Cablegate: les Emirats arabes unis ont donné 40 millions de dollars au Maroc au lendemain des attentats du 16 mai 2003

Voici la première mention substantielle du Maroc dans les câbles diplomatiques étatsuniens publiés par Wikileaks. Il s’agit d’un câble de l’ambassade étatsunienne à Abu Dhabi du 3 juin 2003 relatant un entretien la veille entre l’ambassadeure des Etats-Unis Marcelle Wahba et le ministre émirati des affaires étrangères, Hamdan bin Zayid. Ce dernier tenait à informer le gouvernement étatsunien du soutien financier émirati apporté au Maroc et à la Jordanie:

3. (C) Hamdan also informed the Ambassador that, following the terror attacks in Casablanca, the UAEG provided $40 million in cash assistance to Morocco. The Moroccans intend to use the money to purchase much needed equipment. The Emiratis have asked the Moroccans to provide an accounting for the money spent. Hamdan confided that he had told his Kuwaiti and Saudi counterparts the UAE’s donation was $80 million, in an effort to encourage them to give more. He wanted to make sure that the USG knew the real UAE contribution, in the event that this is raised with us.

En bref:

  • le gouvernement émirati a donné 40 millions de dollars US au Maroc pour des achats d’équipement – sécuritaire, peut-on présumer – au lendemain des attentats du 16 mai (soit deux semaines avant l’entretien en question);
  • le gouvernement émirati, prudent et connaissant sans doute bien son ami marocain, a demandé aux Marocains de rendre des comptes sur la façon dont cette somme serait utilisée;
  • le gouvernement émirati a indiqué au Koweït et à l’Arabie séoudite qu’il avait donné 80 millions de dollars US au Maroc, afin de les encourager à donner plus…
  • le gouvernement émirati tient à informer le gouvernement étatsunien du vrai montant, afin qu’il soit informé de la situation si elle venait à être évoquée…

On peut en tirer la conclusion que le gouvernement étatsunien pratique un contrôle de la manière dont ses alliés arabes les plus fidèles – Maroc et Jordanie entre autres – voient leurs fins de mois difficiles financées par les pays du Golfe…

Les commentaires de l’ambassadeure Marcelle Wahba à la suite de ce paragraphe descriptif sont intéressants:

4. (C) COMMENT: Jordan and Morocco both enjoy extremely close ties to the UAE. The Emiratis have long felt it important to provide economic assistance and support to these two moderate Arab states. The fact that Abu Dhabi is offering cash assistance, vice assistance-in-kind, is a measure of just how close these ties are since the Emiratis usually balk at writing checks. The UAE’s strong official ties with Jordan and Morocco are bolstered by personal relationships between the ruling families. Jordanian King Abdullah II is a close friend of UAE Armed Forces Chief of Staff Muhammad bin Zayid Al-Nahyan (MbZ). The two frequently hunt — in Morocco and Tanzania — joined, more often than not, by England’s Prince Andrew. The ties with the Moroccan monarch are equally warm. Shaykh Zayid and other Emirati ruling family members maintain vacation palaces in Morocco and have poured money into assistance projects there. END COMMENT.

On notera:

  • le Maroc a des liens très étroits avec les Emirats arabes unis (le câble mentionne que cheikh Zayed y a une résidence estivale et qu’il dépense de l’argent dans des projets sociaux);
  • les Emirats arabes unis n’aiment en général pas donner de l’assistance financière;
  • les dynasties régnantes au Maroc et aux Emirats arabes unis ont de forts liens personnels;
  • le roi Abdallah II de Jordanie va souvent chasser au Maroc en compagnie du chef d’état-major émirati Muhammad bin Zayid Al-Nahyan;
  • le prince Andrew de Grande Bretagne participe souvent à ces parties de chasse marocaines;

En attendant la suite…

La famille royale jordanienne intervient en faveur d’un journaliste menacé

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Qu’on ne vienne pas me dire que les monarchies arabes ne prennent pas au sérieux leur rôle de défenseur des libertés individuelles. Le cas du Maroc étant suffisamment connu de mes lecteurs, je souhaiterais, ici et maintenant, lever mon tarbouche en l’honneur du Roi Abdallah II de Jordanie, qui a su insuffler une modération indomptable et une soif inextinguible de la liberté dans le coeur non seulement de tous ses fidèles sujets (à l’exception de quelques uns de ces fieffés Palestiniens, récemment déchus de leur nationalité jordanienne), mais surtout dans celui de sa famille. Nul n’aura échappé à la page youtube de la Reine Rania, véritable clairon de le modernité et de la tolérance qui résonne à travers tout le monde arabo-musulman, ni au choix irrévocable de la modernité symbolisé par l’attachement du Roi Abdallah II à PlayStation et aux grosses cylindrées:

Abdullah-Sidecar

Jordanian prince to the rescue of comedian
The Times July 7, 2009

The following story might make more sense if you are first aware of the cinematic allegiances that exist within the Jordanian Royal Family. King Abdullah II, for instance, likes Transformers and once appeared in Star Trek. The best Middle Eastern diplomats probably know this. You never know when that sort of information can help you out of a tight spot.

So, we have it from an impeccable source, that during the making of Brüno!, while Sacha Baron Cohen was wandering the Middle East dressed as a gay Austrian fashion journalist, he visited Jordan and interviewed the Prime Minister.

Then the authorities found out that he was neither Austrian nor a journalist and all hell broke loose.

The Jordanian PM demanded to know why “that Zionist comedian” had been allowed into his house. Then the Royal Family intervened. Not the King, who was perhaps away at a Trekkie conference, but his half-brother. Prince Ali is a huge Ali G fan and apparently regards himself as “the real Ali G”. He defused the situation. We like to think he did this after first donning a yellow shell suit, but you can’t have everything.

On ne peut que saluer cet engagement solonnel dans la voie des réformes, de la modernité, de la tolérance, de l’acceptation de l’Autre et d’ouverture sur le monde, prédispositions qui ne peuvent que conforter la communauté internationale dans son soutien à un pays en lutte contre l’extrémisme et l’intolérance.

Bon, c’est vrai, il y a quelques petites broutilles que j’ai oublié de vous dire:

– la Jordanie est 128e au classement 2008 de la liberté d’expression de RSF;

– une ancienne députée et un rédacteur en chef ont été emprisonnés pour « diffamation des organes de l’Etat » (mars 2002);

– Amnesty International dénonce l’augmentation des poursuites judiciaires restreignant la liberté d’expression (juin 2006);

– les journalistes jordaniens sont régulièrement battus et harcelés par les forces de l’ordre (février 2007);

– les journalistes jordaniens dénoncent la nouvelle loi sur l’accès à l’information, qui rendrait quasiment impossible l’obtention d’informations gouvernementales et administratives (juin 2007);

– cinq journalistes jordaniens ont été condamnés à trois mois de prison pour outrage à magistrat et diffamation,  verdict largement décrié (mars 2008);

– les autorités imposent aux propriétaires de cybercafés de filmer et relever les identités de leurs clients (mars 2008);

le Roi Abdallah II critique les médias jordaniens les accusant d’être irresponsables, de stopper le développement du pays, de desservir le pays et de répandre rumeurs, insultes et ragots, quelques semaines après des articles de presse sur la vente douteuse de terres étatiques et l’attribution d’un contrat de service pour l’organisation d’un festival à un société française ayant organisé les festivités des 60 années d’Israël (juillet 2008); 

– le gouvernement jordanien estime le niveau de liberté de la presse en Jordanie comme étant « acceptable » (juillet 2008);

– le gouvernement tente d’imposer un « code d’honneur » aux sites jordaniens d’actualités, après avoir bloqué l’accès à des sites étrangers trop critiques envers la famille royale hachémite, comme Arab Times (août 2008);

– sous pression royale, le syndicat des journalistes jordaniens accepte d’imposer un code d’honneur aux sites d’information en ligne (septembre 2008);

– un rédacteur-en-chef est placé en détention provisoire en attendant son jugement par un tribunal militaire, où il comparaît pour « agitation confessionnelle » (octobre 2008);

– Gamal Eid, directeur exécutif de l’Arabic Network for Human Rights Information (ANHRI), est refoulé à son arrivée à l’aéroport d’Amman, pour avoir dénoncé – en 2006- le manque de liberté d’expression au royaume hachémite (décembre 2008); 

– le chef du bureau jordanien d’Al Jazeera est passé à tabac par la police lors d’une manifestation qu’il couvrait à Amman (janvier 2009);

une vingtaine d’actions pénales ont été initiées par le gouvernement jordanien contre des sites d’actualités jordaniens (mars 2009);

– 94% des journalistes jordaniens pratiquent l’auto-censure (mai 2009);

– le gouvernement jordanien ferme les bureaux de chaînes de télévision iraniennes (juillet 2009)

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