de Marocains et d’Arabes (un peu comme le défunt sénateur ted Kennedy, grand ami d’Israël et du Polisario) (1) – aurait demandé aux pays arabes dits modérés, c’est à dire soumis aux Etats-Unis, de faire un geste envers Israël. Idée brillantissime, qui propose de faire ce que les Arabes avaient fait en 1993, à la signature des accords d’Oslo, à savoir donner à Israël normalisation et reconnaissance en échange de… rien du tout – ou plutôt si, une extension de la colonisation de la Palestine…

Voici donc ce qu’a écrit récemment The Guardian:

Israel, in return for a deal on settlements, is seeking not only a tougher line over Iran but normalisation of relations with Arab states, such as overflight rights for its airline El Al, establishment of trade offices and embassies, and an end to the ban on travellers with Israeli stamps in their passports.

Bahrain, Qatar, the United Arab Emirates and Morocco have so far tentatively agreed. Saudi Arabia has refused, saying Israel has had enough concessions.

The Times dit à peu près la même chose:

The US wants Arab states, such as the UAE, Kuwait, Bahrain, Morocco and Oman, to accept Israel, such as opening up their airspace to Israeli commercial flights.

On notera l’absence de cette liste officieuse de la Tunisie, autre féal de Washington, et de la Mauritanie, qui avait des relations diplomatiques avec Israël – en dépit de la deuxième intifada de 2000 – mais les a rompues en mars 2009, à l’initiative du général putschiste Mohamed ould Abdel Aziz. Mais les sources divergent, et d’autres mentionnent la Mauritanie et la Tunisie, tout en évoquant une visite de Netanyahu au Maroc:

Les autres pays sur lesquels Washington exerce des pressions sont le Maroc, la Tunisie et la Mauritanie, trois pays qui avaient des relations diplomatiques avec Israël mais qui les ont coupées pour protester contre l’action de Tsahal dans les territoires. Le dernier de ces pays à avoir rompu ses relations avec Israël a été la Mauritanie, là aussi suite à l’opération Plomb durci.

Il y a quelques jours, plusieurs journaux marocains (et blogs) l’affirment: « selon certaines sources israéliennes et arabes, il se fait de plus en plus probable que Benjamin Netanyahu soit le premier officiel israélien à être invité au Maghreb… Plus précisément au Maroc« .

Mais voilà, un petit signe assez amusant de ce que la servilité n’est jamais appréciée à sa juste valeur: Israël estimerait qu’une normalisation avec le Maroc et les pays du Golfe précités (Qatar et Oman notamment) ne serait pas suffisante:

A senior government official said that merely renewing ties with countries such as Qatar, Oman, and Morocco, would not be considered adequate compensation for Israel’s concessions unless the Arab League would cease its embargo and allow Israeli planes to fly over Arab airspace, and allow banking, tourism, and trade with Israel. Israel also demands that the Arab countries take deeper strides in fighting terror, stop incitement, and begin talks without preconditions.

Un analyste égyptien partage cet avis:

Khalil el Anani, an analyst with the Al Ahram Center for Political and Strategic Studies in Cairo, describes improved relations with countries such as Qatar and Morocco as irrelevant to Israel’s regional goals.

« Saudi Arabia is the real prize, » he says. « But I don’t think Saudi Arabia can open the subject with their own people about normalization. »

Qatar hosted a longstanding Israeli trade mission for years and only severed relations in January over Israel’s siege of Gaza. Morocco has long had quietly warm relations with the Jewish state, although never a formal treaty. Then-Israeli Prime Minister Ehud Barak attended the funeral for Morocco’s King Hassan II in 1999.

Déjà, en juillet, dans sa lettre adressée au Roi Mohammed VI, Barack Obama avait demandé ,au Maroc d’assumer un rôle de pionnier dans la normalisation avec Israël (Obama to Morocco: End Israel’s isolation):

In an apparent effort to get the Arab world to make some gestures toward Israel, US President Barack Obama has sent a letter to Morocco’s King Mohammed VI, saying he hoped Rabat would « be a leader in bridging gaps between Israel and the Arab world. »

Etonnamment, dans cette lettre au Roi Mohammed VI, Obama semblait revenir sur l’aval donné par l’administration Bush au plan d’autonomie pour le Sahara marocain, une démarche surprenante lorsqu’en même temps une normalisation avec Israël, extrêmement impopulaire dans l’opinion publique marocaine, est demandée…

Les rapports entre Maroc et Israël ont depuis l’avènement au trône de Hassan II toujours été étroits au niveau gouvernemental: coopération sécuritaire sous Oufkir et militaire sous Dlimi, visite de Shimon Peres à Ifrane en 1986, puis de Itzhak Rabin et Shimon Peres en 1993, présence d’Ehud Barak aux funérailles de Hassan II, échanges commerciaux substantiels à défaut d’être importants (48 millions de dollars d’importations en 2006, et ce uniquement pour les produits en plastique; contrats de sous-traitance et formation d’ingénieurs marocains en Israël), sans compter le tourisme israëlien au Maroc (en dépit de l’alerte terroriste récemment déclarée pour les touristes israëliens au Maroc par les autorités israëliennes, qui a provoqué le courroux des autorités marocaines). Le site du State department US, dans un geste qui montre à quel point il est difficile de distinguer les Etats-Unis d’Israël, évoque ainsi les relations maroco-israëliennes dans sa présentation du Maroc:

Morocco is active in Maghreb, Arab, and African affairs. It supports the search for peace and moderation in the Middle East. In 1986, then-King Hassan II took the daring step of inviting then-Israeli Prime Minister Peres for talks, becoming only the second Arab leader to host an Israeli leader. Following the September 1993 signing of the Israeli-Palestinian Declaration of Principles, Morocco accelerated its economic ties and political contacts with Israel. In September 1994, Morocco and Israel announced the opening of bilateral liaison offices. These offices were closed in 2000 following sustained Israeli-Palestinian violence, but Moroccan-Israeli diplomatic contacts continue.

Il faut dire que le Maroc semble, depuis sa décision de fermer le centre de liaison israëlien à Rabat, amèrement regretter ce geste, tant les autorités brûlent d’envie de renouer enfin officiellement avec Israël, indépendamment de la situation en Palestine:

– « Le roi du Maroc cherche à renouer des relations diplomatiques avec Israël » (2003);
– « Maroc – Israël. Soupçons de normalisation » (2005);
rencontre au Maroc entre le Roi Mohammed VI et le ministre israëlien de la défense Amir Peretz, d’origine marocaine (2006);
Patrouilles communes entre les marines marocaine, algérienne et israëlienne (2006);
– « Normalisation des relations ? Un cambriolage du bureau israélien à Rabat » (2006);
rencontre entre les ministres des affaires étrangères Mohammed Benaïssa et Tzipi Livni (2007)

-« Israel-Maroc: Netanyahu bientôt à Rabat ? » (2009)
participation commune des marines marocaine, algérienne et israëlienne à un exercice anti-terroriste de l’OTAN (2009)

(1) Voici ce qu’écrit The Jewish Journal sur les liens entre Ted Kennedy et Israël:

But, then, there was the Israel-Lover Kennedy.

From his first year in the Senate, 1962, until his last votes, Kennedy was a stalwart Israel supporter. It is likely in this, too, he was living the values of his older brother.
« Israel will endure and flourish« , John F. Kennedy once said. « It can neither be broken by adversity nor demoralized by success. It carries the shield of democracy and it honors the sword of freedom« .

According to one tally, Ted Kennedy voted 100 percent in concert with positions taken by Aipac, the American Israel Public Affairs Committee. Tom Dine, who served as Aipac’s executive director from 1980-93, was a defense and foreign policy advisor to Kennedy.

In the run-up to his tough 1994 Senate campaign against Mitt Romney, Kennedy accumulated some $45,000 from pro-Israel political action committees over the years, according to former Aipac legislative director Doug Bloomfield, « and presumably a lot more from individual pro-Israel donors, considering his long record of support for U.S. taxpayer aid for Israel« .

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