Infos complémentaires sur John Ging: « Gaza est comparable au génocide du Rwanda et à la purification ethnique des Balkans »

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Les personnalités les plus marquantes de cette guerre d’agression israëlienne sont, outre le peuple palestinien martyre et les journalistes arabes présents à Gaza, des non-arabes: Hugo Chavez, Evo Morales, Recep Tayyip Erdogan, Erik Fosse et Mads Gilbert, Miguel D’Escoto Brockmann, et j’en oublie. Les dirigeants arabes? Le mieux c’est de ne pas les commenter, sur un blog public et donc susceptible d’être lu par des moins de dix-huit ans.

Parmi ces personnalités, difficile pour les téléspectateurs d’oublier le regard de braise, les paroles acérées et la détermination d’acier de John Ging, directeur de l’UNRWA à Gaza. WordPress.com ayant rendu payant le postage de vidéos, je vous renvoie au blog Trailing Grouse, qui publie deux extraits d’Al Jazeera – where else? – avec John Ging. Le deuxième extrait est impressionnant, et nul ne devrait jamais penser aux dirigeants arabes sans se rappeler son exhortation:  » to all the politicians, here, in Israel and internationally, you have an obligation, in the name of humanity and of all that is civilised, we need to stop this now. Those who help, will never be forgotten » – je rajouterai « and those who don’t help, will not be forgotten either« . Un journaliste lui demande si Israël est responsable pour le bombardement d’une école de l’UNRWA ayant fait 45 morts civiles.

« Of course, everyone is responsible for their own actions, and it’s very clear to us that there are a lot of actions in this conflict that will need to be fully investigated, independently and internationally. Those who have been killed and injured, those who are innocent, deserve accountability. But right now, right now, what we need is an end to the fighting, and then we will go on to the rest of the issues. So I ask everybody to remember today, that more children have died today and more will die tomorrow unless the fighting stops. those who are doing the killing are responsible for their actions. Those at the political level who are not doing enough to find a solution are responsible for their failure (…)« 

En jugeant des actions et inactions de chacun, à mesure du niveau de pouvoir qu’ils détiennenet, n’oublions jamais ces propos.

John Ging est un juriste, ancien officier irlandais, présent au Rwanda lors du génocide de 1994 ainsi que dans les Balkans. Comme l’écrit l’Irish Times, il a donné la voix aux sans-voix de Gaza, et refuse toute gloriole personnelle:

When asked for personal background for this profile, Ging told The Irish Times to feature a double-amputee child from Gaza instead of him. He insists that the heroes of this dark chapter of Gaza’s history are the people of Gaza and the refugees whom UNRWA serves. They have suffered untold tragedy and they should be featured, not him.

His response was typical of the man. Forthright, frank and no respecter of political correctness or the sensitivities of UN members who do not take kindly to criticism of Israel, Ging is a man fighting a war against man’s inhumanity to man. But he does not stand alone. He is joined in this battle by UNRWA’s commissioner general Karen Abu Zayed and her deputy, Filippo Grandi.

Comme indiqué, il a connu le Rwanda du génocide et les balkans de la purification ethnique, et pourtant il estime que ce qu’il a vu à Gaza est le pire qu’il ait vu de sa vie:

Ging has said he has never experienced anything quite as disturbing as what is happening in Gaza. He said he was in Rwanda at the time of the genocide and in the Balkans during the ethnic cleansing.

Ah oui, j’ai compris: c’est un islamiste antisémite.

Etonnant sinon combien d’Irlandais sont sensibles à la cause palestinienne – Robert Fisk est d’origine irlandaise, sans parler des peintures murales de Belfast:
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Rétroactes:
– « John Ging (UNRWA): “ce qu’il faut, à Gaza, c’est rétablir la règle de droit”« ;
– « John Ging: “il faut d’abord arrêter la violence, ensuite on peut s’occuper d’aide humanitaire”« ;
– « UNRWA: “La situation est atroce (…) peu de gens en dehors de Gaza mesurent l’horreur de la situation ici”« ;
– « Trois écoles de l’UNRWA bombardées en 24 heures, 43 morts« ;
– « Sourire aux lèvres« 

Ahmed Laraki et la tuerie de Skhirat – regrets éternels

L’interview donnée par Ahmed Laraki à Version Hommes (numéro août/septembre 2008), une version longue de celle donnée à La Gazette du Maroc, et qui tourne autour de la fameuse lettre qu’il aurait donnée au Roi Hassan II le 20 juillet 1971, soit juste après le putsch heureusement raté de Skhirat, comporte un passage qui honore, à mon avis, Ahmed Laraki, quoi qu’on puisse penser de sa lettre ou du personnage:

Est-ce que vous regrettez quelque chose au cours de votre vie publique?

Oui, un geste. Parce que, trois jours après Skhirat, nous avons été appelés, Driss Slaoui, moi et le général Oufkir, auprès de Sa Majesté, afin de le rejoindre à une ancienne caserne près de la plage. Il nous a dit qu’un tribunal militaire avait siégé la nuit, présidé par Oufkir et composé de Dlimi et trois autres hauts gradés, et qu’il avait condamnés les mutins à mort, lesquels devaient être fusillés. Contrairement à ce qui a été dit, le Roi Hussein n’a pas assisté à la fusillade. Les seuls qui ont assisté sont le général Driss, le général Oufkir, Driss Slaoui et moi. Je regrette un geste envers un officier mutin. Il s’est adressé à moi en disant: « ne croyez pas que vous avez sauvé votre tête ni celle de Hassan II, le peuple vous aura« . A ce moment là, j’ai craché par terre, par réflexe. Je le regrette et je m’en excuse auprès de sa famille.

C’est à ma connaissance la première fois qu’un ancien premier ministre exprime des regrets sur une question aussi sensible.

Mais si on lit « Oufkir, un destin marocain » (Calmann-Lévy, Paris, 1999) du très contestable Stephen Smith (1) on y lit ceci (p. 301), qui est sensiblement différent de la scène décrite par Ahmed Laraki – le général Oufkir est décrit comme ignorant le sort des mutins – moulay Hafid Alaoui lui apprend que feu Hassan II avait décidé de leur exécution:

La télévision marocaine filme les préparatifs de l’exécution. Insoumis, fier, le colonel Chelouati n’a qu’un seul regret: celui d’avoir raté son coup. Les mains liées dans le dos, il reçoit un coup de pied du Premier ministre, Laraki, qui lui demande: « Pourquoi as-tu fait cela? – Estime-toi heureux d’être en vie. On se retrouvera là-haut. »

La version smithienne est-elle crédible? On peut présumer qu’il s’agit effectivement de Chelouati, visé par les regrets de Laraki, mais ces regrets visent-ils un coup de pied ou un crachat par terre? On peut se demander si le remords aurait aussi grand pour un simple crachat par terre, mais on peut aussi être réservé sur la version smithienne, qui n’est bien évidemment pas sourcée.

Quoi qu’il en soit, c’est en tout cas un regret qui honore son auteur, quel que soit la gravité de son geste – après tout, ce n’est pas lui qui a fait exécuter sommairement (2) les généraux félons.

(1) Son parti pris en faveur de la famille Oufkir, victimes sans jugement des crimes du général félon, est parfaitement compréhensible, mais il est regrettable de voir comment ce parti pris déteint sur le personnage principal lui-même, présenté par moments comme un justicier incorruptible, ce qui est un peu excessif… J’ai plusieurs fois voulu abandonner la lecture du livre tant le parti-pris pro-général Oufkir était grand.

Sinon, ce que je reproche violemment à Stephen Smith c’est son répugnant révisionnisme sur le génocide rwandais, et d’autres lui reprochent tout aussi violemment sa « négrophobie » – à telle enseigne qu’il a donné son nom au site Smithologie, site critique sur les rapports de la France avec son passé – et son présent – noir…

(2) La version de Laraki selon laquelle un tribunal militaire aurait été constitué pour juger sommairement les généraux mutins – les autres rebelles eurent droit à un procès en bonne et due forme devant le tribunal permanent des FAR, défendus pour certains d’entre eux par Ahmed Réda Guédira (et oui, les conseillers royaux de l’époque avaient de la gueule et des c…) – est une première: je n’avais jamais lu auparavant qu’un « tribunal« , même sommaire, s’était réuni pour prononcer une « sentence » contre les généraux félons. J’étais persuadé qu’ils avaient été exécutés sur seul ordre royal. A vérifier par les historiens…

Géorgie: « Comment prendre sérieusement, Paris, accusé de complicité de génocide, ou Washington, envahisseur illégal d’un pays? »

Bien vu par le politologue turc Soli Ozel:

I support the independence of Kosovo. I find the Russian assault against Georgia illegal and disproportionate and I think the Kremlin’s regime is brutal. But then again, would anyone take seriously Paris, whose complicity in the Rwandan genocide was recently reiterated, or Washington, which invaded a country (illegally and illegitimately by the judgment of most of the world) and made torture legal, when they accuse Russia of anything? So for every country that wants to contain Russia you may find one or two that see it as a counterweight to the United States and a good response to Western conceit. What I am getting at is the question of legitimacy. The West has lost the upper hand on this because of double standards and increasingly misplaced arrogance, not to mention the lack of a coherent strategy supported wholeheartedly on both sides of the Atlantic.

Le rapport du Rwanda sur le rôle de la France dans le génocide de 1994 – « On ne veut pas donner l’impression qu’on accorde trop d’importance à ce rapport »

Bravo à Radio France Internationale, radio publique sous contrôle gouvernemental français (et chaque lecteur du Canard Enchaîné sait que ce contrôle n’a pas grand chose à envier à celui exercé sur Al aoula ou 2M), qui publie sur son site le rapport officiel de la commission d’enquête du gouvernement rwandais sur le rôle du gouvernement français de l’époque dans le génocide des tutsis de 1994 (1). Pour ceux qui auraient vécu sur une autre planète depuis, le rôle de la France dans le soutien au régime génocidaire qui perpétra le génocide rwandais de 1994 est sur la place publique, et n’est pas seulement évoqué par le gouvernement rwandais, loin de là.

J’ai déjà effleuré cette question précédemment, et n’ai pas le temps de développer plus avant cette question maintenant, mais quelques remarques:

1. En 1994, la France était en cohabitation – Mitterrand (PS) président, Balladur (RPR) premier ministre, et des personnalités comme Alain Juppé (RPR, ministre des affaires étrangères), François Léotard (UDF, ministre de la défense) et Hubert Védrine (PS, secrétaire général de la présidence de la République) étaient profondément impliquées dans le dossier rwandais. D’où l’unanimité entre droite et gauche gouvernementale pour ne pas trop creuser le dossier – tant le PS que l’UMP (qui a absorbé l’UDF et le RPR) sont impliqués, et les personnalités qui l’étaient sont toujours présentes. D’où la réaction officielle et officieuse française:

Bernard Kouchner a refusé tout commentaire personnel. « On ne veut pas donner l’impression qu’on accorde trop d’importance à ce rapport et attiser la polémique », explique l’entourage du ministre. L’Elysée n’a fait aucune déclaration politique et renvoyait sur les spécialistes techniques du dossier. Seul le ministre de la défense, Hervé Morin, s’est exprimé, dénonçant sur Radio France Internationale, jeudi matin : « Un procès insupportable pour la mémoire des militaires français » qui « ont sauvé des milliers de vies humaines dans des conditions abominables« . (Le Monde du 7 août 2008)

Entre parenthèses: on peut comprendre que Hervé Morin, actuel ministre de la défense, juge ces accusations de complicité de génocide insupportables: il était en 1994 membre du cabinet du ministre de la défense d’alors, François Léotard. On notera d’ailleurs que ce dernier, dont le rôle dans cette affaire en tant que ministre de la défense est assez exposé, signe des chroniques régulières dans Tribune Juive, qu’on n’aurait pu croire plus sourcilleux dans le choix de ses collaborateurs, surtout s’ils sont accusés – pas personnellement dans le cas de François Léotard, mais en tant que responsable ministériel de l’armée française – de complicité de génocide, surtout que ce magazine a consacré quelques articles quand même au génocide rwandais…

2. L’écho médiatique et politique de ce rapport est faible, et pas seulement en France – aucune réaction par exemple, à ce jour, de Human Rights Watch, d’Amnesty International ou de la FIDH, plus loquaces sur le Soudan. Pour la France, c’est comme l’écrit le blog du Monde diplomatique, « à Paris, en ce 5 août, les chaînes de télévision évoquent des faits divers avant de consacrer, en milieu de journal, quelques secondes aux questions soulevées sur la responsabilité de Paris dans le génocide de 1994« . Comme l’écrit Colette Braeckman, éminente spécialiste belge de la région:

Les faits relatés dans le rapport publié à Kigali sont cependant d’une telle gravité et ils sont étayés par une telle quantité de témoignages précis que cette affaire mérite meilleur traitement que le mépris ou le déni. Une analyse indépendante devrait porter sur plusieurs points : outre la matérialité des faits elle devrait examiner le contexte politique dans lequel le réquisitoire a été publié, ainsi que les points d’ombre et les omissions du document.

3. La demande, formulée par le procureur de la Cour pénale internationale, d’émission d’un mandat d’arrêt à l’encontre du président soudanais en exercice, Omar Hassan Ahmad Al Bashir, pour crime de génocide qu’il est soupçonné d’avoir commis au Darfour, avait suscité de fortes réserves en Afrique et ailleurs, et pas vraiment quant au fond – il se trouve peu de gens pour défendre la politique gouvernementale soudanaise au Darfour – mais plutôt quant à la forme – les seules personnes poursuivies par le CPI sont africaines – à croire que le reste du monde ne se compose que de l’Islande, du Luxembourg et du Costa Rica, et que ni Irak, ni Afghanistan, ni Tchétchénie, ni Palestine et ni Colombie n’existent… Le rapport recommandant de saisir tant la justice internationale que les justices nationales, y compris européennes, on peut espérer que la justice internationale montrera qu’elle ne sert pas exclusivement à sanctionner slaves et africains…

Le rapport est relativement modéré dans ses recommandations, contrastant avec la gravité de son contenu factuel, en insistant pour que la voie judiciaire soit choisie pour traduire en justice les complices, français et autres, du génocide rwandais:

RECOMMANDATIONS
—————————-
A l’issue de son enquête, la Commission a trouvé que l’Etat français a joué une part active dans la préparation et l’exécution du génocide de 1994. Au regard de la gravité des faits mais aussi après avoir pris en considération le contexte général de la question et sa complexité, la Commission en conformité avec la loi qui l’institue formule les recommandations suivantes :
– La Commission demande au Gouvernement rwandais de se réserver le droit de porter plainte contre l’Etat français pour sa responsabilité dans la préparation et l’exécution du génocide de 1994 au Rwanda devant les instances judiciaires internationales habilitées.
– La Commission recommande au Gouvernement rwandais de trouver un règlement diplomatique de la question avec l’Etat français dans la mesure où ce dernier est prêt à reconnaître l’entière étendue de sa responsabilité dans la préparation et l’exécution du génocide au Rwanda et de prendre les mesures de réparation conséquentes en accord avec le Gouvernement rwandais.
– La Commission demande au Gouvernement rwandais de soutenir toute action individuelle ou collective de victimes qui souhaiteraient porter plainte devant les tribunaux pour le préjudice causé par les actions de l’Etat français et/ou ses agents au Rwanda.
– La Commission recommande au Gouvernement rwandais de faire une large diffusion du présent rapport.
– La Commission demande au Gouvernement rwandais de mettre en place une instance de suivi de la question.

Le mot de la fin:

la politique française au Rwanda a mené au précipice, et Paris ne voudra jamais le reconnaître officiellement (Le Vif/L’Express)

Quelques liens intéressants:
– sur le rôle de la France dans le génocide, l’indispensable livre – à charge – de Jean-Paul Goûteux, « La nuit rwandaise« , et le très intéressant site éponyme qui l’héberge
– le rapport de la mission d’information sur le Rwanda de l’Assemblée nationale française – ne vous attendez pas à de la dynamite – il reconnaît des erreurs ponctuelles, mais aucune complicité;
– la très bonne page de présentation succincte de Radio Canada – le Canada s’est intéressé au génocide rwandais par le biais du général canadien Roméo Dallaire, commandant des casques bleus des Nations-Unies qui se retirèrent (!) du Rwanda au début du génocide;
– « La loi et la réalité – Les progrès de la réforme judiciaire au Rwanda« : rapport récent et critique de Human Rights Watch;
– le rapport de la Commission indépendante de l’ONU sur les actions de l’ONU lors du génocide au Rwanda;
le site de la journaliste britannique Linda Melvern, auteure de « Conspiracy to Murder. The Rwandan Genocide« ;
le blog de Colette Braeckman, légendaire journaliste belge, éminente spécialiste de l’Afrique des Grands Lacs (Rwanda, Burundi, RDC);
le rapport de l’OUA sur le génocide au Rwanda;
le site du Tribunal pénal international pour le Rwanda;
le site de la Commission La Commission d’enquête citoyenne pour la vérité sur l’implication française dans le génocide des Tutsi;
des documents sur l’implication française dans le génocide rwandais sur le site de l’Association internationale de recherche sur les crimes contre l’humanité et les génocides (Aircrige);
la page du ministère français des affaires étrangères sur les relations franco-rwandaises

La Turquie et l’Euro 2008: are you watching, Nicolas Sarkozy?

S’il n’y avait qu’une seule raison pour soutenir l’équipe nationale turque lors de cet Euro, ce serait bien pour imaginer la tête de Sarkozy et des autres turcophobes à travers l’Union européenne si par extraordinaire la Turquie allait suivre dans les pas du petit frère ennemi grec et remporter, contre toute attente, l’Euro 2008 – allez expliquer à l’électeur moyen que le pays ayant remporté l’Euro 2008 n’est pas en Europe, argument hypocrite et profondément débile des turcophobes – je préfère encore ceux qui ont la franchise de dire, comme par exemple ce crétin de Bayrou, que la Turquie n’a pas sa place parce que les Turcs sont ambidextres moustachus musulmans. Et je ne suis pas le seul à penser ainsi – sur le blog Euro 2008 de Libération, par exemple:

Mais bon, en finale de partie, les gars du Bosphore ont prouvé qu’ils savaient phosphorer. Remember Suisse, remember République tchèque? Deux pions en deux minutes, entre la 118e et la 120e. C’était bâché à la 118e? Crois-y, Nicole. L’égalisation turcos est sublimissime. Les « soldats » de Terim ont un truc terrible en eux, un feu sacré, un dénouement à faire vibrer les plumitifs à deux balles. Je ne sais pas quoi. Mais c’est énorme. Ce qui nous vaudra une hallucinante demi-finale footballistique en demi-finales, ce mercredi. Oui: Allemagne-Turquie.
C.Lo.
PS. J’ai un grand faible pour la Turquie. Pas parce que je les ai vu en début de tournoi, et tressé des louanges à Ardan Turan. Non. Simplement, j’aimerais voir la Turquie en Europe. Histoire de rappeler que nos amis ex-Ottomans sont les cadors de la lutte grecquo-romaine, sport national. Histoire aussi? Marre des blaireaux islamophobes.

Quant au jeu proprement dit, l’élimination de la Croatie est une véritable perte. Elle a dominé la Turquie très largement dans le jeu offensif, avec quelques occasions ratées immanquables – je me rappelle de deux ratages tellement spectaculaires que je me suis dit que la règle d’or – dont le seuil d’application est cependant assez imprévisible – qui veut qu’une équipe ayant raté de nombreuses occasions encaisse un but allait s’appliquer.

Puis vinrent les prolongations, et juste quand je me suis dit que ma prédiction d’avant match – j’avais prédit un match nul, 1-1, avec victoire croate aux pénalties – allait se réaliser, Krasnic marqua sur une étonnante erreur du gardien remplacant turc, le vétéran Rüstü, à la 118e. Je n’y croyais guère plus, même si avec la Turquie, j’ai appris à ne rien exclure. Puis vint l’extraordinaire but égalisateur à la dernière seconde des arrêts de jeu  de Semih Sentürk… A partir de là, la force mentale et l’avantage psychologique des Turcs était presque palpable. En voyant le n° 14 croate, le virtuose Modric, s’approcher du point de pénalty pour tirer le premier péno croate, j’étais sûr qu’il allait rater – en effet, les grands joueurs ratent souvent leur pénalty décisif lors de cette cruelle épreuve – Platini, Zico, Roberto Baggio, Cristiano Ronaldo et j’en passe. Et ça n’a pas manqué…

Inutile de dire que j’ai, comme l’écrasante majorité des Marocains, un nouveau favori dans cet Euro 2008, en attendant l’extraordinaire feu d’artifice avec le Pays Bas-Russie de demain – au passage, saluons la débilité profonde de la FRMF, qui n’a rien trouve de mieux que de faire se télescoper Maroc-Rwanda et Pays Bas-Russie, alors même que le Maroc joue à Casablanca devant un public blasé qui ne remplira sans doute pas le stade pour voir le Rwanda. Je m’étais décidé à aller voir le match sur place, jusqu’au moment où j’ai appris l’horaire – 19h alors que Pays-Bas-Russie commence à 19.45. Avec tout le respect que j’ai pour les Lions de l’Atlas, hors de question que je rate ce qui s’annonce comme un véritable feu d’artifice… Il me faudra zapper, sachant qu’une victoire marocaine est indispensable, après la défaite 1-3 à Kigali, pour nous qualifier pour le deuxième tour des éliminatoires de la Coupe du monde 2010.

Je ne donne par ailleurs pas cher des Allemands dans le véritable derby qui les opposera aux Turcs – je ne me rappelle pas qu’un demi-finaliste soit revenu au score trois matches de suite, et je me dis que cette équipe allemande est tout de même prenable – menée 1-3 comme le Portugal l’a été hier, la Turquie serait sans nul doute revenue au score…

PS: L’image du match a été de voir Rüstü aller consoler les joueurs… croates après l’épreuve des pénalties. Ca me rappelle cette autre inoubliable image de sportivité turque, après la finale pour la 3e place de la Coupe du monde 2002, où les joueurs turcs et sud-coréens se prirent par la main et saluèrent le public ensemble – j’en avais eu les larmes aux yeux…

« As far as Africa is concerned, there is a journalistic tradition [in France] that consists in limiting information to ethnic clichés, without any analysis worthy of the name »

Tiré d’un entretien bref mais intéressant du défunt Jean-Paul Goûteux, dénonciateur infatigable des génocideurs rwandais et de leurs complices, au Rwanda, en France et ailleurs, et auteur notamment de « La nuit rwandaise: l’implication française dans le dernier génocide du XXe siècle« .

As far as Africa is concerned, there is a journalistic tradition [in France] that consists in limiting information to ethnic clichés, without any analysis worthy of the name, and above all of transmitting the terms of French African policy without any criticism. The French media are never interested in any background questions concerning Africa. The image that they cultivate is one of ethnicity and tribalism: that is to say that they only speak of the form and the means of this sort of political manipulation, but not of the manipulation itself.

La France n’est pas seule dans ce cas, et bien d’autres pays européens ou occidentaux, pour peu qu’ils daignent couvrir l’Afrique, reprennent les mêmes travers. Par ailleurs, on le voit, le même schéma de pensée que s’agissant du monde musulman est à l’oeuvre: stéréotypes, essentialisme, immutabilité – un peu comme le disait Sarkozy à Dakar, une Afrique (ou un Orient) en dehors de l’histoire, de la sociologie ou de l’économie, et comprise via le seul prisme ethnique ou religieux.

Un des livres de Jean-Paul Goûteux sur le génocide, « Un génocide sans importance. La France et le Vatican au Rwanda« , est d’ailleurs téléchargeable gratuitement sur Internet.

Jean-Paul Goûteux était proche de François-Xavier Verschave, autre militant décédé, qui avait crée l’association Survie qui lui a justement survécu. Leur dénonciation des complicités et complaisance diverses dans le génocide rwandais a été inlassable. Ce dernier collabora notamment à la Commission d’enquête citoyenne pour la vérité sur l’implication française dans le génocide des Tutsi, dont le rapport de 592 pages est d’une lecture effrayante.

Je m’en voudrais de ne pas citer Colette Braeckman, correspondante du quotidien francophone belge Le Soir dans l’Afrique des Grands Lacs depuis plus d’une vingtaine d’années, et dont la connaissance des réalités, des hommes et des forces sociales congolaises ou rwandaises est tout bonnement admirable. Et puisque j’y suis, une mention également pour la journaliste britannique Linda Melvern, qui a longuement enquêté sur les complicités et complaisances internationales lors du génocide rwandais, et donc sur le rôle de la France.

Entre parenthèses, une remarque intéressante – au Rwanda, des prêtres hutus ont été condamnés pénalement pour génocide par le Tribunal pénal international pour le Rwanda, et des religieuses hutues en Belgique et au Rwanda, tandis que la petite communauté musulmane du Rwanda est réputée pour s’être généralement tenue à l’écart du génocide de 1994 (soigneusement préparé), alors que le rôle de la hiérarchie de l’église catholique est écrasant.

Voici ce qu’en dit par exemple le rapport officiel de l’OUA sur le génocide:

Malgré le massacre du Centre Christus, les hiérarchies catholique et anglicane ne cessèrent pas pour autant d’entretenir des relations étroites avec l’establishment Hutu. Elles n’affichaient aucune neutralité dans leurs sympathies. Il n’est pas exagéré de dire qu’elles furent au moins complices du génocide pour ne pas, au cours des années — et même durant le génocide — s’être dissociées catégoriquement de la rhétorique de haine raciale du gouvernement et pour n’avoir pas dénoncé les manipulations ethniques et les violations des droits de l’homme. (point 14.66, p.121)

Comme nous l’avons mentionné plus haut, l’Archevêque de Kigali, un Hutu, était un ferme partisan du mouvement Hutu Power et avait longtemps servi au sein du comité central du MRND, jusqu’à ce que Rome l’oblige à quitter ce poste. Les responsables de l’Église catholique ne firent rien pour décourager les tueries. Lors d’une conférence de presse donnée en juin, plus de deux mois pourtant après le début du génocide, l’Archevêque anglican refusa de condamner le gouvernement intérimaire en termes non équivoques[46]. Lorsque ce gouvernement a fui Kigali vers une nouvelle capitale temporaire, l’Archevêque catholique l’a accompagné. Selon un rapport publié par le Conseil mondial des Églises, les déclarations des dirigeants religieux semblaient souvent avoir été écrites par un relationniste au service du gouvernement intérimaire. (point 14.67, p. 121)

Plusieurs prêtres et pasteurs commirent des crimes de trahison haineux, certain sous la menace, d’autres non. Un nombre important d’éminents Chrétiens prirent part aux tueries, assassinant parfois leurs propres chefs religieux. Des prêtres remirent d’autres prêtres entre les mains des bourreaux. Des pasteurs furent témoins du massacre de leur propre famille par des gens qu’ils avaient eux-mêmes baptisés. (point 14.68, p. 121)

Seule la petite communauté musulmane du Rwandarefusa de se laisser emporter par la folie meurtrière (point 14.70, p. 122).

Il y a cependant, bien évidemment, eu des musulmans génocidaires et des catholiques victimes, et inversement, mais on peut imaginer quelles auraient été les retombées médiatiques et politiques pour les musulmans si des religieux et dignitaires musulmans avaient massivement participé au génocide. Et pourtant, si des critiques – au demeurant peu médiatisées – ont été émises à l’encontre de l’église catholique et du Vatican, on ne peut que constater que les catholiques irlandais, mexicains ou polonais n’ont pas été tenus comptables, et c’est une excellente chose, du comportement de certains catholiques rwandais. Toute ressemblance avec des situations réelles etc…

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