Conseil n°1: si vous un problème judiciaire au Maroc, ne demandez pas l’aide du Polisario

Ceci pourrait aussi avoir sa place dans la rubrique « department of what the f… » chère à Laila Lalami

La presse fraternelle – what else? – de notre pays frère de l’Est nous apprend qu’un certain Azeddine Berrada, résidant à Casablanca, a demandé l’intervention de l' »ambassadeur » de la « RASD » à Alger dans des procédures judiciaires de divorce, d’expropriation et de fermeture d’entreprises, en cours devant les tribunaux marocains. J’imagine que le gouverneur militaire de Cisjordanie et Ayman al Zawahiri étaient indisponibles…

Ca me fait d’ailleurs penser à un terme typiquement suédois, « rättshaverist« . Ce terme désigne celui qui de manière agressive invoque son droit. En fait, c’est plus fin que ça: un rättshaverist invoque en général ses droits sur une base juridiquement faible ou inexistante, de manière systématique et répétée, en déposant plainte ou intentant des recours ou des procès de manière abusive, tout en ayant un comportement et une attitude pénibles. En anglais, le terme le plus proche serait « justice obsession syndrome » (1), tandis que le terme allemand est Rechthaber – celui qui a le droit avec lui, ou plutôt qui estime l’avoir avec lui – ou Querulant. En français, on pourrait dire querelleur ou plaideur obsessionnel. Il m’est d’ailleurs arrivé d’en accueillir dans les commentaires, et la fréquentation de certaine liste de discussion me laisse à penser que cette pathologie est particulièrement présente au Maroc…

Il est évident que ce terme, péjoratif, peut servir à disqualifier quiconque estime ses droits bafoués, mais en l’occurence, je dois dire qu’il semble convenir assez bien au sieur Berrada. Car on aurait pu comprendre qu’il saisisse le Conseil supérieur de la magistrature, s’il estimait que les juges ayant traité de ses affaires étaient indélicats, voire qu’il saisisse le Roi, qui a autorité directe sur la justice, qui, dans notre pays, n’est pas indépendante. Il aurait également pu saisir – comme il semble l’avoir fait – des instances internationales, qui n’auraient cependant aucune compétence judiciaire ou juridique pour redresser les torts qu’il estime avoir subis. Au lieu de quoi, il contacte l' »ambassadeur » de la « RASD » à Alger…

Je vous tiendrai informés de la suite de cette passionnante affaire…

Humilié et abandonné par le Makhzen
Un Marocain sollicite l’aide de l’ambassadeur de la RASD à Alger
Liberté 9/6/2008

Un citoyen marocain, du nom d’Azdine Berrada, demande à l’ambassadeur de la République sahraouie (RASD) à Alger, M. Brahim Ghali, de lui venir en aide. Dans une lettre datée du 1er juin dernier et envoyée par fax, M. Berrada révèle à “Son Excellence l’ambassadeur de la RASD” toutes les “procédures humiliantes et dégradantes” qu’il a subies de la part de l’État marocain : confiscation de sa villa, divorce d’avec sa femme, séparation avec ses 4 filles et fermeture de ses 2 entreprises, “dans le cadre de la campagne d’assainissement de feu Hassan II, qui s’est avérée injustifiée”. Malgré la reconnaissance, par la Cour suprême, de “l’abus de pouvoir exercé par les tribunaux (marocains)”, l’ancien homme d’affaires, résidant à la rue Arif-Ali-Ben-Lahcen, à Casablanca, est privé du droit de cassation. Il a alors fait appel au Haut-Commissariat des Nations unies pour les droits de l’Homme pour “violation”, par l’État marocain, de “la Convention contre la torture de droit et autres peines ou traitements cruels, inhumains et dégradants” ratifiée pourtant en juin 1993. Dans ce cadre, Azdine Berrada demande au diplomate sahraoui de lui “désigner un avocat” pour l’aider dans sa démarche auprès du Haut-Commissaire de l’ONU. Affaire à suivre…

(1) Voir l’intervention du professeur de droit pénal suédois Christian Diesen:

Christian Diesen Professor of Procedural Law, Stockholm University, Sweden
The Justice Obsession Syndrome and Other Anti-Therapeutic Effects of Procedural Law

Current procedural systems produce victims. Today’s procedural rules, which are based on the patriarchal model of a tribal duel, are destined to produce winners who take it all, and opponents who end up as total losers. Some losers never accept the verdict and use the rest of their lives seeking judicial ‘resurrection’. The hope that justice will be done one day becomes the central issue of their lives, as their arguments become more and more incomprehensible and paranoid. A comparative meta-study of procedural law shows that the traditional process, in civil as well as in criminal cases, produces many anti-therapeutic effects. This justice obsession syndrome may constitute a minor social problem, but it illustrates the defects of the current procedural process and reveals a history of repressive practice.

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