Tzipi Livni reçue les bras ouverts au Maroc et poursuivie au Royaume-Uni

Il faut décidément boire le calice jusqu’à la lie s’agissant de la politique étrangère du plubopaysdumonde: alors que la criminelle de guerre israëlienne Tzipi Livni – elle se dit « fière » de toutes ses décisions durant la guerre contre Gaza (1) –  se pavanait à Tanger sous les hourras de la presse officieuse marocaine (« la protestation semble relever de l’excès de zèle, vu que la présence de Livni n’a jamais été confirmée » écrivait par exemple L’Economiste) voire de certains bloggeurs (« Heureusement que dans les hautes sphères marocaines on compte encore des gens qui ont le sens de l’honneur. Mme Livni a été officiellement invitée à la 2e édition (…)Et quand on invite quelqu’un même s’il agit d’un ennemi on assure, on l’accueillant comme il se doit. A ce niveau, ça a été presque parfait. L’hôte exceptionnelle des MEDays (…), arrivée tard jeudi à Tanger, a non seulement participé aux journées de travail jusqu’au bout mais elle a pu effectuer une virée à Casablanca le vendredi soir et aussi à Marrakech le lendemain« ), elle a décidé d’annuler un déplacement au Royaume-Uni, suite à une plainte déposée pour crimes de guerre, ayant abouti sur un mandat d’arrêt émis par un tribunal britannique (cependant annulé par le même tribunal en apprenant que Tzipi Livni avait renoncé à pénétrer le territoire britannique). C’est sur le fondement du principe de compétence universelle, applicable aux violations graves des Conventions de Genève de 1949 (par le biais des articles 49, 50, 129 et146 communs aux quatre conventions), que Tzipi Livni a pu faire l’objet d’un mandat d’arrêt au Royaume-Uni pour des crimes commis en Palestine occupée. Le gouvernement israëlien ne fait pas preuve d’un grand sens de l’humour:

Israel rejects attempts to exploit British courts against MK Tzipi Livni

15 Dec 2009

Britain should fulfill its promises to stop anti-Israel exploitation of the British courts.

(Communicated by the MFA Spokesperson)

Israel rejects the cynical legal move made in the British court against the Head of the Opposition, MK Tzipi Livni, at the behest of radical elements, and wishes to point out that Israel and Britain are both engaged in a common struggle against the forces of international terror. In many parts of the world, British soldiers are fighting to eradicate terrorism.

Israel calls on the British government to fulfill its promises, once and for all, to act in preventing the exploitation of the British legal system by anti-Israel elements against the State of Israel and its citizens.

The absence of immediate, determined action to correct this abuse harms relations between Britain and Israel.

If Israeli leaders cannot visit Britain in proper, dignified fashion, this will, quite naturally, seriously compromise Britain’s ability to play the active role in the Middle East peace process that it desires.

L’intéressée n’a pas, à proprement parler, fait acte de pénitence:

Livni’s office described her as « proud of all her decisions regarding Operation Cast Lead« . It added: « The operation achieved its objectives to protect the citizens of Israel and restore Israel’s deterrence capability. » (The Guardian)

Et pour être tout à fait franc, la violence ne semble pas trop la rebuter: il y a vingt-sept ans, déjà…

The frontrunner to become Israel’s next prime minister, Tzipi Livni, was a Paris agent for Mossad, Israel’s overseas intelligence agency, in the early 1980s when it ran a series of missions to kill Palestinian terrorists in European capitals, according to former colleagues.

They say Livni, now foreign minister, was on active service when Mamoun Meraish, a senior official in the Palestine Liberation Organisation, was shot dead by a Mossad hit squad in Athens on August 21, 1983. She was not directly involved in the killing, in which two young men on a motorcycle drew alongside Meraish’s car and opened fire, but her role in Mossad remains secret. (…)

Livni joined Mossad after leaving the army with the rank of lieutenant and completing a year at law school. From her base in Paris she travelled throughout Europe in pursuit of Arab terrorists.

Tzipi was not an office girl,” said an acquaintance. “She was a clever woman with an IQ of 150. She blended in well in European capitals, working with male agents, most of them ex-commandos, taking out Arab terrorists.”

Livni has never talked about her years with Mossad, but a glimpse of the nature of the work was given by her closest female partner on European assignments. “The risks were tangible,” said Mira Gal, who became head of her ministerial office. “If I made a mistake the result would be arrest and catastrophic political implications for Israel.” (The Times)

Quant à Tzipi Livni et le Maroc, ça donne plutôt ceci (via Entre Nous Marocains):

Rappelez-vous: le think-tank marocain Institut Amadeus, fondé par Brahim Fassi Fihri, 25 ans, fils du ministre des affaires étrangères marocain, Taïeb Fassi Fihri, avait jugé judicieux d’inviter à l’édition 2009 des MEdays Tzipi Livni, ministre des affaires étrangères du gouvernement d’Ehud Olmert qui avait massacré plus de deux mille Palestiniens à Gaza il y a un an, en décembre-janvier 2008/2009, et entretemps passé dans l’opposition. Tzipi Livni, juriste de formation, est une ancienne agente du Mossad mêlée à l’opération Mivtza Za’am Ha’el consistant en l’assassinat de militants palestiniens en Europe. Ayant fait carrière politique au Likud depuis 1996, elle rejoint le parti Kadima créé par Ariel Sharon.

Initialement,les responsables de l’Institut Amadeusprès avaient piteusement tenté de nier la venue de Tzipi Livni,

A la veille de la visite de la présidente du parti crée par Ariel Sharon, coup de théâtre de la part des organisateurs qui affirment que Tzipi Livni n’a jamais figuré sur les listes des invités du Forum Nord Sud MEdays. Contacté par le journal arabophone Almassae, Ibrahim Fassi Fihri a confirmé que le nom de l’ex ministre sioniste n’a jamais figuré parmi les invités à ce forum. Cela n’a pas empêché la continuation de la mobilisation dans le camp des militants pro-palestiniens. Au jour J Tzipi Livni était bel et bien présente à Tanger… (Le Journal de Tanger)

Voilà quelques faits bruts qui suffisent à mesurer un peu la sagacité de Mekki Lahlou, vice-président de l’Institut Amadeus:

« Nous invitons des gens de tous bords pour des échanges constructifs« , a déclaré à l’AFP Mekki Lahlou, vice-président de l’institut Amadeus, un ‘think tank’ marocain organisateur de MEDays 2009, qui ambitionne de devenir « le rendez-vous incontournable des décideurs politiques et économiques de la région EMEA (Europe, Moyen-Orient, Afrique)« . (…) MEDays, dont la première édition a eu lieu en 2008, est « une plateforme pour un dialogue et des échanges informels« , a pour sa part affirmé à l’AFP M. Lahlou, soulignant que des intervenants palestiniens, américains et européens ont également été invités pour, notamment, débattre du Proche-Orient. Mme Livni, a poursuivi M. Lahlou, est le chef de l’opposition israélienne et « s’est clairement prononcée contre la politique menée par (le Premier ministre israélien Benjamin) Netanyahu« .

Le bloggeur Big Brother Maroc avait d’ailleurs relevé l’inanité de la version amadeusienne des positions de Tzipi Livni en matière de colonisation (et encore n’a-t-il pas relevé que Tzipi Livni souhaite interdire l’usage du terme « nakba« ):

« I will advance only an agreement that represents our interests. Maintaining maximum settlers and places that we hold dear such as Jerusalem – not a single refugee will enter, » Livni said. (Haaretz)

Trois avocats marocains, Mes Khalid Soufiani, Abderrahman Benameur et Abderrahim Jamaï, avaient déposé plainte pour crimes de guerre contre Tzipi Livni lors de sa visite au Maroc à l’invitation de l’Institut Amadeus (2). Cette plainte n’a bien évidemment pas abouti, pas plus que celle initiée en son temps contre Amir Peres, le boucher de Qana II, pour des raisons liées bien évidemment à l’absence totale d’indépendance de la justice marocaine vis-à-vis du pouvoir exécutif. Voici ce qu’en dit Me Khalid Soufiani:

Khalid Sefiani, qui préside le Collectif, a qualifié de « jour noir et de honte » la visite au Maroc de l’ex-ministre israélienne.

« Alors qu’elle est recherchée et poursuivie en Europe, cette ‘criminelle de guerre’ foulera le sol marocain« , a-t-il dit. « Les Israéliens veulent imposer un projet sioniste et tentent de se redonner une nouvelle image après avoir commis d’horribles crimes à Gaza« , a-t-il ajouté

Il se trouve que le massacre de la population civile palestinienne à Gaza présente un lien direct avec le Maroc, puisqu’une ressortissante marocaine – Rqia Abou Naja – y a trouvé la mort:

L’ancien bâtonnier Abderrahim Jamaï a appelé les autorités marocaines à « l’arrêter dès son arrivée au Maroc et enquêter avec elle sur les horribles crimes de guerre commis par Israël dans la bande de Gaza« .

« Le droit marocain est compétent pour juger et condamner cette ancienne ministre israélienne car parmi les victimes de Gaza figurent une ressortissante marocaine, Rakia Abou Naja, sa belle-mère ainsi que son époux, un journaliste palestinien lors d’un bombardement israélien« , a-t-il déclaré.

Plusieurs partis marocains, dont le PJD, le PSU et le PADS, avaient manifesté et protesté contre la venue de cette criminelle de guerre au Maroc:

Au cours d’une conférence de presse, l’ancien bâtonnier Abderrahmane Benameur a qualifié cette visite « d’événement dangereux« , « qui cache mal l’intention de normaliser (les relations) avec l’entité sioniste« .

Le député tangérois Mohamed Najib Boulif (PJD) déclarait ne pas s’opposer à la venue de Tzipi Livni en tant qu’Israëlienne, mais en raison de sa politique belliqueuse lors de la guerre contre Gaza de décembre 2008/janvier 2009:

« Nous condamnons fermement la présence de cette ministre sioniste, qui avait adopté des positions très belliqueuses lors de l’opération “Plomb Durci”. Nous n’avons rien contre les Israéliens qui font avancer le processus de paix, mais cette personne n’est pas la bienvenue » (Jeune Afrique)

Un conférencier marocain, Mehdi Lahlou, pressenti pour une intervention sur l’immigration, avait refusé d’honorer sa promesse de participation en raison de la participation de Tzipi Livni:

Par la même occasion, je condamne cette invitation – qui n’avait été évoquée nulle part dans les documents que j’ai reçus des organisateurs depuis le mois de septembre dernier, comme je joins ma voix, naturellement, à tous les militants associatifs et politiques – au Maroc, comme ailleurs dans le monde – qui demandent que cette ministre comme les autres responsables israéliens des crimes perpétrés à Gaza soient traduits devant la Justice pénale internationale

La presse n’est en reste – ici Le Journal de Tanger:

Mais ce que cet événement vient de mettre en évidence de façon qui ne laisse aucun doute c’est que l’Etat d’Israél dispose d’un lobby puissant dans une certaine élite dirigeante marocaine qui défend la normalisation des relations avec l’état qui vient d’être accusé par le rapport de Goldston de crimes de guerre. Comment peut-on permettre à une criminelle de guerre de fouler le sol marocain quand on sait qu’elle est recherchée et poursuivie en Europe ?

Pour les paroles de « paix » ostensiblement espérées par la puissance invitante, on a eu droit à ceci, paroles qui marqueront sans aucun doute l’histoire de ce conflit:

« Il faut comprendre les sentiments de ceux avec qui vous négociez. Dans notre région, chaque pierre raconte une histoire différente, selon que l’on soit israélien ou palestinien », a témoigné la travailliste (Nd’IK: faux, elle est du parti Kadima et fût du Likud auparavant). Favorable à la solution des deux Etats, elle a appelé l’Autorité palestinienne à reprendre la main face au Hamas qui « ne se bat pas pour les Palestiniens, mais contre l’existence d’Israël. » (Jeune Afrique)

Ou encore ceci:

Invitée en tant que chef du parti Kadima et leader de l’opposition en Israël (et non comme ancienne ministre des affaires étrangères d’Israël, ce n’est pas la même chose, selon les organisateurs des MEDays), Tzipi Livni a rejoint les autres intervenants en soulignant que la solution réside dans l’existence de deux Etats souverains. «Nous avons trop souffert des deux côtés et nous avons aujourd’hui besoin que ce conflit cesse. Mais pour y arriver, il faut qu’on ait entre les mains un accord concret et détaillé», a-t-elle indiqué. Pour l’ex-ministre des affaires étrangères israélienne, la menace vient essentiellement des radicaux des deux côtés. « Il est nécessaire de définir d’abord la nature de ce conflit», qui n’est  pas « un problème de religion mais de gestion politique d’un territoire où vivent deux peuples qui s’y identifient », a dit Mme Tzipi Livni qui affirme que l’initiative d’instaurer la paix entre la Palestine et Israël doit être compris comme étant plus un intérêt pour Israël qu’une faveur qu’on lui accorderait. (Le Reporter)

Et enfin ceci:

Au jour J Tzipi Livni était bel et bien présente à Tanger, elle a participé activement aux débats sur le conflit israélo-palestinien en défendant les thèses du gouvernement extrémiste israélien à savoir la nécessité de la poursuite du processus de paix avec l’Autorité palestinienne sans conditions préalables, c’est-à-dire tout en poursuivant la colonisation sauvage en Cisjordanie et à Jerusalem Est. En plus, elle a eu droit à des interview aux chaines de TV marocaines et de la fameuse chaîne Qatari Aljazeera.

Plus encore Tzipi Livni, qui avait éclipsé la présence des autres invités dont Rachida Dati,  ne s’est pas contenté de son voyage à Tanger, mais elle s’est permise selon le même journal Almassae  d’un détour par la ville ocre Marrakech avant d’être l’hôte à Casablanca cette fois-ci d’une réception organisée à son honneur par le Président de la communauté juive du Maroc.  (Mediapart)

Soit dit entre parenthèse: le président – en fait secrétaire général – du Conseil des communautés israélites du Maroc est Serge Berdugo, ancien ministre du tourisme (il n’a pas laissé un souvenir impérissable), leadership contesté au demeurant (notamment sur le plan de la gestion), et a été nommé en 2006 ambassadeur itinérant (du Maroc, faut-il le préciser). Le fils du ministre des affaires étrangères invite la criminelle de guerre Tzipi Livni au Maroc, et un ambassadeur marocain la reçoit chez lui, à la bonne franquette – ne manquant pas au passage de cultiver l’amalgame détestable entre communauté juive et sionisme – le tout dans le silence le plus parfait des médias officiels. Bravo les artistes!

Difficile de parler de ce forum dédié à la normalisation des relations israëlo-marocaines sans évoquer notre presse officieuse – voici donc comment Le Matin du Sahara rend compte de l’intervention de Fassi Fihri Sr, père de son fils, qui évoquait la question palestinienne avec l’inflexibilité qui le caractérise, se permettant des déclarations d’une violence symbolique frisant – j’aime autant vous livrer le fond de ma pensée – l’anti-sionisme:

Ouvrant le bal des interventions, Taieb Fassi Fihri, ministre des Affaires étrangères n’y est pas allé de main morte pour dire la réalité des choses sans fioritures. «J’appelle le gouvernement israélien à cesser de penser qu’il est le seul à mener la région», a-t-il lancé sur un ton ferme. (…) Fassi Fihri n’a pas mâché ses mots à ce propos en disant que «la nouvelle administration israélienne n’est pas désireuse de paix» (…)

Des réponses, il en existe. Invité en tant que chef du parti Kadima et leader de l’opposition en Israël, Tzipi Livni a rejoint les autres intervenants en soulignant que la solution réside dans l’existence de deux Etats souverains. «Nous avons trop souffert des deux côtés et nous avons aujourd’hui besoin que ce conflit cesse. Mais pour y arriver, il faut qu’on ait entre les mains un accord concret et détaillé», a-t-elle indiqué. Pour l’ex-ministre des Affaires étrangères, la menace vient essentiellement des radicaux des deux côtés. Les intervenants à cette séance du vendredi ont, tous, salué le rôle que le Maroc a joué et continue de jouer pour soutenir le processus de paix. Ces Medays, organisés par l’Institut Amadeus, représentent une occasion pour relancer le débat autour des nouvelles pistes de sortie de crise.

La réalité est bien évidemment que la normalisation entre le Maroc et Israël est simplement à la recherche d’un prétexte pour s’officialiser, sur demande des Israëliens et des Etats-Unis d’Obama – et cette venue de Tzipi Livni doit être considérée comme un de ces signes supplémentaires de bonne volonté du régime marocain, signe dont l’accumulation sert également sur le plan interne à sonder les réactions populaires et préparer l’opinion à une normalisation toute naturelle si on relève les innombrables signes de bonne volonté du Maroc officiel vis-à-vis d’Israël: le ministre de la défense israëlien d’origine marocaine Amir Perez reçu par le Roi en 2006, rencontres officielles entre ministres marocain et israëlien des affaires étrangères (tiens, déjà Tzipi Livni), rupture avec l’Iran et fermeture de l’ambassade marocaine au Venézuela peu après la rupture des relations diplomatiques entre ce pays et Israël, soutien de la MAP à la hasbara israëlienne, coopération au niveau local entre municipalités israëliennes et marocaines, contrats militaires avec Israël (dont apparemment un lié à la récente acquisition d’avions de combat étatsuniens F16), participation au projet Aladin, décorations royales octroyées à des militants sionistes étatsuniens, présence de l’attaché militaire marocain lors des adieux de l’attaché militaire israëlien à Washington, répression de manifestations populaires de soutien à la Palestine (celle de Gaza, ici, ou celle venue en soutien à l’ingénieur Mohamed Benzian, licencié par SOFREMCO Maroc pour avoir refusé une formation assurée par une société israëlienne), et j’en passe – on voit mal ce que le Maroc pourrait faire de plus, à moins de criminaliser l’anti-sionisme (et je regrette déjà de donner une idée à nos dirigeants)…

Tel Quel, guère suspect de fanatisme pro-palestinien, l’a relevé:

Les responsables de l’Institut Amadeus, organisateur de ce forum méditerranéen, ne pouvaient rêver meilleure publicité. Brahim Fassi Fihri, fils du ministre des Affaires étrangères, et ses deux acolytes, Mekki Lahlou et Younès Slaoui, semblent, de fait, à l’aise entre les agents du Mossad et les personnalités de haut rang qui ont envahi, du 19 au 21 novembre, l’hôtel Mövenpick sur le cap de Malabata, réquisitionné pour cette grand-messe. Ce qui n’est qu’une énième poignée de main, entre des dirigeants israélien et palestinien, représente tout de même une réussite pour ce think tank, créé il y a moins de 18 mois. Et tant pis pour ceux qui crient à la trahison. En élargissant le champ, on prend la mesure d’un événement qui échappe aux trois mousquetaires fraîchement diplômés dans leurs costumes bien taillés. La main de Rabat ne saurait être étrangère au déroulé de ces rencontres qui augurent d’une évolution des relations diplomatiques avec Israël. (…)

Ce rapprochement de l’initiative, officiellement privée, de l’Institut Amadeus et de la diplomatie du royaume, les organisateurs eux-mêmes ne la réfutent pas. “Le Maroc a développé une politique de la main tendue pour débloquer le conflit israélo-palestinien et MEDays va dans ce sens”, arguent-ils, en substance, face aux critiques. Amadeus, think tank “indépendant” donc, comme tient à le préciser la MAP, s’est rallié à la position officielle. “Cette invitation s’est faite en accord avec la délégation palestinienne présente. Les deux parties étaient demandeuses d’une rencontre dans un pays arabe”, affirme Younès Slaoui, vice-président de l’Institut. “Cette posture d’écoute des Palestiniens est une constante dans la gestion par Rabat de son rôle de négociateur dans le conflit au Moyen-Orient”, commente un fin connaisseur de ce dossier.

Certains parlent de diplomatie parallèle, d’autres de diplomatie héréditaire. Ce sera d’autant plus flagrant que la Déclaration de Tanger, document final lu en clôture par Brahim Fassi Fihri, prônant la coexistence de “deux Etats souverains” avec “un État palestinien ayant pour capitale Jérusalem-Est”, ainsi qu’“un retour aux frontières de 1967 et l’arrêt immédiat des colonisations”, fera écho au discours prononcé, lors de l’ouverture du forum, par son père, chef de la diplomatie de son état, reprenant la solution défendue par la nouvelle feuille de route américaine. Au cours de cette cérémonie, les organisateurs avaient attribué le Grand prix MEDays à George Mitchell, envoyé spécial du président Obama au Proche-Orient, et le Prix de l’environnement au roi Mohammed VI. Le ton était donné…

Inutile d’en rajouter – même le très docile Jeune Afrique relève que ce séminaire est un instrument au service du ministère marocain des affaires étrangères:

Cette manifestation devrait continuer à monter en puissance dans les années à venir, avec comme ambition de devenir un « Davos du Sud ». Elle est, en tout cas, soutenue par les autorités, par les grandes entreprises du royaume et des partenaires internationaux comme l’Espagne. Sa deuxième édition peut déjà être considérée comme un succès, et a permis au Maroc de continuer à donner une image positive de sa diplomatie. (Jeune Afrique

Les réactions de sites sionistes furent enthousiastes:

Scoop JSS: Une ovation marocaine pour Tzipi Livni
Rédigé par JSS le Nov 20th, 2009 and filed under Scoop JSS.

Tzipi Livni au Maroc. Elle n'a pas vraiment l'air effrayé comme l'annonce pourtant Al Manar!

Tzipi Livni au Maroc. Elle n’a pas vraiment l’air effrayée comme l’annonce pourtant Al Manar! 

L’heure semble plus que jamais être au rapprochement israélo-marocain. Depuis plusieurs mois, le régime de Mohamed VI semble l’avoir compris et fait, petit à petit, passer le message aux Marocains. Officieusement, tout est très clair: Israël et le Maroc qui ont des relations diplomatiques très engagées depuis longtemps se rapprochent petit à petit d’un accord de paix final. C’est en tout cas ce que laisse penser la visite de l’ancienne ministre israélienne des affaires étrangères à Tanger. 

Invitée par un “think tank” local, elle a été ovationnée par la salle. Tous ont salué ses méthodes et son courage. Du côté des médias islamistes, de la mauvaise propagande en sort. Elle aurait été, selon la chaine du Hezbollah (Al Manar), insultée et traitée de “sale sioniste”. Complètement faux selon les dires de plusieurs journalistes marocains avec qui le site JSSNews est en contact permanent. 

Il y avait bien une poignée d’islamiste qui criait “Livni, assassin, on ne peut pas du mossad au Maroc” mais que sont 50 islamistes par rapport à 700 personnes venus l’acclamer? 

Le rassemblement organisé par l’Institut Amadeus à bien entendu été autorisé par le pouvoir en place ce qui signifie clairement le soutien du Roi à la visite de Livni. Un important dispositif de sécurité à été mis en place par les Marocains et… Il est certains que les hommes du Shabak étaient aussi présent pour sécuriser et superviser l’endroit. Le tout, avec la bénédiction de Mohamed VI. Plus le temps passe, plus le souverain devient serein et ses décisions s’avèrent de plus en plus judicieuses. (…) Aujourd’hui, une question se pose: puisque le Maroc veut jouer un rôle plus important à Jérusalem (le Maroc souhaite pouvoir s’occuper de nouveau de la rénovation des lieux saints musulmans à Jérusalem), il est temps pour Sa Majesté d’officialisé son amitié envers Israël…

Pour en revenir au mandat d’arrêt émis contre Tzipi Livni au Royaume-Uni: voilà la différence entre les deux cas de figure, le britannique et le marocain – une justice indépendante et compétente, adossée à un état démocratique où le gouvernement en place ne dicte pas leur conduite aux magistrats – car en l’occurence, le gouvernement britannique, totalement aligné sur Israël bien évidemment, goûte fort peu la plaisanterie:

However, the issue of the warrant – almost certainly for alleged war crimes in connection with Ms Livni’s role as Israeli foreign minister – has caused intense irritation in the Foreign and Commonwealth Office, amid concerns Israeli politicians are finding it increasingly hard to visit the UK.

The FCO last night issued a statement saying: “The UK is determined to do all it can to promote peace in the Middle East and to be a strategic partner of Israel. To do this, Israel’s leaders need to be able to come to the UK for talks with the British Government. We are looking urgently at the implications of this case.” (Financial Times)

Et effectivement, le Royaume-Uni – qui songe sans doute, comme l’a relevé l’excellent Ayman Mohiedin d’Al Jazeera Inernational, au sort de ses propres dirigeants et militaires en raison des guerres menées par son gouvernement en Irak et en Afghanistan – va probablement, selon la BBC, emboîter le pas à la Belgique et l’Espagne et modifier sa procédure pénale en matière de crimes internationaux afin de réserver l’exercice de la compétence universelle à l’encontre des seuls criminels de guerre nègres, slaves et autres bougnoules.

Le mot de la fin appartient sans aucun doute à l’ex-ministre des affaires étrangères et actuel vice-premier ministre israëlo-tunisien Silvan Shalom, qui s’est écrié « nous sommes tous des Tzipi Livni« . Tout à fait d’accord avec toi, Silvan, vous êtes tous des Tzipi Livni (3).

(1) Selon Haaretz:

Livni’s office also said that the opposition leader was proud of all the decisions she made as foreign minister during the Gaza war, an operation which she said achieved its goal of bring security to Israel.

(2) Cette visite semble avoir été ardemment souhaitée à Rabat, et ce, depuis 2008:

Il faut dire que l’actuelle ministre des Affaires étrangères israélienne ad-interim* qui a été élue le 17 septembre 2008 à la tête du parti centriste Kadima avec 43,1 % des suffrages exprimés contre 42 % pour Shaul Mofaz (qui suite à ce cuisant échec a déclaré prendre sa retraite politique) fascine autant qu’elle inquiète dans certains milieux marocains. Elle fascine par ce qu’actuellement le Maroc vit un véritable âge d’or de la gent féminine et une femme leader d’un parti politique qui se surcroit pourrait être la deuxième femme à diriger un gouvernement israélien après Golda Meir, à la fin des années 1960, ne peut que fasciner certains Marocains, du moins les modernistes et féministes d’entre eux.

(3) La dernière fois que Silvan Shalom, juif tunisien devenu homme politique israëlien, s’était rendu au Maroc en tant que ministre des affaires étrangères du gouvernement d’Ariel Sharon – Silvan apprécie les criminels de guerre, il faut croire – un Marocain en avait payé le prix une semaine après: Albert Rebibo, paisible commercant de Derb Koréa à Casablanca, assassiné le 11 septembre 2003 par deux terroristes islamistes.

Automne marocain*

Les jours se succèdent, les uns plus déprimants que les autres. Après le retrait de son passeport et le refoulement de la Marocaine séparatiste Aminatou Haïdar (illégaux, même si son cas méritait certes d’avoir des suites judiciaires – l’article 609 alinéa 2°) du Code pénal marocain punit ainsi d’une amende de 10 à 120 dirhams le fait de déclarer une fausse adresse aux autorités), après les procès à répétition contre la presse, c’est maintenant un flot de mesures répressives qui s’abat sur les Marocains exprimant leurs opinions, militant ou manifestant – au passage, ce sont là des droits figurant dans la Constitution, les traités internationaux et les lois et réglements dont l’Etat marocain a daigné s’entourer.

Quelques cas au hasard ces derniers jours, et tous ne sont pas le seul fait de l’Etat:

– l’ingénieur Mohamed Benzian (il a tenu un blog il y a quelques années), salarié par SOFRECOM Maroc, filiale marocaine d’un groupe français, a refusé de participer à une formation donnée par une entreprise israëlienne – sanction immédiate, le licenciement – son comité de soutien, avec l’aide notamment du Syndicat National des Ingénieurs Marocains, se trouve sur Facebook (voir aussi le billet de Larbi);

– le colonel major des FAR Kaddour Tehrzaz, à la retraite, âgé de 72 ans, a été condamné à 12 (douze) années de prison pour atteinte à la sûreté extérieure de l’Etat par le le Tribunal Permanent des Forces Armées Royales après deux heures d’audience. Son crime impardonnable: avoir écrit une lettre au Roi demandant à ce que les prisonniers de guerre marocains martyrisés en Algérie (Tindouf) par le Polisario et leurs donneurs d’ordre se voient reconnaître une reconstitution de carrière – certains militaires, capturés en tant que lieutenant en 1981, l’étaient toujours à leur libération en 2005. Par chance, il est bi-national, chose qui, à défaut d’être marié à une ressortissante des Etats-Unis (1), devrait lui permettre d’éviter le sort de Nasser Ahmed, ce nonagénaire en chaise roulante mort en prison où il purgeait une peine de trois ans pour outrage au Roi. Ses proches ont créé un site de soutien.

Non content de réprimer dans le même mouvement militante acharnée du séparatisme soutenu, financé et armé par le gouvernement algérien et officier supérieur soucieux des problèmes sociaux rencontrés par des vétérans et anciens prisonniers de guerre marocains ayant défendu l’intégrité territoriale arme à la main, l’Etat trouve également le temps d’arrêter un bloggeur – Bachir El Hazzam (son blog est ici)- et un propriétaire de cybercafé – Abdallah Boukhou – à Taghjijt.

Le crime inexpiable de ces deux dangereux subversifs: Bachir le bloggeur a eu la mauvaise idée de rediffuser un communiqué rédigé par des étudiants de cette bourgade de la province de Goulmim, proche du Sahara, qui réclamaient les mêmes avantages matériels que ceux reconnus de longue date aux étudiants originaires du Sahara marocain (voir cet article de Tel Quel). Des manifestations avaient en effet agité cette ville d’une région particulièrement pauvre du Maroc, limitrophe du Sahara marocain qui est au contraire la région au plus faible taux de pauvreté du Maroc après Casablanca. La gendarmerie a interrogé Bachir sur le communiqué en question avant de l’arrêter et de le déférer devant le tribunal de première instance de Goulmim. Pour le malheur d’Abdallah Boukhou, il l’a fait à compter du cybercafé de ce dernier – qui a en plus diffusé des photos de la manifestation réprimée des étudiants. Résultat: les deux ont été condamnés, le 14 décembre, à 4 mois de prison ferme pour Bachir et un an de prison ferme pour Abdallah. Trois étudiants ont également été condamnés pour leur participation à cette marche de protestation, dont l’étudiant, bloggeur et militant d’ATTAC Abdelaziz Sellami. L’autre étudiant-bloggeur Boubker El Yadib est également recherché (plus d’infos chez Reporters sans Frontières). Lorsque des militants des droits de l’homme (AMDH) ont décidé de manifester leur soutien à ces prisonniers politiques devant le parlement à Rabat, ils ont été matraqués par les CMI (source: le groupe Facebook de soutien à Bachir et ses camarades d’infortune ainsi que le blog de Samira Kinani, présente à Rabat).

Le comble: Bachir et Abdallah auraient été condamnés notamment pour « diffusion de fausse information portant atteinte à l’image du royaume concernant les droits de l’homme » – la diffusion de fausses nouvelles est un délit du Code de la presse, dont l’article 42 dispose ceci:

Article 42 La publication, la diffusion ou la reproduction, de mauvaise foi par quelque moyen que ce soit, notamment par les moyens prévus à l’article 38, d’une nouvelle fausse, d’allégations, de faits inexacts, de pièces fabriquées ou falsifiées attribuées à des tiers, lorsqu’elle aura troublé l’ordre public ou a suscité la frayeur parmi la population est punie d’un emprisonnement d’un mois à un an et d’une amende de 1.200 à 100.000 dirhams ou de l’une de ces deux peines seulement. Les mêmes faits sont punis d’un emprisonnement d’un à cinq ans et d’une amende de 1.200 à 100.000 dirhams lorsque la publication, la diffusion ou la reproduction peut ébranler la discipline ou le moral des armées.

Les fausses informations portant atteinte à l’image du Royaume concernant les droits de l’homme? C’est au CCDH, à la MAP et dans les autres centres de propagande officielle ou officieuse qu’il faut les chercher. En attendant, c’est réussi: on recense un site de soutien à Bachir et ses amis avec un compte Facebook et Twitter, des communiqués de Reporters sans Frontières, du Committee to Protect Bloggers, de l’Arab Network for Human Rights Information, un article sur Global Voices, à ce jour. Ne comptez cependant pas sur Magharebia, le site de l' »United States Africa Command, le commandement militaire responsable du soutien et du renforcement des efforts américains pour promouvoir la stabilité, la coopération et la prospérité dans cette région du globe » pour vous en apprendre plus sur la question.

Pour ne pas y passer la journée, je n’évoque même pas les affaires de presse et tutti quanti (la scandaleuse condamnation de 6 militants d’horizons politiques différents dans l’affaire du réseau dit Belliraj mériterait de longs développements, mais je me contente de vous renvoyer sur le site de Mounir, qui y a récemment consacré un billet, à l’occasion de la publication d’un rapport de l’OMDH, ainsi que sur le site de leur groupe de soutien): voyez sur le site de Reporters sans Frontières une liste non exhaustive pour ces derniers mois, ainsi que la page Maroc sur le site du Committee to Protect Journalists, sur celui de Human Rights Watch ainsi que sur celui d’Amnesty International.

Regardez encore une fois les photos de la répression ci-dessus, en plein centre de Rabat: les compagnies mobiles d’intervention (CMI) tabassent de paisibles femmes quadra- ou quinquagénaires, sans aucune gêne – imaginez ce que ça peut être avec de jeunes hommes à Taghjijt. Contrairement à la propagande de la racaille séparatiste, qui veut que le Sahara marocain soit un territoire occupé, c’est tout le Maroc qui est un territoire occupé.

(1) Je fais bien entendu référence au lieutenant M’Barek Touil, détenu au camp de la mort de Tazmamart, marié à une Etats-Unienne, ce qui lui valut, ainsi qu’à ses compagnons d’infortune, d’échapper à une mort certaine.

* Le titre fait référence au chef-d’oeuvre de l’écrivain suédois Stig Dagerman – mon préféré – « Tysk höst » – « Automne allemand« .

Mohammed VI décore un représentant de l’American Jewish Committee

Une nouvelle qui m’avait échappé: le Roi Mohammed VI a décoré, le 29 septembre passé, Jason Isaacson (sa biographie est ici), directeur des relations internationales de l’American Jewish Committee (AJC) du Wissam Al Arch, principale décoration marocaine.

MAROC ISRAËL – DECRISPATION ? LE ROI DU MAROC ATTRIBUE A JASON ISAACSON DE AJC AMERICAN JEWISH COMMITTEE LE TITRE DE CHEVALIER DE L’ORDRE DU TRÔNE DU ROYAUME
Oct 2009 12
Par IsraelValley Desk
Rubrique: Actualité
Publié le 12 octobre 2009

Le site web du Comité Juif Américain (AJC) rapporte que le souverain marocain a accordé, le 29 septembre, le titre de chevalier de l’Ordre du trône du royaume du Maroc à Jason Isaacson, directeur de gouvernement et d’affaires internationales du Comité américano-juif (AJC).

Selon un site militant anti-israélien: “Isaacson est un fervent supporter et donateur à l’Etat d’Israël. Le site de l’AJC signale qu’Isaacson gère le vaste travail social de proximité diplomatique de l’AJC dans le monde entier et a joué un rôle clé dans le développement des relations coopératives de ce comité avec le Maroc et un certain nombre de Pays arabes dans le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord”.

Quelques jours plus tard, l’agence marocaine MAP rapportait que l’homme d’affaires espagnol, président de la Fondation espagnole Centre Peres pour la paix et de l’assemblée universelle Séfarade, Isaac Siboni, était décoré le 8 octobre à Madrid, du Wissam Al Arch d’ordre d’Officier qui lui a été décerné par le Roi Mohammed VI.

La distinction Royale a été remise à M. Siboni, par M. Serge Berdugo, un juif marocain Ambassadeur itinérant du Roi Mohammed VI, au cours d’une réception à la résidence de l’ambassadeur du Maroc à Madrid.

Natif de Tanger, Isaac Siboni est connu, selon la même source, pour ses actions pour le rapprochement entre Palestiniens et Israéliens, parrainant plusieurs initiatives en vue de favoriser la paix au Proche Orient comme la construction d’écoles en Palestine et l’organisation de matchs de football entre Palestiniens et Israéliens.—

Source: IsraelValley et JSS

L’AJC n’est pas une anodine organisation communautaire, mais un membre éminent de la ribambelle de lobbies qui constituent le lobby pro-israëlien aux Etats-Unis. Il suffit de lire les titres de de leur page d’accueil: on y parle d’Iran, de la politique d’Obama vis-à-vis d’Israël, et du président brésilien Lula, coupable de rencontrer le président et fraudeur électoral iranien Ahmedinejad. L’AJC a d’ailleurs des activités en dehors des Etats-Unis, ayant demandé au Conseil supérieur de l’audiovisuel français l’interdiction d’émettre sur le satellite Eutelsat de la chaîne palestinienne Al Aqsa TV, proche du Hamas. Quant au Centre Peres pour la paix, pour lequel travaille Isaac Siboni – également décoré mais à Madrid (Isaacson l’a été à New York) mais toujours l’ambassadeur itinérant marocain Serge Berdugo, inamovible président du Conseil des communautés israélites du Maroc – il suffit de préciser qu’il est nommé en l’honneur du boucher de Qana, le prix Nobel de la paix et criminel de guerre Shimon Peres.

Inutile de dire que l’AJC s’est gargarisé de cette décoration:

Moroccan King Honors AJC’s Jason Isaacson
AJC September 29, 2009 – New York – Morocco’s King Mohammed VI has bestowed one of his country’s highest honors on Jason Isaacson, AJC’s director of government and international affairs. Isaacson was named a Knight of the Order of the Throne of the Kingdom of Morocco.

The ceremony took place during a dinner in Isaacson’s honor at the New York residence of Ambassador Mohammed Loulichki, Morocco’s ambassador to the UN. Moroccan officials taking part in the ceremony included Foreign Minister Taieb Fassi Fihri and Ambassador-at-large Serge Berdugo. AJC senior leadership also attended.

Through political reform and reconciliation, through its determined stand against extremism, through its continued protection of religious minorities, Morocco has proven again and again its friendship, its strength, its principles,” Isaacson said on accepting the knighthood. “Today, our hopes again are invested in Morocco, and specifically in His Majesty King Mohammed VI, a direct descendant of the Prophet Mohammed — as a beacon of tolerance and moderation, as an unwavering defender of the values that underlie the three great Abrahamic faiths, as a true champion of peace.”

Isaacson manages AJC’s extensive diplomatic outreach around the world, and has played a key role in developing AJC’s cooperative relationships with Morocco and a number of Arab countries across the Middle East and North Africa.

Pour en revenir à cette distinction accordée au nom du Maroc à un éminent lobbyiste pro-israëlien, l’option de l’alliance stratégique (du moins du côté marocain, car l’importance du Maroc aux yeux de l’Etat israëlien est sans doute relativement limité) voulue par l’Etat marocain – bien évidemment sans aucune consultation de l’opinion publique ou des élus du peuple – se confirme. On a eu la rupture capricieuse des relations diplomatiques avec l’Iran, la fermeture de l’ambassade marocaine à Caracas (Vénezuela), sans compter la foultitude de gestes divers depuis des années – tout ceci ne date pas de Mohammed VI, mais il est indéniable que l’on sent désormais un engagement sans faille là où on avait auparavant un jeu d’ombres.

Les commentateurs israëliens qui ont daigné commenter l’événement ne s’y sont pas trompés: pour le journaliste et bloggeur israëlien Jonathan-Simon Sellem (qui précise que Jason Isaacson est « un fervent supporter et donateur à l’Etat d’Israël!« ), « Mohamed VI soutient “indirectement” Israël« , et il spécule:

Dans certaines maisons diplomatiques, on affirme déjà qu’Israël et le Maroc ont prévu de signer officiellement des accords dans les prochains mois. Reste à savoir quel est le moment idéal pour officialiser les fiancailles.

Le bloggeur marocain cabalamuse note à très juste titre:

It has been speculated that in the absence of a viable Moroccan lobbying group in the United States, AJC, in coordination with the Israeli Communities Council of Morocco, has been assisting the Moroccan government in promoting its political agenda, emblazoning its image, and revitalizing its military procurement efforts. In the absence of tangible diplomatic bargaining chips such as oil or natural gas, a dependable coalition, or a military force to be reckoned with, Morocco seems to be relying on relations with the U.S. and Israel as deterrents to Algeria and Spain. To that effect, it has made substantial concessions putting itself at odds internally, with its citizens, and externally, with other Arab and Islamic nations

Selon la chaîne de télévision iranienne Press TV, l’humaniste et ministre des affaires étrangères Avigdor Lieberman aurait rencontré son homologue marocain Taïeb Fassi Fihri à New York le 24 septembre à New York, afin de discuter d’une normalisation accrue:

As part of Tel Aviv’s efforts to normalize relations with Arab states, Israeli Foreign Minister Avigdor Lieberman has reportedly held talks with his Moroccan counterpart.

According to Israeli media sources, Lieberman had a secret meeting with Taieb Fassi Fihri on the sidelines of the United Nations General Assembly in New York on Thursday.

No details of the meeting have yet emerged.

L’attaché militaire marocain à Washington assiste aux adieux officiels de l’attaché militaire israëlien

Un bref article du Yedioth Ahronoth nous apprend que l’attaché militaire israëlien aux Etats-Unis – Benny Gantz – vient de quitter ses fonctions pour rejoindre son poste de chef d’état-major adjoint de l’armée israëlienne. Lors de son drink de départ, le chef d’état-major étatsunien, l’amiral Mike Mullen, a ainsi déclaré « the US will always stand by Israel’s side » – « les Etats-Unis seront toujours âux côtés d’Israël« . La cérémonie, qui a eu lieu à la résidence de l’ambassadeur israëlien, a connu la participation des attachés militaires égyptien et marocain (« the military attachés of Egypt and Morocco were also on hand« ), dont le journaliste ne précise s’ils ont applaudi à la déclaration de l’amiral Mullen ou versé des larmes en prenant congé de leur collègue, ami et allié Benny Gantz. Ces émouvants adieux ne doivent pas nous surprendre.

Le Maroc a théoriquement suspendu ses relations diplomatiques avec Israël dès le déclenchement de l’intifada de 2000 – le bureau de liaison israëlien à Rabat a ainsi été fermé, et le chef de ce bureau, l’israëlo-marocain David Dadoun, avec statut de chef de mission diplomatique, est rentré dans sa patrie d’adoption (il est natif de Marrakech).

Récemment, pour une raison totalement inexpliquée, il semblerait que les Etats-Unis – et donc l’Obama idolâtré comme un vulgaire candidat de la Star Ac par beaucoup trop de Marocains et d’Arabes (un peu comme le défunt sénateur ted Kennedy, grand ami d’Israël et du Polisario) (1) – aurait demandé aux pays arabes dits modérés, c’est à dire soumis aux Etats-Unis, de faire un geste envers Israël. Idée brillantissime, qui propose de faire ce que les Arabes avaient fait en 1993, à la signature des accords d’Oslo, à savoir donner à Israël normalisation et reconnaissance en échange de… rien du tout – ou plutôt si, une extension de la colonisation de la Palestine…

Voici donc ce qu’a écrit récemment The Guardian:

Israel, in return for a deal on settlements, is seeking not only a tougher line over Iran but normalisation of relations with Arab states, such as overflight rights for its airline El Al, establishment of trade offices and embassies, and an end to the ban on travellers with Israeli stamps in their passports.

Bahrain, Qatar, the United Arab Emirates and Morocco have so far tentatively agreed. Saudi Arabia has refused, saying Israel has had enough concessions.

The Times dit à peu près la même chose:

The US wants Arab states, such as the UAE, Kuwait, Bahrain, Morocco and Oman, to accept Israel, such as opening up their airspace to Israeli commercial flights.

On notera l’absence de cette liste officieuse de la Tunisie, autre féal de Washington, et de la Mauritanie, qui avait des relations diplomatiques avec Israël – en dépit de la deuxième intifada de 2000 – mais les a rompues en mars 2009, à l’initiative du général putschiste Mohamed ould Abdel Aziz. Mais les sources divergent, et d’autres mentionnent la Mauritanie et la Tunisie, tout en évoquant une visite de Netanyahu au Maroc:

Les autres pays sur lesquels Washington exerce des pressions sont le Maroc, la Tunisie et la Mauritanie, trois pays qui avaient des relations diplomatiques avec Israël mais qui les ont coupées pour protester contre l’action de Tsahal dans les territoires. Le dernier de ces pays à avoir rompu ses relations avec Israël a été la Mauritanie, là aussi suite à l’opération Plomb durci.

Il y a quelques jours, plusieurs journaux marocains (et blogs) l’affirment: « selon certaines sources israéliennes et arabes, il se fait de plus en plus probable que Benjamin Netanyahu soit le premier officiel israélien à être invité au Maghreb… Plus précisément au Maroc« .

Mais voilà, un petit signe assez amusant de ce que la servilité n’est jamais appréciée à sa juste valeur: Israël estimerait qu’une normalisation avec le Maroc et les pays du Golfe précités (Qatar et Oman notamment) ne serait pas suffisante:

A senior government official said that merely renewing ties with countries such as Qatar, Oman, and Morocco, would not be considered adequate compensation for Israel’s concessions unless the Arab League would cease its embargo and allow Israeli planes to fly over Arab airspace, and allow banking, tourism, and trade with Israel. Israel also demands that the Arab countries take deeper strides in fighting terror, stop incitement, and begin talks without preconditions.

Un analyste égyptien partage cet avis:

Khalil el Anani, an analyst with the Al Ahram Center for Political and Strategic Studies in Cairo, describes improved relations with countries such as Qatar and Morocco as irrelevant to Israel’s regional goals.

« Saudi Arabia is the real prize, » he says. « But I don’t think Saudi Arabia can open the subject with their own people about normalization. »

Qatar hosted a longstanding Israeli trade mission for years and only severed relations in January over Israel’s siege of Gaza. Morocco has long had quietly warm relations with the Jewish state, although never a formal treaty. Then-Israeli Prime Minister Ehud Barak attended the funeral for Morocco’s King Hassan II in 1999.

Déjà, en juillet, dans sa lettre adressée au Roi Mohammed VI, Barack Obama avait demandé ,au Maroc d’assumer un rôle de pionnier dans la normalisation avec Israël (Obama to Morocco: End Israel’s isolation):

In an apparent effort to get the Arab world to make some gestures toward Israel, US President Barack Obama has sent a letter to Morocco’s King Mohammed VI, saying he hoped Rabat would « be a leader in bridging gaps between Israel and the Arab world. »

Etonnamment, dans cette lettre au Roi Mohammed VI, Obama semblait revenir sur l’aval donné par l’administration Bush au plan d’autonomie pour le Sahara marocain, une démarche surprenante lorsqu’en même temps une normalisation avec Israël, extrêmement impopulaire dans l’opinion publique marocaine, est demandée…

Les rapports entre Maroc et Israël ont depuis l’avènement au trône de Hassan II toujours été étroits au niveau gouvernemental: coopération sécuritaire sous Oufkir et militaire sous Dlimi, visite de Shimon Peres à Ifrane en 1986, puis de Itzhak Rabin et Shimon Peres en 1993, présence d’Ehud Barak aux funérailles de Hassan II, échanges commerciaux substantiels à défaut d’être importants (48 millions de dollars d’importations en 2006, et ce uniquement pour les produits en plastique; contrats de sous-traitance et formation d’ingénieurs marocains en Israël), sans compter le tourisme israëlien au Maroc (en dépit de l’alerte terroriste récemment déclarée pour les touristes israëliens au Maroc par les autorités israëliennes, qui a provoqué le courroux des autorités marocaines). Le site du State department US, dans un geste qui montre à quel point il est difficile de distinguer les Etats-Unis d’Israël, évoque ainsi les relations maroco-israëliennes dans sa présentation du Maroc:

Morocco is active in Maghreb, Arab, and African affairs. It supports the search for peace and moderation in the Middle East. In 1986, then-King Hassan II took the daring step of inviting then-Israeli Prime Minister Peres for talks, becoming only the second Arab leader to host an Israeli leader. Following the September 1993 signing of the Israeli-Palestinian Declaration of Principles, Morocco accelerated its economic ties and political contacts with Israel. In September 1994, Morocco and Israel announced the opening of bilateral liaison offices. These offices were closed in 2000 following sustained Israeli-Palestinian violence, but Moroccan-Israeli diplomatic contacts continue.

Il faut dire que le Maroc semble, depuis sa décision de fermer le centre de liaison israëlien à Rabat, amèrement regretter ce geste, tant les autorités brûlent d’envie de renouer enfin officiellement avec Israël, indépendamment de la situation en Palestine:

– « Le roi du Maroc cherche à renouer des relations diplomatiques avec Israël » (2003);
– « Maroc – Israël. Soupçons de normalisation » (2005);
rencontre au Maroc entre le Roi Mohammed VI et le ministre israëlien de la défense Amir Peretz, d’origine marocaine (2006);
Patrouilles communes entre les marines marocaine, algérienne et israëlienne (2006);
– « Normalisation des relations ? Un cambriolage du bureau israélien à Rabat » (2006);
rencontre entre les ministres des affaires étrangères Mohammed Benaïssa et Tzipi Livni (2007)

-« Israel-Maroc: Netanyahu bientôt à Rabat ? » (2009)
participation commune des marines marocaine, algérienne et israëlienne à un exercice anti-terroriste de l’OTAN (2009)

(1) Voici ce qu’écrit The Jewish Journal sur les liens entre Ted Kennedy et Israël:

But, then, there was the Israel-Lover Kennedy.

From his first year in the Senate, 1962, until his last votes, Kennedy was a stalwart Israel supporter. It is likely in this, too, he was living the values of his older brother.
« Israel will endure and flourish« , John F. Kennedy once said. « It can neither be broken by adversity nor demoralized by success. It carries the shield of democracy and it honors the sword of freedom« .

According to one tally, Ted Kennedy voted 100 percent in concert with positions taken by Aipac, the American Israel Public Affairs Committee. Tom Dine, who served as Aipac’s executive director from 1980-93, was a defense and foreign policy advisor to Kennedy.

In the run-up to his tough 1994 Senate campaign against Mitt Romney, Kennedy accumulated some $45,000 from pro-Israel political action committees over the years, according to former Aipac legislative director Doug Bloomfield, « and presumably a lot more from individual pro-Israel donors, considering his long record of support for U.S. taxpayer aid for Israel« .

Haïfa, le maire maquereau et la normalisation avec Israël – ou comment les électeurs de Marrakech peuvent faire oeuvre de salubrité publique

Vous vous rappelez sans doute il y a deux ans de la polémique suscitée par l’accord de jumelage signé en 2007 dans le domaine touristique entre les villes de Marseille, Marrakech et Haïfa. Le « maire » (le terme est impropre, le terme officiel est président du conseil municipal) de Marrakech, Omar Jazouli (Union constitutionnelle – UC), en place depuis un quart de siècle, avait en effet signé en grandes pompes un accord de coopération en matière touristique avec ces deux villes. C’était le 22 février 2007 à Marseille:

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Marseille-Haïfa-Marrakech : coopération tripartite hautement symbolique
jeudi 22 février 2007

Au cours de son séjour à Marseille où il est l’invité du dîner annuel du Conseil Représentatif des Institutions Juives de France, le Maire de Haïfa, Yona YAHAV, est reçu en l’Hôtel de Ville par le Maire de Marseille, Jean-Claude GAUDIN.
Par un avenant au Protocole de coopération qui les lie, les deux villes jumelées ont souhaité lui donner un nouvel essor et intensifier leurs échanges dans les domaines de la culture, du tourisme et de l’économie.

Cette rencontre est, pour le Maire de Marseille, l’occasion de rendre publique une initiative inédite et hautement symbolique : proposer une coopération tripartie à deux de ses villes jumelées, Haïfa et Marrakech. Ce Protocole de Coopération décentralisée tripartite est signé en même temps par le Sénateur-Maire de Marrakech, Omar EL JAZOULI, présent à cette rencontre. Il porte sur la formation aux métiers du tourisme et permettra à des jeunes de Marrakech et de Haïfa de venir à Marseille se former à la stratégie de développement touristique d’une ville ou à la qualité des services et prestations touristiques.

Inutile de dire que cette nouvelle fît le bonheur notamment de l’ambassade d’Israël en France et du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF). Il faut dire qu’Omar Jazouli n’avait pas fait les choses à moitié: il avait ainsi assisté au 12ème dîner annuel du CRIF Marseille-Provence, en présence du maire de Haïfa, Yona Yahav de Kadima, de l’ambassadeur d’Israël en France et du likudnik Roger Cukierman, alors président du CRIF.

On notera le rôle important du sénateur-maire de Marseille, Jean-Claude Gaudin, connu dans l’hexagone notamment pour son évident parti-pris pro-israëlien, qui a décrit Omar Jazouli comme « son jumeau marocain et son alter ego marrakchi » – déclaration d’ailleurs faite quelques mois après la signature de l’accord tripartite Marrakech-Marseille-Haïfa, lors de la remise par Gaudin à Jazouli de la Légion d’honneur, sans doute en raison des services rendus à la normalisation avec Israël .

L’information ayant été rendue publique, notamment en Israël, la presse marocaine s’en était emparée. Omar Jazouli se rendait alors compte que ce n’était sans doute pas l’initiative la plus populaire auprès de son électorat et nia avoir signé un quelconque accord de coopération avec Haïfa (« Le seul document que j’ai signé est un avenant à l’accord que nous avons avec Marseille et qui porte sur la formation de jeunes en matière de tourisme« ), sans grande crédibilité, le site officiel de la ville de Marseille ayant confirmé la signature d’un accord tripartite entre Haïfa, Marseille et Marrakech.

Le PJD l’avait critiqué (mais pas que lui, puisque l’Istiqlal, qui détient le poste de premier ministre, s’était mis de la partie), et la presse officieuse s’était offusquée de ces critiques:

D’ici là, il faudra bien aménager le justificatif d’accompagnement et, surtout, préparer l’opinion publique à intégrer un acoquinement d’État jusqu’ici perçu comme un tabou intransgressible. Les Marocains restent sensibles au drame palestinien dans toutes ses évolutions et malgré ses contradictions internes. Israël est toujours considéré comme la source du mal originel.

Quelques indices révélateurs abondent dans ce sens. Pas plus tard que le 22 février 2007, Omar Jazouli, président de la commune urbaine de Marrakech, a fait les frais des foudres de la presse islamiste. Son crime inqualifiable, disent ses juges islamo-médiatiques, avoir signé un accord de coopération avec le maire de la ville israélienne de Haïfa, Yona Yahav. Omar Jazouli réfute vigoureusement ces accusations, certifiant que seul un accord de formation touristique a été signé avec le maire de Marseille. (Maroc-Hebdo, « Faut-il normaliser avec Israël?« , 13 juillet 2007)

Aujourd’hui Le Maroc avait parlé d’Intifada de la part du PJD contre Jazouli – une intifada constitué d’un communiqué de la section locale de ce parti – tandis que L’Economiste dénoncait la « médiocre polémique » contre Jazouli:

Face à une telle actualité, la question de la normalisation entre le Maroc et Israël revient toujours au 1er plan. «Faites ce que je dis mais ne faites pas ce que je fais». La formule pourrait résumer en substance la politique étrangère de Rabat dans ce dossier. Il est toujours politiquement incorrect de parler publiquement d’une quelconque relation avec Tel Aviv. Inutile de rappeler la médiocre polémique déclenchée par les détracteurs du maire de Marrakech, Omar Jazouli, qui aurait signé en France un accord de coopération touristique avec Marseille et Haïfa.

Plus fort dans la dénonciation, Le Détective marocain par le biais d’Abdelkarim Chankou avait bien évidemment soulevé l’antienne rituelle d’antisémitisme contre les détracteurs de Jazouli:

Les choses sen seraient restées là si des opportunistes du panarabisme et des causes perdues n’avaient pas fourrée leurs nez dans cette histoire, sommes toutes banales, en accusant Omar Jazouli de pactiser avec le sionisme.
Quoi de plus ordinaire en fait que trois maires de villes méditerranéennes sœurs qui se rencontrent pour signer un accord de partenariat dans un secteur porteur comme le tourisme. D’autant que Haïfa avec ses 270.000 habitants abrité 8 % d’arabes et plusieurs dizaines de milliers de juifs marocains. Nous avons nous-mêmes, maintes fois, encouragé ce type de coopération sur ce même site (Lire en bas).

Devant la levée de boucliers orchestrée par ces opportunistes des causses perdues, toujours les mêmes, le pauvre Omar Jazouli se défend d’avoir signé un quelconque document dans un cadre tripartite. On le comprend : la horde de charognards réclame sa peau et demande au ministre de l’Intérieur de le révoquer ! Rien que ça ! Nous sommes en fait à quelques mois des élections communales et législatives : ne serait-il pas plus logique d’atteindre le verdict des urnes pour savoir ce que les Marrakechis pensent de leur maire. Non ! ces donneurs de leçons qui hier encore acceptaient des millions de barils de pétrole en cadeau de la part de Saddam Hussein, sont pressés d’en découdre avec le premier des édiles de la cité ocre. Lequel a toujours su échapper aux guets-apens de ses détracteurs, manipulés par des forces occultes, qui veulent faire main basse sur la cité la plus prospère du Maroc. Qu’à Dieu ne plaise ! (Abdelkarim Chankou, « O. Jazouli et les antisémites« , Le Détective marocain, 9 mars 2007)

On peut présumer que ces talking heads de la presse francophone marocaine auront révisé leurs opinions le temps de quelques jours en décembre 2008/janvier 2009.

Ce qui est intéressant dans cette histoire c’est l’aspect juridique: en effet, en vertu de l’article 42 du dahir n° 1-02-297 du 25 rejeb 1423 (3 octobre 2002) portant promulgation de la loi 78-00 portant charte communale, toute convention de jumelage ou de coopération décentralisée doit être approuvée par le conseil communal puis ensuite par l’autorité de tutelle (cf. aussi l’article 69 de la charte communale) – en matière de communes urbaines (Marrakech), la tutelle est exercée par le ministère de l’intérieur ou son délégué – dans les conditions fixées à l’article 73 de la charte. Le ministère de l’intérieur dispose d’un délai de 45 jours pour approuver la décision du conseil communal – en cas de non-réponse dans ce délai, la décision est réputée approuvée. Or, rien n’est indiqué dans les divers articles sur l’approbation de la convention de coopération avec Haïfa par le conseil communal, ni sur son approbation ultérieure par le ministère de l’intérieur. On peut présumer que si l’une de ces deux instances n’avait pas approuvé la convention tripartite litigieuse, la presse en aurait parlé – mais rien ne peut être déterminé avec certitude.

On ne peut pas dire qu’Omar Jazouli n’ait pas fait parler de lui depuis: ce maire, qui avait dénoncé le tourisme sexuel – « Il a finalement trouvé une idée à défendre : « éviter de faire de sa ville une destination de tourisme de masse » et surtout pas « un fief de pédophiles et d’homosexuels ».  » – a été accusé il y a quelques semaines d’être le client d’un prostitué homosexuel marrakchi nommé… Haïfa! Bien évidemment, Jazouli nie en bloc – en dépit de la présomption qui pèse en la matière sur les marrakchis – en dépit d’une véritable campagne de presse. A cet égard, on ne peut pas dire que sa ligne de défense lui attirera la sympathie des défenseurs de la cause gay:

Ce qui a été relaté dans la presse marocaine est incompréhensible pour moi. Je suis connu comme étant un homme intègre et correct et je ne suis pas du tout homosexuel (Aujourd’hui Le Maroc du 15 mai 2009).

Et tout aussi évidemment, Marrakech n’étant pas Tel-Aviv, la combinaison aux yeux de l’électeur marrakchi moyen d’homosexuel partisan de la normalisation avec Israël ne paraît pas être un ticket gagnant, ce qui fait dire aux observateurs qu’il aura du mal à se faire réelire lors des élections communales du 12 juin suivant (même si l’intéressé déclare y croire, peut-être confiant dans le talent de son magicien de fils):

Dans les réunions pré-électorales, certains élus locaux en étaient même venus aux insultes pour en découdre avec leurs adversaires comme c’était le cas dernièrement à Marrakech. C’est aussi dans cette même ville que des bruits ont couru dernièrement sur l’homosexualité du maire de Marrakech. Ils ont été même relayés à la Une, le 13 mai dernier, par deux organes de presse arabophones. D’après ces informations, Omar Jazouli aurait été dénoncé par un prostitué homosexuel. Ce dernier, après avoir été raflé par la police, aurait déclaré qu’il avait des personnalités haut placées à Marrakech parmi ses clients, dont le maire de la ville.

Le principal concerné a tout de suite répliqué, par voie de presse. Omar Jazouli a déclaré qu’il ne s’agit dans cette affaire que d’« une guerre électorale avant l’heure ». « Je suis connu comme étant un homme intègre et correct et je ne suis pas du tout homosexuel », a-t-il martelé.

A l’origine de ce scandale, un certain « Haïfa » que Jazouli considère comme étant « un malade mental » qu’il dit n’avoir jamais connu. « La personne qui a prononcé mon nom dans le PV de police, et qui a relaté des faits nuisant à ma réputation et à celle de ma famille, a été poussée et même payée pour nuire à ma réputation », s’est défendu le maire de Marrakech, sur les colonnes d’ALM. Il a aussi affirmé n’avoir été, à aucun moment, interpellé, dans le cadre de cette affaire, par la police ou le procureur général du Roi. Les péripéties s’arrêteraient-elles alors là ? Pas si sûr. Le maire de Marrakech compte poursuivre les deux organes de presse écrite et un journaliste d’une chaîne radiophonique pour diffamation.

Ce n’est pas la première fois qu’Omar Jazouli se trouve au centre d’un scandale. Il avait même été condamné en 2003, en première instance, à aller en prison suite à son accusation d’utilisation de fonds publics dans sa campagne électorale. Mais ce jugement a été cassé en appel. Plus récemment, il s’était trouvé au cœur d’un autre scandale, relatif également à Haïfa. Mais c’était de la ville israélienne qu’il s’agissait et non d’un prostitué. Ses détracteurs l’avaient accusé d’avoir signé un accord tripartite avec cette ville et Marseille. Là encore, Omar Jazouli avait expliqué que les accusations portées contre lui étaient infondées. Selon lui, il ne s’agissait que d’un document signé entre Marrakech et Marseille devant permettre à des jeunes de la ville ocre de bénéficier de sessions de formation en stratégie de développement touristique ou encore pour ce qui est la qualité des services et prestations touristiques. Tous ces bruits n’empêchent pas Jazouli de se présenter à nouveau sous les couleurs de son parti, l’Union constitutionnelle (UC), pour succéder à lui-même à la tête de la mairie de Marrakech. Il estime que sa candidature se trouvera renforcée par les « coups bas » dont il estime faire l’objet. (Le Reporter, « Les dossiers chauds des élections: transhumance et homosexualité« , 25 mai 2009)

Par ailleurs, sa gestion a été critiquée par des ONG locales et il fait l’objet d’une enquête de police pour une transaction douteuse du conseil communal ayant coûté un montant de 50 millions de dirhams (4.500.000 €) par décision de justice en faveur d’un député, Abdelaziz El Banine (FFD). Et il avait déjà été condamné à de la prison en première instance en 2003 pour avoir utilisé aux fins de sa campagne électorale les ressources de la commune – ce qui ne l’avait pas empêché de prononcer un discours en 2004 lors d’une conférence internationale sur le juge de cassation dans lequel il manifestait toute sa confiance dans la justice de son pays, sans doute motivée par son acquittement en appel:

On peut tout d’abord, et c’est probablement l’essentiel, mettre l’accent sur le sentiment de justice éprouvé par les citoyens du Maroc. Il provient lui-même du sentiment d’une harmonie sociale, l’existence d’un idéal commun dans le respect de chacun.

La justice en tant qu’institution est indépendante et impartiale, comme l’exige notamment la loi qui en est la garante. De ce fait, les juges, de par leurs compétences, deviennent de plus en plus crédibles et accessibles.

En fait, la confiance en la justice est l’ossature d’une nation. Toute société a besoin d’une justice garante des libertés, efficace et impartiale : efficace pour garantir la sécurité des personnes, impartiale pour que vivent le système de valeurs commun et l’instauration d’une démocratie des valeurs indéfectibles de notre pays sous la conduite de Sa Majesté Mohammed VI, Que Dieu le Glorifie.

Excellence, la ville de Marrakech est honorée d’accueillir un tel congrès, ce qui démontre que cette ville est un havre de paix pour des travaux d’une telle ampleur.

Les électeurs marrakchis seront donc inexcusables de ne pas se déplacer pour débarasser la vie politique marocaine de ce modèle-type de l’opportunisme amoral – « Je représente un parti libéral. Gauche ou droite, la gestion d’une ville n’a pas besoin d’une idéologie, mais d’hommes capables d’assurer cette gestion » – il y en a d’autres, mais il faut bien commencer quelque part. Et finalement, partisan de la normalisation avec Israël et maquereau, la combinaison coule de source…

PS: Pour un rapide tour d’horizon sur les partis en lice, voir le billet de Politiquonaute.

Bi roh, bi dam, nafdik ya Médor

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Je m’en voudrais de vous cacher cette information capitale sur la contribution jordanienne à la résistance contre l’entreprise coloniale israëlienne – par pudeur, les grandes douleurs étant muettes, la page YouTube de la reine Rania n’en souffle mot :

King Abdullah’s dog dies in Israel

After falling seriously ill during IDF offensive in Gaza, Jordanian royal family’s pet secretly rushed to Jewish state for medical treatment at Beit Dagan veterinary hospital. Doctors regretfully fail to save beloved pet’s life

Nurit Felter Published: 03.29.09, 10:05 / Israel News

The Jordanian royal family’s dog was secretly rushed to Israel for treatment in the midst of Operation Cast Lead in Gaza, Yedioth Ahronoth reported Sunday.

Relations between the royal palace in Amman and the Beit Dagan veterinary hospital have been good for many years now.

The Israeli medical team’s expertise has served Jordan a number of times, almost always under a heavy veil of secrecy, as per the royal court’s request.

During the fighting in the Gaza Strip, the Jordanians once again called on the Israeli veterinarians for help. King Abdullah and Queen Rania’s beloved dog had fallen ill.

In a secret operation, the pet was transferred to the hospital in Israel in very poor condition.

A few days later, despite the veterinarians’ dedicated treatment, King Abdullah’s pet passed away.

The dog’s body was returned to Jordan, along with a sincere apology from the hospital’s vets for being unable to save him.

The Beit Dagan veterinary hospital refused to comment on the report.

Pourquoi pas des kibboutz au Maroc, ou quand les c… volent, ils volent en escadrille

Lu dans L’Economiste, journal marockain de révérence:

Terres collectives: Pourquoi pas des kibboutz?

Entretien avec Abderrahim El Bouhmidi, avocat et professeur universitaire, spécialiste du droit rural

(…)

– Quelle solution préconisez-vous pour les terres collectives?
– Dans ces histoires de terrains collectifs, l’Etat et les tribus se mettent en position de rentiers alors que ce sont des occasions inespérées d’opportunités d’emploi, de mise en valeur et de développement humain. La solution au niveau des terrains collectifs ne peut être que celle des kibboutz à partir desquels il doit y avoir un développement humain et socioéconomique intégré autour d’un même projet agricole.

Allez, brisons les tabous comme dirait Sébastien Fontenelle: pourquoi pas des colonies de peuplement?

En tout cas, si jamais le ministère de l’agriculture aurait besoin d’un concert pour populariser cette notion qui pourrait paraître, au premier abord, quelque peu déconcertante pour le Marocain moyen, il sait à qui demander

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