« Mieux vaut, disait Kant, l’homme politique qui a une morale que le moraliste qui n’est qu’un justificateur de la politique »

C’est de Guy Hocquenghem, dont j’ai lu il y a plusieurs années son magnifique et saignant « Lettre ouverte à ceux qui sont passés du col Mao au Rotary« , et dont Lenin’s Tomb m’a rappelé dans son dernier billet qu’il était le procureur des fast-thinkers de la Nouvelle Philosophie, assez peu nouvelle et très peu philosophe finalement. Homosexuel militant, gauchiste non renégat, sa plume ne faisait pas de quartier.

Extraits:

Cher et tortueux Glucks,
En gros, comme dirait July, BHL et toi balisez le terrain ; tous deux renégats affirmés du gauchisme, mais lui passé à gauche (après l’épisode giscardien) et toi à Marie-France Garaud (dont tu vins jouer les supporters, à la télé, avant les élections, flanqué de Kouchner). BHL retrouve l’antisémitisme et le fascisme sous l’anarchisme qu’il pourfend et les « philosophies du désir », toi tu déniches l’hitlérisme sous le masque pacifiste. La police des idées est bien faite ; cette surenchère de dénonciations « paradoxales » vole bien au-dessus des différences politiciennes. Complémentarité : BHL, niché dans la gauche, son gagne-pain, comme le ver dans le fruit, déguise, comme les Castro et July, l’apostasie en fidélité (du gauchisme à la gauche) ; toi et les tiens, au lieu du reniement par continuité de façade, proposez le reniement par rupture répétée, la continuité dans le reniement; et c’est au nom de l’autocritique, de l’imprévisibilitéde la pensée selon Mai 68, que tu t’engages à droite. Fidélité contre fidélité, toutes deux factices.

Mieux vaut, disait Kant, l’homme politique qui a une morale que le moraliste qui n’est qu’un justificateur de la politique ; on peut avoir du respect pour l’homme qui s’expose au feu, pas pour le conseilleur en massacre trop sûr de n’être pas payeur, encore moins pour le philosophe qui n’use de sa subtilité que pour légitimer la raison d’État la plus cruelle.

Tu précises, te moquant des utopies tiers-mondistes à propos de « l’exemple néo-calédonien » : « À Dreux [où la campagne de Le Pen bat alors son plein], le slogan “Les immigrés à la mer” est réactionnaire et inhumain, alors que peinturluré sur une ferme dans la brousse des antipodes il devient un mot d’ordre émancipateur. » Explicitons ton ironique sous-entendu : et si c’était le contraire, « les immigrés à la mer » qui était émancipateur à Dreux, puisque ça casse la stupide utopie, et « les Blancs à la mer » véritablement inhumain ?

Pascal Bruckner, roitelet de l’essaysime à la française

Deux posts intéressants consacrés à Pascal Bruckner avaient échappé à mon attention lorsque j’avais commenté son invitation officielle au dernier Salon du Livre de Casablanca, où il pérora de manière lymphatique et hypocrite sur son rapport à la liberté d’expression, à la guerre en Irak et à la colonisation.

Le bloggeur Harold Bernat-Winter, dont le blog s’intitule opportunément Critique, et critique de la critique, s’attaque – en deux parties (I et II) – au roitelet de l’essayisme à la française (il me semble que l’expression a aussi été utilisée par Bourdieu s’agissant de cette dernière discipline) qu’est Pascal Bruckner.

Dans le même ordre d’idées, je vous conseille son billet « A Garcin, Assouline, Enthoven, Onfray, Cespedes, Redeker et tous ceux à venir… » ou celui consacré à Luc Ferry. Par contre, ses billets sur le 11 septembre, je ne les sens pas trop…

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