Le terroriste qui mourut deux fois

La Global war on terror de Bush, continuée avec entrain sous Obama, va de succès en succès. Le dernier en date: la deuxième mort d’Abou Ayoub al Masri, pseudonyme d’un leader présumé d’Al Qaeda en irak, déjà donné mort en 2006 par l’armée étatsunienne:

The announcement by Iraqi Prime Minister Nouri al Maliki that the two top leaders of al Qaeda in Iraq have been killed after a very long manhunt was greeted by many al Qaeda watchers with skepticism. The Iraqi government and the American military have claimed to have killed Abu Ayub al Masri, the Egyptian leader of al Qaeda in Iraq, more than once in the past. Abu Omar al Qureshyi al Baghdadi, the leader of al Qaeda’s self proclaimed Islamic State in Iraq has also been reported dead or captured several times in the last few years. At other times the U.S. military has claimed he is not a real person but an invented one, a fictional leader of a fictional state. (Bruce Riedel, Brookings Institution)

L’actualité marocaine le 19 février 2010 selon la MAP

Comme vous, lorsqu’il se passe quelque chose d’important au Maroc, mon premier réflexe est de me précipiter sur le site de la MAP. Ce vendredi, dans ces heures dramatiques, j’avoue ne pas avoir été déçu. Voici dans, dans l’ordre décroissant d’importance, les informations nationales sélectionnées pour nous par notre service public d’informations:

1. SM le Roi reçoit le président de la Guinée équatoriale

2. SM le Roi Amir Al Mouminine accomplit la prière du vendredi à la mosquée Omar Ibn Al Khattab à Tétouan:

SM le Roi Amir Al Mouminine accomplit la prière du vendredi à la mosquée Omar Ibn Al Khattab à Tétouan

3. SAR le Prince Héritier Moulay El Hassan effectue une visite au SIEL:

SAR le Prince Héritier Moulay El Hassan effectue une visite au SIEL

Pour le reste, juste quelques faits divers.

Descartes n’est pas marocain, Socrate, si*

La preuve:

Réunion préparatoire à Fès du congrès constitutif de l’Union internationale de soutien au projet d’autonomie au Sahara marocain

Fès, 09/01/10 – Une réunion préparatoire du congrès constitutif de « l’Union internationale de soutien au projet d’autonomie au Sahara marocain » a eu lieu, samedi à Fès, en présence des membres de la commission préparatoire et d’un public nombreux.

Après une réunion similaire tenue samedi dernier à Laâyoune, d’autres rencontres sont prévues dans différentes villes du Royaume notamment à Oujda, a affirmé M. Mohamed Socrate, président de la commission préparatoire du congrès, programmé pour le 23 janvier à Rabat.

Cette initiative a notamment pour objectif de faire participer les membres de la société civile à la recherche d’une solution définitive à la question du Sahara marocain, qui fait l’unanimité nationale, a-t-il souligné.

Il est temps d’agir pour permettre à la diplomatie de la société civile de jouer pleinement son rôle en complément de la diplomatie officielle dans le but de faire face aux campagnes orchestrées par les réseaux associatifs des adversaires de l’intégrité territoriale du Royaume, a-t-il ajouté.

Le projet d’autonomie proposé par le Maroc est en avance par rapport à d’autres projets similaires défendus dans d’autres pays, a-t-il poursuivi.

Pour sa part, M. Al Mamoun Issalmou, coordonnateur de la commission préparatoire du congrès constitutif de l’Union dans les provinces du sud, a salué cette initiative qui aura le mérite d’apporter son soutien au projet d’autonomie, sans négliger les autres chantiers ouverts dans le pays relatifs notamment aux droits de l’Homme, à la régionalisation et à la démocratie.

Il s’est également arrêté sur les violations des droits de l’Homme dans les camps de Lahmada, estimant qu’il est temps d’agir pour aider les séquestrés de Tindouf à regagner leur pays,le Maroc.

Dernière modification 10/01/2010 11:20.
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Une petite remarque sur le fond: voilà donc une union internationale créée au Maroc et dont le président du congrès préparatoire est marocain. Ce président dit que « cette initiative a notamment pour objectif de faire participer les membres de la société civile à la recherche d’une solution définitive à la question du Sahara marocain, qui fait l’unanimité nationale » – bref, l’objectif de cette Union internationale créée au Maroc par des Marocains est de faire participer les Marocains à la solution d’une question qui fait l’unanimité nationale au Maroc…

Est-ce un résumé fidèle ou ai-je raté quelque chose?

*Le titre fait référence à l’ouvrage de Philippe Brachet, « Descartes n’est pas marocain« .

Comical Khalid, néo-makhzénien sublimé

Comical Khalid by Hisham
Le sketch de Comical Khalid, la réplique marocaine de Comical Ali, a eu le succès escompté, auprès de moi, de Larbi et de Politiconaute du moins. Il se murmure qu’il produira son nouveau spectacle en nocturne au Mégarama à compter de la première semaine de ramadan, avec ses sketches désormais célèbres « Nini le nihiliste », « dans les yeux d’un nihiliste sincère« , « la confrérie des refuzniks« , « ne dites pas à ma mère que je suis journaliste nihiliste, elle me croit pianiste dans un bordel », « je pense donc je suis contre« , « le grand orchestre du nihilisme ravageur« , « l’aristocratie verse de l’eau au moulin des chapelles« , « De quel droit, le regard anthropologique sur le «régime marocain» conclut-il de fait, que la sacralité de la monarchie n’est qu’un ersatz de démocratie, un sous-produit de la modernité ? » et surtout « le Maroc est irréversiblement engagé dans un processus d’édification démocratique et cela se fera dans la stabilité institutionnelle« . Sa prestation au journal de France 24 fait d’ailleurs l’objet d’un bootleg qui va chercher dans les 10.000 DH l’enregistrement à Bab el had.

Hat-tip: Hisham pour l’icône, disponible ici.

Mon 23 juillet 1999

J’étais au Carrefour des Livres à Casablanca, ce vendredi 23 juillet 1999, pour assister à une conférence sur la corruption au Maroc. Sion Assidon, fondateur de Transparency Maroc et Me Abderrahim Berrada parlaient, chacun à sa façon, de ce problème, dont on ne peut dire par ailleurs qu’il n’a guère reculé dix années plus tard: Sion de manière clinique, comme un médecin-légiste pratiquant l’autopsie d’un système politique nécrosé, et Abderrahim comme le tribun radical qu’il est tout autant que brillant pénaliste. Après la fin de la conférence, à laquelle avaient assisté une trentaine de personnes, je m’étais attardé pour discuter avec Marie-Louise Belarbi, hôtesse du lieu. Je m’étais vite enflammé, dénonçant non seulement le système en général mais personnalisant – dans les limites des lignes rouges – ma diatribe: « un poisson pourrit par la tête », avais-je dit, pointant l’index vers le haut dans un geste que reconnaissent les Marocains quand ils veulent désigner le véritable pouvoir sans oser le nommer ouvertement, un geste dont la similitude avec celui utilisé pour désigner la divinité est d’ailleurs parlante.

Bien sûr, je ne savais pas qu’au moment même où je disais ça, Hassan II était déjà mort. En quittant la librairie avec mon père, nous sommes rentrés directement à la maison, pour tout de suite être alertés par quelqu’un: la télévision publique ne diffuserait que des versets coraniques. Nous nous sommes doutés qu’un décès avait eu lieu, et je crois que c’est vers 18/19 heures que la confirmation officielle fût donnée sur RTM, avec retransmission quasi-immédiate de la cérémonie d’allégeance. Sous le choc, et je crois en l’absence d’Internet (je ne me rappelle plus très bien, mais je ne crois pas que nous étions connectés en 99), nous dînâmes en échangeant spéculations enfiévrées.

Habitant Mers-Sultan, non loin du rond-point éponyme et donc pas loin non plus de la place Mohammed V, il ne fallut pas longtemps – vers 22 heures je crois – pour entendre des clameurs. Bien entendu, je décidais de sortir, contre l’avis de mes parents – mon père s’était fait tabassé le 23 mars 1965, ne devant probablement sa survie qu’à la présentation d’une carte syndicale UMT barrée de deux traits rouges et verts qui avait sans doute fait croire au soldat qui le tabassait qu’il s’agissait d’un policier en civil ou autre représentant civil du makhzen. Depuis, le goût des manifestations populaires lui était passé.

Très rapidement, je vis des groupes de marcheurs reprenant chants et slogans à la mémoire du défunt Roi. La prédominance de femmes et de jeunes était frappante. Bien évidemment, pas un seul bobo en vue – l’impression la plus marquante de ces deux jours de deuil fût le deuil populaire, au sens premier du terme: le deuil des pauvres, la bourgeoisie étant absente du deuil tel que manifesté dans les lieux publics. Ceux qui étaient redevables à Hassan II du système politique et économique qui les favorise tant furent ceux dont le deuil ou l’émotion était la moins apparente. Par contre, ceux qui furent les premiers à souffrir d’un système économico-politique inique et brutal furent les plus démonstratifs dans leur affliction.

Je suivis un groupe mené par quelques femmes, de la place Mohammed V (ex-place des Nations-Unies) à la (nouvelle) place des Nations-Unies, pour continuer vers la place Oued el Makhazine et bifurquer vers le boulevard de la Gironde, le lieu de rassemblement spontané de tous ces groupes disparates semblant être l’esplanade de la Mosquée Hassan II. Je ne les suivis pas jusque là mais errais à travers le centre ville, suivant à distance les différents groupes qui marchaient. Je ne me rappelle plus à quelle heure je finis par rentrer chez mes parents, sans doute vers trois/quatre heures du matin.

Comme des dizaines de milliers d’autres Casablancais, je ne pouvais me résoudre à rester chez moi. Il me fallait sortir et participer au deuil collectif et sortir. En voiture avec mes parents, en route vers je ne sais plus où, nous fûmes bloqués, je crois au niveau d’Al Massira al khadra, par un cortège funéraire, composé comme toujours et partout à Casa ces deux jours-là par l’assortiment habituel de collégiens, diplomés-chômeurs, femmes au foyer, commerçants ambulants, gardiens de parking eet autres représentants du Maroc d’en bas. C’est à ce moment que j’ai pleuré. J’ai pleuré à un autre moment, mais c’était après les funérailles, en regardant un documentaire sur 2M je crois, avec des images du défunt du début des années 60.

Je ne sais pas au juste ce que j’ai pleuré. Je n’ai certes jamais été un républicain, mais j’ai aussi longtemps que je m’en souvienne été écœuré par la propagande du régime, ses crimes et son iniquité. J’ai toujours été allergique au Matin du Sahara, à la RTM, à Mustapha Alaoui et plus encore au libéraux prétendus qui défendaient et de=éfendent encore les crimes et iniquité du régime.

Pourquoi ai-je donc versé des larmes ? Je n’ai jamais été républicain, mais jamais royaliste (au sens littéral du terme) non plus – si je suis monarchiste, c’est que je manque d’imagination pour concevoir un autre système – républicain – pour le Maroc – à supposer qu’un système républicain soit souhaitable, ce dont je n’ai jamais réussi à me persuader en regardant vers le sud ou vers l’est – voire même vers le nord, tant les monarchies nordiques et du Benelux me paraissent plus démocratiques que les républiques latines ou d’Europe centrale. Le choix entre république et monarchie m’a toujours paru comme un faux problème, contrairement au choix entre la démocratie et l’autoritarisme.

Par atavisme familial, je n’ai jamais été un inconditionnel du régime. Mon père a toujours été sympathisant de la vraie USFP, pas le parti administratif qui s’est affublé de ce nom. Les amis marocains que j’ai connus étaient soit apolitiques soit de gauche (allant de la vraie USFP à l’extrême-gauche) soit islamistes (tendance frère musulman). N’ayant pas grandi au Maroc, je n’ai pas subi le matraquage scolaire, médiatique et symbolique sur la centralité et la sacralité du Roi. Par contre, comme souvent en diaspora, j’ai un côté nationaliste affirmé, sans doute en guise de compensation – mais c’est un nationalisme de la nation, pas du Roi.

Je n’ai aucun lien de parenté avec la famille royale. Au contraire, puisque des ancêtres portant mon nom ont eu maille à partir avec des sultans alaouites successifs, épisodes restés dans la mémoire familiale, et servant à expliquer chaque contretemps administratif ou politique connu par l’un d’entre nous, comme si des décennies et dizaines de dahirs de nomination n’avaient pas scellé une réconciliation depuis.

Je n’avais donc aucune raison particulière de pleurer, et à deux reprises en plus. Sans doute faut-il en chercher les causes dans plusieurs directions : le spectacle du lumpenproletariat casablancais faisant preuve d’une générosité étonnante (pleurer un Roi qui fît écraser dans le sang les révoltes populaires du 23 mars 1965 et du 10 juin 1981, et qui ignora superbement tout son règne durant la misère populaire), l’émotivité contagieuse, le rappel de la mort et du passage du temps (je n’avais connu aucun autre Roi du Maroc jusqu’à cette date). Mais c’est sans doute l’effet inconscient du discours médiatique, de la propagande institutionnelle et de la symbolique omniprésente de la monarchie : le Roi, présence de tous les instant et omnipotence reconnue jusque par ses opposants ; le Roi, Amir al mouminine, père de la nation – position soulignée par l’extraordinaire pratique discursive de Hassan II, et son fameux cha’ab al aziz. Surtout, c’est le sentiment du gâchis : un peuple pleurant un Roi qui l’avait ignoré et opprimé, un Roi ayant opprimé et ignoré un peuple très largement affligé à sa mort. La misère et la répression étaient-ils le résultat d’une méprise ? La seule réponse rationnelle est non, mais affectivement j’ai sans doute cédé à l’illusion.

La suite du samedi 24 juillet, je la passais dehors, à suivre les cortèges qui traversaient la vile pour se retrouver sur l’esplanade de la Mosquée Hassan II. Ca aussi, un symbole : le scandaleux rackett organisé lors de la collecte des fonds pour l’édification de la mosquée Hassan II en avait détourné les habitants de Casablanca. L’atmosphère était calme, presque bon enfant, avec les cortèges sonores s’asseyant pour se reposer, semblant fatigués mais arrivés au but, sans savoir quoi faire, ne voulant ni rentrer et ne sachant pas comment continuer. Me baladant sur le boulevard Moulay Youssef, une canette de Coca à la main, un gamin traînant derrière un cortège, assoiffé par le soleil de plomb, me demanda une gorgée, et je lui donnais ma canette.

Plus tard, je crois que c’était le dimanche matin sans en être sûr, je fus contacté par un collègue suédois – j’étais en vacances – qui se trouvait être remplaçant à Dagens Eko, l’émission d’actualités phare de Sveriges Radio, pour l’été. Il m’appela alors que je me trouvais sur l’avenue Hassan II, sous les arcades près de la place des Nations-Unies. J’acceptais de passer en direct, et il m’interrogea sur les réactions populaires, qui apparemment avaient marqué les observateurs étrangers. Pris dans l’ambiance du moment, je lui dis que le Maroc avait un régime autoritaire, mais que les réactions du peuple marocain étaient assimilables à celles des enfants d’un père brutal et violent – à sa mort, en dépit de tout, ils ressentiront souvent du chagrin, en dépit de tout. Juste au moment où j’étais interviewé, un groupe d’une vingtaine d’adolescents tentait de prendre d’assaut un bus, probablement dans l’espoir de se rendre à Rabat. Je courais après les gamins et le bus, comme plusieurs autres badauds, racontant essoufflé ce à quoi j’assistais – m’écoutant par la suite, à mon retour en Suède, cette séquence donnait l’impression d’une mini-émeute, impression totalement erronée bien évidemment.

Vinrent ensuite les funérailles : j’aurais du me déplacer à Rabat, mais je suis finalement resté à Casa, à suivre l’impressionnant cortège de dignitaires étrangers, les scènes d’hystérie collective de la foule, et la prière du mort dans son dénuement (bien que la tardivité de l’enterrement, près de 48 heures après la mort de Hassan II, n’est pas été très orthodoxe – et je me rappelle de la hâte du premier ministre d’autoriser rapidement la vente d’alcool quelques jours après les funérailles en dépit des 40 jours de deuil officiellement décrétés).

J’ai lu et entendu des commentaires sur les scènes de deuil populaire : émanant parfois d’ami ou connaissances foncièrement anti-régime, ils ne m’ont pas paru coïncider avec ce que j’avais vu lors de ces deux jours à Casablanca. Ces commentaires m’ont plutôt paru révéler l’impossibilité de reconnaître la popularité non seulement de la monarchie, mais du Roi défunt – de la même façon incrédule qu’ont de nombreuses personnes aujourd’hui à reconnaître la popularité de Berlusconi, George Bush, Sarkozy et autres satrapes, occidentaux ou orientaux.

Quelle leçon tirer de cette expérience ? La première, c’est de se méfier de la personnalisation de l’histoire et de la politique : dans le cas du Maroc, rient n’indique que le système makhzénien ait connue une mue déterminante ce 23 juillet 1999, principalement parce que cette mue relative avait commencé huit années plus tôt, avec les effets directs de la publication de « Notre ami le Roi » de Gilles Perrault : libération d’une majorité écrasante des prisonniers politiques, retour de nombreux exilés, fermeture de cet Auschwitz marocain (génocide en moins) que fut Tazmamart, libération de la famille Oufkir, puis enclenchement de la fausse alternance qui aura eu la peau de l’USFP.

Ce que nous vivons aujourd’hui est la poursuite de cette évolution : à la répression féroce des années de plomb, qui recouvrèrent presque trois décennies (1965-1991), succéda une domination généralement moins brutale que la précédente (plus d’assassinats, des répressions d’émeutes remises entre les mains de la police et non plus de l’armée, une censure préalable de la presse allégée), mais sans que les caractères fondamentaux du régime n’en soient affectés : répression violente des mouvements de protestation, fussent-ils pacifiques ; répression ciblée mais systématique de la presse indépendante ; procès politiques iniques ; législation anti-terroriste permettant les travestis de justice ; corruption endémique ; et surtout monopole institutionnel du pouvoir, dans l’absence d’autres contre-pouvoirs que la peur des émeutes, les pressions (trop rares) des bailleurs de fonds étrangers et la crainte du qu’on dira-t-on des quelques médias occidentaux s’intéressant au Maroc. Même la politique sociale – et il est indéniable que le Roi Mohammed Vi fait montre d’une fibre sociale, contrairement à son père – avait connu une inflexion dans les dernières années du règne de Hassan II, qui avait lancé dans les années 90 l’électrification tardive des campagnes et le raccordement à l’eau potable.
Si comme Abdallah Laroui on prend une perspective de long terme sur l’histoire du Maroc, l’héritage hassanien aura été de léguer un Etat fort, ayant finalement imposé le monopole de la violence à son profit (après des siècles de tentatives infructueuses, et prenant en compte que certains de nos voisins n’en sont toujours pas là), et rétabli un semblant d’intégrité territoriale. Mais en léguant cet Etat fort il aura aussi légué un système politique en phase de décomposition avancée, une société plus pauvre qu’elle ne le devrait au regard des ressources du Maroc, et une corruption érigée en institution.

Les hommes passent, les institutions demeurent.

Hommage aux hôtesses de l’air marocaines

Il ne s’agit pas de ce que vous pensez. Le récent crash de l’Airbus 310 de Yemenia Airways a coûté la vie à deux hôtesses de l’air marocaines. L’ambassade du Maroc à Sanaa, capitale du Yemen, a assisté à une veillée religieuse en mémoire de ces deux femmes, victimes de leur travail. Dans le compte-rendu qu’il en fait, Le Matin du Sahara rapporte ce qui suit, qui prend plus de la moitié de l’article:

A cette occasion, des prières ont été élevées implorant Dieu de préserver S.M. le Roi Mohammed VI, d’accorder longue vie à Sa Majesté et de combler le Souverain en la personne de SAR le Prince Héritier Moulay El Hassan, de SAR la Princesse Lalla Khadija, de SAR le Prince Moulay Rachid et de l’ensemble des membres de l’illustre famille Royale.

Les membres de la communauté marocaine résidant au Yémen se sont, en outre, félicités de cette louable initiative entreprise par l’ambassade et ont salué l’intérêt constant qu’elle leur accorde, selon le communiqué.

C’était vraiment indispensable de rajouter ça à cette occasion, hein?

Maroc: la menace juive

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Les juifs mènent au Maroc une propagande pernicieuse. Des étudiants marocains propagent la propagande juive à leur retour d’Israël. Heureusement, des responsables associatifs et politiques manifestent leur aversion pour le judaïsme. Au Maroc, les juifs se réunissent furtivement et en petits groupes, refusent de se mêler aux autres Marocains et l’entrée de leurs réunions, rituelles ou non, est gardée par des malabars. Le judaïsme est une atteinte aux fondamentaux du Royaume, dont son ciment, le rite malékite. Le judaïsme est à la solde des velléités hégémoniques d’Israël. Les autorités suivent l’évolution de l’activisme juif au Maroc. Des parlementaires marocains dénoncent « le danger du judaïsme, qui se situe au niveau de la division qu’il peut créer au sein de la nation« . La lutte contre les manoeuvres juives est « le fondement de la sécurité religieuse, élément central de la stabilité du pays, elle-même condition sine qua non de la démocratie« , selon un éditorialiste qui n’écrit pas ses propres éditoriaux, par ailleurs président de la Fédération des médias du Maroc. L’activisme juif au Maroc est le fait d’associations socio-culturelles, d’organisations juives non reconnues ou souterraines, ou des particuliers. Au Maroc, les groupuscules juifs, un à deux milliers de personnes selon des sources bien informées, sont financés et appuyés par les services israëliens. En Israël même, le rabbinat n’a d’autre projet que le maintien de son propre pouvoir et des prébendes qui vont avec. Le port du hijab est d’ailleurs un élément des visées juives contre le Maghreb. Des universitaires marocains se rendent à l’évidence: « le judaïsme est la pièce maîtresse du projet israëlien expansionniste« . De petites «cellules militantes dormantes» s’activent et donnent naissance à des associations juives. Des éditorialistes éclairés le reconnaissent volontiers: « Israël mène bien une guerre de judaïsation et d’ascendance sur les minorités juives dans le monde. Son action porte en elle la dissension et l’odeur acre des guerres civiles« .

Il est donc bon que « les autorités compétentes aient lancé une campagne contre les livres faisant l’apologie du judaïsme« . Mais « la purge des outils de propagande juive » concerne tout un chacun:

Le ministère de l’Intérieur est un département qui a la lourde responsabilité de préserver la sécurité du pays et des citoyens sous toutes ses formes. Mais, c’est un département qui est censé être assisté par toutes les autres administrations de l’Etat qui ont l’obligation d’observer, d’étudier, d’analyser, de constater et, ce qui est très important, d’alerter, chacune dans son domaine, contre tout ce qui est susceptible de porter atteinte au pays ou de menacer ses citoyens. Se cantonner dans la position, confortable, du spectateur indifférent et tout mettre sur le dos de l’administration territoriale est une attitude qui est facilement qualifiable de délit d’omission.

Bon c’est pas tout ça, dans le rayon des bonnes nouvelles, veuillez noter que « la diplomatie culturelle marocaine est un outil de promotion du dialogue entre les cultures, les civilisations et les religions, a affirmé l’ambassadeur du Maroc à Hanoi, El Houcine Fardani », lequel a « souligné le rôle du Maroc dans la promotion du dialogue interculturel et interreligieux, mettant en relief le message et les valeurs véhiculés par la diplomatie culturelle marocaine, à savoir la tolérance, le respect de l’autre, la solidarité et la paix« , rajoutant:

«Le Maroc, de par sa position géographique et son histoire séculaire, constitue un pont entre les cultures arabo-musulmanes, africaines et européennes»

«La personnalité culturelle marocaine s’est forgée à travers des siècles de métissage culturel»

C’est d’ailleurs une constante de la politique intérieure et extérieure marocaine, selon les propos de la secrétaire d’Etat aux affaires étrangères Latifa Akherbach:

« La nécessite d’asseoir un dialogue entre les civilisations a été érigé en ligne de conduite, amenant le Maroc à promouvoir, à travers ses politiques intérieure et extérieure, les principes de tolérance, de respect de l’altérité, d’ouverture et de modernité »

Cette démarche reflète

« la capacité du Maroc à privilégier la synthèse et non pas l’exclusion et plus encore, elles sont mises en œuvre à travers une véritable stratégie nationale de promotion de la diversité culturelle et un engagement international contre toutes les formes d’extrémisme et du rejet d’autrui. Parce que l’alliance des civilisations est enracinée dans notre mémoire, dans nos traditions, dans notre système de gouvernance religieuse, le Maroc s’est investi de manière volontariste pour la réussite du dialogue interculturel, seul à même de défaire les logiques univoques que véhiculent souvent les tenants de la thèse du choc des civilisations et de la confrontation entre les religions et les peuples »

La même source ne précise-t-elle d’ailleurs pas que

le dialogue interreligieux est une composante essentielle de la dynamique vertueuse à installer et à promouvoir pour que la fusion des différences continue, comme depuis toujours, à être le moteur du progrès humain

CORRIGENDUM: un lecteur attentif me fait remarquer qu’un bug informatique semble avoir atteint les deux premiers paragraphes de ce post. Il a parfaitement raison: les mots « Israël« , « juif« , « juive« , « juifs« , « judaïsme » et « judaïsation » doivent être remplacés par « Iran« , « chiite« , « chiites« , « chiisme » et « chiisation« . Mes excuses aux intéressés – mes fidèles lecteurs auront pour leur part rectifié d’eux-mêmes.

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