Réforme constitutionnelle: début du dialogue avec la société civile à Casablanca

La propagande des régimes arabes a ses constantes – toute contestation est le fruit d’un complot du Mossad en Egypte (du moins sous Moubarak), d’Al Qaïda en Libye (du moins selon le Guide suprême) ou du hizb frança en Algérie. Le makhzen a au Maroc eu une certaine difficulté à identifier le bouc-émissaire: on se rappelle tous du complot sionisto-khomeiniste qui était derrière les émeutes de 1984 selon feu Hassan II, des subversifs (qualificatif favori de Driss Basri), des nihilistes chers à Khalid Naciri, des agents séparatistes que Moncef Belkhayat voit derrière chaque manifestant du 20 février – et maintenant ce sont les vilains barbus et les vilaines bâchées d’Al adl wal ihsan qui tiennent lieu de grand complot judéo-maçonnique (on dirait islamo-fasciste en France aujourd’hui) version marocaine. Jugez-en:

Casablanca: dispersion d’une marche non-autorisée de la Jamaat Al Adl Wal Ihssan
Casablanca,13/03/11- Quelque cent éléments de la Jamaat Al Adl Wal Ihssan ont tenté d’organiser une marche non-autorisée, dimanche à Casablanca, mais ont été dispersés par les forces de l’ordre, a-t-on constaté sur place.

Les manifestants se sont rassemblés devant la Place de la poste et ont tenté d’entamer leur marche avec violence, en s’en prenant notamment aux forces de l’ordre et en faisant des blessés parmi ces derniers.

Ils ont été dispersés par les forces de l’ordre qui ont procédé également à plusieurs interpellations.

Aucune demande d’autorisation n’a été déposée pour cette marche, indique-t-on auprès des autorités locales.

Dernière modification 13/03/2011 13:21.
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Mine de rien, cette dépêche est un scoop explosif: Mohamed Bensaïd Aït Idder, légendaire ex-leader de l’OADP, Mohamed Sassi, membre dirigeant unanimement respecté du PSU et Mohamed Moujahid, secrétaire général du même PSU seraient donc des taupes islamistes. Mieux encore: le siège du PSU, sis Cité du Maréchal Ameziane (habitée par des familles de militaires, dont certaines auraient lancé des objets sur les manifestants) à un jet de pierre de Lycée al khansa, avenue Mers-Sultan, là où la répression policière dans toute sa violence s’est déployée, serait donc une madrasa clandestine, véritable pépinière d’égorgeurs salafistes chiites…

Certes, des centres de propagande chiito-sionistes ont bien tenté de faire croire qu’il y aurait eu une dizaine de blessés parmi les manifestants, mais le peuple marocain ne mangera pas de cette propagande-là… 

Voyez donc comment les forces de l’ordre ont dispersé les hordes djihadistes place Mohammed V, près du siège du PSU et du côté du la rue d’Agadir:

Les deux célèbres chioukhs salafistes Mohamed Sassi et Mohamed Hafid lancent un appel au jihad

 

Un policier gifle une journaliste assistant à la manifestation

 

Une autre gifle policère pour cette journaliste...

 

Le cheikh jihadiste Mohamed Bensaïd Aït Idder lance un appel à la lapidation des femmes adultères

 

L'insoutenable violence des manifestants

 

Bensaïd Aït Idder: De la situation politique du Maroc d’aujourd’hui

Un article publié par le quotidien gratuit Au Fait Maroc, signé Mohamed Bensaïd Aït Idder, un ancien résistant et dirigeant politique comme le Maroc n’en compte plus:

De la situation politique du Maroc d’aujourd’hui
Au Fait Maroc 22/2/2010

Mohamed Bensaid Ait Idder, invité de la rédaction. /aufait-DR

Notre pays traverse aujourd’hui une situation politique assez complexe, marquée par beaucoup de flou et d’hésitation chez la plupart des couches politiques, économiques et sociales.

Depuis l’alternance consensuelle, la vie politique a commencé à connaître des mutations graduelles qui n’étaient ni claires ni tangibles au départ. Ce gouvernement avait été constitué d’une majorité “garantie” avec des partis qui avaient obéi à de hautes directives et non autour d’un consensus programmatique comme c’est le cas dans les pays démocratiques.

Pour ma part, j’avais compris assez tôt que cette majorité allait constituer une alternative à la Koutla démocratique lorsque le ministre Bouzoubaa m’invita à prendre part à une réunion de la majorité alors même que l’OADP (Organisation de l’Action Démocratique et Populaire) dont j’étais secrétaire général, ne faisait pas partie du gouvernement. Je lui avais fait comprendre que j’étais disposé à prendre part aux rencontres de la Koutla sans plus, et que nous n’avions pas de points de rencontre avec les autres partis.

Et de fait la Koutla a perdu le lead et s’est fondue dans une majorité qui devint le point focal de toute l’expérience, donnant lieu par la suite à des alliances électorales qui ont apporté une légitimité à des partis de l’administration encore pétris de traditions de falsification des élections et de soutien inconditionnel de l’appareil administratif.

Notre situation politique est loin d’être construite sur des bases démocratiques telles que définies universellement. De même, notre système économique, malgré des ouvertures, n’est pas encore sorti de manière tangible de l’économie de rente, et notre pays est encore classé parmi les pays pauvres en dépit de ses potentialités naturelles et humaines.

Le Maroc a perdu lors des dernières décennies de nombreux atouts qui constituaient des bases de la stabilité politique, économique et sociale. Cela est dû à la liquidation ou la mise sous tutelle d’organisations de masses syndicales, professionnelle ou culturelles.

La “policisation” de l’université par l’introduction d’un corps de vigiles en son sein a conduit à la destruction de l’UNEM (Union Nationale des Étudiants du Maroc), force démocratique, et véritable école politique qui avait contribué à la formation de nombreux cadres politiques et dirigeants de l’État. De même les organisations syndicales connaissent un tel éparpillement qu’elles sont dans l’incapacité de mener la revendication sociale et assurer la stabilité des classes laborieuses.

Quant aux organismes professionnels et culturels, ils sont dans des situations de déliquescence qui les rend incapables de mener à bien leurs missions de base.

Le patronat pour sa part n’a pas réussi son autonomisation par rapport aux directives des hautes autorités de l’État malgré les efforts de certains de ses dirigeants dans ce domaine.

C’est dans ce climat délétère que de nombreuses couches démocratiques ont rejoint les partis de l’administration ou ont lié avec eux des accords électoraux en dehors de toute logique de positionnement politique ou idéologique.

La transhumance politique et électorale est apparue et s’est renforcée, devenant ainsi un trait banal et typique d’un paysage politique et électoral marqué par des ambivalences et de nombreux scandales financiers.

Les dirigeants des partis démocratiques ont également privilégié de présenter comme candidats des personnes qui n’avaient d’autres atouts politiques que leurs surfaces financières et leur capacité à financer leurs campagnes et renflouer les caisses de ces partis.

Cette démarche a eu pour effet l’éviction des cadres et militants de ces mêmes partis de la scène électorale et politique du pays. Pire, de telles pratiques, ainsi que la conduite des affaires publiques par les instances élues (communes, parlement, etc), ont conduit la grande majorité des citoyens/électeurs à bouder les urnes et à se détourner d’une vie politique qui ne les motivait plus et ne les convainquait plus de son efficacité.

Cette situation que connaît la vie politique de notre pays est inquiétante. Sans le courage d’aller vers des institutions démocratiques solides issues des urnes de manière transparente et bénéficiant de la confiance des citoyens, il ne servira à rien pour notre pays de reproduire des expériences comme celle du FDIC dont il a souffert, et qui l’avait conduit à une situation similaire d’inquiétude et de blocage.

Difficile de contester ce constat:

  • si la situation des partis politiques et du parlement était viciée avnt l’alternance dite consensuelle de 1998, elle est objectivement pire maintenant: participation électorale en baisse, transhumance en hausse, et absence de distinctions idéologiques entre partis, désormais tous sur la même ligne à l’exception sans doute du PJD (et encore) et du PSU;
  • si le contrôle du secteur économique était auparavant effectué par l’Etat, dans une optique étatiste et technocratique, et si la marocanisation a permis la répartition de rentes à des personnes privées, on assiste désormais à une extension du domaine privé (patrimonial) du makhzen;
  • le patronat est inféodé aux logiques économiques privées du makhzen tandis que les syndicats sont éclatés;
  • l’opération PAM n’est qu’une resucée des opérations FDIC, RNI ou UC connues précédemment;

Bref, nous sommes toujours aussi loin de l’idéal démocratique, peut-être même plus encore qu’avant 1998, car il y avait alors un espoir raisonnable qu’une vraie alternance se produise.

Sa biographie telle que publiée par Au Fait Maroc est édifiante, et rappelle en partie celle du regretté Mohamed Bougrine, le fameux prisonnier des trois rois décédé récemment:

Bio
Né à Tamensourt, dans la région de Chtouka Aït Baha dans les années 20, Bensaïd Aït idder a commencé ses études dans des écoles coraniques traditionnelles. Après 1945, il est étudiant à l’Université Ibn Youssef à Marrakech, à une époque où nombre de nationalistes y étaient actifs comme Abdellah Ibrahim ou Mohamed Basri, dit Fqih Basri.
Dès 1955, Bensaïd Aït Idder rejoint l’Armée de Libération Marocaine au Sud sous protectorat espagnol. Puis en1957, il participe aux combats contre les Français et Espagnols encore présents au Sud Marocain.
Il assiste impuissant en 1958 à la destruction de l’ALM (Armée de Libération du Maroc) lors de l’opération Ecouvillon. Membre de l’Istiqlal, il participe à la scission en 1959 en créant l’UNFP. En 1960, il est inculpé pour un complot fictif, puis condamné à mort par contumace en 1963 pour “complot contre la monarchie”.
Il s’exile entre la France et l’Algérie où il vit muni de plusieurs identités. Durant cette période, il reste en contact avec le dirigeant du Tanzim, Mohamed Fqih Basri. En France, il est représentant du mouvement marxiste léniniste du 23 Mars.
En 1981, il est amnistié et réunit autour de lui les militants du mouvement 23 Mars pour fonder, en 1983, l’Organisation de l’Action Démocratique et Populaire, (OADP), dont il restera le dirigeant-clef jusqu’à la fusion en 2002 avec trois autres mouvements créant la GSU (Gauche Socialiste Unifiée).
En Septembre 1984, il est élu député de la région Chtouka Aït Baha. Un siège qu’il gardera jusqu’en 2007, date à laquelle il refuse de se représenter. Tout au long des années 1990, Bensaïd Aït Idder fera partie des refondateurs de la Koutla, bien qu’il manifeste une indépendance d’esprit que ses partenaires (Istiqlal, USFP, PPS), aussi bien que le pouvoir en place, apprécieront très peu.
En 1989 et en 1992, il interpelle les ministres de la Justice et de l’Intérieur sur le sort des détenus de Tazmamart. En 1996, l’OADP a refusé de cautionner le nouveau projet de constitution.
Après un premier ouvrage publié au début des années 2000, il écrit désormais ses mémoires qui devraient paraître prochainement.
Mohamed Bensaid Ait Idder reste très actif dans la société civile de sa région où il préside plusieurs associations qui se consacrent au développement local.

On notera au passage à l’attention de certains militants séparatistes qui aiment à citer la gauche marocaine anti-makhzenienne que tant feu Mohamed Bougrine que Mohammed Bensaïd Aït Idder se sont battus pour l’intégrité territoriale marocaine.

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