« La prostitution fait partie du développement économique de la région »

Le plan Azur contribue au développement du Royaume, à en croire cet article sur Saïdia, station estivale à la frontière algéro-marocaine:

Marrakech et Agadir ne sont pas les seules villes où la prostitution monte en flèche. A Saïdia, le coût de la vie de plus en plus élevé, le chômage et des situations familiales précaires poussent de nombreuses femmes à se prostituer. Reportage. (…)

« Je ne sors pas tous les soirs pour travailler. La journée, je suis serveuse dans un restaurant de la marina, mais cela ne me fait pas gagner assez. Dans l’Oriental, il n’y a pas de vrai travail avec un bon salaire pour les femmes. Alors je n’ai pas le choix », résume-t-elle. Ces « extras », elle les monnaye entre 700 et 800 dirhams au printemps et 1 000 dirhams en été. Fraîchement divorcée, elle transfère une grande partie de l’argent à ses sœurs qui gardent sa petite fille de 4 ans à Rabat. « Mes sœurs ignorent le travail que je fais », avoue-t-elle. (…)

«Je me prostitue depuis mes 17 ans. Je le fais toujours avec la peur au ventre. Même après tant d’années, c’est toujours aussi difficile. On ne s’habitue jamais». Fatima

« C’est toujours dangereux, on ne sait jamais sur qui on tombe. Les Rifains sont souvent très violents », confie Asmae. (…)

« A cette heure-là, impossible de trouver une fille qui ne soit pas une prostituée ici », juge Yassine, jeune étudiant oujdi attablé avec trois amis. Depuis la création de la station balnéaire en 2008, le phénomène de prostitution a pris de l’ampleur. « Elles sont de plus en plus nombreuses. La région était vide avant, alors c’est un marché vierge. Saïdia est connue pour cela maintenant », raconte Rachid, patron d’un restaurant de la marina, avant de poursuivre « Dans l’Oriental, les femmes et les hommes sont séparés depuis l’enfance. Du coup, dès qu’ils peuvent se le permettre, et notamment avec l’argent des trafics, les Rifains viennent dans les boîtes et ils payent. On laisse faire et on ignore le problème parce que la prostitution fait partie du développement économique de la région », estime-t-il. (Le Soir 25/9/2011)

Et ces bienfaits se répandent à travers le Royaume, à en croire ces avis de touristes:

  • Une dernière chose, j’ai remarqué la presence de prostitués dans le hall, vers 20h00 / 20h30 …. Etant avec femme, enfant et amis, ça m’a un peu dérangé …. je dirais qu’une presence si visible, risque de nuir à force à ce superbe etablissement.
  • L’Hotel est envahi de prostituées (attirées par la clientèle du casino et de la discothèque).
  • “Grand lupanar de luxe….”
  •  L’hôtel est dès le début de soirée envahit par des groupes de jeunes femmes qui ne viennent pas là pour profiter des installations du Spa mais bien pour vendre leurs charmes!.. Cela est terriblement désagréable et vraiment glauque et surtout totalement indigne d’un établissement qui se revendique palace… Impossible de ne pas y faire attention, elles viennent s’asseoir à côté de vous et vous fixe du regard lourdement.
    Dérangeant quand vous êtes en voyage en amoureux et pas vraiment en ligne avec l’image que l’hôtel vend. Je ne saurai que ne pas recommander l’hôtel aux familles et couples.. Et le laisser aux personnes avides de jeux et de plaisirs diverses…

Les antécédents des prostituées

CAMPAA~1
Je viens de lire ceci, dans un livre déniché tantôt chez un bouquiniste:

En résumé, il semble ressortir de cette étude que les causes ayant amené les femmes à la prostitution sont extrêmement diverses. Elles comprennent la faiblesse mentale et physique, les traits de caractère, les foyers malheureux et brisés, la mauvaise éducation, la négligence dont elles ont été victimes dans leur enfanceet leur adolescence, les mauvaises conditions de travail, les bas salaires, les emplois monotones et peu intéressants, le chômage, le brusque besoin d’argent, les charges qu’entraîne l’obligation d’entretenir des enfants et autres personnes, et l’influence des prostituées et des entremetteurs.

Il va de soi, cependant, qu’en un certain sens, ces causes sont d’ordre secondaire puisqu’elles n’entrent en jeu que lorsqu’il existe une demande de prostituées. Dès lors que cette demande existe, elles correspondent en tout cas à assurer l’offre correspondante; à défaut, elles continueraient sans doute d’agir, mais leurs résultats seraient manifestement différents. Les causes primaires seront toujours, nécessairement, la demande de prostituées – quelle que soit son origine – et l’acceptation, par l’opinion publique, de la prostitution, faits qui, l’un et l’autre, sont subordonnés à la philosophie et à la morale courantes, aux coutumes, aux traditions, à l’éducation et à la structure de la société. La prostitution n’est donc pas un phénomène isolé, non plus qu’elle n’est causée par la stupidité, la pauvreté, la paresse ou le vice d’un petit nombre de femmes. Bien au contraire, on l’a justement décrite comme étant « si subtilement et profondément enracinée qu’elle ne peut être sensible qu’à des influences exerçant leurs effets sur tous nos modes de pensée et de sentiment et sur toutes nos coutumes sociales » (1). Lorsqu’on étudie les faits exposés dans le présent rapport, il ne faut jamais perdre de vue les causes fondamentales de la prostitution.

(1) Havelock Ellis, « The task of social hygiene », Constable, London, p. 303

De qui sont ces lignes? Judith Butler, dans l’introduction à son rapport sur la prostitution commandé par le ministère suédois de la justice avant l’adoption en 1998 de la loi criminalisant l’achat des services des prostitué-e-s (l’offre de ces services n’est pas punissable quant à elle) (1)? Pierre Bourdieu, dans La domination masculine? Michel Foucault dans l’Histoire de la sexualité? Marcela Iacub, dans sa récente tribune dans Libération?

Du tout. C’est un extrait (pp. 76-77) d’un rapport n° C.218.M.120.1938.IV intitulé « Enquête sur les mesures de relèvement des prostituées (première partie): les antécédents des prostituées » de la Commission consultative sociale de la Société des Nations paru à Genève en 1938 – les auteurs du rapport ne sont pas identifiés. On s’imagine toujours que notre époque est la plus moderne et avancée, mais voilà des propos vieux de 71 ans d’une très grande fraîcheur: le problème de la prostitution n’est pas à chercher du côté des prostituées, mais des clients. Ce n’est pas un problème de vices quelconques du côté de la prostituée, mais un problème structurel de normes et d’acceptation sociales de l’achat des services des prostituées par les clients hommes. On n’est pas dans la supply-side economics, mais dans la demand-driven sociology. Le problème n’est pas à chercher auprès des prostituées italiennes et de l’Est venues donner l’illusion de sa virilité à Berlusconi, mais auprès de Berlusconi lui-même.

(1) En vertu du chapitre 6 article 11 du Code pénal suédois (Brottsbalken), est puni d’amende ou de six mois de prison quiconque se procure des relations sexuelles temporaires contre compensation financière, la punition étant encourue même si le paiement émane d’un tiers. Il est intéressant de noter qu’un des arguments utilisés par les défenseurs de Berlusconi pour excuser ses frasques pathétiques est qu’il n’aurait pas payé les prostituées de sa poche.

“If I had my way, I’d destroy all the mosques and spread the whores around a little more”

On aura beau dire, mais l’Irak sans Saddam Hussein, le jeu en valait la chandelle:

One police detective said he would not dream of enforcing the law against prostitutes. “They’re the best sources we have,” said the detective, whose name is being withheld for his safety. “They know everything about JAM and Al Qaeda members,” he said, using the acronym for Jaish al-Mahdi or Mahdi Army, a Shiite militia.

The detective added that the only problem his men had was that neighbors got the wrong idea when detectives visited the houses where prostitutes were known to live. They really do just want to talk, he said.

If I had my way, I’d destroy all the mosques and spread the whores around a little more,” the detective said. “At least they’re not sectarian.”

Je ne suis pas sûr que ce langage ne puisse être tenu par des sécuritaires d’autres pays arabes, Maroc compris – lesquels se différencient cependant des péripateticiennes sur le plan du sectarisme. Et si ce détective moderniste et laïc en aurait assez de son harassant travail, nul doute qu’il pourrait se reconvertir dans une belle carrière éditoriale.

Le sionisme, jusque dans les bordels de Pattaya (Thaïlande)

Lu dans Haaretz, l’article « What do Israeli sex tourists in Thailand really think?« :

Another interviewee, 26, went even further when he explained to Brucker about the ideological messages he insists on relaying to the prostitutes. « I give them a lot of Zionism, lots of Zionism. I talk about Israel constantly, about the army, how much I don’t like Arabs and that they shouldn’t go with Arabs? I tell them I was a paratrooper and that I fought the Arabs who killed my commander. I tell them that in Israel, radical Muslims carry out terror attacks. Somehow it isn’t easy to explain it to them, but I try. »

Le chercheur israëlien Guy Brucker, anthropologue de formation, fait ensuite un lien de causalité empiriquement douteux entre tourisme sexuel et service militaire en Israël – le Maroc est plein de touristes sexuels n’ayant jamais fait leur service militaire en Israël:

Brucker surmises that Israeli sex tourism, like domestic violence and sexist attitudes towards women, is directly connected to service in the IDF. As a combat fighter who was wounded during his service in the Israel Air Force’s elite Shaldag commando unit, and through his work at a facility researching behavior of IDF troops, Brucker sees a clear connection between IDF service and sex tourism.

« You see how we have a culture of personal glorification, of saying that who you are is related to the occupation of the other. This is how people grow, through the subjugation of others. It’s possible to see this in the way we don’t acknowledge what is happening in Gaza or the failures of the Second Lebanon War. We see these as the result of us not finishing the job, because the resistance of the prostitute was too strong. She said there was a limit to how much you can trample on her. »

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