Le cycle vicieux de la radicalisation et de la contre-radicalisation – le cas de Da3esh

Le mode d’action de Da3esh (ou Etat islamique en Irak et au Levant) est bien connu dans l’histoire des mouvements armés de par le monde: par une action violente, radicale et sans discernement, entraîner l’ennemi dans une réaction tout aussi radicale et tout aussi dénuée de discernement, laquelle réaction entraînera une réaction de la population, touchée dans sa chair par ces excès, qui se ralliera dès lors au mouvement armé contre l’ennemi, souvent étranger ou perçu comme tel. Cela a été la tactique de mouvements de résistance de l’Irlande du Nord à l’Algérie en passant par le Vietnam, au-delà des clivages ethniques, religieux ou politiques – tant le FLN que l’OAS que le Sentier Lumineux péruvien ou l’IRA y ont eu recours.

La Syrie (et désormais l’Irak) offre un cas d’école: à la révolte populaire pacifique contre le pouvoir baathiste de Bashar el Assad, à assise communautaire marquée, ce pouvoir a répondu par une répression brutale, hyperviolente et ne faisant aucun discernement. Cette répression a à son tour favorisé le développement de mouvements armés qui ont fini par se déconnecter de plus en plus de mouvement politique initial, en ripostant aux forces gouvernementales avec une violence de plus en plus radicale et de plus en plus aveugle, ou plutôt de plus en plus sectaire. Plus que dans un improbable complot conspirationniste par lequel Bashar el Assad aurait soutenu Da3esh c’est dans cet engrenage logique de violence et contre-violence de plus en plus radicale et sectaire que s’est nourri ce mouvement jihadiste radical. Chaque violence d’un camp renforce le radicalisme et le sectarisme de l’autre, sans qu’aucun des protagonistes n’ait intérêt à une désescalade – Bashar el Assad parce qu’il perdrait la faveur (certes limitée et relative) qu’il a gagnée face au dégoût quasi-universel pour la violence radicale et sectaire de Da3esh, et ces derniers parce qu’ils perdraient le statut de principale alternative à Bashar el Assad, qui leur attire publicité et combattants.

On peut voir une manifestation de ce mécanisme dans les propos de deux archevèques irakiens, rescapés de l’offensive de Da3esh dans cette région, qui revêtu un caractère quasi-génocidaire s’agissant de la minorité yazidie et qui a ouvertement pratiqué une épuration ethnico-religieuse s’agissant des chrétiens de Mossoul et de sa région. Ces propos ont été recueillis par un journaliste du quotidien italien Corriere della Sera. Tout d’abord, les propos de l’archevêque catholique de Mossoul, Bashar Warda:

« Per fortuna sono arrivati loro. Devono sterminare i criminali del Califfato. Speriamo che li ricaccino verso la Siria, a morire nel deserto», dicono i responsabili della Chiesa e i loro fedeli con parole sempre eguali. «Ma perché le bombe americane non sono arrivate prima? E voi europei cosa aspettate?».

Traduction: « Heureusement ils sont arrivés. Ils doivent exterminer tous les criminels du Califat. Espérons qu’ils les repousseront vers la Syrie, pour qu’ils meurent dans le désert« , disent les responsables de l’église et leurs fidèles d’une voix toujours égale. « Mais pourquoi les bombes américaines ne sont-elles pas arrivées plus tôt? Et vous Européens, qu’attendez-vous?« .

L’archevêque chaldéen de Mossoul, Emil Shimoun Nona tient des propos plus corsés:

«Le nostre sofferenze di oggi sono il preludio di quelle che subirete anche voi europei e cristiani occidentali nel prossimo futuro», dice il 47enne Amel Nona, l’arcivescovo caldeo di Mosul fuggito ad Erbil. Il messaggio è inequivocabile: l’unico modo per fermare l’esodo cristiano dai luoghi che ne videro le origini in epoca pre-islamica è rispondere alla violenza con la violenza, alla forza con la forza. (…)

E’ ben contento di incontrare la stampa occidentale. «Per favore, cercate di capirci  (…)-. I vostri principi liberali e democratici qui non valgono nulla. Occorre che ripensiate alla nostra realtà in Medio Oriente perché state accogliendo nei vostri Paesi un numero sempre crescente di musulmani. Anche voi siete a rischio. Dovete prendere decisioni forti e coraggiose, a costo di contraddire i vostri principi. Voi pensate che gli uomini sono tutti uguali – continua l’arcivescovo Amel Nona – Ma non è vero. L’Islam non dice che gli uomini sono tutti uguali. I vostri valori non sono i loro valori. Se non lo capite in tempo, diventerete vittime del nemico che avete accolto in casa vostra».

Traduction: « Notre souffrance aujourd’hui est le prélude de ce que vous subirez également, Européens et chrétiens occidentaux, dans un futur proche« , dit Amel Nona, 47 ans, archevêque chaldéen de Mosoul réfugié à Irbil. Le message est sans équivoque: l’unique façon de mettre fin à l’exode chrétien de lieux qui ont vu la naissance du christianisme durant la période pré-islamique est de répondre à la violence par la violence, à la force par la force (…).

Il est bien content de rencontrer la presse occidentale: « S’il vous plaît, essayez de comprendre. Vos principes libéraux et démocratiques ne valent rien ici. Vous avez besoin de repenser à notre réalité ici au Moyen-Orient parce que vous continuez d’accueillir un nombre toujours croissant de musulmans. Vous aussi encourez un risque. Vous devez prendre des décisions fortes et courageuses, au risque de contredire vos principes. Vous pensez que tous les hommes sont égaux – mais ce n’est pas vrai.  L’Islam ne dit pas que tous les hommes sont égaux. Vos valeurs ne sont pas leurs valeurs. Si vous ne le comprenez pas à temps, vous deviendrez victime d’un ennemi que vous aurez accueilli dans votre maison. »

Difficile d’accabler ces deux religieux chrétiens,  qui ont des circonstances atténuantes puisque chassés avec leurs ouailles de leurs terres ancestrales, pour ces propos tout aussi inacceptables que la rhétorique sectaire de Da3esh, qui impose aux yézidis une conversion à bout de kalash et aux chrétiens une discrimination ouverte. Ils illustrent cependant admirablement le mécanisme cyclique qui veut que le sectarisme de l’un renforce celui de l’autre. Difficile de ne pas saisir que ces propos ecclésiastiques convaincront certains musulmans, jusque là peu sensibles voire choqués par le message de Da3esh, que finalement il s’agit bien d’une guerre de religion, islam sunnite contre chrétienté, et que dans ce cas, ma foi…

Mais chacun est responsable de ses choix: rien n’oblige de répondre, au sectarisme de l’ennemi, par un sectarisme de défense ou de revanche. Dans le cas de la Syrie et de l’Irak, nul ne doute que si solution il y aura, elle sera d’abord politique et passera nécessairement par un discours et des accords dépassant le sectarisme à défaut hélas de l’éliminer. Et ceci vaut d’autant plus pour ceux d’entre nous qui avons le bénéfice de la distance géographique…

Tahar Benjelloun-watch: Touche pas à mon porc

APTOPIX MIDEAST EGYPT SWINE FLU

Les grandes douleurs étant muettes, on n’aura guère entendu l’académicien (l’Académie Goncourt pour l’instant) Tahar Benjelloun pérorer sur les victimes palestiniennes des massacres israëliens à Gaza il y a déjà quelques mois de cela (je n’exclue pas qu’il se soit prononcé là-dessus, mais je n’en ai eu aucun écho). Entre une préface à un livre de l’islamophobe franco-iranienne Chahdortt Djavann et une tribune sur la sexualité des talibans, son agenda a été trop pris ces derniers temps.

Il aura fallu la propagation de la grippe porcine et la réaction du gouvernement égyptien – sur pression de son parlement, il a décidé de l’abattage de tout le cheptel porcin du pays – pour que notre Tahar national sorte de son douloureux silence. La cause en valait la peine, et les choses sont dites telles qu’elles devaient l’être, n’en déplaise à la dictature de la bien-pensance islamo-gauchiste. C’est donc dans les colonnes de Rue89.com que Tahar Benjelloun dispense un peu de ses denses lumières à un monde plongé dans les ténèbres de l’obscurantisme et de la haine.

Si la consommation du porc par les chrétiens n’est pas une obligation rituelle au même titre que sa non-consommation par les juifs et les musulmans, elle n’en constitue pas moins un marqueur identitaire et confessionnel marqué – et ce ne sont pas les organisateurs de soupes populaires au lard qui me contrediront. On aura connu Tahar Benjelloun plus circonspect lorsqu’il s’agissait de défendre la pratique à fondement rituel (même s’il n’y a pas un consensus absolu là-dessus) du port du voile – il était en faveur de la loi française de 2004 d’interdiction du hijab à l’école – mais il faut croire soit que la cause animale lui soit particulièrement chère, soit qu’il soit moins risqué médiatiquement de défendre en France des porcs égyptiens que des adolescentes voilées.

Concernant les relations confessionnelles entre coptes et musulmans sunnites en Egypte, on ne prétendra pas qu’elles sont marquées au seul sceau de la félicité et de la béatitude (voire l’intéressante analyse du regretté Alain Roussillon, « Visibilité nouvelle de la « question copte » « ), et on connaît des minorités mieux représentées au sein des instances dirigeantes de leur pays que les coptes égyptiens, qui comptent six députés (dont seulement un élu au suffrage universel, cinq d’entre eux ayant été nommés par le président Moubarak, comme le relève The Arabist) sur les 444 de la chambre basse, soit péniblement 1,5% de l’assemblée élue, alors que la part des coptes dans la population égyptienne oscille selon les estimations officieuses (1) entre 6 et 25% (les islamo-gauchistes noteront cependant que c’est mieux en tout cas que la proportion de maghrébins au sein de l’Assemblée nationale française – 0%).

Or donc, voilà ce fieffé gouvernement égyptien qui décide de l’abattage de tous les porcs du pays. Certains doutent du bien-fondé de cette décision du point de vue sanitaire, à commencer par notre épidémiologue national, Tahar Benjelloun:

l’Etat décida d’abattre des bataillons de porcs alors qu’aucune preuve n’a été apportée sur l’éventualité d’une contamination de l’animal à l’homme en Egypte

Les porcs constitués en bataillon, la guerre de civilisation peut commencer. Car c’est bien connu: si l’abattage d’un cheptel suite à une pandémie a lieu sur des bases rationnelles et scientifiques au Royaume-Uni et en France, chacun sait que les arabo-musulmans n’agissent de la sorte que par suite à leur lourd atavisme de haine confessionnelle.

Cet atavisme a néanmoins besoin de maîtres d’influence occultes, tirant les ficelles de derrière les coulisses. Notre politologue nous apprend ainsi que ce sont les islamistes, dont on connaît la haute estime que leur voue le pouvoir égyptien, qui seraient derrière ce génocide porcin:

Ce fut sous la pression des Islamistes qui ne ratent pas une occasion pour créer des difficultés au gouvernement que l’Etat décida d’abattre des bataillons de porcs alors qu’aucune preuve n’a été apportée sur l’éventualité d’une contamination de l’animal à l’homme en Egypte. Ce fut par précaution et aussi pour éviter les critiques et les manifestations des islamistes.

Une façon aussi de discriminer la minorité copte et de faire croire que la grippe, comme le sida, est une punition que Dieu envoie à ses sujets qui s’égarent ! C’est ainsi que l’islamisme accumule des petites victoires en vue d’une prise de pouvoir un jour.

On notera au passage la perversité de ces islamistes, n’hésitant pas, les bougres, à créer des difficultés à leur gouvernement en attendant de le . On ne peut également que souligner leur entregent – la confrérie des frères musulmans a apparemment réussi à satelliser l’Organisation mondiale de la santé, bastion salafiste bien connu, instrumentalisant en passant le politiquement correct:

Du coup, l’Organisation mondiale de la santé a changé le nom de cette maladie, d’une part pour ne pas vexer le Mexique, et d’autre part pour ne pas embarrasser les pays musulmans. Elle s’appelle la grippe « H1N1 influenza A ». C’est technique, c’est scientifique et c’est surtout consensuel.

Cette recherche maladive du consensus afin de ne pas fâcher ces grands enfants de Mexicains et de musulmans, des esprits mal tournés l’auront détectée dans d’autres contextes, où la main sinistre des frères musulmans n’avait jamais posé le pied – ainsi la grippe aviaire a-t-elle été baptisée A(H5N1), sans doute afin de préserver la paix inter-confessionnelle potentiellement menacée par des hordes fanatiques de mangeurs de couscous-poulet. Et c’est avec effarement que l’on peut constater que cette euphémisation – pâle reflet du politiquement correct – par le biais de combinaisons ésotériques de chiffres et de lettres occultant l’éclatante dimension religieuse du problème, dure depuis 1959 au moins…

Il faut dire que l’OMS semble particulièrement infiltrée par les prêcheurs de haine, dont on ne sait pour l’instant s’ils sont chiites ou frères musulmans. C’est ainsi que le plan d’action de l’OMS en matière de grippes pandémiques contient des passages d’une violence inouïe que ne renierait pas un imam salafiste:

Réduire les occasions d’infection chez l’homme, et ce faisant les possibilités qu’un virus pandémique apparaisse (…) Toute stratégie qui réduit le risque que d’autres cas surviennent chez l’homme réduit le risque d’apparition d’un virus pandémique. Dans les conditions idéales, l’élimination complète du virus chez son hôte domestique, à savoir la volaille, éliminerait le risque de pandémie à sa source.

L’élimination complète de l’hôte domestique du virus de la grippe porcine éliminant le risque de pandémie à sa source, on voit là un pilier de la foi salafiste sournoisement glissé dans un document officiel de l’OMS…

S’il vous reste la force intellectuelle d’absorber des idées sur cet abattage porcin en Egypte, je vous conseille The Arabist, qui pose de bonnes questions (« It is fair enough to want to clear these insalubrious areas, but with what compensation for those who will lose their livelihoods? And who will get the extremely valuable land? » – les porcheries informelles visées par les autorités se situent effectivement au centre du Caire, si tant est que cette ville en ait un).

Je m’en voudrais enfin de vous priver de ce coup de tocsin d’un bloggeur helvète:

L’auteur de ces lignes ne consomme pas de viande de porc, mais il ne voit pas pourquoi les gens qui ont cette pratique alimentaire seraient empêchés de poursuivre…
Ne rions pas. Si cela continue, quand on visite un pays arabe ou musulman, il faudrait aussi faire le jeûne du mois de ramadan, s’abstenir de boire de l’alcool ou de se délasser en galante compagnie, ou le faire en cachette…
Pauvres, pauvres Coptes ! Le pape est si près, il pourrait leur rendre visite ou leur envoyer un message de soutien.
Si même l’Egypte cède à cette surenchère, alors adieu la valise. Mais où est le dialogue des cultures ? Et avec qui dialoguer ?

Oui, effectivement, avec qui – les porcs, peut-être?

(1) Le ministère de l’intérieur égyptien dispose sans aucun doute de chiffres exacts pour les plus de seize ans, puisque la carte d’identité nationale égyptienne, obligatoire à compter de cet âge-là, comprenait jusqu’il y a peu obligatoirement la mention de la religion supposée du titulaire…

%d blogueurs aiment cette page :