Des bombes au phosphore blanc à Gaza

09gitmo_500Le docteur Moussa El Haddad, qui habite au centre de Gaza, proche de la mer, raconte comment les avions F-16 survolent la ville à très basse habitude, larguant leurs bombes ou missiles. Les hélicoptères Apache survolent également la ville. Il indique que des familles entières – parents et enfants – ont été décimées lors des bombardements aujourd’hui. Il dit avoir vu des nuages blancs après des explosions similaires à ceux produits par les bombes au phosphore blanc, qu’Israël a utilisées dans la guerre du Liban en 2006. Ce sont des bombes incendiaires, considérées par certains comme des armes chimiques. Armes chimiques? Vous voulez dire des armes de destruction massive? Non, les armes de destructions massives ne sont que celles détenues par les pays arabes non alignés sur les Etats-Unis.

a-shell-fired-by-the-isra-001

Interrogé sur le soutien au Hamas, il répond violemment: « Ca veut dire quoi, soutenir le Hamas? Les Palestiniens soutiennent ceux qui le défendent« .

Miss KHamas, alias Avital Leibovich, la civile en uniforme de major de l’armée israëlienne, tente de convaincre que le sionisme est un humanisme: « toute cible associée au Hamas est légitime, qu’il s’agisse d’une personne ou d’un immeuble« .

Un envoyé d’Al Jazeera raconte que six ouvriers sont coincés dans l’usine Pepsi Cola en flammes – les usines et ateliers de construction sont tout particulièrement visés par les bombardements israëliens. Trois heures après, toujours pas de nouvelles. La bande de Gaza est coupée en deux par l’armée israëlienne, aux portes de Gaza City.

Un père, tenant le cadavre son bébé de 7 mois dans ses bras (les yeux et la bouche ouverts de ce bébé me hantent), raconte comment lui, paysan vivant à l’est de la bande de Gaza, a vu son fils agoniser pendant une journée faute de soins, les bombardements israëliens l’en empêchant. Sa femme et trois autres enfants sont également morts.

Des scènes de détresse devant un hôpital gaziote: un père totalement inconsolable, ayant amené son enfant qu’il sait condamné. Les enfants blessés qu’on apporte. Un enfant, arrivé blessé, est déclaré mort, et l’infirmière relève la couverture sur son visage. Un adolescent qui vient d’être amputé récite la shouhada. Une jeune mère éplorée crie « Qu’avons nous fait? Pourquoi le sang palestinien est-il si bon marché? Où est le monde arabe dont on nous parlait à l’école? Pourquoi nos voisins vivent-ils en paix et nous comme ça?« .

Les réfugiés affluent du nord et de l’est de la bande de Gaza vers Gaza City, où ils sont accueillis de manière rudimentaire dans des écoles. Pas de couvertures, pas de nourriture, des familles entières. Les réfugiés sont enragés contre les leaders arabes. « Ne sommes nous pas tous les enfants de Dieu? Nous voulons aussi la paix » dit un vieil homme. Une jeune fille pleure, pour les enfants de Gaza, forcés de boire de l’eau sale.

La délégation de l’Union européenne n’a obtenu ni cessez-le-feu ni l’autorisation de faire parvenir de l’aide humanitaire de la part de la ministre des affaires étrangères, Tzipi Livni. A Gaza, les Palestiniens sont écoeurés par l’attitude des Européens – le Conseil de l’Union européenne, à l’unanimité des 27 Etats membres, a accepté le principe d’un statut avancé pour Israël dans son association avec l’Union européenne (mais ça doit passer devant le Parlement européen avant d’entrer en vigueur). Alain Gresh du Monde diplomatique l’avait écrit: l’Union européenne capitule devant Israël.

Pour la dixième journée consécutive, des manifestations ont eu lieu à Ramallah, contre la guerre à Gaza. Quatre morts parmi les manifestants de Ramallah ces derniers jours, tombés sur les balles israëliennes. Selon la correspondante d’Al Jazeera, l’unité entre Palestiniens semble faite; même Pierre Mazen, alias Abou Laval, a invité toutes les tendances de la résistance – FPLP, Jihad islamique, Hamas notamment – à assister aux réunions de l’Autorité palestinienne de Cisjordanie. Des députés de toutes tendances parlent aux manifestants à Ramallah. Même la télévision palestinienne de Ramallah souligne la tendance en consacrant l’intégralité de ses émissions au massacre de Gaza. Abou Mazen aurait demandé à ses fidèles de ne plus attaquer le Hamas – la tactique des premiers jours est donc totalement renversée, résultat sans doute de son échec total auprès du peuple palestinien et surtout auprès de l’opinion arabe. Ceux qui pensent que l’opinion publique n’importe pas pourront le méditer.

Haïdar Eid, professeur universitaire, raconte le bombardement par avions, hélicoptères, artillerie, chars et navires de guerre. Son quartier n’accueille aucun groupende résistants, dit-il. « What more do the Arab governments need to see to act? What more than the corpses of children do they need to see? What more do the international community? Gaza is dying before the eyes of the international community« . Je n’ai pas l’électricité depuis 8 jours, rajoute-t-il. Transmis à la délégation de l’Union européenne et Nicolas Sarkozy – ah, et aussi le cadavre politique qu’est Tony Blair, représentant du dit « quartet » – l’idée que Tony Blair – ou Lord Blair of Kut al Amara comme l’a surnommé Robert Fisk – ait été désigné pour aider la cause de la paix au Moyen-Orient devrait faire rendre leurs plumes à tous les romanciers et fantaisistes: jamais ils ne surpasseront la réalité.

Si je n’avais pas peur de ne pas être grossier, je mentionnerai également ce qui tient lieu de gouvernants au monde arabe. La seule chose de bien à sortir de ce massacre c’est la déroute de la tactique sectaire israëlo-étatsuno-séoudienne, reprise par les dirigeants arabes, tenant à minimiser la menace israëlienne pour les populations arabes de Palestine, du Liban et de Syrie, et à inventer de toutes pièces une menace irano-chiite – je souhaiterais que quelqu’un de censé m’explique comment l’Iran de 2009 (pas celui de 1979) pourrait menacer la Jordanie, l’Egypte ou la Palestine. La déroute de cette tactique criminelle, qui ne peut que germer dans les cerveaux dérangés d’émirs abrutis par le lucre et le fanatisme tribal, est une excellente nouvelle. La propagande séoudienne, qui avait reçu un coup mortel en mai dernier à Beyrouth après la déroute de leur protégé local, a désormais reçu le coup de grâce – les bombes israëliennes s’en sont chargées. Cette propagande sera sans doute resservie pour consommation externe, c’est-à-dire principalement occidentale, mais tous les efforts d’Al Arabiya, de Sharq al awsat et consorts seronts vains au sein du public-cible, le public arabe. Bravo, les artistes. Pas un pour rattraper l’autre. Les hommes sans qualités.

Trois infirmiers tués et la fin de la solution des deux Etats

2981777486_7cba073413
Moussa el Haddad, de l’hôpital Shifa, parle sur Al Jazeera – apparamment la seule chaîne à être présente à Gaza la martyre – de la pénurie de médicaments, du manque de pièces détachées. Un générateur sur deux est hors d’usage, sans pièces détachées.

Tout ce qui marche est visé, dit-il. La majorité des patients est composée de civils. 510 morts et 2.500 blessés, dont 10% d’enfants. C’est le pire qu’il a connu. Personne n’est à l’abri. Le personnel fait de son mieux. Trois infirmiers ont été tués aujourd’hui dimanche après avoir tenté de venir en aide à des blessés.

Les priorités: les médicaments, l’équipement médical et surtout l’électricité. Ce dernier point, c’est sur le plan politique qu’on peut l’obtenir. Ne comptez ni sur les Etats-Unis, ni sur les pays arabes – peut-être que la Norvège ou la Suisse pourraient obtenir cette faveur d’Israël.

Au Maroc, une collecte a été lancée – voir par exemple chez Larbi et Lady Zee. Elle dure jusqu’au 6 janvier.

Eyal Sivan, le cinéaste israëlien menacé de mort par des activistes sionistes en France, est aussi interviewé. Israël n’est pas un pays normal, dit-il, un pays qui emprisonne et isole une population d’un million et demi de personnes. Il ne faut pas oublier que le Hamas a été élu démocratiquement. C’est une drôle de vision de la normalité que présente le député likudnik israëlien Yuval Steinitz, qui est passé avant Sivan, dit ce dernier. « Gaza est le prétexte pour renforcer le moral israëlien. On est confronté à une propagande massive, on utilise Gaza pour montrer aux Israëliens qu’Israël est toujours fort. Ehud Barak était au bas dans les sondages, et maintenant il gagnerait six sièges à la Knesset aux élections législatives de février, selon les sondages. La solution des deux Etats, un palestinien et un israëlien, est finie, il reste un seul Etat qui contrôle toute la Palestine mandataire. La solution des deux Etats n’existe plus, c’est la seule façon de maintenir l’occupation. La perte de l’identité juive en cas de création d’un Etat binational? Aujourd’hui, l’identité d’Israël est le chagrin et le fusil. Un Etat binational nous donnerait la citoyenneté et la démocratie. Il nous faut créer l’égalité et pas l’inégalité, et garantir les droits de la minorité juive dans un Etat palestinien binational« .

Une remarque: les journalistes d’Al Jazeera sont exemplaires dans leur manière de poser les vraies questions aux interlocuteurs, pas seulement israëliens. Steinitz était tellement surpris par la pugnacité de son intervieweur qu’il a eu deux ou trois silences hébétés de plusieurs secondes avant de se reprendre. Un moment il dit qu’Israël est bombardée, jour après jour, depuis plusieurs mois, par les roquettes du Hamas. L’intervieweur lui demande alors s’il comprend que les Palestiniens, occupés jour après jour depuis 41 ans (en fait 42), exercent leur droit à la résistance. Steinitz est groggy debout, et il lui faut près de dix secondes pour pouvoir répondre. Ce n’est pas sur la BBC – terrible, j’ai vu un correspondant parler de l’aide humanitaire apportée par l’armée israëlienne en laissant passer quelques camions il y a quelques jours – ou TF1 qu’on verrait ça.

%d blogueurs aiment cette page :