Eclaircissements sur l’affaire de Tripoli

J’ai déjà évoqué ici la brouille – temporaire semble-t-il – entre le Maroc et la Libye, suite à la participation de Mohamed Abdelaziz el Marrakchi aux festivités officielles des quarante années de pouvoir de Muammar Kadhafi. Parmi les explications possibles de la brouille, et surtout de l’événement l’ayant déclenché, à savoir cette participation du leader du Polisario aux festivités officielles libyennes, j’avais suggéré ceci:

Comment expliquer ce cafouillage? Il y a bien évidemment le caractère irrationnel du Guide suprême, qui ne nécessite pas de longs développements surtout de la part de quelqu’un qui comme moi n’est pas médecin toxicologue. Il y en a peut-être une autre: de tous les chefs d’Etat maghrébins, seul le Marocain était absent – Bouteflika, Benali et Mohamed Ould Abdelaziz avaient tous fait le déplacement. Contrairement à ce qui se fait lorsque le protocole royal est invoqué pour justifier l’absence royale lors de cérémonies ou festivités à l’étranger, aucun membre de la famille royale n’a été dépêché afin de présider la délégation marocaine, qui fût de fait menée par Abbas el Fassi, dont le pouvoir est probablement tout aussi fantomatique que celui de Mohamed Abdelaziz el Marrakchi. Le Guide suprême aurait-il voulu manifester son mécontentement en déroulant le tapis rouge au leader du Polisario? C’est possible – mais il serait alors peu probable que la Libye émette un communiqué aussi humiliant pour elle que celui rendu public par le Maroc. La thèse de la gaffe protocolaire semble donc, jusqu’à plus ample informé, la plus probable.

Malgré mes doutes, cette hypothèse m’avait semblé être confortée par l’arrivée à Tripoli d’une délégation dite de haut niveau dépêchée par le Roi Mohammed VI pour un entretien avec Muammar Kadhafi:

Faisant suite aux protestations marocaines contre la participation du leader du Polisario, Mohamed Abdelaziz el Marrakchi, aux cérémonies officielles du quarantenaire de la prise de pouvoir par Kadhafi, la visite de cette délégation donne l’impression que c’est le Maroc qui chercherait à s’expliquer, voire à s’excuser – signe peut-être (?) que ma théorie selon laquelle Kadhafi aurait reçu Mohamed Abdelaziz el Marrakchi en représailles contre l’absence du Roi (et de tout représentant de la famille royale) n’est pas si farfelue que ça.

En effet, dans le protocole diplomatique, en cas d’incident entre deux pays, c’est généralement le pays qui estime avoir quelque chose à se reprocher qui envoie une délégation dans l’autre pays, pour exposer ses explications et éventuellement présenter des excuses. Ceci n’a rien d’automatique ni d’obligatoire, et un pays estimant n’avoir rien à se reprocher peut parfaitement envoyer une délégation dans l’autre pays afin justement d’obtenir explications ou excuses. Dans le cas présent, on a un mélange des deux: à en croire la lettre d’excuses du Comité populaire libyen en charge des relations extérieures à l’ambassade du Maroc en Libye publiée par la MAP, la Libye s’excusait du cafouillage protocolaire commis en laissant le leader du Polisario participer aux festivités officielles. Mais ensuite, en envoyant une délégation s’entretenir avec Muammar Kadhafi, c’est comme si le Maroc tenait à expliquer quelque chose voire s’excuser auprès de la Libye.

Si ma théorie est juste, la Libye se serait ainsi excusée de ne pas avoir respecté les garanties données au Maroc sur la non-participation de Mohamed Abdelaziz el Marrakchi aux festivités officielles du 1er septembre, et le Maroc en aurait peut-être fait de même sur la non-présence d’un représentant de la famille royale auxdites festivités.

Si ça vous semble farfelu, je ne suis alors pas le seul, et suis plutôt en bonne compagnie, puisque l’ancien correspondant au Maroc d’Asharq al awsat, le Soudanais Talha Gibriel, intime de feu Hassan II et de Muammar Kadhafi (il a publié un ouvrage sur les relations maroco-libyennes), est sur la même longueur d’ondes:

Que pensez-vous de la dernière crise diplomatique Maroc-Libye ?
Je pense qu’en Libye, certains responsables espéraient que Mohammed VI soit à la tête de la délégation marocaine. Ils ont donc réagi à chaud. Heureusement, cette crise s’est rapidement dissipée.

Officiel: Kadhafi soutient les 9%

Le Guide suprême de la Révolution, le colonel Kadhafi, après avoir fait un pas en avant et deux en arrière au sujet du Sahara marocain, continue sa valse-hésitation, y compris par rapport au clivage 91%/9%. Il a ainsi reçu une délégation officielle marocaine, composée de la fine fleur du monde politique marocain: le président RNI de la Chambre des représentants,Mustapha Mansouri, le ministre d’Etat MP sans portefeuille, Mohand Laenser et enfin Mohamed Lyazghi, ancien secrétaire général de l’USFP:

M. Mansouri « satisfait » des résultats de l’audience accordée par le guide de la révolution libyenne à la délégation marocaine
MAP Dernière modification 08/09/2009 21:48

Tripoli- M. Mustapha Mansouri, président de la Chambre des représentants, s’est déclaré « satisfait » des résultats de l’audience accordée, mardi à Tripoli, par le guide de la révolution libyenne, le colonel Mouammar Kadhafi, à une délégation marocaine.

Dans une déclaration à la MAP à l’issue de cette audience, M. Mansouri a indiqué que cet entretien s’inscrit dans le cadre des festivités marquant le 40ème anniversaire de la révolution du 1er septembre en Libye, précisant que la délégation marocaine a transmis au colonel Kadhafi les vœux de SM le Roi Mohammed VI à cette occasion.

La délégation marocaine, a-t-il ajouté, s’est réjouie du fait que le malentendu survenu lors de la présence d’une délégation marocaine officielle aux festivités du 1er septembre ait été dépassé, suite à la note de réponse adressée par les autorités libyennes à leurs homologues marocaines.

M. Mansouri a affirmé que le colonel Kadhafi a exprimé, lors de cette audience, son « regret » pour ce qui s’est passé, précisant que le président de la soi-disant « RASD » n’a pas été invité aux festivités du 1er Septembre, mais uniquement au Sommet de l’Union Africaine.

Il a souligné que le dirigeant libyen a émis le souhait de voir le Maroc retrouver, dans les plus brefs délais, sa place au sein de l’Union africaine, mettant l’accent sur la profondeur et la solidité des relations entre les peuples libyen et marocain et réitérant son respect et son estime pour la personne de SM le Roi Mohammed VI.

La délégation marocaine, a rappelé M. Mansouri, a répondu à plusieurs questions posées par le guide de la révolution libyenne au sujet de l’intégrité territoriale du Royaume, soulignant l’importance de la proposition marocaine d’autonomie qui est intervenue en réponse à l’appel du conseil de sécurité des Nations unies qui avait invité les parties à parvenir à une solution politique consensuelle de la question du Sahara.

Cette audience, a indiqué M. Mansouri, a été l’occasion d’évoquer l’avenir des relations bilatérales dans la perspective de la tenue prochainement à Rabat de la Haute commission mixte, ajoutant que les parties ont également passé en revue les moyens de renforcer la coopération pour l’édification du Maghreb arabe et pour dépasser tous les problèmes qui entravent la réalisation de cet objectif.

Le guide de la révolution libyenne a reçu, mardi à Tripoli, une délégation marocaine comprenant outre M. Mustapha Mansouri, MM. Mohand Laenser et Mohamed El Yazghi, ministres d’Etat.

Cette audience s’est déroulée en présence de l’ambassadeur du Maroc à Tripoli, Moulay Mehdi Alaoui et de l’ambassadeur de la Jamahirya libyenne à Rabat, M. Mohamed Abou Al Kacem Zaoui.

Faisant suite aux protestations marocaines contre la participation du leader du Polisario, Mohamed Abdelaziz el Marrakchi, aux cérémonies officielles du quarantenaire de la prise de pouvoir par Kadhafi, la visite de cette délégation donne l’impression que c’est le Maroc qui chercherait à s’expliquer, voire à s’excuser – signe peut-être (?) que ma théorie selon laquelle Kadhafi aurait reçu Mohamed Abdelaziz el Marrakchi en représailles contre l’absence du Roi (et de tout représentant de la famille royale) n’est pas si farfelue que ça. En sens contraire, on notera que Muammar Kadhafi a exprimé ses regrets, ce qui ne me semble pas être un mot très courant dans son vocabulaire. Enfin, allah ou alem, et l’affaire est close à en croire les éditorialistes du Matin du Sahara, plus prompts à s’enflammer dans le cas de l’Iran et Vénezuela

Mais autre fait marquant passé inaperçu lors des festivcités du 1er septembre à Tripoli, c’est le soutien flagrant du Guide suprême – à moins qu’il ne s’agit d’une erreur de protocole supplémentaire – au mouvement marocain des 9%. J’en ai même un preuve visuelle, via le Financial Times, peu suspect de nihilisme destructeur:
9% in Tripoli

La preuve est éclatante et indiscutable: le Guide suprême de la révolution libyenne est désormais sponsor officiel du mouvement des 9%! En voilà une bonne nouvelle en cette journée officielle – 9-9-9 – des 9%, non?

Le mirage libyen

Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles, comme en est convaincu tout lecteur attentif de la MAP. On avait déjà eu droit à un démenti libyen (rapporté par la MAP) des propos prêtés à Kadhafi, selon lequel ce dernier soutenait le droit à l’autodétermination du « peuple » sahraoui et la tenue d’un réferendum. Maintenant on a droit à un courrier adressé à l’ambassade du Maroc en Libye du Comité populaire général des relations extérieures et de la coopération internationale de la Grande Jamahiriya arabe libyenne populaire et socialiste, qui dément toute invitation officielle de Mohamed Abdelaziz el Marrakchi, président (à vie) du Polisario, aux festivités du 1er septembre à Tripoli:

La Libye confirme officiellement que la soi-disant « RASD » n’a pas été invitée aux festivités du 1er septembre
MAP Dernière modification 06/09/2009 08:05.

Rabat – L’Ambassade du Royaume du Maroc à Tripoli a reçu, le samedi 5 septembre, une note du Comité populaire général des relations extérieures et de la coopération internationale de la Grande Jamahiriya arabe libyenne populaire et socialiste, en réponse aux démarches et demande d’explication faites par le Royaume, concernant l’incident qui s’est produit lors des festivités du 1er septembre, indique un communiqué du ministère des Affaires étrangères et de la Coopération.

Dans ce document, les autorités libyennes précisent ce qui suit :.

« La présence de Mohamed Abdelaziz dans la Grande Jamahiriya était liée à sa participation au sommet de l’Union Africaine, dont la « RASD » est membre, tenu à Tripoli le 31 août 2009 et consacré au règlement des conflits en Afrique. Il n’était pas invité aux festivités du 1er septembre, malgré qu’il ait exprimé son souhait d’y participer si une invitation lui avait été adressée.

Au demeurant, les Etats qui ont été invités à participer à ces festivités ont été conviés à y prendre part par des délégations officielles au niveau des chefs d’Etat ou leurs hauts représentants, par des unités militaires et des troupes artistiques, ce qui n’a pas été le cas de la « RASD », conformément à notre engagement de respecter les garanties données à nos frères du Royaume du Maroc.

Ce qui est arrivé ne sort aucunement de cette clarification. Toute contrariété qui aurait été occasionnée à nos frères du gouvernement marocain n’était peut être due qu’à des aspects protocolaires involontaires, liés à la dimension de l’évènement et au nombre élevé des invités, ce qui a causé des perturbations, choses qui se produisent dans de tels évènements.

Le Comité populaire général libyen des relations extérieures et de la coopération internationale réitère et de manière catégorique que dans le cas d’espèce cet acte n’a aucune portée politique, tout en exprimant son ferme attachement à la poursuite, au renforcement et à la consolidation des relations fraternelles et stratégiques entre les deux pays frères dans tous les domaines.

Le Comité populaire général des relations extérieures et de la coopération internationale saisit cette occasion pour renouveler à l’ambassade du Maroc à Tripoli l’expression de son respect et de sa sincère considération ».

De manière assez surprenante, le communiqué libyen tel que diffusé par la MAP fait état « des aspects protocolaires involontaires, liés à la dimension de l’évènement et au nombre élevé des invités, ce qui a causé des perturbations« . Ce serait donc par leur propre incompétence que Mohamed Abdelaziz el Marrakchi aurait tout de même pu assister aux festivités à partir de la tribune officielle, entre le Guide suprême et le président algérien Bouteflika.

Les photos présentées comme émanant des festivités sont parlantes – on y voit notamment Mohamed Abdelaziz el Marrakchi se faire décorer du Wissam al Fatih par le Guide suprême:

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Pour résumer, on a donc assisté au scénario suivant: le Maroc envoie une délégation ministérielle en Libye, avec un détachement militaire devant défiler, après avoir obtenu des garanties pour que le président du Polisario – présent la veille pour le sommet extraordinaire de l’Union africaine – ne soit pas officiellement présent aux festivités du 1er septembre. Mohamed Abdelaziz el Marrakchi assiste néanmoins aux festivités officielles à la tribune d’honneur, entre Muammar Kadhafi et Abdelaziz Bouteflika. Le Maroc réagit avec grande fermeté et exige publiquement des explications du gouvernement libyen. La Libye semble procéder à un mea culpa et regrette l’incident tout en assurant les « frères » marocains de ses meilleurs sentiments.

Comment expliquer ce cafouillage? Il y a bien évidemment le caractère irrationnel du Guide suprême, qui ne nécessite pas de longs développements surtout de la part de quelqu’un qui comme moi n’est pas médecin toxicologue. Il y en a peut-être une autre: de tous les chefs d’Etat maghrébins, seul le Marocain était absent – Bouteflika, Benali et Mohamed Ould Abdelaziz avaient tous fait le déplacement. Contrairement à ce qui se fait lorsque le protocole royal est invoqué pour justifier l’absence royale lors de cérémonies ou festivités à l’étranger, aucun membre de la famille royale n’a été dépêché afin de présider la délégation marocaine, qui fût de fait menée par Abbas el Fassi, dont le pouvoir est probablement tout aussi fantomatique que celui de Mohamed Abdelaziz el Marrakchi. Le Guide suprême aurait-il voulu manifester son mécontentement en déroulant le tapis rouge au leader du Polisario? C’est possible – mais il serait alors peu probable que la Libye émette un communiqué aussi humiliant pour elle que celui rendu public par le Maroc. La thèse de la gaffe protocolaire semble donc, jusqu’à plus ample informé, la plus probable.

De toutes façons, les accolades de Kadhafi au leader du Polisario sont ce qu’on appelle un baiser de la mort: outre que le presse du Guide suprême est assez universellement défavorable, la liste des autres invités de marque à Tripoli n’a pas de quoi faire transpirer notre dream team du Ministère des affaires étrangères: Omar Bachir, le président soudanais objet d’un mandat d’arrêt international émis par la Cour pénale internationale, le pestiféré Robert Mugabe, Ali Bongo (allié marocain de marque), Benali, Ould Abdelaziz et Bouteflika, on a connu des plateaux d’invités plus relevés. Certes, si la Libye revient à un soutien franc et massif au Polisario – qui serait par ailleurs contradictoire avec l’idéologie panarabe et panafricaine du Guide suprême – ce serait sans doute une mauvaise nouvelle pour le Maroc. Mais outre qu’un soutien de Kadhafi n’est pas vraiment une victoire de relations publiques là où la question du Sahara se décide (outre Alger et Rabat, les Nations-Unies, les Etats-Unis, l’Espagne et la France), un tel soutien n’aurait guère d’influence sur la situation sur le terrain su Sahara: on imagine mal l’Algériee perdre la haute main sur le Polisario en autorisant un afflux d’armes et d’argent vers le Polisario en, provenance de Libye. Militairement, à supposer que l’Algérie renonce à son contrôle du Polisario, toute livraison d’armes au Polisario se heurterait à la realpolitik: on voit très mal l’Algérie relancer les combats militaires et donc violer le cessez-le-feu en vigueur depuis 1991 – et on voit mal comment un déferlement d’armes à Tindouf pourrait rassurer les Etats occidentaux inquiets de la prolifération d’Al Qaïda au Maghreb Islamique (AQIM).

Voir aussi le post comme toujours très documenté d’alle sur le blog collectif Maghreb Politics Review, « Tripoli Trip-Up« .

Quand le Maroc était complice de la Libye dans l’élimination de l’opposant Omar el Mehechi

Dans le n°2538 du 30/8/2009 de Jeune Afrique, un article fort intéressant – « Ils étaient douze, il n’en reste plus qu’un » – détaille le sort des douze membres du Conseil de commandement de la révolution (CCR) libyenne qui avait saisi le pouvoir le 1er septembre 1969. Outre Kadhafi, seuls trois membres exercent encore des fonctions officielles (les généraux Mustapha Kharroubi, Khouildi Hamidi et Aboubakr Younes Jabr). Mohamed Nejm et Mokhtar el Guerwi ont démissionné en 1972 et sont morts de mort naturelle depuis. Le fameux Abdeslam Jalloud, ex-dauphin de Kadhafi, est en disgrâce depuis 1993. Un autre, Abdelmonem el Houni, ex-dissident, s’est rabiboché avec le Guide suprême et est désormais ambassadeur libyen auprès de la Ligue arabe. Quatre sont morts ou ont disparu dans des conditions suspectes: Béchir Hawadi, Awadh Hamza, M’hamed el Megharief et Omar el Mehechi.

Ce dernier fût la victime d’un enlèvement par la Libye, avec la complicité active et particulièrement perfide du Maroc, et ce en 1983, avant le spectaculaire rapprochement maroco-libyen consacré par l’éphémère union de 1984. Voici ce qu’en dit Jeune Afrique (l’article n’est pas en ligne):

Omar el Mehechi a connu un sort plus tragique. Il a été exécuté en janvier 1984. A la mi-août 1975, suite à l’ébruitement d’une conspiration présumée avec deux autres membres du CCR, Béchir Hawadi et Awadh Hamza, et des « officiers libres », pour la plupart originaires comme lui de Mesrata, la troisième ville du pays, Mehechi s’enfuit en Tunisie. Bourguiba refuse de le livrer malgré l’insistance de Kaddafi. mais au bout de six mois, il part s’installer en Egypte, puis plus tard au Maroc. El Mehechi est condamné à mort par contumace par un tribunal militaire libyen avec vingt et un jeunes officiers, tous fusillés. A la fin de 1983, le Maroc le livre au « Guide »: un avion royal le transportant en Arabie saoudite pour le pèlerinage atterrit fort opportunément dans un aéroport libyen. En retour, Kaddafi cesse son soutien en armes et en argent au Polisario. Hawadi et Hamza ont purgé plusieurs années de prison, avant de décéder dans des conditions suspectes.

Ce modus operandi rappelle vaguement l’enlèvement de Hocine Manouzi en Tunisie le 29 octobre 1972 (soit 7 ans jour pour jour après l’enlèvement de Mehdi Ben Barka):

En 1972, ses activités clandestines le mènent à Tunis. L’un de ses amis marocains, rencontré en Libye, est un policier déguisé en opposant politique. C’est lui qui « vend » Houcine aux autorités marocaines. Étrangement, c’est le 29 octobre 1972, jour du 7e anniversaire de l’enlèvement de Ben Barka, que Houcine Manouzi sera à son tour enlevé à Tunis. Drogué et « saucissonné », Houcine est plongé dans le coffre d’une voiture diplomatique marocaine et convoyé par voie terrestre de Tunis jusqu’à Rabat, avec l’aide des réseaux de contrebande communs à l’Algérie et au Maroc.

Qui a dit que la fraternité maghrébine n’existait pas?

Kadhafi humilie le Maroc – quelle sera la réaction marocaine?

La célébration inappropriée des quarante années de pouvoir dictatorial de Muammar Kadhafi devait initialement se faire en présence d’une délégation officielle marocaine dirigée par le premier ministre Abbas El Fassi, le ministre d’Etat sans portefeuille Mohand Laenser et le ministre des affaires étrangères Taïeb Fassi Fihri, ce dernier étant sans doute l’homme fort de la délégation en termes de poids politique. Le Matin du Sahara a ainsi consacré un entrefilet à cette délégation:

Festivités du 1er septembre à Tripoli
Arrivée de la délégation représentant S.M. le Roi
Le Matin du Sahara Publié le : 01.09.2009 | 06h50

Une délégation marocaine conduite par le Premier ministre, Abbas El Fassi est arrivée, lundi en début de soirée à Tripoli, pour représenter S.M. le Roi Mohammed VI aux festivités commémorant le 40e anniversaire de la révolution du 1er septembre.

La délégation marocaine comprend Mohand Laenser, ministre d’Etat et Taib Fassi Fihri, ministre des Affaires étrangères et de la Coopération.

Les membres de la délégation marocaine ont été accueillis à leur arrivée à l’aéroport international de Tripoli par Mohamed Ali Alhouij, secrétaire du comité populaire général chargé de l’Industrie, de l’Economie et du Commerce et l’ambassadeur du Maroc en Libye, Moulay Mehdi Alaoui, ainsi que par les membres de l’ambassade.

Pour l’occasion, un détachement des FAR a été dépêché à Tripoli pour participer au défilé officiel:

Aussi, sur Hautes Instructions de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, Chef suprême et Chef d’état-major général des Forces Armées Royales, et dans le cadre de la célébration du 40e anniversaire du 1er septembre de la Grande Jamahiriya arabe libyenne populaire et socialiste, un détachement des FAR sera déployé à partir du 17 août à Tripoli en vue de participer au défilé du 1er septembre.

Ce détachement comprend le Drapeau des FAR et une unité de la 1er Brigade d’infanterie parachutiste des FAR.

Entourée de la Haute Sollicitude Royale, cette participation permettra de renforcer les relations entre les deux pays et d’affirmer l’identité arabo-maghrébine du Royaume du Maroc, conclut la même source.

Le Matin du Sahara se paya même le luxe d’un éditorial – « La nouvelle Libye a 40 ans » – dont la lecture est comique après coup:

Quand Mouâamar Kadhafi a pris les rênes du pouvoir le 1er septembre 1969 à la tête d’un groupe d’officiers, rien ne prédisait le tournant que son pays allait prendre par la suite. Inspiré du mouvement politique et de la pensée nassériens, le jeune colonel s’est immédiatement hissé comme le «gardien» des intérêts de la Libye. Il n’hésitera pas à prendre des décisions à la fois radicales et spectaculaires qui, à un moment où la guerre froide battait son plein, heurtaient fortement la communauté internationale, dont notamment les gouvernements anglais et américain. Il nationalisa les hydrocarbures, créera des comités populaires pour remplacer les instances gouvernementales et, dans la foulée d’une révolution à laquelle le peuple libyen adhéra spontanément, il s’érigera en «guide» de la nouvelle Libye.

Imprégné d’une culture unitaire, héraut aussi du panarabisme ambiant qui rayonnait au Caire et à Damas, Mouâamar Kadhafi n’avait de cesse de réaliser le rêve incandescent que son mentor égyptien, Gamal Abd al-Nasser, caressait d’une nation arabe unifiée du Golfe à l’Atlantique.

Le passage sur les relations maroco-libyennes vaut son pesant de harira:

Il convient de souligner qu’avec le Royaume du Maroc, les relations se sont inspirées d’un réalisme où se conjuguent un sentiment partagé de solidarité et des objectifs communs. Sans compter l’amitié réelle qui existe entre les deux peuples. Au moment de son splendide isolement diplomatique sur la scène internationale des années quatre-vingts, seul le Maroc lui manifestait sa solidarité, enfreignant même la consigne tacite que les Américains et les Européens croyaient dicter aux gouvernements du monde pour la mettre à l’écart. En revanche, la Libye a opéré un tournant majeur et décisif dans sa vision du conflit du Sahara, et le président Kadhafi –dont on pouvait croire et constater même qu’il soutenait au début de l’affaire le Polisario et donc l’Algérie – s’est immédiatement rétracté. Arrivé «impromptu » au Maroc en 1984, en plein mois de Ramadan, il était accueilli à Rabat par feu S.M. Hassan II qui lui présenta les familles et les parents marocains des membres du polisario.

Le dirigeant libyen, qui n’en crut pas ses yeux, changea immédiatement d’attitude et arrêta net son soutien, politique, financier et militaire, aux séparatistes du Polisario. La fameuse «piste Kadhafi» qui voyait transiter des quantités d’armes et de matériels militaires à travers la bande désertique qui va de la Libye, via le sud tunisien, et l’Algérie jusqu’à Tindouf, n’a plus existé désormais, privant ainsi le Polisario d’un appui sans commune mesure avec ce qu’il a connu.

Le Roi du Maroc y a été de son télégramme de félicitations, qui dépasse le minimum protocolaire requis lors de ce genre d’occasions:

S.M. le Roi a salué, à cette occasion, la sagesse et la clairvoyance du guide de la révolution libyenne, qui a accompli d’importantes réalisations sur la voie du progrès, de la prospérité, du développement global au profit de son peuple, ainsi que la présence, forte et agissante, de la Libye aux niveaux régional, continental et international. Le Souverain a également fait part de sa grande fierté des liens de fraternité sincère, de compréhension cordiale, de concertation fructueuse et régulière unissant S.M. le Roi et le colonel Kadhafi, concernant les questions bilatérales, régionales et internationales d’intérêt commun.

Or, la Libye, qui assure la présidence tournante de l’Union africaine (dont le Maroc ne fait bien évidemment pas partie, reconnaissance du Polisario oblige), avait prévu pour la veille, le 31 août, le sommet extraordinaire africain – afin sans doute de gonfler la participation aux festivités du lendemain – bien que des poids lourds africains aient décliné l’invitation, tels « les présidents sud-africain Jacob Zuma, sénégalais Abdoulaye Wade, nigérian Umaru Yar’Adua et ougandais Yoweri Museveni« . Dès lors, le Polisario étant membre de l’Union africaine, son leader, Mohamed Abdelaziz el Marrakchi, allait bien évidemment assister à ce sommet, qui lui offre son unique moment de respectabilité internationale. De là à se douter que le Polisario allait rester jusqu’aux festivités du 1er septembre, soit le lendemain, il n’y avait qu’un pas. Et ce fût effectivement ce qui se passa:

La Libye tend la main au «Polisario» : Les surprises du colonel
Al Bayane 2/9/2009
La délégation marocaine officielle aux festivités du 40ème anniversaire de l’arrivée au pouvoir de Mouammar Kadhafi s’est retirée, mardi, après le constat de la présence du séparatiste et néanmoins mercenaire Mohamed Abdelaziz, qui dirigeait une délégation de la prétendue «RASD». Le détachement militaire des FAR, qui devait participer au défilé officiel, a annulé sa participation et quitté Tripoli. Pourtant, le Maroc avait eu, comme lors des dernières années, des assurances sur la non participation aux festivités du mouvement crée par l’Algérie, au début des années 70 du siècle dernier, et soutenu par la Libye.

Selon la MAP,

Le gouvernement de SM le Roi exprime sa vive protestation devant cette surprenante attitude, alors que toutes les assurances avaient été données au préalable.

Le Royaume du Maroc demande aux autorités libyennes les explications nécessaires et appropriées face à ce geste inamical à l’égard des sentiments du peuple marocain.

Al Bayane rajoute la précision que les garanties libyennes avaient également été demandées lors des précédentes éditions de cette commémoration – implicitement, cela signifie que ces promesses avaient alors été tenues:

Pourtant, le Maroc avait eu, comme lors des dernières années, des assurances sur la non participation aux festivités du mouvement crée par l’Algérie

Ce ne semble pas être une erreur du service du protocole du comité populaire libyen des affaires étrangères (nom de leur ministère), puisque la propagande séparatiste sahraouie a diffusé une déclaration du Guide suprême libyen selon laquelle il soutenait le droit du « peuple sahraoui » à l’autodétermination:

l’unique solution possible à la question du Sahara passe par la voie d’un référendum d’autodétermination

Seriez-vous étonnés si je vous disais que cette déclaration a été démentie – par des officiels libyens (du moins si on en croit la MAP)?

Tripoli dément catégoriquement les propos prêtés au colonel Mouammar Kadhafi sur la question du Sahara
©MAP Dernière modification 01/09/2009 16:54

Tripoli- Des sources officielles libyennes ont démenti mardi, de manière catégorique, les propos prêtés au guide de la révolution libyenne, le colonel Mouammar Kadhafi, selon lesquels « l’unique solution possible à la question du Sahara passe par la voie d’un référendum d’autodétermination« .
Les mêmes sources soulignent que ces informations véhiculées par les médias des séparatistes du « Polisario » sont « dénuées de tout fondement« .

Difficile comme toujours de savoir exactement ce qui s’est passé, d’autant que la présence du gouvernement libyen sur le net est fantomatique. En dehors de la dépêche de l’agence de presse séparatiste SPS sur la déclaration initiale attribuée au Guide suprême, et la dépêche de la MAP où des « sources officielles » libyennes non identifiées auraient catégoriquement démenti ces propos, on ne dispose de pas grand chose. Le fait qui demure incontesté cependant est la participation de Mohamed Abdelaziz el Marrakchi aux festivités du quarantenaire.

On peut se poser plusieurs questions sur cette affaire rocambolesque: les revirements du Guide suprême sont désormais suffisamment connus pour ne plus étonner. Le fait qu’un émissaire personnel du Guide suprême ait pu en 2006 déclarer directement au Roi Mohammed VI à Laayoune (!) que «La Libye est opposée à toute tendance à la division» ne doit donc pas étonner, ni que la Libye affirme désormais officiellement son soutien à la ligne algérienne (une déclaration du Congrès populaire général libyen en mars 2009 va en ce sens).

La première question est bien évidemment relative à la diplomatie marocaine: comment se fait-il que personne n’ait rien vu venir, tant du côté de l’ambassade marocaine en Libye que du ministre des affaires étrangères Taïeb Fassi Fihri, voire même des services secrets marocains, dont on peut supposer que le marquage à la culotte de Mohamed Abdelaziz el Marrakchi doit être l’une des premières préoccupations? Je ne serais pas surpris que quelques têtes tombent histoire de laver l’affront.

La deuxième question est relative au soutien officiel et officieux accordé par le Maroc aux intérêts libyens dans notre pays, que ce soit sur le plan économique ou médiatique. On se rappelle, s’agissant du dernier cas de figure, de la condamnation pour diffamation – sur initiative de l’ambassade libyenne au Maroc – à de très forts dommages-intérêts – 1 million de dirhams (90.000 euros) chacun, soit trois millions de dirhams au total – de trois journaux arabophones – Al Jarida Al Oula, Al Ahdath Al Maghribia et Al Massae – pour avoir dénoncé la dictature de Kadhafi et sa politique erratique. On assiste donc au paradoxe de voir un chef d’Etat étranger reconnaissant le Polisario défendu par les tribunaux marocains, et son honneur estimé à plusieurs millions de dirhams. Qu’attend Mohamed Abdelaziz el Marrakchi pour poursuivre la presse marocaine?

C’est sur le plan économique que le pouvoir marocain a ouvert les portes aux capitaux libyens: Libya Oil Holdings Limited a racheté les parts d’Exxon dans Mobil Oil Maroc, et a désormais des stations essence sous son nom (et qu’on me dise pas qu’il s’agit d’une transaction entre sociétés privées – si la Sonatrach algérienne ou la PDVSA vénézuélienne tentaient d’acquérir un réseau de stations essence au Maroc, vous croyez que cela se fera?). Petit détail piquant:

Mais là où le bât blesse, c’est que dans une correspondance dont nous avons reçu copie, c’est que les dirigeants pour illustrer leur présence sur le continent africain, avaient présenté le Royaume sans ses provinces du Sud. Une omission d’autant plus intolérable qu’elle ne peut qu’irriter tout un chacun.

Rappelons aussi les investissements hôteliers libyens au Maroc, notamment dans l’hôtel de luxe casablancais Kenzi Towers – en fait, les échanges commerciaux maroco-libyens sont relativement limités (« la balance commerciale est déficitaire en faveur de la Libye qui a été le 36e client et le 36e fournisseur du Maroc en 2007« ), mais l’évolution depuis 2007, surtout en matière d’investissements libyens au Maroc, est très positive, voire même assez paradoxale si l’on tient compte de l’incident de Tripoli:

Comme l’appétit vient en mangeant, le groupe Tamoil, opérant dans le secteur pétrolier, a décidé de se joindre à la course de la prospection pétrolière dans le Royaume. Cette entreprise, qui appartenait jusqu’en juin 2007 au groupe LAP, a été cédé à hauteur de 65 % au fonds d’investissement américain, Colony Capital. Un groupe libyen qui vend des parts à des intérêts américains, pour racheter une filiale du groupe américain Exxon Mobil. Les temps ont vraiment changé. C’est ce groupe qui s’est associé à des Marocains pour créer une société maroco-libyenne baptisée « Tamoil Sakia », qui compte investir entre 100 et 150 millions de dollars dans le domaine de la prospection pétrolière à Laâyoune et dans l’approvisionnement et la distribution des produits pétroliers dans la région. Le siège de ce nouvel opérateur est basé dans la ville de Laâyoune.

Les paradoxes ne manquent pas, et la seule chose qui est sûre c’est que tant le Maroc et l’Algérie se tromperaient à prêter un quelconque crédit aux revirements incessants de la Libye, qui semble ces dernières années fonctionner surtout en fonction de ses intérêts économiques.

Comment le Maroc peut-il réagir face à cet affront diplomatique? On a vu sur quels prétextes absurdes se sont basées les décisions de fermer l’ambassade marocaine au Vénézuela (mais sans rupture des relations diplomatiques) et de rompre les relations diplomatiques avec l’Iran. On a également vu l’indécente danse du ventre marocaine en direction de l’Algérie pour quémander au régime algérien l’ouverture des frontières terrestres maroco-algériennes. Si le régime libyen est riche en contradictions et paradoxes, la politique étrangère marocaine n’est un roc de cohérence.

Une rupture des relations diplomatiques causerait tout d’abord de sérieux problèmes aux très nombreux Marocains de Libye – selon Mohamed Khachani (« Les Marocains dans les pays arabes pétroliers« , Publications de l’Association marocaine d’études et de recherches sur les migrations, Rabat, 2008, p. 80), le chiffre serait entre 80.400 et 120.000 selon les statistiques consulaires marocaines et 200.000 à 250.000 selon les très peu fiables statistiques libyennes. Chacun sait l’absence totale d’Etat de droit en Libye et le sort peu enviable réservé aux nombreux étrangers arabes et africains dans ce pays. D’autre part, le Polisario pourrait retrouver une nouvelle source de revenus et d’armements qui semble avoir été tarie depuis 1984, alors même que le soutien financier algérien n’est sans doute pas à la hauteur des espérances séparatistes. Les intérêts économiques marocains en Libye (banque, bâtiment) ne sont pas inexistants, de même que ceux libyens au Maroc, mais leur importance n’est pas décisive.

Reste donc la riposte classique le rappel de l’ambassadeur du Maroc en Libye, pour consultations. De vous à moi, je doute que Moulay Mehdi Alaoui, notre homme à Tripoli, fasse de vieux os à ce poste: il faudra bien trouver un bouc émissaire pour cet affront public et manifeste, et en général on préfère les trouver en bas de la hiérarchie. Ceci étant, il n’est pas exclu que l’étoile de Taïeb Fassi Fihri commence à fléchir: être informé sur les intentions libyennes, eu égard à l’importance de la participation officielle marocaine, cela relevait directement de sa compétence. Je rajouterais pour ma part les responsables sécuritaires (DGED?) chargés de suivre le Polisario et son dirigeant, Mohamed Abdelaziz el Marrakchi: n’étaient-ils pas informés de sa venue à Tripoli pour le sommet extraordinaire de l’Union africaine? Il apparaît que si, à en croire les déclarations officielles marocaines. Mais comment ont-ils pu ne pas avoir vent de sa participation aux festivités du 1er septembre? Cela devait se savoir, en Libye et en Algérie, non?

Reste que la tonalité des déclarations de Khalid Naciri – eh oui, encore à son poste celui-làtelles que reprises par Le Matin du Sahara sont très fermes, et rappellent l’engrenage iranien, où le Maroc avait demandé des explications avant de rompre les relations diplomatiques n’estimant pas y avoir eu droit:

Le gouvernement marocain a exprimé sa vive indignation de l’attitude libyenne lors des festivités commémorant le 40e anniversaire de la Révolution du 1er septembre.

Lors de la réunion hebdomadaire du Conseil de gouvernement, qui s’est tenu hier 3 septembre à Rabat, sous la présidence du Premier ministre, Abbas El Fassi, l’Exécutif a exigé également «à ce que des explications officielles lui soient fournies par les autorités libyennes sur ce qui s’est réellement passé».

Khalid Naciri, ministre de la Communication et porte-parole officiel du gouvernement, ne mâchait pas ses mots en rappelant la position ferme et intransigeante du Royaume à chaque fois que son intégrité territoriale est mise en question. «Les représentants du Maroc ont décidé de se retirer des festivités du 1e septembre à partir du moment où ils ont remarqué la présence du président de la pseudo-‘’Rasd » parmi les invités.

Le contingent des FAR, qui devait participer à un défilé à cette occasion, a reçu également l’ordre de se retirer. Le Maroc a protesté sur place contre cette attitude inamicale et attentatoire aux sentiments profonds du peuple marocain, ce que les représentants des autres délégations n’ont pas manqué de remarquer », explique Khalid Naciri, qui citait son homologue le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération, Taieb Fassi Fihri. K. Naciri a souligné, en outre, que le gouvernement marocain prenait acte du désengagement des autorités libyennes des garanties qu’elles avaient données, concernant la participation de la ‘‘république fantomatique » aux festivités officielles.

Pourtant, le Maroc tenait à ce que les choses soient claires dès le départ : «Nous savions que la pseudo-‘’rasd » prendrait part aux travaux du Sommet africain prévu à Tripoli. Nous avons demandé clairement aux autorités libyennes à ce qu’il n’y ait pas d’amalgame entre ce sommet et les festivités du 1er septembre. Et nous avons reçu les garanties nécessaires au plus haut niveau de l’Etat. Mais ces garanties n’ont pas été respectées », regrette le porte-parole officiel du gouvernement.

Le gouvernement marocain tient donc à ce que la Libye fournisse toutes les explications nécessaires par rapport à cet incident déplorable. « Nous attendons toujours la réponse pour comprendre ce qui s’est réellement passé. Il y a eu des bribes d’explications en off, mais nous attendons des explications officielles », affirme M. Naciri. Et de préciser que « le gouvernement aura sa position à la lumière des explications qui lui seraient fournies, sachant que le Maroc ne transigera pas quand sa cause nationale est touchée ». Rappelons que la délégation marocaine, présidée par le Premier ministre, Abbas El Fassi et désignée par S.M. le Roi Mohammed VI, sur invitation du guide de la Révolution libyenne, le colonel Mouammar Kadhafi, s’était rendue en Libye pour représenter le Souverain aux festivités commémorant le 40e anniversaire de la Révolution du 1er septembre.

Cette délégation a quitté donc les lieux de la manifestation lorsqu’elle a constaté la présence, parmi les invités, du président de la soi-disant ‘‘Rasd ».

La partie intéressante des déclarations est bien évidemment « nous avons reçu les garanties nécessaires au plus haut niveau de l’Etat » – on ne sait pas s’il s’agit du plus haut niveau de l’Etat libyen directement au plus haut niveau de l’Etat marocain, auquel cas il y aurait une situation de lèse-majesté dont on sait comment le gouvernement marocain les traite. Cela laisse à mon sens présager une évolution assez ferme de la position marocaine, sauf à croire en des excuses officielles libyennes – je n’ai pas l’impression que le Guide suprême soit coutumier du fait, en dehors de celles adressées en 2003 aux familles des victimes de l’attentat de Lockerbie dans le cadre de la fin des sanctions onusiennes contre son pays.

Télégramme de félicitations de Rabat à Alger

L’Iran convoque le chargé d’affaires marocain à Téhéran au sujet – pour faire court – de l’intégrité territoriale de Bahrein. Résultat des courses: le Maroc rompt ses relations diplomatiques avec l’Iran.

Le Maroc accuse l’Algérie d’avoir fomenté une violation du cessez-le-feu, en vigueur depuis 1991, à proximité du mur de défense au Sahara marocain et à la date du 10 avril (retenez bien cette date):

Sahara :L’entrée de personnes armées dans une zone démilitarisée n’est pas une manifestation pacifique (ministre)
MAP 13/04/2009
Rabat – L’entrée de 1.400 personnes, dont des étrangers, encadrés par des éléments militaires du Polisario, munis d’armes individuelles, dans la zone démilitarisée, à l’Est de la ligne de défense, n’est pas une manifestation pacifique, a déclaré M. Khalid Naciri, ministre de la Communication, porte-parole du gouvernement à la radio londonienne BBC.

« Il est évident que ce groupe armé, entré dans cette zone à bord de 90 jeeps, 10 camions et un autobus, n’est pas venu faire une expédition « touristique au Sahara« , a-t-il ajouté dans une déclaration diffusée lundi par la Radio.

Vendredi dernier, le Maroc avait saisi le Conseil de sécurité de l’ONU pour dénoncer ce « nouvel acte inacceptable, violation flagrante, grave et supplémentaire du cessez-le-feu, établi depuis 1991« .

Le Metternich de la diplomatie maghrébine qu’est Taieb Fassi Fihri évoque la « responsabilité directe » de l’Algérie dans ces « procédés provocateurs et dangereux« :

Sahara: Le Maroc appelle l’ONU à assumer ses responsabilités à la suite de la violation du cessez-le-feu
MAP 13/04/2009

New York (Nations Unies)- Le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération, M. Taib Fassi Fihri, a adressé, vendredi sur Hautes instructions de SM le Roi Mohammed VI, une lettre au président du Conseil de sécurité de l’ONU, l’ambassadeur du Mexique, M. Claude Heller, appelant les Nations Unies à « assumer leurs responsabilités et à prendre les mesures qui s’imposent » à la suite de la violation grave et flagrante de l’accord de cessez-le-feu conclu en 1991.

Le Maroc appelle « les Nations Unies à assumer leurs responsabilités et à prendre les dispositions qui s’imposent pour asseoir leur autorité dans la zone située entre le dispositif de défense et les territoires algérien et mauritanien où, conformément aux accords militaires de 1991, aucun fait accompli ou changement de statu quo n’est permis au demeurant, quelque soit l’artifice« , souligne M. Fassi Fihri dans cette lettre condamnant avec « vigueur de tels procédés provocateurs et dangereux« .

Le Royaume « continuera à veiller au respect de son intégrité territoriale et de son unité nationale. Il se réserve le droit de prendre toutes les mesures nécessaires pour mettre un terme à de tels agissements, préserver sa sécurité nationale et assurer la quiétude de sa population« , ajoute-t-il dans cette lettre dont copie est parvenue à la MAP.

« De plus, cette action, initiée et opérée directement à partir du territoire algérien, confirme la responsabilité directe de ce pays dans sa préparation et son exécution« , affirme le ministre.

M. Fassi Fihri rappelle que « ce grave incident survient au moment où le Conseil de sécurité est sur le point d’examiner le rapport du Secrétaire général et d’apporter son appui à la reprise des négociations, sur la base de la résolution 1813« .

Il relève également que cet incident « rejoint, dans sa logique, d’autres tentatives répétées de l’Algérie et du polisario visant à saper les efforts des Nations Unies tendant à relancer la dynamique des négociations« .

L’ensemble de « ces actions révèlent la volonté des autres parties de ne reculer devant rien pour entraver la recherche d’une solution politique réaliste au différend régional sur le Sahara« , écrit en outre le ministre, soulignant que « pour sa part, le Royaume du Maroc continuera, dans la sérénité, de coopérer avec le Conseil de sécurité, le Secrétaire général et son nouvel Envoyé personnel, pour avancer sur la voie de la solution politique fortement encouragée« .

M. Fassi Fihri affirme, par ailleurs, que « l’attitude passive de la Minurso vis-à-vis de telles actions est interprétée par les autres parties comme un encouragement à poursuivre ces actes« , relevant qu' »une étape supplémentaire vient d’être franchie aujourd’hui dans cette escalade, en mettant en péril la vie de personnes civiles« .

Pourtant, écrit-il, « le Royaume du Maroc n’a pas cessé d’attirer l’attention du Conseil de sécurité, du Secrétaire général et de la Minurso sur les dangers que représentent de telles actions provocatrices et prétendument civiles et de dénoncer leur caractère répétitif, en demandant aux Nations Unies d’assumer leurs responsabilités dans la zone située à l’Est du dispositif de défense« .

Revenant sur ce grave incident, le ministre rappelle, par ailleurs, dans cette lettre, que « le 10 avril, un groupe de 1400 personnes, dont des étrangers, encadrés par des éléments militaires du polisario munis d’armes, s’est approché jusqu’à 100 mètres du point d’appui M. 18 du dispositif national du sous-secteur Mahbes, à la frontière avec l’Algérie« .

« Ce groupe a été acheminé sur le territoire algérien à bord de 90 jeeps, 10 camions et un bus, étalés sur un front de 600 mètres« , précise-t-il, indiquant que « certains éléments du polisario, dotés d’armes individuelles et de détecteurs de mines, encadrant les manifestants, ont arraché des fils barbelés, enlevé des mines du dispositif de défense et procédé également à des tirs en l’air« , alors que « suite à un saut de mine, quelques manifestants ont été blessés« .

Il est ainsi prouvé, écrit M. Fassi Fihri, que cette opération, encadrée par des éléments armés et impliquant l’utilisation d’armes à feu, constitue une violation manifeste de l’accord de cessez-le-feu, perpétrée « au vu et au su des observateurs de la Minurso« .

Résultat des courses: le même jour, le 10 avril, un télégramme officiel de félicitations est adressé par le Maroc au chef de l’Etat du pays « directement responsable (…) de procédés provocateurs et dangereux » à l’occasion des triomphantes élections lui ayant offert – le terme n’est pas fortuit – son troisième mandat.

Quoi? Ah oui. OK, je sors.

Maroc, Algérie & Vénezuela: let me get this straight…

Résumons: le 15 janvier, le Maroc a rompu ses relations diplomatiques avec le Vénezuela au motif que « la république bolivarienne n’a pas cessé d’afficher ouvertement [son] hostilité au Maroc, joignant la parole aux actes, au plus haut niveau de l’Etat, portant ainsi un grave préjudice aux relations de bonne entente entre les deux pays« , « en réaction à l’hostilité ouvertement affichée par ce pays à l’égard de l’intégrité territoriale du Maroc, compromettant tout effort de développement de la coopération bilatérale« .

Des nihilistes, diffusant complaisamment la désinformation issue de complots ourdis à Algerl’étranger, ont avancé que cette décision n’était pas sans lien avec l’expulsion de l’ambassadeur israëlien du Vénezuela intervenue quelques jours auparavant, se basant sur les arguments farfelus que le Vénézuela reconnaît le Polisario depuis 27 ans, qu’Abdelaziz el Marrakchi s’est rendu en visite officielle au Vénezuela en 2004 et qu’un « ambassadeur » du Polisario a présenté ses « lettres de créance » au ministre vénezuelien des affaires étrangères en 2008, soit longtemps avant le 15 janvier. Un site vénezuelien avançait pour sa part que la rupture des relations diplomatiques était dû à un déplacement de l’ambassadeur vénezuelien en Algérie dans la ville algérienne de Tindouf, où le gouvernement algérien accueille, arme et finance le Polisario.

Le 21 janvier, on lit ceci:

Mohammed VI plaide à nouveau pour l’ouverture des frontières avec l’Algérie
21 janvier 2009
Le Roi Mohammed VI a réitéré la demande d’ouverture des frontières entre le Maroc et l’Algérie dans un message adressé ce lundi au participants du sommet arabe aux Koweït sous le thème « la solidarité avec le peuple palestinien à Gaza« .

Le Roi a également exprimé ses regrets face aux « piétinements » de l’Union du Maghreb Arabe (UMA).

« En réitérant son attachement à l’ouverture des frontières entre deux peuples frères, le Maroc est loin d’en banaliser l’objectif et de le réduire à quelque avantage étriqué ou à un intérêt exclusif« , a souligné Mohammed VI.

Il a dit regretté « les piétinements que connaît l’Union du Maghreb, du fait d’entraves artificielles, y compris la persistance de la fermeture absurde, par une seule partie, des frontières entre deux pays voisins« .

Le 16 janvier dernier, un communiqué du cabinet royal indiquait que Mohammed VI avait décidé de n’assister personnellement ni au Sommet arabe extraordinaire proposé à Doha, ni au Sommet arabe économique au Koweït. Le Maroc est représenté au sommet par le Premier ministre, Abbas El Fassi.

Je ne comprends plus: l’Algérie était pourtant présente au niveau du chef de l’Etat à Doha?

Maroc/Venezuela: Honni soit qui mal y pense

Ceux qui me lisent connaissent le peu d’estime que j’ai pour les séparatistes, et quelques uns me le reprochent même régulièrement. Je me sens d’autant plus à l’aise pour vous communiquer les éléments d’information suivants, sous forme de calendrier.

3 août 1982: le Vénézuela reconnaît la « République arabe sahraouie démocratique« , qui a une ambassade à Caracas depuis cette date – voir son site (qui ne fait pas très sérieux, mais c’est une autre affaire).

2 septembre 2004: le président vénézuelien Hugo Chavez rencontre officiellement Abdelaziz el Marrakchi, leader des séparatistes, et affirme publiquement le soutien du gouvernement de la république bolivarienne du Vénézuela à la cause séparatiste.
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6 juin 2008: un nouvel « ambassadeur » sahraoui est accrédité à Caracas, et est reçu par le ministre vénézuelien des affaires étrangères pour lui remettre ses « lettres de créance ».

27 décembre 2008: Israël lance sa guerre d’agression contre Gaza.

6 janvier 2009: le président de la république bolivarienne du Vénézuela, Hugo Chavez, déclare persona non grata l’ambassadeur d’Israël au Vénézuela, qui a 72 heures pour quitter le pays.

15 janvier 2009: un communiqué de la MAP annonce que le Maroc a décidé de rompre les relations diplomatiques avec le Vénézuela « en réaction à l’hostilité ouvertement affichée par ce pays à l’égard de l’intégrité territoriale du Maroc, compromettant tout effort de développement de la coopération bilatérale« . Le communiqué rajoute: « La république bolivarienne n’a pas cessé d’afficher ouvertement [son] hostilité au Maroc, joignant la parole aux actes, au plus haut niveau de l’Etat, portant ainsi un grave préjudice aux relations de bonne entente entre les deux pays« . Tout ceci est vrai, mais les jalons de cette attitude vénézuelienne vis-à-vis de la question du Sahara ont été posés entre 1982 (date de la reconnaissance de la « RASD » par le Vénézuela) et juin 2008 (date de la dernière accréditation d’un « ambassadeur » de la « RASD » au Vénézuela). Le Maroc réagit donc avec entre 6 mois et 27 ans de retard, selon le critère que l’on pourrait choisir pour déterminer le moment à compter duquel le Vénézuela a « affiché son hostilité à l’intégrité territoriale du Maroc« .

A en croire un site vénézuélien anglophone, le prétexte de la rupture aurait la visite à Tindouf de l’ambassadeur vénézuelien à Alger:

Apparently, the Venezuelan ambassador in Algeria, Hector Mujica, recently traveled to some Western Sahara refugee camps in the southeast of Algeria to introduce himself to the leader of Polisario who is also the president of SADR.

In the meeting Mujica reiterated Venezuela’s support for the right to self-determination of the Western Sahari people and the establishment of an independent state.

Selon le même site, le chargé d’affaires vénézuelien à Rabat n’aurait pas été officiellement informé de la décision marocaine, même après qu’elle ait été rendue publique:

However, the Venezuelan charge-de-affairs in Morocco, Jose Clavijo, said his embassy was unaware of the embassy closure in Caracas and no one in the Moroccan government had been in contact with them.

Donc, si je comprends bien, le Maroc ne juge pas que la reconnaissance de la « RASD« , la visite officielle d’Abdelaziz el Marrakchi ou l’accréditation d’un « ambassadeur » de la « RASD » constituent un motif de rupture des relations diplomatiques; par contre, une visite à Tindouf d’un ambassadeur si.

Comment voulez-vous avec ça réfuter de manière crédible l’assertion – exprimée ici et , et bien évidemment du côté de l’inénarrable presse officieuse algérienne – selon laquelle le Maroc a rompu les relations diplomatiques avec le Vénézuela suite à la rupture de ce dernier avec Israël? Ou vous empêcher de vous demander, comme le fait ingénument un bloggeur, pourquoi ne pas rompre les relations diplomatiques avec l’Algérie « en réaction à l’hostilité ouvertement affichée par ce pays à l’égard de l’intégrité territoriale du Maroc, compromettant tout effort de développement de la coopération bilatérale« ? Bouteflika a pourtant participé au sommet de Doha, ce qui devrait être un motif suffisant (1)…

(1) Merci aux mal-comprenants de noter que les deux dernières phrases se veulent ironiques.

Rapport de Human Rights Watch sur le Sahara

C’est ici, ça fait 216 pages (dont 60 d’annexes – et notamment un « jugement » rendu par un « tribunal » du Polisario à Tindouf concernant l’affranchissement d’un esclave, cf. pp. 210-211) et ça couvre tant le Sahara marocain que les camps de Tindouf. Je n’ai lu que le résumé en français pour l’instant: rien de bien révolutionnaire. Des violations des droits de l’homme ont, quelle surprise, lieu au Sahara, le gouvernement marocain avançant pour sa défense qu’il n’y a pas plus de violations des droits de l’homme au Sahara que dans le reste du territoire marocain, un argument – comment dire – assez réaliste, même s’il étonne dans la bouche d’un gouvernement: « vous battez votre femme? » « oh, vous savez, pas beaucoup plus que mes enfants« … HRW n’est pas convaincue par cette explication, mais ne la rejette pas catégoriquement non plus.

Ce qui est étonnant, à moins que cela m’ai échappé, c’est à quel point HRW évoque les violations des droits de l’homme qui ont lieu à Tindouf, en Algérie et sous contrôle du Polisario, etde quelle manière très ferme HRW souligne la responsabilité du gouvernement algérien pour ce qui se passe à Tindouf.

Le conflit du Sahara est un conflit qui ne connaît guère plus, depuis la finalisation du mur, de victoires ou de défaites éclatantes, y compris sur le plan diplomatique. La démission d’un fonctionnaire de l’ONU ou le changement de position du Malawi ou du Burundi font figure de victoires retentissantes. Dans ce contexte, le fait que les violations des droits de l’homme dans les camps du Polisario soient présentés, par une ONG aussi crédible et reconnue que HRW, de manière équivalente à celles qui sont imputées aux autorités marocaines peut être considéré comme une demie-victoire – le gouvernement marocain est un habitué aux chapeaux noirs des méchants des films de western dans les rapports des ONG étrangères, il a désormais le plaisir de porter un chapeau gris, ou plutôt de voir le Polisario chercher en vain son chapeau blanc, envolé dans les dunes de Tindouf.

Qui est Suzanne Scholte, pasionaria républicaine du Polisario?

Vous avez sans doute lu il y a quelque temps, dans les catacombes cybernautiques du séparatisme, que la Defense Forum Foundation présidée par Suzanne Scholte, avait obtenu un prix à Séoul, the Seoul Peace Prize (1). Inouï, n’est-il pas? Cette ONG étatsunienne s’intéresse à deux pays exclusivement: le Maroc – surtout son Sahara – et la Corée du Nord, et elle est l’oeuvre quasi-exclusive de sa présidente, Suzanne Scholte:

Born in Norwalk, Conn., the daughter of a book publisher and a Republican activist, she got her introduction to politics early as a volunteer supporter of Ronald Reagan’s 1976 primary challenge to President Ford.

« I believed so much in Reagan…We lost and I was so young — in high school. I was just devastated. But I realized you have to keep working at it, and by the time I was in college, he was president, » she says.

An English major at the College of William and Mary, she got involved in the conservative group Young Americans for Freedom.She was on its national board for more than four years. She’s also been projects director of the American Conservative Union, and political director at the Fund for a Conservative Majority, a political action committee.

From 1985 to 1987, she served as chief of staff for Rep. Mac Sweeney, a Republican of Texas.At age 26, she was the youngest chief of staff on Capitol Hill, she said.

But she found her real calling was working for human rights abroad.

« I saw a void that needed to be filled on North Korea …I felt like God was calling me to get involved very powerfully, » Ms. Scholte, who has taught Sunday School at her Episcopal Church for seven of the last nine years, said.

In addition to working on North Korea, Ms. Scholte has also championed the cause of the Sahrawis, the people of Western Sahara who live under Moroccan occupation.

« I’ve got two posters on my wall, one of a North Korean refugee boy and one of Sahrawi refugee, and I know the Sahrawi refugee is still alive. I work on both of them but North Korea is just a more desperate situation, » she said.

Ms. Scholte is married to the founder of the Defense Forum Foundation, Chadwick Gore, who now works on the staff of the Commission on Security and Cooperation in Europe. They have three boys: Chester, 15; Christian, 12, and James, 2, who have participated in their own way in their mother’s international human right activism.

The Washington representative of the Sahrawi people, Mouloud Said, recalled that Ms. Scholte twice traveled to the Sahara in the middle of the summer to stay with his people. Ms. Scholte brought along her two children, ages 11 and eight on the first trip, and 14 and 11 on the second trip, so they could become aware of the Sahrawi’s suffering and be more appreciative of what they have in America, according to Mr. Said.

James, at age 3 months, traveled with Ms. Scholte to Seoul for the Second International Conference on North Korean Human Rights. New York Sun, 30 juin 2003

Suzanne Scholte, ancienne directrice de cabinet de Mac Sweeney, représentant républicain du Texas entre 1985-1989, est fondatrice du Defense Forum Foundation, une ONG qui a compté l’humaniste Donald Rumsfeld parmi ses financiers jusqu’en 2001. Elle serait membre de l’International Board de Christian Solidarity Worldwide, une ONG principalement consacrée aux droits religieux des chrétiens dans les pays musulmans et asiatiques. Des sites évangélistes la considèrent comme une des leurs, et elle s’exprime elle-même en ce sens, par exemple dans Christianity Today:

Suzanne Scholte, chairman of the North Korea Freedom Coalition, is unambivalent. « If you do anything to help Kim Jong Il or give him higher stature, I think that you’re basically partnering with the Devil, » she said. « This isn’t just a misguided, misinformed regime that needs to be introduced to the salvation of Jesus Christ. This is a regime that is totally against Jesus Christ. »

Christian Awarded Seoul Peace Prize

A charismatic Christian was awarded the prestigious Seoul Peace Prize in September for her work promoting human rights for the citizens of North Korea and the Sahrawi refugees of Western Sahara—the only colony in Africa under Moroccan rule.

Suzanne Scholte, chairwoman of the North Korea Freedom Coalition and president of the Defense Forum Foundation (DFF), was given the biennial award issued to persons or groups who have contributed extensively to world peace.

Scholte told Charisma her compulsion to help the suffering stemmed from an earnest prayer. “Years ago, I prayed that God would break my heart for things that broke His heart,” she said.

She became a convert to human rights activism after two North Korean defectors begged her in 1996 to investigate political prison camps in North Korea. Since then she has hosted congressional hearings on North Korean human rights abuses and has assisted behind the scenes in more than 57 rescues of North Koreans who made the dangerous trek across the Tumen River into China.

Her activism also has led to ministry opportunities. Scholte, a Spirit-filled believer, challenged one of North Korea’s highest-ranking defectors to accept Christ. Hwang Jang-Yop, a revered thinker in North Korea, is responsible for the theology that grew into Kim Jong-ilism, the worship of North Korea’s dictator.

She said Yop does not feel worthy to accept Christ’s forgiveness but published her appeal to all of his Korean constituents, saying, “Suzanne Scholte is the lamp that lights the right pathway for the people, not letting them go astray.”

Scholte is also lighting a pathway in Western Sahara. In 1994, the Muslim president of Sahrawi Republic, Mohamed Abdelaziz, gratefully accepted an Arabic Bible Scholte gave him, calling it a “holy book.” He later invited Christians to plant churches in his nation, she said.

Seoul Peace Prize recipients include former U.S. Secretary of State George Shultz and former U.N. Secretary-General Kofi Annan. Three of the eight previous honorees were later awarded the Nobel Peace Prize.

—C. Hope Flinchbaugh

This article is from the November 2008 issue of Charisma

Abdelaziz el Marrakchi l’aurait donc invité à ouvrir des églises à Tindouf – alors que ses hôtes algériens emprisonnent des convertis – what gives?

Elle est secrétaire de Christian Solidarity Worldwide, qui se donne la mission suivante:

CSW-USA was founded in 1997 to be the United States partner organization of Christian Solidarity Worldwide (founded in the UK in 1981). CSW and its various partners exist to serve the persecuted Christian church through advocacy, aid and prayer.

Elle a travaillé pour plusieurs ONG conservatrices – Fund for a Conservative Majority et American Conservative Union:

Suzanne Scholte has been President of the Defense Forum Foundation since 1989 and was one of its founding Board members. She formerly served as Chief of Staff for former Congressman Mac Sweeney, who served on the House Armed Services and the Merchant Marine and Fisheries Committees. At the time she was the youngest Chief of Staff on Capitol Hill. Scholte also served as Political Director of the Fund for a Conservative Majority and Projects Director for the American Conservative Union. She is also the Chairman of the U.S.-Western Sahara Foundation, Chairman of the North Korea Freedom Coalition, Vice Chairman and a Founding Board Member of the U.S. Committee for Human Rights in North Korea, and a Board member of Christian Solidarity Worldwide-USA.

Le conseil d’administration du Defense Forum Foundation est à l’avenant:
– J. William Middendorf II, un ancien ambassadeur, administrateur de la très conservatrice Heritage Foundation et l’International Republican Institute;
Tidal W. McCoy, l’ancien vice-président « chargé des relations gouvernementales » d’un important fabricant d’armes – ATK – et secrétaire d’Etat à l’armée de l’air sous Reagan ;
Fred C. Ikle, un ancien sous-secrétaire d’Etat à la défense sous Reagan, et lobbyiste néo-conservateur chevronné – il fût l’un des signataires du fameux Project for a New American Century, qui fût le document idéologique fondateur des néo-cons en matière de politique étrangère; il est également un des dirigeants de la Federation for American Immigration Reform, qui prône un durcissement considérable de la politique d’immigration étatsunienne;
– Holly Coors, « born-again christian« , ex-ambassadrice et surtout épouse du magnat de la bière Joseph Coors, lui-même fondateur de l’ONG de la droite conservatrice et religieuse Council for National Policy ainsi que de la précitée Heritage Foundation; une mécène des candidats républicains;
Frank Ruddy, ex-ambassadeur, avocat et surtout ancien membre de la MINURSO, propagandiste chevronné du Polisario à Washington, et qui fût présenté par un certain Cliff Kincaid (président d’une ONG conservatrice fanatiquement anti-ONU, America’s Survival) comme un remplacant potentiel de l’autre néo-con John Bolton, l’ambassadeur des Etats-Unis auprès de l’ONU qui ne fût jamais confirmé par le Sénat – tiens, comme par hasard, ce dernier est également un sympathisant des séparatistes et un inconditionnel du référendum
James L. Holloway III, un ancien amiral;
JEB Carey, ancien directeur exécutif du Political Action Committee du parti républicain, GOPAC;

Des militants conservateurs, des anciens secrétaires d’Etat et ambassadeurs de Reagan ou fabricants d’armes, tous réunis pour la défense de la veuve et l’orphelin sahraouis – ça sent la rose, non? Pas de liens apparents – ce qui ne signifie pas qu’il n’y en ait aucun – avec l’industrie de l’hydrocarbure, contrairement à ce que je m’attendais. La densité de militants républicains semble en faire une annexe du Project for a New American Humanitarianism, suite « humanitaire » du Project for a New American Century néo-con…

Les activités de la Defense Forum Foundation? A titre d’exemple, payer des voyages tous frais inclus aux membres du Congrès susceptibles d’être sensibilisés à la cause séparatistes. Ainsi, entre 2000 et 2006, 63 membres du Congrès (49 républicains et 14 démocrates) ont vu leur escapade à Tindouf payée par Scholte et consorts, pour un montant total de 107.703$.

Bien sûr, ils organisent également toutes sortes de séminaires, témoignages devant le Congrès étatsunien, et cocktails, en présence de représentants du Polisario et de l’Algérie aux Etats-Unis, mais ça, on s’en doutait.

Malheureusement, les fichiers du Foreign Agent Registration Act, loi qui oblige toute personne travaillant dans le domaine politique ou des relations publiques avec un gouvernement étranger ou représentant les intérêts d’un gouvernement étranger auprès de l’administration étatsunienne, à en faire la déclaration, ne sont pas accessibles sur le net. Impossible pour moi d’en savoir plus sur les éventuels commanditaires étrangers du Defense Forum Foundation.

Il est par contre possible d’avoir une idée des dons financiers faits par Suzanne Scholte lors des dernières campagnes électorales fédérales – voir sur le site de Newsmeat:

Contributor Candidate or PAC Amount Date  
SCHOLTE, SUZANNE
FALLS CHURCH, VA 22044
DEFENSE FORUM/PRESIDENT
ALLEN, GEORGE (R)
Senate – VA
FRIENDS OF GEORGE ALLEN
$1,000
primary
02/07/06
SCHOLTE, SUZANNE
FALLS CHURCH, VA 22044
DEFENSE FORUM
ALLEN, GEORGE (R)
Senate – VA
FRIENDS OF GEORGE ALLEN
$1,000
primary
05/17/05
SCHOLTE, SUZANNE K MRS.
FALLS CHURCH, VA 22044
D.F.F./PRESIDENT & FOUNDER
BUSH, GEORGE W (R)
President
BUSH-CHENEY ’04 (PRIMARY) INC
$500
primary
08/31/04
SCHOLTE, SUZANNE K MRS.
FALLS CHURCH, VA 22044
D.F.F./PRESIDENT & FOUNDER
BUSH, GEORGE W (R)
President
BUSH-CHENEY ’04 (PRIMARY) INC
$1,000
primary
04/07/04
SCHOLTE, SUZANNE
FALLS CHURCH, VA 22044
DEFENSE FORUM FOUNDATION
IRVIN, BOB (R)
Senate – GA
BOB IRVIN SENATE COMMITTEE INC
$250
primary
05/12/02
SCHOLTE, SUZANNE KRISTINE
FALLS CHURCH, VA 22044
ALLEN, GEORGE (R)
Senate – VA
FRIENDS OF GEORGE ALLEN
$1,000
primary
10/15/99

Pour complèter le tableau des sympathies politiques de Suzanne Scholte, on peut donc préciser qu’outre Bush 43, l’autre récipiendaire de la charité politique scholtienne est l’ex-sénateur républicain de Virginie George Allen, évangéliste, accusé d’avoir voulu nier ses origines juives pour des raisons religieuses et battu suite à une insulte raciale – « macaque » – lancé à un travailleur électoral de couleur de son concurrent démocrate. Voilà donc un élément supplémentaire, qui complique un peu l’image de philanthropie désintéressée relayé par les (rares) articles de presse la concernant.

Entre parenthèses, on notera que le cas de Suzanne Scholte n’est pas unique: un autre supporter proéminent du Polisario – et de Suzanne Scholte – aux Etats-Unis est le représentant républicain de Pennsylvanie Joe Pitts (fortement évangéliste – « Joe was born in Kentucky in a family of strong Christian faith, a faith he has passed on to his own three children« ), dont le site contient une page consacrée au Polisario – il se présente comme engagé en faveur des droits de l’homme mais a voté en faveur des fameuses « military commissions » universellement décriées.

Résumons donc: une républicaine évangéliste qui fait campagne pour le Polisario et contre la Corée du Nord, avec dans son association des anciens dignitaires civils et militaires, militants républicains ou néo-cons – en général pas vraiment le type de personnes susceptibles de sympathiser avec un mouvement de guérilla arabe socialiste et soutenu à bras-le-corps par un pays arabe tiers-mondiste, l’Algérie… Les faits sont là, mais je ne parviens pas à trouver l’élément manquant qui permettrait d’expliquer cela.

Pour être honnête, il faut préciser que les supporters du Polisario aux Etats-Unis ne se recrutent pas seulement parmi les néo-cons ou évangélistes (Aminatou Haïdar a ainsi obtenu le Robert F. Kennedy Human Rights Award cette année, qui lui a été remis des mains du sénateur Ted Kennedy, sénateur réputé le plus à gauche du sénat), et des néo-cons et évangélistes soutiennent le Maroc – par exemple Elliot Abrams.

(1) C’est principalement l’activité de Suzanne Scholte contre le régime nord-coréen qui lui a valu le prix – sur les quatre pages du communiqué de presse, deux relatent son engagement contre le régime nord-coréen et un paragraphe son engagement pour le séparatisme sahraoui.

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