L’aide militaire étatsunienne au Maghreb

Un article intéressant sur PBS.org sur les montants d’aide militaire versés par les Etats-Unis en 2010 et depuis 1946 mérite quelques commentaires. Si Israël est numéro 1 sur toute la période, l’Afghanistan reçevait plus en 2010, tandis que l’Egypte se trouve à la 3e place dans les deux cas – même si l’aide militaire étatsunienne n’atteint jamais le compte du ministère de la défense à la banque centrale égyptienne:

« The $1.3 billion that goes to the Egyptian army doesn’t really go to the Egyptian army. It goes to an account that stays in the U.S. for the Egyptian army to buy U.S. hardware, » said Farouk El-Baz, an Egypt-born scientist and administrator at Boston University who was an adviser to the late President Anwar Sadat.

Egypt is « totally dependent on U.S.-made military hardware, » El-Baz said, and has been since 1979, when what amounts to a U.S. monopoly on arms sales to Egypt was written into the Camp David Accords. Prior to that agreement establishing peace with Israel, Egypt’s military had been a Soviet client.

« The aid is recycled within the U.S., » said Mohammed Akacem, a professor of economics at the Metropolitan State University of Denver. Taxpayers give the money to the IRS, which disburses it to the Pentagon, which spends it with U.S. defense contractors.

The Egyptians then take the arms, which over the years have included the F-16 air-to-air combat fighter from Lockheed Martin and the M1A1 Abrams tank from General Dynamics.

« It’s what we used to call ‘tied aid’ back in the ’70s and ’80s, » said Akacem, referring to an aid agreement that stipulates that the recipient country must spend its aid money within the donating country.

Les montants versés à l’Egypte sont faramineux sur la période – plus de 57 milliards d’USD, même si ce montant pâlit par rapport aux 123 milliards d’USD versés à Israël.

Le cas de la Turquie est intéressant: si ce pays est 4e sur la période 1946-2010, avec 40 milliards d’USD soit 6,11% du total de l’aide militaire à l’étranger, il ne reçevait que 5 millions d’USD en 2010, soit 0,04% seulement de l’aide militaire US à l’étranger cette année-là.

On retrouve d’autres surprises – le Soudan reçevait ainsi près de 127 millions d’USD en 2010 – mais c’était avant la sécession du Sud-Soudan, effective en 2011, et on peut peut-être présumer que l’aide militaire allait aux forces du SPLA constituant l’ossature de l’armée du Sud-Soudan plutôt que l’armée du nord, dirigée par le président Omar Bachir, dont les Etats-Unis ont obtenu qu’il soit inculpé par la Cour pénale internationale, sur saisine – en 2005 – du Conseil de sécurité. Le Venezuela reçoit quant à lui 329.000 USD et la Chine 190.000 USD – dans ces deux cas, on peut présumer qu’il s’agit de la formation d’officiers de ces pays aux Etats-Unis ou des activités assimilées. Le montant que ne parviens absolument pas à comprendre ce sont les 127 millions d’USD pour la Russie en 2010 – si quelqu’un a des explications à ce sujet, je suis preneur…

Voyons de plus près les montants pour le Maghreb, d’abord en 2010 puis sur la période 1946-2010:

2010:

1- Tunisie $20,313,000

2- Maroc $12,322,247

3- Algérie $1,015,000

4- Libye $469,000

5- Mauritanie $407,000

1946-2010:

1- Maroc $2,334,870,797

2- Tunisie $1,776,127,354

3- Libye $99,662,397

4- Algérie $10,459,519

5- Mauritanie $4,453,616

Quelques remarques:

  • Globalement, le Maghreb est une région peu importante dans le cadre de l’aide militaire US – au total, les 5 Etats du Maghreb ont reçu ensemble 0,67% de l’aide militaire globale des Etats-Unis de 1946 à 2010 – et cette importance est en chute libre, puisque ces 5 Etats ne totalisaient que 0,22% du total de l’aide militaire US en 2010. L’Egypte reçoit en trois ans ce que le Maghreb a reçu de 1946 à 2010. Ca choquera quelques Marocains et peut-être surtout quelques Algériens, mais le Maghreb n’est pas, militairement et stratégiquement parlant, au coeur de la vision US sur le monde qui les entoure – encore que l’évolution de la Libye pourrait changer la donne, même si l’aide militaire à strictement parler ne semble pas d’actualité pour cet Etat pétrolier.
  • Si le Maroc est le premier bénéficiaire de l’aide militaire US en valeur absolue, la Tunisie est bien évidemment la première par habitant, sa populationétant un tiers de celle du Maroc;
  • Maroc et Tunisie, tous deux au régime conservateur sur le plan politique, libéral en matière économique et pro-occidental (depuis 1961 pour le Maroc) se partagent 97% du total de l’aide militaire US sur la période;
  • La Libye et l’Algérie ont reçu très peu – pas seulement en raison de leur régime politique et des choix diplomatiques qui en ont découlé, mais aussi surtout en raison de leur caractère d’Etats rentiers, avec de très fortes entrées de devises en raison d’exportations d’hydrocarbures. Ceci n’empêche pas des liens sécuritaires très bons entre l’Algérie et les USA;
  • La Mauritanie paie bien évidemment des choix politiques malheureux vu de Washington – l’alignement sur l’Irak en 1991, et sans doute aussi une très faible capacité d’absorption de ses forces armées, de très loin le splus faibles des cinq Etats maghrébins;
  • Ces chiffres devraient être complétés par les statistiques de ventes d’armes sur la même période pour donner une image complète des liens militaires avec les Etats-Unis – mais ça ne bouleverserait pas véritablement le classement, car la Tunisie et surtout le Maroc s’équipent auprès des Etats-Unis mais également auprès d’autres pays de l’OTAN – surtout la France et l’Espagne pour le Maroc.On constate, à lire les statistiques de SIPRI sur la période 1950-2012, que l’Algérie a acheté 20 de ses 24 milliards USD d’armes auprès de l’URSS/Russie; pour la Tunisie, sur 1,9 milliards d’USD d’achats d’équipements militaires sur la même période, 768 millions d’USD sont achetés aux USA, 482 millions à la France, 217 à l’Allemagne et 134 à l’Italie – les pays OTAN ou UE représentent 96% des achats d’armement tunisiens; la Mauritanie, qui n’a dépensé que 323 millions d’USD sur cette période, en a acheté environ un tiers hors UE/OTAN, mais son premier fournisseur est la France, son deuxième l’Espagne et son troisième la Chine. Pour la Libye, les compteurs explosent: 31 milliards d’USD d’achats d’équipement militaire, avec la part du lion détenue par l’URSS/Russie, avec 23,5 milliards, et une honorable deuxième place pour la France (3,3 milliards) et une troisième place à l’Italie (1,4 milliards), des chiffres probablement en voie de changer avec le changement de régime. pour le Maroc, qui n’a pas la rente hydrocarbures de la Libye ou de l’Algérie, le montant n’est « que » de 9,5 milliards, dont 90% achetés auprès de fournisseurs OTAN ou UE, la France (3,4 milliards) et les Etats-Unis (3,3 milliards) étant au coude à coude, loin devant les Pays-Bas (508 millions) et l’espagne (500 millions). On notera les faibles montants, pour ces cinq pays, des ventes britanniques et allemandes.
  • Plus intéressant encore pour la pérennité des liens militaires, la formation des militaires est probablement l’élément le plus efficace pou nouer des liens personnels et politiques entre armées étrangères (d’où l’active politique marocaine de formation de militaires de pays francophones d’Afrique de l’Ouest, notamment à l’Académie royale militaire de Dar Beida à Meknès). On sait le rôle politique fondamental dans le régime politique algérien de l’armée, des anciens officiers de l’armée française ayant rejoint le FLN (assez tard pour certains…) – les DAF, alors que la majeure partie des officiers des générations ultérieures aura été formée en Egypte ou en URSS. Si les autres armées maghrébines ne semblent pas traversées par des rivalités aussi prononcées, difficile de se pronconcer là-dessus en l’absence de données chiffrées et crédibles;
  • Enfin, les liens avec l’OTAN – si on sait que le Maroc est le seul des 5 pays maghrébins à être officiellement un « major non-NATO ally » aux yeux du gouvernement étatsunien, l’OTAn a lancé en 1994 le Dialogue méditerranéen, qui vise – selon son document de base – à nouer des relations de coopération militaire et politique avec les pays méditeranéens. Quatre des cinq pays maghrébins en font partie, à l’exception de la Libye, invitée à participer en 2012 cependant. De nombreux exercices et manoeuvres communs ont ainsi été menées entre armées de l’OTAN et armées maghrébines, surtout le Maroc mais également l’Algérie.
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Libye: la roue tourne… jusqu’au Maroc?

C’est comme n’importe quel sub-saharien que le dernier premier ministre de l’ex-Guide suprême, Al Baghdadi Al-Mahmoudi, a été arrêté et condamné à six mois de prison ferme en Tunisie, pour « franchissement illégal de la frontière« . Il ne semble pas, à en croire Jeune Afrique qui rapporte l’histoire, que Al Mahmoudi ait plaidé être un demandeur d’asile politique, ce qui aurait pourtant pu être plaidable à défaut d’être vraiment recevable. Pour apprécier l’ironie de la situation, il faut savoir que la Libye, qui a acceuilli des centaines de milliers de travailleurs tunisiens et marocains pendant l’ère de Kadhafi, leur réservait un sort soumis à l’arbitraire le plus total, les expulsions massives de travailleurs d’une nationalité étrangère donnée se faisant au gré des humeurs diplomatiques du Guide suprême.

On apprend qu’un compagnon de Kadhafi, le commandant Khouildi Hamidi, a lui aussi été poursuivi – mais finalement relaxé par le tribunal – pour les mêmes faits de franchissement illégal de la frontière tunisienne. Sauf que lui n’a pas été arrêté dans un 4×4 dans le désert libyo-tunisien, mais à l’aéroport de Tunis, où il s’apprêtait à s’envoler pour… le Maroc. Ceci est surprenant: le Maroc n’a fait aucune difficulté à reconnaître le Conseil national de transition (CNT) libyen, et certaines informations – non confirmées – font état d’un éventuel soutien militaire et logistique aux « rebelles » libyens avant même la chute de Kadhafi. On peut se dire que Hamidi a choisi le Maroc sans l’accord préalable des autorités marocaines, mais il est également possible que le Maroc, naturellement proche d’un CNT venu au pouvoir avec l’appui de l’OTAN, confirme sa tradition de donneur d’asile aux despotes en perdition (pensons à Mobutu et au Shah d’Iran), sans risquer cependant trop d’ennuis avec le nouveau pouvoir libyen, contrairement à ce qui fut le cas avec la république islamique d’Iran.

On notera en outre que le Maroc, tout comme la Tunisie et contrairement bien évidemment à l’Algérie, est sur les starting blocks pour remporter des contrats lors de la reconstruction à venir de la Libye:

Le Maroc IN, l’Algérie OUT

Les entreprises du royaume chérifien sont-elles insensibles au changement de régime en Libye ? Pas complètement. Immobilier, construction, infrastructures, banques… Plusieurs groupes évaluent actuellement les opportunités nées de la chute de Kaddafi. Mais il faudra sans doute attendre plusieurs années avant de voir les relations commerciales entre les deux pays véritablement décoller. L’an dernier, la Libye apparaissait au-delà du 50e rang dans l’ordre des clients du Maroc. Et en matière économique, les projets communs sont souvent restés au stade de l’annonce, à l’image du partenariat, en 2008, entre l’Office chérifien des phosphates et le fonds souverain Libya Africa Investment Portfolio. Côté algérien, la Sonatrach, qui a un volume de contrats d’environ 350 millions d’euros dans le pays, risque d’être pénalisée, comme toutes les autres entreprises du pays, par le soutien des autorités à Kaddafi. J. C. (Jeune Afrique)

A suivre donc…

Fahd Yata, le 20 février, les Etats-Unis et l’OTAN: faites ce que je dis, pas ce que je fais

Sincèrement, j’aime bien Fahd Yata – tout comme j’aime bien Khalid Naciri et Khalil Hachimi Idrissi – ils me font presque oublier Moulay Ahmed Alaoui. Non, je ne suis pas sous l’influence de produits que la morale réprouve, ni en instance de demande de grima. Voici le comment du pourquoi.

Cet éditorialiste et propriétaire de l’hebdomadaire La Nouvelle Tribune (sincèrement, je ne peux pas me rappeler avoir jamais vu quelqu’un l’acheter dans un kiosque ou le lire dans un café ou dans le train), fils d’Ali Yata et frère jumeau du regretté Nadir Yata, a une ligne éditoriale identique à celle de tant d’autres éditorialistes ou bloggeurs, mais lui l’affirme avec constance et détermination depuis une quinzaine d’années: le Roi a toujours raison et ceux qui critiquent le makhzen ou demandent une démocratisation du système ont toujours tort.

C’est un éditorialiste et homme de presse d’un genre particulier – il s’est ainsi vanté dans un tweet de ne pas avoir de carte de presse:

S’agissant du mouvement contestataire du 20 février, sa religion est toute faite: il s’agit là d’un mouvement extrémiste, manipulé par l’étranger (lequel?) et Moulay Hicham, et insignifiant – des « bouffons » comme il l’a écrit dans un éditorial du 11 février…

Pis encore: dans un article récent, il écrit ainsi que « des réseaux sociaux, sous emprise américaine, actionnent le #FEB 20 au Maroc« . Ca amusera sans doute Nahj addimoqrati, d’Al adl wal ihsan ou du PSU, dont de nombreux militants participent activement au 20 février, que ce sont des suppôts des Etats-Unis – de la CIA pour dire les choses crûment. Des esprits pervers s’étonneront de voir reprocher au 20 février des accointances avec des officines du gouvernement étatsunien alors même que l’Etat marocain et ses médias publics ou officieux n’ont cessé de rappeler à quel point Hillary Clinton et son State Department étaient transportés d’enthousiasme tant par le référendum que par le texte constitutionnel et muets de béatitude devant « l’exception marocaine« .

Ainsi dans cet édito en date du 3 mars 2011:

M.William Burns n’est pas le premier venu. Sous-Secrétaire d’Etat, c’est-à-dire Vice-Ministre des Affaires Étrangères des Etats-Unis d’Amérique, il est le premier diplomate « professionnel » de son pays, juste en dessous de Mme Hilary Clinton, qui occupe, elle, un poste éminemment politique, aux côtés du Président Obama. M. Eneko Landaburu, ambassadeur de l’Union européenne à Rabat et représentant de sa Commission de Bruxelles, est, pour sa part, un diplomate chevronné, qui a longtemps été le premier responsable des affaires étrangères au sein de ladite commission, juste après le Commissaire européen, avant de prendre un poste parmi les plus recherchés par les Eurocrates, celui de Rabat. Quant au Washington Post, c’est, avec le New York Times, l’un des deux quotidiens les plus influents d’Amérique, connu pour la qualité et la pertinence de ses éditoriaux, le sérieux de ses analyses, l’impact de ses articles. (…)

Si les deux « grands encadrants » du Royaume, Etats-Unis et Union Européenne, par l’entremise de voix autorisées et habilités à le faire, ont ainsi relevé l’exception marocaine, c’est qu’elle existe vraiment… (…) Plutôt que de cracher dans la soupe, tirer sur les ambulances, miner le tissu politique, déstabiliser un gouvernement, ô combien imparfait certes, mais élu démocratiquement, ne serait-il pas préférable d’agir, de mobiliser et de convaincre pour aller de l’avant, en préservant les acquis ? Burns, Landaburu, la presse étrangère, ne sont pas les soutiens indéfectibles du régime. Leurs intérêts commandent qu’ils attestent de la réalité. Serait-il impossible que certains des Marocains, privilégiés de surcroît, en fassent de même ?

La constance étant le propre des seuls imbéciles, La Nouvelle Tribune allait donc publier, ce 7 juillet, cet article précité sur les accointances étatsuniennes des réseaux sociaux soutenant le mouvement du 20 février – « Des réseaux sociaux, sous emprise américaine, actionnent le #FEB 20 au Maroc« :

Il apparaît ainsi clairement que la diplomatie officielle américaine, celle qui prône, à juste titre, l’instauration de la démocratie, le respect des droits fondamentaux de l’Homme, la liberté, partout dans le monde (y compris dans l’aire arabo-islamique, comme le confirme le discours fondateur d’Obama au Caire le 5 juin 2009), et que dirige Mme Hilary Clinton, est largement épaulée, (le moins que l’on puisse reconnaître) par une diplomatie parallèle, directement inspiratrice des mouvements activistes juvéniles en maints endroits de la planète et mise en oeuvre à partir des réseaux sociaux précités. Pour ce faire, un site fondateur a été créé, « movements.org » qui organise la mobilisation par pays ou région, fabrique des stars ou des leaders (tel le cyberactiviste Wael Ghoneïm en Égypte), lance des mots d’ordre de mobilisation, prodigue des conseils organisationnels et se fait l’écho immédiat des activités et actions des mouvements qu’il a contribués à créer. Bien évidemment, notre cher pays, le Maroc, figure en bonne place dans les desseins de ces « deus ex machina » de la cybernétique américaine. « movements.org » a régulièrement rendu compte des activités du #FEB 20 et reproduit largement tous ses appels, ses commentaires, ses attaques contre le « Makhzen ». Lors de la campagne référendaire sur le projet de révision de la Constitution, le réseau-mère des activistes du 20 février, basé donc aux Etats-Unis, a pris fait et cause pour le boycott et dès le 2 juillet, reprenait en large titre, les critiques et les accusations portées par une fraction du 20 février contestant la régularité du scrutin et souhaitant la relance de la contestation dans les rues du Royaume. (…)

Ainsi, comme on peut le constater en prenant connaissance des liens organisationnels qui existent entre le mouvement du 20 février marocain et les opérateurs de la contestation mondiale basés aux Etats-Unis, l’Administration Obama, qui s’entoure désormais dans ses déplacements officiels des « patrons » des principaux réseaux sociaux mondiaux, pratique une double démarche, qui consiste d’une part à apporter un soutien officiel à l’Etat marocain et, d’autre part, à manipuler et encourager des activistes de tous bords afin de « maintenir la pression sur le Makhzen » pour reprendre une expression à la mode chez les #FEB 20 et ceux qui les conseillent localement. En langage non diplomatique, cela s’appelle du double jeu et de l’hypocrisie… Cela implique donc, de la part de tous ceux qui se sentent concernés par l’avenir démocratique du Maroc, lequel se construit et se construira ICI, de prendre la mesure de cette immixtion clandestine américaine, mais surtout, de considérer Facebook, Twitter et autres comme des instruments de communication qu’il convient d’utiliser avec intelligence, diligence, et EN PERMANENCE.

Pour faire court: les partisans du mouvement du 20 février sont manipulés par Langley.

Mais rappelez-vous, je vous disais que la constance est le propre des seuls imbéciles: c’est ainsi que La Nouvelle Tribune, hebdomadaire dirigé par Fahd Yata, a vu un de ses journalistes invité par l’OTAN, et ce le 2 février 2011, en compagnie d’une brochette de journalistes marocains, comme en atteste ce document de cette organisation. Chacun qui connaît ce type d’opérations sait que le déplacement et les frais de séjour sont généralement payés par l’hôte – je serais surpris mais heureux d’apprendre que La Nouvelle Tribune aurait enfreint cette pratique en payant intégralement le voyage et les frais de séjour de son journaliste. Il ne s’agissait pas de couvrir un événement particulier, mais plutôt, à en croire le programme de cette journée, d’inviter des journalistes marocains afin de diffuser la bonne parole de l’OTAN et d’influencer ainsi la presse marocaine, du moins celle qui s’est prêtée à cette opération. On notera avec satisfaction que le secrétaire-général de l’OTAN, l’ex-premier ministre danois Anders Fogh Rasmussen, le même qui avait refusé de rencontrer une délégation d’ambassadeurs arabes lors de la crise dite des caricatures danoises, a ici trouvé le temps de rencontrer ces sommités de la farouche presse indépendante marocaine (parmi lesquels on comptait notamment des journalistes du Matin du Sahara, de la MAP, de L’Opinion, de Libération, de Bayane al Yaoum, d’Al Alam et de Medi 1 Sat).

Ne croyez pas que cette visite ait changé quoi que ce soit à l’incorruptible indépendance d’esprit qui est la marque de fabrique de la Nouvelle Tribune. A peine son journaliste – Zouhair Yata – revenu de Bruxelles, que l’on a eu droit à une analyse dont l’indépendance d’esprit échappera aux seuls esprits bornés: « Maroc-OTAN, un partenariat stable et fort, unique sur la Rive Sud« . Florilège:

Le Maroc, qui fut un partenaire stratégique de l’OTAN tout au long de la guerre froide, participe activement à ce dialogue politique depuis 1995 et en tire une forte crédibilité auprès de cette organisation internationale. (…) Le cas du Maroc, en tant que pays non membre, reste exceptionnel et témoigne, n’en déplaise à Wikileaks, du professionnalisme de l’armée marocaine qui devrait prochainement s’engager activement dans l’Opération « Active Endeavour » de sécurisation de la Méditerranée aux côtés de l’OTAN. (…)

Le nouveau concept stratégique de l’OTAN, adopté par les chefs d’Etat et de gouvernements à Lisbonne en novembre dernier, a été l’occasion pour le Maroc de faire entendre sa voix. En effet, dès janvier 2010, les autorités marocaines ont organisé un séminaire sur le « Dialogue méditerranéen et le Nouveau Concept Stratégique de l’OTAN » sous la présidence du Secrétaire Général du Ministère des Affaires Étrangères et de la Coopération, MAEC, M.Youssef Amrani, et du Secrétaire Général Délégué de l’OTAN. D’ailleurs, les plus hauts responsables de l’Alliance, le Secrétaire général Rasmussen en tête, ont affirmé lors de ce voyage de presse que les recommandations émanant du Maroc pour le renforcement et la dynamisation du dialogue politique avec les partenaires de l’OTAN, ont été non seulement écoutées, mais concrètement prises en compte lors de l’élaboration du nouveau concept stratégique. En définitive, à l’image de son statut avant-gardiste de partenariat avec l’Union européenne, le Maroc tisse une relation de confiance avec l’OTAN depuis de nombreuses années. Cette relation privilégiée permet au Royaume d’être associé à la réflexion et à l’élaboration des politiques sécuritaires de demain et de collaborer à un dialogue politique crucial pour la paix. Force est de constater que seul un pays bénéficiant d’une réelle stabilité peut prétendre à être un partenaire aussi durable d’une organisation telle que l’OTAN. Et il est important de noter qu’aucun pays de la Rive Sud de la Méditerranée n’est en mesure de concurrencer le Maroc dans ce domaine, tant la relation que nous entretenons avec l’Alliance est basée sur un respect et une considération mutuels. Le Maroc peut donc compter sur un appui de taille pour l’aider à faire face, par la formation et l’entraînement de ses forces armées notamment, aux enjeux sécuritaires que sont le terrorisme sahélien ou le trafic de drogues et de personnes.

L’indépendance d’esprit est innée ou n’est pas, puisque La Nouvelle Tribune allait continuer à soumettre l’OTAN à une critique rigoureuse, comme dans cette tribune d’un ancien diplomate étatsunien publiée dans La Nouvelle Tribune du 30 juin, « L’OTAN doit prévaloir« .

Une carte de presse, pour quoi faire? Bonne question.

La propagande de l’OTAN encore pire que celle du makhzen

La propagande de l’OTAN et des puissances qui la composent s’est souvent distinguée par une certaine habileté, la rendant souvent indistinguable de ce qui tient de discours médiatique, discours perçu souvent comme neutre. On se rappelle de la virtuosité avec laquelle l’agression illégale de la Serbie en 1999 avait été présentée par l’habile porte-parole de l’OTAN, le Britannique Jamie Shea. Le contraste avec la propagande du makhzen n’en a souvent été que cocasse – de la nationalité brésilienne d’Abraham Serfaty aux clowneries de Khalid Naciri en passant par la langue de bois en chêne massif de la MAP

The capital of war-torn Afghanistan is « probably safer » for children than New York City or London, says NATO’s top civilian representative in Kabul, despite Afghanistan being in the midst of a nine-year war.

Mark Sedwill made his original comments on a BBC children’s program airing today, responding to comments from Afghan children who said they were fearful of explosions.

“In Kabul and the other big cities, actually there are very few of those bombs. The children are probably safer here than they would be in London, New York, or Glasgow or many other cities. Most children can go about their lives in safety. It’s a very family-oriented society,” he said. (Christian Science Monitor)

On ignore si la fille de Mark Sedwill va à l’école à Kaboul…

La solution d’AIPAC pour lutter contre la délégitimisation d’Israël: rejoindre l’OCDE et l’OTAN…

Israël encaisse le rapport Goldstone, l’expulsion d’un de ses agents du Mossad diplomates de Londres, le chef du CENTCOM de l’armée US affirme qu’Israël met en danger la vie de soldats étatsuniens et une brouille plus spectaculaire que substantielle avec les Etats-Unis (décrédibilisés dans cette affaire), dans un contexte où la parole sur la Palestine se libère, y compris aux Etats-Unis (voir Stephen Walt, John Mearsheimer et son analyse intéressante, Phil Weiss ou Glenn Greenwald – voire même l’improbable Thomas Friedman dans sa chronique « Driving drunk in Jerusalem« ) – où un lobby pro-israëlien, J-Street, fait concurrence aux Etats-Unis avec AIPAC mais sur la base de la création d’un Etat palestinien viable.

Mais rassurez-vous: la solution miracle est toute trouvée. Il suffit qu’Israël adhère à l’OCDE, l’OTAN, soit élu (pourquoi pas désigné membre d’office?) au Conseil de sécurité de l’ONU et enfin que les pays arabes cessent leur boycott (quel boycott? Pas le Maroc en tout cas). C’est pas moi qui le suggère, c’est le directeur exécutif d’AIPAC, Howard Kohr:

While the congressional lobbying agenda of AIPAC remains focused on sanctioning Iran, ensuring foreign aid to Israel and strengthening U.S.–Israel relations, the group is also calling for a list of measures aimed at countering de-legitimization efforts against Israel.

The plan, detailed by AIPAC’s executive director on the second day of group’s conference, calls for four steps that would end the isolation of Israel in international bodies. Israel has long been banned from many forums due to Arab refusal, and now AIPAC wishes to change this picture.

The steps include working for Israel’s acceptance to the Organization for Economic Cooperation and Development (OECD); making the Jewish state part of NATO; allowing Israel to hold one of the rotating seats on the United Nations Security Council, and ending the Arab boycott against Israel. (Forward)

Pour ce qui est de l’OCDE, il est vrai qu’Israël y postule  – le vote devrait avoir lieu en mai et le secrétaire-général de cette organisation y est favorable – et comme il n’y a pas de critère relatif au respect des droits de l’homme, rien ne s’oppose en principe à ce que ce pays y adhère au regard du niveau de vie d’une majorité de sa population – Israël en deviendrait cependant le membre le plus pauvre. Cependant, l’interférence avec le politique est probable – car l’unanimité des Etats membres de l’OCDE – Turquie comprise – est requise, et ça pourrait poser problème – surtout que des députés arabes israëliens s’y opposent: « However, MK Ahmed Tibi (United Arab List-Ta’al) called on Gurria yesterday not to allow Israel to join the OECD unless it institutes equality for Arab citizens« . Mais même cet organisme, guère connu pour se préoccuper de la fracture sociale ou de la discrimination ethnique, n’a pu s’empêcher d’épingler la marginalisation de la population arabe d’Israël (par quoi il faut entendre les Arabes des territoires occupés en 1948/49) dans deux rapports officiels:

Dans l’ensemble, les niveaux de formation secondaire et supérieure de la population en âge de travailler sont impressionnants, mais les résultats médiocres enregistrés dans les communautés arabe et ultra-orthodoxe contribuent aux faibles taux d’emploi et à la pauvreté. (…) Il faut redoubler d’efforts dans le domaine de l’éducation pour instaurer des règles du jeu plus équitables pour les Arabes israéliens. (Présentation de l’Etude économique d’Israël 2009)

Toutefois, l’histoire inhabituelle d’Israël et sa situation géopolitique font que son économie est atypique à bien des égards. Une part significative de ses ressources financières et humaines est absorbée par des forces armées et des services de sécurité civile importants ; l’aide militaire contribue au solde net considérable des transferts de l’étranger dans la balance des paiements courants ; en outre, les flux d’échanges et d’investissement avec le monde en général sont substantiels, tout en étant relativement limités avec les économies voisines. De plus, la société israélienne est compliquée par les imbrications entre nombre de préoccupations politiques et des considérations ethniques ou religieuses. (Synthèse de l’étude économique d’Israël 2009)

Par ailleurs, le pays accuse certaines pesanteurs et insuffisances. L’OCDE joue un rôle majeur en matière de lutte contre la corruption, or c’est précisément là une des faiblesses de l’économie israélienne : les marchés internationaux concernant l’industrie de défense sont entachés de corruption, et le gouvernement, sous la pression de l’institution militaire, ne fait pas grand-chose pour y remédier.

Dans un rapport publié mercredi 20 janvier, l’OCDE souligne une autre faiblesse : l’aide sociale. Un peu plus de 20 % des foyers israéliens vivent en dessous du seuil de pauvreté (11 % pour la moyenne des pays de l’OCDE). La pauvreté est concentrée chez les Arabes-Israéliens qui représentent 20 % de la population, dont le taux de pauvreté atteint 50 %, ainsi que chez les juifs ultra-orthodoxes (8 % de la population), qui connaissent un taux de pauvreté de 60 %.(Le Monde)

Every fifth Israeli is twice as poor as the average person in OECD member states. Most of the poor come from Arab and ultra-orthodox communities, where poverty rises to 50 percent and 60 percent, respectively.(Haaretz)

Malgré la nécessité d’un régime budgétaire rigoureux, il convient d’accorder aux profonds clivages socioéconomiques existant en Israël la priorité qui leur est due. Un peu plus de 20 % des ménages sont en dessous du seuil de pauvreté, alors que la moyenne est de 11 % dans la zone de l’OCDE. La pauvreté est concentrée parmi les 20 % de la population composés d’Arabes israéliens dont le taux de pauvreté est de l’ordre de 50 % et les 8 % (estimés) composés de Juifs ultra-orthodoxes dont le taux de pauvreté est de 60 % environ. Ces deux groupes vivent et travaillent généralement dans des communautés séparées du reste de la population et sont à l’écart du noyau dur de l’activité économique. Les mêmes causes immédiates de pauvreté sont communes à ces deux groupes – de faibles taux d’emploi et des familles nombreuses – mais le contexte socioéconomique diffère énormément. La pauvreté des Arabes israéliens est alimentée par une éducation médiocre débouchant sur des emplois mal rémunérés pour les hommes et par des normes culturelles limitant l’éducation et le travail des femmes. En outre, l’examen parallèle par l’OCDE des marchés du travail et des politiques sociales en Israël apporte des éléments économétriques de comparaison des salaires et des taux d’emploi qui mettent en évidence une discrimination à l’encontre des Arabes israéliens. En revanche, les conditions de vie matérielles médiocres de la communauté ultra‑orthodoxe fortement « insulaire » découlent plus d’un choix que des circonstances. Cette communauté accorde une grande place à l’enseignement pour les hommes, mais un enseignement en grande partie religieux. De fait, la majorité des hommes adultes consacrent leur vie à des études religieuses à temps plein, ce qui a des conséquences notables sur leur niveau de vie. Quant aux femmes, une forte proportion (plus de 95 %) d’entre elles passe les examens finaux pour les matières non religieuses, même si elles utilisent souvent un système de cours et d’examens différent de celui employé dans l’enseignement ordinaire. (…) les filières d’enseignement des communautés arabes israélienne et Haredi, qui sont distinctes du système d’enseignement du reste de la population, suscitent de vives préoccupations. (…) 

Il convient de redoubler d’efforts pour instaurer une égalité des chances pour la population arabe israélienne.Malgré l’attention qui a été accordée par les pouvoirs publics à cette question, des lacunes substantielles demeurent dans les ressources affectées à l’enseignement, comme en témoignent les fortes disparités des effectifs moyens par classe. Les divers programmes ciblés sur la question devraient être évalués et, si nécessaire réformés. En outre, des réformes plus générales de l’enseignement devraient mettre prioritairement l’accent sur la réduction des inégalités. Des objectifs d’équité en matière d’affectation de ressources et de résultats devraient être adoptés.(Synthèse de l’étude économique d’Israël 2009)

Social divisions go deeper than differences in incomes and employment. Arabs and Haredi generally live in separate communities and their children go to different schools. They do not typically serve in the Israeli Defence Force, which sometimes causes resentment among the majority. It also affects their job prospects because it excludes them from the public employment support provided to ex-servicemen and women. (Synthèse du rapport de l’OCDE « Israel: a divided society« )

The Bedouin: connections and inclusion
Within the Arab population, the Bedouin are particularly disadvantaged. The transition from a traditionally tribal and nomadic way of life into modern-day society is difficult for them. It is further complicated by land disputes between the state and Bedouin families. As a result, around half of the Bedouin live in ‘unrecognised’ villages, where basic amenities – electricity, water, sewerage, transport and telecommunications – are not guaranteed.
Education performance of this group is poor and employment rates are low. Coupled with large families, this means that four out of five Bedouin live in poverty.
The Goldberg Commission has come up with a compromise proposal to address the land question. The OECD urges the Israeli government to pursue these proposals and urgently connect Bedouin settlements with utilities, transport and communication networks. Efforts to improve educational opportunities and standards for the Bedouin – including vocational training – should be stepped up. (Synthèse du rapport de l’OCDE « Israel: a divided society« )

Working conditions of foreign workers are especially likely to be poor. Once the largest foreign group, Palestinian cross-border workers have declined from about 8% of the workforce in the late 1980s to 2% today. This is primarily a result of security concerns. But workers from elsewhere, particularly Asia, have taken their place. Foreigners made up 7% of the workforce in 2008. (Synthèse du rapport de l’OCDE « Israel: a divided society« )

Permanent migration to Israel is generally only possible for Jews and their families. Such immigration is actively encouraged by public agencies that recruit, advise and support immigrants on arrival. This help comprises cash grants, education and training vouchers, customised language training and employment subsidies.

This comprehensive immigration policy is generally successful at integrating migrants into Israeli society and the economy. For example, one million immigrants came from the former Soviet Union during the 1990s. (At the time, the Israeli population was less than five million.) Less than 8% of these had re-emigrated by 2005, revealing the success of integration.

There is no such wide-ranging public intervention to support non-Jews who come to Israel to work temporarily (often supporting families in their home countries through remittance of earnings). (Synthèse du rapport de l’OCDE « Israel: a divided society« )

On notera au passage que les chiffres cités tiennent compte des territoires occupés en 1967 en fonction de l’appartenance ethnique des habitants de ces territoires:

Pour des raisons techniques, ces graphiques utilisent des statistiques israéliennes officielles qui comprennent des données concernant les hauteurs du Golan, Jérusalem Est et les implantations israéliennes en Cisjordanie (Synthèse de l’étude économique d’Israël 2009)

L’aspect primordial lié au prestige d’Israël qu’impliquerait une adhésion à l’OCDE est souligné par Stanley Fischer, gouverneur de la banque centrale israëlienne:

Quel est l’enjeu de l’entrée dans l’OCDE pour Israël ?

C’est d’abord une question de prestige international : vous recevez un certificat attestant que vous appartenez au club des pays développés. (Libération)

C’est assez amusant comme raisonnement: la Slovaquie, le Mexique et l’Italie sont membres de l’OCDE sans pour autant que leur prestige international en soit resplendissant, et le fait que les Etats-Unis en soient bien évidemment membres n’a en rien affecté son prestige depuis 2001/2003…

Entre parenthèses – les campagnes de boycott, désinvestissement et de sanctions (BDS) contre Israël ne sont pas sans effet:

En dehors des problèmes liés à la sécurité du pays, la peur des réactions de certains pays arabes ou de mouvements pro-palestiniens appelant au boycott serait l’une des raisons invoquées pour expliquer la modestie de ces échanges. « On ressent ce risque en effet, indique un entrepreneur français installé depuis plus de vingt ans en Israël. J’ai beaucoup de mal à faire venir des entreprises françaises. Et si certaines le souhaitent, parfois elles ne veulent pas apparaître sous leur nom. » (Le Monde)

S’agissant de l’OTAN, c’est carrément comique: il est vrai que la perspective hypothétique de voir des soldats israëliens patrouiller avec leurs collègues de l’OTAN en Afghanistan va sans doute dissiper tous les malentendus…

En même temps, rassurez-vous, vous autres Marocains qui me lisez: afin de protéger le monde, les pays arabes et le glorieux trône alaouite contre l’engeance chiite, AIPAC intensifie ses efforts de lobbying contre le programme nucléaire iranien:

At the conference’s opening session Sunday morning, Robert Satloff, director of the Washington Institute for Near East Policy, compared the current diplomatic crisis to the U.S.-Israeli standoff that followed the Israeli invasion of the Sinai Peninsula in 1956. « This isn’t Suez, » he said. « I would say it’s more of a five or six on the Richter scale. It’s not eight or nine. » But, he added the events of the past two weeks would « leave scars at the highest levels, » and perhaps « hasten Iranian efforts to achieve a nuclear weapons capability. »

Satloff’s pivot from the peace process to the Iranian threat was made early and often by AIPAC conference speakers. Organizers made clear their belief that Iran’s nuclear program, rather than the state of relations with the Palestinians, should top the agenda of U.S.-Israel relations. Sen. Evan Bayh, an Indiana Democrat, spoke for many when he said, « I do think [the settlements standoff] has been a distraction from the major issue at hand, » which he named as the « ticking clock » of Iranian nuclear development.

In his briefing, Aserkoff urged activists to focus their conversations with lawmakers on Iran, saying, « This remains our number one priority. » Lobbying talking points distributed to conference delegates were pointed in their recommendations. « [T]he United States needs to lead the international community in imposing crippling sanctions on Iran without delay, » they read, urging the adoption of new U.S. measures that would target foreign corporations involved in Iran’s energy sector. Aserkoff was skeptical of President Obama’s effort to get the U.N. Security Council to agree on meaningful new sanctions, noting that « The Chinese are never going to say, ‘Yes, we want to sanction Iran.’  » (Time)

Rassurés, non? Et si je vous dis que la vraie raison de la colère d’Obama contre netanyahu serait que le comportement du gouvernement israëlien rendrait plus difficile l’édification d’une coalition contre l’Iran (« It’s make-or-break time. Iran is the No. 1 priority, it’s the No. 2 priority, and it’s the No. 3 priority. Everything we do needs to be seen through the lens of how to stop Iran from getting nuclear capability. So they need to keep their focus. Why would you want to do anything now to make the president look less strong or effective?« ) (1), vous me direz qu’on se croirait revenus en 2003…

(1) C’est quand même assez comique: alors qu’Israël ne cesse, depuis environ 1996 et le premier gouvernement Netanyahu, de dire à quel point l’Iran était une menace vitale contre Israël, avertissant la planète entière depuis quinze ans que l’Iran est à deux ou trois ans d’acquérir l’arme nucléaire, voilà que les actions de son gouvernement montrent bien que la menace iranienne n’est guère prise au sérieux et qu’elle pèse en tout cas moins lourd qu’un millier de logements pour juifs à Jérusalem-Est. Par contre, le gouvernement étatsunien, en rien menacé par une arme nucléaire iranienne, considère désormais que l’Iran est la priorité numéro 1, 2 et 3 dans la région, régurgitant ainsi une propagande à laquelle même Israël ne croit pas. Des effets pernicieux de la propagande: à force, certains y croient, alors même que les auteurs de cette propagande n’y croient plus eux-mêmes…

L’attaché militaire marocain à Washington assiste aux adieux officiels de l’attaché militaire israëlien

Un bref article du Yedioth Ahronoth nous apprend que l’attaché militaire israëlien aux Etats-Unis – Benny Gantz – vient de quitter ses fonctions pour rejoindre son poste de chef d’état-major adjoint de l’armée israëlienne. Lors de son drink de départ, le chef d’état-major étatsunien, l’amiral Mike Mullen, a ainsi déclaré « the US will always stand by Israel’s side » – « les Etats-Unis seront toujours âux côtés d’Israël« . La cérémonie, qui a eu lieu à la résidence de l’ambassadeur israëlien, a connu la participation des attachés militaires égyptien et marocain (« the military attachés of Egypt and Morocco were also on hand« ), dont le journaliste ne précise s’ils ont applaudi à la déclaration de l’amiral Mullen ou versé des larmes en prenant congé de leur collègue, ami et allié Benny Gantz. Ces émouvants adieux ne doivent pas nous surprendre.

Le Maroc a théoriquement suspendu ses relations diplomatiques avec Israël dès le déclenchement de l’intifada de 2000 – le bureau de liaison israëlien à Rabat a ainsi été fermé, et le chef de ce bureau, l’israëlo-marocain David Dadoun, avec statut de chef de mission diplomatique, est rentré dans sa patrie d’adoption (il est natif de Marrakech).

Récemment, pour une raison totalement inexpliquée, il semblerait que les Etats-Unis – et donc l’Obama idolâtré comme un vulgaire candidat de la Star Ac par beaucoup trop de Marocains et d’Arabes (un peu comme le défunt sénateur ted Kennedy, grand ami d’Israël et du Polisario) (1) – aurait demandé aux pays arabes dits modérés, c’est à dire soumis aux Etats-Unis, de faire un geste envers Israël. Idée brillantissime, qui propose de faire ce que les Arabes avaient fait en 1993, à la signature des accords d’Oslo, à savoir donner à Israël normalisation et reconnaissance en échange de… rien du tout – ou plutôt si, une extension de la colonisation de la Palestine…

Voici donc ce qu’a écrit récemment The Guardian:

Israel, in return for a deal on settlements, is seeking not only a tougher line over Iran but normalisation of relations with Arab states, such as overflight rights for its airline El Al, establishment of trade offices and embassies, and an end to the ban on travellers with Israeli stamps in their passports.

Bahrain, Qatar, the United Arab Emirates and Morocco have so far tentatively agreed. Saudi Arabia has refused, saying Israel has had enough concessions.

The Times dit à peu près la même chose:

The US wants Arab states, such as the UAE, Kuwait, Bahrain, Morocco and Oman, to accept Israel, such as opening up their airspace to Israeli commercial flights.

On notera l’absence de cette liste officieuse de la Tunisie, autre féal de Washington, et de la Mauritanie, qui avait des relations diplomatiques avec Israël – en dépit de la deuxième intifada de 2000 – mais les a rompues en mars 2009, à l’initiative du général putschiste Mohamed ould Abdel Aziz. Mais les sources divergent, et d’autres mentionnent la Mauritanie et la Tunisie, tout en évoquant une visite de Netanyahu au Maroc:

Les autres pays sur lesquels Washington exerce des pressions sont le Maroc, la Tunisie et la Mauritanie, trois pays qui avaient des relations diplomatiques avec Israël mais qui les ont coupées pour protester contre l’action de Tsahal dans les territoires. Le dernier de ces pays à avoir rompu ses relations avec Israël a été la Mauritanie, là aussi suite à l’opération Plomb durci.

Il y a quelques jours, plusieurs journaux marocains (et blogs) l’affirment: « selon certaines sources israéliennes et arabes, il se fait de plus en plus probable que Benjamin Netanyahu soit le premier officiel israélien à être invité au Maghreb… Plus précisément au Maroc« .

Mais voilà, un petit signe assez amusant de ce que la servilité n’est jamais appréciée à sa juste valeur: Israël estimerait qu’une normalisation avec le Maroc et les pays du Golfe précités (Qatar et Oman notamment) ne serait pas suffisante:

A senior government official said that merely renewing ties with countries such as Qatar, Oman, and Morocco, would not be considered adequate compensation for Israel’s concessions unless the Arab League would cease its embargo and allow Israeli planes to fly over Arab airspace, and allow banking, tourism, and trade with Israel. Israel also demands that the Arab countries take deeper strides in fighting terror, stop incitement, and begin talks without preconditions.

Un analyste égyptien partage cet avis:

Khalil el Anani, an analyst with the Al Ahram Center for Political and Strategic Studies in Cairo, describes improved relations with countries such as Qatar and Morocco as irrelevant to Israel’s regional goals.

« Saudi Arabia is the real prize, » he says. « But I don’t think Saudi Arabia can open the subject with their own people about normalization. »

Qatar hosted a longstanding Israeli trade mission for years and only severed relations in January over Israel’s siege of Gaza. Morocco has long had quietly warm relations with the Jewish state, although never a formal treaty. Then-Israeli Prime Minister Ehud Barak attended the funeral for Morocco’s King Hassan II in 1999.

Déjà, en juillet, dans sa lettre adressée au Roi Mohammed VI, Barack Obama avait demandé ,au Maroc d’assumer un rôle de pionnier dans la normalisation avec Israël (Obama to Morocco: End Israel’s isolation):

In an apparent effort to get the Arab world to make some gestures toward Israel, US President Barack Obama has sent a letter to Morocco’s King Mohammed VI, saying he hoped Rabat would « be a leader in bridging gaps between Israel and the Arab world. »

Etonnamment, dans cette lettre au Roi Mohammed VI, Obama semblait revenir sur l’aval donné par l’administration Bush au plan d’autonomie pour le Sahara marocain, une démarche surprenante lorsqu’en même temps une normalisation avec Israël, extrêmement impopulaire dans l’opinion publique marocaine, est demandée…

Les rapports entre Maroc et Israël ont depuis l’avènement au trône de Hassan II toujours été étroits au niveau gouvernemental: coopération sécuritaire sous Oufkir et militaire sous Dlimi, visite de Shimon Peres à Ifrane en 1986, puis de Itzhak Rabin et Shimon Peres en 1993, présence d’Ehud Barak aux funérailles de Hassan II, échanges commerciaux substantiels à défaut d’être importants (48 millions de dollars d’importations en 2006, et ce uniquement pour les produits en plastique; contrats de sous-traitance et formation d’ingénieurs marocains en Israël), sans compter le tourisme israëlien au Maroc (en dépit de l’alerte terroriste récemment déclarée pour les touristes israëliens au Maroc par les autorités israëliennes, qui a provoqué le courroux des autorités marocaines). Le site du State department US, dans un geste qui montre à quel point il est difficile de distinguer les Etats-Unis d’Israël, évoque ainsi les relations maroco-israëliennes dans sa présentation du Maroc:

Morocco is active in Maghreb, Arab, and African affairs. It supports the search for peace and moderation in the Middle East. In 1986, then-King Hassan II took the daring step of inviting then-Israeli Prime Minister Peres for talks, becoming only the second Arab leader to host an Israeli leader. Following the September 1993 signing of the Israeli-Palestinian Declaration of Principles, Morocco accelerated its economic ties and political contacts with Israel. In September 1994, Morocco and Israel announced the opening of bilateral liaison offices. These offices were closed in 2000 following sustained Israeli-Palestinian violence, but Moroccan-Israeli diplomatic contacts continue.

Il faut dire que le Maroc semble, depuis sa décision de fermer le centre de liaison israëlien à Rabat, amèrement regretter ce geste, tant les autorités brûlent d’envie de renouer enfin officiellement avec Israël, indépendamment de la situation en Palestine:

– « Le roi du Maroc cherche à renouer des relations diplomatiques avec Israël » (2003);
– « Maroc – Israël. Soupçons de normalisation » (2005);
rencontre au Maroc entre le Roi Mohammed VI et le ministre israëlien de la défense Amir Peretz, d’origine marocaine (2006);
Patrouilles communes entre les marines marocaine, algérienne et israëlienne (2006);
– « Normalisation des relations ? Un cambriolage du bureau israélien à Rabat » (2006);
rencontre entre les ministres des affaires étrangères Mohammed Benaïssa et Tzipi Livni (2007)

-« Israel-Maroc: Netanyahu bientôt à Rabat ? » (2009)
participation commune des marines marocaine, algérienne et israëlienne à un exercice anti-terroriste de l’OTAN (2009)

(1) Voici ce qu’écrit The Jewish Journal sur les liens entre Ted Kennedy et Israël:

But, then, there was the Israel-Lover Kennedy.

From his first year in the Senate, 1962, until his last votes, Kennedy was a stalwart Israel supporter. It is likely in this, too, he was living the values of his older brother.
« Israel will endure and flourish« , John F. Kennedy once said. « It can neither be broken by adversity nor demoralized by success. It carries the shield of democracy and it honors the sword of freedom« .

According to one tally, Ted Kennedy voted 100 percent in concert with positions taken by Aipac, the American Israel Public Affairs Committee. Tom Dine, who served as Aipac’s executive director from 1980-93, was a defense and foreign policy advisor to Kennedy.

In the run-up to his tough 1994 Senate campaign against Mitt Romney, Kennedy accumulated some $45,000 from pro-Israel political action committees over the years, according to former Aipac legislative director Doug Bloomfield, « and presumably a lot more from individual pro-Israel donors, considering his long record of support for U.S. taxpayer aid for Israel« .

Deux petits trucs sur la Mauritanie, la Françafrique et les coups d’Etat

C’est en anglais, c’est de moi et c’est chez Maghreb in English.

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