« C’est la seule manière de faire changer progressivement les mentalités et l’attitude de ces femmes »

"Le problème, c'est la mentalité et l'attitude de ces femmes musulmanes..."

« Le problème, c’est la mentalité et l’attitude de ces femmes musulmanes… »

Mes pérégrinations sur Internet m’ont amené à lire cet ancien entretien accordé à Radio Netherlands par la secrétaire-générale bulgare de l’UNESCO, Irina Bokova, et qui date de 2009 (c’est l’avantage d’être bloggeur à son compte, on est seul juge de l’intérêt à publier de ce qu’on écrit…). J’avais cru comprendre que les ressortissants des anciens pays dits de l’Est n’étaient pas à la pointe du combat pour une multiculturalité postcoloniale, mais là je suis tout de même assez surpris de ce que je lis. La surprise vaut pour les questions de la radio néerlandaise, apparemment axées surtout sur l’islam – vu l’obsession récente des Pays-Bas avec l’islam, je ne devrais cependant pas être surpris outre mesure – mais surtout des réponses de Bokova.

Il faut peut-être rappeler qu’Irina Bokova commença sa carrière diplomatique en Bulgarie sous le riant régime de Todor Jivkov, dernier véritable leader communiste de la Bulgarie, qui lança une campagne d’assimilation forcée des musulmans bulgares, et surtout ceux d’ethnicité turque. Cette campagne pourrait sans doute constituer le prochain programme de l’UMP ou du PS aux élections présidentielles françaises, tant les similarités sont frappantes: bulgarisation forcée des noms avec élimination des noms et prénoms à consonance turque; interdiction des vêtements traditionnels (ceci englobe le foulard), interdire l’usage du turc et fermer les mosquées (c’est peut-être ce dernier point qui est le seul à ne pas encore être sérieusement discuté entre politiciens français de bonne et républicaine compagnie, mais ne perdons pas espoir)…

"Comment faire comprendre à Tawakkol Karman que sa mentalité et son attitude doivent évoluer?"

« Comment faire comprendre à Tawakkol Karman que sa mentalité et son attitude doivent évoluer? »

Il fallut la chute du communisme pour qu’il soit mis fin à cette politique d’assimilation forcée, qui aboutit à l’exil forcé de centaines de milliers de musulmans bulgares (la Bulgarie doit par ailleurs être l’un des seuls pays au monde où le nombre de musulmans tels que recensés lors du recensement ait chuté en nombre absolu entre 1946 et 2011 – de près d’un million à un peu plus d’un demi-million) – cet exil forcé et la politique y ayant abouti ont été reconnus en 2010 par le Parlement bulgare comme constituant de la purification ethnique.

« Personnellement, je suis contre le port de la burqa. Certaines femmes ne peuvent même pas voir correctement. C’est un dénigrement pour les femmes, cause des problèmes et donne aux femmes l’impression qu’elles sont inférieures aux hommes. « 

Pas grand chose à y redire – personnellement, la burqa ou le niqab me révulsent – comme les mi-bas, les anneaux dans le nez, les chemisettes portées avec une cravate ou le chandail noué autour du cou. Continuons.

« Je pense que l’UNESCO doit faire un grand effort et se concentrer sur l’éducation, encore l’éducation et toujours l’éducation pour les femmes musulmanes. Je pense que là est la priorité numéro 1. C’est la seule manière de faire changer progressivement les mentalités et l’attitude de ces femmes. Il ne sert à rien de dire : Je suis pour cela, je suis contre cela. Nous avons quelque chose à faire et je pense que nous pouvons le changer en transformant la société. »

"Qui est le con qui a inscrit une visite de mosquée sur mon agenda?"

« Qui est le con qui a inscrit une visite de mosquée sur mon agenda? »

Relisons ensemble: l’UNESCO doit se concentrer sur l’éducation des femmes musulmanes afin de faire changer leur mentalité et leur attitude. Le problème des femmes musulmanes, ce n’est pas éventuellement leur situation socio-économique, leur statut juridique discriminatoire ou les violences – domestiques, de guerre ou autres – dont elles sont victimes. Non, leur problème, c’est leur mentalité et leur attitude, et sans doute leur goût excessif pour des tissus leur couvrant les cheveux. Et ces femmes musulmanes seront sauvées par Irina Bokova et son UNESCO.

"C'est dur mon boulot, je suis obligée de sourire aux côtés de Hayat Sindi alors que l'envie me démange de modifier sa mentalité et son attitude"

« C’est dur mon boulot, je suis obligée de sourire aux côtés de Hayat Sindi alors que l’envie me démange de modifier sa mentalité et son attitude »

Sans remonter à la politique d’assimilation forcée de ses premières années professionnelles, voilà donc la femme musulmane vue comme une mineure, à l’attitude et à la mentalité rétrogrades, et que l’UNESCO, dirigée par une Européenne de fraîche date (ça ferait un bon sujet d’agrégation d’histoire des idées politiques: depuis quand la Bulgarie fait-elle partie de l’Europe en tant que concept idéologique?), doit remonter pour qu’elle accède aux Lumières. Une femme musulmane arriérée et passive, attendant la bienfaisance et charité occidentales disséminées par l’UNESCO à moins que, comme en Afghanistan, on lui amène cette bienfaisance entre un drone, deux bombardements et trois patrouilles de l’OTAN.

Ca rappelle le bon vieux temps: l’Occident apportant les Lumières aux femmes musulmanes arriérées.

Sauf que:

L’éducation, mission souvent avancée pour légitimer le fait colonial ne semble avoir guère touché les filles et a même creusé les écarts entre filles et garçons. D’après l’UNESCO, en 1950 le pourcentage d’enfants scolarisés dans le primaire est de 10% dans les colonies françaises. En Algérie sur ces 10% seulement 1/3 sont des filles. En AOF, en 1908, on compte une fille pour 11 garçons scolarisés, en 1938 une fille pour 9 garçons, en 1954 une fille pour 5 garçons. Ces différences sont, en grande partie, du fait de l’administration coloniale qui a des réticences à ouvrir l’enseignement aux filles. (…)

On ne peut évoquer l’enseignement dans les colonies sans parler du rôle essentiel qu’ont joué très tôt les missionnaires dans ce domaine. Rebecca Rogers n’hésite pas à parler à leur propos « d’échec de la mission civilisatrice » car, dit-elle, si le discours se veut émancipateur en se proposant d’améliorer le statut des femmes grâce à l’instruction et au mariage monogame, il renforce en fait la domestication et la dépendance économiques des femmes (on retrouve fréquemment des anciennes élèves domestiques chez des Européennes !). (Dominique Santelli, « Femmes et colonisations », 2005)

A partir du début du XXe siècle, le statut des femmes « indigènes » devient  d’ailleurs un marqueur central de l’état de civilisation. L’administration coloniale s’engage alors à mettre en place un programme ambitieux visant à moderniser et à moraliser les femmes tout en les émancipant de « leurs hommes ». Cette politique a pour effet essentiel de placer les femmes « indigènes » dans une position paradoxale très inconfortable. (…)

A cela s’ajoute le fait que le féminisme colonial – qui a été globalement, pendant toute la période coloniale, anti-arabe et anti-musulman − a fait, lui aussi, de la question des femmes un des enjeux de la « mission civilisatrice » et de la politique assimilationniste de la France.

Les auteurs de l’époque, féministes ou pas, le confirment d’ailleurs très explicitement. Ainsi de Marie Bugéja qui écrit : « La conquête morale ne doit pas comprendre que la population masculine, la femme doit être d’autant plus comprise, dans cet essor, que c’est par elle, en tous pays, que le rapprochement s’opère complètement » à E.F. Gauthier qui note : « Nous sommes pleins de pitié pour les femmes musulmanes cloîtrées et tyrannisées, leur émancipation nous paraît un devoir d’humanité, une loi du progrès », le discours est homogène et repose sur deux idées forces.

La première est que la colonisation va porter secours aux femmes « indigènes » et les libérer du carcan patriarcal qui les opprime, tout en le transformant en « agents » de l’assimilation de l’ensemble de la société (notamment par le biais de l’éducation donnée aux enfants). La seconde est – en instrumentalisant et en manipulant une présentation pourtant souvent réaliste de la condition des femmes que les hommes maghrébins doivent intérioriser, parce qu’ils sont les oppresseurs – de créer chez eux un sentiment d’infériorité qui prend racine dans leur « arriération », tout en leur faisant intégrer une image négative d’eux-mêmes qui légitime la supériorité morale et civilisationnelle de la colonisation et l’abandon des valeurs arabo-musulmanes de leur société d’origine. (Christelle Taraud, « Genre, sexualité et colonisation: La colonisation française au Maghreb », 2013)

Et cette volonté d’émanciper des femmes musulmanes – passives et réduites à l’état de figures de rhétorique – n’est pas morte avec la colonisation:

L’Autre, et en l’occurrence la femme immigrée et/ou musulmane, est donc construite comme « différente ». Nous sommes face à un « elles » et « nous » symbolique, terreau du racisme mais surtout à un rapport de pouvoir qui placerait la femme « blanche » dans un rapport de domination avec les femmes « racisées » (Laetitia Dechaufour, 2007), il s’agit bien là d’un rapport de pouvoir entre les femmes ellesmêmes. La femme « arabe/immigrée » est instrumentalisée afin de conforter une
opposition entre un Occident moderne, éclairé contre un Orient barbare et obscurantiste.
Prenons à titre d’exemple les débats autour du foulard islamique qui ont agité la classe politique mais aussi les mouvements féministes en France et en Belgique : afin de lutter contre le symbole par excellence de l’oppression de la femme, en France, une loi a été votée, et en Belgique, le chef d’établissement peut l’interdire à travers le règlement d’Ordre Intérieur. Or ceux qui justement prétendent se battre pour l’émancipation des femmes, soutiennent et cautionnent une loi et un règlement qui justement renvoient ces écolières vers un espace domestique jugé oppressant par ces mêmes mouvements… Une certaine frange des mouvements féministe auraient dû privilégier la cause pour la libération et la lutte contre toutes les formes de domination et non pas le « symbole ».

Dans cette perspective, il convient de préciser que le « voilement » ou le « dévoilement » des femmes ne date pas d’aujourd’hui et a une histoire. À l’époque coloniale déjà, en Algérie, où ces dernières étaient prises en otage au cœur des luttes colonialistes et nationalistes : elles étaient les « gardiennes de la nation » aux yeux des colonisés comme des colonisateurs. Le droit de voiler ou de dévoiler est donc un droit et un privilège que s’arrogeaient les hommes dominants et dominés.
Aussi, tout comme il est essentiel de dénoncer le rapport de domination des hommes sur les femmes, il faut reconnaître qu’il existe un rapport de domination des femmes « blanches » sur les femmes « racisées » (L. Duchaufour). (Malika Hamidi, « Racisme, idéologie post – coloniale … Et les femmes dans tout cela?« , 2008)

J’oubliais: Irina Bokova est socialiste, tout comme Caroline Fourest  et Elisabeth Badinter (si j’en entends qui ricanent au fond…).

"Je me sens tellement émancipée, à couvrir mes cheveux par respect pour le Pape, rien à voir avec ces pauvres musulmanes"

« Je me sens tellement émancipée, à couvrir mes cheveux par respect pour le Pape, rien à voir avec ces pauvres musulmanes »

Ironiquement, le concurrent principal d’Irina Bokova au poste de SG de l’UNESCO était l’inénarrable et inamovible ministre de la culture égyptien Farouk Hosni, francophile, très proche de Suzanne Moubarak, largement réputé être homosexuel dans une société égyptienne peu compréhensive à cet égard, et surtout accusé d’antisémitisme, ce qui lui ôta toute chance de l’emporter face à Bokova. Il s’avère que Hosni avait des idées pas si éloignées que ça de Bokova sur le sujet, estimant que le voile (et non pas le niqab) était un signe d’arriération. C’était peut-être une condition requise pour postuler au poste finalement…

Infos complémentaires sur John Ging: « Gaza est comparable au génocide du Rwanda et à la purification ethnique des Balkans »

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Les personnalités les plus marquantes de cette guerre d’agression israëlienne sont, outre le peuple palestinien martyre et les journalistes arabes présents à Gaza, des non-arabes: Hugo Chavez, Evo Morales, Recep Tayyip Erdogan, Erik Fosse et Mads Gilbert, Miguel D’Escoto Brockmann, et j’en oublie. Les dirigeants arabes? Le mieux c’est de ne pas les commenter, sur un blog public et donc susceptible d’être lu par des moins de dix-huit ans.

Parmi ces personnalités, difficile pour les téléspectateurs d’oublier le regard de braise, les paroles acérées et la détermination d’acier de John Ging, directeur de l’UNRWA à Gaza. WordPress.com ayant rendu payant le postage de vidéos, je vous renvoie au blog Trailing Grouse, qui publie deux extraits d’Al Jazeera – where else? – avec John Ging. Le deuxième extrait est impressionnant, et nul ne devrait jamais penser aux dirigeants arabes sans se rappeler son exhortation:  » to all the politicians, here, in Israel and internationally, you have an obligation, in the name of humanity and of all that is civilised, we need to stop this now. Those who help, will never be forgotten » – je rajouterai « and those who don’t help, will not be forgotten either« . Un journaliste lui demande si Israël est responsable pour le bombardement d’une école de l’UNRWA ayant fait 45 morts civiles.

« Of course, everyone is responsible for their own actions, and it’s very clear to us that there are a lot of actions in this conflict that will need to be fully investigated, independently and internationally. Those who have been killed and injured, those who are innocent, deserve accountability. But right now, right now, what we need is an end to the fighting, and then we will go on to the rest of the issues. So I ask everybody to remember today, that more children have died today and more will die tomorrow unless the fighting stops. those who are doing the killing are responsible for their actions. Those at the political level who are not doing enough to find a solution are responsible for their failure (…)« 

En jugeant des actions et inactions de chacun, à mesure du niveau de pouvoir qu’ils détiennenet, n’oublions jamais ces propos.

John Ging est un juriste, ancien officier irlandais, présent au Rwanda lors du génocide de 1994 ainsi que dans les Balkans. Comme l’écrit l’Irish Times, il a donné la voix aux sans-voix de Gaza, et refuse toute gloriole personnelle:

When asked for personal background for this profile, Ging told The Irish Times to feature a double-amputee child from Gaza instead of him. He insists that the heroes of this dark chapter of Gaza’s history are the people of Gaza and the refugees whom UNRWA serves. They have suffered untold tragedy and they should be featured, not him.

His response was typical of the man. Forthright, frank and no respecter of political correctness or the sensitivities of UN members who do not take kindly to criticism of Israel, Ging is a man fighting a war against man’s inhumanity to man. But he does not stand alone. He is joined in this battle by UNRWA’s commissioner general Karen Abu Zayed and her deputy, Filippo Grandi.

Comme indiqué, il a connu le Rwanda du génocide et les balkans de la purification ethnique, et pourtant il estime que ce qu’il a vu à Gaza est le pire qu’il ait vu de sa vie:

Ging has said he has never experienced anything quite as disturbing as what is happening in Gaza. He said he was in Rwanda at the time of the genocide and in the Balkans during the ethnic cleansing.

Ah oui, j’ai compris: c’est un islamiste antisémite.

Etonnant sinon combien d’Irlandais sont sensibles à la cause palestinienne – Robert Fisk est d’origine irlandaise, sans parler des peintures murales de Belfast:
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Rétroactes:
– « John Ging (UNRWA): “ce qu’il faut, à Gaza, c’est rétablir la règle de droit”« ;
– « John Ging: “il faut d’abord arrêter la violence, ensuite on peut s’occuper d’aide humanitaire”« ;
– « UNRWA: “La situation est atroce (…) peu de gens en dehors de Gaza mesurent l’horreur de la situation ici”« ;
– « Trois écoles de l’UNRWA bombardées en 24 heures, 43 morts« ;
– « Sourire aux lèvres« 

De Rabin à Olmert, la purification ethnique continue à Al Qods (Jérusalem)

Un rapport assez ancien (2004) du Jerusalem Institute for Israel Studies, « A Fence Around Jerusalem – The Construction of the Security Fence Around Jerusalem: General background and implications for the city and its metropolitan area » qui porte sur les conséquences du mur de l’apartheid sur Al Qods (Jérusalem) et particulièrement sa population palestiniennes apporte des informations intéressantes, et très détaillées concernant la période 1995-2004.

Saviez-vous par exemple que si le mur de l’apartheid fût réalisé à l’initiative de Sharon, sa planification et conception remontent à Rabin, prix Nobel de la paix:

The initial conception and incipient planning of the fence date back to the second government of Yitzhak Rabin, when Moshe Shahal, the Minister of Interior Security, initiated planning for the “seam zone.” (p. 2)

At the beginning of 1995, the wave of suicide bombings which began in late 1994, during the Oslo process, and extensive Palestinian criminal activity — theft of cars and of agricultural implements — led to the formulation of the “seam zone” plan. The term referred to a geographic strip (340 kilometers long, including the Jerusalem area, and ranging in width from a few kilometers to 20 kilometers) along both sides of the Green Line, which would be utilized to preempt and prevent terrorist and criminal activity originating from the West Bank.

On January 31, 1995, ten days after a terrorist attack at the soldiers’ hitchhiking station at Beit Lid junction, the Cabinet instructed the Finance Minister and the Interior Security Minister to set up teams in order to examine ways and means to bring about a separation between the population of sovereign Israel and the Palestinian population in the West Bank and the Gaza Strip, and to consider the economic and security implications of such a separation.3 The decision led to the establishment of a committee headed by Interior Security Minister Moshe Shahal, which drew up a plan based on three principles: Palestinians would be allowed to enter Israel through official crossing points after obtaining an entry permit and undergoing a security check by the Israel Police; the volume of vehicular traffic into Israel from the territories would be reduced and a system introduced to ensure the entry of goods and merchandise in a controlled manner through the official crossing points; and potential infiltrators and vehicles would be prevented (as far as possible) from entering Israel outside these points. The committee recommended the introduction of permanent and continuous routine-security measures (known as batash in the military Hebrew acronym) between the crossing points, this under the responsibility of the Israel Defense Forces (IDF), and the construction of an obstacle on the access routes to prevent infiltration.

In the Jerusalem region the committee recommended the deployment of police and Border Police forces to supervise and oversee those entering the city. More specifically, the committee recommended the creation of six crossing points for goods, vehicles, and people seeking to enter the city from the West Bank. In addition, the committee said, access routes traversing Jerusalem’s area of jurisdiction should be blocked in order to ensure that traffic passed solely through the official crossing points. (pp. 7-8)

Et paradoxalement, ce fût sous Netanyahou que le projet de Rabin puis de Peres fût mis en veilleuse:

In July 1996, Yitzhak Mordechai, the Defense Minister in the new government of Benjamin Netanyahu, declared that he opposed the Rabin government’s separation plan. The plan was put on hold. (p. 9)

Et ce fût en réaction à une initiative d’un leader travailliste, Haïm Ramon (« Against this backdrop, MK Haim Ramon, a ranking figure in the Labor Party, established the Movement for Unilateral Separation« , p. 10), que Sharon initia la réalisation de ce projet travailliste.

La situation des résidents palestiniens d’Al Qods, titulaires d’une carte d’identité israëlienne mais non-citoyens, habitant en dehors des limites municipales d’Al Qods (la ville, annexée à Israël en 1967, s’étend de facto au-delà des limites municipales traditionnelles de jure, et empiète donc sur le territoire cisjordanien non-annexé à Israël) mérite d’être soulignée – ils sont considérés comme résidents permanents en Israël comme n’importe quelle au pair thaïlandaise ou philippine:

First, there is the problem of the East Jerusalem population, who carry Israeli ID cards but reside outside the Jerusalem area of jurisdiction, in Judea and Samaria. They have a singular legal status — permanent residents of Israel who are not citizens and reside outside the territory of the state. From the strictly legal point of view, no obligation exists to find the easiest or the shortest way for this group to enter Jerusalem, as their entry into Jerusalem constitutes a passage between two separate legal entities. (p. 23)

Cette catégorie de Palestiniens-là est donc étrangère dans son propre pays… Et savez-vous pourquoi ils n’habitent plus Al Qods? Parce que les autorités israëliennes n’accordent pas de permis de construire aux Arabes de la ville, alors que les mêmes autorités sont plus généreuses lorsque lesdits permis sont demandés en dehors d’Al Qods, démographie oblige:

The separation fence, especially to the east and north of Jerusalem, will make life very difficult for everyone who lives in East Jerusalem and the adjacent suburbs, and will have a significant impact on the status and economy of the entire city. The fence will split villages and neighborhoods, such as Abu Dis and A-Ram, and in some cases will separate members of the same family or hamula (clan). Unlike most of the separation fence, the obstacle in Jerusalem will divide not only Jews from Arabs but also cut off the Arab neighborhoods of East Jerusalem from the neighborhoods and villages outside the city’s area of jurisdiction. The critical question in this connection is the functioning of the crossing points and their operational regime.

Moreover, as noted above, various difficulties, as well as restrictions imposed by the Israeli authorities, have greatly limited Arab residential construction within Jerusalem. As a result, many Arab residents of the city who hold Israeli ID cards and “residents of the territories” are living in the same suburbs outside the city’s area of jurisdiction (in A-Ram and Al Azariya, for example). In some cases, some members of the same family or clan live in the city while others live outside. The “Jerusalemites” who reside outside the city are heavily dependent on Jerusalem in their everyday life and for the services they need. Thus, many children living outside the city attend schools in East Jerusalem, the residents turn to hospitals in East Jerusalem for medical services, and many hold jobs that are part of the Israeli labor market (including in the Jerusalem Municipality). Conversely, many students who reside in East Jerusalem attend Al Quds University, most of which is located in Abu Dis (outside the municipal area), and the cheaper shopping centers in Al Azariya and A-Ram rely on Jerusalem buyers. (pp. 71-72)

Par ailleurs, les auteurs soulignent et regrettent que ledit mur ne sépare pas plus clairement juifs et Palestiniens à Al Qods:

The major difficulty lies in the fact that in many cases the fence in the Jerusalem area does not separate Jewish and Arab populations, but instead cuts off Arabs living in the West Bank from Arabs living within the municipal boundaries of Jerusalem, despite the close family, social, and economic ties that bind the two groups. (p. 4)

To date, however, domestic political considerations have dictated that the fence will follow a route that leaves the majority of the Arab population on the “Israeli side.” It needs to be asked whether, given the vast planning and budget effort, which is subjecting Israel to mounting criticism in the international arena, it would not have been right to go one step further and try to “remove” from Israeli Jerusalem additional groups of Palestinians. This approach could be based on the fact that the municipal boundary has already been breached in two places: about 11,000 Palestinians have been excluded from Jerusalem in the Kafr Aqeb area and another 20,000 around Shuafat refugee camp. Thus, it is argued, a different route would have enabled the exclusion of several Arab neighborhoods from “Israeli Jerusalem,” reducing the city’s Palestinian population by 100,000 people and helping to strengthen Jerusalem’s status as a city with a solid Jewish majority and as the capital of Israel. (p. 89)

Car les aspects démographiques sont omniprésents, même si des considérations diplomatiques ont empêché les Israëliens de faire une opération de purification ethnique aussi intégrale qu’ils l’auraient souhaité:

Since the city’s unification, Israel has sought to preserve a clear-cut Jewish majority that will constitute demographic affirmation of Israeli control of Jerusalem. However, experts dealing with the future of Jerusalem maintain, on the basis of population projections, that the demographic balance in the city is “detrimental” to the Israeli interest, with the latest studies indicating that by 2020 Arabs will constitute 40 percent of the city’s population.

According to this approach, the prime Israeli interest is to incorporate as few Arabs as possible within “Israeli” Jerusalem, since an Arab population level of 40 to 50 percent is liable to endanger Israeli control not only in the eastern part of the city but in the western part as well.141

To date, however, domestic political considerations have dictated that the fence will follow a route that leaves the majority of the Arab population on the “Israeli side.” It needs to be asked whether, given the vast planning and budget effort, which is subjecting Israel to mounting criticism in the international arena, it would not have been right to go one step further and try to “remove” from Israeli Jerusalem additional groups of Palestinians.

This approach could be based on the fact that the municipal boundary has already been breached in two places: about 11,000 Palestinians have been excluded from Jerusalem in the Kafr Aqeb area and another 20,000 around Shuafat refugee camp. Thus, it is argued, a different route would have enabled the exclusion of several Arab neighborhoods from “Israeli Jerusalem,” reducing the city’s Palestinian population by 100,000 people and helping to strengthen Jerusalem’s status as a city with a solid Jewish majority and as the capital of Israel. (pp. 88-89)

Et c’est surtout sous l’angle démographique – le risque d’un retour dans les limites municipales d’Al Qods- que les difficultés engendrées par le mur pour les résidents palestiniens d’Al Qods habitant à l’extérieur de la ville pourraient susciter – qui soulève l’inquiétude dans la description des difficultés que rencontrent Palestiniens suite à la construction de ce mur:

From the Palestinians’ point of view, the obstacle, with its fences and enclaves, is the culmination of the restrictions Israel has imposed on their movement between Jerusalem and the territories since the Gulf War of 1991. Indeed, even at this early stage, the existence of a fence appears to be inducing many residents of East Jerusalem (who hold Israeli ID cards) to return to the city from rented accommodations outside the Jerusalem area of jurisdiction for fear of losing their rights. (A similar process of a return to East Jerusalem by residents of the city concerned about the possible loss of their rights occurred at the end of the 1980s, triggered by investigations undertaken by the National Insurance Institute and the Interior Ministry.) The question is how this process dovetails with the Israeli policy of maintaining the demographic balance (at a ratio of 70:30) between Jews and Arabs in Jerusalem. (p. 90)

Enfin, les auteurs du rapport rendent compte de leur façon de l’avis de la Cour internationale de justice sur la légalité du mur rendu le 9 juillet 2004:

The ICJ issued its opinion on the legality of the fence on July 9, 2004.76 The panel of judges declared that Israel “has the obligation to cease forthwith the works of construction of the wall being built by it in the Occupied Palestinian Territory” and that this “entails the dismantling forthwith of those parts of that structure situated within the Occupied Palestinian Territory, including in and around East Jerusalem” and the repeal of all legislation and regulations relating to the wall’s construction (par. 151). The vote was 14-1, the only dissenting vote being cast by Judge Thomas Buergenthal, a Jew, from the United States. Judge Buergenthal was also critical of Israel’s actions but argued that the court did not have at its disposal a sufficient factual basis for its sweeping findings and that the court would have done better to refrain from taking up the subject in the first place. (p. 43)

Documents complémentaires sur la purification ethnique et la colonisation à Al Qods:
– « Jerusalem as a Component of Israel’s National Security: Indicators of the State of the Capital, and a Look to the Future » (2006) – rapport israëlien mainstream, inquiet du nombre croissant d’habitants non-juifs à Al Qods;
– « Jerusalem the strangulation of the Arab Palestinian city » (2005), rapport de l’Applied Research Institute of Jerusalem (palestinien), dont on peut également consulter « Jerusalem, In Light of the Israeli Colonization Activities« , de la même année, ainsi que le plus récent (2007) « Israel’s Policy in Occupied East Jerusalem Push for “Voluntarily” & “Quiet Transfer” of Palestinians from the city« ;
– la page consacrée à Al Qods du site pro-palestinien Palestine Monitor;
– le rapport 2007 du Bureau pour la Coordination des Affaires Humanitaires de l’ONU pour les territoires palestiniens occupés, intitulé « East Jerusalem : The Humanitarian Impact of the West Bank Barrier | July 2007« ;
– le communiqué conjoint de l’Israeli Committee Against House Demolitions (ICAHD) et de la Civic Coalition for Defending the Palestinians’ Rights in Jerusalem (CCDPRJ) protestant contre le projet de plan d’urbanisme pour Al Qods adopté par la municipalité de Jérusalem;
étude sur le statut en droit international d’Al Qods (Jérusalem) établie en 1997 par la Division des Droits palestiniens de l’ONU;
– la fiche d’informations de l’ONG Stop the wall consacré à Al Qods;
le site de The Jerusalem Fund for Education & Community Development, ONG étatsunienne;
– la page sur Al Qods de la Palestinian Academic Society for the Study of International Affairs (PASSIA);
– le site du Jerusalem Center For Social & Economic Rights (JCSER);
– le site du Multi Sector Review and Development Plan for Jerusalem, initiative palestinienne pour établir des modèles de développement pour la partie arabe d’Al Qods;
– un rapport – « Impact of the racial separation wall on the different Economic Sectors in East Jerusalem » (2006) – de la Chambre Arabe de Commerce et d’Industrie de Jérusalem-Est sur les conséquences économiques du mur de l’apartheid;
l’excellente page sur le droit international humanitaire applicable à la Palestine de l’organisation luthérienne suédoise Diakonia contient une page consacrée au statut juridique d’Al Qods;
– la page de Btselem, célèbre ONG de défense des droits de l’homme israëlienne, consacrée à Al Qods;
le site d’Ir Amim, ONG de Jérusalem pour un développement juste, équitable et consensuel de la ville, avec son rapport récent intitulé « Negotiations towards an Accord on Jerusalem:  »
– le rapport (« Building Walls, Breaking Communities: The Impact of the Annexation Wall on East Jerusalem Palestinians » – 2005) de l’ONG palestinienne Al Haq sur les conséquences pour Al Qods du mur de l’apartheid;
la page consacrée à Al Qods par l’Association for Civil Rights in Israel (ACRI);
page des documents sur Al Qods de l’UNISPAL (United Nations Information System on the Question of Palestine);

Israël ne discrimine pas entre ses habitants, surtout à Al Qods

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Lu sur le site d’ACRI (Association for Civil Rights in Israel), au sujet de la situation à Al Qods:

East Jerusalem in Numbers
Number of [Palestinian] residents: Approximately 256,820 (34% of the Jerusalem population) [December 2007 data]
[Palestinian] Families under the poverty line: 67% (as opposed to 21% of Jerusalem’s Jewish families) [2006 data]
Children under the poverty line: 77.2% of the Arab children in the city (as opposed to 39.1% of the city’s Jewish children) [2006 data]
Expropriated land: Since annexing East Jerusalem, the Israeli government has expropriated 24,500 dunams (over a third of the area), which were privately owned by Arabs.
Construction: By the end of 2007, 50,197 housing units for the Jewish population had been built on the expropriated land; no housing units had been built for the Palestinian population on the expropriated land.
Sewage line shortage: 70 kilometers of main sewage lines are lacking.
Lack of water connections: Approximately 160,000 Palestinian residents have no connection to the water network.
Shortage of school classrooms: There is a shortage of 1,500 classrooms.
School dropout rate: Currently stands at approximately 50%.
Average social worker caseload: 190 households per social worker (as opposed to 111 households per social worker in West Jerusalem).
Number of post offices: 2, plus 5 postal agencies (as opposed to 50 postal facilities in West Jerusalem).

Sur le site de Btselem, on y lit des choses intéressantes sur le statut légal de la partie d’Al Qods occupée en 1967, communément appelée Jerusalem-Est:
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Palestinians hold the status of « permanent resident » of the State of Israel. This is the same status granted to foreign citizens who have freely chosen to come to Israel and want to live there. Israel treats Palestinian residents of East Jerusalem as immigrants who live in their homes at the beneficence of the authorities and not by right. The authorities maintain this policy although these Palestinians were born in Jerusalem, lived in the city, and have no other home. Treating these Palestinians as foreigners who entered Israel is astonishing, since it was Israel that entered East Jerusalem in 1967.

L’urbanisme à Jérusalem se décide selon des critères ethniques:
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The Mufti of Jerusalem, Sheikh Mohammed Hussein, and the Palestinian Governor of Jerusalem, Mr. Adnan al-Husseini, opened the press conference and emphasized the grave dangers facing the Palestinian community in East Jerusalem and the importance of the legal and professional work on land and planning issues in the city. Adalah’s General Director Attorney Hassan Jabareen then stated that the goal of the press conference was to expose the work of the Israeli bureaucracy as it affects Jerusalem and the future of the city, since the media only covers issues related to Israel’s visible policies in Jerusalem, such as home demolitions. Land planning policies, however, remain hidden, despite the fact that they are determining the city’s fate over the long term and directly affect the day-to-day lives of Palestinians living there.

Adalah Attorney Suhad Bishara gave a comprehensive presentation of the proposed plan and the effect it will have on the lives of Palestinians in Jerusalem, and on the general character of the city. Attorney Bishara emphasized that the plan is a continuation of the planning approach that is followed by Israel in occupied East Jerusalem, and which does not benefit its Palestinian population, but rather seeks to maintain a permanent Jewish majority within the area designated “united greater Jerusalem.” Under the plan, the proposed highways and railways will preclude the development of the Palestinian community in East Jerusalem and will cut the Arab neighborhoods off geographically from one another. These transportation networks will also make it more difficult for Palestinians to reach their land. The plan would also further entrench the settlements in East Jerusalem and the surrounding area, as well as connect them to each other and to cities inside Israel.
NEWS UPDATE, 27 November 2008, Adalah and Civic Coalition: New Master Plan for Jerusalem District will Place Palestinians in the City in a Stranglehold, Further Entrench the Settlements and Alter the City’s Demographic Composition

Enfin, via le blog Israel Uncovered, j’apprends qu’un général israëlien sera poursuivi pour avoir laissé son fils conduire un véhicule militaire, mais pour avoir tué des civils palestiniens:

Brigadier General Moshe « Chico » Tamir is a devoted and loving father who let his 14-year-old son drive a military all-terrain vehicle. Being the law-abiding organization that it is, the Israel Defense Forces probed the incident, calling it « serious. » As a result, Tamir’s promotion may be put on hold and he may be indicted. Certainly, a brigade commander who tried to cover up his son’s accident by lying deserves to be punished. But the commander of the Gaza Brigade deserves much more for acts considerably more serious – acts that the world defines as war crimes and for which no one has been held accountable. I would like Tamir, the dedicated father, to meet a girl the same age as his beloved son whose world fell apart when she was 14 years old. I saw her in mourning in November 2006, in the courtyard of her destroyed house in Beit Hanun. Islam Athamneh lost eight family members: Her mother, grandmother, grandfather, aunts, uncles and cousins. They fled their house when it was struck by a shell and were killed by another onslaught. The legs of Abdullah, her three-year-old brother, were blown off. Islam, whose father had died years earlier, became an orphan. The soldiers who fired the 11 shells at houses in Beit Hanun were under the command of Tamir, the dedicated dad who let his son take a Tomcar for a joyride. Some 22 people were killed in the shelling and another 40 were hurt. Most lost limbs or sustained head wounds.

(…) Former IDF chief Moshe Yaalon once said about this officer and gentleman that he needs « reeducating » because of endemic disciplinary problems in his brigade. The person who bragged that his brigade behaved like Rottweilers; who thought more violence should be used against Palestinians; who said that the destruction his soldiers caused in a Jenin refugee camp did not « cause him any moral dilemmas, » may now finally be punished. And for what? A Tomcar. And what might just spare him? For all his misdoings, this man may be cleared of blame because he is considered a « well-respected and important » officer in the IDF.

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